SUR LE BEAU IDÉAL DANS LDRDRE DE LA NATURE OU DE LA CRÉATION
Dieuy source immuable de toute beauté.
Qu'est-ce que le beau? Il existe une foule de réponses à cette question ; mais toutes peuvent se résuoier en ces quelques mots : « Le beau est la splendeur du vrai. » Or, qu'est-ce que le vrai? si ce n'est ce qui existe nécessairement, ou Dieu lui-même.
Luiiseul, en effet, existant nécessairement i l'abri de la mobilité du temps, des caprices et des passions; lui seul, possédant essentiellement, comme être nécessaire, les perfections dont l'harmonieux ensemble constitue le beau, le bien et le vrai (trois choses parfaitement synonymes, quant au fond), a pu les refléter sur le monde physique sorti de ses mains et en laisser l'empreinte plus ou moins imparfaite, en même temns que la notion impérissable, dans l'Ame numaine créée à limace de ce prototype divin. Et voilà pourquoi, tandis que les cnoses créées, soit corps, soit esprits, passent rapidement avec leurs beautés, emportées par les sucressions rapides du temps, la beauté divino et le sentiment de cette beauté parmi les hommes ne périssent jamais. Toujours il existe au-dessus d'eux, et indépendamment de tout caprice ou de toute convention, un type invisible qui se révèle k leur intelligence et se manifeste extérieurement k leurs {reux dans les œuvres de la création, pour eur apj)rendre que tout principe de beauté est dans l'unité qui découle de la notion d'un Dieu seul existant par lui-même, seul véritablement grand, aimable, de sa propre nature, seul digne, par conséquent, d'être pour lui-même aime et imité. Ecoutons ici saint Augustin que nous citerons plusieurs fois, car aucun des Pères n'a parlé aussi longuement et mieux que lui du principe et ûes conditions du beau.
Témoignage de saint Augustin,
« Il y a, dit-il, une nature qui change selon les lieux et les temps, comme le corps. Et
(I) Eêt natura fer loeos et tempera mutabilU^ ut eorjmt. Et ett natura^ quœ née per locoi , nec per lempora mutari poteit^ hoc Deut est. Quod hic iii«iniiact quoauo modo mulabile^ creatura dUitur; quod immutabiU, Creator. Cum autem omne quod eiu dîcimlu, tJi quantum manet dicamui^ et m quantum mmum ut, omnis porro puUkritudmU formotiiai êU : vides profecto in itta dittributione nalurarum tummêtit, quid tnfme et tamensit; quid medie mU'
DicnQnif. D'EtmiriQDi.
il V a une nature qui ne peut changer ni selon les lieux, ni selon les temps; je veux dire Dieu. Ce que je viens d'indiquer, comme susceptible de toute espèce de changements, s'appelle créature, et ce qui est immuable, c'est le Créateur. Or, comme tout ce que nous disons être, nous ne îentendons qu'autant qu'il existe d'une manière permanente, et qu autant qu'il est un. Tunité étant la forme, la condition de toute beauté, on voit, par conséquent dans cette distribution des natures, ce qui est élevé, et ce qui est inflme, et ce qui existe néanmoins, ce qu'il y a de moyen, de plus grand que l'inflme, et cependant au-clessous de 1 être divin (1). »
Et dans un autre de ses ouvrages : c Tout ce qui est beau, dit-il, dérive de la souve raine beauté, qui est Dieu, et la beauté des choses temporelles existe et s'opère toiiyours, pendant que ces mêmes choses disparaissent et se succèdent tour à tour fS). »
Les créatures visibles^ reflet de la beauté
de Dieu.
