‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 91 sur 167 · SS · texte numérisé non relu

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nombre sont de vrais chefs-d'œuvre sous tous les rapports. Au surplus, attendons ; les ÂMnaltê sauront bien réhabiliter la statuaire chrétienne comme tout le reste. »

M. Didron, en insérant dans les Annales arekéologiques (tome 11% 1845) ces quelques lignes, m'engageait en termes trop flatteurs potir être reproduits, à réunir en un volume mes feuilles volantes. J'ai rempli, du moins partiellement, son désir, à Tarticle Stras- BODRG {Caihédrale de) ; mais lui-même a largement confirmé mes prévisions, {)ar les remarquables et savants articles, d'un intérêt aussi neuf que piquant, qu*il a publiés dans les Annales archéologiques^ sur la statuaire chrétienne. Nous lui avons emprunté celui de RsiMS {Cathédrale de), en sorte que la lecture de ces deux articles qui se complètent Tun par l'autre, donnera, j*espère, une idée suffisante de la richesse et de la beauté de notre statuaire clirétienne, au point de vue de l'esthétique la plus intime, ia plus large et la plus élevée, voir aussi les mots : Ar-

CaUTECTORB, EXPRESSION, GRANDEUR, PEIN- TURE, Amiens (Cathédrale (f ), Frange, ScdlrruRB, Type, Vitraux peints.

STEPHANO. Elève de Giotto en 1355. Vûjf. Peinture.

STRASBOURG (Cathédrale de). Du haut de la tour de la paroisse Saint-Georges de Scblestadt, une des plus belles églises en gothique fleuri, de TAIsace, on découvre à une distance de dix lieues, la flèche de la cathédrale de Strasbourg. On est au centre d*un magnifique et immense panorama qui se développe sur une longueur de quarante lieues ; au milieu de cette belle plaine de TAlsace, sillonnée par des rivières et des canaux qui y répandent sans cesse la fertilité et la vie , toute couverte de riantes campagnes, de charmants villages et de villes industrieuses dont les élégants clochers, presque tous imités de celui de Strasbourg, se succèdent sans interruption , élevant leurs flèches aiguës au-dessus des peupliers el des jolis massifs de verdure qui les en* ▼ironnent; bordée à l'est, par le Rhin, à Touest et dans le lointain, par cette grande chaîne des moniagnes des Vosges, dont la teinte azurée qui se confond avec celle du ciel, et les formes sans cesse variées fascinent les regards charmés du touriste et du vogageur. 11 faut avoir contemplé ce magnifique tableau, par une belle journée de prin- Usmps, pour s en faire une idée. En 1844, cette satisfaction me fut donnée.

C'est du milieu de cette vaste et belle plaine, qui s'étend encore à quinze lieues êu nord de Strasbourg, qu'on voit se détacher peu à peu la svelte et gigantesque flèche du célèbre Munster. Depuis longtemps je la cherchais des yeux. Lorsque, à travers MB horizon immense et sans nuages, il me fil possible d*en distinguer la cime eflilée, je oie livrai à ce recueillement intime et solennel qu'on éprouve, en découvrant pour

(705) On le cemprendra aisément si Ton considère ^iie les maisous les plus élevées aiieignent à peine

DlCTIOHS. n*EsTHÉTIOUB.

la première fois une de ces merveilles monumentales qui, depuis des siècles, sont en possession de Tadmiration universelle. C'est ce qui m'était déjà arrivé, en apercevant dans un lointain horizon, le dôme de Saint- Pierre, se dessinant solitairement au-dessus de cette campagne de Rome, aussi triste, aussi déserte, que celle de l'Alsace est fraîche, riante et animée. Mais la flèche de Strasbourg frappe davantage, surtout quand on la voit de près.

Cependant, h mesure qu'emportés i)lut6t que traînés par les rapides wagons, nous nous approchions de la ville, nous voyions apparaître et disparaître successivement à travers les touffes d'arbres, qui couvrent çà et iè cette riche vallée, la flèche et le portail de la cathédrale; et, chaque fois que le géant reparaissait à nos resards, il semblait avoir grandi. Au moment df'entrer dans une ville de 75,795 Ames, nous ne distinguions absolument que sa cathédrale» et nous n'étions pas médiocrement surpris de voir le superbe édifice dominer de sa hauteur toute entière, une vaste et puissante cité (7(KS).

A peine arrivé et installé dans la ville, je me dirigeai, comme je pus, vers la cathédrale qui, seule, m*y avait attiré. Dans ces sortes de circonstances, il est bon de se présenter, comme à l'improvisle, devant un monument, en faisant abstraction de toute idée d'étude, de voyaj^e et de comparaison. La première impression est presque tou* jours en effet la plus vraie et la mieux sentie. La réflexion vient ensuite, pour l'expliquer et la développer. C'est pourquoi, lorsqu'il m*arrive pour ia première fois de me trouver en face d'un monument célèbre, j en examine d'abord tout Textérieur, en commençant par le srand portail. Ayleiit ainsi pris une idée générale de l'extérieur,

I'e pénètre dans l'inlérieur, et me place d'abord sur le seuil de la grande porte, ensuite, au rond-point du chœur, deux positions les plus favorables pour ju^er de l'intérieur d'une église, et pouvoir dire : «je l'ai vue.» Après cet examen général et assez rapide de Tensemble, je reviensîi l'extérieur pour en étudier les détails avec attention, et je rentre ensuite dans l'intérieur pour m'y livrer au même travail. Ces deux dernières opérations sont naturellement beaucoup plus longues que les deux premières. Ce n'est qu'après les avoir terminées, que j'essaie de me former une opinion aussi juste 3ue possible, sur Tensemble et les détails e l'édifice.

C'est dans jces dispositions, que j arrivai devant le grand portail de la catnédrale, par la rue ouverte en face. Quel aspect grandiose et ravissant, que celui de ce magnifique portail ! L'imagination est écrasée à la vue de cette immense surface merveilleusement ouvragée dans toute sa largeur et dans toute sa hauteur, qui n'est rien moins que de 230 pieds, sans y comprendre la flèche

parleur troisième étage à la hauteur du porche eité • rieiirdela porte priucipale du gigaatcaque monuoieui.

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aérienne qui, après avoir fait corps avec elle, s'élève encore à 210 pieds au-dessus. Je ne crois pas qu'il eiiste de portail d'église aussi gigantesque, aussi hardi et aussi majestueux. Toutefois, il a un rival dans celui de Reims, qui est aussi beau et plus homogène, parce qu'il se trouve mieux en rapport dans son ensemble, avec l'ordonnance et les dimensions de la basilique à laquelle il appartient. Nous donnerons plus Las la raison de cette ditférence.

