‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 25 sur 167 · BE · texte numérisé non relu

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plus d^étenduédans notre dissertation préliminaire surle beau idéal surnaturel ou divin; mais nous aimons à les voir s*écbapper de la plume de nos écrivains les mieux posés danslaliltérature profane. C*e^t lÀ un véritable progrès. Nous y.ajouterons;: pour terminer cet article^ celles du célèbre* moine et prédicateur Savonarole sur le ca-« ractère et Texcetlence du beau idéhl* surnaturel ou divin. Voici comment il s'adressait aux peintres sensualisies de son époque, celle de la soi-disant Renaissance italienne. % Vos notions leur disait-il,; sont empreintes dUplusgrossiertDdtérialisme...'la beauté dans les choses Composées résulte delà pro^' portion entre les parties ou de l'harmonie entre les couleurs ; mais, dans ce qui est' simple, la beauté, c*eât la transfiguration, c'est la lumière ; dono c'est par delà les objets visibles qu'il faut chercher la béautésupréme dans son essence..... «Plus les créatures participent el approchent de la beauté de Dieu, plus elles sont belles; de même que la beauté du corps est en raison de la' beauté de l'âme, car, si vous preniez^ dans cet auditoire deux femmes également belles de'oor})S> ce serait la plus sainte qui exciterait lé plus d'admiration, et la palme ne manquerait pas de lui être décernée par les hommes charnels (149). »

D.ins ces quelques lignes du célèbve do-* minicain de Florence, on voit les* éléments principaux d^ tout un cours d'esthétique chrétienne. Nous insistons particulièrement suT<*ette pensée crue, si dans les choses composées, la beauté dépend de la proportion' entre les parties ou de l'harmonie entre les couleurs, dans ce qui est simple, la beauté c'est la transfiguration, c'est la lumière divine. Par conséquent, plus un objet créé se Rapprochera de Dieu, plus il sera beau. C'est pourquoi le corps de l'homme est plus beau que celui des animaux; mais l'âme spirituelle, intelligente, est plus belle que le eori)s, même le plus beau, et l'un et Tautre sont inférieurs en beauté aux anses, dont 4a nature est plus élevée et plus proche de Dieu. Il suit de ce principe que l'expression du nu ne vaudra jamais,- quelque parfaite et même quelque chaste. qu'elle puisse être, celle des sentiments de l'âme ! 11 n'est donc ]>oint vrai que le nu . soit indispensable au scul)7teur pour réaliser le beau dans ses œuvres. Si ce principe est d'une vérité incontestable, même pour la statuaire antique, comme nous poumons le démontrer par des exemples éviuents, àplus forte raison trouvet-il son application dans la peinture et la statuaire chrétienne. Les chefs-d'œuvre de celle-ci seront toujours aussi supérieurs aux chefs-d'œuvre de celle-là, que l'esprit surnaturel et divin est au-dessus de l'esprit naturel et humain. Une Vénus sortant toute nue des eaux de la mer ne sera jamais, quel-

(149) Sermon, prêché à Florence le vendredi après \^. troisième dimanche de carême, sur ("entretien de Jésuê avec la Samaritaine. Nous puisons ceUe citaliou dans rexceifenl ouvmge de la Poés e chrétienne;

que idéal qu'on lui supposé, aussi noblement, aussi véritablement belle que la Vierge du portail de Reims ou du chandelier* en bronze de la cathédrale de Milan. Encore* prenons-^ous, et à dessein; l'un des deux termes de notre comparaison parmi les types les plus renommés de l'art' antique. Pour ce qui est de ceux de l'art païen moderne appliqué à la peinture et à la statuaire de nos églises, il ne saurait en être question/ tant ils sont, poUïr la plupart, vulgaires et audessous des principes les plus élémentaires de l'icotiograpnie chrétienne.

' Ils se sont donc bien grossièrement trompés, et ils ont bien mérité les reproches sévères que l'éloauent Savonarole adressait aux artistes matérialistes de son temps, ceux, qui dans le ntttre n'ont vu, n'ont compris le beau que dans les étroites limites du naturalisme, et pour qui une statue gracieuse» agaçante, aux formes élégantes et arrondies» com*me par exemple celle de 1a Poésie légir$ de Pradier, est le dernier terme de l'art. Oa* dirait, à les entendre ou à les voir è l'œuvre,, que l'expression des idées et des sentiments, si profonds et si variés de l'homme n'est* qu'accessoire à celle des muscles et des linéaments de son corps. Tout doit être, sefen eux, subordonné à la représentation fidèle mais idéalisée de la nature, qui est la loi suprême dans les arts d'imitation. Mais estil possible d'oublier à ce [loint que le corps étant essentiellement inférieur à l'âme, cette partie la plus excellente de notre être, l'expression spirituelle domine nécessairement l'expression corporelle dans les arts du dessin? Or, cette expression ayant âon siège principal dans la figure humaine, celle-ci peut très-bien se passer de la nudité plus ou moins accusée du reste du corps, pour offrir la manifestation la plus complète de la beauté. Elle n'a point à redouter les accessoires du vêtement, d'autant moins que le costume, lorsqu'il est traité avec convenance et avec goût, rehausse TefTet général des personnages plutôt qu'il ne le diminue. Cette réflexion est d'une vérité encore plus frappante, si on l'applique aux sujets mjs^ tiques de l'art chrétien. En effet, cet art,* doublement chaste, et par la morale gêné* raie et par la morale évangélique, ne saurait* pactiser avec la licence et l'impureté. Du' moment où il renierait sa condition d'être,* il ne serait plus dans le beau ni dans le bien, car, aux veux du catholicisme silrtonl, le beau et le bien sont inséparables dans l'art, comme dans tout le reste. C'est ce que nous démontre d'ailleurs surabondamment l'histoire de la peinture, de la sculpture et l'architecture chrétienne, dont la décadence successive, depuis la Renaissance, est un bit qu'on ne saurait contester.

Nous donnerions bien d'autres développe-ments à l'importante question qui nous oc-

puLlié en 1856 par M. A. F. Rio. 11 n'a paru ivtsqfj^ ce jour que le volume intitulé : Forme de ia P#mture.

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