C'est ainsi que Dieu, souverain et immuable prototype du beau, se révélant constamment è l'homme, dans les choses visibles, reflet de ses perfections invisibles et de sa divinité , les hommes ont toujours pu connaître, par la beauté de l'ouvrage , celle du divin Créateur, selon le langage de saint Paul , dans son Epttre aux Romains (3). Le monde a été et est encore pour eux, surtout pour les savants et les philosophes, comme un miroir qui renvoie de tous côtés l'image de Dieu. En effet, tout dans lunivers parle aux sens , à l'esprit et au cœur. Tout est clair et intelligible, dans ce vaste tableau où Dieu a fait rejaillir en mille rayons sa gloire et sa beauté. Quoi de plus éblouissant que le soleil, ce foyer inépuisable de lumière et de vie ? Quoi de plus scintillant que ces milliers d*astres fixés à la
jusaue tM/imo, et minus summo sit, (Ep. 18 Ccr/esl/no.) (t) Omne pulchrum a summa pulchriiudine eu , quod Deus é%t; temporalis autem pulchritudo, rébus decedentibus succedenlibusifue peragitur. (De dicersis quœstionibus ocloginta trtbus, Lib. i , qiiacst. 44.) (5) InvisibiUa enim ipsiut, a creatura mundi , pgr sa quœ fada miff , intelUcta conspiàunîur; sempiiernaque ejus virtus et divinitas : ita %t sint inexcutabiUs. (Hom, I, iO.)
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PRLMKRE OISSEBTATXyX.
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voMe lies cîeox? Qaoi de |»lus harmonieox tfmt Tordre iomuable qui préside à leor Birche et à leurs fénAvtàoos^ Quoi de plus Tarie que les lleors, les piaules et les frniu quieooTrent le sol de la terre qoe nous habitons? Quoi de plus multiplié que les espèces innombrables d animaux qui lliabitent, de même que les poissons qui se jouent dans rette grande mer, enlaç^ la lerre dans ses immenses replis^ Combien ces éclatantes menreilles de la terre et des cieun racontent la ^oire de Dieu et la magnificence de ses œuTres tk) ! Aussi, la lumi^ spleodide, qui en rejaillit, renrironne comme d*un Tètelement, aaûcims luwûwt sieut ^etUmtmiû.
(PâtU. an, 2.) Et pour que rien ne manauât à une telle démonstration de sa beauté* il a -Yeula j joindre les contrastes les plus saisissants, tels que la mélodie printannière des oiseaux, et le rugissement des lions ilans la forêt, et parfois le murmure sourd et firolongé du tonnerre qui ébranle lesjiuéest en même temps que les Tagues écumantes de la mer en courroux mêlent leur bruissement borrible à celui des vents déchaînés dans toute leur foreur. Cest ainsi que les jeux et les oreilles de l'homme sont pénétfiés de la pensée de Dieu. Cest ainsi que les cBUTres de ce suprême architecte sont toutes marquées au coin de sà sagesse, de sa puissance et de sa grandeur, en sorte que, de même qn*on rei:onnaft une pièce de monnaie à lleOigie du prince qui Ta .fait frapper, ainsi nous reconnaissons la divine beauté à Temjpreinte quelle a laissée sur les cMirres de la création.
Vkomm€f image la plus traie ^ la plus sensible de cette divine beauié.
Mais nous n^avons encore rien dit de la filus mecTeilleuse de toutes, de celle qui retrace avec le plus de force et de rente cette divine beauté, puisqu'elle a été formée directement h son image.
Lorsqu'il eut créé et disposé TunîTers, se xetira dans le fond de sa pensée, et, |irenant conseil de sa sagesse et de son aflMHir, il en tira une idée plus belle. Il dit dans le conseil de ses trois ineffables personnes ? Faisons FAonune à notre image et à notre ressewsblanet (5)* afin que, placé au haut delà création, il unisse le Créateur à la créature, raccbitecte à son ouvrage, en participant à la fois de notre nature et de celle des êtres formés de nos mains ; et aussitôt if JU r homme du Umon^de la terre (6).
Jusque-là Thomme n'avait rien qui le distinguât de la simple créature : c'était un être merveilleusement disposé dans toutes ses parties, mais incapable d'intelligence et
d*aniour. Et Dien^ continue i bistorîen sacré, répandit sur son ri sage «■ somffle de n>, et Ikomme derini virant etmsûmé ^T).
Cest ainsi* qœ la simple créatvre fut élevée à la ressemblance du Créateur, fiar son âme, somffle de rie gnt Dieu tira de sa propre substance^ (aour animer le cor^is d'argile qu'il venait de former {%), Dès lor>« anime par le souffle divin, fbomme exi>ta, se connut et s'aima, réunissant, autant que fient le faire un être fini, les trois conditions de Têtre infini, la vie, la connaissance et 1 amour. Ainsi, selon la belle expression de Bossuet, une trinité créée que Dieu fait dans nos âmes, nous représente la Trinité incréée que lui seul pouvait nous révéler (9).
