‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 16 sur 168 · lunœ. (Job viu, iî · texte numérisé non relu

lunœ. (Job viu, iî

(100) Proeedit gladiiu ex utraqve parte acutui^ ut (102) Nouvelle detcriptwn de la eathédraU d'à'

ipu pereulia: genUê, {Apoc. xix, h') miens, p. ^8.

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DICTlONNAIHfi

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duquel sont perchées des colombes désignant les dons du Saint-Esprit ; à gauche* en haut, est la sainte Vierge tenant un livre comme son Fils et entourée de grappes de raisin (103).

c 8* cordon. — Vingt. -huit personnages tiennent des lambels ou phylactères, qu ils déroulent de plus en plus \ mesure qu'ils s'élèvent vers le sommet de la voûte, comme }>our signifier que la vérité se manifeste d'autant plus qu on se rapproche de Dieu (iOfc).

« Toutes ces statues étaient rehaussées par une coloration appliquée avec ménagement ; une teinte rougeAtre animait les visages et les chevelures, des traces noires marquaient les sourcils et les prunelles, et des lignes brunes bordaient les vêtements et les ouvertures des édifices (105), etc. »

Sur le plan supérieur, on voit le Père éternel tenant un lambel et une épée nue dans chaque main.

Nous ne dirons rien du portique, adroite, où Ton voit sur le pilastre de la porte une belle statue de la Reine du ciel, diversgroupes représentant Adam et Cve, et leur expulsion du Paradis terre$ir% et aux murs de foce, les Rots mages^ le Baptême de CUmSj

S Jus bas, la Fuite en Egypte^ le Massacre des nnoeeiUSj saint Louis en prière auprès d'une chapelle gothique^ etc. Mous ne dirons rien non plus du portique à gauche, dit de saint Firmin, à cause de la statue de ce saint évèque et apiMre d'Amiens, qutorne ce portique, dont le tympan au haut de la porte est enrichi d'une foule de sculptures représentant plusieurs traits de la légende du saint martyr. Seulement, nous appelons l'attention de l'observateur sur les cinquante deux statues colossales qui , en y comprenant les douze apôtres, sont adossées aux colonnes du bas du portail : « Leur tète est abritée par des dais composés d'édifices, qui permettent d'étudier tous les genres de construction en usage dans le xm* siècle. Leur réunion /orme des villes qui constituent une espèce de couronne aux saintes images ; leurs pieds reposent sur des nuées placées sur des consoles variées et fré- <|uemment supportées par des démons ; ces idées allégoriques expriment la puissance des saints qui, souvent ignorés et persécutés sur la.terre, régnent dans le ciel sur les villes qu'ils ont honorées de leurs vertus, et sur les démons qu'ils ont vaincus.

n Les supports sont la plupart fantastiques ; deux méritent, en particulier, d'être remarqués ; ils sont sous le portail droit, à gauche, et représenteraient la Synagogue sous la figure d'une femme aux yeux bandés. Les grandes statues ne peuvent facilement être déterminées ; on y reconnaît, au portail droit : la satn^e Vierge et sainte Elisabeth^ Vange Gabriel^ à droite ; à gauche, Salomon^ la reine de Saba^ Uérode^ les rots Mages por-

(103) ÎM, XI, 1, 3, 3.

(104) On reconnaît parmi les premiers, à gavche Moise» et à droite Aaron.

tant leurs présents, etc. Au portail gauche, les saints Firmin et Denis, sainte Vlphe, etc. Dans ces productions, dit l'auteur de YEssai historique sur les arts du dessin en Picardie (106), rien n'est servile, rien ne sent Fécole ni la tradition ; tout est spontané, et l'heureux fruit de talents qui, peut-être, s'ignoraient eux-mêmes.

« Sous les deux petits porches du grand

Sortail il n'y a que trois cordons chargés de gures d'anges, de rois ou de vieillards ; on en compte dix au premier, douze au second et quatorze au troisième.

c Au portail droit consacré à la sainte Vierge, au trumeau du fond est sa statue qui a été très-bien appréciée par l'auteur que nous venons de citer. Son manteau, dit-il, est relevé avec grâce, et son agencement n'a ni la trop grande simplicité des statues du xu* siècle, ni les mouvements exagérés de celles des Ages suivants. Sa figure est d'une beauté à la fois grave et douce; tout respire, dans cette statue, la di-

Î;nité et la sérénité qui doivent caractériser a mère de Dieu, sans ce mélange de passions humaines et de sentiments vulgaires, qu'à des éf)oques postérieures on a donné à ses images. Ce n'est pas un dragon qu'elle foule, mais le serpent à tète de femme, comme on le voit dans l'histoire de nos premiers pères, scniptée sur trois rangs au f)iédestal de cette même statue. Le tympan ainsi que celui du porche de gauche) se divise en trois tableaux

« La belle galerie qui surmonte ces trois porches correspond exactement au triforium de l'intérieur. On y remarque une denteHe festonnée qui broche sur l'archivolte, au lieu d'être appendue au-dessous, comme c'est l'ordinaire, et des arcs secondaires en pleincintre, formés d'un tore, gui rappelleraient Je st^le roman. Les pyramides qui terminent les piliers-butants, qui séparent les porches, offrent encore quelques traces de ce style dans les figures grimaçantes et les colonnettes courtes de leurs bases.

« Au-dessus de ce premier portique. Une autre galerie, très-élégamment tréfilée, contient vingt-deux statues colossales d'une exécution assez grossière ; les têtes sont ea

Sénéral trop volumineuses, mais les figures e quelques-unes ne sont pas sans dignité ; les draperies sont à longs plis, et huit d'entre elles tiennent leurs manteaux, ce qu'on remarque d'ordinaire dans les statues exécutées depuis le règne de Philippe le Hardi, jusqu'à celui de Charles V, c est-èdire de 1280 à 1360. On a dit que ces figures représentaient les rois de France, mais quelques archéologues soutiennent qu'elles désignent les rois, ancêtres de la sainte Vierge. Du reste, ils n'ont aucun des insignes qui caractérisent nos anciens monarques; leurs sceptres se terminent ))ar des feuillages épanouis, plutôt que par des nommes de

(105) Nouvelle deecripHon de la cathédrale «TAmienê; pages 10, It, li.

(106) Par M. Rigollot, pag. 103, 107.

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DESTHËTIQUE GlttETiENNE.

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fÂn. On u*aperçoH nulle part des fleurs de is.

« La statue du centre est montée sur un lion et tient à la main un globe surmonté d*nne croix. Plusieurs cathédrales, entre autres celles de Chartres et de Reims, montrent encore sur leurs façades ces statues royales. Notre-Dame de Paris les a vues disparaître en 1793, avec la plupart de celles qui décoraient ses porches (107). La rose occidentale, dite de mer, est entourée d'une bordure à feuilles eotablées et de tores alternant avec des scoties ; pour empêcher Teau de s^urner dans les moulures creuses, trois masques, placés à leur partie inférieure, servent à les dégorger en cas de pluie, par leurs gueules ouvertes. Au centre des nervures Oambloyantes de vs magnifique oeu- LU8, est récusson des Coquerels, d'une famille d'anciens maieursde la ville d'Amiens. Les ouïes inférieures des tours sont en ogives peu aiguës à trois retraites, décorées doutant de colonnes; leur style est mAle et élégant à la fois, et elles gagneraient beaucoup à être débarrassées des ignobles cloisons, revêtues d'ardoises, qui les obstruent, ainsi que des abat-vents monstrueux qui engoi^ent les ouïes supérieures.