En face de ce magnifique chef-d'œuvre d'architecture chrétienne, on ne saK ce qu'on doit le plus admirer, ou de ses colossales proportions, ou du fini de ses innombrables sculptures, dont la simple énumération fatiguerait la curiosité la plus avide. Tantôt, c'est rinefTablè harmonie de ce vaste ensemble, qui vous ravit; tantôt, c'est Textrôme délicatesse des détails, qui absorbe votre attention. De là vient que Tadmiration, provoquée à la fois par tant d'obiels divers, ne sait où se fixer et fait place a une immobilité pour ainsi dire extatique. Mais voyez <iuel mouvement, quelle vie, quelle expression surnaturelle dans tout ce monde de statues de saints, de vierges, d'évôques, de rois, de reines et de guerriers, qui, groupés dans des niches ouvragées comme de la dentelle, et dans les attitudes diverses de la louange, de Tamour, de la prière, peuplent comme des hôtes anciens et fidèles cette inagnitique façade de la maison de Dieul £t en même temps, quelle grâce, quelle légèreté, dans ces colonnettes effilées, qui s'élancent de la base de l'édiQce, jusqu'à sa plus grande hauteur ! Elles sont surmontées ellesluêmes de pinacles, de clochetons, de fenêtres en lancettes ou do longues croisées à jour, de 100 pieds d'élévatien, comme celles (}ui contournent, en la rendant trans])arente, la tour octogone destinée à supporter la flèche renommée.

Que dire de cette flèche, ou plutôt de cet agrégat de milliers de dais, sculptés aussi délicatement que s'ils devaient être vus de très-près, et qui, enchevêtrés les uns dans IdiS autres, et superposés on retraite, affectent par suite de leur diminution graduée, la forme d'une flèche qui s'élève, surmontée d'une croix, à kkO pieds au-dessus du sol? Mais en voilà assez, en ce qui touche la description du merveilleux portail ; nous la reprendrons tout à l'heure avec plus de détails, et à deux poiiits de vue principaux ; qu'il me suffise de faire remarquer ici que ce portail considéré enlui-même, et abstraction faite de l'église pour laquelle il a été construit et qu'il dépasse de beaucouf), réuiiit au plus haut degré, la majesté, la grâce et la légèreté. Ces trois caractères, il les tire de la grandeur de ses proportions, jointes à l'unité d'un plan qui s*allie très -heureusement aux motifs si étonnamment variés de sculpture, qui sont entrés dans sa décoralion. El pour nous rendre bien compte de i'.es diverses conditions du célèbre portail, supposons qu'au lieu d'être presque tout rec4»uvert de l'immense et transparent réseau

de broderies de pierres, qui 6n rend Taspect vraiment féerique, il soit entièremem lisse ; sans doute, on l'admirera tonjoarst k cause de la symétrie et de la grandeur de ses proportions, comme un moimiDeol imposant, majestueux. Mais, privé de cette multitude de sculptures, de profils qui s'harmonisaient si bien avec les diverses lignes de l'ensemble général, il aura perdu sa grâce et sa légèreté. Enfin, sapposons-Ie à la fois réduit à de médiocres. dimensîoDS, et vide des mille ornements qui le déeoraient, il ne sera plus qu'un édifice vulgeiremeut correct et régulier, comme on en voit partout.

Maintenant nous allons nous occuper de la double description de la cathédrale de Strasbourg, au point de vue de Tart absohi et au point de vue de l'esthétique chri^ tienne. Cette description sera suivie de l'histoire de la cathédrale et d*un aperça sur les confréries de maçons ou bâtîsseois d'églises, auxquelles son édification donoi lieu. Nous faisons précéder le tout, d'une notice historique sur la ville elle-même. i Bâti primitivement sur l'emplacemeirt d'un des 50 forts construits sur le Blhinper Drusus, beau-fils d'Auguste, Strasbourg, ap> pelé alors Argentoratum^ devint, sous Cincalla, cité romaine et le siège de lahuitiène légion. Après avoir été dévastée par les ïm^ bares, cette ville fut rétablie en 718 psr Adelbert, duc d'Alsace, et reçut le nom de Strasbourg, Straleburgum^ c'est-k-dire ville sur les routes, à cause des voies nombreoseï de communication dont elle était le centteii Dès Tan 496, elle avait été sous la dominetian des rois mérovingiens. Puis administfée par les ducs d'Alsace, depuis 837 jusqu'àb fin du xm* siècle, elle fit partie de l'empire d'Allemagne. Durant cette dernière période, elle fut exempte delà juridiction des cootei palatins qui gouvernaient l'AIsac-e, et elb eut ses comtes particuliers. Profitant de grand interrègne qui dura dejiuis l'empereur Conrad IV jusqu'à l'élection de Hodolphe de Hapsbourg, elle se constitutà peu près ville libre impériale. En Tan Ifll, elle entra dans la ligue défensive des villes rhénanes, qui étaient Cologne, Mayencc.

Worms, Spire et Bâle. Au commeneemeet du XVI* siècle, elle prit une part active m troubles de la réforme qui gagna à sa cause un grand nombre de ses habitants. L'Alsace ayant été cédée à la France par le treitéde Westphalie (1648), Strasbourg conserva s indépendance. Ce ne fui qu'en 1681, qa* détachement français s'en empara par i espèce de coup de main. Le h octobrede II môme année, toutes les autorités prêtèreiM serment à Louis XIV, qui y avait fait soi entrée solennelle avec une grande pomve. Ce fut alors que l'église cathédrale, donllei Luthériens s^étaient emparésdepuis plusd'ei siècle, fut rendue au culte catholique» ce môme temps qu'on restituait à son célèbreche* pitre une partie de ses immenses ricbesseii

Strasbourg, aujourd'hui chef-lieu de jKft fecture, évéché, siège de la S* division

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DESTIIETIQUE CHRETIENNE..

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. taire, d'une école d'artillerie, d'une académie ei de plusieurs autres importants établissements, est une place-forte de premier ordreet l'une des villes les plus importantes de la France. Sa population est de 75,795 âmes. L'intérieur, qui est vaste et généralement bien bAti, est sillonné de nombreux canauxformésparlarivièredllletlaBruesch, et couverts de distance en distance de ponts en bois ou en pierre.

