La conversion du roi Manassès
La troisième cordon représente le martvre
des douze apôtres et des diacres saint Etienne et saint Laurent.
Le quatrième cordon représente les quatre évangélistes et les principaux docteurs de l'Eglise.
Au cinquième et dernier cordon sont retracés les miracles de Jésus-Christ guérissant les malades et les lépreux, rendant la vue aux aveugles, chassant les démons des pos* sédés, ressuscitant les morts; en tout, plus de quatre-vingts sujets historiques de 1 ancien et du nouveau Testament, qu'on aper- Îoit et qu'on peut suivre très-distinctement ans les cinq cordons en voussures superposées au-dessus 'de la grande porte (l'entrée. Immédiatement au-dessous et aux deux (tôtés de la porte, on voit douze grandes statues représentant les scribes et les prêtres, ceux surtout qui contribuèrent le plus à la mort de Jésus-Christ. On les reconnaît facilement à l'expression de duplicité et de malice qui rè^ne sur leur physionomie sinistre. Sur le pilier qui sépare la porte en deux battants, on voit cette Vierge divine dont nous parlions tout à Theure, qui tient l'enfant Jésus dans ses bras. Au-dessus de la porte et sur la surface de son tympan triangulaire, le sculpteur a exécuté, en divers compartiments, l'entrée de Jésus-Christ dans* Jérusalem le jour des Rameaux, la sainte cène, le soufflet qu'il reçut chez Caïphe, la flagellation, le couronnement, le crnciflement, la sépulture, la résurrection, Tapparition auxclisciples, la scène de Thomas 1 incrédule et l'ascension. Il n'a pas oublié la fln tragique de Judas, se pendant par l'instigation du démon, qui parait derrière lui sous la figure d*un bouc. La grande porte elle-même est d'airain et ornée d'une foule de statues et de bas-reliefs, parmi lesquels on peut lire les noms des sept planètes : Sol^ Luna, Marsy Mercurius^ Jupiter^ Vénus, Saiurnusy et diverses inscriptions fort intéressantes pour rhistoire du monument.
C'est ainsi que la grande porte d'entrée, avec ses immenses accessoires de statues et d'autres sculptures de toute espèce, peut être considérée, à elle seule, comme une magnifique histoire de l'univers, depuis sa création jusqu'à sa rédemption par la mort d'un Dieu. Nous verrons prochainement comment les deux portes de droite et de gauche, et le restant de la façade, complètent cette admirable page historique de l'Ancien et du Nouveau Testament. Mais avant d'en dire un mot, je ne puis ra'empêcher de signaler à l'observateur ces groupes délicieux d'anges qu'on voit sur les angles extérieurs de celte grande porte, et qui jouent do divers instruments de musique, traduisant è leur manière le psaume cl*, et célébrant par leurs concerts, en guise d'intermède, le divin auteur de tant de merveilles I
Les deux petites portes de la façade sont surmontées chacune de quatre cordons en ogive, de voussures, dans le genre des cinq de la |K)rte princi[)ale. Les niches dont ils sont ornés renferment également de nombreuses et belles statues d anges et de saints.
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Immédiatement au-dessus de la porte de droite, dans le tympan ogival qui la sépara des quatre cordons de niches, on voit Jésus- Christ, souverain juge, assis sur un arc-enriel ; plus bas, la résurrection des morts, et au milieu, Jes réprouvés de toute condition, entrant dans la gueule du dragon infernal. Aux deux côtés de la porte et immédiatement au-dessous des quatre rangs de cordons, est représentée la parabole du royaume des cieux, par les dix vierges invitées à la noce. Ué^ux avec les cinq vierges sages sont à la droite ; et à la gauche, Tépouse avec les cinq vierges folles, qui tiennent leurs lampes renversées, tandis que lés autres tiennent les leurs debout. Rien de plus naïf, de plus gracieux, et en môme temps de plus vrai, que cette délicieuse composition, dont le sujet du reste s'harmonise si bien avec les autres de la môme porte, que nous venons d'indiquer.
Sur le tympan de la porte de gauche on voit la purification de la Vierge, l'arrivée des Mages, les sept péchés capitaux, représentés par des statues, dont cnacune a sous Jes pieds une tôte où est inscrit le nom de chaque péché capital. Aux deux côtés de ces ligures, et comme contraste, on a représenté les quatre vertus cardinales, la prudence, la justice, la force et la tempérance.
Je ne pousserai pas plus loin ce dénombrement, pour ainsi dire infini, des sujets historiques, religieux, mystiques que ia sculpture chrétienne a retracés sur cet immense portail. D'ailleurs, les principaux et les plus nombreux se trouvent autour des trois portes d'entrée de la façade, que nous venons de décrire. Mais quelle harmonie, quelle liaison, quels rapports admirables entre eux ! Chacune de ces innombrables et généralement belles statues est à la place où elle doit ôtre. Essayez d'en changer quelques-unes, et tout l'ordre historique et lo- Rioue de classement sera interverti, et toute la belle harmonie de cette merveilleuse et immense iwige de pierre sera bouleversée. Observons que pour que rien ne manquAtà ce caractère de popularité, qui est propre aux frontispices gothiques, les dimensions respectives des statues qui les embellissent, ont été calculées de manière à ce que chacune pût ôtre facilement aperçue du parvis. Cette précaution de l'architecte et du sculpteur nous prouverait suffisamment, quand même des témoignages écrits no seraient pas là pour nous l'attester, que les constructeurs de ces édifices ont voulu que leur immense surface étalAt au grand jour et à la Tuede tous les fidèles l'enseignement historique, parabolique, dogmatique, moral et mystique de la religion, dans son universalité.