« Lorsqu'on examine le portail jusqu'à cette hauteur, en cachant avec la main la

Eirtie supNÎrieure, on jouit de l'aspect d'une çade qui, aux plus belles proportions dans son ensemble, joint la plus grande perfection dans ses détails. Si l'on regarde de la même manière le haut de la façade achevée en 1M>1, on est choqué des défauts qui la déparent. La galerie dite des sonneurs est trop basse ; les grands trèfles qui la bordent en bas ne correspondent pas avec ses piliers ; ils auraient été mieux remplacés par la série de lozanges tréfiés qui parcourt le bas du grand comble.

c L^ tours aplaties d'avant en arrière ont deux ouïes sur leurs faces et une seule sur leurs cdtés; en élevant davantage la tour de gauche, on a rendu ceit^ irrégularité plus choquante ; de plus, on l'a terminée par un couronnement a joyr, dont les ouvertures ne sont pas toutes tréflées ; le nu des murs de cette même tour est racheté par des ornements mesquins, tels que des arcades feintes ou panneaux, des colonnettes sculptées le long des arêtes des piliers-butants ; on commençait à perdre de vue le système pyramidal, qui contribue tant à la m^gesté et à la beauté des ihonuments du moyen âge. Ce système consiste à établir, au point culminant des édifices, une ligne fictive, qui arrive au sol plus ou moins inclinée et qui sert de limite aux différentes élévations, de sorte que le tout forme une pyramide eompo&ée de plusieurs autres. La tour de gauche, plus basse, est plus en rapport avec l'étroitesse de la faiçade, à laquelle les premiers architectes de la cathédrale auraient donné plus de largeur si les chapelles laté-

rales de la aef étaient entrées dans Je plan primitif. Un commencement de fronton, audessus des ouïes, était d'un meilleur goût que les accolades de l'autre tour; ces ouïes, formées de colonnettes et de tores, seraient plus élégantes si d'énormes abat-veuts, comme partout ailleurs, n'interrompaient pas leur contour.

« Nous pensons ne pas nous écarter des idées des premiers arcnitectes, en émettant l'opinion que les tours devaient avoir une terminaison pyramidale, qu'au centre devait s'élever une haute flèche hexagonale , disposition qui se serait accommodée è la forme aplatie des tours; c'est, au reste, un préjugé de croire que les évêchés ne pouvaient pas avoir de tours égales en hauteur; le manque d'argent ou le changement dans les plans. a été la seule cause de cette imperfection. Plusieurs cathédrales, en France, ont des tours symétriques, sans être le siège d'un archevêché.

«Oncompte^ dans ce nombre, celle de Paris, qui n'obtint ce titre qu'en 1623, celles de Toul, de Bayeui, etc.

« Nous ne crojrons pas néanmoins que la cathédrale d'Amiens gagnAt beaucoup au rehaussement de sa tour basse, quand même on la construirait dans le style de l'autre, si l'on ne trouvait pas en même temps le moyen d'élargir la façade jusqu'à une grande hauteur, à |iartir des porches. Nous avons assez de peine, nous, hommes de peu de foi du XIX* siècle, à réparer les œuvres pleines de verve des fervents chrétiens du xiu*. Attendons que le sentiment du beau et du çrand revienne avec le flambeau de la religion échauffer nos cœurs glacés et illuminer nos intelligences obscurcies par d*épaisses ténèbres. Nous pourrons alors porter, sans témérité, la main sur les œuvres de nos pères et les achever selon l'esprit dans lequel elles ont été conçue^.

« Dans la galerie des sonneurs on voyait autrefois uo groupe représentant la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus , accompagnée de saint Pierre et de saint Paul, comme l'atteste une gravure exécutée sous Tépiscopat de Mgr François Lefebvre de Caumartin, de 1618 à 1652. On devrait rétablir cette représentation qui, dans d'autres églises du même temps, rappelait d'anciens usages, tels que le chant cle certaines hymnes, Tors des processions qui se faisaient à des époques fixes sur ces galeries élevées (108).»

Le côté septentrional de la noble t>a$ilique est, malgré les nombreuses statues qui le décorent, moins orné et moins dégagé

2ue le côté opposé. 11 est longé par une rue troite, et de plus obstrué en partie par des juxta-positions , et même, disons le mot, par d'ignobles écuries. Le portail de ce cêté est soutenu par des colonnes annelées. On remarque au tympan un vitraue qui a la forme d'une araignée. Sur le piédestal qui supporte la statue de saint Firmin le Gon*

(107) Ou est en train de les remplacer. (Note de (108) Nouvelle description de la cathédrale rf'A-

Pauteur.) iMi^ns, pag 17 25.

DicTioTix. d'Esthéticig.

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NCnONNAIRE

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fesseur, et que l*on croirait être celle de saint Honoré, qui aurait été rapportée du portail du midi, on voit des reliefs effacés qui représentent TAnnonciatiou et la Visitation. On admire au-dessus les nervures délicates de la splendide rosace du nord.

Le portail méridional, dit de saint Honoré ou de la Vierge dorée^ à cause de, la belle statue de la Vierge, posée sur le pilier cen- . tral du porche, est remarquable par l'élégance de sa construction. H est surmonté d'un pignon fleuronné qu'accompagnent deux légers campaniles dont la forme pjramydale augmente l'effet on ne peut plus gracieux. Tout le pourtour de la cathédrale, principalement à ce c6te méridional , est environné d'une forêt de statues, de pinacles et de clochetons.

« La chapelle de la sainte Vierge, bfttie en 1292, fait un très-bel effet par son prolongement conforme au système pyramidal (109). Ses piliers-butants sont couronnés

1)ar six belles statues assises et couronnées; a première parait être David pinçant de la harpe, et la dernière une reine jouant d'un instrument semblable à une vielle.

« C'est ainsi que se présente aux regards du chrétien et de l'ami des arts le peuple des saintes images qui, depuis plus de six siècles, anime la noble cathédrale d'Amiens

, « Rien n'est comparable au spectacle que présente la vue perspective des arcs-boutants de la cathédrale, contemplés de la terrasse oui s'étend au bas des grandes fenêtres ; l'habile crayon de Chapuy a très-bien rendu ce magnifique tableau. Les pyramides qui terminent les piliers-butants du chœur sont d'un beau caractère et bien préférables à celles de la nef, qui sont groupées lourdement et d'un style dégénéré. Ceux des angles, vers \e:i transsepts, ont seuls conservé leur ancien caractère. A la nef les arcs-boutants sont doubles, sans ornements, et par cette raison d'un aspect sévère, tandis que ceux du chœur sont évidés par de légères ogives garnies de nervures tréllées, alternativement arrondies et flamboyantes; ce qui indiquerait un remaniement fait dans cette partie de l'édifice h une époque où le dernier style commençait à devenir à la mode.

« ,Les architectes de Notre-Dame d'Amiens ont fait servir à l'ornementation ces contre-

(Î09) CeUe gradation pyramidale donne à TégUse dAiuiens une beauté quen*ont pas celles de Beauvaîs et de Cologne ; leurs architectes, venus après Robert de Luzarches , ont voulu faire plus grand que rhomnie de génie, ne pouvant rien créer d*aus$i

farfait. Noua avons fait le parallèle de Notre-Dame *Amiens et de Saint-Pierre de Beauvais dans le detixième volume, pag. 59, des Archivée de Piear- 4i09 par MftI.'DuseveU Goae et le baron Lafons. Ceux qui ont eniendu M. le baron de Roisin lire son beau travail sur la cathédrale de Cologne, à la séance publique de la société des antiquaires de la Picardie, ont pu juger ce monument célèbre ; au reste, ce savant a rendu pleine et entière justice à U basilique aniiçuoise.

forts qui font ressembler d'autres églises, comme celle de Paris, à un édifice étayé do tous côtés, parce cfue leur trop grande projection n'est pas interrompue à propos par des obélisques élancés. Ces additions de masses verticales ne contribuent pas seulement au décor, mais encore à la solidité ; car en chargeant les piliers elles empêchent le déversement que causerait la poussée de la multitude des voûtes qui se croisent dans tous* les sens (110).»

