‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 100 sur 168 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

La sculpture ne doit pas plus|soD origine au hasard ou à quelques timides essais que les autres arts libéraux. Et ne la voyonsnous pas, en effet, briller d*un grand éclat chez les peuples les plus anciennement connus, bien avant les essais informes qui en furent faits chez d'autres nations ? G*est là, il faut en convenir, un terrible argument contre le système de progrès indéfini, tels que rentendent, en haine de Dieu et de la révélation divine, les rationalistes et les humunitaires du jour. De même q^^e les premiers édifices furent des temples, 4e même les premières statues forent des dieux. L*art fut soumis au culte, et par conséquent à la tradition. : — Sculpture en bois , ou toreutique, — alculpture au moyen de Tardle, ou plastique. — Le plus haut degré delà plastique lut la sculpture de bronze ou de marbre. La sculpture sur bois aboutit à la statuaire chryseléphantine, ou sur ivoire. Tout ce que nous avons dit de la sculpture se rapporte à deux divisions principales, qui sont : 1* la sculpture dans le sens absolu de ce mot ; 2* la statuaire proprement dite. Tel est aussi Tordre que nous allons suivre dans ce résumé

11 était réservé à Tart chrétien d*élever la sculpture à sa plus haute expression, et de lui donner le plus çrand développement qu'elle eût jamais atteint (si l'on excepte les temples et les palais souterrains de Tlnde et de l'Egypte), dans ces admirables églises, sur lesquelles elle a jeté comme un immense ▼oile de broderies aussi belles pour le fini de l'exécution que pour les motifs de la ^imposition. C'est ce que nous remarquons d'abord dans les églises romanes , ensuite et avec une profusion plus grande encore, dans celles en style ogival. On est émerveillé devant nos portails, tels que, par exemple, celui de Saint-Gilles, à la vue de ces détails infinis de sculpture, dont la prodigieuse variété n'altère en rien l'harmonieuse, l'imposante unité; è la vue de ces belles figures d'hommes et d'animaux symboliques et de tous les autres types hiératiques auxquels celte sublime page de pierre et de marbre emprunte un cachet mystérieux et divin. Mais ce qu'il faut adpiirer dans cette fiiçade, plus encore que la profusion inouïe des richesses sculpturales Qu'elle étale à nos regards, c'est le caractère lorteuiept accusé de noblesse et de grandeur que lui imprime l'expression éminemment hiératique des personnages divers qui la composent, non moins que l'ordonnance générale' de cette magnifique paxe de l'art. Description du portail de Péglise de Saint-trophime d^Arles. — « Ce portail , dit un savant antiquaire , dernier soupir du ciseau grec, reporte Timagl-

natîon vers les plus belles époques de l'art. Quoi qu'il en soit, les types hiératiques qui occupent une si large place dans sa composition générale, en ront la principale beauté et relèvent, en somme, au-dessus des œuvres de sculpture de la Grèce les plus vantées. C'est ce qui ressort des détails aux- 3uels nous nous livrons dans la description e cet admirable portail. -^ Vient ensuite celle du. cloître merveilleux de la vénérat>le basilique, chef-d'œuvre du genre, qui ne le cède peut-être qu'à l'incomparable Campa santo des Pisans. C'est la statuaire, qui brille particulièrement sur les colonnes qui surmontent ses élégantes an^ades. Il se divise en quatre galeries, dont deux romanes et deux ogivales. On est émerveillé, en errant sous leurs voûtes mystérieuses , de pouvoir lire sur les angles et les chapiteaux de leurs innombrables colonnettes, l'histoira de l'ancien et du nouveau Testament , sculptée en mille caractères divers sur la pierre, avec tous les accessoires hiératiques et symboliques qu'elle doit au génie clirotien. — Ce cloître s'harmonise on ne peut plus heureusement avec Tarchitecture et la sculpture du portail de la même église, dont il est le vestibule ; il n'est pas un artiste en France qui l'ait vu sans l'admirer.

