‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 128 sur 168 · A L'OCCASION DU LIVRE D£ M. BIO · texte numérisé non relu

A L'OCCASION DU LIVRE D£ M. BIO

(Juillet 4857;

Nous désirons faire connaître plus en dé-

(857) De la Poésie Chrétienne, dans son principe, «fis sa maiière el dans ses formes ; par A. F. Rio. A Paris, chez Debëcourt. IH36« I vol, in-H*. Vinj^t ans aprèe ce premier voltiiue, M. Rio a publié lo

tail et dans on ordre méthodique les ol^ets

second, consacré à Léonard de Viod et aux écoles de Lonibardie, et non moins digne de b sympathique étude de tous les admirateurs du vrai ticaïa.

MSB

APPENDICE. — DU TA^DAUSME ET DU CATHOUCISME DAÎfS L*ART.

^raîtés dans Touvrage que H. Rio a publié récemment/ les idées principales qui y sont exposées, les découvertes précieuses que les hommes sérieux et religieux peuvent y faire. En donnant ainsi un aperçu des richesses renfermées dans ce volume, nous croyons rendre un yéritabie service à ceux d*èntre nos lecteurs qui ne Tout pas lu, et nous espérons ne pas déplaire à ceux qui le connaissent déjA, en les aidant à classer et k coordonner dans leur mémoire les notions nourelles et importantes qu'ils ont dû y puiser.

Amis passionnés de Tart chrétien, et ayant suivi, quoique de très-loin, M. Rio dans la roule qu^il a si glorieusement ouverte, c*est pour nous un droit et un devoir de ne rien négliger pour que le public catholique puisse apprécier toute l'importance de l'œuvre dont H. Rio a doté notre littérature historique et relîgieusef

Nous n'hésiterons pas h dire que ce livre est un de ceux ((ui peuvent avoir le plus besoin d'être ainsi révélés et annoncés au publie, car il est de ceux dont on pourrait dire aver, vérité au premier abord, qu'on ne sait d'où il vient nt où il va. Il serait très-difficile de se faire une idée juste de son contenu et do sa valeur d'après son titre. Ce titre s'applique à un vaste ensemble de travaux, où rameur embrasse la partie lapins séduisante et la plus féconde du domaine de la pensée chrétienne et dont ce volume n'est qu'un fragment ; mais M. Rio a eu le tort de ne pas nous montrer comment le fragment se rattachait à Tensemble. Aucun préambule, aucune conclusion ne nous apprend pour-

3uoi, dans un livre qui annonce devoir traiter e la poésie chrétienne y la première page du texte commence ainsi : De la Peinture Chrétienne d'abord dans les catacombes^ etc. On ne sait ce que veulent dire ces mots : Forme de CArtj qui font partie du titre; et ces autres : Seconde Partie^ tandis qu'on cherche en vain de quoi il peut être question dans la première, et si elle existe ou non, achèvent de i'eter la confusion dans l'esprit du lecteur, lest vrai que sur la couverture brochée du volume, on lit :De F Art Chrétien; et cette addition met sur la voie de la pensée fondamentale de l'auteur, savoir : que l'art est identique avec la poésie, surtout dans l'ordre religieux ; qu'il n'est autre chose qu'une des formes de la poésie, et qu'on ne saurait isoler l'histoire , l'étude, Tinteiligence de l'un et de l'autre. C'est là une vérité incontestable à nos yeux : mais l'auteur n'aurait pas dû oublier que cette identité de la Ïoésie et de l'art n'a jamais été proclamée en rance, et qu'elle n'est rien moins que con- . statée, ni même soupçonnée par l'immense !^ majorité des lecteurs français. Il était donc nécessaire de bien établir préalablement ce point de départ.

M. Rio, ne pouvant ou ne voulant pas nous présenter en ce moment cette base fondamentale de ses travaux , aurait dû se borner à prendre pour titre les premiers mots de son premier chapitre : De la Peinture Chrétienne ;

et en y ajoutant ceux-ci : en Italie, il aurait donné à chacun une notion claire et complète du beau volume que nous allons passer en revue, heureux de pouvoir, grAce à' lui, donner à nos lecteurs une esquisse historique des produits de cette admirable branche de l'art chrétien dans le temps où elle a été la plus féconde et la plus brillante.

Il est donc sous-entendu que, pourM. Rio, la peinture, comme tous les autres arts, n'est qu une des formes de la poésie ; or, comme la poésie religieuse est nécessairement la poésie la plus haute, sinon la seule, il s'ensuit que la peinture religieuse occupe nécessairement aussi le premier rang dans le développement de la peinture. Cette primauté est d'ailleurs suffisamment démontrée par le fait en Italie : c'est ce qui explique pourquoi l'étude de cet art touche de si près à la religion.

Cela posé, nous commencerons par établir

auels sont les principaux mérites de M. Rio ans cet ouvrage. Et d'abord nous placerons au premier rang le catholicisme du livre et de son auteur. Et qu'on nous entende bien» c'est d'un bon et solide catholicisme que nous voulons parler, non pas de ce vagno sentiment religieux qui est à la mode aujourd'hui, qui consent à ne rien nier pourra qu'il ne soit pas obligé do rien aclmettre comme incontestable. M. Rio n'est pas de cette trempe-là : à chaque page de son livre on voit que c'est un homme qui n'a ni honte ni peur de croire tout ce qu'il a trouvé dans le catéclTisme, l'Evangile et la tradition de l'Eglise, et il en résulte pour le lecteur un sentiment de bien-être qui vaut presque mieux que l'enthousiasme, et comme une sorte de soul:«gement ineffable qui repose et qui exalte en même tem()s. On voit encore qu'il pratique ce qu'il croit : on voit qu'il a prié au pied de ces autels dont il décrit la parure avec tant de poésie, que les trésors de l'art chrétien n'ont pas été pour lui des toiles mortes; débris plus ou moins curieux de la mythologie chrétienne^ mais bien des symboles plus ou moins parfaits de Téterneile vérité. En un mot M. Rio est franchement et avant tout catholique : plus on le lit et plus on reconnaît en fui un frère, un homme à côté de qui on serait aise d'élever sa prière à Dieu, un homme que tout catholique pourrait accoster avec confiance soit dans une église, soit dans une galerie, soit dans une académie, et lui prendre la main, et lui donner son cœur, sans craindre de se tromper, et de trouver le froid sourire de l'incrédulité ou la vanité satisfaite du pédant sous le voile d'un enthousiasme factice.