Au centre de l'édiflce s'élève la flèche aérienne (jui le domine à une grande hauteur et qui jadis était entièrement dorée. C'est Tœuvre d'un simple charpentier du village de Cottenchy, appelé Simon Tanneau. Celte flèche si légère, si élancée, est, après celle de Strasbourg, la plus haute de France. Les salamandres et les autres ornements qu'on y remarque, rappellent le style du temps de François 1". Elle a 65 mètres 36 centimètres de hauteur, à partir des combles de l'édifice, et 113 mètres 70 centimètres du pavé jusqu'au coq dont elle est surmontée.

La cathédrale d'Amiens a-t-elle été construite sur le modèle de celle de Cologne, avec laquelle elle a des traits frappants de ressemblance, ou bien est-ce le dôme de Cologne qui a été érigé sur le tjpe amiénois ? Telle est la grave, l'intéressante question qui a été naguère agitée parmi les archéologues les plus distingués du nord de la France et des bords du Rhin (111). Elle a abouti, historiquement et archéologique ment, à une conclusion «n faveur de la cathédrale d'Amiens. Historiquement, il a été démontré par des documents authentiques

Îue cette dernière basilique, commencée en 220, était complètement terminée en 1282, lorsque les murs du dôme de Cologne étaient à peine à fleur de terre (112). Archéoiogiquement, il a été également démontré au moyen de l'étude comparative des Elans et détails respectifs de ces deux noies basiliques, que les architectes de Cologne avaient successivement fait de larges emprunts à celle d'Amiens, et même à d'autres édifices françai^qui offrent un style analogue à celui de l'ancienne capitale de la Picardie. On trouvera toutes les pièces de cet important débat dans les trois remarquables articles auxquels il a donné lieu, et Sui ont été publiés dans le VU* volume des nnales archéotogiquee^ année iSVl. Le pre-

(110) Nouvelle de$cription de la cathédrale d'A» miens, pag. 2540.

(iii) MM. SulpiceBoisserëe, Reinchensperger, baron de Hoisin et Félix de Verneilh* • (112) La cathédrale de Cologne n*a été commencée, au plus tôt, qu*en 1248, sous Tépiscopat de Conrad de ilochsiedtii, qui t son tombeau d4u8 une des chapelles du rond-point. Gérard, mort avaut 1302, eu fut le premier architecte ou malire de Tœuirre. Il commença par le chœur, qui ne fut consacré qu'en 1522. Ainsi, les travaux de cette partie de rédilice durèrent soixante-quatorze ans, pendant lesquels ils durent être, à plusieurs reprises, iuterrompus.

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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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mier et ie troisième sont de M. Félix de Yerneilb,et le second est de M. le baron de Roisin. Us sont accompagnés d'une excelhitegraTure (dessin de M. Th. Olivier) du plan des cbœors de Cologne» d'Amiens et de Beauyais. Dans l'iiBj[H>ssibilité où nous sommes d'en donner ici| même une simple analyse qui dépasserait les limiH^^qae nous imposent la nature et les conditions de cet ouvrage, nous nous bornerons à reproduire quelques-uns des passages les plus saillants du troisième et dernier article de M. de Verneilh, qui résume les deux précédents et leur sert de conclusion.

« Ayant vu et analysé avec soin la métro-

Kle de la Picardie , nous ne pûmes jeter ; yeux (c'était vers 1839) sur les planches magnifiques de la Monographie ae Côloanâ^ sans être aussitôt frappé d'une analogie ou d'une parenté évidente assurément. Cette idée , d'autres l'avaient-ils eue avant nous? Nous ne savons , mais nous le croirions volontiers y tant elle nous semble naturelle. Ce qui nous étonna le plus alors, ce fut de voir dans quelles étranges méprises on tombait toutes les fois que l'on voulait coinparef les dimensions de la cathédrale de Cologne à celle de nos autres grands monuments du mo^en Age. Il y a pied et

Ined, comme on sait: pied allemand, pied rançais, pied romain, piod métrique (113). On confondait tout; on disait communément, par exemple, que les voûtes de Cologne avaient cent cinquante pieds de hauteur, tandis qu'elles sont beaucoup moins élevées que celles deBeauvais, qui n'en ont que cent quarante-deux. Puis on prenait continuellement une côte pour une autre ; et certes , il n'est point hors de propos de répéter ces réflexions ; car encore aujourd'hui, dans la réponse de M. Boisserée, tous les chiffres sont inexacts, sont faux, et tous

les raisonnements pèchent par leur base

« La parenté de Cologne avec Amiens n'est. point pour nous un fait isolé, extraordinaire, qui trouve jusqu'à un certain point son explication dans des relations ignorées d'évéque à évêque, d'architecte à arcnilecte, de corporation a corporation, mais qui reste, après tout, un accident, un phénomène.

C est le plus curieux, le plus saillant d'une série de faits analogues. Nous le montrerons, le premier maître de l'œuvre de Cologne n'a pas seulement connu et imité la cathédrale d'Amiens , mais celle de Beauvais , mais celle de Troyes, mais la Sainte- Chapelle de Paris. Il a pris en France, partout où elle se trouvait, cette architecture ogivale gui n'existait point en Allemagne ; il la pnse uniquement en France, parce qu'elle y était née, parce que nulle part ailleurs efle n'était parvenue au même degré d'avancement et de perfection ; et, si l'archi-

(113) Dans l'usage vulgaire on prend souvent tto mètre pour trois pieds.

(ii4) y oit à^ ce mot ce que nous 4isons nousnémes dn rôle' au** joué la France dans la pratique des aru, el oe la priorité qu'elle a attribuée à

tecture ogivale est ainsi d'origine exclusivement française, ce n'est point encore Ik un Jiccident, un phénomène. Le style ogival ne pouvait naître indifféremment de tous les styles romans, ni partout en même temps; il devait se former lentement, dans une région déterminée et plus ou moins restreinte, dans celle qui, par sa prospérité, par sa science, par sa littérature , précédait momentanément dans la voie de I& civilisation les autres régions de l'Ëurone occidentale, c'est-à-dire dans la France au nord (1H). Voilà le système que nous avon* déjà soutenu dans ces Annales à troisjreprises différentes (115), et celui que nous chercherons encore à faire prévaloir. Voilà l'idée mère qui nous guide ou qui nous éçare,maisen laquelle nous mettons hardiment toute notre confiance.

a Ainsi que nous en avions pris l'engagement, nous donnons , rapprochés sur la même feuille et mis à la même échelle , les deux plans d'Amiens et de Cologne , ce qui est essentiel pour que l'on juge d'un coup d'œil , non pas seulement de la forme et des proportions, mais aussi des dimensions.

Ces plans sont arrêtés Tun et l'autre à la ligne médiane des transsepts, comme Texi-

f:eait notre format, mais cela importe peu. I s*agit uniquement de la fondation première de Cologne, qui ne comprenait que le chœur et ne s'étendait même pas jusqu'aux portails latéraux, dont Tarrangement actuel a donné lieu, comme on sait, à des discussions fort animées. Peut-être n'est-il pas permis de dire que ces deux plans se couvrent Fun Caxure^ selon l'énergique expression de M. Reinchensperger; mais, lorsqu'ils ne se confondent pas, ils se suivent du moins de bien prés. Dans le chœur des deux basiliques, le nombre des travées, des chapelles rayonnanleis , des piliers, des contre-forts est le même ; le même est celui des fenêtres et des meneaux do chaque fenêtre. Pas une nervure de plus d'un côté que de Tautre , car c^est la coûte d'un clocher qui a occasionné à Amiens la reconstruction de la voûte du calchidique. Il n'est pas jusqu'aux escaliers conduisant des bas-côtés du chœur aux galeries, qui ne soient en même nombre et placés au même endroit.