Lhomase trouve en lui-mêmu Vidée tffpe dm beau et du bieuj en méwu temps qui! esi doué de la faculté de Us réaliser par ses omvres.
Au moyen de cette révélation primitive, immédiate, J)ieu a communiqué à lliomme ridée tjpe du beau et du bien, en même temps que la faculté de les réaliser, par les oeuvres les plus admirables, et par les plus héroïques vertus. L'homme est devenu ainsi un être complexe, intermédiaire entre Dieu et les autres créatures visibles, tenant à ces dernières par son corps, mais bien élevé au-dessus d'elles et tenant h Dieu par son âme créée à cette image divine. Il reste ainsi dépendant du suprême artisan, dont il reconnaît la touche- soit dans ses facultés intérieures, soit dans cette longue série de beautés visibles, réparties sur l'immense échelle de la création et qui, depuis les inférieures jusqu'aux supérieures, aboutissent finalement à Dieu.
Voici comment saint Augustin expose cette gradation dans le livre déjà cité : c L'esprit humain, en jugeant des choses visibles, peut aisément se reconnaître supérieur à toutes. Mais, obligé, à cause de sou imperfection et de ses progrès dans la sagesse, de s'avouer muable, il trouve au-dessus de soi la vérité immuable et y adhérant, comme il a été dit : Mon âme s'attache à rou>, il en devient heureux, [larce qu'il trouve au dedans de soi-même le Créateur et Seigneur de toutes les choses visibles. Il ne s'occupe donc plus des choses visibles, quoique célestes, qui ne se trouvent |>as ou qui ne se trouvent qu'avec un grand travail, et en vain, tant qu'on n'a pas su, au moyen de leur beauté extérieure, découvrir le suprême architecte qui est au-dedans de nous, et qui forme premièrement dans Tâme des beautés supérieures, et ensuite dans le cor|is des beautés inférieures (10). >
^ (I) Cœii euMrrmU gioriam Dei^ et opérât munuum €pts ammumliat frmamaunm. {PsaL iviii, t.)
(5j Fmciamuê hoanuem ad imaginem et similitU' dinem mostram. {Gen, i, 6.)
(tf) Formavit igilur Dominmt Deus iominem de ItMQ Urrœt (Gem, ii, 1.)
(7) Et foetus est komo ta n. T.:
viwemêem. (Cea.
(8) Et imspirmrit im foàem ejus spiraculmm r fir.
(9) Eié^Hous sur tes mnf itères, i* sem.
(le) Mens emm éb-— de eisihiUhus é^iuéttomê^
IS
SUR LE BEAU IDEAL DANS LORDRE NATUREL
Ainsi, tandis que les créatures; inanimées reflètent extérieurement avec plus ou moins d^éclat la beauté du Dieu qui les a tirées du néant, rhomme seul trouve au fond de son Âme le type même de cette éternelle beauté, et c*est a ce type qu'il emprunte la pensée génératrice des plus merveilleuses créations dans les arts. En effet, quels que soient leurs progrès relatife et leurs transformations diverses dont rhistoire nous énumère les causes si variées, ces arts ont toujours été régis par certains principes fondamentaux qui ne lurent jamais trouvés par personne, et dont on chercherait vainement Torigine au dehors de la révélation que Dieu en a fiiite lui-même primitivement à Thumanité.
Le beaUf immuable comme Dieu qui en est
Fauteur,
Les premiers principes du beau qui nous révèlent Tunité, Tordre, rharmonie, les proportions^ Theureux effet des contrastes, comme conditions essentielles de toute beauté, sont aussi indé(>en(iants que ceux du bien, des caprices^ des variations de la mode, des mcBurs et des climat» ; on ne les viole jamais impunément. Malheur h Tartiste qui a*en écarte* pour suivre ou flatter le mauvais goût de son époque, de son f>ays. Il pourra bien obtenir les éloges épliéuières ^ que i*engoueinent d*un jour prodigue vo- ' lontiers à de telles complaisances, mais son œuvre, radicalement défectueuse, ne saurait trouver grice auprès de l'impartiale postérité.
la nature et les conditions du beau étudiées dans la nature dû bien lui-même^ et prin^ cipalement dans son unité.