Un autre spécimen des plus remarquables de la sculpture romane, sinon pour le mérite de l'exécution matérielle, au moins pour le cachet profondément symbolique qui le distingue, c'est la grande frise qui contourne l'extérieur de la chapelle sépulcrale, si curieuse par elle-même, de Saint- Restitut. Cette frise, composée de tableaux en relief, représentant des personnages, des animaux et une partie des signes du zodiaque , reproduit , entre autres grandes scènes de l'Apocalypse, celle du Jugement dernier. C'est une des pages monumentales les plus fortement empreintes du symbolisme reliffieux. On pourra s'en convaincre, en lisant Ta description détaillée que nous lui avons consacrée à l'article Saint-Resti- TOT. On y verra , è ne point s'y méprendre, la traduction sur la pierre des principales scènes de l'Apocalypse et de certains passages de TEvangile, dans leurs rapports avec le drame du Jugement dernier. — L'église de Saint-Restitut nous offrira elle-même, dans son intérieur et dans son extérieur, des modèles de sculpture du style roman qui a présidé à sa construction. Dans son intérieur, plein de grâce et de distinction, on remarque au-dessus des pilastres qui soutiennent l'édifice, des groupes de petites colonnes dont les fûts et les chapiteaux, sculptés avec un goût exquis, sont du plus heureux effet. On remarque surtout les rcs-

nCTIONNAIRE D*ESTHETIQ|]E CHRETIENNE.

tes d*une belle, frise dans le genre de celles

2a*on voit encore sur les pirrois de plusieurs glises romanes de la contrée. A l'extérieur on admire une porte d'entrée encadrée par deux demi-colonnes cannelées supportant un fronton dont les corniches sont sculptées avec un Tgoât |)arfdit et une rare élégance. Tout cet admirable système de décoration architecturale, qui offre une ressemblanoe frappante avec l'art romain, dans sa disposition générale, dans son fronton triangulaire, dans son galbe et dans ses profils* est une œuvre magistrale digne de figurer à côté de Tarc-de-triomphe d'Orange ou de celui de saint Rémi. — • £n ce qui concerne la sculpture ogivale des xiii* et xif* siècles, nous nous contenterons , pour éviter un double emploi, de rappeler les nombreux détails aud contient à cet égard notre article Amiens (Cathédrale d'), parce que ces détails trouvent en partie leur application à ceux dont nous allons donner l analyse au mot Statu AïKB.

Nous devons auparavant un souvenir aux deux magnifiques spécimens de la sculpture ogivale du xv* siècle, que nous offrent le pérystile, le jubé et le chœur de la cathédrale d'Albi. {Voyex ce mot). Le porche, composé de quatre grandes arcades a vide, fort élancées, surmontées d'un couronnement à iour, fouillé, ouvragé avec un art et une délicatesse incroyables , serait comparable h un bijou finement ciselé, si ce n'était le grandiose de ses proportions, qui présentent un harmonieux mélange de grâce et de majesté. Le jubé offre tout ce que l'imagination peut se figurer de richesses, et au delà. Rien de plus éblouissant et d'aussi délicat. Les gravures les plus parfaites peuvent à peine en donner une idée. C'est le dernier gothique dans toute sa richesse. La magnificence de ce jubé, auquel nul autre ne saurait être comparé, étonne l'imagination elle-même.

On doit en dire autant de toute la vaste enceinte du chœur, qui n'est en quelque sorte que la prolongation du magnifique jubé.

I^ous j^ reviendrons à l'article Statuaire, qui va maintenant nous occuper.

Le mot statuaire^ bien que rentrant sons la dénomination générale de sculpture ^ i\ néamoins une acception propre, qui en restreint le sens à Yart de faire des statues. C'est dans cette acception que nous le prenons, à l'article spécial dont il est l'objet. Si nous plaçons cet article, dans son ordre logique, entre la sculpture romane et la statuaire ogivale, c'est que, en effet, dans le style ogival la statuaire joue un rôle important et beaucoup plus important que dans le stj^Ie roman. Dans celui-ci, la statuaire est circonscrite dans les limites assez étroites de quelques sujets hiératiques et traditionnels, tandis que la sculpture y étale avec profusion les mille motifs de son ornementation brillante et compliquée, ainsi que se.s chapiteaux si diversement fouillés et historiés. Dans celui-là , au contraire, la sculpture, bien que merveilleuse aussi de forme et de détails, est primée, en quelque sorte,

