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PIR ■. LE COITE DE ROIITILEIBERT, PUR DE FRANCE

(Séance du 11 juillet 18&5.J

Messieurs, On a souvent remarqué la différence curieuse qui existe entre la nature apparente des grands événements historiques et les résultats positifs qu'ils produisent. C*est ainsi 3u*un succès, au premier aspect complet et datant, se transforme souvent en une source d'embarras et de défaites ; que d'autres lois, une calamité vivement redoutée devient la source de compensations imprévues, et que sans cesse les conséquences indirectes ou définitives d'une crise politique suivent un courant opposé à celui des iciées ou des {Missions qui ont précédé cette crise. Rien ne'semble plus propre à démontrer cette loi de rhistoire que Tinflucnce indirecte de la révolution de Juillet sur nos monuments religieux. A coup sûr, le lendemain de cette grande modification des lois et des destinées de la France, personne ne se fût imaginé qu'il en sortirait une tendance éminemment lavorable à Tétude et à la conservation de ces monuments. £t cependant le régime qui a suivi la révolution de Juillet a vu s'etfectuer la réhabilitation complète de notre art chrétien et national, et le gouvernement sorti de cette révolution a plus fait en quinze ans pour sauver et orner nos édifices religieux, que ne l'avait fait l'ancien régime pendant .es deux derniers siècles de son existence, ou les gouvernements réjiarateurs de l'Empire et de la Restauration.

(970/ Cetie commission était composée de MM. le comte Beusnol, le comte de Bomfy, le comte <le Gasparin, Te vicomte' Victor Hugo, le duc de La

Le xvn* siècle défij^urait nos é^ gothiques par des additions en slyle paièt; Je xviu* les mutilait sjrstémattqaeneÉ, et, pendant l'Empire et la Restauntioir la France a vu pnérir plus de momments sacrés et curieux que pendant b saturnales de l'anarchie. Tout au cootnirn le gouvernement nouveau, h peine installé, signalait cette nouvelle tendance par la créition de cette inspection générale des mumments historiques qui a couiaiericé uneréa^ tion, malheureusement trop tardive, cootn les excès d*un infatigable vandalisme, ^pus lors il a persévéré dans cette ligne. CoiHii on pouvait s'y attendre, tous les efforts teités poui" réparer le mal n*ont pas été ^ll^ ment heureux : il y a eu des tàtonnemeols» des anomalies, des fautes: il a fallu subir i» conséquences du passé, et de cette ignorttcr profonde des conditions et des principes «e rart du moj'en âge, dans laquelle tous otf artistes ont été élevés. Il en est résulté (^^ des édifices qui pouvaient être facileoeii sauvés ont été abandonnés et sacrifiés; qv d autres ont été dénaturés avec un maoqK absolu d'intelligence, de goût et de sa>ti* ment historique, et nous sooimes eiKffe loin de pouvoir nous vanter d'Œuitts&^ vammenl et complètement réparatrices, comme celles qui honorent divers fV"étrangers et surtout la Bavière. MaisoePe })art laite à une trop juste critique, il M'*'

Force, le comte de Montalenibcri, le comte éc^

biileati.

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APPENDICE. — DtJ VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART.

connaître et proclamer qu*en général le bien Ta emporté sur le mal. L'impulsion salutaire une fois donnée a été maintenue, le gouvernement marche chaque jour d'un pas plus assuré dans la bonne voie y et la sollicitude active et éclairée qu'il déploie au profit de nos monuments religieux et historiques mérite tous nos éloges et lui vaudra certainement la reconnaissance de Tavenir.

Ce n'est pas là du reste, comme on l'a prétendu, un bienfait conféré à l'Eglise , ce n'est qu'une justice, car TElat, en s^mparant de toutes les propriétés ecclésiastiques , a contracté expressément l'obligation de pourvoir à l'entretien des édifices destinés au culte. C'est eu outre l'accomplissement d*un devoi^ envers la civilisation , envers J'histoire, envers les arts, devoir inséparable de la conservation des monuments les plus importants de la civilisation chrétienne, les plus essentiels à l'intelligence de notre histoire, les plus féconds en enseignements pour nos architectes et nos sculpteurs. C'est enfin un acte de patriotisme le plus élevé et le plus pur, puisqu'il s'agit de dérober aux atteintes du temps et d une ignorance barbare, iïes édifices qui attestent la suprématie du génie de la France au moyen flge, et qui forment encore aujourd'hui le plus bel ornement de la patrie.

