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pas assurément à un éçal degré. Voyez • eo effet ( pour ne parler ici que d*une différence, capitale d'ailleurs) , combien ces arcades du deuxième et principal rang» si étroites et si démesurément exhaussées, semblent grêles auprès de celles du Pontdu-Gard 1 On s'aperçoit de prime-abord que Tarchitecte, effrayé de lahauteur prodigieuse qu*il voulait donner à son œuvre , afin de^ surpasser celle des Romains, a eu Tintentioa de parer i la trop forte poussée de cintres aussi élevés, en étranglant leurs ouvertures, en les serrant les uns contre les autres au moyen de minces piliers qui en exagèrent Télévation, déjà si grande par elle-même et en dehors de toute proportion avec Ja largeur. Cette longue série d*arcades si hautes et si étroites a , de plus , l'inconvénient de faire ressortir davantage la nudité des parois extérieures du monument et de lui donner trop l'air d'une façade lisse , comme en offrent la plupart des établissements publics, percée d*un« multitude de fenêtres surhaussées.
Loin de moi l'intention de dénigrer une telle construction, qui, malgré ses défauts >t quelle œuvre humaine en est exempte?}, 'ait honneur à notre siècle et plus encore à l'architecte qui a su la mener à bonne fin. Mais on conviendra qu'il y a loin de là à l'ampleur, à la hardiesse de ces grandes arcades romaines qu'on dirait avoirété lancées dans l'espace par des mains de géants. ^On objectera peut-être que , pour l'aqueduc de Roguefavour, on a, avant tout, visé à la solidité; mais l'œuvre romaine, pour être plus hardie, nlus grandiose, en est-elle restée moins solide? Les dix-huit siècles qu'elle a traversés intacte, au milieu de tant d'éléments de destruction qui la menaçaient, sont là pour répondre péremptoirement que non. Les considérations qui précèdent sont d*une application plus rigoureuse encore à la grandeur surnaturelle que nous révèlent les œuvres de l'art chrétien. Une église, con* struite àeç^ïs les bonnes conditions hiérati- Çues et liturgiques qu'il exise , sera toujours plus véritablement grande, même avec de modestes proportions, gu'une autre église plus vaste , qui ne réunira pas les mêmes conditions ou qui ne les réunira point à un égal degré. Ainsi , le temple catholique (imité du Parthénun) de la Madeleine, à Paris , quoique plus vaste du double que la Sainte - Chapelle , paraît cependant moins grandiose que le chef-d'œuvre de l'architecture de Saint-Louis. Cela vient de ce que le premier de ces deux monuments, érigé sous une influence païenne guant au plan, à là distribution et à la partie décorative, man-
3ue par là même des conditions de lignes, e forme et d'ornementation, qui, dans la Sainte -Chapelle, manifestent à l'œil le moins exercé le caractère grandiose d'un temple véritablement chrétien. Et , comme ce magnifique joyau du xiu* siècle réunit au plus naut degré les qualités du style
(286) Ainsi Hpmmé d^une vallée pnès d'Aii , sor le coiirt d^eau da canal dérivé de la Duranoe à Hac^ laquelle il a étééubli pour faire passer au-deMvs «aille.
morale que peut nous présenter un monument. Cette impression résulte de plusieurs conditions d'harmonie, de convenance, et principalement d'expression ou de caractère, que nous avons déjà. exposées. 11 suffit de les indiquer, pour faire voir qu'elles n'ont rien de commun avec le plus ou moins de grandeur (jhysique d'un édifice. Or,tce sont ces conditions morales qui seules peuvent, disons-nous, déterminer Ja grandeur également morale d'une œuvre d'architecture, pour ne point parler ici des autres arts. Ainsi, un édifice pourra être vaste sans être grand, et viccversa, être grand ^ans être vaste.