par ce monde de statues disséminées avec une incroyable prodigalité sur toutes les ))arois extérieures de l'église gothique, dejiuis la base jusqu'aux combles les plus élevés. Voilà pourquoi nous appliquons aux églises de cette période architecturale, de préférence aux autres, notre article Statuaire. Nous le commençons par combattre ce préjugé du naturalisme et du rationalisme moderne, qu'on ne trouve point, dans ia haute antic[uité, de trace delà pratique de cet art, qui ne serait parvenu, comme tous les autres, qu'au moyen de tAtonnements et de progrès successifs, à l'état de perfection oit nous le voyons aujourd'hui. Nous démontrons le contraire par des faits historiques péremptoires dont voici la simple indication.-^Salomon,qui vivait à une époque bien plus reculée que celle des Grecs, nous parie de la fabrication de statues, aussi bien que de la peinture, comme de deuxarts déjà très-anciens de son temps. Les statues des chérubins qu'il fit exécuter lui-môme, ainsi que d'autres ouvrages en bronze, sont loin d'accuser l'enfance de l'art. On peut en dire autant d'œuvres qui remontent k une antiquité encore plus réculée, telle, que la fabrication du serpent d'airain; celle du veau d'or et la réduction de cette statue en poudre, opérées dans le désert. Que signifie doot: cette statue colossale en or, que Nabuchodonosor érigea au milieudu champ de Dura» dans ia province de Babylone ? Que signifient ces superbes statues de granit extraites des profondeurs du sol niuivite, qui sont venues révéler à nos yeux étonnés un art puissant, vigoureux, indépendant, complètement original, dont on ne soupçonnait pas m Ame l'existence? La statuaire fut donc toujours, comme les autres arts, pratiquée sur le ^lobe, sans qu'on puisse lui assigner une origine locale déterminée. Mais aussi, de même que les autres arts, et dans la mesure qu'elle comportait, elle a été purifiée, ennoblie, surnaturalisée et en quelque sorte divinisée par le ^énie chrétien. C'est aux cathédrales de Reims et de Strasbourg, que nous nous sommes arrêtés, pour y apprécier la statuaire ogivale, dans les immenses et sublimes pages sculptées qu'eUes offrent à nos regaras et à notre admiration. Sur foute la surface de leurs splendides frontispices, dans leurs niches innombrables, sur leurs pinacles aériens et sur leurs hardis clochetons, on compte par milliers des statues qui, sous le rapport de la Ibrme, ne le cèdent en rien aux plus bellesde l'antiquité, et qui, dans un autre ordre de beauté beaucoup plus relevé, laissent bien loin derrière elles tout ce que l'art païen a pu imaginer et réaliser de plus éclatant. Ce n'est rien moins que le grand drame de Thumanité, qui s'ouvre à la création et ne se ferme qu'à la fin du monde, que ces milliers de statues sont destinées à représenter. Les parties principales de cet immense drame sont divisées et reliées les unes aux autres avec une harmonie, une suite et une gradation qu on ne se lasse pas d'admirer. A l'intérieur de l'église de Reini.s

RESUME ANALTTIQUE. — Sf.ULPTLRE.

dans la rosace qui éclaire le croisillon sep« tentrional, on voit Dieu adoré par quatre anges et créant le soleil, la lune, les poissons, les bétes de la terre, Thorame et la femme. A Textérieur, autour de l'ogive où s'arrondit la rose, vingt-deuT sujets représentent Adaro adorant Dieu, la création d'Eve, leur transgression des ordres de Dieu, leur expulsion du paradis terrestre, leur condamnation au travail, figuré par le labour, le filage et divers métiers. — A la rose du croi- • sinon méridional correspondant au septen* trional, autour de l'ogive qui encadre cet œil de l'église, on compte vingt-deux sujets. A droite, on distingue cliiirementla musique, figpirée par un homme qui tient à la main droite une clochette qu il agite et dont il écoute le son. — Les personnages qui accompagnent cette musique, sont ceux du rrtVttim et du QiAadrivium^ la Grammaire

