ACCEIN 1 POETIQUE, ACCENT TONIQUE
Oy. TONAUTÉ.
ACCORDS. Voy. Consonnancr.
AGRICOLA. Compositeur du xy* siècle»
élève d'Ockeghem. Voy. Musique.
ALBI (Cathédrale d') (76). Si dans notre France peu connue et si digne de )*ètre. il existe un chef-d'œuvre qui, à certains égards, n'a pas son pareil dans le monde ; ce cnef-d'œuvre, c'est la cathédrale d'Albi. Ce n'est pas
Sue sous le rapport architectural « cette glise ne soit inférieure à nos plus renommées. On concevra facilement qu'il en doive être ainsi, en considérant qu il s'agit d'une vaste construction toute en briques, comme on en voit tant dans une région où il est impossible de se procurer df'autres matériaux. C'est pourquoi, sauf un hardi clocher et un merveilleux porche dont nous parlerons plus bas, l'extérieur de la cathédrale albigeoise n'offre qu'une grande et lourde masse d'une teinte rouge foncé, qui est celle de la brique exclusivement employée à sa construction. Mais quand on pénètre dans l'intérieur de ce vaste temple, auquel prépare si peu la vue de l'extérieur, on est saisi du contraste frappant qu'offre une immense surface recouverte dans tous les sens de riches et magnifiques peintures qui se déroulent aux regards enchantés de 1 heureux spectateur d'une telle merveille. Et, comme ce genre de peinture est une des parties principales de la décoration de nos temples catholiques dont il relève si bien la beauté, nous devions, sous ce rapport, un article spécial à la splendide cathédrale d'Albi.
Ce fut une idée vraiment grandiose, que de concevoir et de réaliser sur une aussi, vaste échelle cette magnifique ornementa-
(76) Située dans une belle plaine et sur une éoiinence dont ta base est baignée par les eaux du Tarn, la ville d'Albi, nommée parles Romains Ci^ vitat Aibiemium , étaii de b première Aquitaine
}ui avait Ek>urges pour métropole, et elle continua >n dépendre sous le rapport ecclésiastique, lorsqu'elle eut été dotée d'un siège épiscopal. Cet évèché était devenu de bonne heure un des plus riches de France. Le chapitre était composé de chanoines réguliers de Saint Augustin, et ce fut le Pape Bonilace VIII qui le sécularisa en 1297. L^évéché d*Albi fut érigé eu arciievèckô eu 1676. Par acte passé à
tion. Ne pouvant, à cause de l'imperfection des matériaux dont ils disposaient, élever une cathédrale comme celle de Chartres oq de Reims, les évêques et le chapitre d'Albi voulurent que, par une riche compensation, la peinture murale étalAt toutes «ses magnificences sur les parois intérieures de l'édifice, au point d'en métamorphoser complètement l'aspect. C'est pourquoi ils étendirent sur toute cette surface une immense couche bleu de ciel, sur laquelle les pinceaux les plus habiles delà France et de l'Italie devaient dessiner en compartiments harmonieux des milliers de figures célestes d'anges, de saints, de saintes, éblouissante image des splendeurs du paradis.
Mais avant de tracer une esquisse rapide de ce chef-d'œuvre d'iconographie chrétienne, nous ne saurions complètement omettre quelques-unes des parties principales de l'édifice, qui, au double point de vue de l'architecture et de la sculpture, ne le cèdent en rien à leurs analogues qu'oa ne se lasse d'admirer dans certaines de nos églises le plus en renom. Nous voulons parler du péristyle et du porche découpé de la grande porte latérale, non moins que du jubé et de tout l'ensemble du chœur merveilleux de cette basilique.
La cathédrale primitive, fondée sous le titre de Sainte-Croix, entre le palais des comtes d'Albigeois (aujourd'hui l'archevAché) et la métropole actuelle, avait pris, dans la suite des temps, le vocable de sainte Cécile, qui lui est resté. Plus d'une fois il avait été question de rebAtir cet édifice sur des dimensions et avec une magnificence proportionnées à la richesse et à l'importance de révéché et du chapitre, qui étaient des plus considérables de France. Divers
Tarchevèché de Paris, en 1675, rarcbevéqiie et le chapitre de Bourges consentirent à ce que TEKtise d*Albi, érigée en archevêché etdéiachée de la métrofK)le de Bourges, jouit des mêmes droits et prérogatives sur les cinq évéchés qui étaient é(;a^lemel détachés de cette vaste province, à savoir : Cahors, Rodez, Hende, Castres et Yabre, aux conditions que Tarchevèque de Bourges prendrait 15,000 livres de revena annuel sur ceiiii de rarchevécbé d*Albi, et que cette séparation ne pourrait nuire ni préjudicier à la qualité de patriarche et de primat dM^quitaioe, attachée au siège de BourgeSé
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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.
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\egs a^altot été bits successivement, dans ce but, par les comtes d'Albigeois, par Ra.)rmond, comte de Toulouse, par Maifred, yîcomle de llarbonne» et sa femme Adélaïde, et par Traincavel, vicomte de Béziers, lorsque \e cardinal Bertrand de Castanet, évAque d'Albi, dans la seconde moitié du xiu* siècle, dressa et réalisa, en partie» le plan de la nouvelle cathédrale, à laquelle il conserva le vocable de sainte Cécile, et dont il posa la première pierre le jour de rAssomj> lion, en 1282, à son retour de Rome où il était allé presser la canonisation de saint Louis. L'œuvre de Bertrand de Castanet fut continuée par Bérold de Fargis et Jean de Soya ses successeurs directs. £n 1383, Guillaume de la Voulte termina la dernière arcade du cÂté du couchant, et éleva le clocher au niveau de la toiture. L'église ne put 4tre consacrée que le 23 avril lUO, et ne fut terminée qu'en 1512.