Votre commission donne donc son entière adhésion à la marche du gouvernement dans cet ordre d'idées, et elle s'applaudit unanimement de lui voir reporter sa sollicitude, par le projet de loi qui vous est soumis, sur Notre-Dame de Paris. On s'affligerait è bon droit du retard qui a été mis à la {présentation de ce projet si indispensable, si 'on ne devait trouver une compensation à ees lenteurs dans les études plus approfondies qu'elles ont permis de faire, et dans le I progrès croissant des principes qui conviennent è la restauration des ancienne&églises. I liais aujourd'hui tout délai ultérieur serait I aussi dangereux Qu'inexécutable. 11 est ur- I gent de procéder a des réparations immé- : diates commandées par la plus vulgaire pru- ' dence. De plus, il est plus convenable de ^ Jaire ainsi disparaître le fâcheux contraste I que présente è tous les regards, d'un c6lé, ' la cathédrale de Paris, victime d'une sor- ' dide négligence, et menacée par des dégra- ' dations toujours croissantes; et de l'autre, aor le bord opposé* de la Seine, cet hôtel de TÎIle renouvelé et agrandi avec une magnificence si grande et si digne d'une opulente capitale.

Personne d'entre vous n'exige k coup sûr qu'on vienne lui démontrer les titres de Notre-Dame de Paris aux secours du trésor national. Ils n'ont besoin ni d'être énumérés, • ni surtout d'être exagérés. Notre-Dame n'est pas la métropole de la France, car l'arcbevèché de Paris, érigé le dernier de tous en 1622, n'a aucune sorte de supériorité sur les diocèses autres que ceux qui forment sa

Brovince ecclésiastique. Comme mpn.uuient, otre-Damd de Paris n'est ))a$ non plus la première des éjjlises de France. Notre-Dame

de Reims, Notre-Dame de Chartres et Notre- Dame d*Amiens, rivalisent avec elle par la beauté et la grandeur de l'ensemble, comme les cathédrales de Strasbours, de Contances, de Rouen, de Bourses, par la perfection de certaines parties. Mais en revanche, la mé* tropole de Paris a droit de compter au premier rang des chefs-d'œuvre de notre architecture, par sa noble simplicité, par la sévère et majestueuse beauté de sa façade occidentale, surtout par l'harmonie si rare qui rè^ne dans ce vaste édifice, dont aucune addition postérieure au xiv* siècle n'est venue altérer la sublime unité.

£n outre, placée au centre de la capitale de la France, et de la plus grande ville du continent européen, elle est la plus célèbre et la plus populaire de nos catnédrales, et devait par conséquent occuper la première place dans la sollicitude de l'Ëtat.

L'assentiment unanime que le projet de loi rencontre dans la commission, et que nous aimons à prévoir dans la chambre môme, nous dispense d^entrer dans les détails des travaux proposés.

Nous nous l>ornerons à vous rappeler (jue le crédit demandé s'applique à deux objets distincts, quoique réunis par leur nature et par leur but :

1' La réparation et la consolidation des parties mutilées ou compromises de l'église métropolitaine.

2** La construction d'une sacristie, dont cette église est privée depuis 1830.

En ce qui touche au premier de ces deux objets, l'exposé de M. le garde des sceaux vous a fait suffisamment connaître les tristes motifs qui démontrent l'urgence de la dépense proposée. Le délabrement de Notre-Dame est non-seulement déplorable, mais dangereux ; des symptômes chaque jour plus alarmants ne permettent plus d'hésiter ou d'attendre. La solidité de 1 immense édiûce est menacée. Le système d'étavement provisoire qui sert de palliatif au péril, ne saurait être trop t6t remplacé par des mesures définitives.

Nous avons examiné avec soin les travaux proposés; ils bous ont paru se renfermer dans les bornes du plus strict nécessaire. Les architectes charges de cette haute et laborieuse mission, ont écarté tout ce qui n'était pas exigé pour le salut et la consolidation du monument. Tout projet de décoration, en dehors des réparations nécessaires, est ajourné. Mais ces réparations elles-mêmes, faites comme elles vont l'être par des hommes de goût et de conscience, produiront sous le rapport de l'art ei de Tornementation un etfet excellent. Ainsi, l'on verra disparaître ces placaRes de ciment ou de mastic gui, tout en offensant l'œil, endommageaient les parties encore solides de la maçonnerie; on enlèvera ce badigeon des voûtes intérieures qui ne servait qu'à déguiser le mal qu'il importait le plus de connaître et à rajeunir, par un fard ridicule, l'antique et solennelle beauté de la métro- ))ote. De plus, on substituera aux cbéneaux modernes, qui ont produit de si fUtfeste»

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DICTIONMIRE D ESTHETIQUE.

