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FAIT A LA CHAMBRE DES PAIRS

41) NOII »'iniE COMMISSION SPÉCIALE (970) CHARGéE DE l'eXAMEN DU PROJET DE LOI RMLATIP A L'OCVERTUaS

D'UK crédit pour la RESTAURATIO!! DE LA CATHÉDRALE DE PARIS.

PIR ■. LE COITE DE lONTILEIBERT. PUR DE FRIRCE.

(Séance du 11 juillet iStë.)

Messieurs, On a souvent remarqué la différence curieuse qui existe entre la nature apparente des grands événements historiques et les résultats positifs qu'ils produisent. C'est ainsi Su'un succès, au premier aspect complet et datant, se transforme souvent en une source d'embarras et de défaites ; que d'autres lois, une calamité vivement redoutée devient . Ja source de compensations imprévues, et que sans cesse les conséquences indirectes ou définitives d'une crise politique suivent un courant opposé à celui des idées ou des passions qui ont précédé cette crise. Rien ne semble plus propre à démontrer cette loi de l'histoire que l'inQuence indirecte de la révolution de Juillet sur nos monuments religieux. A coup sâr, le lendemain de cette grande modification des lois et des destinées de la France, personne ne se fût imaginé

S|u'il en soilirait une tendance éminemment avorable à Tétude et à la conservation de ces monuments. Et cependant le régime qui a suivi la révolution de Juillet a vu s'effectuer la réhabilitation complète de notre art chrétien et national, et le gouvernement jorti de cette révolution a plus fait en quinze ans pour sauver et orner nos édifices religieux, que ne l'avait fait l'ancien régime pendant .es deux derniers siècles de son existence, ou les gouvernements réjiaraieurs de l'Empire et de la Restauration.

(970fGette commission était composée de MM. le comte Beugnot, le comte île 0ondy, le comte de Gaspariii, Te vicomte Victor U'igo, le duc de La

Le xni' siècle défigurait nos églises gothiques par des additions en style païen ; le xviii' les mutilait systématiquement, et, pendant l'Empire et la Restauration, la France a vu périr plus de monuments sacrés et curieux que pendant les saturnales de l'anarchie. Tout au contraire» le gouvernement nouveau, à peine installé, signalait cette nouvelle tendance par la création de cette inspection générale des monu^^* ments historiques qui a commencé une réaction, malheureusement trop tardive, contre lesexcèsd'un infatigable vandalisme. Depuis lors il a persévéré dans cette ligne. Comme on pouvait s'y attendre, tous les efforts tentés pour réparer le mal n'ont pas été également heureux : il y a eu des tâtonnements* des anomalies, des fautes: il a fallu subir le^ conséquences du passé, et de cette ignorance profonde des conditions et des principes de l'art du moyen Ase, dans laquelle tous nos artistes ont été élevés. Il en est résulté que des édifices qui pouvaient être facilement sauvés ont été abandonnés et sacrifiés ; qoe d autres ont été dénaturés avec un manque absoJju<l'intelligence, de goût et de sentiment historique, et nous sommes encore loin de pouvoir nous vanter d*œuvres savamment et complètement réparatrices, comme celles qui honorent divers pays étrangers et surtout la Ravière. Mais cette {>art laite à une trop juste critique, il fautre-

Forcc, le comte de Montalemberi^ le coaile de R»»-

biileati.

APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART

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connaître et proclamer qu*en général le bien Ta emporté sur le mal. L'impulsion salutaire une fois donnée a été maintenue, legoover* nement marche chaque jour d*un pas plus assuré dans la t)onne voie, et la sollicitude actire et éclairée qu'il déploie au profit de nos monuments religieux et historiques mérite tous nos éloges et lui vaudra certainement la reconnaissance de Tavenir.

Ce n'est pas là du reste, comme on Ta prétendu, un bienfait conféré à l'Eglise » ce n'est qu'une justice, car TEtat, en s emparant de toutes les propriétés ecclésiastiques y a contracté expressément Tobligation de ]iourvoir h l'entretien des édifices destinés au culte. C'est en outre l'accomplissement d'un devoif envers la civilisation , envers l'histoire, envers les arts, devoir inséparable de la conservation des monuments les plus importants de la civilisation chrétienne, les plus essentiels h l'intelligence de notre histoire, les plus féconds en enseignements pour nos architectes et nos sculpteurs. C'est enfin un acte de patriotisme le plus élevé et le plus pur, puisqu'il s'agit de dérober aux atteintes du temps et d'une ignorance barbare, des édifices qui attestent la suprématie du génie de la France au moyen âge, et qui forment encore aujourd'hui le plus bel orpement de la patrie.

