IMO
eitinelion complète aax xn* et xiii* siècles. Nous protestons de toute notre Ame contre cette assertion ; car, à notre ayis, les mosaïques de Sainte-Marie in Transtevere et de Sainte-Marie-Majeure, qui datent précisi^ ment de ces deux sièf:les, sont les plus belles de Rome. Mais nous admettons volontiers que cette érole, h laquelle nous attachons du reste moins d*importance que Tauteur et quelques autres écrivains modernes, a été avantageusement remplacée par l'école germano-chréliennet née avec Charlemagne, et dont il nous reste des monuments nombreux dans les miniatures des manuscrits, et plus tard, dans les vitraux. 11 importe d*étalilir, comme Ta fait M. Rio, que rien dans cette école ne sent, comme on s'en va le répétant tous les jours, Timitation servile de ce qui s'était fait à Ryzance et en Italie. Le clergé ne cessa jamais de diriger cet art dont il avait été le p6re, et de lui donner cette fécondité que le catholicisme communique à tout ce qu*il enfante (859). Aussi Toriginalité des écoles de France, de Relgique, de Cologne, du x* au xiii* siècle, est un fait qui ressortira chaque jour davantage de l'étude approfondie (ie leurs produits. M. Rio énumère avec soin les traits distinctiCs du genre occidental et du genre byzantia : il suit les différentes phases de I existence languissante de celui-ci en Italie, et relève les déplorables conséi^uences de son influence sur fécule napolitaine, qui n*a jamais pu se relever de ce honteux vasselage ; mais nous lui demandons grAce pour le bon vieux Giunta de Pise, qu u regarde comme le dernier représentant de Part byzantin, et que nous voudrions délivrer de cette flétrissure, en considération du beau portrait de saint François qu'on voit de lui à la sacristie d'Assise, comme aussi de ce crucifix peint par lui, qui stiçnkalisa sainte Catherine de Sienne, et que I on conserve encore dans la maison paternelle de cette grande sainte à la Contrada de/foca, à Sienne.
Le chapitre II est consacré à Vécole <tennoUe. Quoiau*à peu près passée sous silence par Vasari, les recherches postérieures, surtout celles de Rumohr, ont bien établi que Sienne, qui s'honorait du titre de Cité de la Vierge^ a été le berceau de la peinture chrétienne d'Italie, au xui* siècle. On y voit encore quelques ouvrages de ces premiers maîtres si purs et si dévots, signés de leur nom, avec reddition d'une prière ou d'une éjaculatiou pieuse. Tels sont : Guido, dont la grande madone, à Saint-Dominique, est le premier tableau à date certaine (1221) de Tltalie; Uuccio vanté par Ghiberti, et à si bon droit ; Ambro* gio, qui fit la grande fresque a|légoriç[ue d'une Uts salles du palais public, que M. Rio déclare n'avoir pas comprise, mais où l'on pourrait» ce nous semble, clairement/ reconnaître les principales vertus chrétiennes, avec les
(859) Ou ne saurait lire sans cnioiion cette admîrable dérmition du concile d'Arras eu 13t)5, où il dit qtte la peinture eêt U litre des iguoranU qui uê êêurëifhl paê en lire d^autre».
symboles universellement admis dans lu peinture et la sculpture chrétienne de cette époque, belle idée assurément pour une salle de justice. Il ne reconnaît qu'un seul tableau authentique de Pietro, frère d'Ambroxio : il a oublié la jolie madone, voisine de l'hospice délia Scala, que nous citons à cause de sa touchante et simple inscription : Opui Laurentii Pétri pictorii : fteit ou tua» dfvotionem. Ces deux frères se sont immortalisés par leur«grande fresque du Campo- Santo de Pise, représentant les divers épisodes de la vie des Pères du désert, chefd'œuvre de grflce et de simplicité naïve. M. Rio relève avec raison toute la poésie de ce sujet : il nous donne ensuite un réeit charmant de la légende de saint Rainier,qoi forme un des ornements de ce même Campo- Sanio, et qui a été peint parce Simon Memmi, que Pétrarque mettait sur la même lignt que Giotto. Nous regrettons de ne pas troi^ ver quelques détails sur les magnifiques fresques du même Simon Memmi, a la chapelle des Espagnols à Florence ; cette admirable représentation de TEglise triomphante et militante, avec tout le fécond symbolisme de répogue ; ce Jésus descendant aux limbes, et écrasant le démon vaincu sous la porte brisée des enfers, et tant d'autres sujets truites avec une supériorité réelle, méritaient une attention spéciale de la part de l'auteur, qui n'aurait pas dû se borner à nom renvoyer à Vasari, dont il nous a recommandé, et à si juste titre, de nous défier.
Mais quelque chose de bien plus grave que cette omission, c'est l'injustice avec laquelle M. Rio donne congé à toute Técole siennoise, après avoir cité ces trois ou quatre noms, en déclarant qu*après eux sa fécondité ne fut que purement numérique jusqu'au XV* siècle. Nous verrons que H. Rio n'est lias moins injuste pour les grands peintres sièniiois du xv*« et en atteodautt nous réclamons de toutes nos forces en filveur de plusieurs peintres que des séjours malheureusement trop' courts a Sienne, nous ont permis cependant de connaître ; et ea premier lieu, nous citerons Manoodi Simone, auteur dès 1287, à ce qu'on dit, de la fresque de la chapelle du palais public, qui représente Notre-Dame entourée d*«ng^s et de saints, assise sur un trône et sous ua vaste baldaquin porté par les sainte prolecteurs de Sienne, tandis que deux anges âge* nouilles devant elle lui présentent des co^ beilles de Qeurs : nous connaissons |)eu dt
f Productions plus grandioses et plus catboiques. Puis ce Sano di Pietro, dont on veii une admirable Ineoronaxione (&60), i la chancellerie du palais public, datée de ISÛs et enfin cet André Vanni, que son goût (loar la peinture n'empêcha f^s d*ètre capitaine du peuple et ambassadeur auprès du Pape,! qui sainte Catherine de Sienne adressa oos
(8G0) C'est la désignation italienne du eom
ment de km euinie Vterge dans U âet , tajel Uvsn des peiiitru» chréiieus de tous les teiiifis d «le ~^ le» pays.
IMt
APPENDICE. *- DU VANDALISME ET DU CATflOLlCISME DANS L*ART.
itet
lettre sur Tart de bien ffOQverner» et qui eu revanche nous a laissé d'elle un portrait authentique et délicieux, au capellone de i*éfiise Saint-Dominique. On yoit aussi de lui l'académie les quatre Trionfi de Pt^trarcjue, assez ingénieusement reproduits. Nous n hé- [ sitons donc (las à dire, et nos observations : ultérieures viendront à Tappui de ce jugement» que» dans la prochaine édition de son livre» M. Rio doit refaire toute la partie de recelé siennoise» sous peine d'ôtre confondu» quant à ce» avec cette masse banale de Toyageurs dont les yeux et le cœur restent toujours fermés aux productions du véritable art chrétien.
Le chapitre lit nous introduit h Tétude de Yieole primitive de Florence^ née un demisiècle après celle de Sienne. M. Rio fait bonne justice de la réputation exagérée de Cimabud» qui a passé longtemps pour le ré-
fénérateurde Fart, et que les teuilletonistes clectiquesdenosjoursserésignentquelque- . fois à citer comme un çrand génie. C'est à Giotto qu'appartient plusjustement le titre de régénérateur; ce fut lui qui brisa définitivement les types byzantins. M. Rio le démontre K if des observations d'une rare sagacité» et réte les absurdes reproches que Rumohr a adressés à ce grand peintre, il passe en revue ses principaux ouvrages ei les traits de son caractère qui nous ont été conservés. On s'étonnera seulement de ce qu'il regarde la révolution opérée par Giotto dans la peinture» comme contemporaine de celle par laquelle Tarchitecture moderne s'affranchissait du joug classique. Quand même l'architecture ogivale daterait de Tépoque de Giotto» ee qui n*est pas, M. Rio ne saurait être du nombre de ceux qui regardent les cathédrales de Spire et Je Mayence, le dôme et le baptistère de Pise» Saint-Marc de Venise et tant d'autres monuments du x* au xir siècle» comme émanant de l'architecture classique : cela ressemblerait trop à ce savant de la renaissance, qui prétendait avoir découvert que la cathédrale de Milan avait été bfltie d*après les règles tracées par Vitruve. Nous déplorons aussi la brièveté excessive avec laquelle notre auteur jpasse sur les grandes fte^ques de la cha[)elle de l'Arena à Padoue, qui sont » selon nous» I œuvre capitale de Giotto» et où se trouvent douze sujets de la vie de Notre-Dame jusqu*à •on mariage» vingt-quatre sujets de la vie de Notre-Seigneur» dont plusieurs de la plus hante beauté» surtout la Résurrection de La-
xare et la Dépoêition de croix» un magnifique Jugement dernier^ le plus ancien que nous connaissions» et enfin les figures des Vertuê et des Yieei en grisaille, qui surpassent tout le reste. Son E$péranceeisaChartté n*ont de rivales que les figures analogues de la |K>rte du baptistère de Florence par André de Pise. Le symbolisme si remarquable de ces figures avait frappé l'attention de notre savant d'Hancarviile» à une époque où. Giotto était encore regardé comme un bart>are; elles viennent de fournir à un écrivain de Padoue, le comte Selvatico» le sujet d*un opuscule* très-intéressant (861). Comme ces iresqucs forment l'ensemble 1^ plus vaste» le plus complet et le plus ancien de cette épo*
3ue, nous croyons qu'elles exigeaient plus 'attention de la part de M. Rio. Pour le plus grand avantage des voyageurs» nous dirons encore que les belles fresques de Giotto» représentant les sacrements d'ordre et de mariage, que l'on admire encore à Naples» se voient à VIncoronata, petite église presque souterraine, près le Château neuf» et non pas» comme dit M. Rio» à Sainte-Claire» celles qui ornaient cette dernière église ayant été blanchies à la chaux par le^ hommes éclairés du dernier siècle. A Toccasion du célèbre tableau si^né par Giotto» à Santa^ Croce de Florence, M. Rio signale la présence d'anges jouant de divers instruments de musique; heureuse innovation gui a fourni de tout temps aux peintres vraiment chrétiens des épisodes délicieux dans leurs plus beaux tableaux (862). Du reste » les sujets traités avec le plus de prédilection fwr ce peintre furent» selon M. Rio» la Crucifia xion et la vie de saint \François. Nous ne savons pourquoi il dit que dans cette glorieuse vie» il v a tris-peu d^actions extérieur res^ tris^peu d'épisodes dramatiques {page 69). Nous n*en connaissons pas au contraire où il s'en trouve plus, témoin les grandes fresques de l'église supérieure d'Assise» que notre auteur traite bien légèrement.
La révolution opérée par Giotto trouva i Florence une adhésion unanime; mais ell6 eut à coml>attre quelques respectables résistances, comme celle du vieux Margaritone» Ïui avait envoyé un crucifix de sa façon à ce arinata (dont le Dante trace un portrait si imposant), pour le récompenser d'avoir sauvé sa patrie; puis à Rome» celle d'un élève même de Giotto» Cavallini, auteur du crucifix miraculeux qui parla à sainte Brigitte (863).
(861) Sntla eapeilina digli Serovegni nelC Arena éi i*ado9â9 e sut freulU di Giotto in essa dijfiHii : 0$ur9m%9o.i di Pietro Etieiisr Seivatieo; radotm 1856. Nou!( reconiinaiidoiis cet ouvrage à nos lecteurs comme le seul que nous ayons encore ren*eeiitré en I aile, où r»rt du moyen Age soilassex bien apprécié , malgré les inconséf|uences bizarres qa'oii y rencoiilre mêlées aux jugements les plus sains.
(86i) M. GuéncbtiuU aUribue ceUe Innovation à André TaU, qui vivait vers fan 1255, ei rmiarqiie i%ec raisuo que lurigine de cette iéie •• treuvt
dans le passage de saint Augustin où il énumère les jouissances du paradis : i Qusr caniica I quœ orguna! qii2 cantileaas ibi sine Une decantaniur! sonant ilii seniper melliflua hymuorum organa suavissima angeloruro melodia, > etc. Mâuualê, c. 6, n* i.
(865) C*est la tradition, répétée parti. Rio, mais * assez peu d*accord avec les laits ; puisque ce cnicillx de sainte Brigitte que Ton montre encor*; à Saini-Paul-bors-des-murs , et qui a échappé an dernier incendie, est sculpté en bois ei uoo pa^ peint.
fM5
DICnONNAlRB D'ESTHETIQUE.
