‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 151 sur 167 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

« L*étude des monuments religieux a ranimé parmi uous le sentiment et le goût de Tart cnrétien. Ce sentiment a bientôt tourné au proGt du christianisme lui-même. En apprenant à comprendre, à admirer nos églises, un est derenu presque juste, presque affectueux pour la loi oui les a élevées. C'est là ui retour un peu futile vers la religion, retour sincère cependant, et qu'il ne faut pas dédaigner. L'art rend ainsi aujourd'hui a la religion quelque chose de ce au'il en a reçu jadis (900). » Ainsi parlait, if y a peu de temps , (fans une occasion solennelle, un homme dont la patrie s'honore, bien que malbeusement la religion ne puisse le compter parmi ses fidèles. Ces paroles expriment avec noblesse une vérité généralement, mais vaguement sentie. Plus que personne leur auteur a contribué à ramener en France le sentiment de l'art rcliijieux, d'abord par le nouveau jour qu'il a jeté sur l'histoire des temps où cet art naquit , et ensuite par ses généreux efforts, pendant qu'il était au pouvoir, pour sauver et populariser les débris de notre ancienne gloire artistique. Un immense changement s'est opéré dans les esprits depuis le temps où nous nous sentions excités a élever une voix humble, inconnue et presque solitaire, contre les Vandales de diverses espèces ^ui dévastaient les monuments de notre foi et de notre histoire (901). En peu d'années tout a changé de face. La révolution de juillet, en portant le dernier coup à Vancien régime dans le présent et

(699*) Cet essai sert d*iiilroductioii à la cullectioii des Monuments de V Histoire de sainte Elisabeth, publiée |>ar M. A Bobha.

dans l'avenir, a donné un nouvel élan à l'étude et à l'appréciation de Vancienne France dans le passé, non pas dans le passé bâtard et inconséquent des derniers siècles, mais le passé de cette grande époque où le christianisme régnait sur l'Ame et le corps de Thumanité.Le nouveau ^gouvernement s'est rangé franchement du côté du petit nombre d'hommes qui,. inspirés par les éloquentes invectives de M. Victor Hugo, essayaient de lutter contre le torrent des dévastations. Usant avec une salutaire énergie de leur puissanoe, M. Guizot et ses successeurs à Tintérieur et à l'instruction publiauo ont étendu les brts immenses et inévitables de la centralisation

Eour arrêter le marteau municipal et la rosse fabricienne, en même teùips quils ont créé et encouragé de vastes et importantes publications, destinées à tirer de la poussière et è révéler au pays les antiques trésors de son art national. Noble et bienfaisant exemple qu'il appartenait au [)ouvoir antérieur de donner, et qu'il faudra bien. Dieu merci, suivre à l'avenir. D'un autre côté, une étude plus approfondie de Tétranger a produit rapidement des résultats tout h fait inattendus. En vovant de plus près les moNirs et la science de l'Allemagne et de l'Angleterre, on s'est aperçu du profond respect et de la tendre sollicitude que ces grandes oatioos professent pour les monuments de leur passé; la pensée s'est naturelleoient repurtée sur la pairie, et on a reconnu avec surprise et admiration, que la France reofer-

(900) Discours de M. Giiixol k la Sociélé é» Aitliauaires de NorinandtC, en aoûl 1837.

(901) Du tandatismê in France ( Voy, plus

APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART

nu

Diait encore dans ses ?ilies de province des ciitbédrales plus belles, malgré le triste dé- Dûment des unes et le fard ridicule des autres, que les plus célèbres cathédrales de l'Angleterre. On a trouvé dans la poudre de ses bibliothèques des poèmes plus originaux,

Elus inspirés que les épopées les pluspopulires de l'Allemagne. On a vu encore les manuscrits de ces poèmes souvent ornés de miniatures plus unes, plus gracieuses que les

S lus vantées du Vatican. On est arrive ainsi comprendre et à découvrir que, même en France» il avait existé un art, une autre beauté que la beauté matérialiste et l'art païen du siècle de Louis XIV et de Tempire. Cette découverte renfermait implicitement celle de Vart religieux. Nous n'hésitons pas à employer ce mot de découverte, parce qu'une réhabilitation aussi complète, aussi fondamentale que ceUe qui est exigée pour l'art religieux vaut bien l'invention la plus diflicile. Malheureusement cette découverte u'a guère été faite que par des gens de lettres ou des voyageurs. La faire passer dans la vie pratique, la faire reconnaître par les artistes ou ceux qui aspirent à le devenir , la foire comprendre par ceux gui commandent ou qui iusenl les œuvres dites d'art relifieux, c'est là le diilicile, mais c'est aussi là essentiel; car à l'heure qu'il est, il n'y a pas d*art religieux en France, et ce qui en porte le nom n'en est qu'une parodie dérisoire et sacrilège.