Strasbourg a plusieurs places assez régulières. Ses deux principales sont la Place d'Armes, favorable pour les manœuvres, et celle deGuttemberg où l'on voit la statue en bronze récemment érigée au célèbre inventeur de rimprimerie. Cette mémorable découverte, source de tant de bit^n et de tant mal pour la société, et dont on pourrait dire ee que le fabuliste £sope disait de la langue, qu'il n'y a rien au monde de meilleur et de plus mauvais, selon le bon ou le mauvais usage qu'on en fait, est-elle convenablement exprimée par cette inscription fastueuse

Îuon lit sur le monument de son inventeur: ï la lumière fut I Non sans doute, car qui f trouve trop ne prouve rien. Quel est en enet e sens de cette emphatique inscription maladroitement empruntée au récit de la création tians la Genèse? Le voici : avant l'invention de l'imprimerie, le genre humain était plongé dans les ténèbres; mais après cette nouvelle découverte, il brilla désormais des plus vives elartés. Pardon, Messieurs les commissaires de la statue, vous vous êtes évidemment moqué du public, en cro)[ant, dans votre aveugle enthousiasme , lui faire accepter noe telle exagération. £b quoil il n'existait doue avant l«d6 ni école, ni université, ni académie. Il faut donc regarder comme non avenus tous les chefs-d œuvre artistiques, littéraires de l'antiquité, des premiers siècles du christianisme et du moyen Age. Mais à propos de moyen Age, c'est même en face de cette merveilleuse cathédrale dont l'érection suppose nécessairement dans ceux qui en furent les architectes des connaissances peu communes en géométrie, en optique, en perspective, en dessin linéaire, en histoire, en astronomie, que vous avez osé lancer k vos ancêtres cette sotte épigramme : Et la tumiire fut! Savez-vous bien que ChAteaubriand vous déclare nettement dans ses Etudes hiêtoriques^ qu'il n y eut jamais de barbarie proprement dite. Hais voyons si les siècles qui ont suivi la découverte de rimprimerie ont été exempts d'erreurs? Voyons si cette lumière, que vous comparez modestement k celle du soleil, n a pas été obscurcie par de fréquents nuages? Hélas! les doutes, les contradictions, les changements et oppositions de svstèmes, les aberrations les plus étranges, les guerres de religion avec le sang qu*elles ont fait couler, sont toiûoars allés leur train. L'imprimerie a multiplié tout cela au centuple. Instrument indifférent en soi, bon ou mauvais selon l'ai)plication qu'on en a faite, il a propagé les plus salutaires vérités et les plus lunestes erreurs, les doctrines le$ ulus ouros et les

enseignements les plus cyniques, la Bible et l'Aicoran, la poésie mystique et le roman

?;raveleux, les odes sacrées de Rousseau et es stances infAmes de la Pucelle, le panthéisme qui voit Dieu partout, et l'athéisme qui ne le reronnalt nulle part, l'autorité qui affirme et l'incrédulité qui nie, Téclectisuie qui n'admet que des vérités relatives et le scepticisme qui doute de toutes, l'optimisme qui trouve que tout est bien et le pessimisme qui trouve que tout est mal, le spiritualisme et le sensualisme, le bon et le mauvais, le vrai et le faux dans tous les genres possibles. Que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, l'imprimerie n'a cessé de

f>ropager et ne cessera de propager jusqu'à a fin des temps tous ces doutes, toutes ces incertitudes, toutes ces éternelles ténèbres de l'esprit humain. Et vous appelez cela lumière I Quelle lumière, grand Dieu ! Peuton déraisonner à ce point? Si vous nous disiez que l'imprimerie est devenue dans les sociétés modernes, le facile et rapide interprète de la pensée humaine; quelle a produit dans le domaine des sciences, des arts et de la littérature une de ces révolutions dignes de tout l'intérêt et de toutes les investigations des esprits supérieurs ; que ses conséquences, comme celles des nouveaux * véhicules mus par la vapeur, sont incalculables au point de vue de l'homme et de la société; nous prêterions volontiers l'oreille à un tel langage, parce que nous y verrions l'empreinte de la raison et de la vérité.

Mais dire que dès l'instant de cette découverte, la lumière fit place aux ténèbres chez les nations modernes; c'est vouloir trop prouver, c*est mentir à Thistoire, qui uaos enseigne qu'avant comme après, l'espi^ de l'homme a été ballotté par le doute et Terreur,

fiar les théories les plus extravagantes et es plus opposées en philosophie, en relii;ion, en politique^ en littérature, etc. Pour* quoi insulter ainsi gratuitement aux générations qui nous ont précédés ? Pourquoi vouloir diviser Thumanité en deux castes, celle d'avant et celle d'après? Ne dites-vous pas vous-même tous les jours que cette humanité, comme la nature, marche silencieusement vers son but, sans soubresaut et sans convulsion? Pourquoi vous mettre ainsi en contradiction avec vous-mêmes? Mais vous visiez au trait, à TefTet, et vous n'avez fait que de Temphase.

Qu'on me pardonne cette petite diversion contre une parodie du célèbre fiât lux et facta est lux. Je ne me la serais pas permise, si je n*avais encore sur le cœur les discours philosophiques ou sophistiques qui furent prononcés sur le même thème, lors de Tinauguration de la statue,en face du chef-d'œuvre d'Ërwin de Steinbach, comme un déli insultant lancé contre le génie d'une autre époque. £h Messieurs, déclamez un peu moins et donnez-nous Quelques petitscheis-d'œu vre comme en a créés par milliers ce moyen Age que vous appelez barbare^ dans votre superbe outrecuidance, vous barbares lettrés. Strasbourg a quinze églises, sept luthé*

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DICTlONiNAlRE

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Tiennes, sept calholiqiies et une réformée. Celle des églises catholiques, autres que la cathédrale, que j'ai pu visiter, m'ont paru généralement pauvres et mesq^aines. Le principal temple luthérien, anciennement réglise de Saint-Thomas, est un édifice gothique du XIV* siècle, remarquable par la pureté de ses lignes et la régularité de ses proportions. Après la cathédrale, c'est incontestablement la plus belle église de Strasbourg. Personne n'ignore que c'est dans cette église, au chevet du chœur, au'on voit lefameux tombeau du maréchal de Saxe, chef-d'œuvre de Pigale. 11 m'a paru digne de la célébrité dont il jouit. Néanmoins, j'ai vu, dans mes voyages, plusieurs tombeaux

f)lus remarquables, qui ne jouissent pas de a même réputation. Je ne parlerai pas davantage de celui-ci, attendu qu'il en existe un grand nombre de descriptions. Mais, dans une chapelle latérale de la même église, on voit deux autres tombeaux dont on ne parle guère, et qui m'ont autant impressionné, dans leur genre, que celui du maréchal de Saxe. Ce sont deux cercueils découverts, garnis seulement de lames de verre et placés en face l'un de l'autre. Quand vous vous approchez de ces deux cercueils, et que vous considérez, à travers le verre, deux cor()s embaumés avec une partie de leurs chairs et de leurs vêtements, vous éprouvez cette surprise mêlée d'une certaine frayeur qu'inspire toujours l'image inattendue de la mort. Ce chevalier que vous voyez étendu dans son cercueil diaphane et dont vous lK)uvez distinguer encore les principaux traits ainsi que le costume et l'armure che- Taleresques, est un ancien duc de Nassau, mort au xiv* siècle. Dans le cercueil en face est couchée une jeune princesse sa fille, morte à l'Age de seize ans. Quoiqu'elle soit lîien moins conservée que son père (car la mort s'acharne avec plus de rage sur le sexe le plus faible, ie plus délicat), on remarque un air de fraîcheur sur la figtire et les mains de cette jeune fille qui succomba dès le printemps de ses jours, et ne vécut que ce que vivent les roses, « l'espace d'un matin. » Sur sa tête repose encore une couronne qui fut bientôt flétrie. Néanmoins, à combien d'autres qui paraissaient plus solidement assises n'a-t-elle pas survécu ? On .se meta rêver sur le corps de cette jeune enfant, à côté duquel se sont déjà écoulées dans cette bruyante cité, tant de générations et parmi tant de vicissitudes 1 Repose en paix, gracieuse enfant, jusuu'au jour de la délivrance qui secouera les laibleh liens qui te tiennent encore h la terre, et rendra à ton corps sa fraîcheur et son angéliquo beauté 1