Rien de plus faax que Vassertion des dassf^es qui prétefidenl qoe la peinture a été stationaire pendant le demi-siècle oui suivit la mortde Giotto»c*est-è-dire iusquau moment où le naturalisme envahit 1 art avec Masaceio. M. Rio détruit de fond en comble cette erreur par son éloquente énumération des œuvres principales des successeurs immédiats de Giotto, énumération habilement parsemée de détails charmants sur leur vie et leur piété. Nous voyons passer successivement Taddeo Gaddi» digne filleul et disciple de Giotlo, qui avait pris saint Jérôme pour sujet de prédilection; Giottino, bien supérieur encore à Giotlo« selon nous, quoi-
3ue son nom semble indiquer un diminutif u talent de celui-ci ; Agnolo Gaddi, fils de Taddeoy auteur de la légende de la ceinture de Notre-Dame* peinte à fresgue dans la cathédrale de PratOt et que M. Rio nous raconte avec une entraînante svmuathie ; enfin le
Srand Orgagna, qui a mérite d*6tre appelé le lichel-Ange de son siècle^ à cause de sa suprématie simultanée dans la peinture, la sculpture et rarchitecturot mais avec cette différence qu'il a toujours été aussi chrétien dans ses œuvres que Michel -Ange a été païen» et qu'il a ouvert dans l'art une ère de pure et pieuse beauté, tandis que Michel-Ange en ouvrit une d'exagération anatomique et de décadence morale. Son Triomphe de la Mort au Campo-Santo de Pise» et son Parodié à Sainte-Marie-Novella, compteront toujours parmi les chefs-d'œuvre de la pointure chrétienne, et se distinguent surtout par une intemité d^expreaion^ comme dit fort heureusement M. Rio, que nul n'avait encore atteinte à un si haut point. Ce chapitre se termine par un résumé des progrès faits par la peinture jusqu'alors, et des principaux traits qui caractérisent cette période. L'éloignement pour toutes les traditions grecques [916k) s'est de plus en plus enraciné. Les suets mystiques sont exclusivement cultivés, e goût pour les sujets dramatiques ne s'étant pas encore annoncé, selon M. Rio ; et cependant nous ne savons trop ce qu'il peut y avoir de plus dramatique, dans le meilleur sens du mot, que les différentes époques de la vie de Notre-Seigneur, de Notre-Dame et le Jugement dernier, répétés si fréquemment parles peintres de cette épogue. L'histoire de saint François est aussi exploitée avec un amour tout particulier ; cela a été le privilège perpétuel de ce grand saint : mais nous ne pouvons admettre avec Tauteur que la préférence donnée à cette histoire sur celle de saintDominique tienne à la différence originelle de leurs deux institutions. Quand on voit les délicieuses
(864) M. Rio cite comnie preuve reinarqualile de celle antipathie , que iamals les Pères de TEglIte grecQoe d^odI été mêla aAi Pères de TEglise laiine, qui faisaient presque de droit partie de toutes les fpranties fresques. Presque toutes nos recherches oui, eoDarmé la vérité de celle observation ; nous n*avons vu qu*un seul exemple de cette union, mais en asses bon lieu pour mériter d*ètre noté. C*est à la chapelle Sainl-Laurent du Vatican, uù je bien-
peintures que le dominicain Fra Angalîco de Fiesole a consacrées au père de son ordre è Cortone, et sur le gradiiM de son couronnement de la Vierge au Louvre, on peut bien admettre que la vie de saint Domini* que prêtait autant que celle de saint Francis aux inspirations de la peinture chré* tienne; et d'ailleurs, comment se fiit-il cm l'ordre des Frères Prêcheurs ait prodoil tant de grands artistes, et du premier rang* tels gue Fra Angelico et Fra Bartolommeot tandis que le nombre de ceux sortis des Frères Mineurs est infiniment moindre.
Nous avouons que nous sommes jaloux do la moindre parcelle de la gloire de saint Do* miniquOy surtout depuis que nous TaTons entendu traiter de profond ieilérat par on célèbre député^ membre de l'Académie française.
Dès celte époque primitive l'art, oui aTail son foyer è Florence» rayonnait au loin ; de toutes les parties de l'Italie une foule d'artistes venaient étudier à Florence : une ton* chante confraternité s'établit entre eux ; elle avait pour base l'esprit exclusivement chrétien de leurs travaux. «Nous autres peintres.» disait Buffalmacco» élève de Giotto, « nous ne nous occupons d'autres choses que de ftira des saints et des saintes sur les mnrs et les autels, afin que, par ce moyen, les horomeSf au grand dépit des démons, soient pins portés a la vertu et à la piété. » (p. 88.) Aussi, dans la première académie de peinture dont l'histoire fasse mention, la confrérie dit Saint*Luc fondée en 1350, les membres s'assemblaient, non pour se communiquer leurs découvertes ou délibérer sur radToption de nouvelles méthodes, mais tout simplement pour chanter les louanges de Dieu et loi rendre des actions de grâces (p. 89).
L'âme sincèrement et logiquement catho* lique se repose avec délices sur cette époque si belle et si pure, où rien ne Tient ternir l'éclat de la jeune parure dont la reli^on vèiissait le monde, où tout ce qui ornait et charmait la vie de Tbomme lui rappelait le ciel. M. Rio a compris la beauté et Tiuiité de cette époque dans la partie qui a été Tobjet de ses études : si nous avons un repro* che \ lui faire, ce serait de n'aroir pas assex insisté sur cette période de son ourrage, de nous avoir privés de bien des détails précieux, d'avoii*omis quelques peintres dignes d'être appréciés par lui, tels que Gbeiînie Starnina (865), beaucoup trop séTèremeol jugé dans un chapitre subséiiuenl (p. tt1)t et Nicolas di Pietro (866) ; mais peut-être ces défauts seront-ils justement des qualités aux yeux d'autres moins ardents ei moitf exclusifs que nous, dans notre amour poor
heureux Ansâique a représenté saint Atbaaase A saint Jean Chrysostome comme pendants da ssiil Léon ei de saint Grégoire le Grand.
(SeS) M. Rio parait avoir oublié oall fêmA ks
Suatre évangélisies à la Toùle de la OMpolleMénls 41 transept méridional de Santa-Crom.
(866) Auteur des admirables fresquas 4a la FSiaîpa deMoire-^kigncQr, au coovtfii de Sas-Fia»*
APPENDICE. * DU VANDAUSME ET DU CATHOLICISME DA^S L*AK1
îWb
Tart purement catholique et tel quMI était a? ant le mé?ange de tout autre élément inférieur. Dans tous les cas^ H. Rio a la gloire incontestable d'avoir mieux jugé et mieux loué cette glorieuse richesse de notre foi qu*aurun autre écrivain français, et c'est une gloire dont il lui sera chaque jour tenu plus de compte.
Dès la seconde période de Técole florentine» crue les chapitres IV et Y nous exposent, runité a cessé. La résurrection du pa^ ffonûme, qui équivalait k celle du matériaisme» voilà, comme H. Rio le reconnaît, le Erme de cette décadence qui se développe fiteroent et à l'ombre, pendant que la peinture marchera à sa perfection. On en trouve des symptômes manifestes chez Paolo Uccello (mort en U23), qui ue voyait dans la peinture d'autre beauté que la perspective, et k qui les Médici's firent peindre des animaux dans leurs palais; première marque de la protection accordée par cette famille & Tart, et digne symbole de ce funeste patronage. Un autre peintre, nommé Dello, alla peindre des sujets mythologiques pour le roi d'Espagne. La peinture devenant peu k peu trinutaire du pédantisme dasslque et du luxe des banquiers, un nouvel élément de décadence, celui du naturalisme, s*y introduit par Tusage profane de multiplier les portraits dans les tableaux de piété, en donnant le9 traits d'un protecteur ou d'un ami vivant aux personnages les plus sacrés; usage bien différent de l'humble et chrétienne inspiration qui faisait représenter le peintre ou le donateur d'un tableau aux genoux de la Madone, ou confondu parmi les nergers ou la suite des rois qui venaient offrir leurs hommages à l'Enfant Jésus. Les progrès du paganisme et du naturalisme déterminèrent bientôt une scission dans récole florentine; elle se décompose en trois tendances bien distinctes, selon M. Rio
(et cette distinction est fondamentale pour a suite de son ouvrage) : 1* celle des peintres restés fidèles aux nabitudes çiottesques, tels que Lorenzo Bicci et Chelmi; 2* celle des peintres qui réagirent contre les innovateurs profanes, par le perfectionnement de Télément mystique; et 3* ceux qui cultivèrent surtout la forme et la firent progresser, mais aux dépens de l'esprit chrétien des œuvres primitives. Ghiberti est à la tète de ces derniers; ses bas-reliefs de la porte du Baptistère font époque dans l'histoire de la peinture aussi bien que dans celle de la aculpture, car il eut pour collaborateurs plusieurs des peintres les plus célèbres de MO époque. Nous croyons que M. Rio est an contradiction avec lui-même, lorsquMl regrette que toute l'école florentine n'ait pas
eeteo k Kse. Jaroali sainte Madeleine n*a été reyréteotée avec plus de génie chrétien. Ce chef- Coeavre a* été gravé aa trait par le cav. Lasinio.
(867) ^nsuoe publication récente, faite k Paris, on n*a donné que la dernière porte de Gbiberti , celle de rosi, et on a soigneusement omis celle d^Andue de Pise, et celle où Gbibeni luinnème se mon-
P1CTI0H5. tl'ESTBÈJlQVU,
puisé ses inspirations dans ces bmeux bas* reliefs; on v voit, ce nous semble, ce beau génie marcher graduellement vers le maté* rialisme; ils ont pour voisins ceux d*André de Pise, qui assurément répondent bien mieux à lidéal chrétien (8671 Masolino fut le plus habile des collaborateurs de Ghiberti; il commença la célèbre chapelle del Carminé. Mais nous aimerions mieux le juger et le ranger dans la catégorie des peintres restés purs, d'après le charmant tableau de lui h l'académie. Masaccio, qui acheva la chapelle del Carminé^ et exerça par cette œuvre une si grande influence sur son époque, alla à Rome pour s'y inspirer des souvenirs classiques ; mais, en y arrivant, il était encore bien complètement pur et chrétien, s'il faut en Juger par sa magnifique histoire de Mainte Catherine^ peinte à fresque dans l'église de Saint-Clément, et qti^e M. Rio juge avec une sévérité qui nous a vivement blessé ; car, s'il est vrai que ces fresques ont été cruellement retouchées, il en reste encore les contours si fins et si gracieux, et surtout l'esprit eénéral de la composition, digne des plus beaux monuments de l'art chrétien. Chaque tète mérite une étude spéciale (868), Hais Rome gAta ce jeune talent. De retour k Florence, il fit cette chapelle del Carminé^ où le naturalisme triomphe complètement, où il n'y a plus même vestige de la simplicité et de la profondeur primitives, ce qui explique parfaitement l'enthousiasme qu'die a excité chez Vasari et ses copistes clas* siaues.
Les fresques del Carminé devinrent aussitôt un centre d'inspirations pour une foule de peintres. Le moine Filippo Lippi, dont la vie romanesque et déréglée est connue, devint le plus ardent imitateur de Masaccio : le premier il osa représenter sa maîtresse, la trop célèbre Lucrezia Luti, arec les attributs de la Reine des anges. Ce seul trait peut faire juger des progrès que le mal avait faits. Cependant il faut avouer que ce Lippi a laissé quelques œuvres dignes d'un meilleur auteur, et M. Rio* reconnaît en lui le premier paysagiste de l'école florentine. Cet impudique eut pour disciple l'assassia André del Oastagno, plus célèbre par ses crimes (869) que par ses CBuvres, fort habile dans la perspective, les raccourcis et les portraits, et qui fut à son tour le maître du nommé Pesello, lequel n'avait point d'égal pour la représentation des oiseaux» des quadrupèdes et des insectes. L'école hollandaise, si chère aux matériaKstes des derniers siècles, et la peinture mesquine, qu'on appelle de genre^ étaient déjà en germe chez cet homme.
Hais bientôt Rome offrit aux artistes Qo-
trait encore oompléleineal chrétien.
(8e8) On peut eu Juger d*après les beOea gravo* res au trait puliliéés à Rome par Labruzzi , eu M planches.
