‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 8 sur 167 · SDK LE BEAU IDEAL DANS L*ORDRE NATUHEL · texte numérisé non relu

SDK LE BEAU IDEAL DANS L*ORDRE NATUHEL

de ce que noas venons de dire, que toutes les personnes qui admirent ce qui est mau* vais» ne soient pas douées de ce sentiment du beau. Car» de même que les onfants qui s*accoutument à regarder les objets de fort près apprennent à loucher, de même cette perception du beau peut se perdre, et même devenir vicieuse, et lorsque les objets qu'on présente à nos yeui, pendant les premières années que nous commençons à réfléchir, sont mauvais ou médiocres

« On peut comparer le juste sentiment du beau à un plâtre bien coulant qu*on verserait >ur la tête de rApollon, et qui en couvrirait toutes les parties par un contact exact. Ce n*est point ce que la passion, Taroitié ou la complaisance nous engagent à admirer, qui (leut être l*objet de cette perception, laquelle doit être dépourvue de toutes vues person* nelles ou relatives, afin qu'on n'admire que ce qui est réellement beau par lui-même. Vous me direz, sans doute, mon ami, que je me livre ici h des idées platoniciennes, «t que de la manière dont je prends la chose, l>eu de personnes se trouveraient douées de Taptitude dont il est question. Bfais vous n*ignorez pas que dans Tinstruction particulière comme dans la législation civile, il faut monter Tinstrument au plus haut ton, parce que les cordes ne sont que trop sujettes a se relâcher d'elles-mêmes. Je vous jiarle ici de ce qui devrait être et non de ce qui est, et mon raisonnement même doit être regardé comme une preuve de la vérité de ce que j'avance. IDu sentiment du beau damé les ouvragée de fart^ et sur les moyem de l acquérir. Paris, 1786, p. 2i3-2M.)

Après Winckelmann , plusieurs écrivains français et étrangers ont traité, soit ex profe$$o^ soit incidemment, de la théorie du lieau dans les arts. Nous donnons la nomenclature de leurs ouvrages à la fin de cette première dissertation. Je la termine par Tanalyse du septième chapitre du volume intitulé : Du beau^ du vrai et du bien, |)ublié tout récemment par M. Victor Cousin (92). Nous remarquons dans cette septième leçon, qui a pour titre :Du beau dans les objets^ la réfutation de diverses théories sur la nature du beau, en même temps que nous y retrouvons, avec des développements nouveaux, les principales idées de Platon , du P. André et du célèbre Winckelmann.

Théorie de M. Cousin sur le beau. — Il ne consiste pas plus dans ce qui est utile que dans ce qui est agréable.

Après avoir réfuté l'opinion que le beau est ce qui platt aux sens, ce qui leur procure une impression agréable, M. Cousin prouve que celle qui met l'utile à la place de l'agréable n'est pas mieux fondée. « En effet, ce qui est utile n'est pas toujours beau, ce qui est beau n'est pas toujours utile, et ce

qui en aiauvait, on ne doit pas en conclure qu'elles sont loiitet privées du teniiment du beau, pult- 2ue ce sentinieiit peut se perdre el mène se vicier, e wéBÊkt t|«e cdttt de la vue. par suite d*uiie ton-

qui est à la fois utile et beau est l>eau par un autre endroit que par son utilité. Un levier, une poutre sont assurément très» utiles; cependant on ne peut pas dire que cela soit beau. Un yase antique admirablement travaillé est beau , mais on ne se demande |)oint, en Tadmirant, à quoi il servira. Enfin la symétrie et Tordre sont des choses belles et en même temps utiles sous plusieurs rapports; néanmoins ces deux choses ne sont point belles parce qu'elles sont utiles, ni utiles parce qu'elles sont belles. L* utile est donc entièrement différent dubeau, au lieu d'en être le fondement.»

// ne consiste pas non plus dans la convenance des moyens relativement à leur fin, bien

?u't7 soit vrai de dire qu*un objet n'est pas eau s*t7 ne possède cette convenance. Exem^ pie.