La iouTf le périityle et le porche de la grande porte latérale. — OEuvre de Louis d'Amboise, premier du nom, évéque d'Albi, la tour, construite en briques, comme le corps de l'édifice, produit néanmoins un bel effet, à cause de son ampleur et de sa hauteur, qui est de 280 pieds, à partir de la base, et de 400 au-dessus du niveau du Tarn. Formée de plusieurs étages en retraite, elle se termine par une plate-forme octogone. Elle est située à la partie occidentale de l'église tournée vers lorient, et 7 adhàre, mais sans porte d'entrée, contrairement à l'usage presque universel qui veut que la grande porte des églises orientées s'ouvre au couchant. Ce qui paraît avoir déterminé cette disposition particulière , c'est l'intention d' établir au bas de l'église un chœur spécialement destiné aux offices de la paroisse. 11 eiiste, en effet, dans cette cathédrale, de même que dans celles de Besançon, de Mayence, et quelques autres, aux deux extrémités de la nef longitudinale, deux chœurs qui se regardent, celui de la paroisse et celui du chapitre. Il résulte d'une telle disposition» que la porte principale doit être nécessairement latérale à l'édifice. C'est ce qui a lieu pour la cathédrale d'Albi. La grande porte d'entrée, pratiquée au ilanc mei^idiona] de Tédifice. s'élève sur un vaste et beau péristyle, de forme carrée, où l'on arrive par un magnifique escalier à larges et nombreuses marches en pierres de taille. Le porche extérieur qui la précède, ^i qui fat commencé par Louis d'Amboise, offre une ordonnance à laquelle rien, dans ce genre, ne saurait être comparé. 11 se compose de quatre grandes arcades à vide, fort élancées^ surmontées d'un couronnement à jour, que la sculpture flamboyante du XV* siècle (1" moitié) a fouillé, ouvragé, contourné avec un art et une délicatesse incroyables. On comparerait cette œuvre étonnante à un bijou finement ciselé, si ce o'étoic Je grandiose de ses proportions qui offrent un ïraroaonieux mélange de grâce et de majesté. Ce porche délicieux sert comme d'inlroduclion a un autre chef-d'œuvre non
moins admirable de sculpture ; nous vou« Ions parler du jubé et de Tenceinte du chœur au'il sépare dans la grande nef.
Lejuhé et le ehceur, — Ce fut une idée véritablement belle et bien conforme à celle
3ue les prophètes nous donnent de la préication, mie la création de ces ambons ou tribunes élevés primitivement dans la partie antérieure du sanctuaire, et du haut desquels le diacre chantait Tévangile, et l'évéque annonçait la bonne nouvelle du salut. Ces ambons, dont plusieurs existent encore dans les anciennes basiliques, furent, au XIII* siècle, remplacés par les jubés, qui l'ont été à leur tour, maisdisgracieusement, quanta l'emplacement et quant à la forme, par nos lourdes chaires à prêcher. L'on ne saurait trop regretter, au double point de vue liturgique et archéologie] ue, la destruction de la plupart de ces jubés, effectuée pendant le xviii* siècle, époque désastreuse pour nos monuments religieux. Parmi ceux, en petit nombre, qui ont résisté au vandalisme des architectes soi-disant restaurateurs, de ce temps-là, il n'en est point certainement de plus remarquable que celui de la cathédrale d'Albi. Tout ce que l'imagination peut se figurer de richesses, disait M. Romasnesi, dans son rapport au ministre des cultes (1832), n'approche point de la vérité. J'ai vu tout ce qui existe en ce genre, tant en France gu' en Belgique et en Hollande: je n'ai rien vu d'aussi riche et d'un travail plus délicat. Des esquisses faites à la hAte^ et même les lithographies les plus parfaites peuvent à peine en*donner une idée. C'est le dernier gothique dans toute sa richesse.
Trois portes pratiquées dans le jubé, et remarquables par leurs fines et innombrables moulures contluisent de la nef dans le chœur. La magnificence de ce jubé, au-
2uel nul autre ne saurait être comparé, tonne l'imasination elle-même. On doit en dire autant de toute la vaste enceinte du chœur qui n'en est en quelque sorte que la prolongation, et autour de laquelle on peut librement circuler pour en admirer le travail aussi riche que délicat. Cette belle clôture, surmontée de panaches élégants, ornée de moulures et de statues de grand prix, donne au chœur, quand on le considère des tribunes supérieures, principalement de celle du fond , l'aspect d'un magnifique 'écran qui s'étale avec grâce dans la somptueuse basilique. En faieant extérieurement le tour de cette magnifique clôture, on y admire soixante et douze belles statues de grandeur presque naturelle, qui représentent les erands et les petits prophètes ainsi que les femmes célèbres de l'Ancien Testament; on a réservé pour l'intérieur, comme la partie la plus digne, les statues des apôtres et celles des anses musiciens qu'on voit au dossier des stalles canoniales et qui sont ravissantes de forme et d'expression. Tout, dans ce vaste intérieur du chœur, pavé, boiseries, ornements, est en rapport avec la magnificence de l'édifice ; ou
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n'y désirerait qu'un maître-autel gothique an lieu de celui tout moderne que le mau- Tais goût du xviii* siècle a substitué à Tancien. Mais ce sont les peintures de la voûte et des chapelles qui font la principale beauté de la cathédrale albigeoise. Elles vont maintenant absorber notre attention.
