CHAPITRE PREMIER
DiCHiàlfGE DE l'homme ET DU MONDE PHYSIQUE PAR LE PÉCHÉ ORIGINEL.
En quoi consistait la rectitude dans laquelle l nomme fut créé. Ses effets sur le monde physique lui-même.
Au commencement des choses, Dieu créa l'homme droit. Or, cette rectitude consistait dans la soumission parfaite de l'esprit à Dieu et du corps à l'esprit. L'âme, créée h l'imase de Dieu, était naturellement et invinciblement portée à le contempler et à l'aimer.
SUR LE BEAU IDEAL SUKIiATUREL.
Le corps, soumis à Tàme dans tous ses mouvBments^ participait à ses actes et à sa félicité [3h). Les créatures inférieures étaient) à leur tour, soumises h l*liomme que Dieu avait établi sur eile, comme leur roi. Ainsi tout était dans Tordre, et rien m venait troubler celie belle harmonie; car le péché n'étant pas connu il n'exisiait point de peine, par conséquent il n'y avait pas de révolte dans les sens, point de concupiscence, point de douleur, point de calamités morales et physiques, tbut cela n'étant que la suite et la punition du péché.
CommefU rhommê n'a point compris Tex- -cellenee 4e iu eonditton première, et Va ptrdUB.
Mais l'homme élevé si haut ne comprit ^s Vexcellence de cet état de justice et de sainteté originelle (35). Enivré de lui-même et séduit par la pensée d'un état plus relevé encore, il prêta l'oreille aux suggestions de ]V)rgueil qui lui promettait la possession de la grandeur et de la science divine (M), Et t^mmeDieu, pourféprouYer,dem*me qu'il ^nrait éprouvé les anges, afin de rendre son obéissance méritoire, hii avait laissé 'son libre arbitre, ii voulut en faire l'essai, et il tomba, déçu par sa propre liberté, sua libersoie ieeeptus. W tomba, et toute Téconomie de ta création fut bouleversée 1
i^omment la chute de thomme a été la plus profonde? Désastreuses conséquences de cette cAu/f , d'abord pour Phomme, ensuite pour la nature tout entière qui y a étéfor^ cément entraînée.
fin effet, rbommeavait été, à cause de son excellence, placé k la tête de la création comme point intermédiaire entre Dieu et ce monde visible et matériel. En tombant, il entraîna Funivers dans une catastrophe commune, selonce principe, que l'accessoire suU toujours le sort du principal. Mais la chute de l'homme fut la plus profonde, parce que en se détachant de Dieu pour se complaire en lui-même, il était toiaobé de plus haut, et s'était par conséquent enfoncé davantage dans rabtme de la dégradation. C'est la pensée de saint Augustin, lorsqu'il nous dit dans son livre de la Cité de Dieu (37), que l'homme en tombant d'en haut est d'abord tombé sur lui-même. Mais en tomt)ant sur lui-même, il a dû nécessairement perdre de ses forces et tomber encore plus bas. Comment cela ? c'est que l'Ame s étant détachée de Dieu, le corps entraîné lui-même dans cette catastrophe a dû aussi se révolter contre l'Ame et la rendrej'esclave de ses appétits brutaux. Comme on voit un grand arbre qui domine une haute montagne, brisé par la violence de l'orage, tomber d'abord sur son tronc, et rouler ensuite avec les vastes
(34) Feeit DoMhms kùwdnsm rectum, ( Eccle. ?n, 30.)
(35) Homo oim in lêomore etMf, non intellesii. (Pêal. XLvni, 13.)
(36) Enftt iicut dn^ icienlei bonnm et malum.' itHn. tu. 5.)
débris qu'il entraine, dans le creux de l'nhlme; ainsi l'homme placé à la tête de la création, et le plus près de Dieu, est tombé d'abord sur lui-même, ensuite de chute eh chute, il est descendu jusqu'à la ressemblance de la brute perses instincts cbarnela et grossiers (38). Voilà pour la déffradatioa de l'homme; voyons maintenant ceile de ce monde visible et matériel.
Déchéance de ce monde visible et matériel.