C'est là ce qui place H. Rio bien au-dessus de Rumohr, et de tous les Allemands qui ont pu rjvaliseravec lui parla science et le sentiment de l'art, mais qui sont restés bien en deçà pour la foi, à l'exception du seul Frédéric Schlegel.

Ce doit être quelque chose de bien déconcertunt,ce nous semble, pour vous, Messieurs les critiques, qui, dans vos jugements soa-

Terains sur Tart aocien et moderne, posez •d*abord en principe que le catholicisme est définitivement mort, qu'il est aujourd'hui dénué de toute sève 'créatrice, et qu'aucun être doué de raison, et k plus forte raison, de science, ne peut y trouver la règle actuelle >et.positive de ses jugements et de ses idées? Daignerez-vous seulement vous retourner dans votre marche triomphale du salon de 1837 au salon de 1838, pour écouter la voix grave et éloquente d'un homme qui aurait cependant quelque droit à votre attention? Car ici il ne s'agit pas d'un peintre obscur, atteint et convaincu de faire des pastiches du, moyen Age, selon le terme inventé pour flétrir aux yeux des uns connaisseurs toute tentative de régénération ; c'est un savant professeur de l'Université, qui, après avoir .commencé à vivre sur les champs de bataille et avoir gagné à quinze ans la crois d'honneur, a enseigné longtemps l'histoire avec éclat; et |)uis tout à coup, a la fleur de TAge, s'est senti saisi d'un te) amour pour l'art purement chrétien, qu'il a renoncé à tout autre occupation pour l'étudier et pour en révéler les doux mystères et les saintes traditions. Un esprit aussi rétrograde vous étonne peut-être : mais, s'il plaît k Dieu, vous en verrez bien d'autres.

A côté de ce mérite suj)r6me de la foi complète et courageuse, vient se placer chez M. Rio, celui d'une science approfondie et complètement originale. Son livre est, en quelque sorte, un répertoire de découvertes en fait d'art, qu'il y a eu autant de<<nérite à faire qu6 de courage à publier, tant elles froissent la routine des jugements ordinaires et tant elks sont éloignées de la voie battue depuis trois sièclc's que le paganisme a envahi tous les domaines de TintelTigence. Mais^ c'est encore à la foi Chrétienne que M. Rio doit sa vraie science ; c'est elle qui lui a donné la lumière, qui lui a procuré le point de vue aussi neuf que satisfaisant où il place ses lecteurs. Ce point de vue, nous nous hAtons de le dire , ne résulte d'aucune théorie arbitraire ni individuelle : il n'y a peut-être pas dans son livre une seule page de théorie proprement dite, et nous l'en félicitons hautement; il n'est parti que d'une seule donnée toute simple et toute chrétienne , c'est que toutes les œuvres de Thomme racheté par Dieu, doivent concou* rir è la gloire de son Sauveur et au salut de son Ame. Or , comme cette loi suprême, si étrangère à tous les docteurs de lart depuis la renaissance, a heureusement dominé le génie des peintres italiens pendant deux ou trois siècles , il a été facile à M. Rio de rassembler assez de faits positifs, assez de détails biographiques, assez de jugements de visu sur des œuvres capitales, pour dresser un inventaire des riches produits du génie chrétien pendant la période que ce volume embrasse. Cest de cet inventaire même (}ue ressort une théorie , ou plutôt une série de conséquences toutes naturelles, oue chacun peut et doit en déiluire, et dont I auteur a laissé souvent la déduction

à la sagacité du lecteur. Nous les résumerons toutes en une seule, savoir : que la peinture chrétienne est la plus belle de tontes, et qu'elle répudie tout ce qui, soit dans l'expression , soit dans l'inspira*tioo, tient de près ou de loin au matérialisme, ou, en d autres termes, au culte de \m nature, qui règne dans l'art depuis les Médicis.

C'est donc un immense .service rendu par M. Rio, aux Chrétiens d'abord ; et ensuite à tous ceux qui s'occupent consciencieusement de l'art, que d'apporter un livre de faits, un livre d'érudition et d'observations personnelles , au milieu de ce déluge de prétendus critiques , dont les jugements téméraires et les stériles théories inondent tous les feuilletons de nos jours, et finit par déborder jusque dans les journaux religieux ou soi-disant tels.

Un service presque aussi ^rand et plus iiicile à apprécier, c'est d'avoir enfin donné aux vovageurs en Italie un manuel qui puisse leur ouvrir les yeux sur les beautés de l'ordre le plus élevé, et justement le plus méconnu, que leur présentera le payç qu ils parcourent. Pour nous, à qui il a fallu trois voyages et trois séjours prolongés en Italie» pour nous dépêtrer complètement du bourbier matérialiste où l'on est lancé tout d'abord par l'effort combiné et unanime de tous les livrets, de tous les guides, de tous les itinéraires , en un mot de tous ceux qui ont écrit sur l'Italie en français, en anglais, en italien, en prose ou en vers , depuis les effusions lyriques de lord Byron jusqu'au fameux Guide économique et culinaire de madame Starke ; pour nous , qui en sommes enfin bien sortis , grAce à Dieu et à M. Rio , nous nous hâtons de lui adresser nos actions de grâces en même temps que nous le recommandons à tous nos compagnons d'infortune passés ou futurs. Nous leur dirons que , s'il y a eu en Allemagne quelques symptômes de régénération sous ce rapport, la France a été privée jusqu'à présent nonseulement d'un ouvrage savant et fondamental comme celui-ci, mais même du plus petit essai , de la plus insignifiante monographie , rédigée dans un esprit de justice et d'affection pour l'art catholique. Il a paru dernièrement un ouvrage très estimable eu cinq volumes, intitulé r/ndtca^eur îlaiteit, par M. Valéry : c'est certainement ce qu'il

Î^ade plus complet jusqu'à présent sur lltaie ; on y trouve beaucoup de faits et de recherches très-curieuses ; mais que pensera l'amateur de l'art chrétien, lorsqu^ii verra, dès les premières pages, que la cathédrale de Milan n'est qu'un énorme colifickei^ qu'on lui recommandera le Saint-Jérôme de Prévitale à Ber^ame , comme tris-élégant t Sans parler des innombrables péchés aomissîon envers des chefs-d'œuvre les plus suaves. Et ce sera bien pire si l'infortuné remonte plus haut et se trouve pris à la gorge parles Dupaty, les Cochin, les Lalande. Mais

Non ragionam di lor...