« Dans la largeur, toutes les dimensions se correspondent admirablement bien; ainsi, le premier et le second bas-côtés sont inégaux entre eux de la même façon. Mais, dans lalongueur, le plan de Cologne parait sensiblement plus développé, même en tenant compte des deux travées supplémentaires qu offre la chapelle terminale d'Amiens. C'est d'abord en cela, et principalement par l'épaisseur des contreforts, que les proportions diffèrent. Au reste, le rap^

quelques-unes de ses provinces, touchant la Découverte du $tyU ogivaL (iVo(# de rauUur,)

(115) Origine française de V architecture oaivaie, — Annales archéoL , vol. H, page 153'; vol. III, pages 1 et 56.

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port ées pleins et des rides serait, mais non de beaucoup, à l^ayantage d'Amiens, a Lorsque le plan de Cologne s'éloigne du

Slan d'Amiens 4 c'est pour suivre celui de eauvais. Ainsi » déjà Tarchitecte beauvaisien avait rendu parallèles, au lieu de les faire divergents, les murs latéraux des chapelles rayonnantes, excellent moven de fortifier à leur base les contreforts de Tabside, sans alourdir Fensemble de l'édifice. Déjà aux piliers ronds et cantonnés de quatre colonnettes du rond-point il en avait substitué d'autres «n iaisceau allongé, et déjà if avait donné l'exemple de diminuer la chapelle de la Vierge pour la rendre toute pareille aux six autres. Remarquons aussi c^ue la cage des escaliers était carrée extérieurement, comme elle l'est à Cologne, et que ces escaliers s'ouvraient sur les bas-côtés, non dans les chapelles.— OEuvre gAchée et FlichMrk (IM) tant qu'on voudra, que cette pauvre cathédrale de Beauvais ; mais il est grandement à craindre qu'on ne l'ait copiée quelque part. — Oui, les piliers de Beauvais étaient trop grêles et trop espacés ; oui , le grand vaisseau était trop larçe d'un mètre , et cette dimension ne pouvait convenir qu'à un édifice aussi rotniste que la cathédrale de Chartres. Oui, sans doute, il valait mieux réduire la nef, en augmentant les bas-côtés et les chapelles, que de tenter pour la seconde fois une œuvre presque impossible. Pourtant tout n'était pas mauvais dans ce plan trop hardi, et tout n'aura pas été dédaigné.

« Pour apprécier la valeur de ces ressemblances et pour se convaincre , rien de tel Îue de comparer Amiens et Beauvais à eims, leur commune métropole^ ou même les cathédrales d'Amiens et de Beauvais entre elles. Nous n'allons point jusqu'à Char-» très, jusqu'à Bourges (117), monuments qui commencent à s'éloigner beaucoup, mais non, certes, autant que Cologne, de la province et de la date d'Amiens. Nous nous arrêtons à Reims où sont réunies toutes les chances possibles de parenté et d'analogie. £h bienl la royale basilique, commencée neuf ans seulement avant la cathédrale d'Amiens, quatorze ans avant celle de Beauvais • ne leur ressemble pas moitié autant cfxxe le dôme de Cologne. Le chœur seul était en voie d'exécution; le chœur seul s'offrait comme un modèle naturel aux architectes d'Amiens et de Beauvais ; mais son influence, pour évidente qu'elle soit, n'en a pas moins été très-re^treinte. La forme des piliers, l'arrangement des bascôtés, doubles dans la partie droite et simples dans la partie demi-circulaire du chœur, la prééminence de la chapelle de la Vierge : 70ilà tout ce qu'emprunte le plan d'Amiens.

(116) Expression alleiuaiKie, dont s^était servi il. Sutpice Boi^serée, eu parlant de la cathédrale je Beauvais. (Note de Cauieur.)

(WTi Le chœur de Charlres, aussi vaste, par

Barenthèse, que celui de Cologne, ei le chœur do i)urgesnous présenteraient uiilypetrès-distinclqui

Mais d'ailleurs, au lieu de quatre travées, le chœur de Reims n'en avait que trois, dont l'une beaucoup plus resserrée que les autres ; au lieu de sept chapelles, il n'en avait que cinq, d'une forme arrondie. Entin, et cette observation n'est pas moins vraie pour Beauvais, d'un monument à l'autre» le rapport des pleins et des vides varie du simple au double, ce qui dénote un progrès immense.

« Entre Amiens et Beauvais, ces deux cathédrales bâties à queloues lieues et à quelques années l'une de 1 autre, l'analogie ne pouvait qu'être grande; mais les différences sont très-grandes aussi, surtout en élévation. C'est ainsi, par exemple, que les bascôtés du chœur de Beauvais ont un trifôrium et des fenêtres hautes qui prennent jour par-dessus le toit des chapelles.

« Non, le doute n'est point permis à cet égard; ce n'est pas par hasard ou par l'effet dune certaine conformité 'cie style, que le môme plan se trouve reproduit deui fois à cent lieues de distance.Évidemment Cologne a tout pris à Amiens et Beauvais, ou Beauvais et Amiens à Cologne; mais lalnesse des deux cathédrales françaises ne saurait être mise en question, et nous ne voulons pas admettre un seul moment cette seconde njpotbèse.

« Personne n'ignoro, que la cathédrale d'Amiens a été bfltie de 1220 à 1282. On n*a jamais contesté et sans doute on ne contestera jamais ces dates ; nous allons pourtant donner ici les documents historiques sur lesquels elles s'appuient. Il ne suffît pas de connaître le moment de la fondation pre* mière et celui de l'achèvement; nous avons besoin de déterminer l'Age relatif des différentes parties de la cathédrale. »

M. de Verneilh prouve en effet péremptoirement, mais trop longuement pour que nous puissions reproduire ici cette démonstration, que chaque partie de la cathédrale d'Amiens est antérieure aux parties correspondantes du dôme de Cologne. Pour Beauvais, dit-il, nous nous contenterons de rappeler que le chœur, commencé en 1225, était achevé longtemps avant 121^ (car, à cette date, on relevait sa voûte écroulée), et que, dans les diverses restaurations dont il fut l'objet, on a respecté la basse œuvre entière et ïfis contre-forts supérieurs, en grande partie.

Ensuite il entre dans les détails du parallèle entre les deux édiGces et il fait ressortir les traits nombreux de ressemblance qu'ils présentent à l'observateur attentif. H y a néanmoins des différences, dont les unes tiennent aux temps, aux circonstances, les autres à la volonté des architectes ; celles-ci sont à l'avantage d'Amiens... En définitive, le pian du chœur de Cologne, sans

dérive directement de Notre-Dame de Paris, ou, si Ton veut, de TégUse abbatiale de Saint-Denis : il est caractérisé par des bas-côtés doubles jusqu*au rond-point, et par de très-petites chapelles qui ne peuvent pas remplir tout Tintervalle des coiitre- Joiis.

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D ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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être tcmt à fait irréprecbible^ iraat un peu mieux que celui d'Amiens^ beaucoup mieux que celui de Beau vais» mais il est fait avec ces deux autres plans, et il n'ofitrcy à coup sûr» rien de neuf ni d'original. M. de Roisia passe ensuite à l'élévation respective des deux cathédrales.