Il existe donc un beau absolu, comme il existe un bien absolu. Il y a donc également dans ces deux ordres, qui, au fond, sont une seule et même chose, des lois immuables, de tous les temps, de tous les pays. Dans celui du beau, il n*est pas plus permis de violer Tunité, les convenances et les proportions, que, dans celui <lu bien, de violer la justice. Tordre public et les rapf>ortsqui unissent Dieu k Thomme et Tbomme à ses semblables. Par conséquent, c'est dans la violation ou la négation deces lois éternelles du beau et du bien que consistent le mal et la laideur. Il importe donc de déterminer ces principes essentiels. Pour ne parler que du beau, objet s|>écial de cet écrit, étudions-en, un instant, la nature et les conditions dans celles de Dieu lui-même. Cest lui qui se
définit clairement par ces mots adressés h Moïse : « Je suis celui qui suis : » Ego smrn qui fum. {Exod. m, ik). L'antiquité païenne a-t-elle jamais entenau une définition de Dieu, qui approchât de celle-lè? H existe, il est un, tout vient de lui, tout retourne k lui. il ne partage sa gloire avec |)ersonne (11). Voilà Vunité^ la première condition deTètre de Dieu, comme elle doit être aussi la première de toute œuvre d*art. En etfet, celui qui existe par lui-même, est le premier et le dernier, Yalpha et Voméga^ principe et fin de toute chose. Il réunit donc pleinement toutes les perfections. L'univers, qu*il a formé comme en se jouant, ne saurait rien ajouter à sa gloire, ni en retrancher quelque chose, car il était avant que tout fût; il était, dis-je, comme il est encore, comme il sera toujours, sans d'autre limite à son existance que Téternité, sans d'autres bornes h ses perfections que ces perfections ellesmêmes. Les merveilles de la nature, les œuvres de la main de Thomme et de son génie, les pensées nobles et généreuses, les actes héroïques de courage et de magnanimité, tout découle de cet être divin qui, semblable au soleil, ne cesse de répandre partout la lumière et la vie. Qui pourrait se soustraire à ce feu divin ? Il anime et pénètre tout Tunivers (12). Sans lui, la semence confiée è la terre cleviendrait stérile, Tarbrc languissant serait bientôt dépouillé de son feuillage et de ses fruits, la nature entière retomberait dans le néant.
La variété dans Funité^ seconde condition du beaun que nous trouvons en Dieu^ tel que la foi nous le révèle^ un, dans la Trinité des personnes.
Un second principe du beau, et qui n'est
3ue la conséquence du premier, c'est celui e la « variété dans l'unité. » Or, nous le découvrons dans la Trinité des personnes de TEtre divin, telle qu'il a voulu luimême nous la révéler. En effet, quoi de plus beau que cette variété in(^ssante de modes, d'opérations, dans cet Etre néanmoins toujours le même, toujours immua* ble. Oui, il est une substance unique, indivisible; mais cette substance se connaît ot s'aime nécessairement dans la connaissance de son être, et cela, dès le moment où elle a commencé d'exister, si Ton pouvait, sans folie et sans impiété, lui assigner un commencement. Le terme éternel de cette connaissance que Dieu a de lui-même, est le Verbe ou le Fils, image parfaite, splendeur de sa substance, et comme Dieu ne saurait
potest «fnoseere omnibus fritibilibut seiptum esse meliorem, Qum tamen, cum etiom u pr opter deUclumprofeclumqneiHiapienlia fatêtur esse mutabilem, inumt êupra u esse immutabUem veriUUem; tOque ila adkmrens post ipsûm, ticui dictum esL Adb««it «ninii mea poêl te, beau eflUitur intrinseeus invemens etiam omnium visibilium Creatorem atque Jhminum ; non quarens exirinsecus visibUia qumnvif cettêsUë : qum, «m nom intenhmtwr , «mi omi mugm
labore fruitra inHniuniur, nisi ex eerum quœ lorn gnnt pnlekritudine, inveniatur artifex^i inins e%t^ et prins %n amma superioret , deinde in corpore inferiores pulchritudines operatnr. (tÀb. i, qu£»l. 55.) (il) Gloriam meam aiteri non dako, (hai. xlvhi,