Donnez à une salle destinée aux jeux publics le plus de circonférence qu'il vous sera possible ; vous en ferez une salle immense, mais qui ne sera pas plus grande pouv cela. Elle paraîtra même petite auprès a une véritable œuvre d'art, comme le Parthénon d'Athènes, qui n'aura pas cependant en réalité le quart de son étendue. £t même, entre deux œuvres d'art analogues, quelles que soient d'ailleurs leurs dimensions respectives, celle-là sera plus grande que celle-ci, qui possédera à un nlus haut degré les conditions de la véritable grandeur. Ainsi, par exemple, si nous comparons, d'après ce principe, le pont-aqueduc de Roqueiavour (386) au Pont-du-Gard, notre comparaison tournera en définitive à l'avantage de ce dernier. Sans doute, le pont de Roquefavour est en soi une belle, une grande chose. C'est une des plus admirables constructions des temps modernes,' au double point de vue de la hardiesse et de la perfection du travail. Déplus, il s'élève à la hauteur (gigantesaue pour une telle entreprise) de 297 pieds, sur une longueur en rapport avec cette hauteur. Eh bienl au dire des connaisseurs qui ont, comme j'ai pu le faire moi-même, examiné selon les règles d*une rigoureuse esthétique les deux chefs-d'œuvre, le Pont-du-Gard, bien qu'offrant une masse totale sensiblement moindre que celle de Roquefavour, Puisqu'il mesure seulement 180 pieds de auteur sur une longueur en proportion, est cependant encore plus hardi, plus grandiose à 1 œil que son rival de Provence. Et comme, dans ce monde, il n'y a jamais d'effet sans cause, nous découvrirons aisément, avec un peu de réflexion, les motifs de cette supériorité architecturale du Pont-du-Gard, dans le prodigieux développement des ciptres de ses grandes arcades, dans la grosseur énorme des blocs de pierre employés à cette œuvre colossale, et qui, «gustés sans mortier ni ciment, paraissent néanmoins'suspendus dans le vide ; enfin, dans cette magnifique teinte dorée que les siècles ont déposée sur tout le. monument, dont elle révèle ainsi la solidité unie à la hardiesse et à la grandeur.
Or, ces heureuses conditions de grandeur et de beauté par conséquent, nous ne les retrouvons pas toutes au pont de Roquefavour, ou, si uùus les y découvrons» ce n'est
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D*ESTRETIQU£ CHRETIENNE.
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de ceHe brillanie époque de l'art, on peut direquMI {tarait i^lus grand même que cer^ laines ésrlises, ogivales aussi, et d'une étendue égale ou supérieure» mais qui ne possèdent point au même degré les conditions d'esthétique dont nous venons de ()arler. Certainement, Saint-Bonaventure, de Lyon, est une église ogivale assez vaste; et, cependant, qui oserait affirmer qu'en j entrant on est saisi de ce caractère de srandeur qui vous émeut si profondément, lorsque vous mettez le pied sur le seuil du temple, chefd œuvre de grâce et de majesté , qu'on appelle la Sainte-Chapelle de Paris ?
Quand à cette grandeur morale et surnaturelle du temple chrétien vient se joindre la grandeur matérielle des proportions , il en résulte une impression complète de grandeur et de beauté. C'est ce que Ton éprouve, en pénétrant dans les majestueuses et immeni^es nefs (romanes) de Saint-Sernin de Toulouse, de Saint^Germain des Prés, de Vézelai, de Spire, dans l'ancien Palatinat; (ogivales) d'Amiens, de Reims, de Chartres, de Bourges ou de Rouen. Ces imposantes cathédrales, et beaucoup d'autres que je pourrais citer, nous fournissent de magnifiques exemples de l'accord des deux grandeurs, physique et morale , dans le môme édifice.
Nous aurons Toccasion de revenir sur ce «nre d'harmonie, qui est une des principales beautés de nos temples sacrés. Voy.t enire autres arlicUi où il en est question^ ceux : OiMBMsiONS et Pierre (Saint-) de Rome.