« Il n'est plus besoin de dire que l'analogie continue (c'est le plus souvent une conséquence nécessaire et forcée); mais elle se produit encore, alors même que la diversité serait possible. Ainsi, le dessin ou tracé des fenêtres inférieures dilTère peu, quoique l'architecte de Cologne ait eu aussi en vue un autre et un meilleur modèle. Dans la Aau^e-^uvre, où l'on n'était plus aussi étroitement enchaîné par le plan à terre, où les contre-forts surtout pouvaient librement changer de forme, la ressemblance augmenterait presque au lieu de diminuer; car Cologne sait Amiens jusque dans ses bizarreries. Les dimensions, d'abord, sans être identiquement les mêmes, conservent leur premier rapport. Nous regrettons de n'avoir pas mesuré la hauteur sous clef de la grande voûte du dôme, mais on se trompe probablement lorsqu'on lui donne 9 pieds de plus qu*à celle d'Amiens (118). Bien que tonte la haute œuvre de Cologne nous ait semblé réellement un peu plus élancée, la différence, au moins, quant aux voûtes, ne devrait guère dépasser 1 mètre. Nous avons la mesure exacte de la voûte d'Amiens»

prise, il est vrai, en avant des six marches du chœur, lesquelles n'existent pas à Cologne : elle est de 4a mètres et de kl^ mètres, V compris la saillie et l'épaisseur de la clef. br, la hauteur du grand vaisseau de Cologne serait, selon M. Boisserée, de trois fois sa largeur, d'axe en axe, exactement, ce qui ne ferait que U mètres, 10 centimètres (119;.

« C'est surtout pour les contre-forts, que la ressemblance est significative : de part et et d'autre ils sont cruciformes, et celte disposition parait avoir été adoptée, pour la {>remière fois, par l'architecte qui termina e chœur d'Amiens. » M. de Verneilh expose les raisons de cette adoption qui a été imitée par Cologne, de même que la sobriété relative de décorations au portail septentrional. Ne pouvant suivre Téminent archéologue dans ses savant et judicieux développements, nous allons droit, pour la reproduire, à l'opinion qui termine sa remarquable dissertation touchant la valeur respective des deux cathédrales comparées entre elles telles qu'elles existent, comme si Tune n'avait pas servi à l'autre, comme si elles avaient été portées dans le même nombre d'années au même degré d'achèvement.

Voici comment il s'exprime, après avotr au |)réalable fait observer qu'une seconde édition, revue, corrijjée, considérablement augmentée, vaut ordinairement mieux que

(118) Voir la ItUtre de M. de Roisin, Annales Ar ckéoL, \oL Vli, pag. 182.

la première, et que cela nectiangiB pcnnt sou ordre de date. • «

« Le dôme de Cologne^ dans cinquante ans, remportera aisément en beauté, non pas en intérêt, sur les monuments religieux du monde. De même, le chœur seul achevé, l'emporte sur son modèle d'Amiens. Mais cette supériorité, évidente,au total, s'amoindrit en de certaines parties, au point de devenir douteuse. Ainsi, pour les bas -côtés, pour les chapelles, pour toute la basse œuvre, enfin, nous aimons autant Amiens que Cologne. Les profils architecturaux sont plus fermes, les sculptures plus sévères et d'un plus grand effet dans la cathédrale française. Puis, nous en faisons l'aveu, ces demi-fenêtres du chœur allemand, avec leurs roses et leurs ogives interrompues qui viennent se perdre dans une massive muraille, nous déplaisent souverainement, sans parler de celles qui sont tout à fait bouchées.

— Si nous ne fermions pas exprès les yeux sur les magnificences des stalles d'Amiens et de la clôture extérieure du chœur, nous inclinerions décidément contr^ le dôme»

Mais, dans la haute œuvre, il n'y a plus à hésiter; Amiens est médiocre et Cologne in«* comparable. £t ce n'est point seulement en raison de l'extrême richesse du dôme que nous nous prononçons ainsi : les ornements^ plus abondants, sont en même temps d'un goût meilleur et d'uneélégance plus grande.

— Ce n'est point \ cause des cordons inférieurs qui contournent les colonnettes d'Amiens ; outre que. l'on ne s'est accoutumé que graduellement à sacrifier les lignes horizontales aux lignes verticales, nous n'avons nullement la même horreur que M.

Boisserée pour cette gracieuse guirlande de fleurs et de feuillages qui court d'une extrémité à l'autre du grand vaisseau,, en embrassant, sans les interrompre^ les iàisceaux de colonnes qui descendent des voûtes. — Non, c*est q^ue le haut-chodur de Cologne, malgré les dimensions énormes de ses contreforts qui ne laissent jamais apercevoir à la fois plus d'une fenêtre, est réellement une merveilleuse création, et de plus une construction excellente. On sait combien il est rare que les arcs-boutants neutralisent complètement la poussée des grandes voûtes ; eh bien l l'écartement des murs qui dépasse un pied à Amiens, est à peine sensible à Cologne : c'est l'indice le plus sûr d'une construction soignée.

• Voilà pour la valeur intrinsèque des deux monuments. S'il s'asissait ensuite d'apprécier le mérite relatif des premiers . architectes d'^Amiens et de Cologne ; s'il s'a-

Sissait déjuger, non pas ce qu'ont dessiné îurs successeurs, mais ce qu'ils ont des* sine eux-mêmes, ce qu'ils ont bêti et non ce qu'ils auraient pu bêtir, si leurs conceptions avaient été moins disproportionnées avec les ressources sur lesquelles ils devaient raisonnablement compter; s'il s'agissait en-

(119) Cinquante et cent cinquante pieds ro« mains.

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fin de nseltre en balance les services qu*ils ont rendus, les progrès qu*ils onl fait foire h Tart, nos conclusions seraient bien différentes. Le mérite de Tun, nous Pavons assez prouvé, est avant tout un mérite d'invention-; celui des autres un mérite de perfectionnement. Nous placerions donc, .sans scrupule, notre Robert de Luzarches au-dessus de tous les maîtres inconnus de l'œuvre de Cologne (120). »

Intérieur de la cathédrcUe.

Un des plus beaux intérieurs de temple catholique, pour ne pas dire le plus beau*, c'est, sans contredit, celui de la cathédrale (l^A miens. Lorsque vous pénétrez par la |)orte principale sous ces voûtes gigan-< tesques, dont la hauteur égale l'immensité, vous êtes saisi d'tine admiration indicible et d'un profond recueillement. Si vous voulez ensuite vous rendre compte de vos im- ]>ressions, vous en découvrirez aisément la cause dans rélancement prodigieux des voûtes et dans la hardiesse ae leurs retoml>ées; dans l'élégante légèreté des piliers dont les nervures, à mesure Qu'elles s'élèvent pourrejoindre la voûte, s épanouissent on mille faisceaux; dans la longue galerie à arcades, et dans la frise richement sculptée (particulière à cette église), qui contourneni si gracieusement tout l'édifice; dans les superbes fenêtres qui contribuent si bien à son évidement;en un mot, dans Tétonnante variété de lignes très-heureusement combinées avec Punité parfajte d'ensemble et d'exécution. Cet intérieur, est^ en effet, un des plus homogènes, comme i> est un des plus vastes qu'il soit possible de rencontrer. La maîtresse-voûte mesurant 130- pieds ,^ sous clef, est une des plus hautes qui existent' dans l'univers catholique, et la plus haute de toutes le3 églises de France, après ceHe de Beauvais (121). Sa longueur, dans œuvre,^ qui dépasse Mk pieds, ne le cède guère' qu'à celle de hi cathédrale de Reims, qui en infisure tô8.

