TIQUES
EXPRESSION. Il y a quelque chose de plus distingué, de plus relevé, de plus pariait, d'un plus haut mérite que les œuvres les plus finies de Tart païen ou humain. Ce quelque chose, c'est l'expression, mystique, surnaturelle, qui est nropre aux œuvres de l'art chrétien. Quand j'art humain pourrait réaliser un chef*d'œuvre encore plus beau que la Minerve de Phidias ou TApollon du Belvédère, ce ne serait là encore que de l'art humain, que de l'idéal humain. Aussi, l'expression mystique, par exemple, des peintures du moyen âge, a un je ne sais quoi de si gracieux, de si calme, de si élevé et de si divinement serein, que nous ne pouvons nous lasser de les admirer, même lorsque! les se présentent à nos regards sous des formes bizarres et sans proportions entre elles. Et tel est l'empire qu'exerce cette . beaulé suprême de I expression mystiaue dans les sujets traités par des artistes vénlableinènt chrétiens, que les admirateurs
€Si
EXP
EXP
exclusifs du beau physique, n*ont pus*emj.)ècherdc lui rendre nommage (272).
Ce n'est pas à dire pour cela, que les artistes chrétiens aienf, comme on Ta beaucoup trop souvent répété, fait divorce avec la beauté de la forme. Celle de ce genre, qui se manifeste avec tant d'éclat dans les innombrables statues qui ornent les portails des Notre-Dame de Chartres, de Paris, de Keims et de Strasbourg, est la réfutation per- 0)anente, solennelle, accablante d'une telle assertion. Non, les peintres, pas plus que les sculpteurs du moyen âge, n'ont ignoré les charmes de la beauté humaine, et il n'y a que la mauvaise foi ou une étrange légèreté qui puisse être, à ce point, injuste envers eux, et cela, contre l'évidence des faits. Seulement, ils ont eu, (ce que nous n'avons guère], le bon sen^ de comprendre au'on ne saurait faire de l'art religieux quavec le sentiment religieux, et que l'expression de ce sentiment, se manifestant principalement dans la physionomie, c'était cette partie dominante du corps humain, qui devait aussi dominer dans les personnages d'anges et de saints que la peinture ou la sculpture avait h nous représenter. Et loin de leur en faire un reproche, l'on devrait, au contraire, les en féliciter, puisque l'expression mystique des sujets chrétiens est si propre à rehaus- .ser la beauté corporelle, en la spiritualisant, en la divinisant. Les critiques néo-grecs qui font continuellement ce reproche a nos artistes chrétiens, montrent en cela leur profonde ignorance des premières conditions de Testnétique introduite dans le monde, il y a dix huit siècles, par le mystère de l'Incarnation. En effet, juger d'après les rè-
f;Ies de la poétiaue païennne, les œuvres de 'art chrétien, c est comme si l'on prétendait expliquer par la mythologie des disciples d'Apollon, les dogmes, le culte, la morale des disciples de Jésus-Christ. L'un n'est pas plus extravagant que l'autre.
On fait beaucoup de bruit de l'incorrection qu'accusent, dit-on, la plupart des œuvres de l'art catholique. Et quand même cela serait, est-ce que par hasard les peintres, les sculpteurs Grecs et Romains, q ont pro-
(273) Nous citerons entr^ autres le célèbre poêle allemaihl Goethe, iDadame de Siaél , et rhistorien de la peinture, Yasari.
(Î75) Toutefois, le nombre commence à en diminuer, et nous aimons à le reconnaître. Oui, on commence à voir que la correction et la régularilé ne sont point dans certaines œuvres de Tart, surtout parmi les plus éroinentes, et principalemem dans l*art chrétien • la condition indispensable , absolue de la beauté. EutrQ autres témoignages, je citerai celui deTunde nos premiers artistes vivants, M. Eu<gène Delacroix. Voici comuienl , dans une remarquable Dissertaiion $ur le beau , publiée dernièrement dans la Revue des DeujHMondes, il s*exprime (ouchanl la question ; d'abord , dans Tordre de la sculpture , ensuite dans celui de la musique, enfin dans celui de la peinture.