« Est- il vrai , comme l'enseigne Platon dans son Hippias, que la beauté consiste dans hi parfaite convenance des moyens relatif VHment à leur fin ? Cette théorie, en mettant de côté l'agréable et Tutile pour ne considérer que ce qui est comme il faut, nous rapproche de Tidée du l>eau , mais n'atteint )as encore cependant le vrai caractère de a beauté. Il y a, en effet, des objets très* bien disposés pour leur fin et que nous n'appelons pas beaux. Un siège sans ornement et sans élégance, mais solide et bien en rapport, dans toutes ses parties, avec la fin h laquelle il est destiné, n*est point beau pour cela. Toutefois il y a ici celte différence entre la convenance et Futilité, qu'un objet, pour être beau, n'a pas besoin d'être utile , mais qu'il n'est pas beau s'il ne possède de la convenance, s'il y a en lui désaccord entre la fin et les moyens. »

// n'existe pas davantage dans la propor^ /ton, qui est une des conditions de la beautéf mais qui n'en est quune. Exemple.

« Le beau n'existe pas davantage dans la proportion, qui est une des conditions de la beauté , mais qui n*en est qu*une« Sans doute, un objet mal proportionné ne peut être beau ; mais ce n'est pas la proportion qui domine dans un arbre élancé, aux branches flexibles et gracieuses, au feuillage riche et nuancé, dans la beauté territrie d'un orage , d'une grande image , d'un r^rs isolé ou d'une ode sublime. Ce qui nous fait admirer toutes ces choses n'est pas la même qualité qui nous fait admirer une figure géométrique, c'est-à-dire l'exacte correspondance des parties. »

// en est de même de Voréhre.qui est quelque chose de moins rigoureux que la proportion, et qui aboutit comme elle, comme r harmonie à f unité.

« Ce que nous disons de la proportion, on

giie habitude de msA voir ou de ne rolrque dos u^ .

jets disgracieux.

^32) Paris, cbes Diflier, 2* édition, IS54.

PREMIERE DISSERTATION

Zù

le peut dire de Tordre , qui est quelque chose de moins mathématique que la profiortion, mais qui n'explique pas mieux ce qu*il y a de libre , de varié , d'abandonné dans certaines beautés. Toutes ces théories qui ramènent la beauté à Tordre, à Tbarluoiiie , à la proportion , ne sont , au fond , qu'une seule et même théorie qui voit avant tout dans le beau Tunité; et assurément Tuniié est belle, elle est une partie considérable de la beauté, mais elle n'est pas la beauté tout entière (33).

Vunilé et la variété s^appliquent a tou$ la

ordres de oeaulé.

« La plus vraisemblable théorie du beau csl encore celle qui le compose de deux éléments contraires et également nécessaires : l'unité et la variété, voyez une belle fleur. Sans doute, Tunité, Tordre, la proportion, la symétrie même y sont; car sans ces qualités, la raison on serait absente, et toutes choses sont faites avec une merveilleuse raison. Hais en même temps, que de diversité! Combien de nuances dans la couleur 1 quelles richesses dans les moindres détails! Même en mathématique , ce qui est beau, ce n'est pas un principe abstrait, c'est un principe traînant avec soi toute une longue chaîne de conséquences. Il n y a pas de beauté sans la vie; et la vie, c'est le mouvement, c'est la diversité. L'unité et la variété s*appiiquent à tous les ordres de beauté. »

Trois ordres de beauté : la beauté physique^ la beauté intellectuelle,^ la beauté morafe.

L'auteur fait ensuite Ténumération rapide de la beauté physique qui dérive des couleurs, des sons, des figures, des mouvements; de la beauté intellectuelle, plus sévère, mais non moins réelle, qui découle «les lois universelles , qui régissent les corps, de celles qui gouvernent l'intelligence, des grands principes qui contiennent et engendrent de longues déductions, du génie qui crée dans l'artiste, le poëte ou le philosophe; enfin, de la beauté morale qui naît de la liberté, de la vertu, du dévouement et qui surpasse encore les deux autres beautés.

Ces trois ordres de beauté se résolvent dans une seule et même beauté^ la beauté morale et toute beauté spirituelle. On le prouve par r examen d^un chef'4'omvre de sculpture^ par Fitude de Vhomme réel et vivant^ des autres êtres animés et de la nature tout entière.

c II s'agit, maintenant, de rechercher Tunité de ces trois sortes de beauté. Or, nous |)ensons qu*eiles se résolvent dans une seule et même beauté, la beauté morale, entendant par li, avec la beauté morale pro-

(33) Sans doute, et je ne sacbc pas que Ton prétende que Tunité est la bcsiulé elle-iuéine. Mais que l*unité soii avec la variélé qu*eUe eofendre nécessairement, la condition londamentale de toute

promeut dite, toute beauté spirituelle. Mettons cette opinion à l'épreuve des faits.