Quant aux environs de Strasbourg, il est peu de places - fortes qui en aient d'aussi agréables. On remarque, entre autres belles promenades publiques, celle des Contades, ombragée de tilleuls taillés en quinconce. Cette promenade, située près de la ville, hors la porte des Jui£s, est, dans les soirées d'été. Je rendez-vous du monde élégant. Si TOUS vous avaticez un peu plus dans la cam-

pagne, les bords de l'ill, de la Braesch et du Rhin, vous offriront des sites charmants et variés et de belles promenades d*où la vm s'échappe sur les Vosges et sur les montagnes Noires. La flèche de la cathédrale, qui domine ce vaste et beau panorama, lai imprime autant de mouvement que de grandeur. Un soir, je vis, par un ciel serein et un superbe clair de lune, celte gigantesque silhouette se mirer dans Tlll et y projeter son ombre^ sur une longueur de plus de 500 mètres. C'était véritablement Quelque chott de grand et d'étrange à considérer.

Passons maintenant à la description de notre cathédrale.

C'est par le grand portail, déjà ébaochéi au début de cet article, qu'il convient de commencer notre description. Goethe, ce roi de la poésie moderne allemande, loi a consacré dans ses Ménoireê une vérîtaUi dissertation. Cette dissertation, toute ■ faveur du monument qui j a donné lieu,eit d'autant plus curieuse à lire, que le gnud écrivain qui était en même temps arcbéoiegue, dessinateur et mathématicien très-dïitingué, s'est trouvé naturellement sur lOi terrain. £t ce qui ajoute un nouveau pmb au jusement de Goethe, et en garantit fi» partialité, c'est qu'avant été élevé dès lOi enfance, comme on l'était alors, dans des idées hostiles à l'architecture gothique, fl ne lui a rien moins fallu que révidenoe des faits et la force de la logique, i>our chanpr entièrement ses idées sur ce point. Mais m qui me fait la plus grand plaisir, c>stdeRtrouver chez le poëte allemand mes proDies idées sur l'architecture gothique considme uni(;[uement sous le rapport de Tart. QnaH aux oeautésd'un ordre plus relevé, je veu dire d'esthétique chrétienne, on en dlc^ cherait vainement l'appréciation dansletnvaii de Goethe. On ne s'en occupait gaèn lorsqu'il a écrit ses Mémoires^ surtout da« la spuère au milieu de laquelle il vivait k tâcherai d'y suppléer dans une deuxièfle description du portail, uniquement oonsh déré sous le rapport de la beauté oude l'esUié» tique chrétienne. Dans celle-ci, je vaiscoomencer par donner les détails matériels, moi indispensableSySurlemonument.Gœihevieidra ensuite les développer à sa manière.

On peut diviser le portail de la cathédnk de Strasbourg en trois zones principales, soi qu'on le considère dans sa hauteur, soit qB*€i le considère dans sa largeur. Si nous leeoisidérons dans sa largeur, nous remarqvrons qu'il est coupé en trois parties égiks par les quatre contre-forts gigantesques, qiii jjartant du soi, s'élèvent jusqu*à la pui^ lorme sur une échelle de 230 pieds. Ben sont au milieu de la façade, et les deux *«ttres, à ses deux extrémités. Ils sont OQVfftgés, festonnés et ornés de colonnes en fr grane, sur leur immense surfiace et sur la* trois intervalles, encore plus vastes, qni ^ séparent. Ce por ta il, d'une teinte lOQgedoA

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fini de ses innombrables détails; Tharmonieax agenrement des ligneis droites et des lignes courbes, qui se rencontrent sans se heurter; ces dispositions admirables, et plus souvent répétées ici qu^ailleurs, des creux et des Tides, qui donnent à TédiQce une transparence d'un effet ravissant; enfin, une variété inépuisable dans les diverses parties, dont il se compose, s*alliant toujours avec la simplicité et Tunité de l'ensemble.

Considéré dans sa hauteur, le portail se diTise, en allant de bas en haut, en trois zones, dont la première aboutit à la grande rosace; la seconde, delà grande rosace aux combles de Téglise; et la troisième, des combles à la plate-forme. Chacune de ces zones est séparée de celle qui la suit par unegalerie a jour, ouvragée en dentelle, avec une délicatesse inexprimable, surtout la galerie supérieure qu'on dirait brodée en points de Matines.

La première zone comprend dans sa largeur, trois parties principales, séparées les nnes des autres par les deux contre-forts du milieu, savoir : la grande porte et les deux petites, dont chacune néanmoins formerait «n beau portail d*église. La grande porte du milieu, presque aussi haute que les plus hautes maisons de la ville, est ornée de cinq ▼oussures ou archivoltes superposées, qui forment cinq magnifiques et immenses cordons déniches richement sculptées et renfermant une multitude de sujets historiques de l'Ancien Testament, dont nous ferons plus lard rénumération raisonnée.

Au-dessus de cette porte .s'élance à une trds-ffrande hauteur, un fronton triangulaire

- des plus hardis, toute jour, et armé, dans tout son pourtour, d'aiguilles de pierre encore plus hautes, dont plusieurs supportent jdes statues qui paraissent suspendues dans les airs. Le tympan, merveilleusement ouvragé, offre trois grands sujets de sculpture ehretienne dans des dimensions colossales, savoir : le Père représenté par une télé vénérable ; la Vierge, tenant 1 enfant Jésus sur ses genoux, et le roi Salomon patron des anciens maîtres maçons, constructeurs d'églises, environné de lions. Les deux intervalles, compris entre les deux bords du fronton et les deux contreforts du milieu, sont ornés lie fenêtres ogivales lancéolées, d'un fini incroyable d'exécution. Quand aux deuxpeti- Mm portes d'entrée, elles offrent le même

.ajrstème d'ornementation que celledu milieu, à là différence du fronton triangulaire qui est beaucoup moins élancé. Cette première zone est séparée de la seconde par une frise à jour, admirablement dentelée, ^ui r^ne sur toute la largeur du portail, et n est coupée que par les quatre grands contreforts et les quatre statues équestres de Clo- Tis, de Charlemagne, de Rodolphe de Hapsbourg et de Louis XIV, qui, placée^ dans les quatre fenêtres ogivales pratiquées dans