Peintures. — C'est le plus grand ouvrage à fresque qui ait jamais existe. Il suffit pour s en convaincre, d'observer que la cathédrale d'AIbi est un vaste édifice, aune seule nef, qui présente une longueur dans œuvre df. 32« pieds, une largeur de M pieds pour la nef, et de 8i avec Tes chapelles, et une hauteur de 02 pieds 6 pouces, sous clé de voûte, ce qui clonne un ensemble de dimensions supérieures à celles de l'ancienne cathédrale de Vienne en Dauphioé (77). Ce vaisseau* dont les voûtes sont arc-boutées par des contreforts en tambour peu saillants, offre cette particularité, qu'à Tinstar des églises d'Espagne, il n'a ni croix ni bas côtes, ce qui le fait paraître encore plus long et plus élevé qu'il ne l'est réellement; dans tout son pourtour intérieur règne une galerie fort simple courant au-dessus des arcades de ses nombreuses chapelles qui sont elles-mêmes entièrement peintes à la fresque, comme tout le reste de l'édifice. La grande voûte est toute ogivale, et ses arêtes encadrent heureusement les divers sujets représentés sur cette immense surface» qui n'embrassent rien moins que la description par ordre chronologique, à partir du bas de l'église, des principaux personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament. « Des arabesques peintes en blanc et rehaussées d'or, présentent aux yeux ravis le type de la grâce et du bon goût, des formes enchanteresses et un contour non moins pur qu'élégant. Des anges s'y balancent dans des enrourements de feuillage ; les patriarches, les prophètes, les saints, les vierges, les martyrs, se détachent de ces arabesques sur ces voûtes étincelantes d'or et d'azur. Le style du dessin, le jet des draperies, la simplicité des poses de ces peintures magnifiques, tout annonce en elles l'école italienne, à l'époque de sa glo^^re '78). » La touche qui y domine est celle de l'école de Pérugin, ce maître de Raphaël, c'est celle, par conséquent, ou à peu près, de la première manière du célèbre peintre d'Urbin, la plus belle, la plus parfaite, au point de vue de l'esthétique chrétienne. Au$si, les formes des loges du Vatican, que nous avons visitées, ne nous paraissent point supérieures à celles moins connues et bien plus grandioses d'ailleurs comme dimension, de la cathédrale d'Albi. Que ces peintures soient, en bonne partie, sinon en toUlité, d'artistes italiens, c'est ce que rendent plus vraisemblable les rapports fréquents des évêques fondateurs de la basili*
(77) Cette belle église, à trois nefs, dont la principale éuii jadis occopée par un jubé, a dans œuvre, ^i pieds de longueur, et 80 pieds de hauteur, sous cté. ba largeur intérieure est de 107 pieds, et sa lar-
que albigeoise avec cette région, et surtout I inscription suivante qu'on lit encore dans les deux premiers compartiments des trJbunes de droite, en se dirigeant vers le chœur : Franciscuf Doneta^ pictor italus^ de Carpoy fecit. « On est étonné de leur fraîcheur et de leur conservation, dit l'auteur de la nouvelle et intéressante monographie de la basiligue. Cet immense travail, commencé en 1502, par Louis d'Amt)oise, deuxième évèque de ce nom, fut continué et achevé en 1510, par Charles Robertet, son successeur..^. La voûte est parsemée de médaillons et d^ tableaux ; on y voit la suite des patriarches et des prophètes, cjui se termine par la figure de Jésus-Christ tenant le livre ouvert des Evangiles où se trouve l'accomplissement de cette ancienne loi ; viennent ensuite les saints et les martyrs de la loi nouvelle. Ou y a entremêlé de temps à autre des figures symboliques, telles que les Vertus, la Théologie, la Musique personnifiée, des écus-sons et des emblèmes religieux (voir la Description naïve de l'église Sainte-Cécile» de 16è4, i la bibliothèque d'Albi). Que Fou se représente, dit M. du Mège, les voûtes d'un temple qui a plus de 300 pieds de lon-
Sueur, qu'on en calcule les courbes et les éveloppements ; qu'on étende sur le*tout une teinte d'azur ; que sur ce fond, dont la couleur éthérée parait doubler la hauteur de l'édifice, on retrace par la pensée ces tortueux rinceaux d'acanthe, ces enroulements gracieux que Ton admire dans les palais de la belle Italie, que ces arabesques délicates empruntent à l'albfltre sa blancheur, et que l'or seul en rehausse les élégants contours ; que des êtres célestes se jouent dans les feuillages ; que les prophètes, les vierges, les saints y soient représentés, que la pureté du dessin, la simplicité des poses annoncent l'école de Raphaël et rappellent les fresques du Vatican, que l'or brille partout, qu il étincèle sur l^zur, qu'il forme les nervures des voûtes et les principales lignes architecturales, et l'on aura une idée imparfaite encore de l'ensemble magique que présentent les somptueuses voûtes de sainte-Cécile. » « C'est un monument à part, 9 dit M. de Chateaubriant, « auquel sous Deaucoup de rapports nul autre ne peut être comparé. Son architecture est cnarmante, et ses peintures, au-dessus de tout oe qui existe en ce genre ; ce n'est pas seulement une église, aest encore un admirable Musée. *
Dans cette cathédrale qui porte depuis si longtemps le vocable de Sainte-Cécile, la peinture, ainsi que les autres arts, a largement payé son tribut à I& reine de l'harmonie. L'apothéose de cette patronne de la musique y est retracée en plusieurs endroits, et notamment à la grande voûte où
geur extérieure, de \M pieds^
(78) Guide du voyageur en F\
Wance^ (FirminDidol
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DESTHETIQUE GHRETIENNNE.
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la sainte est représentée sous les plus beaux traits, dans l*atlitude d'une douce et ravissante extase, entourée d'anges musiciens qui semblent se jouer dans les étincelantes arabesques dont la voûte est semée. Les figures des autres vierges-martyres, telles que sainte Catherine, sainte Agathe, sainte Lucie, ne sont ni moins belles, ni moins expressives, et même du pavé du temple, le spectateur jieut sans effort distinguer leurs regards si doux, si pénétrants, gui semblent toujours dirigés vers lui. Le bunet du grand orgue établi au bas de Téfflise audessus de la voûte du deuxième ctiœur est orné de la statue de la sainte et de celles d*un grand nombre d*anges et d'autres personnages tenant des instruments de musique èla main. Enfin, sur la plate-forme du magnifique jubé on remarque des pupitres constamment dressés. Ainsi, tout annonce que ce temple, dédié sous l'invocation de la patronne de la musique, est, par excellence, le temple de l'harmonie sacrée. Jadis la fête de Sainte-Cécile qu'on y célébrait avec beaucoup de pompe, attirait tous les ans à AIbi, des divers points du Languedoc une foule de musiciens qui venaient se joindre aux amateurs de la ville pour y honorer par un grand festival leur commune patronne. Ils étaient largement indemnisés parie chapitre de leurs frais de voyage et de séjour. Alors le clergé pouvait beaucoup dans l'intérêt des arts, parce qu'il disposait d'abondantes ressources pour cela. Il n'a point manqué, tant s'en faut, à une aussi noble mission ; et lorsque le philosophisme, ayec son ignorance ou sa mauvaise foi, lui demandera compte de sa gestion, {redde ra* tionem vUUeationii luœ) il n'aura, pour toute réponse, qu'à lui montrer ces* splendides monuments dont il a couvert le soi français, et dont les magnifiques restes font encore la gloire la plus belle, la plus pure, de notre pays. Foy. Expression , Catagombbs , Dessin, Peinture.
ALCUIN. Aumônier de Charlemagne, auteur d'un Traité $uf les huit tons d'église. Yoy. Tqnalité.