Le lien qui l'unissait au souverain Créa« teur ayant été brisé , toute la nature physique fut associée à la déchéance de son mattre. Comme lui, elle tomba dans une dégrtidation qui ne fit que s'accroître par la suite des temps , et dont les caractères ré-* pandus sur toute la surface du globe vien* nent à chaque instant attrister nos regards. Depuis, les créatures asservies au joug du péché dont elles sont devenues les instruments par la malice du démon et des méchants, n'ont cessé de soupirer après leur délivrance de cotte honteuse servitude.
Ces effets déjà si désastreux de la désobéissance originelle se sont aggravés encore de la malédiction particulière que Dieu lança sur ia terre souilfée par le péché, en la condamnant à ne produire d'elle-même que des ronces et des épines au lieu des fleurs, des fruits et des plantes de toute espèce qu'elle étalait iadis avec profusion, sans que l'homme fût obligé de l'arroser de ses sueurs.
Oui, le péché a ravi à la terre sa première fécondité : In sudore vultus tui. (Gen. lu, 19») II a déchaîné sur elle et sur ses habitants des fléaux de toute espèce, dont l'énuméiration seule fait reculer l'imagination d'épouvante en même temps qu'elle est une éclatante confirmation de cette sentence de l'Esprit-Saint , que c'est l'iniquité qui rend les nations misérables (39). Que dis-je ! le péché, après avoir porté le trouble et la désolation dans le cœur de l'homme, les a portés dans tous les éléments. U a vicié l'air que pous respirons, l'eau oui nous désaltère et les aliments destinés a nous sustenter. N'est-ce pas la triste, la désolante réalité des choses d'ici-bas? N'est-ce i»as le cri de TEçlise dans ses exorcisme^i si variés, dans ses rites, dans ses bénédictions, dans toute sa liturgie si profonde, si mystérieuse, si peu connue f
Comment rignorance entra dans le cemr de V homme a}9ec le péché et la concupiscence qui en est la suite.
A peine Adam et Eve eurent-ils goûté du fruit qui devait les rendre semblables à Dieu par la science du bien et du mal, qu'au lieu de cette prétendue science ils s'aperr curent que des ténèbres épaisses obscurcissaient leur esprit en même temps que le. venin de la concupiscence s'in^ltrait dans tout
(57) Chapitre 14.
^58) Comparetuê ê$i jumentii intipientibut et <tiftî/ff faclut eit illii. {PiaL xLVUi, 13.)
(39) Miserai autem populos fadi peccaium, (Prow. XIV, 54 ) ,
DEUXIEME DISSERTATION
leur cofps et le portait à la révolte contre l'esprit par des convoitises inaccoutumées. Ils remarquent nour la première fois qu'ils 5^oht nus. Ils veulent cacher cette chaif agitée par les sens. Us fuient les regards de Dieu, eux qui conversaient familièrement avec lui dans le paradis terrestre, lorsau*il se montrait à leurs regards sous des lormes sensibles. Us se cachent, ils baissent les yeux vers la terre , honteux d*une telle dégradation. Et voilà la science qu'ils ont trouvée en voulant s'égaler à Dieu, celle de la honte et des remords.
C'est ainsi que l'ignorance pénétra avec le
Eécbé dans l'àme de nos premiers parents, létre de Dieu, ses souveraines periections, la science des lois qui gouvernent le monde et président aux productions de la terre, la connaissance de soi-même, la première de toutes, après celle de Dieu; ces diverses sciences et tant d'autres qui leur étaient familières, s'obscurcissent tout à coup à leurs yeux. De ces connaissances si profondes, si variées, il ne leur reste plus qu'erreur, mensonge et illusion, vaine complaisance et surtout un orgueil incurable qui a infecté toute la masse du genre humain et nous accompagne jusqu'au!tombeau. Au milieu de ces épaisses ténèbres, l'homme devient à lui-même un mystère inextricable, ignorant le secret de sa naissance, de sa vie et de sa mort. Son intelligence ainsi obscurcie et dé-
Î gradée, s'abaissa jusqu'aux recherches de a vanité et se fit vaine comme elle (40V
TroU vanitéêf filles de Vignorance originelle.