« Placez-vous devant cette statue d'Apol-r Ion, qu'on appelle l'Apollon du Belvédère/ et observez attentivement ce oui vous frappe dans ce chef-d'œuvre. Winkelmann, qui n'était pas un métaphysicien, mais un savant antiquaire, un homme de goût sans système, Winkelmann a fait une anaivse célèbre de TApoIlcn. Il est curieux de l'étudier. Ce que Winkelmann relève avant tout, c'est le caractère de divinité, empreint dans la jeunesse immortelle, répandue sur ce beau corps, dans la taille, un peu au-dessus de la taille humaine, dans l'attitude majestueuse, dans le mouvement impérieux, dans l'ensemble et dans tous les détails de la personne. Ce front est bien celui d'un dieu : une paix inaltérable y habite. Plus bas l'humanité reparait un peu et il le faut bien, X)ur intéresser l'humanité aux œuvres de art. Dans ce regard satisfait, dans le gonlement des narines, dans Télévation de la lèvre inférieure, on sent à la fois une colère mêlée de dédain, Torgueil de la victoire et le peu de fatigue qu'elle a coûté. Pesez bien chaque mot de Winkelmann :

vous y trouverez une impression morale.

Le ton du savant antiquaire s'élève peu à peu jusqu'à l'enthousiasme, et son analyse devient un hymne à la beauté spirituelle.

« Au lieu d'une statue, observez l'homme réel et vivant. Regardez cet homme qui , sollicité par les motifs les plus puissants, de sacritier son devoir à sa fortune, triomphe de l'intérêt après une lutte héroïque, et sacrifie la fortune à la vertu. Regardez-lv> au moment où il vient de prendre cette résolution magnanime; sa figure vous ^mraitra belle ; c'est qu'elle exprime la beauté ue son Ame. Peut-être en toute autre circons tance la figure de cet homme est-elle commune, triviale même; ici, illuminée uar Tâme qu'elle manifeste, elle s'est ennoblie, elle a pris un caractère imposant de beauté.

« Considérez la figure de Thomme eu repos : elle est plus belle que celle de Tanimal, et la figure de Tanimal est [Aus belle que celle de la forme de tout objet inanimé. C'est que la figure humaine, même en i absence de la beauté et du génie, réfléchit toujours une nature intelligente et morale ; c'est que la figure de l'animal réfléchit au moins le sentiment, et déjà quelque chosa de Tftme, sinon TAmc tout entière. Si de Thomme et de l'animal on descend à la nature purement physique , on y trouvera encore de la beauté, tant qu'on y trouvera quelque ombre d'intelligence; je ne sais» quoi, qui du moins éveille en nous quel^ que pensée, quelque sentiment. Arrive*t-i>ii à quelc^ue morceau de matière qui n'ex-

Erime rien, qui ne signiû^ non, l'idée du eau ne s'y applique plus.

beanié, c*est ce que je crois avoir suffisamme il établi plus haut, et ce que M. Cousin lui-meiiie vi reconnaître bientôt:

SUR LE BEAU IDEAL DANS L*ORDRE NATUREL

zn

m Mais tout ce qui existe est animé? La tntlière est mue et i>énétrée par des forces qui ne sont pas matérielles, et elle suit des Sois qui attestent nne intelligence partout Tiréseirte. L'analyse chimique la plus subtile ne parvient point à une nature molle et înefte, mais ii une nature organisée à sa i manière, et qui n*est dépourvue ni de forces j Tri de lois. ]>ans les profondeurs de Tablme j comme dans les hauteurs des rieui, dans j ma grain d« saUe comme dans une montagne gigantesque, un esprit immortel rayonme f traders les enveloppes les plu» grossières. ContempJons la nature avec les yeuT de i'ftme, aussi bien qu'avec les yeux du corps : partout une expression morale ncms frappera, et ta forme nous saisira €omme -no symbole de la pensée. Nous avons dit que chez Thomme et chez l'animal même la fiKure est belle iwir Texpresfiion. Mais quand vous êtes sur les hauteurs des Alpes on ^en face de Timmense Océan,