^ Ce n'est pas assurément que la matière de Tart religieux manque aujourd'hui en France plus qu en aucun autre pays ou à aucune autre époque. Il y a une religion en France qui compte encore des millions de fidèles; or toute religion qui n'est pas née à Tétat de secte, comme le protestantisme, a toujours donné la vie à un art qui pût lui servir d'organe, parler son langai^e à rimagination et au cœur de ses enfants, traduire ses dogmes en images vénérées et chéries, enfin i)arer ses rites et ses cérémonies d'un attrait mystérieux et populaire. Ce que la religion des Hindoue, des Egyptiens, des Grecs, des Mexicains a fait, la religion catholique l'a fait aussi, mais avec une splendeur et une puissance à nulle autre égales. Notre patrie est couverte des produits de l'art catholique, qui ont survécu à trois siècles de profanations, d'ignorance et de ravages. Pour un Louvre, pour un Versailles dont la France s'enorgueillit, elle a cent cinquante cathédrales , elle a >ix mille églises qui remontent aux temps où régnait le véritable art chrétien. Ces cathédrales et ces églises, malgré leur pauvreté et leur nudité actuelles, ou plutôtà cause de cette nudité, offrent aux peintres ei aux sculpteurs le champ le plus vaste, et presque le seul, pour leurs travaux; car on ne pourra pas avoir le bonheur et la gloire de faire un musée de Versailles à chaque règne, et où trouver aujourd'hui des )>articuTiers oui remplacent pour Tart les princes et les prélats d'autrefois ? Ces églises ouvrent i'ha(]ue jour leurs portes à une foule plus ou moins nombreuse de personnes, qui y voient

avec intérêt et émotion les représentations des objets de leur culte et de leurs croyances, et c[ui ne demanderaient pas mieux que de s'y intéresser avec ardeur et enthousiasme, s-i Ton prenait la peine de donner à ces représentations une valeur réelle et de la leur expliquer. Ce n'est donc pas, nous le répétons, la matière qui manque en France à l'art religieux; ce qui lui manaue, c'est la foi, c'est la pudeur chez la plupart de ceux qui en sont les prétendus ouvriers. Ce qui importe, c'est de dénoncer aux hommes sincères et conséquents l'étrange abus qu'on fait des mots et des choses , dans un ordre d'idées et de foits qui exige plus de conscience et plus de scrupule qu'aucun autre. Ce qui importe encore, c'est de mettre à nu les plaies qui gangrènent l'application religieuse de Tart, afin que la partie saine de la )eune génération d'artistes qui s'élève puisse en éviter le contact et la honteuse contagion.

Mais, avant d'aller plus loin, répondons d'avance en deux mots, à une multitude d'objections et de reproches qui pourraient nous être adressés. Qu'on le sache bien, nous n'entendons nullement tiarler de l'art en sénéral, mais uniquement ae l'art consacré a reproduire certaines idées et certains faits enseignés par la religion : tout le reste est complètement étranger à nos plaintes et à nos invectives. Nous n'empiéterons pas sur cette vaste extension d'idées qui comprend aujourd'hui, sous le nom d'artistes, jusqu'aux coiffeurs et aux cuisiniers. Nous ne prétendons en rien intervenir dans les grandes transformations, dans le rôle humanilaire que divers critiaues ji^ philosophes assignent à l'art, d'abord parce que nous n'y croyons pas, ensuite parce que nous n'y comprenons rien, enfin, et surtout, parce qu'il n'y a rien de commun entre tout cela et le catholicisme. En effet, le catholicisme n'a rien d'humanitaire^ ri n'est que divin, à ce que nous croyons; du moins il n'est nullement progressif, il est encroûté (pour me servir d'un terme fomilier et emprunté à l'art); d'où il suit que les œuvres d art qu'il est censé inspirer ne doivent et ne peuvent être qu'encroûtées comme lui. Plein de respect pour la critique et |K>ur la philosophie, nous leurlaissons le domaineintact et l'usage exclusif de tous les tableaux de batailles, de touteslesscènes historiques, des marines, des paysages, de la peinture de genre dans toutes ses intéressantes branches : nous leur laissons les masses d'infanterie et de cavalerie savamment échelonnées , les assemblées populaires et politiques d'hommes eu frac ; les intérieurs, les cuisines, les plats de fruits avec des mouches qui en dégustent délicatement le suc; le lever et le coucher des grisettes, les pécheurs d'huîtres, les intérieurs de chenil, les belles dames en robe de satin, et les notabilités municipales en habit de garde national, en un mot, tous les sujets C}ui, depuis la renaissance, inspirent la peinture moderne et réjouissent le public civilisé ; nous ne nous réservous ab-

solument que le droit de parler sur le tout petit coin qui est laissé à Tart reKgieux, ou, |iour parier plus justement, à Tart catholique, ou encore, pour être intelligible aux Lommes les plus éclairés, h Tart concentré dans le domaine du fanatisme et de la superstition.