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dégradations 9 les anciennes gargouilles. Or on sait aue ces.gargouilles sont à la fois indispensables à Tentretien matériel de Téditice par un bon système d'écoulement des eaux nlavialesy et inséparables de ]*effet général des ornements d'architecture 0{^ivale, où toutes les formes et tous les détails condamnés par Ti^norance moderne avaient un sens détermine et un but raisonnable.

A Taide des échafaudages dressés pour la consolidation nécessaire de la grande façade» on remplaœi*a dans la galerie dite des Roi« les vingt-huit statues dont Tabsence laisse un vide fâcheux. Les fragments de quelquesunes de ces statues détruites en 1793 ont été retrouvés: la reproduction des autres se fera fidèlement d*après les originaux de la même date qui existent à Reims et à Chartres; enfin on rétablira le grand portail central de cette même façade, qu'un vandalisme stupide fit détruire en 1771, aBn de laisser un libre passade, lors des urocessions extérieures, aux dais tendus en oougran, comme le sont les ornements sacerdotaux de la France moderne, au lieu d'être comme en Italie et partout ailleurs en étoffes flexibles. Tel fut le pitoyal)le motif qui, au milieu d'un siècle impie et frivole, ni sacriGer un chef-d'œuvre de la foi et de l'art de nos pères, et mutiler cette porte qui, pendant les siècles de ferveur et de foi, avait suffi à tous les besoins du culte catholique. Depuis soixante-dix ans, l'ogive bâtarde et les colonnes difformes de Souillot sont restées comme une injure sur la face glorieuse de Notre-Dame. On les fera disparaître et on reproduira, d'après un dessin fidèle, le trumeau et le tympan de cet admirable portail tels qu'ils sortirent de la pensée des architectes du xiu* siècle. Le gouvernement, excité k cette œuvre réparatrice par le vœu du conseil des bâtiments civils, que le vote de la chambre des députés a appuvé, et que le vôtre ne tardera sans doute pas à confirmer, aura ainsi donné une grande et salutaire leçon aux esprits téméraires qui ne craignent pas de greffer leurs mesquines inventions sur les plus vénérables monuments de l'antiquité chrétienne.

Les fenêtres de la galerie qui surmontent les voûtes des bas cAtés de la nef ont subi une altération moins éclatante, mais trèsâicheuse et très-considérable. Elles ont aujourd'hui une forme disgracieuse en ellemême, tout à fait inusitée pend(int le moyen Age, et qui contraste de la manière la plus pénible avec toutes les autres baies de l'édifice. Nous souhaitons vivement que les architectes, conformément au projet qu'ils ont soumis au ministre des cultes, et aux dessins qui nous ont été communiqués, puissent substituer à cette difformité lesyst(*me d*arcature et de meneaux employés au XIII* siècle.

^ 11 nous reste à vous parler. Messieurs, de rérecliond'une nouvelle sacristie. Ici encore, dans la propof^'tion qui vous est soumise, la nécessité de l'œuvre projetée et la modicité des crédits demandés nous paraissent également démontrées. Notre-Dame n*a pas

de sacristie convenable. Cet appendice essentiel de la moindre paroisse manque k la métropole de Paris. Lors des grandes solennités de l'Eglise, l'archevêque, son chapitre et son cierge sont réduits è s'habiller au oied (f un escalier, dans une sorte de vestibule, sans feu au milieu des plus grands froids. Le chapitre n'a ni vestiaire ni salle capitolaire. Le service de la sacristie paroissiale a lieu dans deux chapelles latérales enlevées pour cela au culte et è la décoration géué* rnle de l'édifice. Un pareil état de choses ne saurait durer. Il sera donc pourvu k cette nécessité urgente par une construction placée sur le plan méridional du chœur et dont la distribution, arrêtée d'accord avec Mgr rarchevêc|ue de Paris, doit être conforme aux besoins du service, quoiqu elle nous ait paru très-restreinte, et tenir très-peu de compte de la coexistence du chapitre et de la paroisse.