£lle se fit et elle est restée vaine dans son culte, dans sa sagesse, dans sa science, trois vanités, filles de l'ignorance originelle, que nous n'aurons pas de peine à reconnaître chez tous les peuples en dehors de la révélation judaïque ou evangéiique.
Vanité en religion: Vidolàtrie.
La première de ces vanités, filles de l'ignorance, fut l'idolAtrie dont l'Ësprit-Saint nous a expliqué l'origine comme celle de toutes les erreurs qui ont souillé la terre. Voici comment il s'exprime à ce sujet dans le Livre de la Sagesse : « Tous les hommes privés de la science de Dieu (de la science révélée) sont vains et impuissants (41) ; » car, avant pu comprendre, par les biens visibles, le souverain Etre, ils n'ont point reconnu le Créateur par la considération de ses ouvrages, mais ils se sont imaginé ({ue le feu ou le vent ou l'air le plus subtil étaient les dieux qui gouvernaient le monde. Mais le comble de leur folie, c'est d'avoir donné / le nom de Dieu à l'ouvrage de leurs mains, à l'or, à l'argent façonnés par la sculpture, et de s'être prosternés ensuite devant ces images, pour leur demander la santé, la for-
(40) nomovanitati similis factus esr.(Ps.cxLin,4.) (il) Vofil sunt homines in quitus non subesi stÀen-
lia Dd.(Stfp. XIII, i.) ^ ^ ^ . c
(42) Sufèrvacuiias homtumm hœc advenu m orbem
terrarum. ^Sap. xiv, 44.
tune et tous les biens de la vie. C'est ainsi que la vanité des hommes introduisit les idoles dans le monde, et avec elles toute sorte de crimes (42).
Vanité de la sagesse humaine.
Seconde vanité, fille de l'ignorance originelle, la sagesse humaine chez les diverses sectes de pnilosophes qui se sont succédé jusqu'à nous.
Qui n*a entendu parler des philosophes païens, si vains dans leur science, si impuissants dans leur doctrine, si peu d'accord entre eux, et tellement ridicules dans la plupart de leurs systèmes, que de l'aveu de l'un d'eux, il n'y a rien d'absurde (jui n'ait été avancé par un philosophe ? Saint Paul nous en a tracé, une peinture aussi vraie qu'énergique dans son EpUre aux Romains^ en disant qu'en voulant se faire passer pour sages^ ils ont joué le rôle d^nsensés (43), que leur cœur s'est couvert de nuages épais (44), et qu'en punition de leur orgueil vieu lésa livrés aux plus infâmes désirs (45).
Sans doute, et il faut le reconnaître franchement, la sagesse antique avait conservé et même emprunté en partie des Juifs, des fragments non insignifiants des traditions, primitives, et maintes fois il lui est échappé des aveux bien remarquables sur Dieu, sur son unité et sur quelques-unes de ses perfections. Mais quelques vérités de ce genre, plus ou moins clairement énoncées, ne pouvaient point, mêlées qu'elles étaient au déluge d'erVeurs qui inondait la terre, prévaloir sur l'ignorance et les passions. Aussi la philosophie antique n'a-t-elle jamais été capable de trouver et de promulguer un corps de doctrine et de morale approprié aux besoins de l'humanité, qui consistent dans la connaissance de la vérité et dans la pratique des devoirs qu'elle impose. Tel est l'écueil contre lequel elle est venue constamment échouer, dans son impuissance visible à tous les yeux.
Vanité de la sagesse moderne^ en particulier.
Non moins impuissante, mais encore plus coupable, notre moderne philosophie n'a pas été plus heureuse malgré ses immenses prétentions. Cinquante ans d'etforts, aidés de la triple influence du talent, du crédit el du pouvoir que donne la direction des affaires publiques, n'ont abouti qu'à une anarchie intellectuelle et morale, la plus épouvantable qu'on eût jamais vue, et dont nous sommes encore les tristes témoins. Que sont devenus, en effet, ces apôtres de la nature, de l'humanité, ces prêtres de la raison, ces
Srands précepteurs du genre humain, ligués, isaient-ils, contre les abus, les superstitions, les préjugés? Et, après eux, ces so-
(45) DieenUs se esse sofnentes^ stulti facti snuil
(Rom. I, 22.) {AiyObssuratum est insipiens cor eorum, (i^ta.,
îi.) (45) hid., U.