Un tel intérieui^ réunit donc éminemment la grandeur physique et la grandeur morale. Ajoutons y cette grandeur surnaturelle qui découle nécessairement des conditions iiiératiques, liturgiques et symi3Qliques, inhérentes au temple catholique ,^ et nous aurons devant les yeux un des types les plus grandioses, les plus saisissants de la beauté en architecture que le géniç chré!-

(liO) M. Bo-sserée a répondu à ce second article de M. de Verneilh, par une lettre au directeur des. Annales Archéologiques^ insérée au tome YH! de\ cette revue. M. de Verneilh a répliqué, à son tour, l>ar un autre article publié dans le même volume, «»t dans leijuel il cj^ptique et développe la thèse qu^il avait soutenue dauts les, précédents, en faisant, entre autres choses, ressortir ranatoji:ie constante, continuelle, qui existe entre la cathédrale de Cologne, la Sninte-Cha pelle de Paris et la cathédrale de Limoges, deux chefs-d'œuvre de Tarchitecture ogivale, qui sont, Tun et Tautre, d'une date cvidenimeul antérieure i celle du déme allemand. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à ces

tien ait inspiré. Tfooverîons-noos dans la longue nomenclature des édifices innombra* blés consacrés aux dieux par les architectes de ta Grèce et de Rome, un intérieur de temple qui, je ne dirai point, ressemblât, mais seulement approchât de celui-ci? On sent bien, en circulant sous ces voûtes gigantesques, qu'un athée serait mal à l'aise dans ce temple si digne de k grandeur de Dieu (122).

Maintenant, si nous passons» dansunexa^ men forcément rapide, aux détails des ornements principaux qui le décorent, nouA: y trouverons, comme pour l'extérieur» ma*lière à l'éloge et à la critique.

Les trois grandes rosaces de l'ouest, de* l^est et du septentrion, figurant les quaire^ élémentêf sont justement admirées, à cause* de la variété et de l'éclat de leurs couleurs. Elles ont environ- 100 pieds de circonféren^ ce. La première, appelée rose de mer, représente la ierre et Vair; ta deuxième, le feu^ parce que le rouge y domine, représente, tout le long de sa circonférence, la célèbr» roue de la vie humaine; la troisième, l'eau, est la plus remarquable. On regrette néanmoins que les meneaux et compartiments de ces troisjbelles rosaces soient, b causede leur style flamboyant, en désaccord avec le style purement ogival de la grande nef et da transsept.

La chaire à prêcher, supportée par troisstatiies allégoriques, la Foi, l'Espérance el la Charité, et surmontée d'un ange qui tient à la main, un livre ouvert où sont écrits ces mots : Hôe foc et vives , est T'œuvre d'un sculpteur ha1)ile d'Amiens. Construite aux frais de M. de La Motte, évêque d'Amiens (123), elle ne rappelle que trop par sa forme lourde , épaisse et sans caractère, \^ manière de cette époque si néfaste à l'art chré-tien. C'est dire qu'elle contraste désagréable-^ ment avec le style du monument.

Les dix chapelles des deux bas-côtés of-*-, frent plusieurs tombeaux, statues, tableaux et autres objets d'art, qui doivent fixer l'atteniion du iisiteur. Mais, ajoutées après coup, elles i^e sauraient racheter par la beauté des détails, l'altération si préjudicia^ ble qu'elles ont causé aii noble édifice, en masquant les deux grandes lignes de fenè-. très qui complétaietit Jadis celles du rang supérieur, et donnaient à tout l'édifice une transparence et une légèreté qu'il ne possède plus maintenant au même degré. H en

deux nouvelles pièces qui n'ont, d*ailleurs, rien changé au fond du débat.

(iii) Celte dernière compte 44 pieds de plus que celle d* Amiens. Mais il faut observer que Beauvai» uHi de terminé que le chœur, tandis que la. grande, voûte d*Amiens, supérieure d'ailleurs, comme cunstruciion et comme effet, à celle de Beauyais, s^ prolonge sans interruption, d'une extrémité à L'autre, de rédiÛce, sur une longueur de plus de 400 pieds.

(lia) Cettç réflexion lut Taite par Napoléon Bona* parte , torsqu*il visita la cathédrale d'Amiens, accompagné d'un nombreux et brillant élat-major.

(I!it5> Klie coûta 36,000 f.

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D^ESTHETHMIE CHRETIENNE.

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est aatremenl des chapelles des bas-côtés da chœur, qui entraient dans le plan primitif de la basilique. Elles offrent, comme celles des bas- côtés de la grande nef, quoi-

Se dans une moindre proportion, plusieurs jets d*art, dignes d'être remarqués.

Celle dédiée à saint Eloi, où repose le chanoine Adrien de Lamorlière, auteur des Aniiquitéi d'Amiens^ ont des vitres où sont peints divers traits de la vie du saint patron des orfèvres, avec, les costumes du temps. Les cavaliers portent des casques pointus, des tuniques, et sont montés à poil sur leurs chevaux.

< Les cinq chapelles qui suivent sont trèsremarquables par les ornements des croisées, consistant en vitraux peints sur les* quels sont retracées plusieurs légendes, relatives à la vie des samts qu'on y révère.

< Dans la chapelle de Saint François d'Assises on remarque une assez bonne copie du Christ aux anges de Lebrun. C'est aux murs de refend de cette chapelle (qu'existent plusieurs colonnes appelées piliers sonnants ; ils ont une réputation un peu usurpée, car le son qu'ils rendent ne ressemble guère à celui d une cloche, et d'ailleurs, plusieurs autres piliers autour du chœur rendent des sons pareils aux leurs. On dit que les carreaux du pavé qui se trouve vis-à-vis, sont coupés de deux lignes transversales, pour perpétuer le souvenir du massacre des catholiques en cet endroit par les protestants, en 1561.

« La chapelle de la Vierge, ou Petite Paraisse^ occupe le chevet ou rond-point de Véglise, elle est vaste et ornée d'un admirable groupe en marbre blanc, représentant YAssomption de la sainte Vierge* On doit encore ce bel ouvrage à un maître de la confrérie du Puy, nommé François Dufresne.

Il en fit don en 1637, à la cathédrale où il était d'abord placé dans la nef. Cette chajielle renferme aussi deux tableaux, peints

Cr Furt^, assez estimés des connaisseurs. ^ premier a pour siqet la mort de saint François Jatner, et le second le retour de FEnfam prodigue.

c Vis-à-vis cette chapelle est le tombeau, en marbre blanc du chanoine Guillain Lucas, fondateur de YEeole des orphelins^ ou enfants bleus de cette ville. Parmi les statues qui décorent ce riche mausolée, on re^ marque un génie funèbre qui, sous le nom de Petit pleureur ^ jouit d'une grande céiébrilé en France. Ce chef-d'œuvre est dû au ciseau du sculpteur Blasset. Sous une arcade pratiquée dans le bas du monument, on aperçoit la statue, aussi en marbre blanc, du cardinal de Lagrange, évoque d*Amiens, et surintendant des unances sous Charles V. Il mourut en 1VQ2, à Avignon, où il s'était

retiré à l'avènement au trône de Charles VI (124). »

« Le mur de clôture du chûour offre de remarquables groupes en pierre, reproduisant divers traits de la vie de saint Firmin, évoque d'Amiens; ses prédications ^ ses conversionSy son emprisonnement j son martyre ; la découverte de son tombeau^ par saint Salve^ à Saint'Acheul ; son exhumation et sa trans-* lation. Ces sculptures présentent encore de$ restes de peinture polychrome , nouvelle^ preuve à egouter à tant d'autres du rôle important que jouaient la peinture et la do-, rure dans la décoration des temples, durant le mojren Age. Dans des niches inférieures, on voit les statues couchées de Ferri de Beauvoir, é?èque d'Amiens, et d'Adrien de Hénencourt, doyen de la cathédrale qui, en 1487 et 1527, fit élever ces monuments. Ou lit au bas de curieuses inscriptions en vers formant neuf quatrains.

