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APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOUCISME DAN6 L ART
munique et se communiquera chaque jour davantage aux deux autres branches de Tari. Nous ne voulons blesser aucune modestie» ni entourer d*éloges prématurés des efforts qui aboutiront plus tard à une couronne populaire et méritée; mais è côté des œuvres si accomplies et si heureusement inspirées de M. Orsel, en peinture (911), k coté des monuments de mademoiselle de Fauveau, si parfaits, mais jusqu'à présent trop rares et trop étrangers à la religion, nous ne pouvons nous défendre de signaler les excellents commencements de MM. Bion et Duseigneur, en sculpture, et les travaux d'architecture si patients, si savants et si régénérateurs de MM. Lassus, Durand et Louis Piel (912). Chaque année fortifie les dévouements anciens et fait éclore des vocations nouvelles pour la régénération de Tart religieux ; et le jour viendra peut-être bientôt où Ton verra une phalange serrée marcher au combat et à la victoire sur les vieux préjugés et les nouvelles aberrations qui dominent Tart actuel. Mais les obstacles sont nombreux, les ennemis sont acharnés ; la lutte sera longue et pénible. Constatons seulement que cette lutte existe ; car, dans le fait seul de son existence, il y a un prcfgrès incalculable sur Tépoque de la Restauration et un eerme fécond de conquêtes pour Tavenir. il faut, du reste , nous habituer h regarder en face nos adversaires , à les compter et surtout à peser leur valeur. C'est pourquoi il ne sera peut-être pas hors de propos de faire ici une briève énumération des différentes catégories d'adversaires <iue nous avons è redouter ou à combattre ; je ne crains pas de dire nous^ parce qu'il y a certes entre ceux qui travaillent pour Ja réhabilitation d'une cause immortelle et ceux qui jouissent du fruit de leurs généreux efforts, une union de cœur et d*Ame assez intime pour justifler la solidarité des espérances et des inimitiés.
Posons en premier lieu , non pas comme les plus redoutables, mais comme les plus nombreux et les plus aptes à se laisser confondre par une portion du public avec les hommes du progrès, posons les hommes de la mode, de cette mode, ignoble parodie de Tart, et oui en est la mortelle ennemie; de cette moue qui a mis le gothique en encriers
(911) Avec M. Orsel, il est juste de citer MM. Périn et Koger, ctiargés comme lui de la décoration k fresque des chapelles du hapiême, du mariage et de là sainte Vierge à Notre-Dame de Lorette. Ils ont lutté courageusement ensemble pendant les mauvais jours; et nous avons la conhance que le moment où le public sera appelé à juger leurs œuvres, signalera une nouvelle époque pour Tari religieux , en même temps que les &mes chrétiennes auront
Suelques moyens de se consoler des profanations e tout genre étalées dans cette prétendue église. (91 i) rlous renvoyons nos lecteurs au bénitier modèle par M. Bion pour Téglise de saint -Eusiadie, ainsi qu*à sa chaire destinée à Péglise de Brou ; au groupe de Tarchange saint Michel, vainqueur de Satan, et à la statue de Dagobert , par M. Dusei-
Sneur, qui est destinée au musée de Versailles. 1. Piel a publié dans VEurvpéen un voyage archi*
et en écrans, qui daigne assigner aux produits de Tart chrétien une place dans ses préférences, à côté des pendules de Boule et des bergères en porcelaine du temps de Louis XV; de cette mode enfln qui inspire à un certain nombre de peintres des tableaux oit les mœurs et les croyances du moyen Age sont représentées avec autant de fidélité que dans cette foule de pitoyables romans qui inondaient naguère notre littérature. Heureusement le bon sens public a déjà fait justice de ces charges du moyen Age, de cette prétendue étude du passe, sans goût, sans science et sans foi. La mode du gothique est à la veillé d*âtre enterrée; et les pieux efi'orts des hommes qui se sont dévoués à l'œuvre de la régénération, seront bientôt à Fabri d*une confusion humiliante avec l'exploitation de ceux qui spéculent sur la vogue et sur toutes les débauches de l'esprit.
Est-ce la seconde ou bien la dernière place qu'il faut assigner aux théoriciens et aux praticiens du vieux classicisme 7 S'il fallait ne tenir compte que de la valeur, de l'influence ou de la popularité de leurs œuvres et de leurs doctrines, eu vérité, ce ne serait que pour mémoire qu'on aurait le droit de les mentionner. Mais ,puisqu ils occupent toutes les positions officielles , puisqu'ils ont à peu près le monopole de rintluence gouvernementale, puisqu'ils s'y sont constitués comme dans une citadelle d'où ceux qui font quelque chose se vengent de la réprobation générale qui s'attache à leurs œuvres, en repoussant opiniAtrément les talents qui ont brisé leur joug, et d'où ceux qui ne font rien s'efforcent d'empêcher que d autres ne puissent faire plus qu'eux-mêmes; puisque surtout ils ont encore la haute main sur tous les trésors de l'Etat consacrés à l'éducation de la jeunesse artiste, il ne faut jamais se lasser de les attaquer, de Lattre en brèche cette suprématie qui est une insulte à la France, jusqu'à ce que l'indignation et le mépris public aient enfin pénétré dans le sanctuaire du pouvoir pour en chasser ces débris d'un autre Age. Du reste, on a la consolation de sentir que. s'ils peuvent encore faire beaucoup de mal, briser beaucoup de carrières, tuer en germe beaucoup d'espérances précieuses, leur règne n'en touche pas moins à sa fin; il ne leur sera pas donné
tectural en Allemagne, dont nous n*adoptons pas toutes les conclusions , mais qui est la première œuvre sérieuse sur celte matière. M. Hippolyto Durand a exposé de savantes et consciencieuses études sur Notie-Dame de TEpine et Sainl-Rémy de Reims. H est chargé de la resuu ration de cette dernière église, et s'acquitte de celte mission importante à la satisfaction de tous les amis de Tari historique. Enfin, les travaux de restauration de la Sainte-CbaDelle et du prieuré de SaintMariin des Champs à Paris , ont assez fait connaître M. Lassus , qui vient d*élre chargé par le gouvernement, en même temps oueM. Amaury Duval, d*une monographie de la cathédrale de Chartres, dont les premiers travaux surpassent en exaaitude , en beauté et en intelligence , tout ce que nous coonaissuns en ce genre.
DICTIONNAIRE D*ESTHCTIQUE.
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de flétrir longtemps encore de leur soufDe* malfaisant l'avenir et le génie d*une jeunesse digne d*un meilleur sort; la publicité fera justice de ces ébats du classicisme expirant» qui seraient si grotesques, s'ils n'étaient encore -plus funestes ; les concours de Rome les tueront. Nous ne subirons pas toujours le règne d'hommes qui ont Ta-propos de donner pour sujet aux élèves, en Pan de grâce 1837, Apollon gardant les troupeaux chez Admit e^ et Mariuê méditant sur les ruines de Carlliage.