(«69) Il asnstina Antonio le Vénitien , qui lui avait appris le secret de la peinture à l'huile.
i(Nr7
DICTIONNAIRE DTSTHETIQUE.
ion
rentins un théAlre plus vaste etplusglorieux qu'aucun autre. Les grands murs de la chapelle Sîitine leur furent liyrés par Siite IV. On y voit lesœuvresde trois peinlresqui,quoique sortis de Pécole naturaliste de Ghii>ertî, surent lutter contre les principes de déchéance quMls devaient y puiser : d*abord Cosimo RoselH, moins pur au Vatican que dans sa belle fresque de Saint-Ambrogio à Florence; puis Botticelli dont le groupe des Filles de Jethro^ au-dessus du trône papaK est un chef-d'œuvre de poésie pastorale, et que M. Rio aurait dû placer dans Técole mystique, ne fût-ce qu*à cause de cette seule mais exquise Madone écrivant le « Magni" ficaif » qu'on voit aux C(fixi ii Florence; enfin Domeuico Ghirlandajo commença dignement, par sa Vocation de $aint Pierre^ les chefs-d'cBuvre dont il devait orner plus tard sa patrie. Nous sommes loin d'admettre toutefois, avec M. Rio que ses grandes fresques de Santa-Maria-Novella soient les plus ma-
fnifiques ouvrages de ce genre que possède lorence. Nous n'hésitons pas h leur préférer non-seulement la chapelle Riccardi Renozzo Goz2oli, mais encore les fresques d'Orgagna dans la même église; cette différence d'opinion donnera aux lecteurs compétents la juste mesure de la distance qui nous sépare de M. Rio. En revanche nous adhérons de tout notre cœur aux éloges qu'il décerne' à V Histoire de saint François^ qu'on voit à Santa-Trinita, et à l'admirable tableau de VAdoration des Mages^ qui fait l'ornement de l'hospice des Enfants-Trouvés. Quoique le tvpe de ses vierges soit défectueux et trop bourgeois, il est vrai que Ghirlandajo a surpasse tous les autres pein^ très 'de son époque en dehors de l'école mystique. Avant d'en venir à celle-ci, M. Rio juçe avec une juste rigueur Filipl*ino Lippi, fils du moine^ qui chercha à racheter la honte de sa naissance par la moralité de sa vie, mais qui ne s'éleva jamais trds-hautdans l'art; puis Antoine Pollajuolo, qui eut la triste gloire d'introduire dans la peinture l'élément des études anatomiques, et qui s'en servit le premier pour profaner ee noble sujet du martvre de saint Sébastien, qui l'a été tant de fois depuis. Son cbef-d œuvre représente un combat entre dix gladiateurs tout nus. Il préparait ainsi les voies à Michel-Ange, qui ne trouva rien de mieux que de présenter les saints et même les saintes dans un état de nudité complète, dans ce fameux /tt^em^iw dernier^ dont H. Sigalon ne nous a donné récemment qu'une copie trop exacte.
(870) C*est ]k une des mille observations si exactes et si fécondes qui se trouvent dans le livre de M. Rio. En effet, pour peu qu*on repasse dans sa mémoire les diflerenies écoles de peinture, on s'aperçoit que ce sujet vraiment céleste n*a été fréauemmeiit traité que dans les temps tout à fait chréens, et qull a été presque enUérement abandonné depuis trois siècles. Kn France , où il n*y a jamais eu de peinture cbrétienne, si ce n'est dans les vitraux et les miniatures des missels, où la peinture proprement dite n*est arrivée que pour participer
Avant d'aborder l'école mystiaue, H. Bio résume, à la fin du cinquième cnapitre» les progrès vers le bien et le mal que la peinture avait faits & l'époque où nous sommes arrivés (U90). L'application des lois de la perspective, la meilleure combinaison de la lumière et des ombres, le charme et la fratchour des paysages, en un mot tout le beau côté du naturalisme ne saurait compenser la diminution proportionnelle du ^oût et de l'intelligence des inspirations vraiment saintes. Certains sujets traditionnels et mystiques, tels que le Couronnemeni de la saisstê
Vierge, incompatibles av.ec le nouveau développement, tombèrent malgré leur immense popularité en désuétude, et finirent Ear disparaître du répertoire de l'art (STO). >e naturalisme ne pouvait profiter qu'au genre historique ; aussi les livres de l'Ancien Testament furent exploités plus volontiers que l'Evangile et bientôt l'histoire de Grèce et de Rome le fut préférablement h l'histoire sainte. « Les inspirations païennes Tenaient à l'art de deux côtés à la fois, des ruines majestueuses de l'antique Rome et de la cour des Médicis. Le paganisme des Uédids était né de la corruption des mœurs autant que des progrès de l'érudition... Que demandait Laurent de Médicis aux premiers artistes de Florence, quand il voulait exer^ cer i leur égard ce patronage si éclairé dont il est fait tant de bruit dans l'histoire? A Pollajuolo , il demandait les douze travaux d'Hercule; h Ghirlandajo , l'histoire si édifiante des malheurs de Vulcain ; à Luca Si- (;norelli, des dieux et des déesses, aTectoos es charmes de la nudité, et par compensation, une chaste Pallas à Botticelli, qui, malgré la pureté naturelle de son imagioation, fut en outre obligé de peindre une Ténus pour Côme de Médicis , et de répÂer plusieurs fois le même siiyet ayec des variantes suggérées par son savant proceeteur » (P. 15^.) En résumé , si la peinture avait lait depuis Masaccio des progrès rapides en développements externes, elle avait cessé d'être pour un grand nombre d'artistes, une des formes de la poésie chrétienne.
Pour nous consoler de cette décadenee graduelle dans l'école naturaliste, M. Rio consacre ses chapitres VI et Vil à ooas montrer les développements de l'école mystique. C'est assurément la partie intéressante et la plus originale de son ouTrage :l est le premier et le seul qui ait jusqnïprésent bien nettement distingué les éiémeoli de cette école, et bien hautement prodaaé
aux élégsntes frlvoliiés de la coor de Frincob K le Couronnement de ta tainle Vierge est na ssjci à peu près inconnu : mais nous espérons que k pi- Lllc français eu aura une idée saiisraisaaie,iûrMi H. Curmer aura publié le Livre d EgEise pearbquel nous avons eu le bonheor d*olMenirdeitf SUIS d*Overbeck, au premier rang desquels %i Marie assise sur le trône de son Fib vl la Iflle. cbée sur son épaule. Ce CasraiiiMMiic es llsiie* Dame rappeUe avec un charme loui neaveai Ib plus vieiUes mosaïques de ce sujet à
APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOUCISIIE DANS L*ART
sa gloire. Il commence très-sagement nar établir que Tintelligence de cette école n est plus de la compétence de ce qu*on appelle Tulgairement les eontiaisseurs: qu'elle exige, ayant tout, une sympathie forte et profonde pour les pensées religieuses des artistes ; que c'est dans la vie des saints bien plus encore que dans celle des peintres qu*il faut chercher la preuve des rapports intimes entre la religion et l'art. Il cUe à l'appui de cette assertion des traits touchants de la vie de saint Bernardin, de laB. Humiliane,et un souvenir charmant de ses excursions dans les lasunes de Venise. Il est clair que, pour le catnolique, l'école quia le mieux compris cette relation entre la foi et l'art, doit occuper la plus haute place dans la hiérarchie catholique, même quand la combinaison de l'idée avec la forme ira pas lieu d'une manière précisément conforme aux lois de l'optique ou de la géométrie. Au xiv* siècle, tous les peintres suivaient plus ou moins cette voie ; au xv% comme nous l'avons vu, le naturalisme envahit Florence ; et pour retrouver les peintres qui cherchaient plus haut leurs inspirations , et les grouper ensemble, H. Rio parcourt les petites villes de la Toscane, celles de 1 Ombne, et les cloîtres, véritables sanctuaires de la pénitence chrétienne.Il reconnaît que Sienne, envers qui nous l'avons trouvé SI injuste, est restée bien plus fidèle
Sue Florence aux vieilles traditions. Il parle e Taddeo Bartolo, auteur de l'histoire de Marie, & la chapelle d|x Palais-Public; nous eussions désiré plus de détails sur cette œuvre, et surtout sur le compartiment où l'on Toit Notre-Seigneur venant retirer sa mère de son tombeau, sujet traité d'une manière %miquê par ce grand peintre : c'était un artiste essentiellement original et profond, comme le démontre la curieuse manière dont il a représenté chacune des phrases du CredOf sur les stalles de cette même chapelle. Noos excepterons du dédain avec lequel M. Rio traite ses travaux hors de Sienne, la délicieuse itadone allaitant $on enfant^ à l'Annanziata de Padoue. Notre auteur resrette de n*avoir rien retrouvé de ce qu'il fit a Péroose, à cause de Tinfluence incontestable qu'il exerça sur l'école ombrienne, dont cette ville fut le chef-lieu; la belle De$cenle du SaifU'Espritf qu'on voit à San-Asostino de Pérouse, ne serait-elle pas de lui ?
Hais les miniatures des manuscrits et li- Tres de chœurfurent surtout le refuge du spiritualisme dans l'art. Au sein des cloîtres la, miniature conserve toute sa pureté primitive, tout en brisant complètement ses entraves byiantines. Deux ordres monastiques, les I>bminicains et les Camaldules, cultivèrent cette branche de l'art avec le plus grand succès : les moines du Mont-Cassin les sui- Tirent de près. H. Rio passe en revue les magnifiques produits de ces écoles que l'on ▼oit encore h Sienne, à Ferrare, au Vatican, à la bibliothèque Laurentienne.
Tous ces moines peintres furent les précurseurs de celui que nous n'hésiterons pas à nommer le pins grand des peintres chrétiens, comme il fut le plus saint, le bienheureux frère Jean de Fiesole, surnommé An* aelico^ à cause de son angélique piété, etque l'on nomme encore aujourd*nui a Florence, comme par excellence, ilBeato (871). Cet in* comparable artiste, qui commence à peine à être connu de nom en France, bien que nous possédions un de ses chefs- d'œuvre (879), a triomphé même des préjugés et des répu-
eances classiques de vasari, et trouve dans Rio un diçne et éloquent panégyriste.
Cétait lui qui se mettait en prière chaque jour avant ae commencer à peindre, car il ne travaillait que pour exprimer à Dieu sa foi, son espérance et son amour; c'était lui qui pleurait à chaudes larmes chaque fois qu'il avait à peindre une crucifixion, tant il souffrait avec le Sauveur mort pour le racheter. Tout catholique doit éprouver un ineflïibifl bonheur en contemplant ces œuvres merveilleuses où Dieu a permis que la perfection de l'expression vint répondre à la sainteté de l'intention, et qui sont, on peut le dire hardiment, le née plui ultra de l'art chrétien. Ce qui le prouve mieux que tout, c'est le sentiment de piété, de componction qui saisit tout d'abord à la vue d'un des tableaux d^Beato: on reconnaît la religion, avec toute sa force , qui nous parle sous le voile de la plus pure beauté. On nous pardonnera peut-être de citer, à cette occasion, les lignes suivantes que nous avons surprises dans les effusions rapides d'une âme jeune et pieuse qui se trouvait pour la première fois devant la Dépoêitian de Croix qne M. Rio recommande spécialement. « Oh ! » écrivait^lle, «quelle surabondance d*amour de Dieu, d*immense et ardente contrition devait avoir ce cher Fra Angelico le jour où il a peint cela ! comme il aura médité et pleuré ce jour-là dans lefonddesa petite cellulesurlessouffrancesde notre divin ilaltre? chaque coup de pinceau, chaque trait qui en sortait, semblent autant de regrets et cTamoar, provenant dn fond de son âme. Quelle émouvante prédication que
la vue d'un pareil tableau! O délicieux
dief-d'œuvre I quel bonheur, quelle véritable grâce que de pouvoir contempler dans cette merveilleuse représentation de la passion de Notre-Seigneur, le cœur tout entier si ardent et si contrit du saint, qui exhalait ainsi les sentiments de douleur et d'amour dont son âme était inondée, pendant les longues, heures qu'il passait dans le calme do sa solitude en la présence de Dieu. Donnezmoi, Sei{^eur, quelque part à cette componction immense; qu'en contemplant ces œuvres, mon cœur soit si profondément initié par ce séraphique religieux dans la voie de vos douleurs, qne je songe sans cesse à y prendre part, à entrer dans cette voie de la croix avec l'entraînement de l'amour, toutes les fois qu'il vous plaira de
■ Oilf vvw* uvu« wiv^iaipHiv/ uv v« y%ië»Mm»v $ — f^ a»WflasauM|Wi»t h «www ww ■ai jft««B.«w ww m
ndlce fi*'il de ce vdunDk ea 1817 par les sofas an M. ScUeccL
(87i) Lecoareonemeot de Marie et la vie de saiol
lO'l
m'envoyer quelques peines. Je devrais peutêtre liorner ma demande à la soumission ; mais c'est trop peu. Olil oui, Tentralnement de TamouPt c*est là ce que je souhaite, ce que j*ose vous supplier de m accorder, après avoir vu toutes ces œuvres de votre peintre. D'autres y voient simplement des œuvres tVari; moi, j'y aurai puisé, je le sens, d'ineffables consolations, de profonds enseignements. »
Nous ne pensons pas que la vue d'aucun des chers-aœuvre de Vécolc classique, îï\ même des prétendus tableaux de piété dont on tapisse nos églises, inspire jamais de pareils sentiments.