« Un double perron de six marches con«duit au chœur. L'entrée principale, les porr tes latérales et les ouvertures sous les arcs autouri du sanctuaire, sont fermées par des grillesenferartistemenl travailLées^qui méritent l'attention des connaisseurs; mais ce qui frappe surtout les regards ,. c'est la ma-

Snifique boiserie des stalles qui régnent i^ roite et à gauche du chœur. Cette boiserie surpasse en élégance et par la. richesse de. ses détails, tout ce que les. meilleurs our vrages de ce genre offrent de plus beau ; les sujets des grands bas-reliefs qui la décor reut sont tirés de l'Ecriture sainte. On y a aussi représenté- les divers états delà société et les vices soos des emblèmes assez difliciles à expliquer. Ce superbe ouvrage fut commence enlSOS et fini en.l532. 11 fut exécuté aux frais du chapitre et d'Adrien de Hénencourt (doyen), par Alexandre Huet, Arnoult Boulin, Jean. Turpin et Antoine Avernier. Il coûta, en tout 9,488 livres 11 sous 3 deniers. Le principal ouvrier, Jean Turpin, gagnait par jour sept sous, y compris son apprenti (125).

cPrès du lutrin, sculpté en style gothique, on lit les épitaphes des MM. de La Motte, de Bombelles et de Chabons, évoques d'Amiens. De là on tourne ses regards vers la belle vitre qui décore l'abside du sanctuaire» et que donna Bernard d'Abbe ville en 1269. Le sanctuaire est séparé de la nef par une balustrade en marbre blanc,* à hauteur d'appui. Deux grands candélabres en bois doré sont placés sur cette balustrade et servent à sa décora*^ tion. Les jambages des arcades du rondpoint sont revêtus d'un riche lambris de marbre. Les bustes en médaillons des quatre évangélistes, et leurs symboles, ornent les premiers piliers du sanctuaire. Contre ces mômes piliers et les suivants, sont des an-

(124) Tisiu à te eaUMrale d'Amiens^ par M. E. Brou, d'Anvers, de Rouen, etc., la DescripHon des 0.... psig* 28, 39. ' •* ; ttaliesde ta catkééraU d'AnUens, par MM. Jourdain

(185) Voir^ pour plus de deuils, sur ce chef- : et Duval, aujourd'hui chanoines de cette â'eearrede la aulpture sur bois, qui surpasse par ses | (Note de CeuteHr,) autant ,qu€ par sa beauté les stalles de

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ges portant des torcties garnies de cierge».

« L'autel» construit à la romaine, est isolé; sa principale décoration consiste en un basrelief représentant Jésus-Christ ou jardin des Oliviers. Sa table est surmontée d*un gradin garni de plusieurs chandeliers en bronze doré.

ff Derrière cet autel on Toit une gloire exécutée en 1768, jmr M. Cristonhe, architecte ; quelques artistes la regardent comme lin bon morceau d'architecture moderne.

Plusieurs personnes cependant la croient lourde et peu convenable à un temple gothique. Cette gloire est formée de rayons et de nuages , parmi lesquels paraissent desfanges et des chénibins (12S^) »

Pour mon compte , je me permettrai de dire que tout cet appareil de rayons, de nuages, d'anges et de chérubins, que cette «gloire» en un mot, triste produit d'une époque de décadente, est ici, comme lignes, composition et effet, un déplorable anachronisme , un contre-sens véritablement fâcheux, surtout à ce point culminant de l'intérieur de Ja l>asilique. Lorsque je vis cette « gloire n pour la première fois, je revenais de l'Allemagne, de la Belgique où j*a?ais pu remarauer, notamment à la cathédrale d Anvers, des contre-sens de ce genre; et quoique j'y fusse en quelque sorte habitué, l'éprouvai une pénible surprise , à la vue d une telle puérilité dans un temple aussi majestueux. Indépendamment du complet désacord {de style avec l'édifice, que présente cet appendice malencontreux, il offre l'inconvénient encore plus grave d'en abréger la longueur d'une centaine de pieds » en obstruant au moins en partie , cette

Ï perspective du rond-point de rabside, dont 'effet est toujours| si beau, si mystérieux. Malheureusement d'autres cathédrales de France, et des plus belles, ont été ainsi, [qu'on me passe l'expression) aveuglées par le goût stupide de ces architectes du xvni* &iècle;qui s'imaginaient «embellir» disons plus, « réhabiliter» ces barbares édifices gothiques, en les affublant de maints colifichets soi-disant usités dans l'architecture antique, et qui ne servent qu'à les déshonorer (126).

Heureusement, la cathédrale amiénoise est trop vaste et trop bien prise dans son ensemble, pour qu'un semUable hors-d'œuvre puisse nuire à l'effet général, comme il le ferait dans un autre intérieur qui aurait de moindres proportions.

Il m'a été donné cle contempler, dans les conditions les plus favorables, ce magnifi-

aue intérieur ; c^était un jour de gi*ande Ite, à l'issue de la messe pontifioale et au moment où celle de midi allait commencer; les valves de la basilique étaient ouvertes,,

(125') VisiU à la cathédrale <VAmkn$ » pag. 32-34.

(liO) Nous cJleroDS, entre autres cathédrales gotltkiues qui se trouvent daus cecas, celles de Sens» d*Auxerre ei de Narboane, avec la différence, qu*au Jieu de f gloire i c*est un énorme baldaquin soutenu

pour laisser sortir et entrer la foule trèscompacte ce jour là. Du milieu du parvis où je me trouvais alors en face du splendide et immense portail delà basilique, mes resards plongeaient sous sa gigantesque et sublime voûte aux nervures croisées jusqu'aux grandes fenêtres de l'abside, planant sur des milliers de tètes de cette foule compacte qui agrandissait encore à l'œil l'immense perspective du temple, en même temps qu'elle lui communiquait le mouve-^ ment et la vie; les sons de l'orgue, de cet instrument mystérieux qui est la voix intérieure de nos temples, n'avaient pas encore cessé ; ils murmuraient gravement et se perdaient sous les nombreuses arcades des nefs dont les échos répercutaient cette harmonie pleine de majesté, tandis que celle des bourdons et des cloches, qui sont la voix extérieure de la basilique, s'exaltait en majes^ tueuses volées, dans les airs, au-dessus de la grande cité. Sous l'empire de l'émotion douce et profonde à laquelle j'aimais à me laisser aller, je compris mieux que jamais ; combien 1 action liturgique, avec son cor^ lége obligé de la multitude des fidèles qui y prennent part, complète admirablement,, en la rehaussant de toute sa poésie divine» la beauté incomparable de nos temples chrétiens. Voy. Albi , Basiuqubs , Feangb ». Reims, Sculpture, Statuaire , STaASBOuae» Style ogival. Style romau .

ANKRiO (Félix). Né en 1560, composi-^ teurrom. Voy. Musique.

ANGËLIGO (Fra) de Fiésole. Célèbre peintre mj^stique. Voy. Peinture, et Mystique.