APPENDICE. - DU YANDALSME ET DU GATHOLIGISME DANS L*ART

Laissons le xtiii' siècle pourrir en

Biix. Répétons seulement çiue le livre de . Rio est le meilleur guide pour l'étude de la peinture en Italie. Bienheureux ceux qui n'auront pas eu d'autre guide que lui, qui prendront ce livre pour premier Cice^ vont : nous n'avons pas eu ce bonheur; mais nous savons par 1 expérience d'autrui le bien qui en résulte, et nous avons vu la facilité et la rapidité avec laquelle des voya- Siurs encore purs de tout contact avec Tesétique routinière , ont été conduits à Té- Ittde et à la connaissairce du vrai par ce livre qui» selon leur propre expression, ver- $uit des flots de poésie éans leur âme.

Il eât été à désirer que M. Rio eût songé h adjoindre à toute cette poésie un index topographique qui en eût facilité l'usage au voyageur, a mesure qu'il parcourt les lieux qui renferment les trésors décrits par l'écrivain. Mais comme nous l'avons déjè vu pour son titre , H. Rio ne songe pas toujours è se rendre accessible au vuFgaire. L'index n'existe pas. Chacun peut s'en faire un (858); et, tel qu'il est, le meilleur conseil que nous puissions donner à ceux de nos lecteurs qui feront ou referont le voyage d'Italie, c>st d*emporter avec eux ce volume. C'est dans l'espeir d'obtenir pour ces pages l'honneur d'être adjointes, à titre de supplément, à ce précieux vade mecum , que nous relèverons avec quelque détail certaines omissions de M. Rio, et que nous combattrons ses opinions sur certains peintres ou certains tableaui;, mais toujours dans l'intérOt exclusif de la même cause et en partant des mOmes principes , ne différant de lui que pour leur application. .

Après ce préambule , gui n'est pas trop long pour I importance ae l'ouvrage, nous aïlons passera 1 analyse des divers chapitres, en avertissant d'abord nos lecteurs que toutes les idées et tous les faits que nous citerons sont tirés de l'ouvrage même , à moins de mention contraire.

Dans le premier chapitre nous assistons tout d'abord au magnifique spectacle de la peinture chrétienne, venant au monde dans le berceau sanglant des catacombes et contrastant, autant par sa direction intime que par ses manifestations extérieures avec les dégoûtantes orgies de l'art .^ous les Césars persécuteurs. Un bon résumé des sujets représentés dans les catacombes fait ressortir la sublime abnégation de soi, avec laquelle les artistes martyrs évitaient toute commémoration même indirecte de leurs supplices. Puis, avec Taffranchissement de l'Eglise par Constantin, viennent ces grandes mosaïques romaines, que Ghirlandajo api)elait à si juste titre la vraie petnture pour téternité. Mais la vitalité de Técole, justement qualifiée par M. Rio de ro^ manO'Chrétiennej fut menacée dès lors par

(858) Aa moment où nous relisons ces lignes, noiis apprenons qae M. GuénebauU, déjà si boiioiablëdent connu par ses travaux d^arcbcologie cbrc-

une controverse très-curieuse entre les Pères les plus illustres de l'Eglise latine et quel-

Sues Pères de l'Eglise grecque, appuyés aver irew par les moines de l'ordre de Saint- Basile, ceux-ci soutenaient que Jésus-Cbrist avait été le plus laid des enfants des hommes, tandis que leurs adversaires disaient, comme plus- tard saint Bernard, que la merveilleuse beauté du Christ surpassait celle des anges, et faisait Tadmirationde ces êtres célestes. On sait assez que l'Occident tout entier se rangea du côté de ses Pères. Mais en vérité, lorsque nous avons lu ce passage du livre de M. Rio, nous nous sommes rappelé les horribles travestissements des principaux faits de la vie de Notre-Seigneur qui, non contents de s'étaler périodiquement sur le.s murs du Louvre, viennent souiller à demeure les parois de nos églises, dignes pendants, du reste, de la musique d'opéra qu'on y entend ; nous nous sommes rappeJé ces éditions de luxe des livres les plus sacrés, où les traits de notre divin Maître, de la Vierge mère, des apôtres, de Made-^ leine, etc., sont livrés aux mêmes imaginations et aux mêmes burins qui se sont fait un nom en illustrant (c est le terme consacré) les saletés de Voltaire et de Lafontaine; nous nous sommes rappelé enfin le débordement de vulgarité, de niaiserie, d'inconconvenance, qui caractérise tout ce qu'oa appelle aujourd'hui des sujets religieux, et que le clergé a la bonté d'admettre commn tels ; et puis nous nous sommes demandé si par hasard la doctrine bj^zantine n'avait

f)as été ressuscitée de nos jours» et si tous es coryphées de nos écoles modernes ne s'étaient pas donné le mot secrètement pour représenter Notre-Seigneur et tous les personnages, religieux comme les plue knds dee enfants des hommes. Quoi qu'il en soit, il est certain que les fanatiques byzantins du iv* et du V* siècle, s'ils renaissaient a» xix% ne pourraient qu'être flattés de voir une pratique aussi conforme è leur théorie.

M. Rio se livre aux considérations les plus sages sur la nature dégradante des doctrines byzantines qui préludaient dès lors au schisme de Photius, et dont l'autocratie moscovite est au sein de notre société moderne le dernier résultat : elles exercèrent longtemps la plus funeste inQuence en Italie: heureusement le siège infaillible et immortel de Pierre réagit constamment contre elles. Ne pouvant introniser te laid dans l'art religieux, Bvzance et ses empereurs devinrent iconoclastes pour anéantir dès le berceau cet art sublime. De là cette guerre admirable, que M. Rio compare justement aux croisades, qui unit toute l'Italie, sauf Napies, pour la défense du Pape et des saintes images, et que Gibbon a jugée avec sa mauvaise foi ordinaire. Cependant, l'école romano-chrétienne devait mourir, à ce que croit l'auteur et il fixe l'époque de cette

tienne dans les Annales de Philo ophie ehréiienne^ vient de terminer une table à la Tois alphjibétiqoe et analytique de Touvrage de M. Rio.

