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DESTHETIQUE CHRETIENNE.
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L'examen philosophique que nous venons de fÀîre rapidement des diverses nuances d^expression propres aux huit modes ecclésiastiques, nous a révélé une partie des ressources que les compositeurs sacrés avaient pii en tirer pour rendre collectivement ou séparément, selon les cas, ces quatre principaux caractères de grandeur, de mystère, d'amour, d*onction de la prière, qui, avionsnous dit, forment la base du chant grégorien.
A Tappui de mes observations, j'ai cité un assez ix)n nombre de pièces appartenant à ce chant, et l'on a dû remarquer le goût judicieux qui préside à leur composition, et quant au choix des modes, et quant à leur emploi. Cette remarque sera plus sensible encore, si, au lieu de la borner à des morceaux isolés, nous l'appliquons à un corps d*office complet , ou à une partie notable d'office. Nous verrons alors, à ne pas nous
Î méprendre , par quelles heureuses cominaisons les auteurs du chant grégorien ont sa graduer et disposer les modes selon les convenances liturgiques. Prenons nos exemples dans Toffice de Noël, dans ceux da vendredi et du samedi saints, et dans celui de l'Assomption.
L'introït de la messe de Minuit : Dominus éixii vdme, est du deuxième dont on a évité les notés Jes plus basses, qui eussent imprimé une teinte par trop austère à une semblable festivité. Celui de la messe de l'Aurore : Lua^/uf^efrt^ qui, par ta nature même du texte, exigeait un ton plus sonore et plus élevé, a été écrit, pour cette raison, sor le huitième mode. Enfin, l'intro'it Puer matuM est nobisj de la messe du Jour, qui, étant la plus solennelle des trois, réclamait un début plus élevé que les deux qui précèdent, appartient au septième mode, le plus haut, le plus vibrant de tous, si l'on en excepte peut-être le cinquième, employé d'ailleurs dans le verset de la même messe. ie pourrais faire entre les autres parties de ces trois messes de curieux rapprochements; je m'en abstiens, parce qu'ils me mèneraient trop loin. Remarquons seulement en i$e qui concerne ces trois introïis, <|ue la gradation est si bien observée entre eux, quant au choix des modes et quant à la conduite du chant, qu*on ne peut s'empêcher de reconnaître qu*elle est le résuhat d'une intention clairement exprimée.
Léchant de rofGce du vendredi sainte va Dcns fournir une preuve non moins sensible de luette vérité. Il débute par deux longs traits écrits, d'un bout è Tautre, sur Te deuxième mode {tristis)^ le seul qui convienne à un texte qui retrace les angoisses du Christ en proie aux machinations de ses persécuteurs. Les mêmes raisons de convensDces liturgiques ont fait adopter ce mode pour la belle antienne : Ecce Ugnum crucU m ftto salui mundi pependitf qu'on chante trois fois avant l'adoration de la croix, avt^c ^tte différence, bien digne d'attention, que dans les traits uniquement consacrés à la tristesse et à la douleur, le chant descenJ
DlCTIOSîl. O'ESTUtTIQUH.
souvent dans la région inférieure du mode, tandis que dans 1 antienne : Ecce lignutn cructtf, dont l'expression douloureuse est tempérée par la joie et l'espérance de la rédemption, il se tient constamment dans la région supérieure du ton.
