BOURG
FLORENCE (Cathédrale de). Foy.DiUEiiuons DoiiE.
FRANCE. Une des erreurs les pi us accréditées parmi nous, c'est de croire que l'Italie a constamment devancé et surpassé les antres nations de l'Europe, dans l'invention et dans la pratique des t)eaux arts. II v a làdessus, comme sur bien d'autres choses, des phrases toutes faites que l'ignorance, la prévention et, trop souvent, la paresse, acceptent Tolontiers, et que les écrivains se passent de l'un à l'autre, avec un imperturbable aplomb. Loin de moi la pensée de déprécier une contrée aussi richement partag[ée en artistes et en œuvres d'art, que la péninsule italique. La part si large que je lui ai
des dieux; on sent déjà respirer, il est vrai, cette mélaDcolîe, ces élans passionnés qui parfois trahissent un feu intérieur, comme certains mugissements ^iri s'exhalent des volcans , alors même qu'ils ne jcuent point de flammes ; mais à mesure que TaiMndance de ses idées le force en quelque sorte à mer des formes inconnues, il néglige la correction et les proportions rigoureuses : en même temps sa sphère s^agrandit, et il arrive à la plus grande force de son Ulent. Je sais bien que dans la dernière partie de son œuvre, les savants et les connaisseurs lefysent de le suivre : en présence de ces productions grandioses et singulières, obscures encore ou destinées k le demeurer toujours, les artistes , les honines da métier, hésitent dans le jugement quil ea tiut porter : mais, si Ton se rappelle que les ouvrages oe sa seconde époque, trouvée indéchiffra* ble$ d'abord, oni conquis rassenthnent ^énéraU et SOBI regarda comme ses chefs-d'œuvre, je lut don- ■rrai raisoo contre mon sentûneni même, et je croi-
faite dans ce Dictionnaire doit me mettre h Tabri du reproche d'avoir été partial envers elle, et témoigne sufiisamment de mon admiration sincère pour ce pays favorisé des arts. Mais cette admiration si légitime qu'é-* prouvent pour Tlialie tous ceux qui ont pu la visiter et Tétudier, n'autorisera jamais h l'égard des autres nations un oubli, une indifférence que rien ne saurait justifier. Dans l'impossibilité où je me trouve, à cause du plan de cet ouvrage, de faire valoir les droits incontestables que ces divers peuples ont également, chacun dans ses conditions particulières, à notre attention et à nos sympathies, je me restreindrai à la France, d'autant mieux qu'elle aussi a marché plus d'une fois à la tête de l'art chrétien, dont elle est prête à ressaisir le sceptre que le
Satanisme envahisseur du xvi* siècle avait risé dans ses mains. D'ailleurs, les réflexions comparatives auxquelles nous allons nous livrer sur notre pays, sont applicables plus ou moins aux autres Etats de I Europe, et à l'Allemagne en particulier (27!^). Ceci
rai cette fois, comme beauconp d^autres, qu'il faul toujours parier pour le génie.
c Un Holbein, avec son imitation scrupuleuse de» rides de ses modèles, et qui compte pour ainsi dir^ leurs cheveux ; un Rerabrand, avec ^es types vnk caires , remplis dHme expression si profonde ; ces Allemands et ces Italiens ues écoles primitives, avec leurs figures maigres et contournées, et leur Iporaiice complète de Tait des nnciens, étincellent de beautés et de cet idéal que l<*s écoles vont cher^ cher la toise à la main. Guidés par une vive inspiration, puisant dans la nature qvi les entoure et dans un sentiment proftmd , Tinspiration que Férudition ne saurait contrefaire, ils passtonn.t^itt autour d'eux les peuples et les hommes cultivés ; ils expriment des sentiments qui étaient dans toutes tes âmes ; ils ont trouvé naturellemeiit ee jo^av sans prix qu'une inutile science deaiande en vain I l*expéiienceet à des préceptes, i
(i74) G*est dans cette régîenifiiete.lrmnralaBir
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posét il nous ^era facile de oiontrer, par des documents certains, que, sous le rapport des beaux-arts, tantôt collectivement, et tantôt partiellement, la Franco a marché de pair avecTItalie, et que j à bien des égards, elle Va devancée, et môme surpassée.