SUR LE BKAU IDEAL SURNATUREL
pfaisles qui voulaient opérer la génération du christianisme par la glorification de la matière, par le culte de la chair, que sontils devenus? Maintenant, c'est le rationalisme allemand, naturalisé français, dont la théorie, cent fols plus obscure, plus nuageuse que DOS mystères, voudrait se substituer h la révélation évanj^élique , pour lancer Thumanité dans la voie au progrès absolu, indéfini. Son programme est magnifique, car c*est celui de Tantiaue orgueil^uroain qui répète encore, après quatre mille ans, « Je veux me nasser de Dieu (1^6).» Mais jusqu'ici nous n avons eu de lui que de vaines promesses, que de grandes phrases à effet, et je ne sache pas que messieurs les beaux esprits rationalistes, qui trônent dans nos salons et dans nos académies, aient, & eux tous, fait autant de bien, par la doctrine et renseignement, qu'en fait chaque jour, dans un i simple hameau, un seul des quarante mille prêtres ré|)artis sur notre sol français pour instruire et consoler les âmes.
Telle est la seconde vanité, fille de l'ignorance originelle, la vanité de la sagesse humaine.
Troisième vanité; celle de la science humaine. Affliction d'esprit qui s'y attache nécessai* rement^ et pourquoi ?
Quelle est la troisième ? je l'ai déjà nommée ; c'est la vanité de toute science qui se |iose en dehors de la révélation. Ecoutons ici le plus grand, le plus célèbre de tous les savants : « Moi Ecclésiaste, c'est-à-dire Prédicateur de la sagesse, dit Salomon, je fus établi roi d^lsraêl dans Jérusalem, et lorsque j'eus été élevé à ce desré de puissance, je résolus moi-même de l'employer à la recherche et à l'examen de tout ce qui se passe sous le soleil ; car c'est là la pire occupation que Dieu a faite aux enfants des hommes, en leur cachant les ressorts secrets des choses naturelles (^7). J'ai donc considéré tout ce qui se passe sous le soleil, et j*ai vu que celui qui veut augmenter sa science augmente son travail (48) ; et j'ai trouvé que tout était vanité et affliction d'esprit (U). »
Pourquoi cette vanité et cette affliction desprit attachées à toute science humaine?
1* parce que l'acquisition de la science est en SOI un travail dur et opiniAtre. En effet, de môme que l'homme tut condamné à gagner le {lain matériel du corps à la sueur de son front, ainsi il fut condamné à gagner la science, nourriture de son Ame, au prix de veilles, de fatigues et de privations plus dures encore à supporter que les peines corporelles ; 2* parce que dans cette science, but de nos efforts, nous rencontrons à chaque pas des difficultés, <les contradictions et des mystères devant lesquels il faut nécessairement
(46) Non seniam, {écr. ii, 30.) {liyBanc oeoÊpalionempetsimam dédit Deut ft- Uiê kominum^ «t occuparentur in ea. {EccU. i^ 13.)
feire plier son orgueil et confesser son im-
Fuissauce ; 3** enfin, parce que, à mesure que horizon des connaissances acquises s'élargit, celui des connaissances qu'on ignore s'élargit également, mais dans une sensible disproportion, en sorte que des génies tels que les Newton , les Pascal, les Leibnitz, ont été amenés, à force d'études, à la conviction de l'ignorance originelle et de son néant, et ont répété avec Salomon : /'aï étudié et vu tout ce qui se passe sous le soleil, etfai trouvé que tout nest qtéc vanité ei qu'affliction d'esprit sur ta terre.