Qu'on se rassure donc, il ne s'agit nullement pour nous de savoir si Tart en général sera catholique ou non. C'est là tout bonnement la question de la destinée du monde. Il est certain que si la société tout entière redevenait catholique, l'art le serait aussi, bon gré mal gré ; mais il est également certain que, si cela arrive jamais, ce ne sera tms de nos jours, et crue tout le monde aura e temps d'y penser. Quant à nous, nous ne nous occupons que du présent, et voici ce que nous en disons : il est de fait qu'actuellement en France i4 y a beaucoup dTiommes fanatiques et superstitieux, dilsca/Ao/iqueSf et que ces catholiques ont des églises vastes et nombreuses, publient des livres de piété illustrés ^ ornent des chapelles et des oratoires, pour lesquelles églises, oratoires, chapelles, livres illustrés et autres, les artistes de nos jours, grands et petits, font tous les ans une foule de tableaux, estampes, lithographies, statues, bas -reliefs en carton - pierre et en marbre. Il semblerait, au premier abord, que tous ces divers objets d'art, étant à l'usage exclusif des gens religieux, dussent Ï>orter quelques traces de Tesprit de leur reigiou méuie. Eh bien !,il n'en est rien. Au milieu du fractionnement général de la société, fractionnement que l'art a suivi de manière à administrer à chacun selon ses besoins et ses idées, la fraction des hommes qui usent du cultey comme dit M. Audry de Puyraveau, soit en théorie, soit en pratique, cette fraction est comme la tribu de Lévi ; elle n*a rien ou plutôt moins aue rien, nire que rien; car elle est inondée de produits divers qui lui sont inintelligibles et inutiles, ou bien antipathiques et injurieux. Avez-vous les goûts militaires ? MM. Horace Vernet, Bellangé, Eugène Lam^% et mille autres, sont là pour vous pourvoir abondamment de toutes les batailles que vous pouvez désirer. Aimezvous, au contraire, la vie sédentaire, les jouissances domestiques, ce qu'on appelle les études de mœurs ? Alors MM. Court, Franquelin, Roqueplan, etc., se chargent de récréer vos yeux par une foule de représentations empruntées à cet ordre d'idées et d*babitudes, et souvent pleines de talent et d'esprit. Fatigué de la monotonie de la vie française, aspirez-vous après l'éclatant soleil et les pittoresques mœurs de Tltalie ? M.

Schnetz et ses émules, vous transporteront au sein de cette patrie de la beauté par la chaleur et la fidélité de leurs pinceaux. Avez-vous, par hasard, juré une fidélité désespérée à la mythologie antique ? Il y atou-

(902) Pour ne citer qu*un exemple entre dix niille, nous venons de voir, dans la magnifique cathédrale de Troyes , une Transfiguration récemnicDt doiuiée par le gouvernemeni, et que nous re-

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joursi chaque salon, surtoutparmiies sculpteurs, plusieurs traînards du paganisme ; et d'ailleurs vinssent-ils à manquer, il vous resterait toujours les doctrines de l'Académie des beaux arts, les concours pour les prix de Rome et les regrets de certains feuilletonnistes. Préférez-vous sagement les

Sloires et les souvenirs de notre Europe moerne ? Vous avez MM. Scheffer, Delaroche, Hesse et d'autres qu'on f>ourrait nommer k côté d'eux, qui ont conauis une place honorable dans l'histoire de 1 art pour l'école française de nos jours. En un mot, tout le monde en a pour son goût ; et si la caricature réclame par le fait une place dans chacun de ces divers genres, elle peut le faire avec bon droit, parce qu'elle n'en envahit aucun, et que sa modestie ajoute à sa vérité. Il n'y a que dans le cas où vous seriez catholique» que toute satisfaction vous est refusée ; il ne vous reste d'autre ressource que de voir la religion, la seule chose au monde qui n'admette pas un côté comique, envahie par la caricature ; et c'est encore le nom le plus doux qu'on puisse donner, sauf un très-petit nombre d'exceptions, aux parodies, tantdl horribles, tantôt ridicules, qui couvrent cha-

3ue année les murs du Louvre, et s'en vont e li souiller nos églises sous le titre mensonger de tableaux religieux (902.)

Mais je vous demande trop, lecteur, en supposantque vous soyez catholique ; je veux seulement que vous ayez quelques notions de la religion, que vous l'avez tant soit peu étudiée dans ses dogmes d abord, puis dan< son influence sur la société à une époque oà elle était souveraine : je ne vous demande pas des convictions, je ne vous suppose que quelques idées et quelques souvenirs, puisés par vous-même a l'abri de la routine des écoles classiques. Voilà tout ce que j'exige, et cela étant, je vous prends par la main, el je vous conduis à la première église venue. Que ce soit une catnédrale ou une paroisse de village, peu importe. Passons même devant la cathédrale, si c'est une cathédrale des anciens jours, sans nous y arrêter : nous perdrions de vue le but immédiat de notre visite, tristement confondus que notis serions à la vue de ces glorieuses façades mutilées de mille façons par la haine et Tigoorance, quelquefois remplacées, ct>mme à la sublime basilique de Metz, par un horrible

r>rtail de théâtre, en l'honneur de Louis XV: la vue de ces vitraux défoncés et suppléés par des verres blancs ou des flaques de bleu et de rouge ; à la vue d'un badigeon beurre frais, comme à Chartres, ou au Mans, ou partout, sous lequel disparaissent à la fois les merveilles de la sculpture et le prestige de l'antiquité ; à la vue d'un soi-disant jubé qui, comme à Rouen, élève sa masse lourde, ^ opaque et grossière, à la place même qa'oceiipait jadis le voile dusanctuaire brodé eldécoo* pé à jour en pierre ; à la vue enfin d*un chœur

commandons comme le type du groteswtê AarrîMr. Il nous semble difficile de pousser plus loin la profanation , en ce qui louche la repréie&laiM «t notre divin Réilempieur.