En fait de sculpture, plus d'un siècle avant la restauration de cet art, par Nicolas de Pise et Giotto de Florence, nous avions les délicieux chapiteaux romans des cathédrales d'Avignon, de saint Paul-trois- Châteaux, de Valence, de Vienne, de Chartres, etc, et d'autres moulures qui ne laissent rien à désirer pour la grâce, pour la variété des motifs et le fini de l'exécution (275) ; nous avions surtout ces magnifiques façades sculptées de saint Gilles, d'Arles, de Poitiers, de Vézelay, de Civray, etc, dont on chercherait vainement les correspondantes en Italie. Immédiatement après ces magnificences sculpturales, nous avions celles, plus éblouissantes encore, que le style ogival avait prodiguées dans les cathédrales de Chartres, de Paris, de Reims, de Strasbourg, et de tant d'autres qui nous oflrent sur leurs immenses pases de pierre, tout uq poëme du Ciel, de la Terre, de l'Enfer et de la Vie humaine, avec ses douleurs, ses joies, ses travaux, et ses mille péripéties ; conception surhumaine ! que nos artistes finançais avaient trouvée et réalisée, sans le Dante et ses pâles imitateurs. En ce oui regarde la statuaire proprement dite, l'Italie, itièmë à l'époque des Ponatello et des Michel-Ange, peut-elle nous présenter un porche aussi étormant que celui du septentHon de Notre-Dame de Chartres, un sujet comme « I incoronation de la Vierge » au portail de Reims, des anges aussi divinement beaux que ceux oui ont donné leur nom au célèbre pilier de la cathédrale de Strasbourg, sans parler de son magnifique poi'tail digne de rivaliser avec celui de Reims ? Les plus célèbres mausolées de Rome et de Florence, peuvent-ils être comparés, comme types du vrai beau dans l'art chrétiéU, à celui de saint Rémi de Reims, et
Et môme, en pléiiie renaissance française, n'avons-nôus pas le tombeau de Louis XII, à Saint-Denis, et ceux de Marguerite de Bourbon, de Marguerite d'Autriche et de Philibert le Beau^ dans l'église de Brou« qui surpassent tout ce qu'on a pu exécuter en ce genre, au-delà des monts? Durant cette môme renaissance française, et sous Louis XIV, nous avons eu également des sculpteurs, dont le ciseau tailla des statues généralement plus remarquables que celles qui furent exécutées à l'epodue correspondante en Italie. Qu'il nous suffise de nommer ici les Jean Goujon, les Girardon, les Germain Pilon, les Philibert Delorine et les Puiet.
En unissant par de^ détails biographiques dans lesquels je n'ai pu eùtrer, les jalons principaux que je vienà de poser, on arriverait aisément à cette conclusion, qu>h fait de sculpture chrétienne, la France h^a cessé d'avoir la palme sur l'Italie. Elte i)^ut d'autant mieux se glorifier de cette supériorité, que la statuaire offre, comme nous eu avons fait ailleurs la remarque (2^6), bien plus de difficulté que la peinture à l'artibto chrétien (277).