auand^Yons assistez au lever ou au coui;her u soleil, à la naissance de la lumière ou k celle de la nuftt, ces imposants tableaux ne rrodmseirt-ils pas sur vous un effet moral 7 Tous oes grands spectacles apparaissent-ils seolenierft pour apparaître 7 Ne les regardons-nous pas comme des manifestations 4Hiiie puissance, d'une intelligence et d'une sagesse admirables; et, pour ainsi parler, la face de la nature n'est-eile pas expressive comme oelle de iliomme? La forme ne peut être une forme teute seule, elle doit être la forme de quelque chose. La beauté phj^sique «st donc ^ signe d'une beauté intérieure, •qui est la beauté spirituelle et morale, et «est 4à qu'-est de fond, le princii>e, l'unité du lieau. »

Easuite, parlant dub^au idéal, il ajoute : « ÎM nature eu l'expérience nous fournit Toecasion de 4e concevoir; mais il en est essentiellement distinct. Pour qui la une /ers cençu, toutes les figures naturelles, si Jjelles qu'elles puissent être , ne sont que des simoiaores d'une beauté supérieure qu'ils |ne réalisent point. Donnez-moi une beUe «otion, fen imaginerai encore une plus belle. L'Apollon, lui-même, admet plus d'une critioue. L'idéal recule sans cesse, à Biesupe quon en approche davantage. Son dernier terme est dans l'infini, c'est-i-dire en Dieu, ou, pour mieux parler, le vrai et «bsolu idéal n'est autre chose que Dieu même.

« Dieu, âant le principe de toutes choses doit être à ce titre celui de la beauté parfaite ett par conséquent de toutes les beautés naturelles qui l'expriment plus ou moins impariEutcment ; il est le principe de la , btàvAé^ et comme auteur du monde phy- * sique et comme père du monde intellectuel et du monde moral. Ne fout-il pas être esclave des sens et des apparences pour s'ar- \ rétar aux mouvements, aux formes, aux 5on6t aux couleurs, dont les combinaisons harmonieuses produisent la beauté de ce monde visible, et ne pas concevoir derrière ^ uitte scène magnifique et si bien réglée, .

Tordonnateur, le géomètre, l'artiste suprême?

« La beauté physique sert d'c^nvetoppe h la beauté intellectuelle et i la beauté mo-raie. La beauté intellectuelle, cette splen-« deur du vrai, cjuel en. peut être le princif>e, ] sinon le principe de toute vérité? La beauté morale compremi deux éléments distincts : la justice et la charité.

« Ainsi Dieu est le principe des trois ordres de beauté, que nous avons distingués, la l>eauté physique, la beauté intellectuelle, la beauté morale. »

Ensuite, après avoir fait remarquer comment la variété et le contraste des perfecvtions de Dieu nous ramène à Tnnité de son être nécessaire et infini, et comment par l'être Que nous possédons nous avons quelque idée de l'être infini de Dieu, et comment par le néant oui est en nous, nous nous perdons dans l'être de Dieu, toujours forcés de recourir à lui pour expliquer quelque chose, et toujours rejetes en nousmêmes sous le poids de son infinitude, l'auteur poursuit et conclut ce remarquable chapitre en ces termes :

« Ainsi l'être absolu, qui est tout ensemble l'absolue unité et l'infinie variété, Dieu est nécessairement la dernière raison, le dernier fondement, Taccoropli idéal de toute b^uté. C'est là cette beauté merveilleuse que Diotime avait entrevue et qu'elle peint ainsi à Socrate dans le Banquet :

« Beauté éternelle, non engendrée et non . « périssable, exempte de décadence comme « d'accroissement, qui n'est point belle dans « telle partie et laide dans telle autre ; belle « seulement en tel temps, en tel lieu, dans tel «rapport; belle pour ceux-ci, laide pour « ceux-là ; beauté qui n'a point de forme sen- « sible, un visage, des mains, rien de corpo- « rel, qui n'est pas non plus telle pensée ou « telle science (itrticuliere, qui ne réside « dans aucun ^tré différent d'avec lui-même» « comme un animal sous la terre, ou le ciel « ou toute autre chose ; qui est absolument « identiaue et invariable par elle-même, de « laquelle toutes les autres beautés participe pent, de manière cependant que leur naisse sance ou leur destruction ne lui apporte ni « diminution,niaccroissement,nile moindre «( changement!.-.. Pour arriver à cette beauté « parfaite, il faut commencer par les beautés « d'ici-bas, et, les yeux attaches sur la beauté « suprême, s'y élever sans cesse, en passant « pour ainsi dire par tous les desrés de l'é- « chelle, d'un seul beau corps a deux, de « deux à tous les autres, des beaux corps aux « beaux sentiments,des beaux sentiments aux « belles connaissances, jusqu'à ce que de « connaissances en connaissances on arrive h « la connaissance par excellence, qui n'a d'au - « tre objet que le beau lui-même, et qu'on « finisse par le connaître tel qu'il est.