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APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS LART

brutalement déshonoré, comme à Strasbourg et à Notre-Dame de Paris, par un revêtement en marbre de couleur ou par une boiserie d'antichambre. Laissons donc li la cathédrale qui réclame une bien autre indignation. Bornons-nous à la simple paroisse moderne et décorée dans le dernier goût, et voyons quelles sont les traces d'art chrétien que nous y trouverons. Arrêtons-nous un instant devant la façade : vous y verrez quelques colonnes serrées les unes contre les autres, comme à Notre-Dame-de-Lorette, ou bien une série de frontons superposés et flanqués de deux excroissances allongées en pierre, qui ont la forme d'un radis ou d'un sorbet dans son verre, comme àSaint-Thomas-d'Aquin ; vous saurez que ce sont des trépieds ou est censée brûler la flamme de l'encens. Quelquefois une tour s'élève au-dessus de cette monstruosité; tour dépourvue à la foi de grAce, de majesté et de sens, terminée par une terrasse plate, ou par un toit de serre chaude, ou, comme en Franche-Comté, par un capuchon en forme de verre à patte renversé. Vous vous demandez ce que peut-être un édifice qui s'annonce ainsi, si c'est un théâtre, ou un observatoire, ou une halle, ou un bureau d'octroi. On vous explique que c'est un temple. A coup sûr, pensez-vous, c*est le temple de quelque culte qui a remplacé le christianisme. On vous nomme un saint dont le nom figure dans le calendrier chrétien ; et vous finissez par découvrir une croix plantée quelque part avec autant de bonne grâce que le drapeau tricolore sur les tours de Notre-Dame. C'est donc vraiment une éslisel Vous entrez. Est-ce bien vrai ? Oui, il faut le croire, car voilà un a^tel, des confessionnaux, une chaire, des crucifix. Mais est-ce bien une église catholique, une église où l'on prêche les mêmes dogmes, où Ton célèbre le même culte que celui qui a régné dans les églises d'il y a trois cents ans T Ces dogmes nx)nt-ils pas été profondément altérés? ce culte n'a-t-il pas subi quelque révolution violente ? Où est donc cette forme consacrée de la croix, si naturellement indiquée et si universellement adoptée pour le plan de toutes les anciennes églises ? Où a-t-on copié ces fenêtres carrées, rondes, en parallélogramme, en segment de cercle, quelquefois en poire garnie de feuillage, en un mot de toutes les formes possibles, pourvu qu'elles ne tiennent ni du cintre, ni de l'ogive chrétienne 7 Est-ce de cette cage i»uspendue entre deux piliers, ou de ce ton-

(903) On sait que Ton suivait Fusage contraire dan» toutes les cruciûxions p<*inte8 ou sculptées dans les âges chrétiens. Un exemple frappant se

)voit dans le magniflque bas-relief de la chaire du baptistère de Pise , où Nicolas de Pise , père de la sculpture chrétienne, a représenté Notre-Seigneur les bras étendus horizontalement comme pour embrasser rhumanité tout entière dans sa rédemption.

(904) Voyez un tableau peint par M. Delorme, derrière le roaltre-autel de Saint-nocb , à droite.

(905) Voyez un autre tableau qui représente la prédication de saint Jean -Baptiste, peint pnr M. E. Champmariin, et placé nouvelicmeut dans la même

neau à demi creusé dans le mur, que l'on

{)réche la parole du Dieu vivant dans la môme angue que saint Bernard et BossuetT Qu'estce que cette montagne de rocaille qui grimpe à l'extrémité, qui cache le chœur, s'il y en a un, qui élève, sur des colonnes cannelées, un fronton garni de je ne sais combien de gros enfants tout nus dans les. postures les

Î)lus ridicules, et qui se répète en petit tout e long des bas-côtés 7 serait-ce par hasard l'autel où se célèbrent les plus augustes mystères ?

Mais approchons : examinons ces sciTpltures, ces tableaux surtout, que l'on v expose à la vénération des fidèles. Quoi ! c est le Fils de Dieu mourant sur la croix que cetteétude d'anatomie où vous pouvez compter tous les muscles, toutes les côtes, mais où vous ne trouverez pas la trace la plus légère d'une souffrance divine, et dont tes bras tendus et dressés verticalement au-dessus de la tôte semblent, conformément au symbole janséniste, s'ouvrir à peine afin d'embrasser dans le sacrifice expiatoire le moins d'âmes possible (Md). Quoi ! cet être tout matériel» tout humain, tout courbé sous le poids des basses conceptions du peintre et entouré de figures aussi ignobles que la sienne , ce serait là le Fils de Dieu avec les douze pécheurs qui lui ont conquis le monde 1 Quoi 1 ce médecin juif qui semble demander le salaire de ses visites, c'est Jésus ressuscitant la jeune fille de Jaïre (90^) ? Cet homme nu qui prêche d'un air goguenard à un auditoire de gamins de Paris, c'est le précurseur martyr annonçant la venue du Sauveur (905)? Ces demoiselles prétentieuses, ces petites maîtresses affectées, dont le front n'a lamais réfléchi que des vanités frivoles ou des passions impures, ce sont là nos vierges martyres, nos Catherine, nos Cécile, nos Agnès, nos Philomène? Cette femme échevelée, effrontée, à l'œil ardent, au vêtement impudique, c'est la première des saintes, l'amie du Christ, Madeleine? Ces autres femmes, aux formes grossièrement matérielles, à la robe transparente, ce sont là les symboles de la religion et de la foi (906)? Cette série de scènes fantasmagoriques, où je reconnais sous des habits d emprunt et dans des attitudes de théâtre, les figures ^ue e rencontre chaque jour dans les rues, c est à rinstoirede notre religion.(907)? Ces Romains en toge, ces gladiateurs nus, ces modèles complaisants de raccourci, ces déclamateurs barbus, tous taillés sur le même