M. Rio indique avec assez d'exactitude les principaux tableaux du Beato. Il a omis toutefois le merveilleux Jugement dernier^ de la galerie Fescb, acbeté par le cardinal <:bez un boulanger pour une somme minime (873); et surtout les grandioses fresques de la chapelle de Saint-Brice,& Orvieto, qui représentent aussi le jugement dernier, mais sur une échelle plus grande qu'aucune des autres productions de FraAngelico.Sa mort ne lui laissa pas le temps de finir son œuvre que Si(cnore(li a malheureusement terminée; mais on y voit de lui le célèbre et sublime Chœur des prophètes^ et le Christ foudroyant les méchants^ bien autrement divin que le Christ forcené de Michel-Ange, qui a voulu l'imiter. Nous ajouterons aussi comme un trait précieux pour les amis de cette grande renommée catholique, que deux madones de Rome, célèbres par leurs miracles, lui sont attribuées: l'une à Saintc-Cécilei et l'autre à Sainte-Harie-Madeleiqe.
Nous avouons que nous eussions désiré que H. 9io se fQt un peu ni us étendu sur les œuvres de ce peintre, qu il eût donné à ses lecteurs une idée du plan et de l'ensemble de ces compositions sans rivales. A son défaut nous essayerons de le faire pour un. tableau qui est indiqué dans une note de M. Rio (p. 196), ]e. Jugement dernier qui se trouve a l'Académie des Beaux-Arts de Florence. Nous ferons d'abord remarquer qu'un pareil sujet suflit seul pour constituer la difficulté la plus grande aue Ton puisse avoir à surmonter. Comment répondre en effet d'une manière satisfaisante à l'idée que tout Chrétien se fait d'une scène qui surpasse en grandeur et en majesté, comme en variété et en immensité, toute autre scène remarquable, et qui renferme la consommation et le résumé de toute la religion? La moindre tentative exige nécessairement et à la fois l'imagination la plus pure, la foi la plus sincère et le talent le plus accompli. Tout y est surnaturel, ce n'est qu'en transfigurant^ pour ainsi dire, les signes et les formes que la nature fournit h l'artiste, gu'il peut espérer d'atteindre son but; aussi peut-on afïïrmer que les peintres dîes écoles mystiques ou
(875) C'est peut-èirc \e plus exquis des trois tableaux que Fra Aiigelico a consacrés à ce grand 81IJCI. Depuis lu dispersion île la gakrie du cardinal Fcscli, il est à Londres, où il forme le plus bel or-
exclusivement catholiques, peuvent seuls traiter ce sujet, et que seuls ils y ont réussi. Fra Angelico a sur|)assé tous les autres et s'est surpassé lui-même dans letablea i dont nous allons tracer une trop sèehe esquisse. Qu'on se Ggure <lonc une planche de quelques pieds carrés ; au milieu de la partie supérieure, Notre-Seigneur est assis dans sa gloire; ses deux bras sont étendus ; sa main droite portant l'empreinte rayonnante (îe la plaie au crucifiement, est ouverte da cdté des élus, qu'il semble convier à entrer dans son royaume ; sa gauche est ég^alemeut étendue du côté des damnés, mais elle est fermée, ils n'en voient que le revers; ce geste seul dit tout : il est d'une simplicité sublime. Le Seigneur est au centre d'une nuée de séraphins disposés en forme d'amande (forme consacrée à cause de la Trinité, dontce fmil était le symbole) ; ces séraphins sont rouges pour exprimer l'ardeur de l'amour qui les consume ; autour d'eux sont rangés en ellipses concentriques toute la hiérarchie céleste, en adoration, chaque ordre avec son symbole, les archanges avec des poZ/tum, les puissances avec des casq ues et des lances,etc.: chacune de ces petites figures est en soi une charmante miniature. Aux pieds du Christ un ange dresse la croix triomphante, et deux autres sonnent encore des longues trompettes qui ont éveillé le genre humain. A sa droite, Marie, vêtue dune longue robe blanche semée d'étoiles, doublée de vert (couleur de l'espérance), les mains timide* mept croisées sur sa poitrine, lève vers son Fils un délicieux regard d'amour et de prière
four les pauvres mortels ; à sa gauche, saint ean-Baptiste présente au Juge suprême l'agneau syml)oliqu6 comme pour i apaiser; derrière la Reine des anges et le plus ^aod des saints, sur la même ligne, sont assis en deux rangées, sur leurs trônes, les patriarches, les apôtres et les princi{>aux saints ; Joseph à côté de Marie, et comme protège par elle ; Pierre «vec la clef d'or du paradis et la clef d'argent du purgatoire : Paul avec son épée. Moïse, David avec sa lyre, François d Assise avec ses stigmates lumineux; Etienne, la figure toute empreinte de la joie du martyre, et tant d'autres. De légers nuages blancs voilent leurs pieds; deloous rayons de feu resplandissent de tous côtes autour d'eux ; car ils sont déj& au sein de la gloire céleste. Rien ne saurait égaler TeT-
f)ression do toutes ces tètes, ce mélange ineiàble de béatitude calme et sereine avec le saint respect dont les frappe réclat de !a justice divine. L'imagination la plus exigeante reste satisfaite et même dépassée :îl semble, comme s'écrie Vasari lui-même, que les Ames bienheureuses ne peuvent être autrement dans le ciel. La partie infi^ rieure du tableau répond parSaitement à ta moitié d'en haut; le centre est occupé ptt
nement de la collection exquise de lord Ward, fss ce seigneur a mise à la di«posiÛ4Mi du publie aict une liliéraliio si intelti|{ente el si rare Iwn éc
lliaUe (1850).
APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L'ART
fOTt
une longue avenue de tombes ouvertes et vides, dont la perspective se termine par le grand tombeau de Jésus-Christ, le seul fermé parce Qu'il n'a rien à rendre. Le jugement vient d être prononcé : chacun connaît son sort. A gauche les damnés de toute classe, parmi lesquels le Bienheureux (quoique né dans un siècle de fanatisme et d oppression) ii*a pas craint de placer des rois, des cardinaux et beaucoup de moines, sont entraînés par une foule de démons vers Tenfer, qui occupe Textrémité dutableau, et où l'on voit les sept péchés capitaux punis dans sept cercles différents ; ei au fond le grand Lucifer, du Dante, dévorant un pécheur dans chacune de ses trois gueules. A droite sont Jes élus, et c'est ici où Ton peut voir jusqu'à
3uel point le génie chrétien triomphe des ifBcultés, et comment une inconcevable variété peut se concilier avec la plus complète unité; tous ont la tète levée vers le ciel, tous regardent leur Sauveur en le remerciant, en l'adorant; et nul ne ressemble à son voisin. Au premier rans on voit un pape, dont le visage calme et sublime semble exprimer surtout la joie du repos après ses durs travaux ; derrière lui un empereur, type du chevalier chrétien ; puis un roi et è côté du roi un pauvre pèlerin qui a cheminé jusqu'au ciel ; une jeune princesse, foui éclatante du pureté et de foi ; beaucoup de religieuses, d'évAques, de laïques, de moines d'une beauté ravissante, mais chez qui l'on voit bien que la beauté physique n'est que le rayonnement extérieur de la beauté morale. Mais voici les anges eardiens oui viennent chercher les élus sur lesquels ils ont veillé pendant le temps d'épreuve : chaque ange s agenouille à côté de son élu, et imprime sur ses lèvres un baiser fraternel ; puis il le conduit au ciel à travers une prairie émaillée de fleurs, où les anses et les hommes sauvés dansent ensemble : Canianiei ehorosque ducentee in oecursum régie (JReg. xviii, 6) ; les uns et les autres sont couronnés de roses blanches et rouges; dans la seule expression de leurs mains qu'ils se tendent l'un à l'autre, il y a ua Irésorde poésie. La ronde finie, ils s'envolent deux à deux vers la Jérusalem céleste. On aperçoit dans le lointain ses murs resplendissants; son portail entr'ouvert laisse échapper un torrent de rayons dorés au milieu desquels va se perdre un couple heureux, peut-être un ange et son élu, peut-être deux Ames qui se sont aimées et sauvées ensemble :
Suso aile poste rivolando iguali
(Punc., c. 8.)/
Qu'on ajoute à cette esquisse le prestige d'un coloris frais et pur, un dessin correct sans exagération anatomique, des draperies d'une grâce parfaite, des expressions de visage vraiment divines, et l'on aura une faible idée de ce Jugement dernier (87<^-75). Quand on l'a vu et compris , on reste bien froid devant celui de Hicnel-Ange.
Tel est le maître que les Italiens modernes relèguent parmi les barbares de ce qu'ils appellent t iempi fratt t, les temps bas 1 C'est au point que l'entrée de la chapelle Saint- Laurent au Vatican qu'il a couverte de fres- Îues admirables, très-bien appréciées par F. Rio, est interdite aux jeunes artistes italiens et même étrangers, par les ordres de M. Agricola, peintre lui-même et conserva*teur du musée pontifical. Dans sa sollicitupe pour les progrès de l'art, ce Monsieur ne veut pas que de jeunes talents soient ex» posés à se perdre en donnant dans la voie qu'a suivie le Beato.
Reprenons, maintenant, àlasuitedeM.Rio,, notre marche, et voyons avec lui quels sont les peintres qui sonU restés fidèles à ces ins-
f)irations si bien comprises par Fra Angeicp. Benozzo Gozzoli, son disciple chén\ seôxble servir de transition entre lui et l'école ombrienne. Nous blâmerons M. Rio du laconisme avec lequel il s'exprime sur la magnifique cavalcade des rois maees, que^ Benozzo a peinte à fresque au palais Riccardi : nous n'aimons pas non plus qu'il compare ces cavaliers aux bas-reliefs du Paîthénon : le grand peintre chrétien, dont chaque coup de pinceau, et jusqu'au moindre détail, exprime cette pensée chrétienne qui, comme nous le disions plus haut, doit transfigurer la nature, n'a rien de commun avec la beauté grandiose, mais trop terrestre, des œuvres du paganisme. En revanche, l'auteur nous donne une bonne appréciation des Œuvres gigantesques de Benozzo, au Campo Santo de Pise, ainsi qu'à Honte Fâico. Il lui décerne, ajuste ti|re, la palme du genre patriarcal^ le plus diflicile de tous.
Gentile de Fabriano, autre élève du Beato, et le plus ancien des grands peintres ombriens, sema, dans toute l'Italie, des chefsd'œuvre de peinture vraiment mystique, et jouit d'une popularité immense.
Pierre Antonio de Foligno, Nicolas de Foligno, Fiorenzo dit Lorenzo (876), tous peintres ombriens, montrent,, dans leurs œuvres,
( 874-75 ) Par one disposition habile et qui se .. trouve dans le grand tableau de F. Angelico au Lou vre, les vêtements de toutes les figures retombent de manière k ce que leurs pieds ne soient jamais visibles ; on ne saurait croire combien l*énsemblc en devient plus aérien, plus snnialurei.
Ce cbeM*ttuvrc est enfoui dans une petite salle basse de TAcadémie. li n'a jamais été p[ravc, ni même décrit, 4 ce que nous sachions (1859).~Depuii que nous écrivions ces lianes, un anglais généreux et intelligeni, a Tait iithograplûcr par M.
Gruner la partie du tableau de lord Ward qui représente les élus , et m*en a envoyé une épreuve avec une bonne grâce dont llgnorance où il m*a laissé de son nom me réduit à le remercier ici (1856). (876) Puisque M. Rio cite un tableau de celui-ci à la sacristie de San-Francesce de Pérouse, nous sommes surpris au*ii n*ait point parlé de Vittore Pisanello, peintre de Vérone, auteur de la lielle série des aciions de saint Bernardin , qu'on voit dant celte même sacristie. Il a toits les droiis de comBica parmi hss maîtres de Técole mysti<iite.
ms
influence évidente de Taddeo Barloli, le Siennois, et de Benozzo Gozzoli, le Florentin.