DICTIONNAIRE D^ESTHETIQUfi.

extinction complète aux xn* et xiii* siècles. Nous protestons de toute notre flrae contre cette assertion ; car, à notre avis, les mosaïques de Sainte-Marie in Transtevere et de sainte-Marie-Majeure, qui datent précisément de ces deux siècles, sont les plus belles de Rome. Mais nous admettons volontiers que celte école, à laquelle nous attachons du reste moins d'importance que Fauteur et quelques autres écrivains medernes, a été avantageusement remplacée par l'école germanO'Chréiienne^ née avec Charlemagne, et dont il nous reste clés monuments nombreux dans les miniatures des manuscrits, et plus tard, dans les vitraux. H importe d'établir, comme Ta fait M. Rio, que rien dans cette école ne sent, comme on s'en va le répétant tous les jours, l'imitation servile de ce qui s'était fait à Bj^zance et en Italie. Le clergé ne cessa jamais de diriger cet art dont il avait été le père, et de lui donner cette fécondité que le catholicisme communique à tout ce ou'il enfante (859). Aussi l'originalité des écoles de France, de Belgique, de Cologne, du x* au xiu* siècle, est un fait qui ressortira chaque jour davantage de l'étude approfondie de leurs produits. H. Rio énumère avec soin les traits distinctifs du genre occidental et du genre byzantin : il suit les différentes phases de I existence languissante de celui-ci en Italie, et rélève les déplorables conséquences de son influence sur l'école napolitaine, qui n'a jamais pu se relever de ce honteux vasselage ; mais nous lui demandons grAce pour le bon vieux Giunia de Pise, qu'il regarde comme le dernier représentant de l'art byzantin, et que nous voudrions délivrer de cette flétrissure, en considération du beau portrait de saint François qu'on voit de luià la' sacristie d'Assise, comme aussi de ce crucifix peint par lui, qui stigmatisa sainte Catherine de Sienne, et que 1 on conserve encore dans la maison paternelle de cette grande sainte à la Conlraaa de//' oca, à Sienne.

Le chapitre II est consacré à Yicolt 5t>n- %oise. Quoiau'à peu près passée sous silence par Vasari, les recherches postérieures, surtout celles de Rumohr, ont bien établi que Sienne, qui s'honorait du titre de Cité de la Vierge f a été le berceau de la peinture chrétienne d'Italie, au xm' siècle. On y voit encore quelques ouvrages de ces premiers maîtres si purs et si dévots, signés de leur nom, avec l'addition d'une prière ou d'une éjaculation pieuse. Tels sont : Guido, dont la grande madone, à Saint-Dominique, est le premier tableau à date certaine (1221) de l'Italie; Uucciû Tante par Ghiberti, et à si bon droit ; Ambro* gio, qui fit lagrande fresqueallégorique d'une iies salles du palais public, que M. Rio déclare n'avoir pas comprise, mais où l'on pourrait» ce nous semble, clairement reconnaître les principales vertus 'chrétiennes, avec les

(859) Ou ne saurait lire sans émotion cette admirable déniiilion du concile d'Arras en 1205, où il dit 'que la peinture eêt le livre det ignorants qui ne êauraient pa* en lire d^autret*

symboles universellement admis dans te peintnre et la sculpture chrétienne de cette époque, belle idée assurément pour une salle de justice. Il ne reconnaît qu'an seul tableau authentique de Pietro, frère d*Aaibrogio : il a oublie la jolie madonp, Toisine de l'hospice délia Scala, que nous citons à cause de sa touchante et simple inscription : Opu8 Laurentii Pétri pictoris : feeit oo tuam devotionem. Ces deux frères se sont immortalisés par leur grande fresque du Campo- Santo de Pise, représentant les divers épisodes de la vie des Pères du désert, chefd'œuvre de grâce et de simplicité naïve. H. Rio relève avec raison toute la poésie de ce sujet : il nous donne ensuite un réeit charmant de la légende de saint Rainier.qai forme un des ornements de ce même Campo- Santo, et qui a été peint parce Simon Memmi, que Pétrarque mettait sur la même ligne que Giotto. Nous regrettons de ne pas trou* Ter quelques détails sur les ma^nifiquas fresques du même Simon Memmi, a la cba* pelle des Espagnols k Florence ; cette adioi* rable représentation de TEglise triomphante et militante, avec tout le fécond symbolisme de répoaue ; ce Jésus descendant aux limbes, e'i écrasant le démon vaincu sous la porte brisée des enfers, et tant d'autres sujets traités avec une supériorité réelle, méritaient une attention spéciale de la part de l'auteur, qui n'aurait pas dû se borneri nous renvoyer à Vasari, dont il nous a recomman* dé, et à si juste titre« de nous défier.

Mais quelque chose de. bien plus grave que cette omission, c'est l'injustice avec la* quelle M. Rio donne nongé à toute Técole siennoise, après avoir cité ces trois ou qaa« tre noms, en déclarant qu'après eux sa fécondité ne fut que purement numérique jusqu'au XV' siècle. Nous verrons aue M. Rio n'est pas moins injuste pour Jes grands peintres siennois du xv*« et en attendant* nous réclamons de toutes nos forces en Saveur de plusieurs peintres que des séjours malheureusement trop courts è Sienne» nous ont permis cependant de connaître ; ei en premier lieu, nous citerons Manno di Simone, auteur dès 1287, k ce qu'on dit, de la fresque de la chapelle du palais public, qui représente Notre-Dame entourée d'anges et de saints, assise sur un trône et sous un vaste baldaquin porté par les saints protecteurs de Sienne, tandis que deux anges agenouillés devant elle lui présentent des cor< beilles de fieurs : nous connaissons peu de

f Productions plus grandioses et plus caihoiques. Puis ce Sano di Pietro, dont on voit une admirable Ineoronaxione (860), h la chancellerie du palais public, datée de 1M5; et enfin cet André Vanni, que son goût pour la peinture n'empêcha pas d*être capitaine du peuple et ambassadeur auprès du Pape, à qui sainte Catherine de Sienne adressa une

(860) C>9t la désignation italienne du cùur^mtn^ ment de la sainte Vierge dans le del , sujel favori des peintres cbréliens de tous les temps et de loiu le» pays.