ALLEGORIE. Plus ou moins fai^ilière à I*homme qui aime à symboliser les pensées que lui retrace son esprit et les sentiments
30e lui révèle son cœur, l'allégorie est un es éléments les plus féconds du beau d^ns
iT^iEisUntedelapéninre chrétieime^au moyen âge, SO) On voit des exemples de cette manière de représenter Jésus-Cbrist, sur un dyptique d'ivoire, aculpcé, selon toute apparence, vers le septième ou le baiiième siècle, et publié par Gori, etc* etc. C*esc par extension du même principe, que les pa-^ Iriarcnes, les prophètes et les apôtres étaient quelqœfots peints jeunes et sans barbe,
(81) Parmi les monuments de sculpture où est repiésenté le Bon Pasteur, je citerai de préférence comme les plus remarquables pour le mérite de la
Cet de Teiécuiion, oeux qui ont été publiés par , pag. 59-513; par Aringhi, tom. I, pag. i9i- M, eC tom. il, p. 143*167; parmi les peintures, c^les qa*on trouve gravées dans Bosio, p. 307-527. Kl dans Aringbi, tom. llvpag. 25-303. Ces peintures
les arts. Elle élève, elle ennoblit la nature physique, en la spiritualisant; elle offre de plus 1 avantage de ne montrer que par des signes les objets qu'on ne veut révéler qu'à un petit nombre d'initiés. C'est principale-' ment sous ce dernier-rapport, que les artistes chrétiens primitifs affectèrent le symbolisme à la peinture et à la sculpture. 11 s représentèrent Dieu et sa puissance sous* la ligure d'une main sortant d'un nuage ou d'un rayon qui descendait du ciel. Ce ne fut que plus tard qu'on se hasarda à peindre « l'Ancien des jours » tel qu'il avait apparu à Daniel, sous les dehors d'un vieillard majestueux, assis sur des nuages, débrouillant le chaos et faisant jaillir la lumière du sein des ténèbres. « Tantôt, « dit Emeric-David (79), en parlant des peintres du iv* au vi* siècle, « pour rappeler la divinité de Jésus-Christ, ils nous peignent un adolescent doué d'une grâce et d'une beauté immortelles, foulant à ses pieds nus le lion et le dragon (80) ; tantôt, pour honorer sa mission, sous remblème du bon Pasteur, ils le représentent comme un jeune berger, sans barbe, d'une taille élégante, portant .sur ses épaules la brebis
3ui s'égare (81); ou bien sous l'emblème 'Orphée, ils le peignent assis au haut d'une montag[ne, un instrument de musique dans ses mains, entouré d'animaux cruels, qu'il charme par la douceur de ses accents.
« Cette image d'Orphée entouré d'animaux qm'il charme par ses accords, fut employée dans les peintures chrétiennes les plus anciennes, comme un emblème de la mission de Jésus - Christ. (Eus. Laud. Constant. ^ 1. xfii, c. .25. — Aringhi, 1. vi, c. 21, etc.)
« Cet Orphée allégorique est représenté assis, coiffé d'un bonnet phrygien et jouant de la lyre. C'est ainsi qu'on le voit dans Bosio (p. 239, 255), et dans Arin^hi (tom. I, p. 527, 563). Les gravures publiées par ces deux antiquaires sont faites d'après les peintures du cimetière de saint Calixte. Elles sont du même style et très-remarquables par lei>r élégance. On voit dans l'une d'elles, audessus d'Orphée, Timage de la Vierge tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux : ce fait annonce que cette peinture est postérieure à l'an 431. Nous lerons remarquer tout à l'heure que les peintures des cimetières de saint Cauxte, de saint Marcellin, etc., ne datent pas toutes de la mAme époque. G*est en
sont des iv'', v* et vi* siècles* Elles existent encore à Rome, dans les catacombes de Saint-Gaitixte, d0 Saint-Marcellin, de Sainte-Agnès, etc.
Le Bon Pasleur tient souvent en main une flûte k sept tuyaux. Quelquefois il est représenté comme un nomme de quarante à cinquante ans, avec la barbe, ipais ces exemples sont rares. (Bosio, p. ?»5.— Aringhi. tom. 11, p. 189.— Boldetti, p. «00. y il est presque toujours jeune et sans barbe. liCS chrétiens peignaieqt déjà Fimage allégorique du Bon Pasteur sur les calices employés au saint sacriuce, et flséroe sur leurs verres à boire, à la fin du second siècle de VEglise, dans le temps de Tertullien.
De pudicUia, c. S et 10— Âringbi, t. XI, 18, tuni.
", pag. 51.)
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K riant de celles dont il s*aKJt ici, gui sont % pins anciennes, que Bolaettî a dit : Elles sont bonnes, sinon excellentes. Buone^ $e non excellenti. Ce savant les croyait du temps de Néron {Osterv. $opra cim. de S. Mari.f I. I, p. 5, c. 18), ce qui me paratt une erreur.
« Pes allégories ésalement ingénieuses et intéressantes rappellent, en le voilant, le double mystère de la mort et de la résurrection du Sauveur. Nouveau Daniel, Jésus est entièrement nu parmi des lions, dont sa gr&ce naissante a désarmé la férocité (82) ; nouveau Jonas, il est dévoré par la baleine qui doit le rendre h la lumière dans trois
I'ours (83); agneau soumis et éclatant de )lancbeur, il expire au pied d'une croix, 3u*il arrose de son sang (8b); phénix raieux, vainqueur des esprits de ténèbres, il s'élève dans les airs ou se pose à la cime d'un çalmier, emblème de sa victoire (85). S'agit-il de peindre les miracles del'Homme- Dieu? les artistes, voulant exprimer sa puissance surnaturelle, le représentent encore comme un beau jeune homme sans barbe, qui tient un sceptre ou une baguette dans ses mains; c'est ainsi qu'ils nous l'offrent, multipliant les pains, guérissant le paralytique, ressuscitant Lazare, et même, le sceptre seulement excepté, entrant en triomphe dans Jérusalem, ou comparaissant devant Pilate (86). Malgré l'incorrection du dessin, on croit voir que dans ces occasions les artistes grecs ne craignaient point de consulter les beaux ouvrages de leurs ancêtres ; ils semblaient du moins n'avoir totalement oublié ni les proportions ni les Poses faciles des chefs-d'œuvre honorés dans antiquité. »
On a de la peine à détacher ses regards de ces sujets primitifs et allégoriçiues de l'art chrétien, si fidèlement reproduits dans les belles gravures d'Aringhi et des autres antiquaires que nous venons de citer. Cette expression antique de l'art qui s'essaye à
(Sî) Bosio, p. 255 SST.—Aringhi. toin. I, pag. 543, 567 ; (om. II, pag. 105-199.— Dans toutes ces
Eeintures, Daniel est entièrement nu et tient les ras en croix. On le trouve vêtu, sur un sarcophage publié par Ciaiupini, {De $aeri$ œdtf.^ tab. m» p. 14.)