Une troisième espèce d*adversaire9,'et, selon nous, la plus dangereuse, ce sont les critiques. Nous entendons sous ce nom les écrivains qui, dans divers journaux, sont chassés de traiter les questions d'art. Tous ces juges souverains et sans appel semblent s'être donné le mot pour étouffer, soit par un silence convenu, soit par des blAmes amers, tout ce cfui porte l'empreinte d'une ré-
{^iWiération religieuse dans 1 art. En attaquant a juridiction de ce haut tribunal, nous avons besoin de répéter ce que nous avons dit en commençant, savoir : que nos observations et nos plaintes roulent uniquement sur la partie religieuse des différentes branches de l'art; pour le reste, nous nous déclarons de nouveau tout à fait incompétents. Hais lorsqu'il s'agit de l'avenir d'un élément si essentiel et si intime de la forme religieuse, élément qui s'adresse ou qui est censé du moins s'adresser aux masses catholiques, nous nous sentons le droit de protester selon la mesure de nos forces contre cette ligue mauvaise, dont les organes impitoyables sont campés dans les journaux les plus accrédités, et même dans ceux plus spécialement consacrés aux arts (913). Si cette ligue devait triompher, c'en serait fait assurément de toute espèce d'école religieuse en France. Dès qu'un jeune homme montre dans ses œuvres quelque tendance à marcher dans une voie plus pure et plus rationnelle
Îue celle qui lui est tracée à l'Ecole des eaui-Arts, ou par l'exemple des maîtres en vogue, ses œuvres et sa tendance sont aussitôt censurées avec l'animosité la plus cruelle. Le mot de pastiche lui est jeté avec un froid mépris, comme une flétrissure dont il ne doit jamais se relever. On lui impute comme un crime de copier servilement les écoles gothiques^ et ce reproche lui est fait par des hommes qui, à chaque ligne de leurs écrits, montrent l'ignorance la plus profonde de tout ce qui touche à ces malheureuses écoles gothiques ; par des hommes dont les paroles prouvent qu'ils n'ont jamais vu, ou du moins jamais regardé un tableau de l'époque qu ils voudraient mettre au ban de l'intelligence humaine ; par des hommes qui donnent chaque jour Texemple de cette confusion historiaue que nous relevions plus haut comme très-regrettable chez les ecclér
(913) Nous devons faire ane exception éclatante
en faveur de VEuropéen, recueil dont plusieurs ar-
titlei en matière d*art soni dictés par uue science
' profonde et le sentiment le plus pur des exigences
siastiaues, mais qui est bien autrement inexcusable chez ceux qui se sont investis dn droit de régenter Tart passé, présent et i venir, ils ne savent pas même distinguer entre leurs contemporains ; ils déclarent avec la plus risible certitude que MH. Ingres et Overbeck suivent la même ligne; ils tous disent que la sainte Cécile rie M. Delaroche rappelle le style gothique du Pérugin (914); d'autres, k propos du même tableau , n'ontils pas été parler de Giolto et d'Orgagna, comme étant du xv* et du xvr siècle? Après
Ïuoi, dans la même phrase, ils accouplent eux ou trois de ces grands noms, pour asseoir ^ur eux un jugement tantôt meprisaott tantôt dédaigneusement protecteur, et établir des rapprochements inou'is entre des hommes qui n'ont jamais rien eu de commun entre eux, si ce n'est d'être également ignorés de ceux qui en parlent de la sorte. Et voilà les censeurs qui donnent ou ôtent, à leur gré, le droit de cité dans l'art ! Voi!à les aristarques à qui nous reconnaîtrions le droit de former nos idées sur le beau I Ce n'est pas tout : après qu'ils ont ruiné autant qu'il dépend d'eux Ta pratique du vrai beau, il nous faut subir leurs théories, apprécier tout ce qu'elles renferment de pur, de satisfaisant et de fécond, tout ce qu elles promettent de gloire et d'originalité à l'avenir de l'art en France. Il faut entendre les uns proclamer et appeler de tous leurs vœux uue réaction plus ou moins effrontée en faveur des nudités, l'apothéose de la chair, le retour aux classiques turpitudes de la mythologie; ils nous trouvent déjà trop loin des saletâ de Boucher et de VanloOydes solennelles nudités de l'empire : on dirait qu'il n'y a plus assez de barons à l'Académie pour les servir à leur gré. Les autres, avec une outrecuidance despotique, s'indigpent de ce que nous ne restions pas cloués au xvr siècle; ils veulent bien reconnaître que les Grecs et les Romains ne sont plus de mise, mais le paganisme de la renaissance, mitigé parla civilisation italienne, travesti à l'usage de ces tyranneaux de l'Italie , les plus corroopus et les plus sacrilèges qu'on rit jamais; voilà le beau idéal, qu'il neçt pas donné au génie chrétien, au génie national de dépasserl Mais quels que soient leurs dissentimeoti intérieurs, leurs différents degrés de pudeur et de science , on peut être sûr q«*ils se trouveront tous d'accord pour combattre, eo bataille rangée, contre ceux c[ui cbercheroiit k ramener, dans l'art religieax, Tesprit chrétien, dont ils ont décrété unanimeflBeol la mort et la sépulture, au sein des vieilleries des temps barbares. Eh bien 1 on peel le leur prédire hardiment, leur arrêt ffia cassé ; malgré leur union et leur «chinement, ils seront débordés: 'l'instinct deli jeunesse ne se laissera (>as égarer; les idées marcheront, et un beau jour ces arbitres ride la iiensée chrétienne.