Inquiétude continuelle de V esprit de Phomme produite par le désir impuissant de connaître, qui lui est resté de la science pri* mitive qu'il avait reçue de Dieu. Effets. de ce désir impuissant dont il est tourmenté. ;
Or qu'est-ce que celte affliction d'esprit, si ce n'est cette inquiétude vague, indéfinissable, produite par le désir impuissant de connaître dont nous sommes dévorés, et qui fait notre tourment ici-bas. Car, au milieu des épaisses ténèbres que le péché a ramassées autour de nous, nous nous sentons entraînés par un instinct invisible à la recherche de la vérité. Quelc^ue chose nous est resté de cette science primitive dont le créateur avait orné l'esprit de nos premiers parents. De là vient que le nôtre se moût dans tous les sens pour se déi)Ouiller des nuages qui l'obscurcissent et secouer ce fardeau pesant de l'ignorance, qui lui dérobe les secrets du présent et les mystères de l'avenir. De là vient cette curiosité in-* quiète et toujours active qui le porte, tantôt À la recherche de tout ce qui se passe dans le monde et de ses intrigues les plus cachées, tantôt aux sciences occultes des astres, des songes, des devins et de tout ce oui tient à la magjie, tantôt à Tétude plus réelle mais non moins vaine, quand elle n*est pas dirigée par la foi et l'humilité, des siècles passés.
Autre effet de Fignorance originelle. Ce nesi qu'avec de longs efforts que l'homme par» vient à la simplicité et à la vérité^ dans les œuvres d'art et de l'esprit.
Mais voici un autre mystère de l'humanité, que le péché originel seul peut nous expliquer, je veux parier de ces longs efforts auxquels sont soumis la plupart de ceux qui s'occupent des arts et généralement des œuvres de l'esprit, pour arriver à cette vérité, à cette simplicité qui en ibnt le charme et le prix.
Sans doute, et nous en avons fait plus haut la remarque, le simple, le vrai et les autres conditions du beau sont choses natUr relies à l'homme, en ce sens qu'il en possède les premières notions gravées dans son Ame par le Créateur; d'où vient donc qu'il
(18) Qui addilscieniiamadditeélaborein.(lbid.AS). (49) El ecce umersa immtas ei afiictio sptnfsw /M., 14.)
SI
DEUXIEME DISSERTATION
éprouve tant de peine, tant de fatigue pour les réaliser dans ses œuvres d*art ou dans ses écrits? On commence presque toujours par la bizarrerie et l*affectation, et ce n^est
2tt*après mille efforts répétés et mille preuves successives, que Von parvient à cette vérité, à cette simplicité, qui sont le caractère du génie et de la beauté. Pourquoi cela? C'est que Thomme est,^ selon la pensée de Pascal, comme un roi détrôné, qui conserve encore le sentiment de sa première grandeur et de sa noble origine» en même temps ({ue le souvenir confus de cette beauté divine, incréée, qu il contem^^ plait jadis sans effort, et dont les principaui traits avaient été empreints dans son ame, alors vierge de toute souillure, par le souffle de Dieu lui-môme. Maintenant que sa raison s'est révoltée contre Dieu, et que son corps, à son tour, s'est révolté contre sa raison, il est obligé de secouer le joug de cette concupiscence tyrannique qui obscurcit son entendement, en luttant sans relâche contre la nature déchue, en remontant le courant des affections terrestres qui Tentralnent, pour revenir à cette beauté tou-
iours ancienne et toujours nouvelle, qui est )ieu.
Et voilà comment la pratiaue des sciences et de& arts est devenue roccupation la plus longue, la plus pénible {Uanc occupaiionem peêsimam}. Voilà comment un travail dur et accablant s'attache à toute étude ici-bas (Qui addit tcientitun addit et laborem). Voilà comment la vanité et Taffliction d'esprit ont pénétré partout avec le péché {Et universa vanita$ et afflictio spiritus).
Application des réflexioM qui précèdent aux natiom de la gentilité^ Observations particulières sur quelques-unes d'entre ellesy qui se sont distinguées par la culture des sciences et des arts.