2ui enseigne, la Rhétorique qui pérore, la Haleciiqueqai discute, ]à Mathématique qui compte sur ses doigts, VAstronomie qui fixe ses yeux vers le ciel, et la Géométrie qui mesure la terre. Au milieu de ces personnifications, on croit voir des prophètes ou des apôtres, ou du moins des confesseurs, qui, pères de la parole sacrée, ont donné leur vie, après avoir annoncé éloquemment les vérités divines. Outre les vingt-deux personnages de ces cordons, on en aperçoit d'autres plus grands, au nombre de sept, à la galerie qui surmonte la rose ; ils ressemblent également aux apôtres et à des prophètes. Entre eux, au-dessus de leur tète et comme les inspirant, ou voit huit anges qui sortent des nuages. — A cette rose méridionale, de même qu'à celle du nord, deux figures gigantesques et symboliques, l'Eglise et la Synagogue, sur lesquelles nous reviendrons à l'article Strasbooiig, soutiennent la retombée du cordon d'archivolte. — En retournant du mi<ii au nord de la cathédrale, on voit également deux statues qui servent de pend ants à celles-là ; ce sont Eve, ou i'idolAtrie ; Adam, ou la religion naturelle. ~ Ces divers sujets comprennent soixantetrois groupes ou statues isolées ; ils conduisent au grand portail, tout aijissi naturellement qu'un titre mène à l'ouvrage ou qu'un sommaire prépare à la lecture d'un uvre. Ce portail, cnef-d'œuvre incomparable de la fin du xin' siècle, montre sur le trumeau de sa porte centrale, la statue colossale de la Vierge, couronnée comme une leine et tenant Tenfiint Jésus. L'église est une Notre-Dame; donc, la principale, la

ÎAns grande^ figure devait être celle de Marie. 1 fallait d'ailleurs offrir cette statue à tous les regards, pour unir entre eux le portail du nord et le portail du sud, et ceux-ci avec le portail de l'occident, — Explication détaillée des trois sujets du paradis terrestre, la chute, la condamnation et rexpnlsion de l'homme, dans leurs conséquences immédiates, qui* ébauchées aux portails nord et sud, comme nous l'avons vu précédemment, sont ici amplement développées, dans la représentation des occupations manuelles qui

regardent le corps, et dans la pratique des divers arts libéraux, qui concernent 1 esprit.

— Après le travail des mains et de la tète, après les occupations manuelles et les arts lioéraux, la statuaire de la cathédrale de Reims offre le délassement à la campagne en plein air, et le repos chez soi, à la maison. « C'est là seulement et à Paris, qu'on voit . complètement représenté ce thème si curieux.— Après les délassements viennent les vices et les vertus mis en opposition. A droite, lorsqu'on sort de l'église, montent les vertus ; à gauche, s'échelonnent les vices. Vices et vertus sont debout, animés, se mesurant du regard, se défiant Tun l'autre comme les héros de l'antiquité homérique. Pas de plus beau sujet ni qui prête davantage au drame; c'est un duei à mort, où I imagination du moyen âge a déployé tout ce qu'elle avait d'invention et de puissance. Les Vertus sont ainsi échelonnées; l'Humilité, la Foi, le Courage, la Chasteté, la Charité, la Sagesse, TEspérance, et en regardt rOrgueil, la Lâcheté, la Luxure, l'Avarice, la Folie et le Désespoir.

Créé à la rose du nord, et transgressant les ordres do Dieu, l'homme, dans la cathédrale de Reims, se réhabilite à la même place d'abord, puis à la rose opposée.

L'exemple du travail et de la vertu lui est donné, non-seulement à ces deux roses du nord et du sud, à une hauteur de trente ou trente-cinq mètres, mais encore et avec plus de détails, à la portée de la main et au niveau des plus faibles yeux, le long des jambes qui encadrent les ventaux des trois portes de l'occident. L'enseignement est donc complet et en double exemplaire*.

Ainsi, ayant appris à travailler des mains et de la tète , engagt^ à se bien conduire par le tableau des vertus et des vices, l'homme peut, maintenant, se développer dans la succession des siècles; il peut parcourir toutes les phases de l'histoire. Nous voyons donc se dérouler sous nos yeux, en centaines, presque en un millier de figures, l'histoire universelle de l'humanité, depuis la création du monde jusqu'à sa fin. Toutefois, car nous sommes dans une cathédrale v c'est l'historre religieuse proprement dite qu'on a dû représenter de préférence. C'est surtout à l'Ancien Testament et à l'Evangile, que les sujets de la sculpture sont empruntés. Ainst^ de l'expression morale qui domine dans les