« O mon cher Socrate, continua l'étrangère « de Mantinée, ce qui peut donner du prix. • à cette vie, c'est Je spectacle de la beauté « éternelle.... quelle ne serait pas la destinée « d'un mortel à qui il serait donné de content-

Ml

PREMIERE DISSERTATION

<( pler le beau sans mélange, dans sa pureté « et sa simplicité, non plus revêtu de chairs 4 et de couleurs humaines, et de tous ces « vains agréments condamnés àpérir,àqui il « serait donné de voir face à lace, sous sa « forme unique, la beauté divine 1 »

Tels sont les principes constitutifs du beau idéal absolu, principes de tous les temps, de tous les lieux, que Thomme n*a point imaginés, mais qu'il a trouvés, gravés par une main divine, dans son esprit et dans son cœur. Bien que la révélation évangélique, source elle*m6me d'un autre genre de beauté plus intime, plus élevée', que nous étudierons bientôt, nous en ait rendu la compréhension plus facile, en les éclairant d'un nouveau jour, au fond ils sont toujours restés les mêmes. On a pu le voir par les nombreuses citations que nous avons faites des ouvrages des principaux esthéticiens, depuis Platon jusqu'à Winkelmann. Transmis & l'homme directement par le Créateur, ces principes immuables ont constamment résisté à l'intluence pernicieuse des erreurs et des préjugés, et au moment où ils pa-^ raissaient devoir faire naufrage avec le genre humain tout entier, ils ont été sauvés avec lui par cette lumière dinine (aile chair^ que que nous avons vue descendre des deux sur la terre, pleine de grâce et de vérité. [Joan. i, 9.)

Ce serait maintenant le lieu d'appliquer ces principes que nous venons d'exposer à chacune des âuatre grandes brancnes de l'art en particulier, je veux dire la musique, la peinture, la sculpture et l'architecture. Mais nous en ferons l'application avec autant d'à-propos et pliis de détails que nous ne pourrions le faire ici, à chacun de ces mots et à leurs relatifs, dans le corps du Dictionnaire dont cette dissertation n'est pour ainsi dire que la préface. Nous allons nous livrer à une deuxième, qui s y rattache nécessairement, sur les principes du beau dans Tordre surnaturel et divin, objet spécial de cette publication. Mais avant de I entreprendre, je crois devoir donner la nomenclature par ordre alphabétique d'auteurs des principaux ouvrages tant anciens que modernes, oui, en dehors de ceux déjà cités dans cette première dissertation, ont trait à la philosophie de l'art ou aux principes dH beau dans l'ordre naturel.

Aristotb, disciple de Platon. La poétique.

Arnaud. Réflexions sur les sources et les rapports des oeauxnirts et des belles-lettres, in-8*. Extrait du tome 1" des Variétés littéraires. Paris, 180*.

Bàrthélbiiy (l'abbé J.-J.). Voyage du jeune Anacharsis. Paris, 1788, souvent réimprimé.

Barthbz. Théorie du beau dans la nature et les arts. Paris, 1807, in-8*.

Bbrtrati D. Du goût et de la beauté, considérés dans les productions de la nature et dés arts. Caen, 1829, in-8*.

BROVELLifSalvatorJ. 5»/6ma filosofico délie MU arti. Milano, 1816, gr. în-S".

BuRKBR (Edmond). Recherche philosophique sur Corigine de nos idées du sublime e/t au beau, tracL de fanglais sur la septième édition. Paris, Pichon, 1803, iu-8\

CicoGNARA (Léop.). Del bello ragionamenti. Florence, 1818, in-*'.

Crousaz (De). Traité du beau. Amsterdam, 1724., 2 vol. in-12.

Dandrée (Eugène). Lettre à Jules de Laneival. Paris, 1807, in-8-.