église. II. Tabbé Beuzelin , curé de la Madeleine, avait eu le bon esprit d*expulser de son église cette caricature déplorable.

(906) Voyez les deux figures destinées au bénitier de la Madeleine, de M, Antonin Moine, exposées au salon de 1836.

(907) Voyez la plupart des fresques de Notre- Dame-de-Lorette, de celle? du moins qui sont découvertes en ce moment (1857). Alors n*avaient point encore été livras aux regards du public les chapelles auxquelles le regrettable Orsel et sou digne ami M. Périn ont consacré vingt années Jii travail le plus obstiné , et qui répondent si bieu à I attente du spectateur chrétien.

DICTIONNAIRE DESTUETIQUC

Ilia

patron, et dont je ne puis deviner les noms qu*avec l'aide du suisse ou du bedeau, ce sont là les saints dont autrefois des attributs distincts et tout empreints d*une poésie sublime rendaient les noms chers et familiers, même aui moindres enfants?

Quoi I enOn, cette matrone païenne, cette Junon ressuscitée, cette Vénus habillée, cette imaçe trop fidèle d'un impur modèle, ce serait là, pour comble -de profanation, la très-sainte Vierge, la mère du divin amour et de la céleste pureté, l'emblème adorable (|ui suffit à lui seul pour creuser un abtme infranchissable entre le christianisme et toutes les religions du monde, Tidéal qui évoque sans cesse l'artiste vraiment chrétien à une hauteur où nul autre ne saurait le suivre? Quoi vraiment, c'est là Marie 1 Mais dites-moi, je vous en supplie, quels sont donc les profanes qui ont envahi tous DOS sanctuaires, et oui, consommant le sacrilège sous la forme de la dérision et du ridicule, pour mieux flétrir la vieille i*eligion de la France, ont intronisé la matière, le grotesque et l'impur sur les autels de l'Esprit-Saint, des mart;^ rs et de la sainte Vierge ?

£tque l'on ne croie point que ces profanateurs, quels qu'ils soient, ont borné leurs envahissements aux églises des grandes villes. Nous l'avons déjà dit, il n'jr a point de paroisse de campagne où ils n'aient pénétré, et où ils n'aient tout souillé. Il n'est point d'église de village où, ai)rès avoir détruit les saintes images d'autrefois, défoncé ou bouché les vestiges de l'architecture symbolique, badigeonné le temple tout entier, ils n'aient exposé aux regards de la foule désorientée une masse d'images qui ne sauraient être qu'un objet de profonde ignorance pour les simples, de mépris pour les incrédules, de scandale pour les fidèles instruits. Trop heureuse encore la pauvre paroisse» si, dans la ferveur d*un zèle i)lus luueste mille fois que celui des iconoclastes, on n'a pas fait disparaître la vieille madone de bois brun ou de cire, habillée de robes empesées en mousseline rose ou blanche, avec une couronne de fer-blanc sur la tète, mais que le peuple préfère avec raison, parce que, malgré la simplicité grossière de l'image, il n'y a du moins aucune insulte à la morale ni au sentiment chrétien. On sait que dernièrement le curé de Notre-Dame-de-Clérjr ayant voulu enlever la madone séculaire qui se vénère à ce lieu de pèlerinage, pour la remplacer par quelque cliose de plus frais, le peuple s'est révolté contre cette exécution, et il s en est suivi un procès correctionnel où l'on a vu l'étrange spectacle d'une population qualifiée d'ignorante et de fanatique^

(908) On sait que depuis lors les images pieuses de la société formée à Dusseldorf pour populariser les types de la peinture chrétienne régénérée en Allemagne, ont pénétré en France et répandent chaaue année dans les familles chrétiennes et dans le clergé des modèles parfaits de Timagerie religieuse.

(909) Â Rome et partout ailleurs dans le monde catholique, les prêtres ont pour coiffure un véritable bonnet carré à quatre paos , d^une forme à la

obligée de défendre le^ vieux objets de son amour et de son culte contre le goût oioderno de son pasteur.

C'est que, dans ce système de profanation méthodique, tout se tient avec une impitoyable logique ; le laid a tout envahi ; il a souillé jusqu'aux derniers recoins où pouvait encore se cacher le symbolisme catholique. Il règne partout en maître, depuis les énormes croûtes gui viennent chaque année, après Texposition, déshonorer les murs de nos églises, masquer et défigurer leurt lignes architecturales, jusqu'aux petites ioaages que l'on vend aux prêtres pour en garnir leurs bréviaires modernisés aussi comme tout le reste (906), jusqu'à ce prétendu bon^ net carré dont on Tes eoiffe quand ils montent en chaire ou conduisent un mort h sa dernière demeure, espèce d'éteignoir dont je ne sais quelle liberté de Téglise gallicane semble réserver le privilège exclusif au clergé français (909).