Votre commission donne donc son entière adhésion à la marche du gouvernement dans cet ordre d'idées, et elle s'applaudit unanimement de lui voir reporter sa sollicitude, par le projet de loi qui vous est soumis, sur Notre-Dame de Paris. On s'affligerait à bon droit du retard qui a été mis à la i>résentation de ce projet si indispensable, si 'on ne devait trouver une compensation à ees lenteurs dans les études plus approfondies qn'elles ont permis de faire, et uans le progrès croissant des principes qui conviennent à la restauration des anciennes églises. Mais aujourd'hui tout délai ultérieur serait aussi dangereux qu'inexécutable. Il est urgent de procéder a des réparations immédiates commandées par la plus vulgaire prudence. De plus, il est plus convenable de ftire ainsi disparaître le fAcheux contraste que présente à tous les regards, d'un côté, la cathédrale de Paris, victime d'une sordide négligence, et menacée par des dégradations toujours croissantes; et de l'autre, sur le bord opposer de la Seine, cet hôtel de ville renouvelé et agrandi avec une magnificence si grande et si digne d'une opulente capitale.

Personne d'entre vous n'exige à coup sûr qu'on vienne lui démontrer les titres de Notre-Dame de Paris aux secours du trésor national. Ils n*ont besoin ni d'être en umérés, ni surtout d'être exagérés. Notre-Dame n'est pas la métropole de la France, car l'archevêché de Paris , érigé le dernier de tous en 1622, n'a aucune sorte de supériorité suc les diocèses autres que ceux qui forment sa province ecclésiastique. Comme monjoment, Notre-Dame de Paris n'est pas non plus la Vremière des éijlises de France. Noire-Dame

de Reims, Notre-Dame de Chartres et Notre- Dame d'Amiens, rivalisent avec elle par la beauté et la grandeur de l'ensemble, comme les cathédrales de Strasbourg, de Coutances, de Rouen, de Bourges, par la perfection de certaines parties. Mais en revanche, la métropole de Paris a droit de compter au premier rang des chefs-d'œuvre de notre architecture, par sa noble simplicité, parlasévère et majestueuse beauté de sa façade occidentale, surtout par l'harmonie si rare qui rèKue dans ce vaste édifice, dont aucune addition postérieure au xiv* siècle n'est venue altérer la sublime unité.

£n outre, placée au centre de la capitale de la France, et de la plus grande ville du continent européen, elle est la plus célèbre et la plus populaire de nos cathédrales, et devait par conséquent occuper la première place dans la sollicitude de l'Etat.

L'assentiment unanime que le projet de loi rencontre dansia commission, et que nous aimons à prévoir dans la chambre même, nous dispense d'entrer dans les détails des travaux proposés.

Nous nous bornerons è vous rappeler c|ue le crédit demandé s*applique è deux objets distincts, quoique réunis par leur nature et par leur but :

1*" La réparation et la consolidation des parties mutilées ou compromises de l'église métropolitaine.

2r La construction d'une sacristie, dont cette église est privée depuis 1830.

En ce qui touche au premier de ces deux objets, l'exposé de M. le garde des sceaux vous a fait suffisamment connaître les tristes motifs qui démontrent l'urgence deladépense proposée. Le délabrement de Notre-Dame est non-seulement déplorable, mais dangereux ; des symptômes chaque jour plus alarmants ne permettent plus d'hésiter ou d'attendre. La solidité de 1 immense édifice est menacée. Le système d'étavement provisoire qui sert de palliatif au péril, ne saurait être trop tôt remplacé par des mesures définitives.