(914) C est écrit, mats il faiil le lira poer b croire,' dans le Ttfmpf , article t«r le saloa ée itCt
APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART
doQtable$ se réveilleront tout seuls sur leur tribunal abandonné. J*en prends h témoin et le nombre toujours croissant des jeunes
Snsqui bravent la malveillance et linjus- ;e pour suivre la voie nouvelle, et rinterôt toujours plus vif que met le public à étudier leurs essais, malgré les avertissements zélés que distribue cnaque matin le journal de cnacun.Mais si I empire de la critique, telle qu'elle est actuellement organisée, doit s'écrouler, elle n'en est pas moins très-puissante i l'heure qu'il est. Pour la braver et lut survivre , il faut aux nouveaux adeptes de Tart chrétien, non pas l'ardeur d'une réaction momentanée, non pas l'élan d'un jeune courage, mais l'énersie intime, l'enthousiasme calme et contenu, ledévouementrelijypeux è ce qui est immortel , et cette modestie si— lencieus en face de l'injustice qui semble Tignorer encore plus que ladédaiçner: toutes vertus bien rares et bien diffaciles, mais dont le ^and et saint Overbeck au fond de son atelier solitaire de Rome fournit le modèle le plus accompli et le plus encourageant. Signalons en quatrième lieu une autre classe d'adversaires qui semblerait rentrer dans la précédente , mais qui offre des caractères distincts. Nous voulons parler d'un certain nombre d'écrivains sur l'art , lei$quels, dominés par ces visions vagues et tfflbitieuses qui sont le signe à la fois de la grandeur et ae la faiblesse de notre temps, voudraient lancer l'art dans des voies inconnues et impossibles à déterminer, au ris<iue de le voir s'égarer ou périr d'impuissance. Ils parlent bien des conditions essentielles à l'art religieux en général; ils connaissent les produits de Tancien art chrétien; ils les apprécient même sous quelques rapports; ils les ont étudiés avec plus ou moins de conscience et de profondeur; mais, entraînés par je ne sais quelle impulsion kunumitaire , ils font chorus avec les adorateurs du |>aganisme et de la renaissance, pour déclamer contre le moyen Age en général, pourconfoiidrel'artdecetteépôquedansleurs* rancunes contre la féodalité, pour protester contre toute tendance qui semblerait ressusciter cette époque même eu peinture. Ils veulent qu'on n étudie les chefsHd'cDuvre du passé chrétien que le temps nécessaire pour asseoir un jugement souvent superficiel sur des noms trop ignorés , pour leur assigner nue place honorable dans la grande révolution de l'humanité ; après quoi ils lancent l'art dans un orbite immense et vague, dont il est impossible de découvrir le but au milieu de leurs formules éclectiques, dont it est impossible surtout de retirer aucune application pratique pour réparer les dommages et combler les vides des temps où BOUS vivons. En un mot , ils veulent faire tfM pkUoêopkie de Cart. Déplorable erreur I nous ne craignons pas le dire , du moins en ce qui touche à l'art religieux, si cette phiiusophie ne doit consister, comme celle qu'on nous offre , qu'en un certain nombre de formules arbitraires, qui nous autoriseront è renier le pas.^é pour nous livrer ^
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aveuglément aux hasards de l'avenir. Malheur a l'art , si cette tendance se communiquait k beaucoup de jeunes artistes : sa régénération chrétienne deviendrait impossible I Qu on le sache donc bien, il en est de l'art religieux comme de la religion elle-même. Quand on est réduit à faire de la philosophie religieuse, c'est qu'il n'v a plus de religion; quand on fait de la philosophie de Tart, c est qu'il n'y a plus d'art. Dans Tart chrétien il ne peut y avoir rien de nouveau au fond, pas plus que dans le christianisme luimême. L'un lient à l'autre par d'indissolubles nmuds. D^ailleUrs n'invente p8[i qui veut; ceux-là surtout qui croient .et qui veulent inventer sont justement ceux qui inventent le moins. Le génie, dans l'art comme dans tout, n'a jamais été le fruit de la préméditation , du calcul ou du raisonnement ; c'est le fruit de ce que les uns appellent le hasard et les autres l'inspiration d'eu haut. 11 y a une fin de non-recevoir bien facile à opposer aux auteurs de ces théories ambitieuses : c*est de leur demander ce qu'il faut faire actuellement pour bêtir et orner nos églises , et répondre aux divers besoins des podulations religieuses, en attendant qu*eux ou les artistes qu'ils ont en vue, s'il y en a, aient inventé quelque nouveau
i progrès. Quant à nous, nous répoudrons ranchement qu'il faut tout bonnement marcher sur les traces des grands artistes chrétiens, au risque de se borner à les copier et de procurer a s^s œuvres la terrible dénomination de pcurtcAe^. Le champ du véritable art chrétien est. Dieu merci, assez vaste, depuis les peintures des catacombes jusqu'à la Dispute du Saint-Sacrement , depuis les sculptures de l'école de Pise jusqu'aux anêtres de Nuremberg: depuis l'Abbave-aux- Hommes de Caen jusqu'à la cathédrale d'Orléans. Oui, encore une fois, étudiez , fût-ce au risque de les imiter servilement, les grands hommes qui ont fait de si grandes œuvres : étudiez-les dansées œuvres d'abord,
1 mis dans leur vie, dans leurs croyances, dans e fécond et sublime symbolisme dont leurs travaux n*ont été que l'expression. L'étude sérieuse, consciencieuse, amoureuse, conduira à l'inspiration, et l'originalité ne manquera pas; nousen avons pour témoin les Overbeck, les Veith, les Cornélius, les Hess, toutes les spiendeursde la glorieuse école d'Allemagne. Noos arrivons enfin à ce que nous ne pouvons ni ne voulons regarder comme la disposition «hostile d'un dernière classe d'adversaires, mais à ce qui n'en est ima moins Tobstacle le plus grave et pout^re le plus dilHcile à surmonter que préitiite l'état actuel des choses, c'est-a-dire l'indifféreiice et l'éloignement du clergé pour les idées que nous exposons. Quand on songe au grand nombre de travaux que la olérSé lait exécuter ou sur lesquels il influe indirectement, il est évident que, tant wi'it n'in* terviendra pas d'une manière décisive eu faveur de le régénération chrétienne et ra* tionnallede l'art, cette régénération nimiquera de Timpuliion la plus efficace et du
DICIONNAIRE D'ESTHETIQUE.
recours le plus naturel. Malheureusement, qu*\\ nous soit permis de le dire, dans le mo- ; ment actuel le clergé est en général assez : indifférent è tout ce qui se fait pour le salut de l'urt reli|;ieux; beaucoup de ses membres ignorent Tbistoire et les règles de cet art ; ils ne comprennent guère les monuments admirables qu'ils en possèdent , et surtout ils acceptent et consacrent avec le plus aveu-
51e empressement le rè^ne du paganisme ans tons les travaux qui se font journellement dans nos églises. Nous savons qu*il f a d*honorables/ xceptions et nous nous faisons un devoir de signaler celles qui sont à notre connaissance. Mgr Tévèque de Belley (915) , par exemple . se montre aussi préoccupé qu'aurait pu l'être un pontife des plus beaux siècles de l'Eglise » du maintien et du progrès de Tesprit chrétien dans les monuments de son diocèse. Les archevêques d'Avignon et de Bordeaux, les évêques de Ne- Ters, du Mans, de Rodez, de Gap, du Pujr, de Versai Iles, ont fait des circulaires qui manifestent le plus louable esprit de conservation et de respect pour la vénérable antiquité. Il y a même au séminaire du Mans un cours d'archéolo2ie chrétienne dont le fondateur, M. l'abbé Cnevraux, a mérité récemment une médaille d'or, décernée uar la société que •préside H. de Caumont. Nous croyons qu'il y a au petit séminaire de Saint-Germer, près %eauvais, un cours semblable. On a vu der- ^iiièrement dans les journaux que M. l'abbé Devoucoux, savant autunois, avait fait découvrir les magniQques sculptures du portail de la cathédrale d'Autun, recouvertes à 'dessein, au xviii* siècle, par une épaisse 'Cuuche de plAtre, afin de pouvoir y plaquer 4iu gros médaillon digne de cette malheureuse époque. M. Gros, vicaire-général du diocèse de Reims, se distingue par sa sollicitude pour les anciens monuments religieux, et par le concours éclairé qu'il a prêté M M. Didron^ chargé par M. Guizot de dresser la statistique monumentale de cette partie de la Champagne. A Troyes, la délicieuse-église de Saint-Urbain, élevée au XIII' siècle par le Pape Urbain IV sur le site de l'échoppe du cordonnier qui lui avait donné le jour, cette église, témoignage sublime de l'humilité et de la piété du pontife, et en même temps modèle du plus beau style Offival, est heureusement entre Jes mains d'un jeune curé, M. il'abbé Rourcelol, qui, à force de sacrifices et de zèle, est venu à bout de la doter d'un autel plus en harmonie avec l'édifice lui-même que les monstrueux placages qui défigurent presque toutes les autres églises de cette ville si riche en monuments gothiques. Son amour pour l'art chrétien ne s'arrêtera pas là : peut-être verrons-noiis, grftce à ses soins et a l'appui d'un préfet véritablement ami de
(9i5) Mgr Dévie.