Parmi les nations infidèles che^ lesq^uelles l'ignorance originelle se manifeste avec ses caractères les plus frappants, on peut citer les Egyptiens, les Indiens et les Chinois, qui depuis deuxmilte ans n'ont pas fait un l»as dans la civilisation, tandis que les peu- })les chrétiens, fécondés par le germe de vitalité qu'ils ont reçu du Verbe divin» lumière et vie du monde,, ontfaitdes merveilles, tant qu'ils ont correspondu à leur vocation. Les nations païennes, au contraire, frappées d'impuissance et de stérilité, sont restées immobiles dans Leur dégradante superstition, et le voyageur peut encore de nos jours observer au milieu d'elles la triste et éternelle reproduction des folies de la gentilité.
A la vérité, certains peuples, tels que les Etrusques d'abord, et les Grecs ensuite, ont excelle dans les soiences et les artSu Mais outre que ce n'a été que |)ar exception, on
(^Ji Oa a coutiuno 4e faire remarquer, parmi ces circonstances favorables, les effets propices 4,u dimai pur et tempéré dont jouissaient les Grecs, la beauté de leur langtie et les exercices gymuasti*
peut dire que ces peuples ainsi favorisés étaient néanmoins inférieurs à ceux qui avaient été plus rapprochés qu'eux de la révélation primitive, comme les Babyloniens et les Ninivites dont les œuvres si grandioses,, à n'en juger même que d'après les rares fragments qui nous en restent, écrasent Hmagination. De plus, pour ne parler ici que des Grecs oui ont joué le rAle le plus brillant dans les arts parmi ceux qui ont précédé immédiatement la venue de Jésus-Christ, il ne faut pas oublier, ainsi que nous en avons fait la remarque dans notre première Dissertation, que la faculté* de concevoir et de rendre le beau dans les œuvres d'imagination, ne tient pas essentiellement à la pureté des mœurs de ceux qui s'y livrent, et cela, pour les raisons que nous avons dites en cet endroit. Si donc il se rencontre parfois des artistes qui réalisent cette exception, de la manière que nous l'avons déjà exposé, il n'est pas étonnant que parmi tant de nations païennes un petit peuple comme le peuple grec Tait réalisée avec tant de distinction, grAce à un heureux, concours des circonstances les plus favorar blés, qui lui en ont facilité les moyens (50). Hais ce peuple, si privilégié du côté de l'intelligence, n'a pas moins été enseveli que les autres dans les ténèbres de l'ignorance originelle, malgré ses sages et leur brillant enseignement. On peut même dire qu'à mesure qu'il faisait nlus de progrès dans les arts et dans la philosophie, il s'enfonçait, davantage dans 1 abime de l'erreur et des superstitions; et cette réflexion est également vraie pour les autres peuples gentils (](ui se sont trouvés dans les mémos conditions que le peuple grec. L'histoire est là pour nous l'attester. Je dis plus, c'est qu'à partir de la prédication évangélique, toutes les nations païennes semblent avoir été frappées d'une stérilité absolue, en fait d'art ; et durant le laps des dix-huit siècles
a xi se sont écoulés depuis, il serait impossie d'en citer une seule oui ait été, sous ce rapport, à la hauteur de la civilisation des peuplés chrétiens pris dans leur généralité. Ainsi, tout se réunit pour nous apprendre la déchéance primitive de l'humanité, et pour nous montrer dans l'ignorance originelle qui en fut une des principales suites, la cause des iAiperfections; des faiblesses, des incertitudes et de toutes les misères de l'esprit humaiu. Mais si, dans un tel état de déchéance, Il a pu encore parfois, se dégar géant des ténèbres épaisses qui l'envelop-
I raient, s'élever bien haut dans la compré* lension et l'expression du beau idéal naturel , de quoi n'est-il pas devenu capable une fois qu'il a été illuminé des splendeurs de la lumière divine que lui a révélée avec tant de largesse et d'éclat le Verbe incarné! Or, ce sont les merveilleux effets de cette ré-
Jues auxquels ils se livraient .WinckeUnaiMi donne ^s^sez grands détails, à ce sujet, dans sa Réponse servailt d'appendice à ses Béftexionê $ur rtmtuuton det artiites gr^t dant (a peiniure et la fCN^furc.
SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL
relation divine sur les conditions du beau, transformé et surnaturalisé par elle , que nous allons considérer dans le chapitre suivant.