Ce deuxième mode est employé avec non moins d'à-propos dans les célèbres Impro-
Î}ires qui se chantent à la cérémonie de 'adoration de la croix. Le Christ commence par la touchante apostrophe : Popule meuti, responde mtAt, à laquelle le chœur répond par ces louanges magnifiques : ^^to«, o JA^os. terminées par une courte prière. Il en ré • suite un contraste saisissant, admirablement exprimé par le caractère divers des deux mélodies, dont l'une, celle de la réponse, est, comme l'exigeait le sens des paroles,
Ïlus haute que velle de l'apostrophe. Les mpropères reviennent ensuite, pour s'ex- .haler lentement dahs une série d antiennes plaintives tirées des prophéties et des figures de Tancienne loi. Il y a là tout un drame déchirant et d'un pathétique achevé, mais en même temps un je ne sais quoi de calme et de serein qui porte la .consolation au fond de l'âme attristée. Remarquons, ainsi que nous l'avons fait observer plus haut pour le Popule tneus^ qu'à chacun des Impropères le chœur répond par un ton plus élevé, qui est le quatrième. Ensuite, tous chantent ensemble l'antienne : Crucem tuam adoramtMf sur le même quatrième ton, qui estr^lui du premier invitatoire : Fent/e, adoremus. Ainsi, la règle de l'unité se trouve parfaitement observée, A ce chant du Cru-* cem tuam adoremus succède celui moins triste, quoique toujours grave et, pour cela, calqué sur le premier ton, du Pange lingua gloriosi prœmium certaminis^ consacré au triomphe de la croix; il complète digue ment cette belle et touchante cérémonie.
A l'office suivant du samedi saint, qui est comme Taurore de la joueuse festivité de P&ques, le chant des traits, marqués pour les 4% 8' et il' prophéties, roule sur le huitième ton plus éclatant que les précédents et en harmonie avec les paroles pleines de joie et d'espérance que contiennent les textes auxquels il se rapporte. Même remarque 1)our les traits que 1 on chante en allant aux buts baptismaux, et au retour, ainsi que pour l'unique antienne des vêpres et du « Magnificatl » Vapere autem Sabbatip toujours du huitième ton.
Nous allons terminer ces analyses par l'examen aussi bref que possible de toutes les pièces qui composent l'office de la grand* messe du jour de l'Assomption. L'introït Gaudeainus est, comme presque tous ceux des grandes fêtes de Tannée, sur le premier ton, à cause de la majesté de ce mode, quiconvient bien au début d'une messe solennelle. Le graduel Propter veritatemj jus-, qu'au verset, est du cinquième (/<vzia), parfaitement en harmonie est avec le sens des paroles et avec celui de la fête. Le si est bé^ molisé à la clef.
Il est naturel dans le verset oui suit, Audif
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Jilia^ et rtde^ ce qui contribue à en rendre ta mélodie plus sonore et ))iu$ éclatanie «ncore que celle du graduel , ainsi que i^exigeatt Fe sens des pamles. Le chant de V Alléluia qui vient ensuite, et qui est du se^Hième (on, \e jilus haut et le plus animé de tous, se distingue pav une série de gammes ascendantes et descendantes sur ces mots, Assumpta est Maria in cœhim, gaudet exercitus angelorumy qui dénotent évidemment chez Tauteur de ce chant une intention de mélodie imitalive. Nous faisons la même remarque sur le chant de Voffertoire , qui roule h peu près sur le même texte que celui de VAlieluia. La communion, Optimam partem elegit, qui repose sur des idées plus douces, appartient à la mélodie tendre et nob>e à la fois du huitième ton.
En terminant cette dissertation esthétique sur les diverses propriétés des huit modes ecclésiastiaues , considérés soit isolément, soit dans les combinaisons si variées aux-
aqelles ils se prêtent , j'éprouve le regret 'avoir seulement ébauché une matière qui demanderait, non quelques pages rapides, mais des volumes entiers, pour être conve- .nablement traitée. Obligé de me restreindre, même dans les questions fondameptaies du chant religieux, j'espère néanmoins •avoir posé des jalons sumsants pour diriger Tamateur inexpérimenté dans l'étude moins •aride et plus philosophique qu'on ne le pense communément, du plain-chant liturgique. Une vie d'homme suffirait à ))eine pour envisager sous leurs divers aspects ces vas- ^tes compositions que nous légua l'antiquité chrétienne, et à la création ûesquelles tant de saints personnages de tous les siècles apportèrent successivement leur tribut, laissent ces quelques lignes que je viens de leur consacrer aider à les faire reconnaître et à les faire dignement apprécier, ei contribuer par là à cette réaction universelle en faveur de l'art chrétien, dont nous sommes les heureux témoins 1
MONT-BLANC. Montagne de Savoie. Voy.