(91V) L^architectc chargé de la recoiiftructioii est M. Ptel, que nous avons nommé plus haut et qai est mort tous le froc de Saint-Uoninique. Cette belle ëf lise a été terminée et livrée au culte depuis
la belle architectiire, s'achever ce noble édifice. Nous savons encore qu'il y a un jeuM curé de Nantes, M. l'abbé Fournier» qui, aidé par plusieurs paroissiens instruits, a conçu le plan de rebâtir son église sur uo mocfèle du moyen Ase. Que Dieu le conduise (916) I Ce sont la des sympcAmes heureux et consolants, et certes, dans d'autres Erties de la France, on en pourrait recueîibeaucoup de semiblables. Mais, hélas ! oe ne sont toujours que des exceptions. La grande majorité du clergé n'en est pas encore là, il s'en faut (917j. Nous le disons avec une profonde douleur, avec une douleur auementée.de tout le respect, de tout le filial amour que nous portons à ce vénérable corps, le clergé est en générel indifférent à la renaissance ou à l'existence de l'élément chrétien dans fart, et cette indifférence ne saurait provenir que d^ son ignorance lâcheuse sur cette grave matière. Qu'il nous pardonne cette expression peut-être trop franche de la vérité, arrachée par la conviction et de longues études au cœur du plus dévoué de ses enfants, de celui qu'il trouvera toujours au premier rang de ses défenseurs.
A Dieu ne plaise que nous regardions cette ignorance comme intentionnelle, que nous reprochions au clergé comme une faute ce que nous envisageons seulement comme un très-grand malheur. Nous savons mieux que personne toutes les diflicultés contre lesquelles il aurait fallu lutter pour être arrivé aujourd'hui au point que nous voudrions lui voir occuper. Des iiersécutions et des épreuves trop longues ont dû naturellement détourner les anciens du sanctuaire de ce genre d'études ; et, depuis la paix de TEglise, le nombre des prêtres a été trop petit pour qu'ils eussent. pu dérober au service des paroisses les loisirs nécessaires à l'examen de ces grandes questions. Ils n'ont fait d'ailleurs que recueillir la succession de trois siècles d'inconséquences et d'erreurs que Ton pourrait, k plus juste titre, reprocher à quelques-uns de leurs prédeti»seurs. Ceux-ci, en effet, procédaient avec une logique désespérante à la destrudioa méthodique de tout ce qui pouvait iev rappeler le mieux la glorieuse antiouité da culte dont ils étaient les ministres. 11 ne serait pas resté une seule de nos cathédrales gothiques, si ces masses indestroctiblai n'avaient fatigué leur déplorable coorag»; mais on peut juger de leurs intentions par certaines façades et certains intérieurs qaib ont réussi k arranger à leur gré. Cesl srlei k eux. qu'on a vu tomber ces menreiTleox jubés, barrière admirable entre le Saint des Saints et le peuple fidèle, aujourd'hui remplacée perdes grilles en fer creux 1 Moo contents de l'envahissement desstataesetdai
quelques années (1856).
(91 7) On se rappelle que ceci éuli écrit ee îfSL Une iransformaiion lieurease ei compiéie s^ett effectuée depuis celUï époque.
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tableaux [taîens sous des faux noms, on les lit , pendant le cours du xvm' siècle , substituer presque parlout à Tantique litur-
fia» h cette langue sublime et simple que Eglise a inventée et dont elle seule a le secret» des hymnes nouvelles, où une latinité empruntée à Horace et à Catulle dénonçait Vinterruption des traditions chrétiennes (918). On les vit ensuite défoncer les plus magnifiques vitraux» parce que sans doute il leur fallait une nouvelle lumière pour lire dans leurs nouveaux bréviaires ; puis encore abattre les flèches prodigieuses qui semblaient destinées h porter jusqu'au ciel Técho des chants antiques qu'on venait de répudier. Après quoi, assis dans leurs stalles nouvelles, sculptées par un menuisier classique» il ne leur restait plus qu'à attendre patiemment que la révolution vtnt frapper aux portes de leurs cathédrales» et leur apporter le dernier mot du paganisme ressuscité, en envoyant les prêtres à Téchaiaud et en transformant les églises en temples de la Raison.
Mais grice pour leur ombre I ils avaient Texcuse de s'être laissés entraîner par le torrent qui a entraîné la société tout entière» depuis les soirées platoniciennes des Médicis» jusqu'aux courses de char ordonnées par la Convention au Chanip-de-Mars. Eussent-ils voulu d'ailleurs n'employer que des artistes chrétiens» où les auraient-ils trouvés au milieu de la désertion générale?