APPEND IGE. — DU TANDALISBIE ET DU CATHOLICISME DANS L'ART

lettre sur l'art de bien gouverner, et qui en revanche nous a laissé a*elle un portrait authentique et délicieux, au eapellone de l'église Saint-Dominique. On voit aussi de lui è I académie les quatre Trionfi de Pélrarque, assez ingénieusement reproduits. Nous n hésitons donc pas à dire, et nos observations ultérieures viendront à Tappui de ce jugement, que, dans la prochaine édition de son livre, M. Rio doit refaire toute la partie de Fécole siennoise, sous peine d'èlre confondu, quant à ce, avec cette masse banale de voyageurs dont les yeux et le cœur restent toujours fermés aux productions du véritable art chrétien. .

Le chapitre 111 nous introduit à Tétude de Yécole primitive de Florence^ née un demisiècle après celle de Sienne. M. Rio fait bonne justice de la réputation exagérée de Cimabuë, qui a passé longtemps pour le régénérateur de l'art, et que les leuilletonistes éclectiques de nos jours se résignentquelquefois h citer comme un çrand génie. C'est à Giotto qu'appartient plus justement le titre de régénérateur; ce fut lui qui brisa définitivement les types byzantins. M. Rio le démontre Kir des observations d'une rare sagacité, et réle les absurdes reproches que Rumohr a adressés à ce grand peintre, il passe en revue ses principaux ouvrages ei les traits de son caractère qui nous ont été conservés. On s'étonnera seulement de ce qu'il regarde la révolution opérée par Giotto dans la peinture, comnae conlem(K)raine de celle par laquelle l'architecture moderne s'affranchissait du joug classique. Quand même Tarchitecture ogivale daterait deTépoquedeUiotto, ce qui n'est pas, M. Rio ne saurait être du nombre de ceux qui regardent les cathédrales de Spire et de Mayence, le ddme et le baptistère de Pise, Saint-Marc de Venise et tant d'autres monuments du x* au xn* siècle, comme émanant de l'architecture classique : cela ressemblerait trop à ce savant de la renaissance, qui prétendait avoir découvert que la cathédrale de Milan avait été bAtie d'après les règles tracées par Vitnive. Nous déplorons aussi la brièveté excessive avec laquelle notre auteur passe, sur les grandes fresques de la chapelle de l[Arena à Padoue, qui sont , selon nous, Tœuvre capitale de Giotto, et où se trouvent douze sujets de la vie de Notre-Dame jusqu'à son mariage, vingt-quatre sujets de la vie de Noire-Seigneur, dont plusieurs de la plus haute beauté, surtout la Résurrection de La^

ites

xare et la Déposition de eroix^ un magnifique Jugement dernier^ le plus ancien que nous connaissions, et enfin les figures des Vertus e\ des Vices en grisaille, qui surpassent tout le reste. Son Etp^ance et sa CAartV^ n'ont de rivales que les figures analogues de la porte du baptistère de Florence par André de Pise. Le symbolisme si remarquable de ces figures avait frappé l'attenlion de notre savant d'Hancarville, à une époque où Giotto était encore regardé comme un barbare; elles viennent de fournir à un écrivain de Padoue, le comte Selvatico, le sujet d'un opuscule'très-intéressant (861). Comme ces fresques forment l'ensemble le plus vaste, le plus complet et le plus ancien de cette époque, nous croyons qu'elles exigeaient plus d'attention de la part de M. Rio. Pour le plus grand avantage des voyageurs, nous dirons encore que les belles fresques de Giotto» représentant les sacrements d'ordre et de mariage, que l'on admire encore à Naples» se voient k Vlncoronata^ petite église presque souterraine, près le Chftteau neuf, et non pas, comme dit M. Rio, k Sainte-Claire» celles qui ornaient cette dernière église ayant été blanchies à la chaux par les hommes éclairés du dei*nier siècle. A Toccasion du célèbre tableau signé par Giotto, à Santa- Croce de Florence, M. Rio signale la présence d'anges louant de divers instruments de musique; heureuse innovation gui a fourni de tout temps aux peintres vraiment chrétiens des épisodes délicieux dans leurs plus beaux tableaux (862). Du reste , les sujets traités avec le plus de prédilection {Mir ce peintre furent, selon M. Rio, la Crucifixion et la vie de saint ']François, Nous ne savons pourquoi il dit que dans cette glorieuse vie, il V a tris-peu d'aclions extérieur reSf tris-peu d'épisodesdramatiques{çfhge&i). Nous n'en connaissons pas au contraire où il s*en trouve plus, témoin les grandes fresques de l'église supérieure d'Assise, que notre auteur traite bien légèrement.

La révolution opérée par Giotto trouva à Florence une adhésion unanime; mais elle eut à combattre quelques respectables résistances, comme celledu vieux Margaritone, qui avait envoyé un crucifix de sa façon à ce Farinala (dont le Dante trace un portrait si imposant), pour lerécompenserd'avoir sauvé sa patrie; puis à Rome, celle d'un élève même de Giotto, Cavallini, auteur du crucifix miraculeux qui parla à sainte Brigitte (863).

(86i) Sulia eapellina degli Scrovegui neW Arena éi l'adovu^ e sui freschi di GioUo in essa dipinii : otur9ai9o..i di Pietro Eslente Selvaltco; Padova IS56. Nuus l'ccoiiunandoiis cet ouvrage à nos lecteurs comme le seul qrie nous ayons encore ren*eoiiiré en I alie , où l*art du moyen âge soit assez iMeii apprécié , malgré les ineonsvequeiices bizarres qu'on y rencontre mêlées aux jugements les plus lains.

(S6i) M. GuénebauU âUribue cette innovaUou à André Tafi, qui vivait vers Tân li35 , et remaniue tvcc raison que IVriglne de cette idée se trouve

dans le passage de saint Augustin où il énumère les jouissances du paradis : c Qu» caniica ! quœ organaî qiiae caiilileiias ibi line Une decantaniur! sonant ibi semper mcltiflua hyinnorum organa suavissinia angelorum melodia, » etc. liÊniuale^ c. 6, n. S.