Voilà donc jusqu'où est tombé cet art divin, enJEanté par le catholicisme et porté par lui au plus naut point de splendeur qu'aucun art ait* jamais atteint I cet art créé et propagé dans le monde chrétien par tant de S rends papes et de saints évoques ; cet art ont les Agricole, les A vit, les Hartio, les Nicaise, et tant d'autres pontifes français, avaient légué à leurs successeurs le dépôt sacré en même temps aue le souvenir de leur sainteté et de leur noble fraudeur; cet art si populaire, si aimé, si généreux, qui avait mis les talents les plus purs et les plus dévoués au service de Tintelligence des pauvres et des humbles, qui avait peuplé jusqu'aux moindres villages de trésors inimila- Dles, et porté jusqu'auiond des déserts et des forêts inhabitables le magnifique témoignap de la fécondité et de la beauté du catholicisme : voilà donc ce qu*il est devenu avec la permission du clergé moderne 1 Ces peiih très vraiment chrétiens des vieilles écoles d'Italie et d'Allemagne , ces hommes qui puisaient toutes leurs inspirations dans le ciel ou dans des émotions épurées par la piété la plus sincère, ces humbles génies, dont chaque coup de pinceau était, on peut le dire sans crainte, un acte de foi, d'espérance et d'amour, ces admirables auxiliaires de la ferveur chrétienne, ces prédicateurs puissants de l'amour des choses d*en baul, c'est donc en vain q^u'ils ont travaillé, puisque, relégués dans les galeries des prioces, où ils sont confondus le plus souvem avee tout ce que Tart a produit de plus impur et de plus dégradé, ils voient la place qulls ambitionnaient, sur les autels où leurs firères viennent prier, usurpée par d^eCTronléi

fois disne et mcieuse, absolument semblable, la couleur, à la barrette des cardinaux. Il en de même en France avant Louis IIV. Qu'un n'ae» cuse pas ces observations de minuties; daos ^ symbolisme cbrétien , dont le vétemeni sacervIolÉl est une partie si essentielle , il n*y a rtea d^iasIfiM liant. Les moindres détails étaient liés aux enrrfci les plus grMidiose^ sous le règne de la beaaié cl de la vérité, et malheureusement Ils le sont eacvre sous le régne du laid et du profane.

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APPENDICE. — DU TENDALISME ET DU CATHOLICISME DANS LART

lits

parodistes, sans qu'aucune main sacerdotale Tienne jamais purifier le sanctuaire de ces souillures. On Ta dit avec une cruelle vérité , il ^ a beaucoup d'églises qui n*ont pas été atteintes par les mutilations iconoclastes des huguenots, il y eu a beaucoup qui ont échappe à la rage des vandales de la terreur, mais il n*7 en a pas une seule eu France, quelle que soit sa majesté ou sa petitesse, pas une seule qui ait échapi^é aux profanations que commettent, depuis trois siècles, des architectes et des décorateurs soldés, encouragés, ou du moins tolérés par le clergé. Et cependant, dans ces églises où il Vi*j a pas une pierre qui ne porte l'empreinte du paganisme regénéré, pas un ornement qui ne témoigne du triomphe de la rocaille du xTni* siècle ou du classicisme païen du xvir, on entend souvent des prédicateurs vanter du haut de la chaire 4es ser- Tices rendus nar la religion à l'art, sans s'apercevoir môme que la religion a été bonteusement expulsée de Tart jusaue dans le temple où lis parlent. On voit chaque jour des apologistes de la religion, dissertant sur le même thème, avec riçnoranee la plus inexcusable ou la plus plaisante confusion, oublier les noms des artistes qui ont le plus honoré la religion, ou bien ne les citer que pour les confondre avec ceux qui ne se sont servi des sujets religieux que pour populariser la victoire de Ta chair sur l'esprit. Fra Angelico avec Titien, Giotto avec les Carracbes, Van-£}rck avec Rubens, et le pur et f :eux Raphaël du Sposalizio et de la Dispute du Saint'Sacrement avec ce Raphaël dégénéré qui n'avait plus pour modèle que la boulangère dont il avait fait sa maltresse.