Ainsi donc réclamons des plus sévères arislarques indulgence pour le passé. Le clergé y a tous les droits. Mais la pourrons-nous réclamer de même pour l'avenir? Déjà l'on commence à s'étonner de ce aue si peu de •es membres ont jugé digne de leur attention et de leur dévouement ce que les indifférents appellent Yart chrétien. On s'étonne à bon droit de voir que si cet art, qui constitue une des gloires les plus éclatantes du catholicisme, est reconnu, est apprécié auîourd'bui» c'est grâce aux efforts de savants laïcs» protestants, étrangers, d'hommes presque tous imbus de la funeste théorie de Fart fwur Vart^ tandis que le clergé et les cathoiques français s'en occupent à peine (919). On s'étonne de ce que toutes les fatigues et toute la gloire de cette grande œuvre soient livrées sans partage à des écrivains tels que MM. de Caumont, de Laborde, Didron, Magnin, Mérimée, Vitet, dont les travaux, du reste, si savants et si méritoires, ne portent pAs la moindre trace d'esprit religieux ; ou s*en étonne, disons-nous ; mais, après tout, il n'y a là qu'une conséc|uence toute naturelle ^d'un fait encore bien autrement étonnant: c'est qu'il n'y a pas peut-être cinq séminaires en France» sur quatre-vingts, où
Ton enseigne à la jeunesse ecclésiastique l'histoire de l'Eglise I «Chose merveilleuse et déplorable à la fois, l'histoire de l'Eglise, cette série d'événements et d'individus gigantesques» qui préoccupe aujourd'hui tant d'esprits complètement étrangers» sinon hostiles» aux convictions religieuses ; cette manifestation continuelle d'une force supérieure à celle de l'homme, semblerait au premier abord n'être indifférente qu'au clergé catholique. Veut-on acquérir quelques notions justes et impartiales sur les grands hommes et les grandes époques de cette histoire? veut-on savoir ce qu'étaient les croisades, saint Grégoire Vil» Innocent III, saint Louis, saint Thomas» Sixte- Suint» il faut avoir recours à des livres trauits des protestants allemands ou aux écrits trop rarement orthodoxes de M. Michelet, de M. Villemain et de M. Guizot. C'est en vain qu'on s'adresserait au clergé français, successeur et représentant de ces noms glorieux parmi nous; on courrait risque de rencontrer, parmi ses publications nouvelles» les exagérations gallicanes de Fleurr» ou la Dévotion réeoncuiée avec Fesprit^ *par un prélat du dernier siècle (920).
Comment se ferait-il donc que, dépourvu de connaissances étendues et approfondies sur les événements et les personnages des tempsqui ont enfanté l'art cnrétien» le clergé pûi apprécier les produits de cet arj qui tient parles liens les plus intimes à ce que l'histoire a de plus grand et de plus important ? Comment aurait-il appris a distinguer les œuvres fidèles aux bonnes traditions, ou
3ui manifestent une tendance à y retourner, e toutes celles qui les parodient et les déshonorent ? Il faut bien cependant qu'il se hâte de revenir à cette étude et à ce'te appréciation» sous peine de laisser porter une Î^rave atteinte à sa considération dans une ouïe d'esprits sérieux. Des faits trop nombreux viennent chaque jour à l'appui d'adversaires malveillants. On a déjà dit que, pour entendre la musique religieuse» il fallait aller à l'opéra ou aux concerts publics» tandis que la musique théâtrale se retrouve dans les églises. Craignons qu'on ne dise bientôt que Part religieux a des sanctuaires dans la cabinet des amateurs, dans les boutiques des marchands de curiosités, dans les galeries du gouvernement, partout enfin, exceptédans réglise I Nous avons entendu le curé d'une ville importante, très-respectable comme prêtre» se montrer même scandalisé de cette expression d'art chrétien^ et déclarer qu'il ne connaissait d'autre art que celui de faire de$ chrétiens t Ce n'était ici que l'expression un peu crue d'une idée trop générale. Citons un exemple borné» mais significatif» de
(918) On connaît le dicton si juste que fil nattrs eeue métamorphose : Acceuit laiinUoê, recmit
(919) Noos devons cependant Taire une exception en faveur de M. Tabbé Pavy , auteur de plusieurs eicellentes monograpliies sur des églises oe Lyon ; de M. Tabbé Tron, qui vic'nt de mettre au jour une
description de Saint-Maclou , de Pontoise; et de M. Gilbert, qui a publié des descriptions des cathédrales de Paris, Ckactres, Amieue, Houen , de Tancienne abbaye de SsUA-Ouen de la même ville , de Suint-Riquier et de Sahit-Wuirraii d^Ablieville. (9i0) Voir la MUe 91 7^
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DiC iiOiMNAfRE D'ESTHETIQUE.
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cette déplorable absence du sentiment de l'art chrétien. On a moulé depuis plusieurs années quelques-unes des plus belles madoties de nos belles églises gothiques* entre autres celle de Saint-Denis, qui a été transportée à Saint-Germain-des-Prés (921). Ces modèles exquis de la beauté chrétienne se trouvent chez la plupart des marchands où le clergé et les maisons religieuses, les frères des écoles chrétiennes, etc., se fournissent ôiis imaeesqui leur sont nécessaires. 11 semble que leur choix pourrait se fixer sur ces monuments de l'antique foi, que le zèle de quelques jeunes artistes a mis à leur portée. Êh bien i il n*en est rien : ils sont unanimes pour préférer cette horrible Vierge du dernier siècle, de Bouchardon, que Ton retrouve dans toutes les écoles, dans tous les couvents, dans tous les presbytères ; cette Vierge au front étroit, à I air insignifiant et commun, aux mains niaisement étendues, figure sans grAce et sans dignité, qu'on dirait inventéeà dessein pour discréditer le plus admirable sujet que la religion offre à Tart. Que penser ensuite, pour ne pas étendre nos observations hors de Paris, de cette chapelle Saint- Marcel, récemment érigée dans Notre-Dame (922), monstrueuse parodie de cette architecture gothiaue dont on avait le plus beau juodèledans réalise même, et où, par un .raffinement exquis de barbarie, on a été pein- 4urlurer en marbre et dorer une espèce d'arcade qui semble avoir la prétention d*ètre H)givare 7 On sait qu'à Saint-Merry, ou Mé- <leric, dans une restauration récente, c'est 4e diable qui occupe la place de Dieu et qui préside à l'assemblée des saints ; nouveau système de symbolisme théologique, affirmé .par M. Godde, architecte des églises de Paris et grand-prètre du vandalisme municipal. Est-il possible que dépareilles choses se passent en 1837, dans la métropole de Paris et •de la France 7 Et que sera-ce encore, s'il ne s'élève pas du sein du clergé une seule voix pour protester contre cet incroyable projet, 4;ui tend à transformer en sacristie la chapelle }>ropre de la Sainte-Vierge, située au chevet de la basilique, en violant ainsi réternello règle de l'architectonioue chrétienne, telle que toutes nos cathédrales nous la révèlent, eu remplaçant par un lieu d'habillement et de .comptabilité ce sanctuaire suprême, qc dernier refuge do la prière que la tendre
(921) Puisque nous nommons celte statue cé!é- Jwe, il nous est impossible de ne pas signaler le vandalisme qui a fait reléguer dans une obscure sacristie ce chef-d'œuvre de la sculpture chrétienne, undis que dans la même église, k la chapelle de ta Sainte- Vierge, Ton a Introifisé un pitoyable marbre moderne que Ton doit au ciseau de feu Dupaty, de rAcadéniie des beaux-arts , digne au reste du fronton classique qui Tencadre en contradiction avec tout le reste de relise, digne encore des affreuses fresques en grisaille qui la flanaueut des deux côtés (1837). La statue de la vierge doni nous parlons esi aujourd'hui placée 4 rentrée du Ins côté méridional.