(85) Bosio, p. 225449.— Aringhi, ton. I, p. 559; loin. 11, p. 71, 91, 97, 105. — Jonas est toqjours nu; il est quelquefois représenté avec la barbe, mais rarement. Bosio, p. 289.— Aringhi, tom. i, pag. 617; tom H, p. 331.
(84) Casali, De vet, saer. Chrutian. rit. part, i.
c. 1, b. 3.— Ciampini, Vetera moitlm., c. 25, tom. I,
. (85) Casait, loco cit, pag. 5. — Aringhi, tom. I, pag. 295. — Ciampini, Vetera motitm., c. 8, tay. 16; c. 29, Uy. 47, c. 27, tav. 52; tom. Il, p. 61, 162. Toutes ces mosaïques subsistent. Celle de sainte Praxède, que Ciampini donne àla pag. 148, a été exécutée vers l*an 818; le Phénix y est repréienié arec «ne auréole. Celle de saint Côme et saint Damten
£u*on Yoit à la page 61, date de Fan 350 ou enTÎron. e Phénix y est peint dans les airs; sa tète étiuoelle de neuf rayons.
(86) Aringhi, tom. I, p. 289,295; tom. Il, p. 59- 159. — Buonarotiî, Fait antichi di vetro, tav. 7,
devenir chrétien ; cette transition de Tun k l'autre, qui se révèle graduellement aux yeux de 1 observateur, est pour lui du plus vif intérêt, sans parler de cette grâce naïve et touchante que le génie, déjà spiritualisé, des peintres catholiques a imprimée à leurs compositions primitives.
« Les portraits de Jésus-Christ, » continue Emeric-David, « offrent un autre caractère. Dans cette sorte d'images, où généralement Tallégorie dut cesser, la beauté du Christ s'évanouit presque toijyours avec elle. C'est l'opinion de Tertullien, de saint Basile et de saint Cyrille, qui paratt avoir dirigé la main du sculpteur et du peintre. Quelquefois les traits conservent une sorte de grandeur; mais ce mérite est rare ; plus souvent ils se dégradent; les sourcils s'arrondissent, la tète s'allonge, elle devient maigre et même triste et vieille (87). Ce n'est point ici l'effet de rig[norance ou du hasard. Les artistes ont été évidemment conduits parleurs opinions religieuses ; on n'en peut douter, puisqu'on voit fréquemment dans le même monument, d'un côté, le bon Pasteur, Jonas ou Jésus- Christ même opérant des miracles, représentés jeunes, ornés de toute la beauté oà l'art pouvait atteindre , et de l'autre, Jésusj qui prêche devant ses disciples, portant la barbe, maigre, bien plus igé que les traditions de l'Eglise ne l'enseignent, dénué enfin de toute grâce et de toute majesté (88).
«( Lorsque le concile Quinuext.^ tenu à Constantinople en 692, ordonna de préférer la réalité aux images, et de montrer le Christ sur la croix. An$iqua$ ergo figuras et um^ broêf ut veritatis signa et cmracteres Ecelesim traditoSy amplec tentes ^ gratiam et verilatem proponimus^ eam ut legis implementum susci^ pientes. I toque jubemus^ etc. {CancU.
«minisext. in Trullo^ can. 82.) L'esprit d'aU égorie, malgré ce décret, ne s'anéantit point, entièrement. Le génie des Grecs semblait se refuser à peindre Jésus-Christ couronné d'épines, percé d'un coup de lance, épuisé
p. 5i, etc. — Quelquefois Jésusp€brist est représenté opérant des miracles, vieux et une baguette à la main. (Aringhi, tom. Il, p. 529, 533.) Quelquefois aussi, on le voit préchant, au milieu de ses disciples, jeune et sans barbe. (Aringhi, tom. I, p. 277-32i.)
(87) Aringhi, tom, I, p. 295-507. — Ciampini, Vet. monim.. t. Il, Uv. 27, p. 102. — M., De iocr. œdif., Uv. 15, p. 42; Uv. 14, p. 49 ; Uv. 30, p. 131, — On peut consulter les médailles grecques où est représentée la tète de Jésus-Christ. Elles sont gravées dansDuCange, F omit. aug. Byxant. p. 116-136. — Parmi les anciens portraits de Jésus-Christ que les artistes ont dû considérer comme des types originaux, il faut compter encon; celui que Ion coji^ serve à Rome dans fa ehapelle de SaiBt4eaiMie-Latran,diteS«Rciii $anetorum. Il est gravé, mm pe« fidèlement, dans Thistoire de cette chapelleMonnée par Marangoni, ainsi que dans les NoitJfxie délie sa^ ère teste de SS. offoêtoti Pietro et Pmohf, du savant Gancellieri. M. Renoua gravé dans sqpi V^^cfeiTEgypu ( pi. 110) une tète syrienne, dessinée sur la nature, où il croit avoir retrouvé ù peu près le iype que la plupart des artistes du moyen &ge ont suivi et enlaidi.
I (88) Yoy, le sarcophage de mtirhre du v' sièdo.
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D^ES'iinrriQUE cbretienne.
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par Tagonie. Les Latins eux-mdmes, qui coonureni pi us tôt que les Grecs ces peintures lugubres» paraissent ne les avoir adoptées qu à regret. Longtemps encore, après avoir peint Jésus souffrant, ils le représentèrent sur la croii, jeune, sans barbe, inaccessible è la douleur, coiffé d'un bandeau royal; d*ttne mitre ou d'une tiare, et quelquefois mèmeassis au milieu de ce bois mystérieux, cooHne sur un trAne (89).