Nous avons examiné avec soin les travaux proposés ; ils nous ont paru se renfermer dans les bornes du plus strict nécessaire. Les architectes chargés de cette haute et laborieuse mission, ont écarté tout ce qui n'était pas exigé pour le salut et la consolidation du monument. Tout projet de décoration, en dehors des réparations nécessaires, est ajourné. Mais ces réparations elles-mêmes, faites comme elles vont l'être par des hommes de goût et de conscience, produiront sous le rapport de l'art et de l'ornementation un effet excellent. Ainsi, l'on verra disparaître ces placages de ciment ou de mastic gui, tout en offensant l'œil, eug dommageaient les parties encore solides oe la maçonnerie; on enlèvera ce badigeon des voûtes intérieures qui ne servait qu'à déguiser le mal qu'il importait le plus de connaître et à rajeunir, par un fard ridicule; Tanticfue et solennelle beauté de la métropole. De plus, on substituera aux chéneaux moderuos^qiû ont produit de si funestes

dm:tiomsaire desthetique;.

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dégradations, les anciennes gargouilles.

Or on sait que ces gargouilles sont à la fois indispensables à Tentrelien matérielde Tédirïce par un bon système d*écoulement des ^an% pluriales, et inséparables de l'effet général des ornements d'architecture ogi^ vale, où toutes les formes et tous les détails condamnés par T^norance moderne avaient un sens déterminé et un but raisonnable.

A laide des échafaudages dressés pour la consolidation nécessaire de la grande façade, on remplacei'a dans la galerie dite des Hoic les vingt-huit statues dont Tabsence laisse un vide fâcheux. Les fragments de quelquesunes de ces statues détruites en 1793 ont été retrouvés: la reproduction des autres se fera fidèlement d'après les originaux de la même date qui existent à Reims et à Chartres ; enfin on rétablira le grand portail central de cette même façade, au'un vandalisme stupide fit détruire en 1771, afin de laisser un libre passaj^e, lors des processions extérieures, aux dais tendus en bougran, comme, le sont les ornements sacerdotaux de la France moderne, au lieu d'être comme en Italie et partout ailleurs en étoffes flexibles. Tel fut le pitoyable motif qui, au milieu d'un siècle impie et frivole, nt sacrifier un chef*d'œuvre de la foi et de l'art de nos pères, et mutiler cette porte qui, pendant les siècles de ferveur et de foi, avait suffi à tous les besoins du culte catholique. Depuis soixante-dix ans, l'ogive bâtarde et les colomies difformes de Soufflot sont restées comme une injure sur la face glorieuse de Notre-I>ame. Ou les fera disparaître et on reproduira, d'après un dessin fidèle, le trumeau et le tympan de cet admirable portail tels qu'ils sortirent de la pensée des architectes du xiii* siècle. Le gouvernement, excité à cette couvre réparatrice par le vœu du conseil des bAtiments civils, que le vote de la chambre des députés a appuvé, et que le vôtre ne tardera sans doute pas a confirmer, aura ainsi donné une grande et salutaire leçon aux esprits téméraires <jui ne craignent pas de greffer leurs mesquines inventions sur les plus vénérables monuments de l'antiquité chrétienne.

Les fenêtres de la galerie qui surmontent les voûtes des bas côtés de la nef ont subi une altération moins éclatante, mais trèsfAcheuse et très-considérable. Elles ont aujourd'hui une forme disgracieuse en ellemême, tout à fait inusitée pendant le moyen Age, et qui contraste de la manière la plus pénible avec toutes les autres baies de l'édifice. Nous souhaitous vivement que les architectes, cctnformément au projet qu'ils ont soumis au ministre des cultes, et aux dejisins qui nous ont été communiqués, puissent substituer A cette difformité iesys- K'uie d'arcature et de meneaux employés au XI»' siècle*

U nous reste à vous parler, Messieurs, de rérectiond'une nouvelle sacristie. Ici encore, dans la propof'tion qui vous est soumise, la nécessité de l'œuvre projetée et la modicité des crédits demandés nous paraissent également démontrées. Notre-Dame n a \*as

de sacristie convenable. Cet appendice essentiel de la moindre paroisse manque è la métropole de Paris. Lors des grandes solennités de l'Eglise, l'archevêque, son chapitre et son clergé sont réduits h s'habiller au pied d un escalier, dans une sorte de vestibule, sans feu au milieu des plus grands froids. Le chapitre n'a ni vestiaire ni salle capitulaire. Le service de la sacristie paroissiale a lieu dans deux chapelles latérales enlevées pour cela au culte et à la décoration géué* rnle de l'édifice. Un pareil état de choses ne saurait durer. 11 sera donc pourvu à cette nécessité urgente par une construction placée sur le plan méridional du chœur et (font la distribution, arrêtée d'accord avec Mgr l'archevêque de Paris, doit être conforme aux besoins du service, quoiqu'elle nous ait paru très-restreinte, et tenir très-pcu de compte de la coexistence du chapitre et de la paroisse.