ANGES. Parmi les types les plus nobles^ les plus beaux et les plus variés de la statuaire et delà peinture chrétienne, figurent les anges, êtres célestes, privilégiés, qui touchent cependant par tant de points à la terre et à l'histoire de l'humanité. La création des anges eut-elle lieu avant celle de ce monde sensible, ou bien après, et immédiatement avant celle de l'homme ? Saint Basile, dans son Bexamérofif ou Livre de six jours^ incline pour le premier sentiment, lorsqu'il s'exprime ainsi ; a 11 est permis de conjecturer que„ antérieurement à la création de ce monde visible, il existait un ordre de ciréatures plus parfaites, indiqué par TApAtre, quand il dit : Tout a été créé par lui (Jésus-Christ ) tant les çhosjes visioles que lea invisibles, soit les dominations, soit les prin^ cipautéSf soit les puissances, soit les vertus {Coloss., 1, 16),. c'est-à-dire les armées des anges auxquelles les archanges président. 11 était convenable qu'à ce monde préexistant Dieu ajoutât un monde nouveau qui f&t et l'école où l'homme devait s'instruire, et le domicile de tous les êtres destinés à naitre ou à mourir. Avec lui, et au même moment,^

far quatre colonnes, d'ordres grecs, qui écnMe le iiiailre-aul,ei et masque enttèremeni la vue du romlpoint el desa cbapetle teraiinale. CeUe dispostiioii, ainsi que j*ai pu u]*en convaincre de ines propres .yeux, est ^core plus vicieuse qiie celle d'Amiena.

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DTSTHETIODE CHRETIENNE

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fui créé le temps dont la succession conti- B^e allait commencer pour rouler sans cesse et ne s*arrèter jamais dans son cours; le temps qui se compose de parties où le passé n*est plus, Tayenir nVxiste pas encore, et le présent échappe avant même qu'il soit connu.» L'opinion de saint Basile est commune l>arniiles autres Pères de l'Eglise. L'incertitude qui existe touchant l'époque précise de la création des anees vient de ce gu'il n'en est pas dit un seul mot dans le récit de Hoîse. Saint Jeari-Chrjsostome, dans son

i)remier sermon sur la Genèse, nous explique a cause de ce silence, b l'occasion du passage. Au commencement Dieu a fait le ciel et la terre (Gen.^ i, 1.) «Pourquoi,» dit le saint Docteur, « Moïse ne nous donne-t-il pas d'abord la création des anges et des archanges ? car si Touvrier se fait reconnaître à son ouvrage , n'était-ce point par cet ordre de créatures qu'il fallait commencer, comme nous donnant la plus haute idée de la puissance du Créateur? Nous admirons le ciel, l'astre du jour, les beautés du firmament. Les esprits célestes ne sont-ils pas encore plus resplendissants de beauté? Pourquoi donc emmener sur la scène des objets d'une nature inférieure, plutôt que de nous transporter aussitôt dans une région plus élevée? C'est que Moïse avait affaire à des Juifê, à un peuple dont l'intelligence dominée par les sens, ne pouvait prendre un essor aussi haut, h un

Kuple qui, nouvellement sorti de l'Egypte, magination encore remplie du culte grossier qu'il y voyait établi, aurait conçu dif- Scilement de la divinité une idée spirituelle. C'était donc par des aspects sensibles gu'il fallait l'y amener. Voilà pourquoi l'historien porte leurs regards sur le ciei, la terre, la mer et les autres parties de la création dont tous les yeux étaient frappés. Quand leurs esprits auront acquis plus de maturité, ce sera le moment de leur parler des vertus célestes, comme le fera David dans ce psaume. Tous qui êtes dans les cieux^ louez le Seigneur j louez^le du plus haut du firmament ; anges du Seigneur ^louez-le tous. Armées du Seigneur^ louez-le toutes de con-eert : car il a commandé^ et toutes choses ont été créées ; il a parlé^ et tout a été fait. {Psal. GXLTin, 1, 7).

€ Dans le temps même où les sublimes ieçons devaient trouver des intelligences mieux disposées à les entendre, quand un te&tament nouveau aura été donné au monde, l'Apôtre des nations suivra la même méthode que le législateur des Juifs. Saint Paul parlera aux Athéniens le même langage que Moïse aux Hébreux. 11 ne les entretiendra ut des anges ni des archanges, mais du ciel et de la terre {Act. xvu, ^). Dieu qui a fait

(127) C'est pourquoi les angfS, qui ap)Kirtlenncnt ëntineiiiment a cet ordre de substances ont éié comparés à la lamière, qui est le plus léger, le plus sobtil de tous les corps, et ont été représentés coinine des éclairs, des souffles et des étincelles. (Voir les cbap. 1 el X du prophète Exéchiel.) Saint Jean Da- »ascéoe, dans son traité De angetis (oliap. 5), dit- ^oece foal autant de lumières émanées de la Iu-

le monde, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point dans des temples bâtis par des hommes. Qu'il ait à parler aux fidèles de.Golosses, son langage sera bien plus sublime: Toutes choses ont été créées par lui, tant celles du ciel que celles de la terrcy les loisibles et les invisibles, soit les trônes^ soit les dominations, soit les principautés^ soit les puissances^ ont été créés par lui et pour lui. (Coloss. 1, 16).

« L'évangéliste saint Jean, écrivant pour des disciples plus parfaits, embrasse tout l'ensemble delà création, ne s'arrêtant pas aux détails: Toutes choses, dit-il^ ont été eréées par lui, et, sans lui, rien n'a été fait de ce quia été fait {Joan. i,3), tant ce qui se montre aux regards que ce qui leur écha[)pe. En quoi tous ces saints personnages se conformant à la portée de leurs auditeurs, imitent la conduite des instituteurs qui proportionnent leurs leçons fc rintelligence de leurs disciples. Législateurs d'une nation plongée dans une ignorance universelle, en^ core dans les langes d'une première enfance, ils se bornent à des leçons suffisantes pour lui faire connaître Texistence d'un Dieu Créateur. Paul et Jean Tévangéliste, prenant les hommes pour ainsi dire au sortir de l'école, les élèvent à des connaissances d'un ordre bien supérieur, avec Tatlention de rappeler sommairement les premières instructions. Harmonie parfaite entre l'Ancien et le Nouveau Testament. L'Ancien expose la création par le spectacle des choses visibles ; et quelle idée David nous donne déjà de la puissance du Créateur, par ces paroles : Il a commandé et tout a été fait (Psal. xxxu, 9). Le Nouveau nous le montre àans la production des substances invisibles (127). »

La suite des temps n a fait que ronfn*iner la justesse de cette réflexion de saint Jean- Chrjsostome En etfet, nous voyons d'abord les Pères les plus anciens commencer par nous donner la description aussi exacteque poétique des neuf chœurs des anges. Ensuite les peintres orientaux, et à leursuite^ les Italiens, se hasardent à nous les représenter tantôt sous la figure de tètes d'enfants ailées, tantôt à mi-corps, mais avec quatre ailes, ^eux qui partent de la tète, et les deux autres, des deux extrémités inférieures du buste qu'elles terminent ainsi de la manière la plus légère et la plus gracieuse. Enfin, nos peintres catholiques occidentaux les représentent sous Tapparence de l'homme. « Seulement, et c'est comme un caractère indélébile,Iesdeux ailes restent toujours attachées sur les épaules de l'ange, parce que range, comme le dit toujours son nom («T^tloc) est le messager ou l'envoyé de Dieu, (128) et que pour aller plus ra|.idenientoii

mière încréée, dont elles ont la splendeur. Ils ii*ont l>esoin ni de langue, ni d'oreilles ; mais ils communiquent leurs pensées et donnent leurs conseils, sans le secours de la parole ni des sens : Sed iitie uUa probati sennonis ore mutus sine sen»m sua commnnicant et consitia, (Iâ8) LWncicnci le Nouveau Testament abondciit

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DiCTIOIMAlfiE.

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