Que dirons-nous maintenant de tout Textérieurde la cathédrale, et surtout de ces deux beaux |K)rtail8 latéraux? si ce n'est que
(706) On nous assure que la restauration de ce chiBur vient de s edrcuier dans de bonnes condiiiuAft. Ne pouvant en juger, ni de n'iM, ni au moyen
par le réseau transparent de sculpture dentelée qui l'environne entièrement ; que par la beauté de ses milliers de statues, et k poésie divine des sujets qu'elles représentent, cet extérieur est digne du magnifique ]:K)rtail occidental, sauf la hauteur gigantesque et la hardiesse de ce dernier.
Maintenant, si nous entrons dans l'int^ rieur de l'édifice, nos yeux ne seront pas frappés sans doute par l'élévation de la nef princi^mle, qui n'a guère plus de soixanledix f)ieds de hauteur, ni par ces dimensions colossales qui distinguent d'autres monuments célèbres tels que, pour ne parler que des églises de France, les cathédrales d Amiens, de Reims, de Rouen, de Paris ; mais ils seront sous le charme de l'effet magiqoe d'immenses vitraux peints, qui, divises en
auatre compartiments , c'est-à-dire ceux es deux côtés de la nef principale et ceux des murs des deux nefs latérales, décorent là basilique tout entière depuis le pavé jusqu'à la hauteur des voûtes. On peut âlrmer, sans crainte, qu*il n*est pas d'ésiises au monde, qui présente une telle profusion de peintures transparentes. C'est au point que l'édifice paraît plutôt soutenu |)ar des murailles de verre que par de la maçonnerie. Ici la pierre devient accessoire, et TcbU se perd dans la contemplation de ces immenses fenêtres coloriées où des milliers de personnages de grandeur naturelle reproduisent les scènes de l'Ancien et da Nouveau Testament, ainsi que les principaux faits historiques et les portraits des empereursd'Allemagne.Jeneparle pas des groupes admirables de statues aue renferme l'iih térieur de cet étonnant édifice, surtout ca fameux pilier des anges qu'on voit dans le transept de droite dont il soutiem à lui seel la voûte, et qui est orné, de la base ausoiamet, des quatre évangélistes et d'une série d'anges jouant de divers instrumenis de musique, d'une beauté incomparable. Vais pourquoi faut-il que dans l'intérieur sim?»térieux, si solennel, de cet admirable édifice, nous ayons à relever une irrégularité encore plus choquante que celle que noes avons signalée au sujet du portail extérieerf Je veux parler de ce chœur étroit, écrasé et mesquin, dont l'architecture romane, aatérieure et tout à fait opposée à celle dures* tant de l'édifice, produit une disparate fort disgracieuse, en brisant on ne peut plss brusquement Tharmonie des lignes et Tuaili de l'ensemble? A plusieurs reprises, il a été question de reconstruire dans un nouveia style conforme à celui de réglise» ce chcBnr qu'on attribue à Charlemame. Hais toiyonrs on a reculé devant la dépense, qui serait très-considérable (706). En l'état, si, Ciisaal abstraction du chœur, et en se plaçant de^ rière sa porte d'entrée, on a le visage toont vers la grande )K)rte et la rosace, on ne voit alors que le beau côté de l'édifice; et, ea
de la gravure, nous sommes obligés de (iicaniiioins sous toutes réserves) nos serval ions.
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D ESTHETIQUE OlRETIENN'i:.
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faee de cette rosace flamboyante, et au mi-, lieu de ces deux immenses surfaces latéra-^ les de Titranx étincelants, on se figure difficilement un intérieur de cathédrale plus riche, plus brillant, plus solennel. Quoique celle-ci n'atteigne pas les dimensions de nos plus grandes églises du Nord, elle ne laisse pas d'être fort yaste, puisqu'elle a 3^ pieds de Ions, c'est-à-dire, 35 pieds de plus que celle de Vienne en Dauphiné, qui en a prèade 300, et 95 de plus que celle ae Lyon, qui n'en a que 240.
