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DES MONUMENTS DE L'HISTOIRE DE SAINTE EUSABETH

Fidèle aa principe que nous avons posé plus liaut, sur l'importance vitale de l'étade des anciens maîtres pour tous ceux qui veulent consacrer leur talent à l'application religieuse de Part , nous avons voulu contribuer selon la mesure de nos forces h Tœuvre réparatrice , en publiant une collection de monuments, composée à la fois de divers travaux qui datent des vieux siècles catholiques, et d'autres qui , fruit de la nouvelle école allemande, serviront h montrer comment Ton peut, même au sein de Fanarchie morale et intellectuelle de nos jours, rattacher fart moderne à la pureté et à la sainteté de la pensée ancienne. Le sujet de cette collection se trouvait indiqué , de droit comme de fait, dans \ Hittoire de sainte Elisabeth^ à laquelle nous avions consacré plusieurs années de travaux, et qui a eu le privilège d'inspirer à toutes les époques le ciseau et le pinceau des artistes chrétiens. Nous avons eu le bonheur de trouver un éditeur aussi dévoué que nous è la régénération religieuse de l'art, et qui s'est chargé de celte entreprise avec un zèle et un désintéressement puisés dans les plus nobles motifs. Fort de son appui, nous avons pu profiter de nos voyages pour recueillir en Italie et en Allemagne tout ce que nous avions découvert ou remarqué de plus important parmi les monuments relatifs è notre sainte.

Nous reproduisons en premier lieu les tableaux qui lui ont été consacrés par les plus illustres repré.sontants de Tancienne école florentine, Taddeo Gaddi (1350) , le principal élève de Giotto , et digne émule de son maître; Andréa Orgagna (1319- 1389}, le plus grand des peintres, des sculpteurs et des architectes de son temps , qui précéda Michel-Ange dans cette triple supériorité» et qui^ certes» sous le point de vue chrétien, Va surpassé de beaucoup; le bienheureux FraAngelicodaFiesole (1%7- 1^55)» le plus ançeliquefle plus accompli des artistes chrétiens; enfin, Alessanaro Botlicelli (U87-1515), qui, au milieu de la dégénération déjà trop générale de Tart, due è I influence des Médicis» sut rester fidèle à la poésie mystique de ses prédécesseurs.

Passant de l'Italie à la vieille Allemagne» nous donnons Tœuvred'un peintre anonyme de la pure et primitive école de Cologne |13S0-1UM), qui fut pour l'Allemagne ce que l'école de Sienne avait été pour l'Italie; puis celle d'un peintre bâiois du xv' siècle» dont le nom est resté également inconnu ; celle de Lucas de Leyde (U94-1S33)» qui termine le cycle des anciens peintres catholiques au delà du Rhin, et enfin une miniature attribuée à Hemling ( U29U99 )» le Fiesole de

la Flandre» et tirée du célèbre bréviaire GrI* mani è Venise. Un grand vitrail de la cathé* drale de Cologne nous montrera sainte Elisabeth dignement placée dans Téglise qui est le type de l'époque qu'elle a glorifiée; le bas-relief, presque contemporain de j& sainte» qui orne son tombeau è Marbourg ; ceux» plus récents» que l'on voit sur lesaur' tels de son église ; la châsse si célèbre où' fut renfermé son corps sacré» et la statue qui a été pour nous le premier indice de son histoire, serviront a faire connaître la marche parallèle de la sculpture et de la peinture des anciennes écoles germaniques.

A ces précieux détris d un passé qui ne reviendra jamais» nous avons la consolation de joindre des témoignages vivants de la résurrection de ce feu sacré de la foi qui l'animait, dans les œuvres des artistes contemporains do l'Allemagne. Frédéric Overbeck» la gloire de l'art chrétien de nos jour« et le flambeau de son avenir, a bien voulu interrompre le cours des grands travaux qu'il poursuit au sein de la ville éternelle» pour enrichir notre humble collection d'un dessin qui représente un des traits les plus populaires de l'histoire de notre sainte. On verra ensuite le môme sujet traité en basrelief par Schwanthaler» qui occupe le pre* mier rang dans l'a sculpture nouvelle d'Allemasne» comme Overbeckdans lapeintureu Frédéric Muller» jeune peintre de Cassel» qui a cultivé sur le sol d'Italie les excellente^- dispositions de sa nature germanique» nous a apporté son tribut de dévotion à la sainte qu il chérit comme nous. Enfin, nous nous félicitons de fournir aux personnes qui s'iniéressent è l'art une occasion de connaître la nature et la portée d'un jeune talent qui nous semble promettre è la peintura chrétienne un véritable représentant» si Dieu le maintient dans la voie salutaire qu'il a daigné lui ouvrir. Octave Uauser» d ori- Kine allemande, né en 1822, a eu le honneur de passer son enfance à Florence. Ses yeux se sont ouverts à la lumière de l'art» en face des admirables fresques de Fra Angeiico, de Memmi» de Giotto» d'Orgagna : c*est dans ces pages immortelles qu'il a lu sa destinée» et dès l'âge de treize ans» guidé par les conseils d'un père qui a consacré sa vie au service de l'art chrétien, cet enfant commença è étudier d'après les grands maîtres catholiques. Rentré eu France» k quatorze an^ il a commencé la «érie decom-

Ksitions relatives k la vie de sainte Elisath» qui forme une partie de notre collection. Il se peut que nous sovons aveuglé par la sympathie avec laquelle nous avons suivi dans une âme si jeune» le déve-

DICTIONNAIRE DTSTH^TIQUE.

loppement d'une pensée identique à celle qui a si longtemps absorbé la nôtre ; mais il nous semble que tout juge non prévenu y reconnaîtra avec nous une originalité, une profondeur de sentiment et une pureté d'inspiration que Ton cherche en vain dans les prétendues œuvres d*art religieux de nos jours. Assurément nous ne vtonnons pas ces produits du crayon d'un enfant de quinze ans comme des i^hefs-d'œuvre, mais bien comme une preuve des heureux résultats d'une éducation formée par l'étude pieuse des véritables maîtres chrétiens, et dégagée des liens de la routine classique.

£d dernier lieu, la collection se complète par des médailles, des lettres ornées tirées d'anciens manuscrits, et autres objets relatifs à notre sainte. Des vues du château de

Warlbourg, où elle fut élevée et où elle vécut avec son mari, ainsi que de la ville ée Marbourff, où elle passa ses années devenvage et ou elle mourut, reproduisent TéUt actuel des lieux immortalisés ^lar son souyenir. Enfln, on verra des fragments de li célèbre église qui porte son nom, et qui i été le premier monument du style ogiiil pur que l'Allemagne ait possédé.

Il nous a été doux d'offrir ce nouvel hommage à celle qui nous a valu d'ineflaUes consolations; il nous est doux de mettre sms sa douce et puissante protection nos hniih blés efforts pour rendre quelque sève el quelque vie k une branche, naguère sibeUe et si fleurie, de l'arbre catholique.

19 novembre 1837. Fête de sainte ElisdxdL

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