Mais , ce dont nous féliciterons sans réserve l'administration et les auteurs du projet, c'est d'avoir substitué remplacement que nous venons de désigner au projet ridi^ cule qui prétendait élever la sacristie sur le prolongement du chevet de l'église , et continuer l'abside circulaire à toit aigu par un bAtiment carré, avec un toit en terrasse. Un pareil projet ne pouvait être conçu qu'au mépris de toutes les traditions de Tart et de l'église. Aucun édifice ogival n'offre l'exemple d'une excroissance analogue. Au contraire, le moyen Age a vu presque partout s'élever à côté de ses grandes églises des dépendances dans le genre de la sacristie qui vous est proposée. C'est une grande erreur que de croire, comme on l'a trop souvent soutenu dans ces premiers temps, que les cathédrales gothiques ont besoin d*ëtre complètement isolées pour produire tout l'effet que comporte leur architecture : Jes constructeurs de ces cathédrales ne parta-

!;eaient pas celte idée, et nulle part on ne es a vus la mettre en pratique. Il n'existe pas en Europe une cathédrale qui n'ait été flanquée au nord ou au midi, non-seulement de ses sacristies, mais encore du palais de l'évêque, du cloître des chanoines, de leur salle capitulaire, des vastes bAtiments qu'il fallait pour loger les chapitres, presque toujours très-nombreux et très-riches. En Aagleterre, beaucoup de cathédrales ont conservé ces dépendances bAties dans le même style Que le corps de l'église, et bien aue les cathédrales anglaises soient pour la plupart très -inférieures aux nôtres, elles frappent souvent davantage au premier as|)eci, précisément à cause de cet entourage dont les proportions inférieures font d'autant plus valoir celles du monument central.

En thè^e générale, la grandeur des admirables édifices du moyen Age, comme toute grandeur d'ici-bas , i besoin de points de comparaison qui la fassent apprécier et ressortir. L'isolement absolu leur est fatal. 11 ne faut pasè coup sûr' entasser les constructions voisines de manière à dérober des portions notables de l'ensemble à lœil qui

APPEND CE. — DU VANDALISME ET DD CATHOLICISME DANS LART

les contemple; il ne faut pas permoUre, comme à Rouen et ailleurs, que les maisons tiennent s'incruster entre les contre-forts. Mais il ne faut pas non plus faire le vide autour de nos cathédrales, de manière à noyer dans ce vide les magnifiques dimensions qu'elles ont reçues de leurs auteurs. Elles n'ont point été faites pour le désert comme les pyramides d'Egypte, mais au contraire pour planer sur les habitations, serrées et les rues étroites de nos anciennes Villes, pour dominer et enlever les imaginations par leur vaste étendue et leur immense hauteur, symboles immobiles mais éloquents de la vérité et de l'autorité de cette Eglise dont chaque cathédrale était l'imago en pierre.

L'emplacement choisi pour la nouvelle sacristie est donc tout à fait conforme aux lois de l'architecture gothique et de la tradition ecclésiastique. Loin de nuire à la perspective du monument, les nouvelles constructions qui doivent laisser entièrement libre la façade du transept méridional, y ajouteront une beauté de plus.

Le style adopté par les architectes est celui du XIV' siècle, le même qui a été suivi dans les chapelles latérales du chœur auprès desquelles la sacristie s'élèvera. Si l'on y observe les lois de sobriété et de simplicité que comporte l'ensemble de Notre-Dame, l'effet en sera irréprochable.

La construction de la sacristie que nous vous proposons de voter, subviendra donc aux besoins les plus urgents du culte dans la métropole. Elle aura, en outre, l'avantage de rendre à sa destination naturelle une portion de ce terrain qui fut souillé par Te pillage et l'émeute, dans des jours funestes dont la pnidenco du gouvernement el le patriotisme des bons citoyens sauront empocher le retour.

Nuus vous avons déjà dit que la dépense totale du projet nous semblait non-seulement modérée , mais renfermée dans les bornes de la plus stricte économie. Elle est inférieure de beaucoup aux sommes que vous votez journellement pour des travaux moins pressants et moins essentiels è la gloire du pays.