. Tépaisseur même des contre-forts, se détaebent en relief de la façade et étonnent par la hardiesse et le naturel de leur pose. La seconde zone du portail comprend d'a-

bord, au milieu, et entre les deux contreforts, la magnifique rosace de 150 pieds de circonférence et de kS pieds de diamètre (la hauteur d'une église ordinaire). Cette merveilleuse rose, dont les détails si gracieux et si légers exigeraient une description h part, est environnée, dans toute sa circonférence* d'un immense cercle fleuronné en pierre, gui détaché du mur, et par conséquent à jour, ne repose que sur quatre autres petites et délicieuses rosaces, placées à chacun des angles du grand carre au milieu duquel rayonne la belle rosace flamboyante comme lesoleil. Chacun des deux autres carrés, formés par les contre-forts, et correspondants aux deux petites portes d'entrée, est rempli par une immense fenêtre ogivale, à vide, de 60 pieds de haut, et recouverte elle-même de cinq autres fenêtres plus étroites et plus longues, qui, exécutées en filigrane, aboutissent à la galerie qui sépare la seconde zone de la troisième. Dans l'espace compris entre cette galerie et la grande rosace, on aperçoit un rang de douze belles niches renfermant les statues des douze apôtres.

Avant d'aborder la troisième zone du portail, qui commence par la galerie dont nous venons de parler, il importe d'observer que cette galerie correspoucl à peu prèsaux combles de la cathédrale, et représente par conséquent la hauteur de la voûte de l'édifice. Primitivement, la façade devait s'arrêter h cette hauteur, comme cela a lieu pour les autres cathédrales. Pourquoi celle de Strasbourg a-t-elle été exhaussée d'une troisième zone qui dépasse l'église de 130 pieds ? Eu voici La raison. Dans le premier plan de l'édifice, la flèche que le spectateur voit maintenant à sa ffâuf.ne devait, en partant du niveau du sol, faire corps avec 1^ portail jusqu'à sa plus grande hauteurqui n'était alors aue celle de la galerie au-dessus'de la rosace, c est-a-dire celle même de la voûte principale de réglise. Arrivée à ce point, eile devait s'élever au-dessus des combles, sous la forme d'une tour carrée, à une hauteur de 130 pieds, affecter ensuite la forme octogone sur une même hauteur, et enfin se terminer en flèche, comme on le voit aujourd'hui. Sur le côté droit de la façade devait s'élever une autre tour surmontée d'une flèche, et parfaitement semblable à celle qui a été terminée, dont elle aurait fait le pendant. Cette seconde tour fut commencée et poussée jusqu'à 130 pieds au-dessus du comble de 1 église, c'est-à-dire jusqu'au point où, perdant sa forme carrée, elle allait devenir octogone. Mais, soit défaut de ressources suffis sautes, soit par l'effet de cette révolution intellectuelle qui allait bouleverser Tartchrétien, et qui était déjà en germe dans les esprits, les travaux de la seconde tour furent suspendus à l'endroit que nous venons d'indiquer. Or, entre cette tour inachevée, du reste exactement conforme jusqu'à sa hauteur à la première, et celle-ci, if existait un vide considérable provenant de l'exhaussement de 130 pieds de la seconde tour au-dessus du portail; qui s'arrêtait alors à la hau-

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teur delà voûfe. 11 en résultait un effet désa-

Sréable à rœil, à cause de Tinégalité des eux tours. Pour y obvier, au moins en partie, on imagina d'exhausser le frontispice de la cathédrale iusqu'au fatte de ta tour inachevée, et de la relier ainsi avec l'autre, de manière que ces deux tours, qui faisaient déjè corps avec le portail jusqu'à sa hauteur primitive, continuassent àiaire corps avec ce massif qui les reliait et qui, en exhaussant la façade de 130 pieds environ, lui donnait cette hauteur gigantesque à laquelle jamais nul autre portail n*avait pu atteindre jusaue-là. Il est vrai que la tour achevée y a perdu et de sa hardiesse et de ses belles proportions; car au lieu de se détacher du portail, au comble de l'édifice, elle ne s'en détache plus maintenant qu'à 130 pieds plus haut. D'un autre côté, bien que le massirqui relie les deux tours dissimule le vide disgracieux qui existait entre elles, il n*obvie pas entièrement au défaut d'harmonie, disons mieux, à Tirrégularité choquante qui résulte de l'inégalité des deux tours. C'est une observation que ma conscience d'observateur ne me permet pas de taire, malgré l'admiration profonde que m'inspire un tel chefd'œuvre.

Ainsi, la troisième zone du portail se compose de deux tours carrées, sur ses deux côtés, et du massif qui les relie è 130 pieds au-dessus de la voûte. Sur la face occidentale de chacune de ces deux tours carrées se développe une immense fenêtre ogivale, et sur celle du massif même on en a pratiqué deux jumelles d'une même proportion. Enfin toute cette dernière zone du portail est couronnée d'une galerie à jour, plus ravissante encore que les deux autres par la finesse de ses découpures qu'on dirait avoir été exécutées par le ciseau le plus habile et le plus délicat.

Maintenant deux mots sur la tour de gauche et sur la fameuse flèche qui la surmonte. Après avoir fait corps avec le portail, ainsi que nous l'avons remarqué, elle quitte la forme carrée pour prendre la forme octogone. Or, cette tour octogone de plus de 100 pieds d'élévation est percée à jour du haut en bas, et ne se soutient que sur la maçonnerie de ses angles. Mais ces angles sont eux-mêmes extrêmement légers , puisque la tour, sur chacune de ses faces, est percée d'une immense fenêtre ogivale à jour de 100 pieds de hauteur, ce qui la rend véritablement transparente. Ce qu'il y a de plus merveilleux dans cette tour, c'est que dans toute sa hauteur elle est flanquée de quatre escaliers en spirales, hors d'oeuvre, qui ont la forme de tourillons exagones, et qui, percés de toute part, dans toute leur élévation qui est de 100 pieds, et n'ayant d'autres maçonneries que celles des angles et de la rampe en fer de l'escalier, paraissent suspendus dans les airs. C'est l'effet qu'ils produisent, surtout quand on prend la peine de les monter. Jlfaut observer qu'un de ces escaliers est double , en sorte que deux personnes peuvent y monter en même temps et se parler

sans se voir. J'oubliais de dire ooe cette tour était, aux trois quarts de sa nauteor, entourée d'une riche galerie sculptée à jour et soutenue elle-même par quatre fenétrH ogivales entièrement évidées et correspoiidant aux quatre grandes fenêtres dont j'ai parlé plus haut.