{groupes de statues que nous venons d'ana* yser, nous passons à l'expression mystique ; nous passons de l'élément naturel à Télément surnaturel; de Féléoient humain à Téiément divin; et ici donc, comme dans toutes ies autres branches de l'art chrétien* nous rencontrons les deux genres de beauté qui découlent de ces deux sortes .d'éléments, et nous ne les rencontrons que là seulement. Mais comme c'est i>our l'article STRASBOoaa que nous avons réservé la des^ cription de cette nouvelle série de si^jets, nous omettons celle de Reims, qui, d ailleurs, n'est que coionmencée. Toutefois, noua rei>rodutsonf les belles pages que le savant

MGTMNNAIIIE D ESTHETIQUE CHRETIENNE

auteur d« cette description a consacrées au type de Marie, si diversement et si noblement figuré sur le parvis de la métropole champenoise ; et c'est par là que nous terminons cette lonçue et intéressante citation. -^ Voy. tout l'article Reims.

Quel aspect grandiose et ravissant que celui du magnifique portail de la cathédrale de Strasbourg! L*imagination est extasiée» à la vue de cette surface merveilleusement ouvragée dans toute sa largeur et dans toute sa hauteur qui n'est rien moins

Sue de 230 pieds, sans y comprendre la èche aérienne qui, après avoir fait corps avec elle, s'élève encore à 210 bieds audessus. En face de ce magnifique chef-d'œuvre, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou de ses colossales proportions, ou du fini de ses innombrables sculptures, dont la simple énumération fatiguerait la curiosité la plus avide. Quelle vie, quelle expression surnaturelle dans tout ce monde de statues de saints, de vierges, d*évèques, de rois, de reines et de guerriers, qui, groupés dans des niches ouvragées comme de la dentelle, et dans les attitudes diverses de la louange, de Tamour et de la prière, peuplent, comme des hâtes anciens et fidèles, cette magnifique fagade de la maison de Dieu 1 Ce portail, avec ses colonnes eifilées qui s'élancent do la base de 1 édifice jusqu'à sa plus grande hauteur; avec ses pinacles, ses clochetons, ses fenêtres en lancettes de cent {>ieds d'élévation ; avec la flèche merveileuse (]ui le surmonte, est un chef-d'œuvre de majesté, en môme temps que de grftce et de légèreté. Ces trois caractères, il les tire de la grandeur de ses proportions, jointe à Tunité d'un plan qui s allie très-heureusenuent aux motifs si étonnamment variés de sculpture qui sont entrés dans sa décoration. Et pour nous rendre bien compte de ces diverses conditions que nous offre le célèbre portail, supposons, qu'au lieu d'être tout recouvert de l'immense et transparent réseau de broderie de pierres, qui en rend l'aspect réellement féerique, il soit entièrement lisse; sans doute, on 1 admirera toujours, à cause de la symétrie et de la grandeur de ses proportions, comme un monument imposant et nïajestueux. Mais, privé de cette multitude de sculptures, de profils qui s'harmonisent $4 bien avec les diverses lignes de Tensemble général, il aura perdu sa grftce et sa légèreté. Enfin, supposons-le à ia fois réduit à de médiocres dimensions, et vide des mille ornements qui le décorent ; il ne sera plus qu'un édifice vulgaire simplement correct et r^ulier, comme on en voit partout. Tel n'est point le portail de Strasbourg si merveilleusement profilé, ouvragée, fouillé ; sf admirable, surtout, par les mille statues qur le décorent et en font une page vivante et animée sur laquelle on peut lire l'histoire de i'bùmanité tout entière. N'est-ce pas, en effet, un vrai poëme de pierre que cette immense façade qui, dans ses sujets innombrables et néanmoins symétriquement liés les uns aux autres, sans désordre, sans con-

fusion, retrace à toutes tes génératioiis qui paraissent et disparaissent successivement devant elle, les mystères consolants qu'elles doivent croire ; les événements historiques qu'elles doivent savoir? Sur cette magnifique page, les yeux les plus opaques pea<^ vent lire tout ce qu'il importe à Hiomme de croire, d'aimer et d'espérer. C'est là vrai* ment un livre populaire, accessible à toutes les intelligences, même les plus vulgaires. Mais n'oublions pas que c'est surtout par ce cachet inimitable d'expression céleste, sur^ naturelle et divine, que ces monuments se distinguent de tous les autres et surpassent tout ce que l'antiquité a produit de plus achevé. Qu'est-ce que le fameux Apollon du Belvédère, cité comme un des types les plus parfaits de la beauté physique et morale, au* près de la statue qui orne la grande porte de la cathédrale de Strasbourg, statue divine, d'ineffable tendresse et de sereine ma^^ jesté, qui représente la Vierge tenant l'en* faut Jésus dans ses bras? On voit bien qu'une inspiration, toute différente, dans son ori-gine et dans ses conditions, de l'inspiration humaine, même la mieux organisée, a présidé à cette œuvre merveilleuse.