(9i2) Dans le transept septentrional.
/HSS) Le gonvcruemeiii du roi l«ouis-Philippe a jti^té aux Chambres eu 1845 U reatauraiioa
piété de nos pères avait toujours réservé au
f)eint culminant de l'église, au sommet de a croix, pour cette vierge-mère dont Notre-Dame est un des plus beaux temples (923)?
Enfin, quand finira-t-on de voir s'étéver, avec l'approbation du clergé ou par ses soins directs, des édifices comme Notre-Dame-dt- Lorette, Saint-Pierre du Gros-Caillou, Saint- Denis du Saint-Sacrement, Notre- Daoïe-de- Bonne-Nouvelle, la chapelle de MM. les Lazaristes, rue de Sèvres, où repose le corps de Saint- Vincent de Paul, indignes masures dont les formes lourdes et étriquées k ia fois ne sont conformes qu*au genre classî-
Î[ue et païen, contemporain de la réorme; tandis que, par la contradiction la plu3 bizarre, les protestants construisent dans Paris une assez jolie chapelle gothique sur le patron inventé et consacré par le catholicisme ?
En vérité, quand on rapproche ce dernier fait de la quantité d'églises gothiques que Ton voit bâtir chaque Jour en Angleterre, et du soin reiiçieuiavec lequel les protestants anglais et allemands conservent le caractère général jusqu'aux moindres ornements dts belles cathédrales catholiques que la réforma a fait tomber entre leurs mains, on est lenlé de croire que le protestantisme a usurpé le monopole de l'art chrétien. Heureusament il n*en pas ainsi ; les nouvelles chapelles que les catholiques anglais fondent en grand nombre sont fidèlement copiées sur les anciennes églises qu'on leur a prises. Les jésuites viennent d'achever, à Oscott, un vasia collège avec une belle église, l'un et Tautre entièrement gothiques, et dont le plan aussi bien que les détails, rappellent les plus magnifiques abbayes du moyen âge. Au mois d'octobre de cette année, dans une seule semaine et dans le même canton, on a oonsacié trois belles églises et uneabbave de trappistes, du meilleur style gothique (9»}. Les catholiques d'Ecosse et d'Irlande suivent absoiament le même système. Enfin le roi de Bavière, ce souverain si catholique et si gêné* reusement dévoué à l'art, a fait restaureravec autant de soin que de science, les belles églises de son royaume, surtout les cathé* drales de Ratisbonne et de Bamberg ; poar celle-ci le respect scrupuleux de l'art cmé* tien a été poussé si loin qua Ton a relégeé
complète de Notre- Dame : ce projet fat avec empressemeni par les deux assemblées parir* menuires. On verra plus loin le rappurt ftit far Tauteur 4 la Chamhre des pairs sor le projet et bî qui a eu pour résultat de confier celte restauraiifi aux mains habiles de MM. Vtollei^lie Duc ctUistts , déjli signalés à Tatteniioa publique ei à b reconnaissance de tous les amis de Tairi cbréiica
et national par reiceilenie resuuratton de la Chapelle.
(9ii) Ces trois égtises sont edies de Giiei- Dieu Manor, de la Trappe de Notre-HaBe éi Mont Saint-Bernard el de Whitwick, toalas ksirtii construites aux frais d*«a fénéreux oéopiine,M> Ambroisc Usle PhiUips. Vaf. VÀmi éê êmiÀfm du 7 novembre I)i37.
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APPENDICE. — m VANDALISME ET DO CATHOLICISME DANS L'ART.
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dans on dotlre voisin tous les mausolées modernes, dont le classicisme païen formait un contraste choquant avec te style primitif de la basilique où reposent les corps sacrés de saint Henri et de sainte Cunégonde. Dans «es constructions nouvelles, ce prince a embrassé tous les genres d*arcbitecture chréilieone, depuis la basilique des premiers sièiCles jusqu au gothique parfait du quatorzième ; et il a su réserver les formes classiques pour le Valhalla» espèce de Panthéon bistorique qui n*a rien de commun avec la religion. C'est qu'en effet, puisque Tarchiiecture moderne en est réduite à^ copier, il faut au moins savoir ordonner ces copies d*une manière conséquente et rationnelle. S'il y avait quelque nouvelle architecture bien séduisante, bien originale, on conçoit que le clergé se laissât séduire comme au moment de la renaissance; mais puisqu'on «l'a encore rien pu inventer qui sorte des deux grandes divisions de l'antique et du moyen âge, du païen et du chrétien, pourguoi, au nom du ciel, aller choisir de préférence l'héritage du paganisme pour eniaire hommage au Dieu des chrétiens 7
^u'on ne nous objecte pas le surcrok de dépenses : mauvaise raison ou plutôt excuse mensongère , inventée par la routine et Tignorance des architectes classiques. Il ne a*agit pas, dans Tétat actuel, d'élever de ces vastes cathédrales, où presque chaque pierre est un monument de patience et de génie , couvres gigantesques que la foi et le désintéressement peuvent seuls enfanter : il s'aiit tout simplement de réparer , de sauver , e guérir les blessures de celles qui existent, et puis de bAtir ç& et là quelques églises de paroisses petites et simples. Or, des calculs désintéressés ont prouvé qu'il n'en coûterait pas plus (peut-être moins), pour adopter le svstème ogival ou cintré, sans abondance d ornements, que pour écraser le sol des masses opaques et percées de parallélogrammes que l'on construit de nos jours. Si nous sommes plus pauvres aue les Jonglais , nous sommes , je pense , plus riches que les malheureux paysans d'Irlande. Cependant ces pauvres serls , tout épuisés quils sont par la famine, les renies qu'il leur faut payer à leurs seigneurs absents du pays, et les dîmes que leur extorque le clergé anglican ; ces Ilotes , qui n*ont que bien rarement du pain à manger avec leurs pommes de terre; ces martyrs perpétuels, obligés, après avoir gorgé de leurs dépouilles un clergé étranger, de nourrir encore celui qui les console dans leur misère, et de Dsire une liste civile à 0*Connell , ce roi de ia parole qui les conduit à la liberté ; ces Irlandais bâtissent eux aussi des églises pour abriter leur foi, qui ose cnQn se montrer au erand jour; et toutes ces églises sont gothiques (925)1 Comme dans toute
' (925) Pour être exact, il faut avouer que la cha-
C^le métropolilaine de M arlborough -Street , à Du^ ia, eut ÏAlie dans le penre clatskiae , parce qae #aniuieBcée il y a pla»iears années , à une ëp^njur
l'Europe , après la grande frayeur de la flii ^ du X' siècle, le sol de cette pauvre Irlande , . tout fraîchement délivrée d*une affreuse ^ servitude, se couvre d'une blanche parure d'églises dignes de ce nomi Exeuiiendo le-* met^ r^ecta vetustate , passim eandidam eccUiiarum vestem induit. (Radulph. Glabbe, . m, k.) Ils viennent , cette année même , de faire consacrer une belle cathédrale par leuf archevêque patriote, Mgr H'Hale, à Tuam. Voilà ce qu'ils font, ces glorieux mendiants! ' Et nous. Français, nous sommes encore à^ nous traîner servilement dans l'ornière que nous a tracée le conseil des bâtiment» civils I