Contrastes.
MONÏEVEIIDE ( Clalde de ). Célèbre compositeur vénitien , mort en 1649. Voy. MrsiQUE.
MONT-SERUAT (Montagne et MonastAêe du ), en Espagne.
Comme type de la beauté qui nait des harmonies de la nature et de la religion, nous avons déjà cité la Grande-Chartreuse. .(Foy. ce moi.) Maintenant c'est en Espagne
Ïue nous allons chercher un autre exemple e ce genre de beauté , et c'est la Vue gé- 4iéraie de la montagne et du couvent du MofU^Serrat qui va nous l'offrir. Ici nous n avon» rien de mieux à faire que de laisser parler M. le comte Alexandre de Labordc (447^), cet écrivain et archéologue si distingué» qui a compris de bonne heure et heureusement exprimé I^ beautés de l'art €t de la religion.
u Au sortir du Martorel , on aperçoit la Mont-Serrat (kkS) qui parait, dans l'éloignement, comme surmonté d'un amas d'édiflces informes; il s'étend longuement dans la plaine, et se lie à droite et à gauche à des collines assez arides : les points de ses sommets forment des découpures qui n*ont rien de grand ni de beau; ses flancs ne présentent que des rochers dépouillés, d'un gris foncé, et rayés d'une végétation noirAtre qai règne dans toutes les fentes et interstices des masses, et qui de loin ressemble plus à de la poussière qu'à des plantes. On arrive à Tolbeto, où deux chemins se présentent pour monter au monastère; l'un sert aux voitures, il est bon et bien entretenu; l'autre est beaucoup plus court, mais il n'est praticable qu'à cheval; nous suivîmes ce dernier qui offre des sites plus variés et plus pittoresques. 11 s'élève en tournant tout autour de la montagne , au milieu des rochers encore privés de végétation; car, c'est une chose particulière au Mont-Serrat c|ue, contre l'ordinaire des autires montagnes, il est plus riche et plus fertile à mesure qu'il s'élève ; il semble qu'il y ait dans cette singularité quelque rapport avec la religion à laquelle il est consacré, et qui paraît d'abord aride à ceux qui la contemplent dans réioignement, mais qui fait trouver à ceux qui en gravissent les sentiers difficiles, des asiles agréables et une ombre protectrice. En s'élevant le long des flancs du mont, on voit s'étendre à ses pieds les plaines environnantes , la culture régulière des oliviers formant de grands quinconces et contrastant agréablement, par la teinte cendrée de leur feuillage, avec la verdure d'émeraudos des
f)ins oui balancent leurs longues tiges sur es collines; les sinuosités de Lobregat serpentent à travers la plaine découverte, et se Eerdent au loin dans la mer dont la ligne leuAtre borde l'horizon. Souvent on s'enfonce dans les plis de la montagne , et cette belle vue s'aperçoit entre deux avancements de rochers, comme dans une bordure bronzée. A mesure que l'on s'élève, on est plus frappé des formes bizarres de ces roches e de fa beauté de la végétation qui les unit. Des plantes odorantes bordent le chemin et couvrent la terre de tous côtés; des berceaux de verdure se balancent sur la tête, en laissant, par intervalles, apercevoir de profonds précipices et de hautes pyramides. Après avoir parcouru environ la moitié de la circonférence du mont, le chemin tourne, et perdant de vue la plaine, on se trouve dans la direction du couvent , qu'on ne tarde pas à apercevoir dans le sein d'un des plus vastes enfoncements de la montagne. C'est la vue que représente cette planche; elle est prise de l'ermitage abandonné de Saint- Michel. 11 est impossible de ne pas s'arrêter dans ('« moment, frappé du beau tableau qui S'Offre à la vue ; le couvent adossé à la haute muraille de rocher, son architecture simplet son clocher gothique, le sentier escarpé qui
(447*) Pans son grand ouvrage sur l'Espagne, v. 1. (448) Planche 19.