La ville de Paris a promis de concourir à l'embellissement dé sa métropole en faisant abaisser le sol actuel de la place du Parvis-Notre-Dame, de manière h laisser rét^iblir quelques-unes des treize marches

Îui précédaient autrefois feutrée priacipale e l'église. Il n'est personne qui ne puisse apprécier tout ce que la façade principale doit gagner à cette élévation.

Plus tard, il faut l'espérer, la ville de Paris et l'Etat, quand les finances de f une et de l'autre seront moins obérées , sauront s'entendre afin de pourvoir à la décoration intérieure de la métropole, qui est aujourd'hui la moins ornée des églises de Pans. Alors on s'occupera de fornementation des chapelles, en leur conservant le vocable sous lequel elles sont connues dans fhistoire ; alors on pourra amortir la lumière beaucoup

trop abondante qui arrive par les grandes fenêtres, en remplaçant les vitraux que ruina le goût impur el novateur des chanoines du xviii* siècle. Alors on examinera s'il convient de conserver k l'extrémité du chœur cette décoration théAtrale en marbre qui encaisse les colonnes encore existantes et les ogives du rond-point, et qui forme un si fâcheux contraste avec le reste de l'église; alors, enfin , on songera sans doute à reconstruire cette flèche en bois qui s'élevait au point d'intersection de la nef et du transept, et dont l'effet était si heureux. Cette dernière dépense, d'après le devis soumis au conseil des bâtiments civils par les architectes chargés de la restauration , ne s'élèverait qu'à 61,880 francs. Nous devons regretter qu'une restitution dont les frais seraient si modiques, n'ait pas été comprise dans le projet actuel.

MM. Lassus et Viollet Leduc, auxquels le gouvernement a confié l'œuvre importanie que vous allez sanctionner, ont mérité ca choix par des antécédents très-favorables. Après de longues et sérieuses études sur l'art du moyeu âge, ils ont l'un et l'autre appliqué leurs connaissances avec succès à Elusieurs monuments de cette époque. M.

assus a pris, aux réparations de la Sainte* Chapelle, une part qui lui a valu le suffrage des juges les plus compétents, et M. Viollet Leduc a déployé autant de zèle que d'intelligence pour la conservation de l'immense église abbatiale de Vézelav, qui n'est inférieure que de 21 pieds en longueur k Notre- Dame elle-même. Nous avons examiné avec 6oin le rapport qu'ils ont présenté au minis* tre sur les travaux qui vont leur être confiés, et nous avons été complètement rassurés par la prudente réserve de leurs intentions, la solidité de leurs arguments et l'exacte conformité de leurs projets avec le style général des monuments : nous sommes convaincus qu'ils se montreront dignes de l'insigne honneur de présider à une œuvre réparatrice, destinée à servir de modèle à toutes celles de mèoae nature qui seront entreprises désormais.

£n terminant, votre commission doit vou^ soumettre deux observations essentielles Voici la première;

On ne doit pas conclure de cette loi ni de celle relative à l'achèvement de la façade de Saint-Ouen, qu'il entre dans les projets du gouvernement de terminer tout ce qui est inachevé dans nos monuments du moyea âge, et de compléter au point de vue uiouerne ces vestiges de notce passé. Après avoir consacré des sommes importantes À la plus belle église de la Normandie, après avoir [)réservé la métropole de Paris d'une ruine imminente, le gouvernement saura s'arrêter; et, désormais muni de tous les renseignements convenables, entouré de commissions où siègent les hommes les plus expérimentés dans cette matière, il n'accordera des subsides extraordinaires qu'aux édifices dont les dégradations menaçantes réclament impérieusement le secours de

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DICTIONNAIRE DTSTEIETIQUE.

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VEtal. 11 ne manquera pas d'occasion pour être généreux dans ses dons : car le nombre de nos anciennes églises qui menacent ruine est considérable. Mais en agir autrement, se prêter aui fantaisies de certains artistes, subir l'exigence de certaines influences, ce serait entrer dans une Toie aussi r.ontraire aux intérêts de Tart qu*à ceux du trésor. Votre rommission proteste formellement contre Tidée d'habiller à neu{ toutes les vieilles cathédrales, de remettre des tètes à toutes les statues mutilées, et des statues dans toutes tes niches vides, de refaire toutes les façades, et surtout de substituer une façade & une abside, comme on veut le faire à Besançon, ou de planter des flèches sur des tours qui s'en passent très-bien depuis six siècles, comme on le projette à Reims.