Mais , ce dont nous féliciterons sans réserve l'administration et les auteurs du projet, c'est d'avoir substitué l'emplacement que nous venons de désigner au projet ridicule qui prétendait élever la sacristie sur le prolongement du chevet de l'église, et continuer l'abside circulaire è toit aigu par un bâtiment carré, avec un toit en terrasse. Un pareil projet ne pouvait être conçu qu'au mépris de toutes les traditions de Tart et de l'église. Aucun édifice ogival n'offre l'exemple d'une excroissance analogue. Au contraire, le nioyen âge a vu presque partout s'élever è c6té de ses grandes églises des dépendances dans le genre de la sacristie qui vous est proposée. C'est une grande erreur que de croire, comme on l'a trop souvent soutenu dans ces premiers temps, que les cathédrales gothiques ont besoin d'être complètement isolées pour produire tont l'effet que comporte leur arcniteclure : les constructeurs de ces cathédrales ne partageaient pas cette idée, et nulle [>art on ne les a vus la mettre en pratique. Il n'exi5te

Sas en Europe une cathédrale qui irait été anquée au nord ou au midi, non-seulement de ses sacristies, mais encore du palais de i'évêque, du cloître des chanoines, de leur salle capitufaire, des vastes bâtiments qu'il fallait pour loger les chapitres, presque toujours très-nombreux et très-riches. £q Aogleterre, beaucoup de cathédrales ont coaserve ces dépendances bâties dans le mêiae style que le corps de Téglise, et bien qae les cathédrales anglaises soient (lour la jNapart très -inférieures aux nôtres, elles drap* pent souvent davantage au premier aspect, précisément à cause de cet entourage doot les proportions inférieures font d'autaot plas valoir celles du monument central.

En thèse générale, la grandeur des admirables édifices du moyen â^; comme toiit« grandeur d'iri-t)as , à besoin de poiaCs 4« comparaison qui la fassent apprécier et ressortir. L'isolement at>solu leur est fatal. U ne faut pas à coup sûr entasser les coosinK* lions voisines de manière à dérc^Mr de» i)orti«jns notables de rensembk à reail ^

APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU'CATHOUCISME DANS L'ART

les contemple; il ne faut pas permetlre» comme à Rouen et ailleurs* que les maisons Tiennent s*incruster entre les contre-forts, liais il ne faut pas non plus faire le vide autour de nos cathédrales, de manière à Doyer dans ce vide les magniâques dimensions qu'elles ont reçues de leurs auteurs. Elles n'ont point été faites pour le désert comme les pyramides d'Egypte, mais au contraire pour planer sur les habitations serrées et les rues étroites de nos anciennes Tilles, pour dominer et enlever les imaginations par leur vaste étendue et leur immense hauteur, symboles immobiles mais éloquents de la vérité et de l'autorité de cette Eglise dont chaque cathédrale était Timage en pierre.

L'emplacement choisi pour la nouvelle sacristie est donc tout à fait conforme aux lois de l'architecture gothique et de la tradition ecclésiastique. Loin de nuire à la perspective du monument , les nouvelles constructions qui doivent laisser entièrement libre la façade du transept méridional, y ajouteront une beauté de plus.

Le style adopté par les architectes est celui du XIV* siècle, le même qui a été suivi dans les chapelles latérales du chœur auprès desquelles la sacristie s'élèvera. Si l'on y observe les lois de sobriété et de simplicité que comporte l'ensemble de Notre-Dame, 1 effet en sera irréprochable.

La construction de la sacristie que nous vous proposons de voter, subviendra donc aux besoins les plus urgents du culte dans la métropole. Elle aura, en outre, l'avantage de rendre à sa destination naturelle une portion de ce terrain qui fut souillé par le pillage et l'émeute, dans des jours funestes dont la prudence du gouvernement et le patriotisme des bons citoyens sauront empêcher le retour.

Nous vous avons déjà dit que la dépense totale du projet nous semblait non-seulement modérée , mais renfermée dans les bornes de la plus stricte économie. Elle est inférieure de beaucoup aux sommes que vous votez journellement pour des travaux moins pressants et moins essentiels à la gloire du pays.