Dblestre (J.-B.). Etude des passions anpliquées aux beaux-arts. Paris, 1833, in-8*.

Desmarais (C). Du beau idéal. Paris, 1821 , in-8-.

Droy (Joseph). Eludes sur le beau dans les arts. Paris, 1815.

Goethe. Mémoires. (Deuxième partie, liv.

IX.) Traduction de H. Blaze. Paris, 1829, et dans ses œuvres, passim.

GuizoT. Etudes sur les beaux^arts en gér néral. Paris, 1853.

HoGARTH. Analyse de la beauté. Londres, 1753. Traduit par Jansen. Paris^ 1805, 2 vol, in-8\

Kant. Considérations sur le sentiment du beau et du sublime, traduit par Hercule Peyer-Imhoff. Paris, 1796, in-8'. .

KÉRATRT. Du beau dans les arts d*imt7alion. Paris, 1822, 2 vol. in-12.

Le Batteux. Les beaux-arts réduits à un même principe. Paris, f7W, in-12.

Lbssing. Du Laoeoon^ ou des limites respectives de la poésie et de lapeinture, traduit par Charles Vanderbourç. Paris, 1802, in-8'.

Malaspina. Délie leggi del belle applicate alla pittura ed architettura saggio. Pari.s 1791. Milano, 1828, in-8'.

MARCBNAT(De). Essai sur la beauté.Varis^ 1770, în-8*.

Martiononi (Ignazio). Del gusto in ogni maniera d^amene ietiera ed arti. Como, 1793.

MossiAS. Théorie du beau et du sublime. Paris, Didot, 1824, in-8'.

M AZURE. Philosophie des arts du dessin. Paris, 1838, in-8'.

MiLLiN. Dictionnaire des beaux- arts. Pa« ris, 1838.

MoNTABERT. Traité complet de la peinture. Tome IV, chap. 124; De la théorie du beau. Paris, Bossany, 1829.

QuATREMÈRE DE QuiNCY. Essui sur la nature, le but et les moyens de limitation dans les beaux-arts. Paris, 1823, grand in-8'.

QuiNTiUEN. De. institutione oratoria, etc.

Reynold (Josué). Plusieurs Discours sur la peinture, traduits par Jansen, 1788 et 18u6 ; Essai sur le pittoresque, dans ses rapports avec le beau et le sublime. Londres,

ScHLÉGEL (A.-G.). Leçons sur rhistoire et la théorie des beaux-arts. Paris, 1830, •in-8'

Staël (Madame de). De r Allemagne. Paris,

ToLFFEE. Essai sur le beau dans les arts. Paris, Dubocbet, 1848,2 vol. in-12.

ViTET (Ludovic). Etudes sur les beaux^ arts. Pans, 1846, 2 vol. in-12.

SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL

it

DEUXIEME DISSERTATION

SUR LE BEAU INDÉAL SURNATUREL OU DIVIN

De rarl chrétien.

X^homme de science et de foi, qui étudie, •en véritable philosophe, les annales du christianisme, se sent écrasé sous Je poids de ses «uTres aussi multipjles que gigantesques. Pour ne parler ici que d« celles qui se rattachent aux arts dits libéraux, 1 architecture, la sculpture, la peinture ei la musique, objet actuel de nos études, elles <»tfrent a rob.servateur attentif des sujets inépuisables de réflexions , et par-dessus tout, ce type de beau idéal surnaturel ou divin que le christianisme seul pouvait nous révéler. Tout Je monde connaît cette heureuse pensée de M. de Bonald : « La littérature est Texpression de la société. • Ce que cet illustre philosophe a dit de la littérature, nous pouvons, avec non moins de justesse, rappliquer aux beaux arts, et dans BOtre société chrétienne, à Tart trop tardivement appela chrétien. Nommer cet art, n'est-ce pas présenter à Tesprit Tidée d*une poétique puisée dans les inspirations dfes livres saints, dans les enseignements et la vie de Jésua-Christ, des apôtres et des martyrs, et dans les naïves et attachantes légendes des siècles de foi? N'est-ce pas rappeler un ordre d*idées et tie sentiments tes plus purs, les plus éle« vés, les plus dégagés du sensualisme de l'antiquité? Le mot est nouveau, mais la <;hose est aussi ancienne que le christianisme. L*art chrétien a commencé avec les peintures et les sculptures des catacombes, avec les hymnes chantées par Jésus-Christ et ses disciples, et répétées ensuite dans toutes les assemblées, tn ecclesiis^ présidées }*ar Pierre, Paul, et leurs successeurs. L*art chrétien remonte donc è Jésus-Christ. Nommer Tart païen, au contraire, est-ce, même en Tappreciant aussi favorablement qu'il est permis raisonnablement de le faire, aller au delà de Télëgance, de la grAce, de la régularité, de la beauté de la forme, en un mot, et de l'expression du beau moral tel qu*on pouvait le concevoir dans les conditions de la gentilité?