Dans le domaine de la musique sacrée, Tltalie, peut sans doute, revendiquer en soiâme, la plus belle et la plus large part. Néanmoins, il en reste encore une assez belle à la France» pour qu'elle en soit fière à bon droit. Outro les nombreuses et admirables séquences ou proses dont ses moines, ses abbés^ et môme ses rois ont enrichi le répertoire du chant liturgique, et parmi lesquelles brille au premier rang la mélodie du Lauda Sion^ il ne faut pas oublier que, pendant deux siè clés, les XIV et xv% elle a, conjpintement avec la Belgique; tenu le sceptre de la musique d'église, grâce au génie de compositeurs tels qu'un Guillaume Dufay, un Josquni des Prés, un Orlando di Lasso et un Goudimel(278}. Ce dernier, champenois, devenu directeur de la chapelle papale, fut le maître du prince de la musique romaine» du célèbre Pal estrina. Plus tard, les Dumont, les I^ivers, les Lalande, n'ont pu ôtre entiè-
à ceut des ducs de Bourgogne^ de Dijon? rement éclipsés par les Gabrielli, les Piito-
sans parler de ses autres gloires, led deui illustres abbayes de Fulde et de Saint-Gall, qui figurèrent durant plusieurs siècles parmi les plus célèbres métropoles de Tari chrétien. Tulilon, moine de Sainl- Gall, au IX* siècle, était, comme beaucoup de r^^ligieux de son temps, et même d^une époque encore l^lus reculée^ peintre, architecte, prédicaieur, prolesseur, latiniste et hel&émste, musicien et ciseleur. .
(275) Je mentionnerai, entre autres , la grande et délicieuse frise à rinceaux qui règne sur le flanc néridionil de Tantique et intéressante cathédrale de Yaison. G*est là évidemment une réminiscence du style gréco-romain, qui a laissé de si beaux restes dans cette contrée. 11 est impossible de voir, parmi les œuvres de sculpture , quelque chose de plus pur, de plus noble et de plus gracieux.
(276) Voy. les mots Peinture ; Sculpture.
(277) Voy.fpourpluê de détails , le savant et curieux Traité de la sculplure^ par M. Ëméric David. Dans ce> traité, Fauteur a recherché les origines de i^éco&e française qui a illustré la Kulpture durant
tout le moyen âge, et qui n*a sommeillé, sous Louis XIV et sous Louis IlV, que pour |»rendre une vie nouvelle. Il a su reiatre toute cette histoire avec des fragments de chroniques, des livres de comptes et dès registres de rétal-civil, et lui a donné autant d'intérêt que s*il s^agissait de la poétique Grèce ellemôme. C'est qu*il y a une série d^admi râbles artistes et d'admirables chefs-d'œuvre à étudier, depuis ces monastères des Lafomt et des Lapiàdo!, qui remontent à saint Eloi et à Gharlemagne, jusqu^aux rivaux des Italiens de la Renaissance, jusqu'à ces
fraiids hommes inconnus, Jean-Juste Bavy, Jean 'exier, Colomban, dignes précurseurs de Germain Pilon, de Philibert Delormc, de Jean Goujon, et en- .' fin de Pujet. M. Eméric David restiiue d'une ma-' nière victorieuse, à Jean-Juste de Tours, cet admirable tombeau de Louis XU, que l'on attribuait I'usqu'ici à un iialien, Paolo Ponzio Trebalti, ou ^aul Ponce. (VArt et ses hUioriens, par Henri-Mille Noé. Illustration^ 15 janvier 1855.) ; (273) il florissail à la Un du xvi* siècle»
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DESTIIETIQUE CHRETIENNE.
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ni, les AllegrI et autres compositeurs illustres de recelé d'Italie. Et même actuellement on peut .dire que, à part la chapelle pontificale, qui a toujours mieux conservé que les autres les saines traditions du chant liturgique, ce dernier pays est devenu, à cause de la musique détestable qu'on y entend communément dans les églises, inférieur pratiquement à la France où l'exécution du plain-chant est loin cependant de ce qu'elle devrait être.