« Mais peu à peu les peintures chrétiennes s'approchèrent davantage du genre historique. Souvent Tallégorie se confondit si bien avec l'histoire, qu'on ne la distingua presque plus. Cette grande révolution, qui devait enfin conduire a un nouveau perfectionnement, ne servit pendant longtemps qu'à dégrader la figure du Christ. Les peintres s'attachèrent à exprimer dans les traits du Sauveur crucifié les effets de ses souffrances ; et, incapables d'apprécier les difficultés de ce genre d'imitation , ces dessinateurs ignorants enlaidirent de plus en plus l'homcae-Dieu, en croyant donner k son visage une expression vive et touchante. » ( Voir les crucifix publiés par Gori, Vet. dipt.^ t. III, tav. 16 et 17, pag. 116 et 265, etc., etc.)
Quelques mots sur ces dernières réflexions du savant et judicieux historien de la peinture chrétienne pendant le moyen Age. Ce n'est pas de prime-saut qu'on a jamais atteint la perfection dans n'importe quelle branche ae l'art. Les peintres grossiers, dont il est ici question, ouvrirent, peut-être sans s'en douter, une voie divine à la peinture hiératique, en s'attachant à ce nouveau genre d'expression è la fois humaiue et divine dans les souffrances de l'Homme-Dieu. Dans cette nouvelle phase de l'iconographie chrétienne, le génie mystique des peintres vraiment catholiques 8*éleva graduellement jusqu'aux dernières limites, en quelque sorte, d'un genre de beauté surhumaine, ineffable, que Part antique n'eût jamais soupçonné, et son point de départ ne fut et ne pouvait Atre que les naïfs et incorrects essais des peintres dont il vient d'être parlé.
Ici nous quittons le domaine de l'allégorie pour entrer dans un nouvel ordre de types.
ifair ee mot et ceux JAsus-Christ, Vierov Iarib, etc.)
ALLBGRI (Gregorio). Célèbre compositeur de récole romaine. Voy. Musiquv.
AMBROISE (Saint). Restaurateur du chant liturgique. Voy. Chant liturgique.
Ambroise de Lorrenzo, peintre Siennois.
Voy. Pbinturb.
AMETHYSTE. Couleur symbolique. Yay.
Couleur.
AMIENS (Cathédrale d*). L'origine de cette grande et ancienne ville, autrefoiscapitale de la Picardie, se perd dans la nuit des Ages. Elle s'appelait Samarobriva, du temps de Jules César, qui y tint une assemblée générale des Gaulois. Elle fut embellie par Antoine et Marc-Aurèle , et considérée dès lors comme une des plus importantes cités de la Gaule Belgjique. Tombée successivement au pouvoir des Gépides, des Alains, des Vandales et des Francs , elle fut dévastée par Attila, pendant le règne de Mérovée qui y avait été proclamé roi et porté à son tr6ne sur un bouclier. Les Normands la brûlèrent trois fois. Elle eut beaucoup h souffrir des Impériaux qui, sous François 1" et Henri II, cherchèrent, mais en vain, à s'en emparer. Ses habitants embrassèrent avec transport l'imten éminemment nationale et catholique qu'on appela, à si juste titre, la Sainte Ligue^ et qui plus tard a été calomniée par l'ignorance ou la mauvaise foi. On sait
gir quel stratagème, après s'être soumise à enri IV, elle fut prise par les Espagnols. Henri IV ne la recouvra qu'au moyen d'un siégé long et dispendieux. ^
Amiens , aujourd'hui ville de &2, IM habitants (90), est baignée en partie par la Somme qui, dans l'intérieur delà cité, se divise en onze canaux. Extérieurement, le canal formé par cette rivière contourne au nord de reùiarquables boulevards qui, sur une étendue de 5 kilomètres, ceignent la ville dans toute sa circonférence.
Mais, la merveille d'Amiens, c'est sa magnifique cathédrale, chef-d'œuvre de l'architecture ogivale, dont les premiers fondements furent jetés en 1220 durant l'épisco- I>at d'Evrard de Fouilloy, et sous la direction de Robert de Luzarches, ainsi nommé du lieu où il était né. En 1288, Tédifice sauf le haut des tours (91) qui flanquent le portail, était entièrement terminé.
^e'od croit être celui d*01ybritts et de Julienne sa tenme» dans Ariii|[hi, lom. 1, p. 301, 303, et dans Boiuri. {Rom. êoUêr., Uv. 25 et 26, p. 99.) — On peut remarquer celle différence sur la même face au même monument, dans Aringhi , ib., p. 295-299. — L^idée de peindre Jésus-Chrisl vieux dans ses portraits petit avoir pris sa source dans Topinion de saint liéoée, qui croyait que le Sauveur était mort Ifé de près de cinquante ans. (S. Iren., Conira hm^ *^et., 1. Il, c. 22, p. 147, 448.)— Toutes ces choses, au surplus, durent varier durant tout le cours du moyen Age, suivant les opinions religieuses des artistes ou celles des supérieurs ecclésiastiques qui les dirigeaient. La laideur du Christ pouvait être ne all^orle, de même que sa beauté; elle pouvait être le symbole de son mépris pour les grandeurs bomaines , de sa descente dans le tombeau, etc. C'est en ce sens que quelques docteurs ont cru re-
connaître Jésus-Christ dans un emblème égyptien représentant un hibou qui porte une croii sur la tête. (Faetui ium sicut nycticorax in domkilio.) (Pial, Cl, 7.) Jacob. Bosius, De iriumph. erue.f i. v, c. 10, p. 472. — Casaii, p. 11.
(89) Casaii, p. 2. — Ant. Bos., p. 581. — Aringhi, tom. n, p. 335. — Ciampini, Vêler. monim,f tom. II, tav. 13, p. 48. — Gori, De mitra. cap. Jei.-^ Christ, crucifix., cl, { 3 et 5 ; c. 8, ( 2 et 8 : in iymb. titt. med. œv.^ tom. III, p. 96 et seq., p. 176 et seq.
(90) Ce chiffre est celui du dernier recensemem officiel de la population de la France.
(91 ) On pense que cette partie ne fut construite que vers Tan 1390, par Pierre Largent, maître des ouvrages de Téglise d^Ainiens, après Thomas et Renault de Corroont, qui avaient eux-mêmes succédé à Robert de Luzarches.