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DESTHETIULE CHRETIEiNNE.
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y condatt, en serpentant au-dessus des précipices; le cirque resserré de la montagne qai s'élèTe à pic au-dessus du bfttiment , et semble soutenir à peine des masses prêtes hrécraser; les riches sillons de verdure dont il est rempli ; les cônes plus grands et plus multipliés qui le couronnent, et qui portent à une étonnante hauteur sur leurs tayaux allongés les fragiles édifices de plusieurs ermitages ; la magie de couleur de ees rochers gris de fer, de cette sombre verdure, de cet édifice rougeâtre, et de ce ciel d'azur; le son des cloches s'unissant aux accords des instruments de musique et des ieunes voix qui s'exercent à chanter tes louanees de Dieu ; tous ces objets, frappant à la fois, impriment dans l'flme Tétonnement, le respect et Tadmiration.
« Vue de Vermitage dt Saint-B'enoU {kk9). Le dernier des treize ermitages est celui de Saint-Benoit, situé au milieu de tous les autres; il est la demeure du vicaire et directeur des ermites. Cet ermitage, qui domine le côté droit de la montagne, a la vue sur la
Sertie opposée que nous venons de décrire ; evant lui s'élève une enceinte composée de
quatre grands cônes réunis à leur oase
« Nous avons indiqué les deux principaux chemins pour monter à Termitage; !e troisième et le plus diflScile part de Tenceinte même du monastère; il s'appelle escala échelle, et c'est en effet un escalier escarpé, dont les marches irrégulières ont quelqueibis trois pieds de haut. Le grand Condé , pendant le séjour qu'il fit en Catalogne, y monta en bottes; ce fait est consigne dans une histoire du Mont-Serrat, écrite en fran- ^is par un des moines, nommé Montugnat; si ce chemin est plus pénible que les au- ^es, en revanche il étonne davantage ; au bout de quelques minutes, on se trouve transporté comme dans une région différente t»ù les aspects sont plus frappants, parce qu'ils se succèdent plus vite; au-dessous, et A une immense profondeur , on voit le toit du monastère; et tout autour, entre les vides et les intervalles de la montagne , on distingue l'immensité des terres, semblable à un plan topographîque; les villes paraissent des points; les rivières des filets d'eau; les montagnes, une chaîne de nuages, et la mer, une ligne imperceptible dans le ciel. Les moments où 1 on s arrête, en contemplant te spectacle, jettent l'&me dans des réflexions involontaires ; on voit sous ses pieds tout un monde orageux, et autour de soi, tout un monde tranquille, des habitations, des hommes d'une autre espèce, et comme une région intermédiaire entre le ciel et la terre. On ne peut alors s'empêcher de rendre hommage à cette religion, sans laquelle <%s beautés ne seraient qu^un pur objet de curiosité, nul pour le cœur, et vide pour la pensée; cette religion qui peuple ainsi les lieux de la terre trop élevés pour le comnan des hommes, comme elle s'empare des
m) Planche 54.
(i50) Voyage jrilioresque et historique de l'Espa- |V, pairie comte Alexandre deLabordc, 1806, pa|^.
flmes trop sublimes )K)ur les intérêts de ce monde! » (i'SO)
MORALES (Christophe). Célèbre compositeur d'église, né à Séville, en 15f0. Voy. Musique.
MORTS (Chant de lofpicb des), foy.
Modes ecclésustiques.
MOSAÏQUE. Genre de peinture qui consiste dans Tassemblage de petits cubes de pierre ou de verre diversement colorés qu'on fixe dans un mastic et qui forment des dessins variés et même de véritables tableaux. Voy. l'art. Vsrres-peints, dans lequel nous donnons une esquisse de l'histoire et de l'emploi de la mo$aï((ue dans les églises.
MOULURES. Ornements creux ou saillants qui décorent certaines parties des édifices. Dans l'architecture chrétienne, on applique particulièrement le nom de moulures à celles qui se distinguent par leur profil géométrique. Voy. Détails, Scclp-