Quant - à la peinture, il est permis d'hésiter entre les deux pays, car, si l'Italie revendique, à juste titre, comme une de ses gloires, son Ëcole chrétienne-mystique des xin*, XIV* et *xv siècles, la France peut s'enorgueillir aussi, durant la même période et même un siècle plus t6t,de ses incomparables miniatures et de ses magnifiques vitraux peints. Mais, ce n'a pas été à partir du xir siècle seulement, qu'elle a pratiqué avec s uc- <As la peinture cturétienne. Des documents historiques incontestables mentionnent une nrultitude d'objets d'art tels que peintures, sculptures, ciselures, mosaïques, etc., qui furent exécutés sous la dynastie des Mérovingiens, et dont plusieurs fragments remarquables se sont conservés jusqu'à nous. On sait que le tombeau de Frédégonde était recouvert d'une mosaïque d'une grande beauté. Dès le V* siècle, Namantius, évèque de Clermont, ornait la cathédrale bâtie par ses soins de beaux autels en mosaïque queGré-
Kire de Tours avait pu admirer, et dont il t l'éloge dans ses écrits. Fortunat de Poitiers, son contemporain, qui écrivait par conséquent, durant le vr siècle, parle de plusieurs belles mosaïques à personnages, qu'on admirait dans les principales églises des Gaules. Pour ce qui est des miniatures, parmi les plus anciennes et les plus belles que Ton connaisse, on peut citer celles des manuscrits de l'antique abbaye de Saint- Martial de Limoges , reproduites avec un luxe inoui et une exactitude rigoureuse par M. le comte de Bastard, et qui remonte jusqu'au x* et même jusqu'au xi* siècle. Au xiii% Paris était devenu, par son école d* enluminure f le rendez -vous d'une foule d'élèves des nations voisines et même de l'Italie, qui venaient s'y former aux leçons des maîtres français, les plus habiles dans fet art. Nous avons cité ailleurs (279) le fameux passage du Dante [Purgatoire xi*), qui contieut un si bel éloge de cette école d'enluminure de Paris. Il y avait en France quarante mille copistes ou enlumineurs, dont les couvres allaient se vendre chez les libraires de la capitale aux savants de toute l'Ëurope (88D}.On vit seperpétuer jusqu'à l'invention de l'imprimerie qui lui fut si fatale,
g79| Article Titraui peints.
(ttO) AnmUe$ archéoiogiqueê^ loin. II, p. i67.
(Î8I) El même, en plein xvni* siècle, la France a prôdoit un véritable cbeM'œuvre de peinture ec «Tealaminure, unique pour Tépoque; je veux dire kmacoiflqoe Antiphonaire ùe Sainle- Tulle, dont apos donnons la description à ce mot.
cet art des enlumineurs, des ymaigiers , dont les peintures innombrables, chefs-d'œu-^ vre de grâce, de fraîcheur et d'inspiration céleste, excitent encore notre admiration (281).
C'est à cette école des enlumineurs, que puisa ses inspirations la peinture su: verre dans laquelle la France a toujours excellé. Dès le xvn* siècle, au rapport du vénérable Bède, l'abbé Biscopius avait appelé de la Gaule, avec les itiissionnaires, des ouvriers exercés dans l'art de fabriquer des verre» pour les fenêtres; et déjà, à la fin du vi*, le poète Fortunat avait donné une description pompeuse des vitres peintes de Notre-Dame de Paris, qui venait d'être bâtie par Tordre du roi Cbildebert. Insister sur la beauté de nos vitraux des xni*, X4v%xv* ei xvi* siècles, et sur la richesse incroyable de nos cathédrales et abbatiales en ce genre de magnificences, ce serait nous exposer à dépasser notablement les limites obligées de cet ar-^ ticle. Celui que nous avons consacré aux Vbbrbs peints, renferme tous les détails^né-' cessaires qui seraient déplacés ici, sur cett« si importante branche de la peinture chré^ tienne. Tel était le nombre^ pour ainsi dire incalculable, de ces vitraux, qu'après lesra^ vages de la Réforme et de la Révolution, il reste dans le nord de la France seulement, plus de vitraux, et surtout plus de vitraux anciens que dans tout lereste de l'Europe. «Au xvf siècle, dit M. Félix deVerneilh, les verriers français conservaient encore la supé^ riorilé, pour le nombre comme pour la perfection de leursœuvres, et c'étaient eux qui travaillaient sous Raphaël à la décoration du Vatican. Le témoignage de Vasari, formel sur co point, est d'autant plus décisif, que Vasari aval t eu pour premier maître un de ces artistes^ Guillaume de Marseille, qui avait fini par se fixer à Arezzo. Il y avait vers la fin du xii* siècle, des peintres proprement dits ; mais leursœuvres sont nerduesaussi bienenFran* ce que partout ailleurs (282). Ce Nicolas, qui fut brûlé à Paris, jiout hérésie en 1204, était, dit-on, le meilleur peintre de son temps (283). » Nous n'avons pas besoin de faire remarquer combien est inférieure à notre pays, sous le rapport des vitraux peints, l'Italie où l'on compte à peine quelques églises importantes qui aient reçu ce genre de splendide décoration (284).