On peut en dire autant de la plupart des autres innombrables statues qui décorent soit la façade, soit l'intérieur de la basilique, et qui, a ce genre d'expression qui n appartient qu'à la statuaire vraiment cbrétienpe, joignent le mérite de la beauté phy^ siqtie, par l'harmonie de leurs proportions, la régularité, dé leurs traits, la grftce, le naturel et la distinction de leur pose. Maintenant, quelques détails sur les statues du portail, et en particulier sur celles qui Femplissent, dans des niches, les immenses cordons en archivoltes ogivales des trois portes d'entrée; la principale en présente cinq, dont le premier reproduit les dix-huit sujets qui suivent : — Création du monde. — Esprit de Dieu porté sur les eaux. — Création du soleil et de la lune. — La séparation des eaux inférieures d'avec les supérieures.

— Dieu crée le firmament. — Création des plantes et des arbres fruitiers. — Création des oiseaux et des poissons. — Création des autres animaux. — Création d'Adam et d'Eve.

— Dieu leur défend le fruit de l'arbre. — Eve, trompée par le serpent, séduit Adam.

— Dieu appelle Adam. — Adam et Eve chassés du paradis. — Naissance de Caïn et d'Abel. — Sacrifice de Cain et d*Abel. — Fratricide de Caïn. — Fuite de Caïn. Dans les eom-

f)artiments du second cordon, on remarque es seize sujets suivants : — Abraham demande grftce pour les sodomites. — Sacrifice d'Abraham. ~ L'arche de Noé. — Cbam insulte son père dans l'ivresse. — Jacob voit en songe les anges monter et descendre l'échelle mystérieuse. — Buisson ardent. — Le serpent d'airain. — Moïse frappe le rocher. — Josué et Juda, conducteurs du peuple de Dieu, après Moïse. — OtbonieU pre* mier juge. ~ £lie laissant son manteau i son serviteur Elisée. — lonas rejeté sur le rivage par la baleine. -— Sanison déchire la

RESUia ARALTTIQrE. -- SCULPTURE*

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lion. — Le roi Eiëcllias éemnnde la santé. — Josias fait poser une grande pierre sous un chêne» à Sichem. — La conversion de Manassès. Le troisième cordon représente le mart3rre des douze apôtres et des diacres saint Etienne et saint Laurent. Le quatrième cordon représente les quatre évangélistes et Jes principaux docteurs de TEglise. Au cinquième et dernier cordon sont représentés les miracles de Jésus-Christ guérissant les malades et les lépreux ; rendant la vue aux aveugles ; chassant les démons des possédés; ressuscitant les morts; en tout, plus de qaaire- vingts sujets historiques de 1 Ancien et du Nouveau Testament» qu*on aperçoit et qu*on peut suivre très-distinctement dans les cinq cordons en voussures superposées •au-dessus de la grande porte d'entrée. Immédiatement au-dessous» et aux deux côtés de la porte» on voit douze grandes statues représentant les scribes et les urètres» ceux surtout qui contribuèrent le plus à la mort 4ie Jésus-Christ. Sur le pilier ()ui sépare la porte en deux battants, on voit cette vierge divine, dont nous venons de parler» qui tient l'enfant Jésus dans ses bras. Au-dessus de la porte» et sur la surface de son tympan triangulaire» le sculpteur a exécuté» en divers compartiments» l'entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem» le Jour des Rameaux; la sainte Cène ; le soufflet qu'il reçut chez Caîpbe; la flagellation» le couronnement» le cru- •eifiement» la sépulture» la résurrection» l'ap- <p8rilion aux disciples^ la scène de Thomas 4'jncrédule et l'ascension. 11 n'a pas oublié h fin tragique de Judas» se pendant par l'instigation du démon» qui parait derrière loi sous la forme de bouc. Il ne faut pas oublier ces groupes délicieux d'anges qu'on voit sur les angles extérieurs de la grande porte» et qui jouent de divers instruments de musique» traduisant à leur manière le psaume cl% et célébrant» par leurs concerts» en guise d'intermède» le divin auteur de tant de merveilles. C'est ainsi gue cette grande porte d'entrée» avec ses immenses accessoires de statues et d'autres sculptures de toute espèce» peut être considérée h elle seule comme une magnifique histoire de l'univers» depuis sa création jusqu'à sa rédemption par la mort d'un Dieu. — Les deux petites portes de la façade sont surmontées, chacune» de quatre cordons» en ogive, de voussures, dans le genre des cinq do la porte principale. Les niches dont elles sont ornées renferment également de nombreuses et belles statues d'anees et de saints. Immédiatement au-dessus de la porte de droite» dans le tympan ogival qui la sépare des quatre cordons de niches, on voit Jésus-Christ» souverain juge, assis sur un arc-eu-ciel ; plus bas, la résurrection des morts» et au milieu tes réprouvés de toute condition, entrant dans la gueule du dragon infernal. Aux deux côtes de la porte» et immédiatement au-dessous des quatre rangs de cordons» est représentée la parabole du royaume des cieux, par les dix vierges invitées à la noce. Rien de olus naïf» de plus gracieux et en mémo