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UCTIONNAIRE
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Les deax plas belles cathédrales ^othi-
Sues sont, à mon avis, Reims et Amiens ; eims, pour son extérieur» et Amiens» pour son intérieur, ce qui ne yeul pas dire que l'intérieur de Reims ne soit réellement beau» et l'extérieur d'Amiens» digne de toute notre admiration. Peut-être faudrait-il ajouter que la cathédrale de Chartres» est celle qui résume le plus fidèlement la beauté intérieure d'Amiens et la beauté extérieure de Reims» et qu'à ce titre elle mérite» en somme, d'occuper le rang le plus élevé. C*est d'ailleurs celui que plusieurs de nos archéologues lui ont àssisné, en rapi)elant le Parthenon du moyen âge. (92) Quoi qu'il en soit» ces trois merveilleuses basiliques brillent parmi leurs sœurs d'un si grand éclat, que l'ami de l'art chrétien après les avoir tour à tour étudiées» n'éprouve pas un médiocre embarras pour les classer, selon leur mérite» et» qu en der^ nière analyse, le sentiment qui finit par do- Biiner chez lui et par absorber tous les autres, c'est celui d'une profonde et indicible admiration.
Dans Timpossibilité où nous sommes de donner de Ja cathédrale Amiénoise une des-* cription en forme» qui comporterait tout un volume» nous nous bornerons à faire ressortir dans ce Dictionnaire, les principaux caractères de beauté naturelle et surnaturelle que nous révèle, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, cette merveille du style ogival.
Commençons par le grand portail» l'un des plus vastes que l'on puisse voir. Formé de trois porches ornés d'un çrand nombre de statues, de bas-reliefs et d autres sculptures d'un goût pur et sévère» il en impose à l'observateur le moins impressionable par l'élégance, la majesté, l'harmonie de ses lignes et de ses nobles proportions. C'est pourquoi, il présente un ensemble dont le caractère est facile à saisir» malgré les détails infinis de sculpture dont-il est parsemé» ces détails concourant tous admirablement à l'effet général. Cette ré'flexion s'Applique du reste» à tout l'édifice. Il en est peu de ce genre qui offre à un si haut degré» la variété dans l'unité» et la grandeur morale qui en résulte nécessairement. Mais à la grandeur morale vient se joindre la grandeur physique dans un temple» qui
far ses vastes dimensions» présente au loin aspect d'une montagne de pierre ouvragée»
(98) La cathédrale de Chartres, dit M. A. Reis- Cheiiperger, eéi, comme ensemble, le monument le plus magnifique qtie j*aie jamais admiré, et je crois avoir vu en ce genre, tout ce qu'on vante le plus. Ce peuple de statues et de figures, cette structure gigantesque seraient écrasants, si cela n'exhalait pas je ne saiâ quel parfum de sainteté et d'harmonie surnaturelle. En regardant ces portails, les catacombes de Rome me sont involontairement revenues dans la mémoire, et j'éprouvais le même sentiment que si les saints qui les gardent étaient couchés dans les sépulcres des premiers martyfs. {L'Art et tAtchéologie en ÂUetMignei AknaU$ or- Moiogiquu^ tom. XUl, 1853.)
(93; Voici les principales dimensions de Pédifice: longuenr dans oeuvre, i3i mètres 80 centimètres ; hauteur sous clef de voûte» 44 mètresi y Compris la
de la basé au sommet» au centre dé la ville qu'elle domine de toute sa hauteur. (93>
Le porche du milieu, appelé du « Sàilveur« » ou» mieux encore» du « beau Dieu d'Amiens» » nous offre en effet le Christ, debout sur Je pilier qui séj)are la porte ëa deux valves» à l'instar de la statue placée au portail septentrional de Reims. « Le Fils de Dieu semble présider un concile au-
Suste , formé par ses apôtres rangés autour e lui et reconnaissables encore a leurs attributs et à leurs pieds nus. Rien n'égale lit beauté et la majesté de cette statue colossale du Christ» bénissant de la main droite et devant tenir» de la gauche» le nouveau code destiné à régénérer le monde. Il foule sous le pied droit un lion et sous le pied gauche un dragon; au-^lessous soni deux animaux que M. l'abbé Duval, dans ufie savante disseitation» a parfaitement faii reconnaître comme l'aspic et le basilic (M)« On voit la même idée traduite sur un cha-
fiteau de l'église de Bertaucourt» bâtie en 095. En avant des deux derniers animaux^ est une vi^ne» emblème de l'Eglise et de ^Eucharistie (95). Au-dessous est un roi» que l'on croit être Philippe- Auguste» sous le règne duquel la cathédrale rUt commencée^ en 1220.
« A ses côtés sont deux vases d'où s'élan-' cent deux plantes : à droite un lis» symbole de la royauté française ; à gauche le rosier dont la fleur formait le centre de l'ancieu sceau de la ville d'Amiens» dit des Mar^ mouzets (96). Les jambages de la porte soni décorés» à droite» par les cinq vierges sages, tenant leurs lampes droites; à gauche, par les cinq vierges folles » dont les lampes sont renversées (97). Au-dessous des premiè-' res est l'arbre chargé de fruits» auquel sont suspendus des encensoirs ; au-dessous de» vierçes folles» est l'arbre desséché qui reçoit dans son tronc la cognée destinée
à l'abattre (98) Le stéréobate qui règne
dans toute la langueur du portail se com-* pose» en bas» d^ine élégante mosaïque^ formée de quatre feuilles et de deux rançs de médaillons quadrilobés » renfermant diverses sculptures; les vingt-quatre basreliefs du porche central représentent à peu près , comme à Notre-Dame de Paris , et dans le même ordre» les emblèmes des vices et des vertus» en opposition (99).
saillie de la clef. Hauteur de la flèche établie sur le transsept, 115 mètres 70 centimètres.
(94) Super tupidem et baiUitcum ambulabiê^ el eonculcabis ieonem et draconem, {F^aL xc, 15.)
(95) Ego $um titie vera » et pater meU$ agricole est. (Matth. XV. 1.)
(96) On pourrait y voir également le lys et le pommier do Cantique des cantiques (u, 2» 5), sic^ ut liiium inter spinas^ sic arnica mea inier fUias.n sicut malus intér ligna tyltatum sic dilectus mën$ inter /l/ios...