Parmi les nombreux et remarquables objets d'art qu'elle renferme, et dont la simfile nomenclature nous mènerait trop loin, I en est trois principalement, qui attirent Tattention de Tobservateur, et que je me contenterai d'indiquer, toujours pour abréger une description déjà si lonsue. Ce sont : 1* la célèbre horloge, Téritable monoment dans un autre monument, chef-d'œu- Tre de Dasypodius, tout récemment restauré, qui indique la marche des constellations, le cours du soleil et de la lune, les heures, les jours, etc. 2r La chaire à prêcher, du xv' siècle, restaurée en 1834, œuvre remarquable |iar la finesse de ses ciselures en pierre et les statues qui la décorent, qu'on doit au ciseau de Jean Hammner, en 1486, et qui, en 1617, a été recouverte d'un baldaquin en bois, par Conrard Cullin et son fils, maîtres menuisiers. 3*" £n(in, les magnifiques et excellentes orgues, dans le goût, il est vrai, du xTiu* siècle, puisqu'elles furent frabriquées en 1714, par André Silbermann. Néanmoins, soit à raison de la place qu'elles occupent (sur le côté gauche, en entrant paria grande porte), soiii eause de la grande richesse du buffet entièrement doré, elles n'offrent pas un contraste trop disgracieux avec le style général de l'édifice. Je les ai entendues plusieurs fois, et j'ai admiré leur paissante et majestueuse sonorité, qui remplit bien le vaste édifice et en complète le caractère imposant et mystérieux.
Quel moncie, qu'une cathédrale gothique considérée eitérieurement et intérieurement I J'ai à peine ébauché celle de Strasbourg, sauf le grand portail et la tour qui demandaient une notice à part; et cependant, après tout ce que je viens de raconter de cette merveilleuse basilique, n'est-il pas Trai de dire qu'elle offre un magnific[ue et ûdèle résumé de la religion tout entière, considérée dans son histoire, dans son culla» dans sa morale et dans ses mystères 1 Et eette réflexion s'applique à toutes celles c|ue les siècles de foi, et le xiii* surtout, érisèrtnt à l'envi sur le sol chrétien. Non, Tes
Fins renommés parmi les monuments de antiquité profane, n'approchent pas de MOi-ci. Quon vante tain'qu*on voudra la beauté de la forme qu'ils expriment, dit-on, aaplos haut degré; les nôtres n'ont rienàleur OOfier sous ce rapport fcomme mille preuves sensibles et palpables Taltesteront aux plos incrédules, quand ils voudront bien prendre, une bonne fois pour toutes, la peine de les regarder) ; et ils les surpassent do
toute la hauteur de l'inspiration qui les a conçus, et de leur sublime et universelle destination, telle que nous venons de 1 envisager. En sortant du ddroe de Strasbourg, je me disais, encore sous le poids de tant ue magnificences, qu'une vie d homme suffirait à peine pour les étudier en détail et les classer. Elles sont si nombreuses et si variées, que l'imagination effrayée succombe ellemême sous son impuissance. Aussi, les habitants de Strasbourg ne peuvent se lasser de voir et d'admirer ce monument, qui sera réternel honneur de leur cité. Ils veillent h son entretien et à sa conservation avec un soin religieux. Heureusement, TAllemagne, dont cette ville faisait partie avant sa réunion à la France sous Louis XIV, n'ayant pas eu à souffrir de cette renaissance païenne qui a tué l'art religieux en France, ses architectes et ses sculpleurs se sont transmis fidèlement les vieilles traditions de ce bel art chrétien, si fécond en merveilles; en sorte qu*à Strasbourg comme à Cologne, on trouve facilement des ouvriers, disons mieux, des artistes capables de restaurer convenablement et dans une imitation rigoureuse de leur style primitif, ces vieilles basiliques. En outre, comme Topulent chapitre de Strasl)ourg possédait des terres considérables de l'autre côté du Rhin, les lots révolutionnaires ani ont dépouillé les églises de France de leurs biens, n'ont pu atteindre ceux que l'église de Strasbourg possédait en pays étrangers, en sorte que la fabrique de celle cathédrale, très-riche actuellement comparativement aux autres , hormis celle de Reims, qui est dans le même cas, trouve dans ses propres ressources les fonds nécessaires f)our la conservation de l'église, et en particulier pour l'entretien de la tour, qui est très-considérable.
Le moment est venu maintenant de faire un petit récit de la construction du monument , oui a duré plusieurs siècles.
J'ai recueilli à ce sujet des renseignements exacts et môme intéressants, soit sur les lieux, soit dans ceux de nos vieux livres qu'on ne lit guère aujourd'hui, et qui cependant sont si pleins de choses curieuses et instructives. Je ne citerai ici que le grand dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, d'Expilly, édition de 1770. C'est une mine inépuisable de richesses et de faits, qu'on s'attendrait vainement à trouver dans nos livres du jour, si brefs, si insuffisants.
Cette notice terminera tout ce que j'avais à dire sur la cathédrale de Strasbourg, et sera suivie du tableau de la hauteur comparative des principaux édifices de l'univers. Sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la tour et la cathédrale de Strasbourg, s'élevait avant Jésus-Christ, une tour et un temple consacrés, les uns disent, à Mars, les autres, à Hercule. Ces deux édifices furent démolis |)ar Attila. D'après une tradition locale, Clovis ayant commencé à rétablir cette ville où le christianisme avait été prêché de très-bonne heure par saint Amand,