La ville de Paris a promis de concourir à l'embellissement de sa métropole en faisant abaisser le sol actuel de la place du Parvis-Notre-Dame, de manière h laisser rétablir quelques-unes des treize marches 3ui précédaient autrefois l'entrée principale e l'église. Il n'est personne qui ne puisse apprécier tout ce que la façade princi[)ale doit gagner à cette élévation.

Plus tard, il faut l'espérer, la ville de Paris et l'Étal, quand les finances de l'une et de l'autre seront moins obérées , sauront s'entendre afin de pourvoir à la décoration intérieure de la métropole, qui est aujourd'hui la moins ornée uns églises de Pans. Alors on s'occupera de l'ornementation des cha-

t>etles, en leur conservant le vocable sous equel elles sont connues dans l'histoire ; alors on pourra amortir la lumière beaucoup

trop abondante qui arrive ()ar les grandes fenêtres, en remplaçant les vitraux que ruina le goût impur et novateur des chanoines du xvni* siècle. Alors on examinera s'il convient de conserver à l'extrémité du chœur cette décoration théâtrale en marbre qui encaisse les colonnes encore existantes et les ogives du rond-point, et qui forme un si fâcheux contraste avec le reste de l'église; alors, enfin , on songera sans doute à reconstruire cette flèche en bois qui s'élevait au point d'intersection de la nef et du transept, et dont l'effet était si heureux. Cette dernière dépense, d'après le devis soumis au conseil des bâtiments civils par les architectes chargés de la restauration , ne s'élèvorait qu'à 61,880 francs. Nous devons regretter qu'une restitution dont les frais seraient si modiques, n'ait pas été comprise dans le projet actuel.

MM. Lassus et Viol let Leduc, auxquels le gouvernement a confié l'œuvre importante que vous allez sanctionner, ont mérité ce choix par des antécédents très-favorables. Après de longues et sérieuses études sur l'art du moyeu âge, ils ont l'un et l'autre appliqué leurs connaissances avec succès à plusieurs monuments de cette éf)oque. M. Lassus a pris, aux réparations de la Sainte- Chapelle, une part qui lui a valu le suffrage des juges les plus compétents, et M. Viollet Leduc a déployé autant de zèle que d'intelligence pour la conservation de l'immense église abbatiale dé Vézelav, qui n'est inférieure que de 21 pieds en longueur h Notre- Dame elle-même. Nous avons examiné avec soin le rapport qu'ils ont présenté au ministre sur les travaux qui vont leur être confiés, et nous avons été complètement rassurés par la prudente réserve de leurs intentions, la solidité de leurs arguments et l'exacte conformité de leurs projets avec le style général des monuments ; nous sommes convaincus qu'ils se montreront dignes de l'insigne honneur de présider à une œuvre réparatrice» destinée è servir de modèle à toutes celles de même nature qui seront entreprises désormais.

£n terminant, votre commission doit vous soumettre deux observations essentielles Voici la première:

On ne doit pas conclure de cette loi ni de celle relative è l'achèvement de la façade de Saint-Ouen« qu'il entre dans les projets du gouvernement de terminer tout ce qui est inachevé dans nos monuments du moyen âge, et de compléter nu point de vue moderne ces vestiges de notre passé. Après avoir consacré des sommes importantes à la plus belle église de la Normandie, après avoir préservé la métropole de Paris d'une ruine imminente, le gouvernement saura s'arrêter; et, désormais muni de tous les renseignements convenables, entouré de commissions où siègent les hommes les plus expérimentés dans cette matière, il n'accordera des subsides extraordinaires qu'aux édifices dont les dégradations menaçantes réclament impérieusement te secours de

DICTIONNAIRE DESTilETIUVE.

VEtal. Il ne manquera pas d'occasion pour 6tre généreux dans ses dons : car le nombre de nos anciennes églises qui menacent ruine est considérable. Mais en agir autrement, se prêter aux fantaisies de certains artistes, subir Texigence de certaines influences, te serait entrer dans une voie aussi contraire aux intérêts de Tart qu*à ceux du trésor. Votre commission proleste formellement contre Tidée d*habiller à neuf toutes les vieilles cathédrales, de remettre des têtes à toutes les statues mutilées, et des statues dans toutes les niches vides, de refaire toutes les façades, et surtout de substituer une façade à une abside, comme on veut le faire à Besançon, ou de planter des flèches sur des tours qui s*en passent très-bien depuis six siècles, comme on le projette à Reims.