Maintenant , si nous aboraons les peintures à fresques et polvchromes, il nous sera facile de constater 1 emploi aussi ancien qu'universel qui en a été fait dans nos églises. Dès l'année 779, époque déjà assez reculée, l'empereur Cbarlemagne avait parlé avec beaucoup d'éloquence au concile de Francfort, de Vancien usage qui voulait que
(282) Excepté en Italie. V. au mot Peintcrc.
(Noie de Caulenr.'^ ' (283) M. Félix de Verneiili, Annales archéologujues^ livraison iuilleii8i5, p. 5 et 6.
(284) Nous ne saurions passer sous silence une (les gloires de Part Trançals, la célèbre fabrique eu émaux de Limoges, qui, pendant trois siècles, a vu ses admirables produits recherchés pU^ toute rEuiepe»
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les égliies fiMi'eni peintei et daréei $ur toute teur eurfaee iniérteure. Aussi, celles qu'il fit construire en si grand nombre, furent entièrement revêtues de peintures en mosaïque sur fond or et toutes resplendissantes de pierres précieuses et de marbres de Paros. Les parvis étaient également en mosaïque; des tentures de soie rehaussées d'or et de broderies ajoutaient à la magnificence de ces édifices.
Les vases sacrés employés au service divin, étalaient autant de richesse dans la matière que de fini dans inexécution ; car Forfèvrerie, dans cette partie, était déjà arri« vée à un degré de perfection qui n'a point été surpassé depuis. Plusieurs de ces églises bAties sur les bords du Rhin et sur divers points de la France, offrent encore de précieux vestiges de leur8nti(]ue magnificence, dans des fragments de peinture sur fond or qu'on découvre tous les jours sous les épais enduits du badigeonnage. Quant aux fresques proprement dites, celles qu'on.a découvertes, (pour ne parler que de celles là), il va quelques années, sur tontes les parois derancienne église abbatiale de Saint-Savin, suffiraient^ à défaut d'autres exemples non moins décisifs, pour prouver l'importance que nos artistes chrétiens attacbaientà la décoration monumentale. La restauration si intelligente qui se pouisuit actuellement de celle de la Samte^napelle, peut nous donner une idée de ce qu'était au xm* siècle , ce magnifique système d'ornementation applique à la plupart des basiliques érigées à cette époque si brillante de l'art. Enfin, les splendides et grandioses fresques de la cathédrale d'Albi, (385) encore si bien conservées, sont une preuve irréfragable que, même en plein xv* siècle, Rome n'avait pas le monopole de ces immenses pages de peinture murale^ que nous allons admirer chez elle, sans paraître nous douter qu il en existe en France d'aussi ravissantes et de plus vastes encore.