GREGORIEN (Chant). L'illustre Pape et docteur^ qui a donné son nom au chant ecclésiastique, saint Grégoire naquit à Rome vers Tan 540, de Gordien, riche sénateur, et de Sylvie. Après sa naissance, son père se fit ecclésiastique et devint un des sept diacres-cardinauxqui avaient soin, chacun dans son quartier, des pauvres et des hôpitaux de Rome. Sa mère se consacra également au service de Dieu, dans un oratoire , près de Saint-Paul hors les Murs. Grégoire se livra de bonne heure à l'étude de la philosophie, des arts libéraux, et plus tard à celle du droit civil et du droit canonique. A Tâge de trente-quatre ans, il fut créé, par Justin II, }iréteur ou premier magistrat de Rome. Dès ses jeunes années, il s'était habitué à la médilatioa des choses de Dieu et à l'exercice de la prière, soit avec des religieux, soit dans son église et dans sa maison. Après la mort de son père, il fonda plusieurs monastères, at un, entre autres, dans sa demeure, sous Tinvocation Je saint André. Il y prit loi -môme Thabit en 575, à l'flge de trente-
(187) Psalmodiam st cofilum eutesiastieum^ tfuod mma&fcQMdvim dimno cuUui et fovendum in Chritliana piAs pUUUi plurimum conficit , et gravioris mu$icœ r€§Mlu ad aeeuratiorem harmoniam et tnodulationem nMcamf , mslituta cmUorum eekola et ordinato anltpkmmis, (Lib. u, c. 5, de Tédiiion des Bcnédio-
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(W) DeiMde m domo Domini, more sapientissirnî SmUmùnis^ prcptsr mnsicœ eamfmnctionem duiee4i' Bit, amtpkomtrn cenlonsm c4»ntorum ttwJioêtMmûf
cinq ans. 11 fut ensuite mis au nombre des sept diacres de TEglise romaine, et envoyé peu de temps après, par le pape Pelage 11, a la cour de Conslantinople, en qualité d'apocrisiaire ou de nonce apostolique. 11 s'y distingua par sa science et sa piété. Rappelé à Rome, en 584^ il fut élu abbé du monastère de Saint-André, et fut ensuite nommé secrétaire de Pelage II. A la mort de ce pontife, Sui arriva au mois de janvier de l'année 590, fut désigné pour le remplacer , ipar le clergé, le sénat et le peuple de Rome. Après bien des résistances, il fut sacré le 3 septembre de la môme année. Il parait que ce fut au commencement de son pontificat qu'il réforma et développa le chant ecclésiastique, en môme temps que le sacramentaire , qui est le missel et le rituel de l'église Romaine. Mort le 12 mars, 604, dans la soixantequatrième année de son flge, après avoir siégé treize ans six mois dix jours, il fut inhumé dans la basilique de Saint-Pierre du Vatican , où l'on conserve encore ses reliques. On connaît ses immenses travaux et les nombreux écrits qui l'ont placé au premier rang des pontifes romains , et loi ont valu le surnom de Grand. Je n'en parlerai pas, et pour rester dans mon sujet, je me contenterai de faire connaître les détails intéressants que les divers historiens du saint Pape nous ont transmis touchant la réforme qu il opéra dans le chant ecclésiastique.
Nous lisons dans Tune des quatre Vies qui précèdent ses œuvres complètes, que Grégoire, en établissant une école de chanteurs, et en révisant les chants d'égHse d'après le svstème d'une musique plus grave, ramena à une harmonie et à une mélodie plus soignées , la psalmodie et le chant ecclésiastique qui sont si propres, dans les nations chrétiennes, à agrandir le culte et à nourrir la piété (287).i
Jean Diacre , qui vivait à Rome , sous le pontificat de Jean VIII , et qui était contemporain de Charlema^ne , a composé paiement une Vie de saint Grégoire. Cette Vie, moins estimée que celle de Paul Diacre, est toutefois plus abondante en détails sur la matière qui nous occupe ; c'est pourquoi je la cite de préférence. Voici ce que nous y lisons touchant la réforme du chant ecclésiastique par saint Grégoire, et son introduc^ tion en Allemagne , en France et particulièrement en Angleterre.
« Ensuite (S88) , à l'exemple du très-sage Salomon, convaincu des heureux effets de la musique exécutée dans la maison de Dieu , pour la componction du cceur et l'entretien de la piété, il fit une compilation très-utile
nimis utiUter eomfnlavit ichotamfuc cma&rmm , quœ hactenus eisdem institutionibus in toKaa Honiûna Ecelesia modulatur^ constituit : eique^ cumnonnuHiê ffrœdiit duo habitacula, scilicet, alterum eub grûdUme basiUeœ Beaii Pétri apostoli , allerum vero $ub Luleranenâie patriarchii domibus fabrieavit, ubi vsqMS hodie leetus ejus^ in quo tecumbeni môdulabatury et ftagellum quo fmeris minabatur^ veneratione congrue cum ttulhentico Antiphonario reurvatur. (Sotuii Gr^ gorii pap€t Vita^ a Joaojie Diacono.)
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