Immédiatement sur cette tour merreîlleose repose la célèbre flèche qui est une pyramide octogone é vidée de toute part, tooti recouverte d'une multitude de dais et de clochetons superposés en retraite, et dont les arêtes sont autant d'escaliers tournaoli par où l'on monte extérieurement jusqn'k It lanterne, chefnd'œuvre d'élégance et de légèreté , de là à fa boule et à la croix, n moyen de crampons en fer. Denuis queiqui temps, cette ascension de la flècne est interdite, à cause du danger d'étourdissemenl auquel elle exposait certaines personoN.

C'est là aussi que je me suis arrête et quefii pu contempler de très-près cette immense sculpture pyramidale à jour t Quant aumignifique panorama dont on y jouît, Goethe nous le décrira lui-même bîenlAt. Haisavant de quitter la tour et d'en donner la (Hmension, n'oublions pas de reoQHrqiier m les différentes voûtes qu'on y a pratiqnéei intérieurement sont percées de teUe sortCt que depuis le haut de la lanterne les regards peuvent plonger en ligne perpoMth culaire jusque sur le parvis de réalise.

La hauteur de cette tour merreîlleose M mesurée en 1666, par l'architecte HeUer, qui la trouva de Mh pieds, mesure de Stmbourg. ( tle pied est moins grand d'an li' environ que celui de Paris). Selon Eismchmidius, la tour aurait 500 pieds de Stnibours, c'est-à-dire environ 445 de Paris. DV près Tes calcuk d'Augelo Rom , elle ne serait que de 15 pieds plus haut que ledtiifi de Saint-Pierre, et de 25 pieds moins haaie que la plus élevée des pyramides d'Impie. Nous donnerons plus tard les calculs ks

Elus récents en pieds et ea mètres sur b auteur de cette tour et sur les hauleon comparatives des monuments les plus célèbres de l'univers.

En voilà assez, je pense, pour ta premièit description matérielle du fameux portail et de sa tour. Maintenant qu'il s'agit de Tap- })récier au point de vue de l'art en générd, je vais laisser la plume à l'éloquent et stvant poëte allemand. Voici comment il mb raconte ses premières impressions; c'élat la première fois qu'il se trouvait h Strl^ bourg, où il était venu, après avoir (fUiH la maison paternelle à Francfort, contUMier ses études universitaires.

« J'étais descendu à Thôtel del*E^

prit. Je sortis aussitôt pour contenter moa désir le plus ardent et pour ni*approcherdc la cathédrale, qui m'avait été montrée de loin par mes compagnons de voyage, etstr laquelle mes yeui étaient demeurés fixfc dans une longue étendue de chemin. Lor^ que de la petite rue qui y conduisait f»p^ çns ce colosse, et que je me trouvai tam^ tout auprès, sur la place peu spacieuse oii'

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D*£STI1ETIQLE GHRëTIENNE.

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8*élèye, it produisit sur mot une impression me je fus incapable de débrouiller sur-lecbamp, et qui me resta pour Tinstant obs- €urey pendant que je montais en Mte au faite de Tédifice pour ne pas manquer le moment précieux d'un soleil brillant, à la faveur duquel j'allais découTrir, en un seul coup d'œil, t-e yaste et riche pays.

«Je vis du haut de la plate-forme cette belle contrée qui était devant moi, et dans laquelle ie devais séjourner «l vivre quelque temps, les prés d'alentour remplis, entremêlés d'arbres superbes et touffus, cette richesse surprenante de végétation, qui, suivant k cours du Rhin, en marque les rives, les îles et les bas-fonds. Le terrain plat qui descend du côté du sud et qui est arrosé par rill; est également décoré d'une verdure brillante; môme du côté de Touest, près de la montagne se trouvent beaucoup de vallons, où des bois et des prairies présentent un aspect attrayant, tandis que la partie septentrionale, plus accidentée, est coupée ae petits ruisseaux, en nombre inflni, qui hâtent partout la végétation. Si Ton se représente, entre ces plaines qut s'étendent délicieusement , entre ces bois agréablement parsemés, celte terre si bien cultivée...., ce grand espace à perte de vue, sorte de nouveau paradis préparé pour la race humaine, terminé à des distances diverses par des montagnes, moitié cultivées, moitié couvertes de forêts, on comprendra le ravissement avec lequel je bénis ma destinée, qui m'avait assigné pour un certain laps de temps une aussi belle résidence.

c Descendu de la hauteur je demeurai encore assez longtemps en face du vénérable édifice; mais m la première fois, ni dans les premiers temps, je ne pus parfaitement m'expliquer la sensation que cette œuvre merveilleuse produisit sur moi; elle me fit l'effet d'une masse monstrueuse, qui m'eût effrayé, si elle ne m'avait pas paru en même temps compréhensible par sa symétrie , agréable même par le fini de ses détails. Celte contradiction pourtant ne me préoccupa nullement, et je laissai ce monument prouigieux agir sur moi par son seul aspect.... »

Voilà pour la première impression de Goethe. Mais le jeune étudiant ne se borna pas là. 11 se livra à une étude sérieuse et persévérante du monument. En homme de génie, il ne tarda pas à en reconnaître Tineffable beauté et à revenir sur los préjugés dont on l'avait nourri dans son enfance contre Tart gothique; et son admiration profonde etsans réserve pour un de ses plus beaux chefs-d'œuvre ne fit que s'accroître avec Tâge bien loin de s'affaiblir. C'est ce qu'il va nous raconter lui-même, dans les intéressantes pages de ses Mémoires^ qui suivent :

« Plus je considérais la façade de cette car Ibédrale, poursuit Goethe, plus se fortifiait et se débrouillait en moi cette première impression que le sublime y est uni à l'agréable. Pour que le gigantesque, en se présentant comme masse à nos yeux , ne nous •ffraie pas, pour que nous ne nous y per-

dions pas en cherchant à pénétrer ses détails, il faut qu'il contracte une alliancecontre nature et en apparence impossible ; il faut qu'il s'unisse a l'agréable. Comme nous ne pouvons exprimer l'effet que produit la cathédrale qu'en supposant l'union de ces deux qualités incompatibles, nous voyons par là la haute estime que nous devons faire de ce vieux monument, et nous nous mettons sérieusement à expliquer comment des éléments contradictoires peuvent se pénétrer et s'associer paisiblement.