temps de plus vrai que cette charmante composition, aont le sujet, du reste» s'harmonise si bien avec les autres de la même porte que nous venons d'indiquer. — iSur le tympan de la porte de sauche, on voit la puriâcation de la Vierge, l'arrivée des mages, les sept péchés capitaux, représentés par des statues^ dont chacune a sous les pieds une tête où est inscrit le nom de chaque péché capital. Aux deux côtés de ces figures, et comme contraste» on a représenté les quatre vertus cardinales, la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. — Tels sont les principaux sujets historiques, m^^stiques, religieux» que la sculpture chrétienne a retracés sur cet immense portail. Quelle harmonie, quelle liaison , quels rapports admirables entre eux I Chacune de ces nombreuses et ffénéralement belles statues est à la place ou elle doit être. Essayez d'en changer quelquesunes , et tout 1 ordre logique, historique de classement sera interverti» et toute l'harmonie de cette merveilleuse, de cette immense page de pierre, sera bouleversée. Observons que, pour que rien ne manquftt à ce caractère de popularité qui est propre aux frontispices gothiques, les dimensions resper^tives des statues qui les embellissent ont été calculées de manière à ce que chacune pût être facilement aperçue du parvis. Cette précaution de l'architecte et du sculpteur prouverait» à elle seule» que les constructeurs de ces édifices ont voulu que leur vaste surface étalât au grand jour et è la vue de tous les fidèles» l'enseignement historique» parabolique» dogmatique» moral et mystique de la religion, dans son universalité. Que dirons-nous de tout l'extérieur de la cathédrale» et surtout de ses deux beaux portails latéraux ? si ce n'est que par le réseau transparent de sculpture dentelée qui l'environne entièrement; que» par Ja beauté de ses milliers de statues, et la poésie divine des sujets qu'elles représentent» cet extérieur est digne du magnifique portail occidental que nous avons décrit. — En ce qui concerne la statuaire chrétienne du xv* et du xTi* siècles» nous en avons étudié les tvpes» principalement dans la cathédrale d'Albi reoy. ce mot)» et dans l'église collégiale de ^rou (voy. Ynniux Peints). La première de ces deux églises nous a ofi'ert» au point de vue de la sculpture» son pérystile» son porche et son délicieux jubé. La magnificence de ce jubé, avons-nous dit» étonne l'imagination elle-même. On doit en dire autant» au point de vue de la statuaire proprement dite» de toute la vaste enceinte du chœur qui nVst» en quelque sorte» que la prolongation du jubé» et autour de laquelle on peut librement circuler pour en admirer le travail aussi riche que délicat. Cette belle clôture» surmontée de panaches élégants, ornée de statues de grand prixj donne au chœur, quand on le considère des tribunes supérieures » principalement de celle du fond, Taspect d'un magnifique écran» qui s'étale avec grêce dans Ta somptueuse basilique.