Toutefois n*accusons pas seulement le elergé français ; ceux d'Italie et d'Espagne ont été ausi loin que lui ; celui d'Allemagne a été plus loin encore, mais il a le bon esprit de sentir aujourd'hui son erreur, et de revenir avec empressement aux types chrétiens (910). N'accusons pas même le clergé en général, si ce n'est du tort d'avoir subi trop servilement le joug des artistes dé^éuérés qui ont brisé le fil de la tradition chrétienne ; et pendant longtemps il n'y en a point eu d'autres. Accusons surtout ces artistes et leurs successeurs, obligés par état d'étudier les différentes phases de l'art reli-

g*eux, d'avoir volontairement répudié la lauté et la pureté des anciens modèles, pour affubler les sujets chrétiens d'un vêtement emprunté tour à tour à l'anatomie savante du paganisme, ou à la coquetterie dé-

(910) Pour 8*en convaiacre , on D*a qu*à visil^tr U cailiédrale de Fribourg eu Brisgau , à deux pas du Rbiii. Ou y verra quel goût pur et excelUsnt préside aux réparations et a Tenirelien de celte maguilique H fi complète ^lise. Que si, en revenant, on passe par Strasbourg, et que Ton jette un coup d*œil sur le chœur de cette cathédrale , on verra quel abîme iépore la France et l'Allemagne sous le rapport de Tintelligence de fart chrétien. Mgr Geissel, noo?ellemeat élevé à révéché de Spire, s'est lait un nom en AUen^gae par Tbistoire^'de sa cathédrale, et dans sou mandement dlnstaliation , il a pris pour sifiet la beauté et le sens symbolique de cette célè-

bauchée du temps de Louis XV. Accusons les princes et les grands seigneurs des trois derniers siècles, qui n'ont eu que trop d'encouragements pour ces sacrilèges, et trop de galeries pour y déposer leurs produits. Nous n'oublierons jamais un tableau que nous avons vu à la galerie des anciens électeurs de Bavière à Schleissheim, près Munich, que nous citerons comme le type :de ce que nous appelons le çenre profana- ' leur ; c'est une Madeleine peinte par je ne sais plus quel peintre français du xvui* siècle : cette Madeleine est nue et sans autre parure que ses cheveux, lesquels sont pou-drés. Le guide vous dit d'un ton sentimental que l'artiste a eu sa femme pour modèle. Aujourd'hui, on ne met plus de poudre aux Vierges et aux Madeleines, parce que ce n'est plus la mode; mais on leur met des féronniires et des bandeaux, parce que l'on en voit aux femmes du monde, au-dessus desQuelles la pensée du peintre n'a jamais su s élever. On ne déshabille pas une sainte, parce qu'après tout on veut que sou tableau puisse être acheté ()ar le gouvernement pour telle ou telle église ; mais l'accoutrement qu*on lui donne, la tenue et le regard çiu'ou lui prête, ne sont guère plus décents ni plus édifiants que la nudité complète de la Madeleine de Schleissheim.

L'antiquité païenne ,^que nous admirons volontiers chez elle et dans certaines limites, mais dont nous repoussons avec horreur l'influence sur nos mœurs et notre société chrétienne, l'antiquité était au moins conséquente dans les symboles qu'elle nous a laissés de ses dieux et de ses croyances. Ces svmboles sont tout à fait d'accord avec les récits de ses prêtres et de ses poètes. Jamais elle n'a imasiné de faire de son Jupiter une victime, de son Bacchus un dieu mélancolique, de sa Vénus une vierge pudique et pieuse. U était réservé aux chrétiens, aux catholiques, de trouver le secret de la profanation dans l'inconséquence , d'emprunter aux doctrines pulvérisées et flétries i jamais par le christianisme les types de leurs constructions et de leurs images religieuses, d'édifier l'église du Crucifié sur le plan du temple de Thésée ou du Panthéon, de métamorphoser Dieu le Père en Jupiter, la sainte Vierge en Junon ou en Venus habillée, les mart^TS en gladiateurs, les saintes en nymphe^, et les anges en amours I

£si-ce à dire qull faille asservir toutes les œuvres d*art religieux à un joug uni-

bre éslise dont il est au}ourd*bai le premier pasteur. Le \y Miiner , vicaire apostolioue eu Angl<^ terre, et si connu par. ses écrits de conlrover^, a?ait acquis une véritable popularité scientifique par son excellente bistoirede lacatbédrale de W»u* cbester. Il était l>eau de voir un prélat catboliqne consacrer sa plume et sa scieAce à Villustration d'une de ces grandes créations de l'ancienne foi, où ses prédécesseurs avaient célébré les pompes catholiques, mais dont les portes sont fermées aux fidèles d*aujourd*bui par rbéré2»ie usurpatrice. Ce soAt \k de Bobitt exemples que nous ne craiguoiu pu de proposer au clergé de France.

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forme ? qu'il faille passer le niveau impitoyable aun type unique, comme celui de Byzance,sur tous les fruitsde Timagination et de-rinspiralion consacrée par lafoifll n'en est rien : l'art vraiment religieux ne repousse que 1 e contre-sens, mais il le repousse énergiqueraent; il a horreur de l'envahissement du païen dansle chrétien, de la matière et de la chair dans le royaume de la pureté et de l'es-