Elle exhorte les jeunes architectes qui nourrissent ces ambitions déplacées à renfermer leur activité dans une sphère plus humble, mais plus utile et plus féconde, à étudier sérieusement Tart de consolider les . monuments qu'ils prétendent eitibêllir, et à chercher les moyens défaire prévaloir, dans les nombreuses églises nouvelles qui s*élè- Tent sur tous les points de la France, les principes et les formes de ce stvie sévère et simple du xm* siècle, dont Teconomie est incontestable, et dont Torigine française, et par conséquent la parfaite convenance à notre climat et à notre pays, sont aujourd'hui^ démontrées.

En second lieu, nous devons déclarer que, s'il peut être quelquefois bon de compléter les édifices anciens, comme Saint-Ouen; s*il est excellent de sauver ceux qui menacent ruine, comme Notre-Dame, il est encore mieux de ne pas laisser détruire ceux qui restent debout sans exiger autre chose qu'une surveillance éclairée. Cela est à la fois plus court, plus facile et moins cher. Or« sans sortir de Paris, on a tous les jours à déplorer la destruction ou Faltération de qiielqties-uiisdos trop rares débris du moyen Age que renferme cette capitale. L'admirable hôtel de la Trémoille, la dernière tourelle de la célèbre abbaye de Saint-Victor, sont devenus récemment encore la proie du vandalisme destructeur. L*hdtel de Sens, Thôtel Carnavalet sont destinés, dit-on, à subir dans peu le mAme sort. Si Ton nous objecte .que la ville de Paris, qui a si magnitiaue* ment pourvu aux dépenses de son hôtet de ville, n*est point assez riche pour sauver, en les rachetant, ces monuments si disnes •de sa sollicitude, nous répondrons qu el-le •aurait dû profiter do sa pauvreté pour res-

pecter le collège des Bernardins, oui lui appartient et qui vient de subir une déplorable mutilation. Ce précieuxédiQce du xui* siècle divisé, comme une cathédrale, en trois nefs, chacune de dix-sept travées et de 270 pieds de long, lesquels se reproduisent à chacun de ces trois étages voûtés, est unique de son espèce, non-seulement h Paris, mais en France. Après avoir servi tour à tour d'école et de magasin, il vient d'être transformé en caserne de pompiers. Nous ne voulons pas juger la convenance de cette destination; nous ne doutons pas des précautions prises par notre collègue le préfet de la S^ine pour empêcher toute dégradation inutile. Nous savons aussi très-bieo que pour qu'un édifice soit conservé, il doit recevoir une destination quelconque. Mais nous gémissons de voir que cette appropriation récente ait fourni l'occasion de détruire l'ancienne toiture. La charpente de cette toiture formait une seule salle immense, sans cloison, disposée avec cet art merveilleux qui avait fait donner è ce genre de comble le nom de forêt. Cette charpente était du xm* siècle, comme l'édifice, et Notre-Dame seule offre un autre exemple d'une charpente de ce g^nre et de cette date.

En bien I sous le vain [trétexte qu'on cer tain nombre de chevrons étaient attaqués |iar l'humidité, et avec cette funeste manie de substituer.partout du nouveau h l'ancien, on a jeté bas cette charpente tout entière, et on lui a substitué un toit à l'italienne, un toit aplati, et n'ayant d'autre caractère que celui d'un grossier anachronisicc : oo a divisé l'étalage du milieu avec son double rang de colonnes, en une infinité de petites pièces qui en détruisent tout l'efifet : on a défiguré l'extérieur du monument par U construction d'un pavillon d'avant-corps f| d'un attique, et on a recouvert le tout d*iii badiseon jaune. Cependant l'imporcaoee dé cet édifice pour l'art et l'histoire ne pouvait être inconnue; car il a été relevé et S rave avec le plus grand soin, par les erres du ministre de rinstruction publique, dans la Statistique de PariSy , que publie M. Albert Lenoir, aux frais de TEtat. Ont peine è concevoir qu'une pareille dévastation ait pu être effectuée, eo*18i5, sous les yeuxdes inspecteursgénérauxet de la couh mission des monuments historiques, ei aa moment où l'on vous demande des millions pour achever Saint-Ouen et sauTer Notre-Dame.

Votre commission vous proposet à rooanimité, l'adoption du projet de loi.

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APPENDICR. — DU TANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L'ART

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