(865) C*est la tradition, répétée par M. Rio, mais assez peu d*accord avec les laits ; puisque ce crucifix de sainte Brigitte que Ton montre encons à Saint-Paul-bors-des-murs, et qui a échappé au derpier incendie, est sculpté en bols et iioo paj^ peint.

Rien de plus fanx que Tassertion des classûpies qui prétendent que la peinture a été stationaire pendant le demi-siècle qui suivit la mort de Giotto, c'est-à-dire iusqu au moment où le naturalisme envahit 1 art avec Masaccio. M. Rio détruit de fond en comble cette erreur par son éloquente énumération des œuvres principales des successeurs im* médiats de Giotto, énumération habilement parsemée de détails charmants sur leur vie et leur piété. Nous voyons passer successiyement Taddeo Gaddi/digne filleul et disci* pie de Giotto, qui avait pris saint Jérôme pour sujet de prédilection; Giottino, bien supérieur encore è Giotto, selon nous, quoique son nom semble indiquer un diminutif du talent de celui-ci ; Agnolo Gaddi, fils de Taddeo, autçur de la légende de la ceinture de Notre-Dame, peinte à fresgue dans la ca« thédrale de Prato, et que M. Rio nous raconte * avec une entraînante sympathie ; enfin le grand Orgagna, qui a mérite d'être appelé le Michel-Ange de son siècle, àcause de sa suprématie simultanée dans la peinture, la sculpture et l'architecture, mais avec cette différence qu'il a toujours été aussi chrétien dans sescBuvres que Michel-Ange a été païen, et qu*il a ouvert dans l'art une ère de pure et pieuse beauté, tandis que Michel-Ange en ouvrit une d'exagération anatomique et de décadence morale. Son Triomphe de la Mort au Campo-Santo de Pise, et son Paradis à Sainte-Marie-Novella, compteront toujours parmi les chefs-d'œuvre de la pointure cbré* tienne, et se distinguent surtout par une intensité d'expression^ comme dit fort heureusement M. Rio, que nul n'avait encore atteinte à un si haut point. Ce chapitre se termine par un résumé des progrès faits par la peinture jusqu'alors, et des principaux traits qui caractérisent cette période. L'éloignement pour toutes les traditio;is grecques (864) s'est de plus en plus enraciné. Les sujets mystiques sont exclusivement cultivés, Je goût pour les sujets dramatiques ne s'étant pas encore annoncé, selon M. Rio ; et cependant nous ne savons trop ce qu'il peut y avoir de plus dramatique, dans lé meilleur sens du mot, que les différentes époques de la vie de Noire-Seigneur, de Notre-Dame et le Jugement dernier, répétés si fréquemment parles peintres de cette épogue. L'histoire de saint François est aussi exploitée avec un amour tout particulier ; cela a été le privilège perpétuel de ce grand saint : mais nous ne pouvons admettre avec Tauteur que la préférence donnée à cette histoire sur celle de saintDominique tienne à la différence originelle de leurs deux institutions. Quand on voit les délicieuses

(864) M. Rio cite comme preuve remarquable de ceue antipathie , que jamais les Pères de TËglise gi^ecqne n*ont été mêlés aux Pères de TËglise laiine, qui raisaient presque de droit partie de toutes les graniies fresqiies. Presque toutes nos recherches ou t^ confirmé la vérité de cette observation; nous iravons vu qu*un seul exemple de cette union, mais en assez bon lieu pour mériter d*étre uoté. C'est à la chapelle Saint-Laurent du Vatican, où le bieu-

peintures que le dominicain Fra Angelico de Fiesole a consacrées au père de son ordre h Cortone, et sur le gradino de son couronnement de la Vierge au Louvre, on peut bien admettre que la vie de saint Dominique prétait autant que celle de saint François aux ins{>irations de la peinture chrétienne; et d'ailleurs, comment se faît-il que l'ordre des Frères Prêcheurs ait prodail tant de grands artistes, et du premier rang» tels gue Fra Angelico et Fra Bartolommeo, tandis que le nombre de ceux sortis des Frères Mineurs est infiniment moindre.

Nous avouons que nous sommes jaloux de la moindre parcelle de la gloire de saint Dominique, surtout depuis que nous Tayons entendu traiter de profond seélérai par an célèbre député, membre de TAcadémie française.

Dès cette époque primitiTO Fart, qui avait son foyer à Florence, rayonnait au loin ; de toutes les parties de Tltalie une foule d'artistes venaient étudier k Florence : une touchante confraternité s'établit entre eux; elle avait pour base l'esprit exclusivement chrétien de leurs travaux. «Nousautrespeintres.» disait Buffalmacco, élève de Giotto, «i nous ne nous occupons d'autres choses que de faire des saints et des saintes sur les murs et les autels, afin que, par ce moyen, les hommes, au grand dépit des démons, soient plus portés a la vertu et à la piété. » (p. 88.) Aussi, dans la première académie de peinture dont l'histoire fasse mention, la confrérie de Saint-Luc fondée en 1350, les membres s'assemblaient, non pour se communiquer leurs découvertes ou délibérer sur l'adoption de nouvelles méthodes, mais tout simplement pour chanter les louanges de Diea et lui rendre des actions de grAces (p. 89).

L'Ame sincèrement et logiquement catholique se repose avec délices sur celte époque si belle et si pure, où rien ne Tient ternir l'éclat de la jeune parure dont la reli^on Tètissâit le monde, oi^ tout ce gui ornait et charmait la vie de l'homme lui rappelait le ciel. M. Rio a compris là beauté et l'unité de cette époque dans la partie qui a été 1 oIh jet de ses études : si nous avons un reproche à lui faire, ce serait de n'avoir pas assex insisté sur cette période de son ouvrage, de nous avoir privés de bien des détails précieux, d'avoii*omis quelques peintres dignes d'être appréciés par lui, tels que Gherardo Starnina (865), beaucoup trop sévèrement jugé dans un chapitre subséquent (p. 107), et Nicolas di Pietro (866) ; mais peut-être ces défauts seront-ils justement des qualités aux yeux d'autres moins ardents et moins exclusifs que nous, dans notre amour pour

heureux Angélique a rq^résenté saint Aibaïuise H saiot Jean Ghrysostome comme pendants de iaiat Léon et de salut Grégoire le Grand.

(S65) M. Aio paraît avoir oublié qoUl peigyil les

auatre évangélistes à la Toûle de la ctiapeile laiéraJtt 41 transept méridional de Santa-Groco.