Parlerons-nous de ces grandes et belles tapisseries hisloriques,de BiBiyeux,de Reims^ de lei Chaise'^Dieu, de Montpezat, qui n'ont pas leurs pareilles chez nos voisins d'outre monts ?
En fait de tableaux à J'huile, nous ne sommes pas, il est vrai, les mieux partagés , ni pour la qualité ni pour la quantité, à s'en tenir uniquement aux sujets religieux. Tout en avouant notre infériorité manifeste à cet égard, surtout si nous nous comparons à Titalie, nous devons reconnaître que des tableaux qui révèlent une^ expression aussi tendre, aussi mélancolique et aussi profondément mystique, que ceux de l'œuvre de notre Eustache Lesueur,mériteraient d'être placés à côté des plus belles peintures qu'ait produites le génie de l'art chrétien.
En architecture, si nous n'avons pas, dans les premiers siècles, des églises à opposer aux splendides basiliques romaines érigées |)ar Constantin » agrandies et embellies par
(285) On en •^ute la deserij^on à ce mot.
ses successeurs, il nous reste, pour attester la beauté de celles, depuis longtemps détruites, qui furent dès lors éleyées sur notre sol, les descriptions authentiques et détaillés qu'en firent les auteurs contemporains dont nous avons reproduit divers extraits dans plusieurs articles, et même dans celui-ci.
Dès le X* siècle, l'étonnante et originale basilique de Saint Front de Périgueux, encore debout, élevait dans les airs ses nobles coupoles, qui bientôt allaient en voir d'auires se çrouper en ^rand nombre autour d'elles, lorsaue à peine les byzantins venaient d'éditier la merveille architecturale de ce temps là, pour l'Italie, la cathédrale de Saint-Marc, m\e et émule de Sainte-Sophie.
Pendant que Buschetto, autre architecte grec, entreprenait durant la première moitié Gu X* siècle, de marier le style byzantin à l'antique forme basilicale, dans le magnifique templede Pise,qui devait bientôt se refléter admirablement en maintes basiliques italiennes érigées sur ce splendide modèle, nos architectes français jetaient les fondements des églises romanes de Saint-Sernin de Toulouse, de Saint-Apollinaire de Valence, de Notre-Dame du Port de Clermont» de Saint-Etienne de Nevers, de la Charilé sur Loire, de Vézelay, de Paray-le-Monial, de Tournus, et surtout de l'imposante et grandiose basilique de Saint Pierre de Clunj, la plus vaste de tout l'univers.
Si, durant les xii% xiii% xiv* et xy* siècles, l'Italie peut s'enorgueillir des grandes églises plus ou moins ogivales, de Sienne, de Santa Maria dei Fiori de Florence, de Saint Pétrone de Bologne, de Notre-Dame de Milan, la France a une masse écrasante à lui opposer de cathédrales gothiques, qui sont autant de chefs-d'œuvre de ce stvle si grandiose, si élancé, si original, qu elle eut la gloire de créer et qu'elle rehaussa, principalement aux portails des basiliques, de ces œuvres miraculeuses autant que gigantesques, de sculpture, dont lltalie n'approcha jamais. Remarquons ici, en passant, que ce luxe éblouissant de moulures, joint è celui non moins éblouissant des vitraux peints qui éclairent du haut en bas, en les rendant transparentes, nos resplendissantes cathédrales de celte époque, sont pour elles une magnifique compensation à ce qui leur manque, en marbres, dorures, mosaïques et autres magnificences décoratives que Fart chrétien a répandues avec tant de profusion et de goût dans les grandes églises d'Italie, mais qui n'ont pas la même raison d*être dans nos temples ogivaux, édifiés sur un autre modèle et dans d'autres condition^.
Enfin, si nous descendons jusqu'à la Renaissance et aux deux siècles marqués de pi us en plus du sceau de la déc^dence^ qui l'ont suivie, il nous sera facile de voir que durant toute cette époque, nos architectes furent dans leur déviation du style arehilectu-