i Si le style antique a posé la borne « si Ton ne trouve que dans la régularité alisolue le dernier terme de rari, à quel rang placerez-vous donc ce Mic))el-Ange, dont les conceptions sont bizarres , les
duit que des chefs-d'œuvre 7 Ne savons-nôas pas, même d'après le témoignage de leurs propres écrivains, que chez eux, comme chez nous, le médiocre abondait, et que les chefs-d'œuvre n'étaient que l'exceptioné Comme on le pense bien, ce sont ces derniers qu'on s'est attaché naturellement à retirer des ruines antiques et à conserver. On n'avait que faire du médiocre, et encore moins du laid. Supposons que par suite de bouleversements quelconques, notre civilisation européenne vienne à périr avec ses monuments, pense-t-on qu'un autre peuple en fouillant un jour leurs débris disperses, ne s'attachera pas aussi, de préférence, aux chefs-d'œuvre qu'ils pourront encore offrir à ses regards investigateurs? Et même aujourd'hui, voit-on, par hasard, nos maîtres de la peinture catholique, comme Owerbeck, de la statuaire, comme Fabisch, de l'architecture, comme VioUet-Leduc, conseiller à leurs élèves l'étude des modèles les moins corrects, les moins parfaits de l'art chrétien? Pourquoi donc, chez nos critiques académiciens ces deux poids, ces deux mesures? Pourquoi donc cette étrange obstination de leur part à ne vouloir regarder les œuvres de l'art catholique, qu'à travers le prisme peu flatteur d'un verre noir, et celles de l'art païen, qu'à travers les préventions favorables d'une aveugle partialité ?
Pour en revenir à l^xpression mystique, concluons hardiment de tout ce qui précède, qu'elle est le caractère distinctif, la partie culminante, en un root, de l'art chrétien. Quiconque, se donnant pour connaisseur des choses de l'art, prétendrait juger notre architecture, et surtout notre peinture, et notre sculpture chrétiennes, sans poser préalablement en principe l'expression mysti- Sje, comme critérium de leur beauté, celui- , fût-il membre de l'Institut ou»de n'importe quelle académie, ferait exactement comme un aveugle qui se mêlerait de prononcer sur les couleurs. Ces sortes de critiques, encore trop nombreux de nos jours (273), ressemblent parfaitement à ceux qui, sans tenir aucun compte des conditions obligées dans lesquelles se trouvaient les hom-
formes tourmentées, les plans outrés ou comnlétemcnt faux et très-su perOciellemenl imités sur le naturel? Vous serez forcé de dire qu*il est subliiai*, pour vous dispenser de lui accorder la beauté. Michel-Ange avait vu les statues aniiques comme nous; rbistoire nous parle du culte qu*il professait pour ces restes merveilleux, et son admiration valait bien la nôtre; cependant la vue et Testiroe de ces morceaux n*a rien changé à sa vocation et à sa future; il n*a pas cessé d*étre lui, et ses inveniiens I>euvenl être admirées à côté de celles de i*autique.
< On remarquera que parmi les productions dn même maître, ce ne sont pas touiours les plus régulières qui ont le plus approché de la perfection. Je citerai Beethoven comme un exemple de cette particularité. Dans son œuvre entière, qui semble n'être qu'un long cri de douleur, on remarque iroîa phases distinctes. Dans la première, son inspiration se modèle sans effort sur la tradition la plus pore, à côté de rimilation de Hoiart, qui parle la langue
FRA
D ESTHETIQUE CHRETIENNE.
FRA
mes et les choses, durant le moyen âge, s'obstinent à apprécier au point de vue des idées modernes les institutions de la féodalité.
Cest 1& le moyen infaillible de frapper constamment à faux dans ses jugements.
11 est donc bien vrai que ceux qui prétendent apprécier la peinture et la sculpture catholique, sans tenir compte de leur premier élément qui est « l'expression » telle que nous venons de la déBnir, sont* aussi ÎDconsécjuents, aussi présomptueux que cenx qm se mêleraient de discuter la peinture et la sculpture des anciens, sans connaître un mot de leur mythologie et de la cosmogonie qui leur a servi de point de départ. Malheureusement, répétons-le, ces sortes de critiques, abondent naturellement dans un siècle matérialiste comme le nôtre. Ils sont un véritable fléau pour l'art catholique, objet de leur injuste dénigrement. Cest pourquoi nous ne saurions trop prémunir les amis de cet art divin contre leurs
fausses doctrines ; et le chemin le plus direct pour arriver à ce résultat, c'est de bien établir, au moyen de l'expression mystique, la suprématie, en thèse générale, des artisi* tes cnrétiens sur les artistes païens. Afin de compléter ce que nous venons d'exposer sur ce sujet important, nous renvoyons aux articles dans lesquels il est traité sous ses divers aspects, tels que ceux-ci: Ciric-
TÈRE, CONVENATtCC, PeUTTUSI, . SCULPTURB.
Quant à reœprtssion du chant liturgique, qui n'a pas moins d'importance que celle de la peinture et de la sculpture chrétiennes, si nous n'en n'avons rien dit, c'est que nous la développons suffisamment dans plusieurs articles de ce Dictionnaire et notamment dans celui des Modes egclésiasti* QUBs. En ce qui concerne le genre d'expression et de facture q:ii convient à la musi* que appliquée au texte liturgique et principalement aux messes, voyez le mot, Stltb