(866) Auteur des admirables fresques de la Pas* sioA de Notre-Seigaeur , au couvent de San-Fraii«*

APPENDICE. - DU VANDAUSME ET DU CATHOLICISME DANS L AKT

Tari purement catholique et tel qu'il était a?ant le mélange de tout autre élément inférieur. Dans tous les cas, M. Rio a la gloire ÎDContestable d'avoir mieux jugé et mieux loué cette glorieuse richesse de notre foi qu'aucun autre écrivain français, et c'est une gloire dont il lui sera ctiaque jour tenu plus de compte.

Dès la seconde période de l'école florentine, que les chapitres IV et Y nous exposent, runité a cessé. La résurrection du pa^ Îmnisme^ qui équivalait à celle du matériaismOf voilà, comme H. Rio le reconnaît, le {;erme de cette décadence qui se développe enteroent et à l'ombre, pendant que la peinture marchera à sa perfection. On en trouve des symptômes manifestes chez Paolo Uccello (mort en 1423), qui ne voyait dans la peinture d'autre beauté que la perspective, et à qui les Médicis firent peindre des animaux dans leurs palais; première marque de la protection accordée par cette famille à l'art, et digne symbole de ce funeste patronage. Un autre peintre, nommé Dello, alla peindre des sujets mythologiques pour le roi d'Espagne. La peinture devenant peu à peu tributaire du pédantisme classique et du luxe des banquiers, un nouvel élément de décadence, celui du naturalisme, s'y introduit par l'usage profane de multiplier les portraits dans les tableaux de piété, en donnant les traits d'un protecteur ou d'un ami vivant aux personnages les plus sacrés; usaj^e bien différent de l'humble et chrétienne inspiration qui faisait représenter le peintre ou le donateur d'un tableau aux genoux de la Madone, ou confondu parmi les bergers ou la suite des rois qui venaient offrir leurs hommages à l'Enfant Jésus. Les progrès du paganisme et du naturalisme déterminèrent bientôt une scission dans l'école florentine; elle se décompose en trois tendances bien distinctes, selon H. Rio et cette distinction est fondamentale pour a suite de son ouvrage) : 1* celle des peintres restés fidèles aux habitudes giottesques, tels que Lorenzo Bicci et Chelini; S*" celle des peintres qui réagirent contre les innovateurs profanes, par le perfectionnement de Télément mystique; et S*" ceux qui cultivèrent surtout la forme et la firent progresser, niais aux dépens de l'esprit chrétien des couvres primitives. Ghiberti est à la tète de ces derniers; ses bas-reliefs de la porte du Baptistère font époque dans l'histoire de la peinture aussi bien que dans celle de la sculpture, car il eut uour collaborateurs plusieurs des peintres les plus célèbres de son époque. Nous croyons aue M. Rio est en contradiction avec lui-même, lorsqu'il regrette que toute l'école florentine n'ait pas

cesco à Pise. Jamais sainte Madeleine n'a été représentée avec plus de génie chrétien. Ce cbefd*œuvre a* été gravé au trait par le cav. Lasinio.

(867) J>an8une publication récente, faite k Paris, on n*a donné que la dernière porte de Gbiberti , celle de fesi, et on a soigneusement omis celle d*Aa* ûré de Pise, et celle où Gbiberti lui-même se mon«

DIGTI052V. d'Esthétique.

puisé ses inspirations dans ces fameux basreliefs; on V voit, ce nous semble, ce beau génie marcher graduellement vers le matérialisme; ils ont pour voisins ceux d'André de Pise, qui assurément répondent bien mieux à lldéal chrétien (867). Masolino fut le plus habile des collaborateurs de Gbiberti; il commença la célèbre chapelle del Carminé. Mais nous aimerions mieux le juger et le ranger dans la catégorie des peintres restés purs, d'après le charmant tableau de lui à Tacadémie. Masaccio, qui acheva la chapelle del Carminé ^ et exerça par cette œuvre une si grande influence sur son époque, alla à Rome pour s'y inspirer des souvenirs classiques ; mais, en y arrivant, il était encore bien complètement pur et chrétien.

avec une sévérité qui nous a vivement blessé ; car, s'il est vrai que ces fresques ont été cruellement retouchées, il en reste encore les contours si fins et si gracieux, et surtout l'esprit ffénéral de la composition, digne des plus beaux monuments de l'art chrétien. Chaque tète mérite une étude spéciale (868). Mais Rome gâia ce jeune talent. De retour à Florence, il fît cette chapelle del Carminé^ où le naturalisme triomphe complètement, où il n'y a plus même vestige de la simplicité et de la profondeur primitives, ce qui explique parfaitement l'enthousiasme qu'elle a excité chez Vasari et ses copistes classiques.

Les fresques del Carminé devinrent aussitôt un centre d'inspirations pourune foule de peintres. Le moine Filippo Lippi, dont la vie romanesque et déréglée est connue, devint le plus ardent imitateur de Masaccio : le premier il osa représenter sa maltresse, la trop célèbre Lucrezia Luti, avec les attributs de la Reine des anges. Ce seul trait peut faire juger des progrès que le mat avait faits. Cependant il faut avouer que ce Lippi a laissé quelques œuvres dignes d'un meilleur auteur, et M. Rio reconnaît en lui le premier paysagiste de l'école florentine. Cet impudique eut pour disciple l'assassia André del Castagne, plus célèbre par ses crimes (869) que par ses œuvres, fort habile dans la perspective, les raccourcis et les portraits, et qui fut à son tour le maître du nommé Peseiio, lequel n'avait point d'égal pour la représentation des oiseaux» des quadrupèdes et des insectes. L'école hollandaise, si chère aux matériaKstes des derniers siècles, et la peinture mesquine, qu'on appelle de genre^ étaient déjà en germe criez cet homme.

Mais bientôt Rome offrit aux artistes flo-

trait encore complètement chrétien.

(868) On peut en juger d'après les belles grava* res au trait publiées à Home par Lat>razzi , eu 44 planches.