Mais on nous objectera peut-être que le clergé n'est plus, comme autrefois, le maître absolu de tous les édifices religieux: qijie, par une inconséquence ridicule et illégale,, mais passée en usage dans nos mœurs ad^ ministratives, il n'a plus le droit exclusif d'accepter ou de rejeter les œuvres d'art qu'on y place, les travaux qu'on y fait ; qu'il ne lui est pas libre de s*opposer aux déprédations qu y commettent les architectes municipaux, ni d'empêcher le Kouvernement de s habituer à regarder les églises comme autant de galeries où il lui est loisible d'exposer à demeure les tableaux soi-disant religieux que la protection d'un député ou le caprice d'un employé subalterne aura fait acneter. Cela n'est que trop vrai; mais il n'en est pas moins positif que le clergé fait exécuter une foule de travaux importants pour son propre compte ; c'est sur ceux-là que roulent nos observations précédentes. Il y a, en outre, beaucoup de petites communes en France qui, pour devenir paroisses et avoir un curé à elles , s'imposent de grands sacrifices pour construire à leur^ Irais des églises , sans autres conseils que ceux des prêtres du voisinage, sans autre surveillance que la leur. Ce serait là une voie aussi naturelle qu'honorable de rentrer dans le vrai. D'un autre cêté, il est malheureusement incontestable que le clergé n'a manifesté que très-rarement son opposition ^u vandalisme des architectes officiels , aa scandale des tableaux périodiquement oo»
troyés aux églises. Il le pourrait cependant»^ nous en sommes persuadés , en s'appuyan^ sur ses droits imprescriptibles, et sur des textes de lois dont l'interprétation actuelle est abusive. Il le pourrait bien mieux encore en invoquant le bon sens et le bon goût du public , qui ne manquerait pas de réagir aussi sur l'esnrit de l'auministralioa. Il y aurait unanimité chez les gens de goût, chez les véritables artistes, pour venir au secours d'une protestation semblable de la part du clergé : l'opinion est délicate et sûre en ces matières , comme on Ta vu récemment lors des sages restrictions mises par Mgr l'archevêque de Paris à l'abus de
où le mauvais goût était encore puissant , même eo Angleterre, elle a été achevée cTaprés le plan pri* mit'^
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MCTIONNAIRE DESTHETIQUE.
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la miiiique tbéitrale dans les églises: la victoire serait bientôt gagnée. Quant à nous, si nous ayions l'honneur d*6tre évèque ou curé , il n'y a pas de force humaine qui pût tious contraindre à consacrer des églises comme Notre-Dame-de-l^rette , à accepter ûes statues commes celles qu*on destine h la Madeleine » à subir des tableaux comme ceux que Ton voit dans toutes les paroisses de Paris , avec une pancarte qui annonce iK)oif)eusement qu'ils ont été donnés par ta ville ou le aouvemement. En outre , si nous avions iTionneur d'être évèque ou curé, nous ne confierions jamais, pour notre
!)ropre compte , des travaux d'art religieux I un artiste quelconque, sans nous être assuré, non-seulement de son talent, mais de sa foi et de sa science en matière de reli* gîon : nous ne lui demanderions pas combien de tableaux il a exposés au Salon, ni sous (]nel maitre païen il a appris à manier les pinceaux; nous lui dirions: « Croyezvous au symbole que vous allez représenter, au fait que vous allez reproduire? ou, si vous n'y croyez pas , avez-vous du moins étudié la vaste tradition de l'art chrétien, la nature et les conditions essentielles de votre entreprise? Voulez-vous travailler^ non pour un vil lucre , mais pour l'édification de vos frères et Tornement de la maison de Dieu et des pauvres? S'il en est ainsi, mettez-vous à l'œuvre; sinon, non. » Nous demandons pardon de la trivialité de la com^raison ; mais, en vérité, c*est le cas de renouveler la fameuse recette de la Cutsiniire bourgeoise et de dire : « Pour faire Mue œuvre religieuse, prenez de la religion, elc«
Qu'on nous permette une dernière considération. Dans les beaux travaux qui ont paru jusqu*à présent en France sur l'art du moyen âge, et dont nous avons cité plus haut les auteurs , on remarque un vide que i*on peut dénoncer sans être injuste envers les hommes laborieux et intelligents qui ont ouvert la voie. Ce vide » c'est celui de l'idée fondamentale, du sens intime, de ce mens divinior qui animait tout Tart du moyen Age, et plus spécialement son architecture. On a parfaitement décrit les monuments, réhabilité leur beauté, fixé leurs dates, distingué et classifié leurs genres et leurs divers caractères avec une perspicacité merveilleuse; mais on ne s'est (>as encore occupé, que nous sachions , de déterminer le profond symbolisme, les lois régulières et narmoniques, la vie spirituelle et mystérieuse de tout oe que les siècles chr^ liens nous ont laissé. C'est là cependant la clef de l'énigme ; et la science sera radicalement incomplète, tant que nous ne l'aurons pas découvert. Or, nous croyons gue le clergé est spécialement appelé a fournir
(9iG) La justice et la sympàlliie que nous éprouvons pour toutes les tentatives de régénération catholique de Tart, nou» fout un devoir de recommander à nos lecteui's des œuvres dont nous n*avonseii connaiss;ii)c** qu';iprès avoir terminé le travail qui précède.
•Nou:> uumiucrcn:» donc ^ ici M. Baptiste Pctii-
cette clef, et c'est pourquoi nous regardons son intervention dans la renaissance de notre art chrétien et national , non-seulemenl comme prescrite par ses devoirs et ses intérêts, mais encore comme utile et indiapensable aux progrès de cette renaissance et à sa véritable stabilité. En effet, p«r la nature spéqiale de ses études , par la connaissance qu'il a, ou qu'il devrait avoir , de la théologie du moyen Age , des auteurs ascétiques et mystiques, des vieux rituels, de toutes ces anciennes liturgies, si admirables, si fécondes et si oubliées , enfin et surtout par la pratique et la méditation de la via spirituelle impliquée par tous les actes qui se célèbrent dans une église, le clergé seul est en mesure de puiser à ces sources abondantes les lumières définitives qui manquent k l'œuvre commune. Qu'il sache donc reprendre son r6ie naturel, qu'il revendiqua ce noble patrimoine, qu'il vienne compléter et couronner la science renaissante par la révélation du dernier mot de cette science. Qu'il ne croie pas en faire assez , lorsqu'il n*étudiera que les dates, la classification, les caractères matériels des anciens monuments: c*est là l'œuvre de tout le monde. Il n'y a pas besoin d'être prêtre , ni même catholique pour cela; on en voit des exemples tous les jours. I^ clergé a, dans l'art , une mission plus difficile, mais aussi bien autrement élevée.