La plus pure fleur de l'école de Sienne et de Florence avait été nea à peu transplantée et soiffneusement cultivée sur les monta-
g nés de TOmbrie, où le tombeau de saint rançois d'Assise, regardé, au moyen âge, comme le lieu le plus sacré du monde, après Jérusalem, attirait et nourrissait la piété; où Pérouse, toujours guelfe au milieu des dissensions de ritalie, avait toujours offert un asile sûr aux souverains pontifes, trop souvent exilés de Rome. Aussi, à la fin du xv* siècle, après la mort du Beato et de Benozzo» la suorématie de Tart chrétien est dévolue à Técole ombrienne dans la personne de Pérugin, de Pinturiccbio et de Raphaël avant %a chute, glorieuse trinité qui n*a jamais été et ne sera jamais surpassée. H. Rio établit, d'une manière satisfaisante, que le Pérugin eut pour maître Fiorenzo di Lorenzo, élève et imitateur de Benozzo, au lieu des naturalistes Buonfigli ou Piero df lia Francesca : il réfute ensuite victorieusement, d'après HarîotU, les calomnies atroces dont Vasari a chargé la mémoire du Pérugin, et qui s'expliquent par Tantipaihie profonde et réciproque oui régna entre Pérugin et l'école de Michel -Anjge, a laquelle appartint, plus tard, Vasari. Celui-ci était, du reste, servile courtisan des Médicis, qui ne voulurent jamais charger d'aucun travail le Pérugin, exclusion qui l'honorera toujours aux yeux de ceux qui apprécient la déplorable influence de ces marchands, si vantés par les païens des XVI* et xvii* siècles, et par les incrédules du xviii*. Il est certain, comme dit M. Rio, que les lauréats soldés de la cour de Ifédicis ne pouvaient guère sympathiser en désintéressement avec un peintrequi peignait h fresque tout l'intérieur d'un oratoire pour une omelette lunafriuata (8T7), ainsi que l'avait fait' le Pérugin, dans sa ville natale. Ce merveilleux artiste sut effectuer la conciliation si diflicile, alors surtout, de progrès immenses dans le coloris et le dessin avec la pureté et la profondeur des traditions mystiques. Ses divers travaux sont énumérés et juêés par M. Rio, avec son talent et sa perspicacité ordinaires ; toutefois, nous n'adopterons pas, sans exception, tous ses jugements ni son admiration pour le tableau du I)alais Albani, à Rome, et les tètes de saints à Saint-Pierre de Pérouse, ni la proscription qu il prononce impitoyablement contre toutes les opu vres du Pérugi n postérieures à l'an I ÎWO. Nous lui demanderons si l'admirable saint Sébastien, à genoux sur une marche du trône de la Madone, et qui lui offre les flèches dont il a été percé, si ce tableau, qui se trouve à la sacristie de San-Agoslino , et qui est daté de 1610, n'est pas digne des meilleurs jours du Pérugin î Et la grande fresque de San-Severo, peinte en 1521, lorsqu'il était Octogénaire, est-ce une œuvre de décadence 1
D*ESTHET!Ql}E. 1016
Pour nous, nous croyons qu*il fiiut une tendre indulgence pour la vieillesse des peiii» très chrétiens et même pour leurs faiblesses, lorsqu'ils sont restés jusqu'au bout fidèles à la pureté et à la vérité, et qu'ils n'ont pas, comme Raphafil, sacrifié au veau d.*or do la sensualité et du paganisme.
Quoi qu'il en soit, s'il y a eu décadence cbex le Pérugin dans ses dernières années, il b*^ ' en eut aucune dans son école; « elle était cependant, dit M. Rio, sous le rapport de li variété des sujets, plus pauvre que les autres écoles contemporaines ; on n'y exploitait ni les turpitudes mythologiques, ni l'étude des bas - reliefs antiques , ni même les grandes scènes historiques de l'histoire sainte ; on se bornait au développement ei au perfectionnement de certains types, très* restreints en nombre, mais qui réunisssaient tout ce que la foi peut inspirer de poésie et d'exaltalion. La gloire de l'école ombrienne est d'avoir poursuivi sans relâche le bat transcendental de l'art chrétien , sans se laisser séduire par l'exemple , ni distraire par les clameurs ; il semblerait qu'une bénédiction spéciale fût attachée aux lienx particulièrement sanctifiés par saint François d*Assise, et que le parfum de sa sainteté préservait les oeaux-arts de la corruption » dans le voisinage de la montagne où tant de
f)eintres pieux avaient contribué l'un après 'autre à décorer son tombeau. De U s'é* taient élevées comme un encens suave* vers le ciel des prières dont la ferveur et la pureté assuraient l'efiicacité ; de là aussi étaient jadis descendues comme une rosée bienfaisante sur les villes les plus corrompues de la plaine, des inspirations de pénitence qui avaient «agné de proche eo proche le reste de l'Italie. L'heureuse influence exercée sur la peinture foisait partie de celte mission de purification, et nous voyons le Pérugin, qui fut le grand missioanaire de l'école ombrienne, en étendre les ramifications d'un bout à l'autre de l'Italie. » Sienne fut la première ville qui ré-
Eondit à son appel : il y a laissé un ta^ leau dont M. Rio ne parle pas, mais qui est, selon nous, son chei-d'œuvre ; la Cmctfixion à San-Agostino. Mais en parlant de Sienne, nous retrouverons chez IL Rio ce mélange de légèreté et de sévérité que nous lui avons plus haut reproché. Il parle de &latthieu de Sienne avec une injustice miment révoltante :il lui reproche un Mmmtn de$ Innocents qu'il qualifie de hideux;^ n'est sans doute pas au tableau qui représente ce sujet dans l'église des àervites de Pérouse que s'applique ce jugement, car il est très-beau, et la tète d'Hérode surtout est étonnante. Le même sujet a été traité par ce même maître au|chœurde San-Agostino, d'on^ manière satisfaisante. Mais comment notre auteur a-t-il pu oblier le délicieux taUeiH de Matteo, daté de 1479, dans la même cht- [>elle où e:>t la célèbre Madono do vieai
(877) Mariotti, LUten Peruginêé
AHP£ND1€£. — DU VANDALISME ET DU CATHOUGISME DANS L'ART
io:t
Guide» tableau où l*on voit Marie entourée d*ange$ musiciens, tous charmaDts, ayant à ses genoux saint Jérôme et saint Jacques, à ses côtés saint Sébastien et un pape martyr, et au-dessus du tout, une admirable adoration des rois? Mais lui-môme nous en a indiqué un autre plus délicieux encore à San- SpiritOt qui représente la sainte Vierge Aiiunia^ dans un médaillon de séraphins oblong comme le calice d*une fleur dont les ailes aes anses formeraient les pétales. Le neveu de HaUeo, Jérôme, méritait aussi d^être nommé, ne fût-ce qu*i cause de ce beau tableau où Ton voit les deux saintes Catherine à genoux devant la madone, daté de 1508, dans l'église de Saint-Dominique. Pacchiarotto, disciple illustre et presque rival du Pérugin, est traité avec une brièveté désespérante, et mis, on ne sait pourqu(M, sur la môme ligne que Baccaiumi, homme de la décadence. Comment M. Rio D*a-t-il pas étudié un peu sa vie, qui fut politique aussi bien qu'artistique, comme celle de vanni ; car il aurait été pendu comme chef d'émeute, si les Franciscains ne l'avaient pas sauvé et fait passer en France (878)7 Comment n'a-t-il pas consacré une ligne à cette admirri)le ft-esque qui orne un lieu cher et sacré pour tout eatnoiique, la chambre occupée par sainte Catherine de Sienne, dans la maison de son père le teinturier, fresque qui représente la visite de Catherine à son amie sainte Agnès de Moutepulciano étendue morte sur sa bière, où la beauté féminine a atteint ce point où l'inspiration chrétienne peut seule conduire? Nous renouvellerons donc ici le désir et Tespoir de voir toute la partie de Sienne refaite. Nous concevrions ces omissions, ces injustices chez lout autre, maisnous ne (es pardonnons
es à un homme qui s'est identifié, comme . Rio, avec toutes les lois et toutes les 5'ouissances de la véritable esthétique. Quant I nous, nous estimons que, après tant d'oubli et d'impies dédains, c'est un devoir de recueillir et de chérir scrupuleusement jusqu'aux moindres travaux des peintres restés purs, comme une portion précieuse du tré:>or catholique.
Boccaccio Boccaccini fut à Crémone le die représentant du Pérugin : tandis que liaison intime de celui-ci avec André Verocchio et Lorenzo di Credi, le maître et le condisciple de Leonardo de Vinci , assurait à ces doctrines une influence légitime sur la magnifique et si chrétienne école de Lombardie.
Mais ce fut surtout à Bologne que l'école ombrienne trouva une sympathie qui eut les suites les plus heureuses pour lart. A M. Rio appartient la gloire d'avoir réhabilité, ou i)0ur mieux dire découvert la véritable école bolonaise , non pas celle du Do-
(878) VALEâï, IV, p. 278.
(879) Elle a été caoooisée en 1722; sa fête se cémre le 9 mari.
(88î)|M. Rio a très^sagement relevé ce giichîs qui régne dans la distribution de:» tableaui de notre
miniquin et des Carracnes qui a été si longtemps et à si juste titre l'objet du culte de» matérialistes; mais l'ancienne et religieuse école des xiv* et xv* siècles , qui ne s'éteignit que dans la ruine générale de l'art au XVI* siècle. Elle se distinguait peut-être plus encore que celle de Florence, par sa
(>iété traditionnelle. Vitale, élève de ce i'ranco que le Dante a vanté {Purgai.^ c. Il), ne put jamais se résoudre à peindre une • crucifixion, disant que c'était une tiche trop douloureuse pour son coeur. Jacopo Avanzi, dont on voit encore d'admirables fresques al Santode Padoue, fut longtemps retenu par le même scrupule. Lippo Dalmasio ne voulait peindre que des images de la sainte Vierge, et « telle était à ses yeux l'impor* tance de ce travail qu*il n'y mettait jamais la main sans sy être préparé la veille )>ar un jeûne austère , et le jour même par la communion. » Aussi ce genre de pre(>aration lui réussit-il si bien que le Guide, ea plein xvu* siècle, restait ravi d'admiration devant sa Madone : celle qu'on voii encore sur la façade de l'église San-Procule justifie bien son extase. Nous sommes surpris que, dans cette énumération des gloires primitives de l'école bolonaise, M. Rio ait omis un nom qui devait le frapper particulièrement, celui de sainte Catherine de Bologne : elle s'appelait Catherine Vigri , naquit à Ferrare en 1413 , elle fut abbesse des Clarisses à Bologne , et y mourut en 1453 (879) : au milieu des vertus héroïques et des actions miraculeuses qui Tout fait canoniser, elle cultivait avec ardeur la musique et la peinture : on conserve deux de ses tableaux, qui tous deux représentent sainte Ursule , l'un i l'académie de Venise , Tautre à la Pinacothèque de Bologne.