(869) Il assassina Antonio le Vénitien , qui lui rail appris le secret de la peinture à Thuile.

avait appris

rentins un théAtre plus vaste et pins glorieux qu*aucun autre. Les grands murs de la chapefUe Sixtine leur furent livrés par Sixte IV. un jvoit lesœuvresde trois peintresqui,quoique sortis de l'école naturaliste de Ghiberti, surent lutter contre les principes de déchéance qu'ils devaient y puiser : d'abord Cosimo Roselli, moins pur au Vatican que dans sa belle fresque de Sdint-Ambrogio à Florence; puis Botticelli dont le groupe des Filles de Jethro^ au-dessus du trône papal» est un chef-d'œuvre de poésie pastorale, et que M. Rio aurait dû placer dans l'école mystique, ne fût-ce qu'à cause de cette seule mais exquise Madone écrivant le « Magnificatf » qu'on voit aux Uffizi à Florence; enfin Domenico Ghirlandajo commença dignement, par sa Vocation de saint Pierre^ les chefs-d'œuvre dont il devait orner plus tard sa patrie. Nous sommes loin d'admettre toutefois, avec M. Rio que ses grandes fresques de Sauta-Maria-I^ovella soient les plus ma-

fni&ques ouvrages de ce genre que possède lorence. Nous n'hésitons pas à leur préférer non-seuLement la chapelle Riccardi Beuozzo Gozzoli, mais encore les fresques d'Orgagna dans la même église; cette différence d'opinion donnera aux lecteurs compétents la juste mesure de la distance qui nous sépare de M. Rio. En revanche nous adhérons de tout notre cœur aux éloges qu'il décerne à ['Histoire de saint François ^ qu'on voit à Santa-Trinita, et à l'admirable tableau de VAdoration des MageSj qui fait l'ornement de l'hospice des Enfants-Trouvés. Quoique le tvpe de ses vierges soit défectueux et trop bourgeois, il est vrai que Ghirlandajo a surpassé tous les autres peintres de son époque en dehors de l'école mystique. Avant d'en venir à celle-ci, M. Rio juge avec une juste rigueur Filipl'ino Lippi, fils du moine, qui chercha à racheter la honte de sa naissance par la moralité de sa vie, mais qui ne s'éleva jamais très-haut dans l'art; puis Antoine Pollajuolo, qui eut la triste gloire d'introduire dans la peinture l'élément des études anatomiques, et qui s'en servit le premier pour profaner ce noble sujet du martyre de saint Sébastien, qui l'a été tant de fois depuis. Son chef-d œuvre représente un combat entre dix gladiateurs tout nus. 11 préparait ainsi les voies h Michél-Ange, qui ne trouva rien de mieux que de présenter les saints et même les saintes dans un état de nudité complète, dans ce fameux /u^emen/ dernier^ dont H. Sigalon ne nous a donné récemment qu'une copie trop exacte.

. (870) Ost là une des mille observations si exactes ei si fécondes qui se irouveni dans le livre de M. Rio. En effet, pour peu qu'on repasse dans sa niéuiûire les diflereuies écoles de peinture, on s'aperçoit <|ue ce siyel vraiment céleste n'a été fré- «(ueminent traité que dans les temps tout à fali chrétiens, et qu'il a été presque entièrement abandonné d«puis trois siècles, l^n France , où li n'y a jamais i*u de peinture chrétienne, si ce n'est dans les vitraux et les miniatures des missels, où la peinture proprenienl dite n'est arrivée que pour pai liciper

Avant d'aborder l'école mystique, M. Rie résume, à la fin du cinquième cnapitre, les progrès vers le bien et le mal que la peinture avait faits à l'époque où nous sommes arrivés (1^90). L'application des lois de la

1)erspective, la meilleure combinaison de la umière et des ombres, le charme et la fral« cheur des paysages, en un mot tout le beau côté du naturalisme ne saurait compenser la diminution proportionnelle du goût et de l'intelligence des inspirations vraiment saintes. Certains sqjets traditionnels et mysti- Îues, tels que le Couronnement de la sainf ierge, incompatibles av.ec le nouveau développement , tombèrent malgré leur immense popularité en désuétude, et finirent Ear disparaître du répertoire de l'art (fRO). e naturalisme ne pouvait profiter qu'au genre historique ; aussi les livres de l'Ancien Testament furent exploités plus volontiers que l'Evangile et bientôt l'histoire de Grèce et de Rome le fut préfèrablement à l'histoire sainte. « Les inspirations païennes venaient à l'art de deux côtés à la fois, des mines majestueuses de l'antique Rome et de la cour des Médicis. Le paganisme des M édicis était né de la corruption des mœurs autant que des progrès de l'érudition... Que demandait Laurent de Médicis aux premiers artistes de Florence, quand il Toulait exercer à leur égard ce patronage si éclairé dont il est fait tant de bruit dans l'histoire ? A PoUajuolo , il demandait les douze travaax d'Hercule; k Ghirlandajo, l'histoire si édifiante des malheurs de Vulcain; à Loca Signorelli, des dieux et des déesses, avec tous les charmes de la nudité, et par compensation, une chaste Pallas à Botticelli, gui, malgré la pureté naturelle de son imagination, fut en outre obligé de peindre ane Vénus pour Côme de Médicis, et de répéter plusieurs fois le même sujet arec des variantes suggérées par son savant protecteur » (P. 154.) En résumé, si la peinture avait fait depuis Masaccio des progrès rapides en développements externes, elle avait cessé d'ôtre pour un grand nombre d'artistes, une des formes de la poésie chrétienne.

Pour nous consoler de cette décadence graduelle dans l'école naturaliste, M. Rio consacre ses chapitres Vl et Vil à nous montrer les développements de Técoie mystique. C'est assurément la partie intéressante et la plus originale de son ouvrage : il est le premier et le seul qui ait jusque pré« sent bien nettement distingué les éléments de cette école, et bien hautement proclamé

aux élégantes frivolités de la conr de François l**, le Couronnement de la sainte Vierge esl un sujet a peu près inconnu : mais nous espérons qiie le public français eu aura une idée satisfaisante, iorviM M. Cunner aura publié le Livre d Eglise poar lequel nous avons eu le bonheur d'olileutr des des» SUIS d'Ôverk>eck, au premier rang desquels figaRTi Marie assise sur le trône de son Fils d b lèie peechée sur son épaule. Ce Couronnement de Mtr»' Dame rappelle avec un charme tout nooveaa ks plus vieilles mosaïques de ce sujet à Home.

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