Elle exhorte les jeunes architectes qui nourrissent ces ambitions déplacées à renfermer leur activité dans une st)hère plus humble, mais plus utile et plus féconde, à étudier sérieusement l'art de consolider les monuments qu'ils prétendent embellir, et à chercher les moyens défaire prévaloir, dans les nombreuses églises nouvelles qui s'élèvent sur tous les points de la France, les principes et les formes de ce stvie sévère et Mmple du XIII* siècle, dont l'économie est incontestable, et dont Forigine française, et par conséquent la parfaite convenance à notre climat et à notre pays, sont aujourd'hui^ démontrées.

En second lieu, nous devons déclarer que, s'il peut être quelquefois bon de compléter les édifices anciens, comme Saint-Ouen ; s'il est excellent de sauver ceux qui menacent ruine, comme Notre-Dame, il est encore mieux de ne pas laisser détruire ceux qui restent debout sans exiger autre chose Qu'une surveillance éclairée. Cela est ft la iois plus court, plus facile et moins cher. Or, sans sortir de Paris, on a tous les jours à déplorer la destruction ou l'altération de quelques-uns dos trop rares débris du moyen âge que renferme cette capitale. L'admirable hôtel de la Trémoille, la dernière tourelle de la célèbre abbaye de Saint- Victor, sont devenus récemment encore la proie du vandalisme destructeur. L'hôtel de Sens, l'hôtel Carnavalet sont destinés, dit- on, à subir dans peu le même sort. Si l'on nous objecte que la ville de Paris, qui a si magnifiquement pourvu aux dépenses de son nôtel de ville, n'est point assez riche pour sauver, en les rachetant, ces monuments si disnes de sa sollicitude, nous répondrons qu elle aurait dâ profiter de sa pauvreté pour res-

pecter le collège des Bernardins, qui lui ap* particnt et qui vient de subir une déplorable mutilation. Ce précieux édifice du xiii* siècle divisé, comme une cathédrale, en trois nefs, chacune de dix-sept travées et de 270 pieds de long, lesquels, se reproduisent à chacun de ces trois étages voûtés, est unique de son espèce, non-seulement à Paris, mais en France. Après avoir servi tour à tour d'école et de magasin, il vient d'être transformé en caserne de pompiers. Nous ne voulons pas juger la convenance de cette destination ; nous ne doutons pas des précautions prises par notre collègue le préfet de la Seine pour empêcher toute dégradation inutile. Nous savons aussi très-bien que pour qu'un édifice soit conservé, il doit recevoir une destination quelconque, liais nous gémissons de voir que cette appropriation récente ait fourni Toccasion de aétruire l'ancienne toiture. La charpente de cette toiture formait une seule salle immense, sans cloison, disposée avec cet art merveilleux qui avait fait donner è ce genre de comble le nom de forêt. Cette charpente était du tluC siècle, comme Tédifice, et Notre-Dame seule offre un autre exemple d'une charpente de ce genre et de cette date.

Eh bien I sous le vain prétexte qu'un cer tain nombre de chevrons étaient attaqués |»ar rhumidité, et avec cette funesie manie de substituer.partout du nouveau è Tancien, on a jeté bas cette charpente tout entière, H on lui a substitué un toit à l'italienne, un toit aplati, et n'ayant d'autre caractère que celui d'un grossier anachronisme : on a divisé rétalage du milieu avec son double rang de colonnes, en une infinité de petites pièces qui en détruisent tout Teffet : on e défiguré l'extérieur du monument par le construction d'un pavillon d'avant-corps el d'un attique, et on a recouvert lé UM d'aa badieeon jaune. Cependant rimporCflice de cet édifice pour l'art et Thistôire né pouvait être inconnue ; car il a été relevé et gravé avec le plus grand soin, par les ordres du ministre de rinstruction publique, dans la StatiHique de Parii^ , que publiis II. Albert Lenoir, aux frais de l'Etat. One peine è concevoir qu'une pareille dévastation ait pu être effectuée, en 18U, sous les yeuxdes inspecteursgénérauxet de la cookmission des monuments historiques, et au moment où l'on vous demande des millions pour achever Saint-Oueo etsaover Notre-Dame.

Votre commission vous propose, à l*aiienimité, l'adoption du projet de loi.

APPENDICE. — DO VANDALISME ET DU CATHOUCISME DANS L'ART

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