Francesco Francia est l'astre rayonnant de l'école de Bologne : contemporain et émule du Pérugin , il a puisé aux mêmes sources , et mérite de prendre place avec lui, Fra Angelico, Lorenzo di Credi et quelques autres, dans ce cercle de peintres d élite où doivent se concentrer les admirations du Chrétien. 11 n'est guère connu, même de nom^ en France. Notre fameux musée du Louvre* ne possède pas un seul tableau de lui, quoique tous ceux d'Allemagne aient pu facilement s'en pourvoir. Les beaux génies qui ont présidé à cette collection ont sans doute cru que cette peinture mystique ue méritait pas (le figurer à c6té des Rubens et des Lebrun : c*est i ce même esprit que nous devons de n'avoir pas un seul tableau remarquable du Pérugin, tandis que le petit nombre de tableaux des anciennes écoles qu'on a laissé s'y glisser, sont relégués dans Tantichambre (880). Francia a atteint, pour le type de la Madone ^ \me perfection
galerie, et qui contraste d*une manières} liuroillaaie ptiur nous avec Texcellent arrangement ebronologU
aue des galeries de Berlin , Munich et Florence. lais qaVst-ce que cela auprès da grossier vandalisme (iui tatt clouer des planches pendant ein^moi»»
DICTIONNAIRE D*£STHET1Q0E.
toao
sans nraies «a tendre dévotion qu'il lui por* tait» pouvait âealejlui révéler ces secrets célestes. Sa modestie égalait sa piété : il si' gnait toujours ses tableaux Francia Aurifext se croyant indigne du nom de peintre. Nous voudrions f)ouvoir donner la description du tableau ravissant que semble indiquer M. Rio (p. 2b9)» et qui représente saint Augustin hésitant entre Jésus et Marie ; mais le temps et Tespace nous pressent. Francia se lia avec le jeune Raphaël , pendant que ce* Itti-ci était dans toute la pureté de sa première manière : mais c*est une calomnie im- Ïadente de Vasari i c^mme le démontre très^ ien M. Rio^ que de prétendre que Francia mourut de chagrin en se vovant éclipsé par la Sainte Cécile de Raphaël. S'il était en eifet mort de chagrin » c*eût été sans doute d'v voir la dégradation précoce du génia; mas heureusement pour la véracité de Vasari, il survécut de deux ans à Raphaël» mais ^n se gardant bien de l'imiter» et ayant même cessé toute intimité et toute correspondance avec lui depuis l'adoption de sa dernière manière. Que pouvait-il y avoir de commun entre le peintre des ravissantes madones qu'on voit i Bologne justement en face de la Sainte Cécile, et l'air déjà si effronté de la Madeleine de ce dernier tableau (881)? Francia eut de nombreux élèves. L'élite d'entre eux travailla avec lui aux fresques de Sainte-Cécile» si belle encore malgré l'abandon où l'a laissée l'incurie dés Italiens pour leurs anciens mattres. Giacomo» son fils » et AmicQ Aspertini restèrent fidèles à la bonne voie. D'autres» parmi lesquels on remarque le fameux graveur Marc-Antoine » Cédèrent à la séduction du paganisme. On regrette de pas trouver ici un mot sur un élève de Francia» Timotéo Viti ou délie Vite ; auteur d'une Madeleine pénitente (à la Pinacothèque) dont la pudeur et la ferveur forment un noble contraste avec les affreuses profanations dont ce sujet a été accablé oepuis la renaissance. Ce serait aussi la place naturelle de quelques renseignements sur les frands maîtres de la primitive école de errare» Costa» Mazzolini et Panetti, dignes rivaux du délicieux Francia (%2). Après avoir examiné ainsi les résultats cie l'influence du Péruffin au dehors» M. Rio revient à ses disciples en Ombrie même. Puisqull a honoré de ses éloges Gerino de Pistoja» et Paris Alfani» qui en sont» selon nous» assez peu dignes» on ne conçoit pas pourquoi il a omis Sinibaido Ibi» dont onyoit un
de ekapie année devant tous les tableaux anciens» afin de pouTOIr eiposer 'les prodoclions des médiocrités modernes? la postérité» en Usant ce fait dans rbistoire de notre temps , aura peine à le croire (1859).
(881) On peut en juger d*après la gravure de sainte Cécile , récemment, faite par Gandolfl , ou eelle publiée en France par Desnoyers , à ce qu*il nous semble.
(H^i) Cette lacune a été depuis comblée par un excellent opuscule de M. Camillo Laderchi sur Taucleiine école ferraraise» doul nous parierons daus Tappeudice n* %.
(88S) Le directiMir de œtte galerie , U. Saiigui-
si beau Saint-Antoine à San-Francesco de Pérouse» et surtout Giannicola Manni» dont le tableau vraiment sublime forme» avec la Madone de Pinturicchio» si justement appréciée par l'auteur» le plus bel ornement de la petite mais délicieuse salerie de Pérouse (883). Les ouvrages de Pinturicchio ont été traités avec soin et prédilection par M. Rio» surtout ses fresques exquises de Sainte-Marie du Peuple» « la première église
Sue l'étranger salue en entrant dans Borne. » bus lui reprochons seulement trop de sévérité pour les œuvres de ce pauvre Pinturicchio a Spello» et l'oubli complet de la Cap^ pella Bella peint par lui dans cette petite ville» et où aans une Nativité, il a eu la belle idée de montrer sur les langes qu'un sera* phin apporte à l'EnfiBint divin» l'empreinte prophétique delà croix. Nous avons ait plus haut pourquoi nous étions plus indulgent que M. Rio pour la vieillesse des grands peintres chrétiens : nous préférons la vieillesse de Pinturicchio au progrès de Raphaël. Nous ne dirons rien de ce Si^norelli, re^ négat de l'école mystique» qui poussa IV mour de l'anatomie jusqu'à 1 étudier sur le cadavre de son propre fils : mais notts sens hAterons d'arriver è Raphaël» le plus illustre des élèves de Pérugin. Nous admettrions volontiers avec M. Rio qu*il a porté l'art chrétien à son plus haut degré de perfection» si nous n étions attristés et affligés» même en présence de ses chefs-d'œuvre les plus purs, par la pensée de sa déplorable défection. Il- est certain que nul n'a réuni à un si haut point que lui toutes les qualités les plus variées» pendant les dix premières années de sa carrière : mais c'est justement parce qu'il a le mieux conçu et le mieux pratiqué la sainte vérité» qu'il est plus coupable d'avoir volontairement embrassé des erreurs profanes. Quoique les tableaux de sa première manière soient les plus beaux du monde» on ne doit pas dire qu'il a été le plus grand des peintres» pas plus qu'on ne
Pourrait dire qu'Adam a été le plus saint des ommes» parce qu'il a été sans péché dans le Paradis* M. Rio analyse avec une attention parfaite les principales œuvres de Raphaël depuis l'an 1500 où il se fit l'élève du Pérugin» jusqu'au moment où il renonça aux traditions ombriennes pour fonder l'école Romaine {8Sk\. il établit une foule dt rapports très-précieux entre les circonstances extérieures de la vie de Rapbail» ses amitiés» les lieux qu'il visita et ses oavrt-
neiti , est du très petit nombre des Italiens qui ment, compreonent et pratiquent la peinlure lique.
(884) On est encore si peu familiarisé en Fraaea avec la première manière (c'est-à-dire la nanièri chrétienne) de Raphaël, que nous neus saafeuous d*avoir lu dans la Revue de PerU du 10 odobra 1836 un article signe L. Thoré , dont Paulmir pa^ rait stupéfait de cequ*un tableau de Rapbaél, daté de 1500, ait pu exciter son admiration. Qa*k«riit donc dit cet écrivain devant le Cmcîtleaieiil da cardinal Fesch, qui est de 1505 , et le SMs«lîat»» qui e»tacl5ei?
APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOUaSME DANS L^ART.
fs. fi commence par le Spo$alixio^ et fiDît la Diêpute du Saini-Sacrêmeni : ce sont les deui termes exirfimes du génie chrétien de Raphaël , et on peut le dire» les deui plus merTeîlleuses productions de la pein*ture. Mais croirait-on qae le SpoêaliMio^ cette œuTre heureusement popularis.ée en France par la belle gravure de Longhi, cette éBUTre, comme dit M. Rio, d la foi$ naïve et êublime^ est si peu comprise à Milan qui a le bonheur de la posséder, que les fins connaisseurs de cette yille disent que c*est un tableau d'apprenti, et regrettent les 40,000 francs qu*ii a coûté. Nous n'essayerons pas de sutyre M. Rio dans son examen qui mérite unelecture approfondie. Nous regrettons Qu'il n'ait pas fait mention des madones AifanietContestabile àPérouse, et qu'il ait parlé si légèrement du petit tableau du comte Tosi à Brescia, qui représente Notre- Seigneur à mi-corps, le doigt sur la plaie de 80Q c6té, et disant à ses disciples PaxvohU: jamais Raphaél n'a mieux réussi dans la tète du Christ (885). M. Rio a commis, ce nous semble, une erreur grave, en disant que le premier tableau fait par Raphaël après le Spoiaiixio^ la sublime ïncoronazione du Vatican, a été terminé vingt ans plus tard par Jules Romain et le Fattore. Dans ce délicieux tableau (886), tout est d'un seul jet, et ce Jet s'élance des sources les plus limpides de l'art mystique : rien n'indique l'attouchement impur de Jules Romain. M. Rio l'a sans doute confondu avec le tableau voisin, dit la Madona di Monte Luce^ qui représente le même sujet, œuvre conjointe de ces deux élèves dégénérés de Raphaël, mais i laquelle le génie du Raphaël péruj^inesque est complètement étranger. Il a omis aussi, on ne sait pourquoi, le chef-d'œuvre de la galerie du Vatican, le Preeepe delta Spineta^
Sue Ton croit être le fruit du travail réuni u Pérugin, de Pinturicchio et de Raphaël. Il serait fort difficile de distinguer la part de chacun : mais on peut dire hardiment que, a'ils y ont tous trois travaillé, ils s'y sont tous trois surpassés (886''). La Vierge dite du duc d'Albe, dont M. Rio dit avec raison que « nul tableau n'est plus propre à exalter les Ames pieuses qui veulent méditer sur les mystères de la Passion, » naguère à Londres, chez le généreux M. Coesvelt, vient de passer à Pétersbourg, et est par conséquent perdue pour l'Europe catholique et civilisée. Le rapprochement entre la Dupute du Saint- Sacrement et le poëme du Dante, est naturel et juste : cette fresque est en effet un véritable poëme de peinture. Pourquoi faut-il qu'aussitôt après l'avoir terminée, Raphaël ait cédé aux suggestions du serpent? Comme dit notre auteur, « le contraste est si frappant entre le style de ses premiers ouvrages et celui qu*il adopta dans les dix dernières an*
(885) Ce petit chef-d'œuvre, lrès*peu connu, a été INufaiteroeni gravé par M. Grùuer, pour la iraduclîon Italienoe de la vie de Raphaél, par Quatremére de Quincy , ainsi que pour Touvrage publié récemment par M. Pa&savani , en Allemagne , sur Im travaux de Raphaël.
nées de sa vie, quMl est impossible de regarder l'un comme une évaluation ou un dévoloppement de l'autre. Evidemment il y a eu solution de continuité, abjuration d'une foi antique en matière d'art, pour embrasser une foi nouvelle. » Cette foi nouvelle n'est autre que la foi au paganisme et au matéria*lisme, qui a eu pour révélation les fresques de l'histoire de Psyché, et là Transfiguration. H. Rio remet à un autre moment l'histoire de cette grande chute pour nous donner celle de la croisade prèctiée par Savonarole contre l'invasion du paganisme dans la société et surtout dans l'art. Cet épisode, qui occupe tout le chapitre VIII, est peut-être la partie du livï*e qui fait le plus d honneur à l'auteur; ou plutôt ce chapitre fait à lui seul un beau livre. Xous ne tenterons pas d'analyser ce récit plein de mouvement aéloquence et de raison, qui initie le lecteur i la crise la plus importante de l'histoire de l*art et de la poésie chrétienne* Mais cê a'esl
Ks seulement à l'histoire de l'art, c'est i listoire religieuse en général que M. Rio a rendu un service essentiel, en pulvérisant les mensonges à l'aide desquels les protestants et les philosophes ont jusqu'à présent exploité le rôle joue par Savonarole au profit de leurs haines contre l'Eglise romaine. Tout dernièrement encore un professeur de théologie luthérienne (si tant est qu'il y ait encore une théoloeie luthérienne) à léna, H. Heyer, a publié un gros volume où il cherche à démontrer que Savonarole était le digne précurseur de Luther, et même sou rival sur plusieurs points. D'un autre côté, dans le siècle dernier, les jansénistes italiens, imbus des doctrines que Joseph II rendait si fatales à l'Eglise et à la société, publièrent plusieurs écrits contre lui, comme rebelle à l'autorité légitime et paternelle de$ Médicis, rebelleau nom du fanatisme, comme l'étaient les Belges contre Joseph II. M. Rio a réhabilité les opinions relisieuses et politiques de ce grand homme ; il a prouve que son catholicisme était aussi pur que sa politique était sage et éloignée de la démagogie qu'on lui impute; il a reconquis pourlE-
?lise la gloire et le génie de Savonarole. lu'il en soit béni 1 Aussi bien est-il impossible de lire ce chapitre sans éprouver la plus vive sympathie à la fois pour le héros du récit et pour le narrateur, car on sent que l'un n'est compris que grAce aux efforts de l'autre. Il a fallu que M. Rio vint compulser avec un soin scrupuleux le recueil déjà si rare des sermons de Savonarole pour en retirer les admirables invectives de l'apôtre chrétien contre le classicisme corrupteur de l'éducation, contre le paganisme avec tous ses souvenirs antiques, ses héros profanes» sa littérature obscène et son art voluptueux ; en même temps qu'une théorie du beau chré«
(886) Gravé à Dresde, par Stoizel, en 1832, mais avec trop de dureté.