« Laissant pour le moment les tours, toutes lios réflexrons se porteront sur la façade, dont l'aspect est imposant, sous la lorme d'un carré long, élevé sur son plus petit côté. Quand nous nous en approchons pendant le crépuscule, au clair de la lune, dans une nuitétoilée, dans un moment, enfin, où les parties deviennent plus ou moins indistinctes et finissent par s'effacer, nous ne voyons qu'un mur colossal dont les proportions sont de l'effet le plus satisfaisant. Quand nous considérons ce monument pendant le jour et que, par la force de notre esprit, nous faisons abstraction des détails, nous y reconnaissons une façade qui nonseulement clôt les espaces intérieurs de l'édifice, mais cache aussi ses diverses parties latérales. Les ouvertures de cette immense surface se rapportent aux besoins de l'intérieur de l'édifice ; d'après ces besoins » nous pouvons la diviser en neuf parties. La grande, porte du milieu, qui est située visa-vis de la nef principale,. se présente tout d'abord à nos yeux ; a ses deux celés s'en trouvent deux plus petites , appartenant aux deux nefs latérales ; au-dessus de la porte principale , notre regard rencontre l'ouverture circulaire destinée à répandre dans l'église et sous ses voûtes une lumière mystérieuse. Sur ses faces, on aperçoit deux grandes ouvertures obliques, en forme de carrés longs, qui contrastent d'une manière frappante avec celle du milieu, et qui- laissent voir, qu'elles appartiennent à la base des tours qui s'élèvent de chaque côté. Au troisième étage sont rangées les unes à côté des autres trois ouvertures destinées au beffroi et à d'autres besoins du culte. Le tout est terminé horizontalement en haut ar la balustrade de la galerie', au lieu de 'être par un entablement. Quatre piliers qui partent du sol soutiennent les neuf espaces que je viens de décrire, les terminent et les séparent en trois grandes sections perpendiculaires.

c De même qu'on ne peut contester de belles proportions à la masse tout entière, ces piliers et les compartiments déliés qu'ils forment entre eux donnent aux détails de la façade un aspect symétriquement léger.*

a Si nous poursuivons notre abstraction, si nous nous figurons ce mur gigantesque nu, avec de fermes contre-forts, percé de toutes les ouvertures nécessaires , mais de celles-là seulement ; si nous reconnaiss'ons enfin à ces grandes divisions des proportions convenables, Tensemble, s^ans doutei

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DIGTIOMNAIRE

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sera grave et noble ; mais il sera toujours triste et sévère, et, dans sa nudité, il paraîtra sans art ; car une œuvre dont Tensemble se compose de parties grandes, simples et harmonieuses , produit bien une impression de noblesse et de majesté; mais la véritable puissance , celle que la satisfaction engendre, ne peut résulter que de Tharmonie de tous les détails dans leur développement.

cEn cela justement, Tédifice que nous considérons nous satisfait au plus naut degré , car nous voyons tous ces ornements entièrement en narmonie aven la partie qu'ils décorent ; ils y sont subordonnés et semblent en dériver. Une pareille variété cause toujours un vif plaisir quand elle s'appuie sur les convenances de Tart, et que, I)ar conséauent, elle éveille en même temps 'idée de 1 unité ; et ce n'est que dans de pareilles conditions que l'exécution est estimée comme la cime de lart.

« Par de tels moyens, une muraille solide, impénétrable, qui doit s'annoncer comme la Dase de deux tours se perdant dans les nues, apparaîtra reposant sur elle-même et se soutenant par elle-même, mais en même temps légère et gracieuse ; et, bien que percée en mille endroits, elle donnera l'idée d'une inébranlable solidité.

« Ce problème est résolu avec un bonheur infini. Les ouvertures du mur, ses parties solides, les piliers, chaque chose enfin a son caractère spécial qui résulte de sa destination particulière ; ce caractère se communique par degré aux subdivisions. De la sorte, tout est décoré harmonieusement ; le grand comme le petit se trouve à la place qui lui appartient, peut être saisi aisément, et le gigantesque devient agréable. Je me borne a mentionner les portes s'enfonçant en perspective dans l'épaisseur du mur , et dont les piliers et les ogives sont chargés d'une multitude d'ornements; l'ouverture de la rosace qu'elle forme par sa grandeur , le proGl de ses baguettes ainsi que les délicates colonnettes des sections perpendiculaires. Représentez-vous les piliers s'enfu^ant par degrés avec leurs petits édifices pointus, élancés, s'élevant aussi dans l'air, disposés en manière de dais pour protéger les statues de^ saints et soutenus par des colonnes légères ; et flnalement, chaque nervure , chaque chapiteau , apparaissant sous la forme aun bouton de fleurs, d'une rangée de feuilles ou de quelque autre image naturelle façonnée d*après les convenances de la pierre. Examinez maintenant, sinon l'édifice lui-même , au moins les copies de l'ensemble et des détails, afin d'apprécier et d'animer ma description. Elle pourra paraître exagérée à beaucoup de personnes; car moi-même , bien que je fusse enthousiasmé dès le j3remier coup d'œil par ce monument, il me fallut beaucoup de temps pour me pénétrer profondément de sa beauté.

«Ayant vécu parmi les détracteurs de l'architecture eothique, je ressentais une antipathie profonde pour cette prodigalité et pour cette confusipn d'ornements , dont

le désordre donnait un aspect désagrMk à'des monuments d'un caractère reTigien et sombre ; ce qui m'avait confirmé ôm celte disposition hostile, c'était que lesotvres de ce ^enre qui s*étaient présenléis i ma vue étaient toutes des œuvres sans f/tnie, n'offrant ni beauté des proportions fti harmonie véritable. Mais cette fois une notvelle révélation sembla luire à mes regards; car, loin de retrouver ces défauts daDste monument, je ne pus qu'admirer sans li* serve.

« A mesure que je regardai et que je réfléchis davantage, ie fis de nouvelles oee» vertes. J'avais déjà aperçu l'harmonie dsi parties principales, le goût et la ridwM des ornements jusque dans les ulos petits détails ; mais alors ]e reconnus renchâtasment de ces divers ornements entre eQX,li liaison entre les parties principales, Tumli des détails similaires , il est vrai , mais otrêmement variés dans leur forme , dejw le caché jusau'au gigantesque» depau k feuille jusq[u'a la pointe ; plus j'examinai, et p1usj*étais frappé d'étonnement ; (rins ji m'amusais et je me fatiguais à mesurer d à dessiner, et plus mon admiration croissait; de sorte que j'employai beauconpdi temps, soit à étudier l'édifice tel qu'il ei»tait« soit à rétablir dans ma pensée et svb papier ce qui manquait, ce qui était iflh chevé, notamment dans les tours

ff Trouvant cet édifice bflti avec tant à perfection sur une ancienne terre allemnii et dans une époque tout allemande, apprenant de plus que le nom de rarcbileeliv qu'on lisait sur une tombe modeste, éUÉ allemand par la consonnance et par rori» gine, j'entrepris, dans mon enthousisMi pour cette œuvre d'art, de changer le Doa mal famé de gothique, donné jusqu'alonl cette architecture, et de la revendienvr pour mon pays en lui donnant celui ov* chitecture allemande, oralement d*abofd; puis, dans un petit mémoire adressé aoéofr teur Erwin de Steinbach, je mis au jour bm sentiments patriotiques. »

Suivent des réflexions philosophiqaei intéressantes, mais aue nous omettois, parce qu'elles nous mèneraient trop lois cl qu'elles ne se rattachent d'ailleurs qu'infr rectementau sujet qui nous occupe. L'ai< teur y rentre par des observations trlijustes et qui ont aujourd'hui un véritaiÉ mérite d'à-propos, sur le flux et le reflux dB opinions en fait d'art, et sur la solidarité* rhumanité tout entière pour l'exécaliai définitive des œuvres du génie de rhomo^ n'importe l'époque plus ou moins recoUa à laquelle elles ont été commencées.