En terminant, nous ne demanderons pas pardon de la brusque franchise , de la violence même , si l'on veut , que nous avons mise à protester contre les maux actuels de Tart religieux ; la vérité nous eicusera, et nous vaudra l'indulgente sympathie des cœurs sincères et des intelligences droites. L'avenir nous justifiera. Si la lutte continue avec la même constance qui a été montrée jusqu'ici, si l'instinct du public se développe avec la même progression, on peut nourrir Tespérance d'une victoire pn>chaine. Il nous sera peut-être donné de voir de nos yeux des évoques qui ne rougiront pas d'être architectes , au moins par la nensée, comme leurs plus illustres prédécesseurs, et aussi décidés à repousser de leurs églises rindécent, le profane, les innovations païennes , qu'à anathématiser une héré« sie ou uu scandale. Peut-être alors verronsnous encore des artistes qui comprendroat que la foi est la première condition du géoif chrétien, et qui ne rougiront pas de sagenouiller devant les autels qu'As aspirent i orner de leurs œuvres. Quant à nous, si nus faibles paroles avaient pu ranimer quelqus courage éteint ou porter une seule étinceili de lumière dans un esprit de bonne foi, ik>tre récompense serait suffisante , et notrs alliance se trouverait ainsi consommée a^ec ces ieunes artistes (926), qui se dévouent à
Girard, qui semble appelé à régénérer Part si dcficieux delà miniature ^hréileone; M. Charles ^sêt serot, qui a exposé d'admirables éuidea aar la c^ tbédrale d*Amiens ei les ^lises é'Ainaii ; M. Bule^u qui, d'humble menuisier, esl éevewi wo^^tstf eu buis pour doter IVglise dé Sainf-Antoûie A
APPENDICE — DU YANDAUSME ET DU CATHOLICISIIS DANS L*ART
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fMîre rentrer dans fart consacré an christianisme ces caractères de pureté , de dignité ei d*élévation morale , seuls dignes de la majesté de ses mystères et de ses destinées immortelles. Tous ensemble» ne perdons pas courage » et saluons cet avenir qui doit remettre en honneur la loi antique et souveraine de Tart, cette loi si cruellement mé- {connue depuis trois siècles y qui proclame que le beau n'est que la splendeur du vrai.
Ce qui précède était écrit, lorsque dans une de ces vieilles Vies des Saints^ toutes Bourries de cette poésie de la foi qui a £iil le charme et le bonheur de nos pères pendant tant de siècles, dans une de ces legen" des volumineuses qu'on lisait jadis dans toutes les chaumières, et qui ont été mises de côté par le même esprit qui a défoncé les Titraux, badigeonné les cathédrales, rogné les flèches et métamorphosé les anciennes liturgies, nous avons trouvé une belle et louchante histoire qui nous semble pouvoir servir tout naturellement d'épilogue à notre travail, et que nous citerons dans son vieux langage :
«L'Eglise célèbre ce mesme jour la fesle do clna glorieux martyrs, qui estoient excellens sculpteurs et chrestiens, hormis Simplicien qui estoît payen, lequel voyant que les ou- Yrages de marbre et d'autres riches estoffes de ses quatre compagnons se trouvoient si I^arfoicts et accomplis, qu'en les eslabourant
€ompiègne d*une chaire gothique qae lonliuteor a <ti le bon esprit de rendre conforme aux anclenf luodéles : première chaire vraiment chrétienne et raisonnable qu*ait enfantée la France moderne. M. Boileau, âgé de 24 ans seulement, exécute en ce moment, et au compte du chapitre, deux chaires épîscopales pour la cathédrale de Beauvais. EnOn nous ne pouvons passer sous silence le livre d'Heures, qui a paru dernièrement, avec des compositions de M. Gérard Séguin , et dont chaque page est encadrée par des ornements dus à M. Daniel Ramée , d'une variété, d*une sévérité et d'uue exactitude histori(|ue oui forment le plus agréable contraste avec le pitoyable abus qu'on fait du gothique daus la plupart des Ulu$tration$ de nos jours. Ce livre offre vne heureuse idée dont la réalisation est satisfai- , et un heureux contraste avec d'antres pro-
tout leur succédoit comme ils Teussent pu désirer, là où au contraire il gastoit beaucoup d'outils de son art. Il demanda à Simidiorien, qui estoit le premier de tous, d^od venoit cela? Il lui respondit que toujours, en prenant quelque instrument pour le travail, ils invoquoient le nom de Jésus-Christ leur Dieu, et luv remonstra si bien, que par la faveur de Notre-Seigneur il fut converty, et baptisé par un sainct evesque, nomme Cyrille, et mourut constamment avec ses quatre compagnons pour la foy chrestienne.
D'autant oue l'empereur leur ayant cominandé de raire un ouvrage de certaine idole, entre plusieurs animaux, ils représentèrent bien au vif les animaux, mais ils ne voulurent jamais esbaucher 1 idole... L'empereur sachant cela, cuida crever de despit, et fit fiiire des cercueils de plomb, dans lescj^uels il fit enfermer les cinq martyrs, et puis jeter au fond de la rivière, par lequel martyre ils achevèrent glorieusement le cours de leur pèlerinage, et gaignèrent la couronne d'inimortalité (927). n
Disons-le franchement : de même que Simplicien alla de l'atelier au baptême, et du baptême au martyre, aussi faut-il que nos jeunes artistes, qui aspirent à régénérer l'art religieux, sachent aller avec simplicité au baptême de la foi, et braver ce martyre du ridicule et de l'invective que leur promet une impitoyable critique.
ductions du même senre. Il est à regretter seulement qu'on n'ait pas préféré la liturgie romaine à h liturgie parisienne, et que ces beaux encadrements du^ moyen âge servent d'accompagnement à des bvmueii
par tout ce qui
puis dans le même ordre d'idées, elle deviendrait un volume. Telle qu'elle est , elle suffit pour indiquer les pas faits dès lors dans la bonne voie, lies Annales archéologiqnês fondées par M. Didron en 1840, forment dans leur XVI* volume, déjà paru, le répertoire le plus complet de ces tentatives de plus en plus satisfaisantes et nombreuses (Note de 1856.) (9!i7) La Fleur des Saints , p. 1057 , au 8 novembre.