(886*; Dans mon dernier voyage à Rome, j*al appris qu*on auribuaii maintenant ce chef-d'œuvre ais peintre Spagna. Il a été gravé sous ce nom par hi Calcograpliie aposloHqae.
DICTIONNAIRE DllSTBETlQUfc.
lOM
tien, qui araît une bien autre originalité» une bien autre profondeur que toutes les trivialités qu'on répétait servilement alors d'après Aristote et Quintilien. On conçoit le soulèvement qu'il dut exciter contre lui dans une société ou la découverte d'un manuscrit grec ou latin était regardée comme un des plus grands bienfiiitsduciel»^et où l'on osait mettre sur les autels les portraits des courtisanes les plus célèbres en guise dé madones. Aussi, malgré le pur enthousiasme qu'il inspira à la jeunesse, et dont M. Rio raconte les résultats avec tant de charme, malgré l'influence toute-puissante qu'il exerça sur les savants, les guerriers et les plus grands artistes de son siècle. Pic de la Hirandole, Salviati, Valori, Lorenzo di Credi, Fra Bartolommeo, Luca délia Robbia, Cronaca, il succomtNi sous les efforts réunis des vieux débauchés, des professeurs de littérature païenne, et surtout des banquiers et des usuriers, qui ne voulaient pas se laisser enlever, par l'influence de la religion, le gouvernement des affaires publiques. M. Rio ne le suit pas jusqu'à sa catastropne ;s*il l'avait fait il aurait certes reconnu que, dans les derniers temps de sa vie, Savonarole manqua lui-même de cette humilité et de cette modération qui donnent la victoire. Mais notre auteur n'a pas oublié la noble justice rendue à la victime du paganisme par la cour de Rome ; justice qui ne fut pas tardive puisque l'on voit, dixansapr(!*ssamort, Raphaël le représenter parmi les docteurs de l'Eglise^ dans la fresque du Saint-Sacrement, avec Tautorisation de Jules II, successeur immédiat d'Alexandre VI qui l'avaii /condamné.
Nous regrettons que M. Rio n'ait pas cité ou analysé quelques-uns des nombreux uoëmes de Savonarole, qui sont en manuscrit a la M agliabecchiana, et dont plusieurs ont été publiés parHeyer. Il eût été bon aussi de rappeler l'influence qu'exercèrent ses sermons sur Ben venu 10 Cellini, comme celui-ci nous le raconte avec son énergie habituelle (887). Benvenuto, malgré ses excès en tout genre et la direction exclusivement païenne de son talent, avait conservé une foi très-fervente, et [)ar tout l'ensemble de son caractère, il nous parait avoir été le dernier représentant de la dignité et de l'indépendance de l'artiste du mojren Age.
Fidèle à la distinction fondamentale de son ouvrage, M. Rio, dans son chapitre IX, sépare et juge les peintres de Florence qui, au commencement du xvi* siècle, se iancèreutà pleines voiles dans le naturalisme, et ceux qui, dominés par le souvenir de Savonarole, formèrent une nouvelle école purement religieuse. Lorenzo di Credi occupe la première place parmi ceux-ci. Le tableau qu*ou voit de lui au Louvre peut donner une idée de son genre, quoique la Vierge y soit inférieure à son type habituel si pur et si
(887) Voy. Vita di Mlini, édil. de Tassi, 1. III, p. I, et aussi t. 1, p. 65.
(888) Il ne faui pas confoodre ce ubieau avec celui du méiD« auteur dans la même église, qui re-
tendre à la fois, qu'on le place volontiers à côté de ceux du Pérugin et de Francia. Fra Rartolommeo fut plus enthousiaste que tout autre de Savonarole, et il eut, comme Lorenzo di Credi, la gloire de ne jamais vouloir traiter des sujets profanes; mais nous ne saurions partager l'admiration que ses œuvres inspirent à M. Rio, si ce n'est pour le tableau de l'église San-Romano à Lucques,^
Îui représente sainte Madeleine et sainte atherine de Sienne aux pieds de Notre-Seigneur crucifié (888). Ridotfo Ghirland^Of nourri à l'école ae Savonarole, ami de rm Rartolommeo et de Raphaël pendant la jeunesse de celui-ci, resta fidèle jusqu'au bout aux inspirations chrétiennes, en les parant d'un coloris plus suave et plus harmonieux peut-être que celui de tout autre maître florentin. On peut en juger d'après Vlneorona' itofiequi est au Louvre et qu'il fità dix-neof ans ; il mourut en 1S60 ; il fut le dernier des
Eiintres chrétiens. Nous ne suivrons pas . Rio dans l'examen détaillé qu'il foiit des peintres naturalistes de la première moitié du XVI* siècle, Pierodi Cosimo, MariottoAl* bertinelli, André del Sarto et le Pootormo; ils excellaient tous plus ou moins dans le coloris, « cet élément subalterne de la peinture, » mais ils n'eurent jamais une inspiration purement et profondément chrétienne, si ce n'est André del Sarto dans deux ou trois fresques de la vie de saint Philippe Benizzi à VAnnunzicUa. Nous ne concevons même pas comment M. Rio a eu le courage de s'étendre si longuement sur ces peintres de la décadence, lui qui a été si avare de détails sur les œuvres de Fra Angelico. Il est vrai que dans ses pa^es on trouve des renseignements très-significatiCs sur la vie de ces nommes : et l'on peut en déduire • priori un jugement très-sûr quant au caractère de leurs ouvrages. On y voit toute la honteuse histoire d André del Sarto, qui e^ croquait de l'argent à François 1" en peignant sa femme grosse en guise de madone. On y voit que Mariotto mourut de débauche è la fleur de l'Age, et que Pierre di Cosiiuo aimait tellement la nature qu'il cherchait à s'inspirer « dans le voisinage des hôpitaui,
Eres des murs où les malades avaient !*baitude de cracher depuis des siècles, et devant des découpures et des ondulations de toute forme et de toute couleur il restait quelquefois des heures entières en contemplation, à moins qu*il ne vint i entendre le son des cloches ou le chant des moineSt car il aurait fui à l'autre extrémité de Florence pour échapper à ce double supplice. » Cet artiste avait, è ce qu'il parait, les mêmes répugnances que certains esprits éclairés de nos jours.
L école naturaliste mixte^ c'est-A-dire encore mêlée de quelques éléments religieux et poétiques, s éteignit avec le Pontormo,
présente la Madone de la Miséricorde : cdui-d al stlon nous bien inrérieur, surtoiHi pow le cype éi Marie.
APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS LWRT
pour faire plaee à l*école naturaliste pure des Allori et des imitateurs de Hichel-Aoge, dont il doit être question dans une partie ul^ térieure de l'ouvrage.
Nous Toici arrives au chapitre 10 et dernier de ce précieux volume ; il traite de Técole vénitienne primitive et de ses branches collatérales dans diverses villes des possessions de Venise. 11 nous semble que ce chapitre, avec celui qui renferme le magnifique épisode de Savonarole, est la partie de son livre que l'auteur a traitée avec le plus d'amour, et nous lui en savons d'autant plus gré que ces deux sujets n'ont pas même été effleurés iusqu'ici, pas même par la serupuleuse pénétration des Allemands.
Après quelques considérations préliminaires, un peu trop sévères selon nous, sur le dialecte si gracieux de Venise, H. Rio établit que la poésie chrétienne n'a revêtu à Venise que les seules formes de la légende et de l'art; il nous dit que la poésie légendaire de Venise est plus riche qu'aucune autre du monde dans ses variétés. Nous croyons cette assertion singulièrement exa-
férée, mais nous espérons qu'un jour M. io essayera de la justifier en nous initiant à la connaissance de ces trésors, et en les comparant avec les richesses légendaires du monde germanique et du reste de l'Italie. Passant de suite a la forme de Tait, Il juge rapidement l'empire passager de l'école Dylantine, frappée là comme ailleurs d'une heureuse stérilité. Les travaux de Giotto à Padoue, trop légèrement appréciés par M. Kio, comme nous l'avons dit plus haut, y enfantèrent une école dont le plus beau monument se trouve au Baptistère de cette ville. Nous avouons que la coupole de cet édifice qui représente la gloire céleste, peinte par Giusto et Antoine de Padoue, avec la foi sévère et naïve de cette heureuse époque, nous parait un spectacle beaucoup plus radieux Que les savants raccourcis des coupoles du XVI' siècle gue M. Kio leur compare. Guariento, condisciple des peintres du Baptistère, se distingua d'eux par Tori-
f inalité de ses productions; c'est lui qui fit Venise le premier tableau à la fois religieux et national dont l'histoire ait gardé le souvenir, qui représentait la sainte Vierge inaugurée par Jésus-Christ comme reine de Venise; et de plus, comme symbole de la fraternitéquidevait régner entre les citoyens, saint Antoine et saint Paul partageant dans le désert le pain qui leur était envoyé du ciel. Ce tableau a malheureusement péri; mais comme dit fort bien l'auteur, « tout l'avenir de la peinture vénitienne était là, tout son cycle lui était tracé d'avance... c'est-à-dire l'élément religieux et mvstique planant au-dessus de l'élément social et patriotique. » M. Rio nomme parmi les élèves de Guariento^ Avanzi , auteur des belles fresques de la chapelle Saint-Félix al Santa
^880) Auteur d*une notice réceroment publiée sur Biiiit-Lazare , sociéië religieuse des Arroéoiens. (1880). Depuis lors M. Bore est entré dans la con-
da Padoue. Ce Giacomo Avanki de Bologne, doit être le même, si nous ne nous trompons,
Îue celui qu'a cité plus haut M. Rio, comme isciple de Vital, dans l'ancienne école de Bologne; ses œuvres sont dignes de cette illustre origine. Mais dès le commencement du XV* siècle , une déviation funeste eut lieu au sein de cette brillante école de Padoue, sous la direction de Sgtiarcione el plus encore de son élève le célèbre Mantegna, tous deux épris du plus aveugle enthousiasme pour I art antique. Devenu plus tard beau-frère de Jean Bellini, il améliora son style et son goût. M. Rio cite plusieurs de ses travaux qui portent l'empreinte de ce progrès ; notamment les deux tableaux de la galerie du Louvre, objets de l'admiration si prononcée de Frédéric Schlegel. Mais Maotegna ne réussit point à former des élève$ dig^nes de lui (sauf toutefois Monsignori,^ qui doit compter de droit parmi les mystiques); aussi Venise eut-elle le mérite d'éviter tout contact avec cette école païennCf elle aima mieux se mettre en communication avec l'école pure et mystique de l'Ombrie. Carlo Crivelli, l'un de ses plus anciens peintres» dont on voit de si beaux tableaux a la galerie de Milan, alla se former à Fabriano, tandis que Gentile da Fabriano, dont pous avons parlé plus hant, vint en 1420 à Venise v fonder l'école des Beliini. Il reste encore uans cette ville un monument curieux de ses relations avec Venise, dont M. Rio n'a pas parlé; c'est une très-t>ellei4doraitofi des Mages f dans la galerie de M. CragI Jetta ; les costumes orientaux y sont fidèlement reproduits, et on y voit des inscriptions en caractères regardés comme indéchiÉfraoles, jnsqu'à ce qtPun jeune savant français, M. Eugène Bore (889), y eût reconnu des paroles arméniennes. Gentile da Fabriano avait, selon la tradition vénitienne, accompagné le praticien Zeno dans son ambassade en Perse, et ce tableau était sans doute destiné à commémorer pieusement cet aventureux voyage. On le verra avec intérêt, en attendant qu'il passe entre les mains de quelque riche Anglais qui l'enfermera dans un castel de province, où le propriétaire en fera valoir non pas la beauté, mais le prix, aux yeux ennuyés de quelques fashionables. Tel a été, depuis un demi-siècle, le sort de bien des chefs-d'œuvre.