Ï)rit. Il veut la liberté, mais la liberté avec 'ordre ; il veut la variété, mais la variété dans Vunitéf loi éternelle de toute grandeur et de toute beauté. Mais au lieu de longues explications théoriaues, citons des noa)s et des faits; c'est le plus sûr moyen de montrer combien le génie catholique sait être fécond et varié, sans jamais manquer aux conditions de sainteté et de pureté qui le constituent. Dira-t-on qu*il y e uniformité entre une cathédrale romane et une cathédrale ogivale, entre Saint-Sernin de Toulouse et Saint-Ouen de Rouen, entre la cathédrale de Mayence et celle de Milan, et pour ne pas sortir de Paris, entre Saint- Germain-des-Prés et l'intérieur de Saint- £ustache? Non certes, et cependant tous ces édifices répondent également à l'idée légitime et naturelle d'une église chrétienne ; tandis qu'il y a répulsion complète et profonde entre cette idée et des anachronismes comme la Madeleine et Notre-Dame de Lorette. Est-ce que les bas-reliefs d'André de Pise au baptistère .de Florence, ceux des tombeaux de saint Augustin à Pavie et de saint Pierre martyr à Milan , le Jugement dernier au grand portail de Notre-Dame de Paris, ou les saintes exquises de la Frauenkirche à Nuremberg , sont taillés sur le même modèle 7 Non certes ; ces pierres toutes vivantes par la foi et Je génie qui les animent, ne se ressemblent , ni par la disposition des sujets, ni par l'expression, ni par Tagencement, mais uniquement par ce sentiment de pudeur, de grAce et de dignité que le dogme de la réhabilitation de l'homme donne à tontes ses idées : tandis que la fameuse vierge de Brydone à Chartres, et le fameux tombeau du maréchal de Saxe à Strasbourg ne sauraient commémorer que l'emphase et la prétention d'un siècle corrompu. Qu'y a-t-ii de commun entre la madone vraiment divine de Van-£yck à Gand, et^celles de Francia et du Pérugin; entre les délicieuses miniatures de Hemling sur le reliquaire de Sainte- Ursule à Bruges, et celles de Fra Angelico sur les reliquaires de Santa-Maria Novella à Florence; entre les graves et grandioses fresques de la primitive école florentine et celles si pures et si majestueuses de Luini ou de Raphaël avant sa chute ? Ce n'est certes ni le coloris, ni le dessin, ni les types choisis, rien en un mot, si ce n'est une égale fidélité à l'idée chrétienne, et ce merveilleux effet également uroduit sur TAme par tous ces différents cnefs-d*œuvre. Entraînée par eux vers te ciel, elle est plongée dans cette sorte d'extase mystérieuse qu'aucune parole ne saurait rendre, et qui ne laisse à l'admiration d'autre ressource que

de dire comme le Dante, au souvenir des délices du paradis:

Perch'io lo*ngegno e Tarte e Tuso cbiami , Si iiol dire! , che mai ft*iininaginas8e ; Ma creder puossi et di veder si brami.

Que l'on ne croie pas non plus que cette fidélité à la pensée chrétienne doive dépendre exclusivement d'une époque spéciale, d'une organisation unique de la société , et que la notre en soit déshéritée. A cAté de ces exemples qui datent des écoles primitives, on peut citer à juste titre l'aumirable école contemporaine d'Allemagne, je veux dire celle d'Overbeck et de ses nombreux disciples, si peu connue en France, où l'on se croit cependant le droit de porter sur elle les jugements les plus bizarres , parc« u'on a vu deux ou trois tableau! de 1 école e Dusseldorf qui ne lui ressemble en rien. Eh bien I tous ceux qui ont vu et compris des tableaux ou d.es dessins d'Overbeck ne pourront s'empêcher de reconnaître qu'il n'y a là aucunement copie des anciens maîtres, mais bien une originalité puissante et libre, qui a su mettre au service de l'idée catboli-

3ue tous Jes perfectionnements modernes u dessin et de la perspective ienorés des anciens. L'Ame la mieux disposée a la poésie mystique n'en est pas moins complètement satisfaite, comme devant- le chef-d'œuvre le plus suave des anciens jours » et Tintelligence la plus revèche est forcée de convenir qu'il y a même de notre temps la possibilité de renouer le fil des traditions saintes, et de fonder une école vraiment religieuse, sans remonter le cours des Ages et sans cesser d'être de ce siècle.

U est triste que l'Allemagne puisse s'attribuer à elle seule la gloire de cette véritable et salutaire renaissance , Il est triste que la Belgique , par exemple, où il y a, comme en France, tant déjeunes talents, qui a produit, ou xv* sièle, une école si chrétienne, si pura et la première de toutes

f»ar le coloris, celle de Van-Eyck, de Heiuing, de Roger Van de Weyde, de Schoorel, s'obstine aujourd'hui à ne voir dans son brillant passé que l'école charnelle et grossièrement matérialiste de Rubens et de Jordaens. Il est triste 'que la France n'ait pas revendiqué l'initiative de cette glorieuse réaction en faveur du bon sens et du bon droit. Heureusement il est aujourd'hui constaté que cette réaction s'est étendue jusqu'à elle, et que parmi nouç une foule de nobles cœurs d artistes palpitent du désir de secouer le joug du matérialisme païen. Ils aspirent , pour l'art auquel ils ont dévoué leur vie , \ des destinées plus élevées que celles qui lui sont promises par les arbitres usurpateurs de la critique moderne. Il est donc permis d'espérer que nous Terrons enfin s'élever une école de peinture chré* tienne dans cette France , qui , depuis les enlumineurs de nos vieux missels, n'a pas compté un seul peintre religieux , saui le seul Lesueur. venu du reste a une époque qui rend sa gloire doublement belle. De II peinturfi cette révolution heureuse st ctok

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