(97) Matth. xtv» 1-12.
(98) Jam enim securis ad f adieu arborUm pùsita est; omuis énim arbor^ qu(B non facit fructum 6o- «luii, excidetur et in ignem mittetur, (Dan. iv» 7 seq. ; Matth. ut, 10.) A
(99) Nouvelle descripUon de la eaihédrale d>A*
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D'estreuque chrétienne.
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« Le tjtitpân représente la" grande scène da logement dernier ,«en quatre tableaux» que nous ne pouvons qu*indiquer sommairement. Au 1" et au 2% quatre anses sonnent de la trompette et réveillent les morts dans leurs tomneaux ; au milieu, Tarchange saint Michel, ayant à ses c6tés deux anges qui sonnent de la trompette, pèse dans sa balance deux Ames, dont Tune (celle du Jusie) , flgurée par un agneau crucifère, est introduite par samt Pierre, oui tient une clé, dans le Paradis, symbolise par un édifice terminé en flèche, où elle reçoit sur la tôle, des mains d'un ange, la couronne des élus; tandis que Tautre ftme (celle d*un réprouvé), sous la forme d'un monstre , est précipitée par un ange , armé d'une épée flamboyante, dans l'énorme gueule (espèce de gounre) du dragon infernal.
« Au 3* tableau, Jésus-Christ, portant un manteau bordé d'un çalon d'or et parsemé de croissants et de croix grecques , et ayant k ses côtés la sainte Vierge et saint Jean- I^Evangéliste , agenouillés , juge tous les humains.
c Au k^ tableau : Le Fils de Dieu trône dans les nuages, sa barbe courte distingue la seconde personne de la sainte Trinité de la première. Ses mains tiennent des rouleaux déployés, sur lesquels sont sans doute inscrites de terribles sentences, et des épées courtes ou badelairti dont la pointe aboutit à sa bouche (100). Sa tète est ornée du nimbe et de la croix grecque, et non du triangle mvstique, comme l'a démontré le dessin fidèle d'un artiste, un de nos collaborateurs. A sa droite, uniinge tient le soleil dont les rayons sont écourtés; un autre, à sa gauche, poVtela lune dont le croissant est montani et nen au commencement ou à la fin d'une de ses |>ériodes, comme on l'a encore avancé i fort (101). Sur les chapiteaux des colonnes sont placés divers groupes :du côté des élus, en avant, un patron puissant dans les régions célestes élève un voile rempli d'Ames, sous l'emblème de jeunes enfants.
Cette composition est d'une expression sublime. Au sixième chapiteau, un ange sort d*un édifice ajouré d'ogives et de trèfles délicatement dé(^upés. il tient une couronne, tandis que d'autres, aux environs, portent des vases, des fleurs, emblèmes des récompenses destinées aux justes.
c Du côté de Fenfer, se voient les scènes les plus terribles. » (102) Nous les omettons pour abréger, et nous passons aux voussures du porche.
« La baie immense de ce porche, bAtie sous l'évoque Arnoult, de 1236 à 1247, s'ouvre de 60 centimètres de plus qu'à la cathédrale de Reims. On y remarque tous les sujets qui, d'après une convention générale, figurent dans les édifices chrétiens de f&ge d or du catholicisme ; toutes les cathédrales
de cette époque instruisent les fidèles,^ou exposent à leurs yeux les mêmes sujets ; la disposition, la place en peuvent varier, mais on y reconnaît toujours la même pensée et la même intention. Les représentations
trieuses qu'on ne rencontre pas aux mêmes ieux que dans d'autres églises, se retrouvent dans les stalles* les fresques, les vitraux qui existent encore ou que l'histoire faitre^ vivre.
«r Huit cordons des vastes voussures du porche sont décorés de statues dont l'ensemble figure le ciel ouvert. La cathédrale de Paris ne compte à la voûte de son portail central, que six cordons qui ne sont pas peuplés de 150 statues, comme ceux d'A-* miens.
« 1*' cordon, (à partir du fond). — Douze anges joignant les mains, sont plongés dans un profond recueillement à Taspect de la Miyesté divine.
ir 2* cordon. — Quatorze anges présentent des Ames sous la figure de petits enfants qu'ils portent dans leurs bras ou suident par la main, emblème touchant des célestes gar^ diens auxquels la bonté divine nous confie en naissant, pour nous aider h lutter.conlre les démons nos ennemis. Ils sont munis de deux paires d'ailes qui semblent desti-' nées à seconder leur active surveillance.
« 3' cordon. — Quatorze martyrs, la jialme à la main, célèbrent leur glorieux triomphe acheté au prix de leur sang.
« 4' cordoh. — Seize docteurs tiennent à la main les livres par lesquels ils] ont éclairé le monde. Quelques-uns élèvent des calices à coupe hémisphérique. On y remarque plU" sieurs de ces moines laborieux, si injustement dénigrés par quelques écrivains du XVIII* siècle; ils oubliaient, ces philoiopitfê^ que ces hommes vénérables avaient cultivé les esprits, comme ils avaient cultivé les champs stériles des barbares, dès le commencement du moyen &çe ;
« 5* cordon. — Dix-huit vierges célèbrent dans leurs chants purs le triomphe de FA-
Sneau ; la plupart tiennent des livres, deseurs et des vases allongés du haut et reiH fiés du bas, comme des fioles ;
« 6* cordon. — Vingt vieillards exécutent un concert avec divers instruments ; on en distingue un, à gauche, qui tient sur ses genoux un orgue portatif à quatre rangs de tuyaux, qu'on avait pris jusqu'à présent pour une flûte de pan ; les autres portent d'une main des instruments usités au xiii* siècle, tels que rebecs, lyres, guitares, harpes, huchets, oliphants, etc ; de Tautre main, ils élèvent des noies;
« 7* cordon. —Du sein de Jessé endormi, s'élance une vigne qui s'enlace autour de vingt-six rois, glorieux ancêtres du Messie et de sa sainte Mère ; à droite, on reconnaît David à sa harpe, et Jésus-Christ autour
mait, par H. Goze, ( 1 vol. iii-4*, 1847, p. i2 et (iOi) PercuêiM ai tertia pan ioH$ tî terha parg