A côté de l'influence de l'école ombrienne vient se placer tout naturellement celle de l'Allemagne, où florissait à cette époque l'admirable école de Van-Eyck et de Hcmmeling. Venise possédait autrefois un grand nombre de productions de ces princes de l'art germanique. On v voit encore le bréviaire unique par la beauté de ses miniatures, peintes par Hemmeling. Un certain Jean d Allemagne, que l'on trouve souvent comme collaborateur des Vivarini, venait sans doute du Bas-Rhin. Nous reprocherons
grégation des Lazarisies, cl a consacré son intelllgeute énergie à ia propagation do la foi en OrîeaU
îWt
MCTIONNAIRE DESTlIKTIQUIi:,
une dernière fois à M. Hio la n-oideur et Tinlustice avec lac|uelie il fuirle de cette famille des Vivarini, qui a si bien mérité de j*art chrétien, et que tous les véritables amis de cet ért ne peuvent manquer de chérir en apprenant à connaître leurs ouvrages. Nous n hésitons pas è les regarder comme les véritables pères de la peinture catholique à Venise. Nous citerons parmi les chefsd'œuvre de ces peintres le Couronnement de la Viergef signé Jean et Antoine Vivarini^ ikhkf qui est h San-Pantaleone de Venise, et
aui peut servir de type à ce beau sujet, tant s ont tiré parti de tous les motifs aue leur fournissait la tradition ; puis une très-belle Ancona fou rétable), d'Antonio et Bartolommeo de Murano, en 1^50, à la Pinacothèque de Bologne, où Ton voit Marie couronnée par les anges, tandis qu'elle semble protéger de ses mains jointes et de son tendre regard le sommeil de son divin Enfant endormi sur ses genoux ; enfin et surtout le grand tableau qui est à l'entrée de l'Académie de Venise, et qui semble en quelque sorte la bannière patronale de la ville. C'est Marie, dont le visage offre une expression ineffable de mélancolie et d'innocence à la fois ; elle porte dans ses bras l'enfant Jésus, qui tient une grenade fleurie ; elle est sur un trône recouvert d'un baldaquin, que soutiennent quatre anges à grandes ailes enflammées, et qui regardent d'un air triomphant; à droite et h gauche sont les quatre docteurs de l'Ëglise; l'ensemble est d'un grandiose complet et d'une beauté rare. Le catalogue de l'Académie l'attribue à Jean et Antoine de Murano, mais RidolO, le plus ancien historien des artistes vénitiens, le désigne de la manière la plus formelle (p. 18) comme étant de Jacopello Flore, qui florissaiten 1420, et dont l'on voit à San Francesco délia Vigna une bien belle madone. Selon un type assez fréquent dans la primitive école vénitienne, elle adore son enfant étendu sur ses genoux, en Ini faisant comme un dais de ses mains jointes (890).
M. Rio reléguant les pauvres Vivarini dans leur lie solitaire de» Murano, croit que Técole vénitienne a été le produit de l'assimilation de tous les bons éléments des diverses écoles ultramontaines et italiennes. Le grand mouvement de l'art y est commencé« selon lui, par les deux frères Bellini, Gentile et Jean. Il ne reste rien des quatorze grandes fresques qu'ils eurent l'honneur de peindre dans le |)alais ducal, lesquelles représentaient l'histoire d*Aiexandre III et do Frédéric fiarberousse à Venise, et que M. Rio nomme les quatorze chants de l'épopée nationale de la république ; mais l'Académie des Beaux-Arts nous a conservé assez de tableaux de Gentile pour nous mettre à même de le juger, surtout la magnifique Proceaion de la vraie croix sur
(890) Quadri attribue ce tableau à Fra Antonio deNegrepoDte.
(891) Il faut dire à la gloire de Venise, comme à ceUe du peintre, au*on ne trouve paç un seul ublcau païen ou mythologique parmi tous ceux que le^
la place Saint-Marc^ qui est comme une api>arition de la splendeur catholique 4e l'ancienne Venise, et nue le pieux artiste a signé ainsi : Gentilis Bellinuê amore incenens crucis^ 1&96.
Quel beau temps cependant pour des Chrétiens, que celui où le génie proclamait sa foi en signant son chef-d'œuvre de ces mots simples et sublimes : Un tet^ enfhmmi detamourde la croix! Quant à son frère Jean Bellini, les églises et les galeries de Venise sont pleines de ses tableaux; M. Rio en signale les plus beaux avec beaucoup de détails et en les comblant d'éloges. Nous aussi nous admirons beaucoup Jean Belia , surtout pour la pureté de son imagination (891) et la gravité grandiose de tous les personnages mâles; mais nous no pouvons aimer le type de ses vierges , malgré leur mélancolie prophéticjue. En général il nous semble que toute lécole vénitienne t è l'exception de Vivarini > a échoué le plus souvent dans ses représentations de la sainte Vierge. Nous ne connaissons guère gu'une seule madone vraiment lielle , par Cima de Conégliano , dans la collection Barbini. Ce Cima de Conégliano nous paratt être le plus grand peintre de l'école cliréticnne de Venise ; du moins son tableau de Saint Thomoi et de Notre 'Seigneur^ h 1* Académie , surpasse en éclat et en majesté tous les autres. Mais M. Rio nous rappelle ses rivaux, qu'il est bieu doux d'admirer de nouveau dans ces éloquentes i)ages où ils sont pour la première fois appréciés et compris; tels sont Basait:, dont le Christ mon, étendu entre deux anges qui contemplent ses plaies, e^t
Çeut-ètre le plus pathétique des tableaux de enise; puis Car()accio, qui se consacra surtout aux sujets légendaires » et dont rhistoire de saint Jérôme et de saint George à San-Giorgio degli Schiavoni , et surtoutla magnifique série des huit tableaux de la légende de sainte Ursule à l'Académie, |)€uvent passer pour des chefs-d'œuvre de ce genre. M. Rio a oublié ses fibres isolées de saint Martin à San Giovanni in Bragora,et de saint Etienne à la galerie de Milan, où il nous paratt avoir atteint l'idéal de la beauté chrétienne chez les hommes; aussi conçoiton la touchante épitaphe que lui a consacrée le vieil historien Ridolti : Pianto dai eittûdiniy sorrise nelle béate êlanxe del cieio (SM). Ces trois peintres, Cima, Basaïti et Carpa<>cio, étaient élèves de Jean Belin, et. quoi
Îu'en dise M. Rio, nous estimons qu'ils ont té bienlplus richement dotés que leur maître en poésie chrétienne; mais ^ celui-ci appartient la gloire incontestable d*avoir fondé une école qui sut maintenir Jusqu'au milieu du xvi* siècle, c'est-à-<iire plus longtemps qu'aucune autre, les traditions de l'art chrétien , et conquérir le suffrage populaire, malgré la dangereuse rivalité de
patriciens de Venise firent exécuter à Jeaa Belia; et cela de i4GU à 1515, à une ê|ioquc où Fkirtiicc et Rome étaient inondées par le pa^anisMC.
^893) 11 Tut pleure par ses concitoyens , taadb qu il souriait au sein de la béalltodc -^*-^-
APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART
Giorgione et du Titien. Contemporains ou successeurs des peintres que nous venons de louer , Mansueti , Catena et les deux Sanla-Croce» ont orné Venise d*un grand nombre de travaux qui sont décrits par M. Rio de la manière la plus satisfaisante. Il ne se plaindrait plus de la rareté des tableaux de Francesco Santa-Croce, l'atné des deux, s'il avait pu voir le musée Correr ouvert Tannée dernière^ légué par son fondateur à la pauvre Venise , comme une légère compensation pour tant de pertes, et où l'on voit un assez grand nombre des productions de cet excellent artiste. Ne serait-ce pas à lui qu'il faudrait aussi attribuer le beau tableau du transept des Frart, qui représente la sainte Vierge recueillant ses clients sous son manteau, dont deux anges étendent les pans autant que possible, tandis que deux autres ançes couronnent leur reine , qui (iorte son divin Enfant au milieu de sa poitrine, dans une espèce de médaillon; disposition assez fréquente dans la peinture et la sculpture vénitiennes : cette œuvra capitale, surtout reCnarq^uable par l'expression grave et pure du visage Je Marie, figure bien dans l'église qui porte le nom de Sainte-Marie la Glorieuse des Pauvres Frères Mineurs (893). Quant à Jérôme Santa- Croce, il s'est illustré par un tableau de saifit Thomas de Cantorbéry (89&j , qui répond pleinement à l'idée qu'on peut se faire de ce grand saint , et certes c'est beaucoup dire.
Mais ce ne fut pas à Venise seulement que rinA»ence de Jean Belin s'exerça d'une manière si heureuse ; elle s'étendit sur toutes les villes du ()atrimoine de saint Marc, depuis le Frioul jusqu'ax frontières du Milanais , et malgré la redoutable concurrence des écoles de Mantegna et de Leonardo da Vinci; Bergame surtout lui donna, dans Cariano et Previtali , des élèves dignes de lutter avec ceux qu'il avait trouvés à Venise même. Trévise produisit Pennachi , célèbre par ses grandioses plafonds à Murano et à Venise; puis fiissolo, dont on voit h l'Académie Jésus-Christ donnant à sainte Catherine de Sienne le choix entre la couronne de reine et la couronne d* épines; tableau dont l'exécution est aussi belle que Tidée. Enfin le Frioul eut tout une école locale , fondée par le disciple chéri de Jean Belin, et restée toujours fidèle aux traditions chrétiennes.
M. Rio s'arrête au moment où le dualisme du bon et du mauvais principe cesse dans récole vénitienne, envahie exclulsivemeni par les disciples de Giorgione, du Titien et de la satanique influence de TArétin. Il lui suflit d'avoir constaté que la prééminence universellement reconnue de l'école vénitienne pour le coloris , a été fondée par les anciens maîtres catholiques que nous venons d'énumérer. Selon lui, les trois dons qui constituent la perfection dans la peinture, se répartissent entre les trois grandes écoles d'Italie de la manière suivante : à
. l'école florentine, l'excellence du dessin , la science des contours et des formes ; è Técole ombrienne l'expression des pieux élans et des pures affections de l'Ame; enfin è l'école vénitienne la perfection du coloris. Cette distinction, peut-être trop absolue, est suivie de considérations très-ingénieuses sur l'analogie de l'harmonie musicale avec celle des couleurs , analogie rendue incontestable par de précieux détails biographiques sur le goût prononcé de tous les peintres grands coloristes pour la musique.
A la suite de cette partie pittoresque de son chapitre , l'auteur se trouve naturellement amené à juger le caractère national et les destinées de cette Venise où l'art chrétien avait survécu plus longtemps que partout ailleurs. On nous permettra de ne pas passer sous silence, en terminant cette longue analyse, l'un des morceaux les plus frappants de ce beau volume. C'a été pour nous une trop vive satisfaction que de voir ce grand sujet de l'histoire de Venise enfin traité, ne fût-ce qu'en passant, par une plume catholique, qui puisse nous reposerun peudeces invectives éternellement répétées contre la politique vénitienne, le conseil des Dix, l'inquisition, et ainsi que des déclamations non moins banales sur la beauté et la décadence de Venise, faites par des gens qui n'ont pas même son[)çonné la véritable source de cette immortelle beauté. Mais on ne conçoit que trop l'inimitié des uns et l'inintelligence des autres, quand on se re[)orte à cette dévotion si patente, si populaire, si nationale^ dont tant de monuments sont encore debout, même dans la Venise découronnée et dépeu-
Elée de nos jours, et qui frappent tout d'àord et bon gré mal gré l'observateur. Quand on voit non-seulement dans les églises, mais dans tous les édifices publics; non-seulement dans les monuments de rart primitif, mais dans ceux des xvi* et xvii* siècles, .tous ces doges, ces sénateurs, ces représentants divers du pays et de la puissance publique, tous agenouillés devant la sainte Vierge, le lion de Saint-Mare, ou la croix du Nazaréen, tous proclamant ainsi que lo catholicisme était le principe suprême et fondamental de l'existence de Venise; ou comprend fort bien l'impression désagréable
3ui doi-t résulter de cette vue dans Tesprii es savants et des historiens modernes, et la répugnance qu'ils ont dû en déduire pour un gouvernement semblable; on se figure leur dépit de ne pouvoir concilier, malgré toutes leurs lumières, l'existence dos merveilleux chefs-d'œuvre de cette cité avec la superstition et le fanatisme si enracinés et si effrontément avoués ilans cette inallieu-« reuse république. M. Rio, animé par d'autres intentions et éclairé ftar une autre lumière que celle dont s'enorgueillissaient les écrivains qui l'ont précède, M. Uio nous montre Venise sous un tout autre |>oint de vue : il établit comme résultat de ses recherches que Venise a conservé plus long-
19106) Sanla Maria Clorwsa de FrarL
(804) A IVgliM Saint- Silvcsiic de Venise.