Différence radicale qui existe entre Fart chrétien et Fart païen. Raisom de cette différence.

Il existe donc une différence radicale entre ces deux arts, quoi qu'en disent les prôneurs exclusifs de l'antiquité grecque, et nos critiques panthéistes qui voudraient que Ton confonoit dans la même admiration les artistes païens et les artistes chrétiens^ comme ils veulent qu'on honore du même respect et du même intérêt les cultes les plus divers, les plus opposés. Mais avec

DICTJ03I1I. A'ESTBÉTlQCft.

la meilleure volonté du monde on ne parviendra jamais à assimiler deux éléments aussi profondément distincts que Tart grée et l'art chrétien. En effet, que remarquonsnous dans le premier? La prédomioation de la beauté de la forme, unie quelquefois, il est vrai, à une très-haute expression morale, autant que le paganisme pouvait r atteindre. C'est ce que nous avons d^ ap))elé le beau idéal naturel, pour comprendre dans une déûnition commune et expliquer d'après elle le beau physique et le beau moral antique, idéalisés, bien que prenant leur point de départ dans l'ordre naturel.

Dans l'art chrétien, au contraire, que remarquons-nous? si ce n'est la prédomination de l'inspiration surnaturelle, mystique, céleste, divine, que le christianisme seul pouvait nous révéler; prédomination tellement sensible, que la chair, participant elle-même de cette transformation divine, tend sans cesse à se spiritualiser.

Le beau chrétien: pourquoi appelé beau idéal surnaturel et divin ; ne doit pas être con^^

. fondu avec le beau idéal naturel ou hn^ main^ comme on le fait communément.

Inconvénients de cette confusion. Elle a été occasionnée par la réforme et la renais* sance^ et de nos jours par les systèmes des rationalistes^ des progressistes et des fansh tiaues de fart pour l art.

Et voilà pourauoi j'appelle le beau chrétien : beau idéal surnaturel ou divin, » pour expliquer convenablement les conditions essentielles de cet art qui, sans dédaigner la beauté de la forme, s'élève audessus d'elle» au-dessus de ce monde terrestre, matériel, pour aller découvrir dans les splendeurs du Verbe, ces types du beau et du bien qu'il est venu nous révéler luimême, en nous communiquant directement la vérité et la vie dont il possède toute la plénitude. C'est faute devoir remarqué cette différence radicale qui existe entre le beau idéal « naturel » du paganisme et le beau idéal « surnaturel » des Chrétiens, que des écrivains et des artistes, très-distin- Çués d'ailleurs, se sont laissé aller aux plus étranges aberrations, soit dans l'examen comparatif des œuvres des deux écoles, soit dans la direction qu'ils ont cru devoir imprimer à leurs élèves.

Et cela n'a rien d'étonnant, quand on songe à l'influence pernicieuse qu ont exercée sur l'esprit public la renaissance païenne et la réforme du xvi* siècle. Ces deux sœurs, unies par tant de liens, ont laissé pour héritage trois siècles de dénigrement et da

DEUXIEME DISSERTATION

calomnie, pendant lesquels Thistoire n*a été, selon 1 expression si juste et si énergique de M. de Maistre, qu'une conspiralion flagrante contre la vérité. On sait comment les grands hommes et les grandes institutions du catholicisme furent immolés h ce paganisme renouvelé des Grecs et des Romains. On connaît les assauts redoublés que le dogme et fart chrétien ont eu à soutenir, même dans ces derniers temps, de la part des rationalistes, des soi-disant progressistes et des fanatiques de Tart « pour i*aK. » Nous reviendrons plus tard sur ces diverses considérations ainsi que sur cette réaction merveilleuse qui depuis cinquante ans se manifeste, de plus en plus sensible, en faveur de Tart chrétien.