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LISTE ilLPHABÉTlQUE DES AUTEURS

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En faisant extérieurement le tour de cette magnifique cîftture, on y admire soixante 6t douze belles statues de grandeur presque naturelle, qui représentent les grands et les petits prophètes ainsi que les femmes célèbres de l'Ancien Testament. On a réservé pour ri ntérieur, comme fa partie la plus digne, les statues des apôtres et celles des anses musiciens qu^on voit au dossier des stalles canoniales» et qui sont ravissantes de forme etd*expression. Tout, dans ce vaste intérieur* du chœur, pavé, boiseries, ornements, est en rapport avec la magnificence de l'édifice. — La statuaire du xvi' siècle est représentée dans l'église de Brou, principalement par les trois n>ausolées de Marguerite de Bourbon, de Marguerite d'Autriche et de Philibert le Beau. Ces supefbes mausolées, dont la sculpture surpasse tout ce que l'Italie avait produit en ce genre avant Michel-Ange, sont dus au eiseau d^artistes indigènes, la plupart français, qui ont transmis leurs noms jusqu'à nous; c'est une preuve à ajou« ter à tant d'autres, que nous avions un art complot en deçà des monts, lorsque l'Italie vint nous imposer ses artistes et ses modèles; et même aujourd'hui en(X)re, il n'existe dans cette péninsule rien de plus suave, de plus fini que ces admirables sculptures de l'église de Brou. Mais les omblèmes chrétiens y ont déjà été remplacés par les emblèmes païens, les anges par des Génies* L'inspiration religieuse y est étouffée sous le poids des ornements profanes dont on l'a surchargée.

On n'aperçoit partout que tendres devises, chiffres entrelacés, armoiries, lettres initiales liées par des lacs d'amour. Le tombeau de Philibert le Beau, placé à l'entrée du sanctuaire,masque entièrement le maîtreautel. On voit que Dieu s'efface de plus en j)ius dans son temple, jusqu'à ce qu il en soit totalement exclu.

Indépendamment des articles Sculpturb, R]ssTiTUT(5atfU-}, Statuaire, Reims (Cathédrale de), Strasbourg {Cathédrale de), Albi

(Calhédrale d*). Brou (EglUe dé)^ oae nous avons analysés, en tant qu'ils touchent à la sculpture, on pourra lire, à titre de complément, pour la sculpture sur bois : Amibhs {Cathédrale d') [stalles]; Saint-Maxim m {Eglise de) [stalles]; pour la sculpture surbronze : Pisi {Portes de la Cathédralt de), et pour la sculpture chrétienne en général, les articles sui* vants : Architecture, Allégorib, Basiuqdbs^ Beau, Caractère, Catacombes, CoirnLAsrB,

COHYENAHGB, DACORATIOH , DÉTAILS, DAmB,

Expression, Frange, Grandeur, Latrah

(Basilique de Saint- Jean de), Marib-Majburi (5amre), Narbonni^ {Cathédrale de), Ogitai, Paul {Saint-) hors les murs, Pierrb (Satn^j de Rome, Piss {Cathédrale de). Renaissance, Roman {Style), Types, Vitraux peints.

11 est une autre sorte de beauté» qui, sans dépendre entièrement de rarchiteciure, de la musique, de la peinture et de la sculpture chrétienne, leur doit en partie, quand Tart vient se mêler aux grandes scènes dé la na* ture et aux pensées de la foi, ses effets les plus grandioses et les plus touchants. Nous voulons parler de la beauté qui naît des harmonies de la nature et de la religion. Trois articles ont pour but de faire ressortir ce nouveau genre, de beauté que les Cbré^ tiens seuls peuvent comprendre, saisir et apprécier. Ces articles sont ceux de la Grands Chartreuse, du Mont-Fbrrat et de la Sainte-Baumb. D'antres ont pour objet de rechercher, d'expliquer les origines les plus hautes, les plus intimes, et de décrire les effets les plus merveilleux du beau, au point de Tue chrétien. C'est i cette catégorie que se rattachent surtout les deux articles Révélation et Paradis. D'autres, enfin, sont consacrés à l'explica* tion particulière de certains mots, d'un em- ]jloi fréquent, dans la théorie et dans la pr«« tique du beau dans les arts, tels que ceux-d: Caractère, Convenance, Détails, Décora* tion. Dessin, Contraste, Couleur, Exprès^ siON, Grandeur, etc.

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