« Si dans le cours de notre vie, om voyons accomplir par les autres une oovR pour laquelle nous nous sommes senti aoié* rieureroent une vocation, mais à ImpA nous avons été obligés de renoncer cooM* à tant d^autres; alors surgit ce noble seitiment, que c'est l'humanité collective snl^ ment qui efM l'homme véritable* et qoe riadividu ne peut être content et beoieux q*t

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D ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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8*il a le coarage de se sentir dans l*ensemble. Celte réflexion est opportune ici ; car, guand je songe au penchant qui m*entratnait vers ces vieux édifices, quand je calcule le temps

guej*ai consacré à la seule cathédrale de trasbourg, le soin avec lequel j'ai étudié Elus tard celle de Cologne et celle de Friourg, en appréciant toujours davantage le mérite de ces monuments, je suis tenté de me reprocher de les avoir perdus de vue plus tard, et attiré comme je Tétais par un art plus vaste, de les avoir même complètement négligés. Mais quand je vois de nos jours Tattention se diriger de nouveau sur ces objets, le goût pour eux, la passion mdme renaître et refleurir; (^uand je vois des jeunes gens de mérite, saisis par cette passion, consacrer sans réserve leurs forces, leur temps, leurs soins, leur fortune à ces monuments d*un monde qui n*est plus, je me dis avec plaisir que ce que je voulais et ce que je désirais avait son prix. J'ai la salisiaction de voir que non-seulement on sait apprécier ce qui a été exécuté par nos ancêtres, mais qu*on essaie même de rétablir, au moins par le dessin, le plan primitif des œuvres existantes, mais inachevées, afin de nous familiariser avec l'idée, qui est toujours le commencement et la fin de toute entreprise, et qu'on s'efforce d'écl&ircir et d'animer par une méditation sérieuse un yoissé où Ton, n*aperçoit d'abord ({ue confusion. Je ferai ici un éloge particulier du brave Sulince Boisserée, occupé sans relAche à reproduire dans un magnifique ouvrage, enrichi de gravures, la cathédrale de Cologne,comme on modèle de ces gigantesques conceptions qui voulaient atteindre jusqu'au ciel, à la manière des monuments deBabylone, et qui étaient tellement disproportionnées avec nos moyens terrestres, qu'elles durent nécessairement s'arrêter dans l'exécution. Si nous nous étions étonnés jiisqu ici de la grandeur de ces édifices, ce sera avec la plus grande admiration que nous apprendrons ce qu'on projetait.

« Puissent cependant des entreprises artistiques et littéraires de cette espèce être dignement encouragées par tous ceux qui possèdent pouvoir, lortune et influence, afin que la grande et gigantesque conception de nos ancêtres nous soit révélée, et que nous nous formions une idée de leurs projets. Les lumières qui en résulteront ne demeureront pas stériles, et nous pourrons prononcer sur ces œuvres un jugement équitable. Ce jugement sera plus élevé, si Tactivité de notre jeune ami, indépendamment de la monographie consacrée à la cathédrale de Cologne, poursuit jusque dans tes détails l'histoire de l'architecture |>endant notre moyen Age. Si l'on publie tout eequMI est nécessaire de savoir sur la pratique régulière de cet art ; si on le fait conuatlre sous tous les points de vue, en le comparant avecrarchitecture gréco-romaine et avec l'architecture orientale égyptienne, il ne restera que peu de chose à faire dans cette direction. Quand les résultats de ces

efforts patriotiques seront livrés à la publicité, je ()Ourra{, comme jele fais aujourd'hui dans les épanchements intimes de l'amitié, répéter avec une véritable satisfaction, en le prenant dans l'acception la meilleure, ce mot, que les vœux du jeune Age sont comblés dans la vieillesse. »

Ces vœux de l'illustre poëte se sont ac* complis. Il a pu lui-même en voir l'entière réalisation avant de mourir. C'était en 1813, à l'Age de soixante ans, qu'il les formait, et vingt ans après, en 1833, année de sa mort, on était déjà en pleine réaction en faveur du moyen Age, et l on s'apprêtait à mettre la dernière main à ses conceptions gigantes-

3ues inachevées, parmi lesquelles la cathéraie de Cologne tient incontestablement le premier rang. Goethe, en homme de génie, avait devancé son siècle, en se mettant dès sa jeunesse au-dessus des opinions courantes sur la prétendue barbarie du gothique^ ce que n'avait pu faire Fénelon, qui, n'étant qu'un homme de beaucoup d'esprit, n'avait pas cette espèce d'intuition que donne le

(;énie. Voilà pourquoi se laissant traîner à a remorque de l'opinion générale de son temps, au lieu de la diriger, il déclame, comme ses contemporains, contre ce qu'il appelle l'incohérence, le désordre, le mauvais goût d'une architecture qu'il n'avait £ss pris la peine d'étudier sérieusement, ossuet, au contraire, supérieur à Fénelon de toute la hauteur gui élève le génie audessus du talent, n a eu garde de donner dans ce travers, et je ne sache pas qu'il se soit jamais permis la moindre invective contre ces œuvres sublimes de l'art et de la foi, auxquelles enfin est rendue une entière mais si tardive justice.

Maintenant que vont dire, après lacurieuse dissertation de Goeîhe, les détracteurs passionnés du gothique, qui forment encore de nos jours la vieille queue du classicisme quand même? Que diront surtout nos honorables de l'Académie des beaux -arts (c'està-dire de l'art grec, de l'art égyptien, de l'art chinois, excepté de Tari national), que vontils dire, après cette dissertation (l'un homme du métier y qui s'y entend pour le moins aussi bien qu'eux? Ce qu'il y a de curieux, c'est que le grand homme les bat jusque dans leurs derniers retranchements. En effet, ces messieurs veulent bien parfois nous faire la gràce à nous pauvres hères, étrangers aux secrets de l'art, de nous accorder que le gothique^ malgré sa barbarie, n'est pas dénué de l'expression religieuse et même d'une certaine grandeur résultant de ses vastes proportions. Mais ils ne manquent pas d'ajouter, pour atténuer la portée d'une si larffe concession, qu'en ce qui concerne le goût dans les détails, l'harmonie dans le })lan et l'unité dans l'ensemble, cette architecture n'en est pas une et qu'elle ne vaut pas même la peine d*être citée, quand il s'agit de l'art proprement dit. Par malheur, messieurs, c'est précisément sous ce dernier rapport que Goetne tranche (a question contre vous. Or, Goethe n'était ni un sémina-

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