Nécessité d^ établir clairement les principes et les conditions du beau dans lart chré" . tien.

Pour le moment, il importe d'établir clairement les principes et les conditions du beau dans cet art si longtemps méconnu. C'est ce que je vais essaj^er de foiire dans cette deuxième dissertation préliminaire aux nombreux articles de ce Dictionnaire, dont elle sera pour ainsi dire la clef en les reliant entre eux par un lien commun et par des considérations générales qui se rapportent à toutes les oranches de l'art chrétien envisagé au point de vue du beau surnaturel ou divin qui lui est propre. Et comme chacune de ces branches ae Vati catholique a son côté humain, nous les traiterons d'abord à ce point de vue, d'après les principes du beau idéal naturel aue nous avons i)Osés dans notre première issertation ; ensuite nous les considérerons au point de vue plus relevé du beau surnaturel ou divin, tel que nous allons l'exposer dans celle-ci. Nous n'aurons donc qu'à appliquer à chacun des mots Aechitegture,Sgglpturb, Musique et Peinture, et à leurs dérivés, les conséquences des principes déjà établis in extenso dans nos deux dissertations, et, tout en payant un large et bien légitime tribut d admiration à la beauté idéale dans l'ordre naturel, nous apprendrons à connaître et à apprécier 1 excellence incontestable de la beauté idéale, dans l'ordre surnaturel.

La déchéance originelle de Vhomme et du monde physique^ et la réhabilitation de l'un et de iautre par le Verbe incarné; deux grands faits dont il faut nécessairement tenir compte pour comprendre les véritables conditions du beau tdéal surnaturel et sa supériorité sur le beau idéal humain.

Pour comprendre cette excellence du beau idéal chrétien ou surnaturel, il faut nécessairement tenir compte de deux grands faits autour desquels gravite l'histoire de l'humanité tout entière, je veux dire la déchéance de l'homme, dans son âme, dans son corps, avec celle du monde physiqpie, et la réhabilitation de Fun et de 1 autre par

le Verbe incarné., d'abord darts le temps, ensuite, et plus complète, dans l'éternité après la résurrection générale des corps. Ces deux grands faits, soit qu'on les admette dans Je sens catholique à titre de dogmes inébranlables, soit qu on les admette dans un sens purement hypothétique et rationnel, ' peuvent seuls nous expliquer les évolutions diverses et mystérieuses de l'espril humain, et ses aspirations incessantes vers une beauté et une félicité qu'il sait ne pouvoir exister ici- bas. Faute d'en tenir compte, par la crainte de paraître trop religieux, la plupart de nos esthéticiens ont méconnu les conditions essentielles de Tart chrétien et les véritables causes de sa supériorité sur Tart païen, ou ne les ont connues que bien impanaitement, en sorte c|ue "n'ayant pas le fil qui seul pouvait les diriger sûrement dans le labyrinthe des opinions humaines aussi variées que contradictoires, ils sont allés constamment à la dérive, se laissant emporter à tout vent de doctrine, quand ils ont voulu juger les œuvres d'un art tout surnaturel et divin. Qui ne voit, en effet, que la déchéance de l'homme et de ce monde par le péché, et leur réhabilitation par la révélation du Verbe incarné, se rattachant nécessairement à la création et à la révélation primitive, le lien qui unit, en les soudant l'une à Tau* tre, ces deux révélations et qui unit de même l'ordre de la création et celui de la rédemption, auxquels elles correspondent, établit des rapports étroits entre le beau surnaturel et divin et le beau naturel et humain. Et comme en fait de doctrine et («e morale proprement dite. Tordre de la création est surisse de beaucoup par l'ordre de l'incarnation, il en est de même, dans ces deux ordres, du beau naturel et humain par rapport au beau surnaturel et divin. C'est là une vérité qui ressortira, j'espère, avec plusieurs autres qui s'y rattachent, de l'ensemble de cette deuxième dissertation dont les deux principales divisions sont déjà indiquées d'elles-mêmes, c'est-à-dire que dans la première nous exposerons la déchéance de Thomme et de ce monde physique par le péché, et dans la seconde et dernière, la réhabilitation de l'un et de Fautre, parle Verbe fait chair, en même temps que tes conséquences directes de cette réhabilitation pour la poétique de l'art qu'elle a transformé et divinisé.

Page 1