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SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL
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phistes qui voulaient opérer la génération du christianisme par la gloritication de la matière, par le culte de la chair, que sontils deyenus? Maintenant, c'est le rationalisme allemand, naturalisé français, dont la théorie, cent fois plus obscure, plus nuageuse que nos mystères, voudrait se substituer a la révélation évan^élique y pour lancer Thumanité dans la voie du progrès absolu, indéfîni. Son programme est magnifique, car c*est celui de Tantique orgueil numain qui répète encore, après quatre mille ans, c Je veui me passer de Dieu (<h6).» Mais jusqu'ici nous n avons eu de lui que de vaines promesses, que de grandes phrases à effet, et je ne sache pas que messieurs les beaux esprits rationalistes, qui trânent dans nos salons et dans nos académies, aient, à eux tous, fait autant de bien, par la doctrine et renseignement, qu'en fait chaque jour, dans un i simple hameau, un seul des quarante mille prêtres répartis sur notre sol français pour instruire et consoler les Ames.
Telle est la seconde vanité, fille de l'ignorance originelle, la vanité de la sagesse humaine.
Troisième vanité; celle de la science humaine. Affliction d^ esprit qui s'y attache nécessai* rement j et pourquoi ?
Quelle est la troisième ? je l'ai déjà nommée ; c'est la vanité de toute science qui se |»ose en dehors de la révélation. Ecoutons ici le plus grand, le plus célèbre de tous les savants: « Moi Ecclésiaste, c'est-à-dire Prédicateur de la sagesse, dit Salomon, je fus établi roi d'Israël dans Jérusalem, et lorsque j'eus été élevé à ce degré de puissance, je résolus moi-même de l'employer à la recherche et à l'examen de tout ce qui se jmsse sous le soleil ; car c'est là la pire occupation que Dieu a faite aux enfants des hommes, en leur cachant les ressorts secrets des choses naturelles {hl). J'ai donc considéré tout ce qui se passe sous le soleil, et j*ai vu que celui qui veut augmenter sa science augmente son travail (hS) ; et j'ai trouvé que tout était vanité et afiliction d'esprit {M). »
Pourquoi cette vanité et cette af&iction d*esprit attachées à toute science humaine?
1* parce que l'acquisition de la science est en SOI un travail dur et opinifttre. En effet, de même que l'homme iut condamné à gagner le pain matériel du corps à la sueur de son front, ainsi il fut condamné à gagner la science, nourriture de son flme, au prix de veilles, de fatigues et de privations plus dures encore à supporter que les peines corporelles ; 3* parce que dans cette science, but de nos efforts^ nous rencontrons à chaque pas des difficultés, des contradictions et des mystères devant lesquels il faut nécessairement
(4$) Non servianu {écr. ii, 20.) (47) Banc occupationem pessimam dédit Deui /î- Hukominnmf nt occuparenturinea. (Eccle. i, 13.)
ftiire plier son orgueil et confesser son im* puissance ; 3** enfin, parce que, à mesure que rhorizon des connaissances acquises s'élargit, celui des connaissances qu'on ignore s'élargit également, mais dans une sensible disproportion, en sorte que des génies tels que les Newton, les Pascal, les Leibnitz, ont été amenés, à force d'études, à la conviction de l'ignorance originelle et de sou néant, et ont répété avec Salomon : J'ai étudié et vu tout ce qui se passe sous le soleilj etfai trouvé que tout n'est que vanité et qu'affliction d'esprit sur la terre.
Inquiétude continuelle de Vespril de l'homme produite par le désir impuissant de connattrCf qui lui est resté de la science primitive qu'il avait reçue de Dieu. Effets de ce désir impuissant dont il est tourmenté. ;
Or qu'est-ce que cette affliction d'esprit, si ce n'est cette inquiétude vague, indéfinissable, produite par le désir impuissant de connaître dont nous sommes dévorés, et qui fait notre tourment ici-bas. Car, au milieu des épaisses ténèbres que le péché a ramassées autour de nous, nous nous sentons entraînés par un instinct invisible à la recherche de la vérité. Quelç|ue chose nous est resté de cette science primitive dont le créateur avait orné l'esprit de nos premiers parents. De là vient que le nôtre se meut dans tous les sens pour se dépouiller des nuages qui l'obscurcissent et secoiier ce fardeau pesant de Tignorance, qui liii dérobe les secrets du présent et les mystères de l'avenir. De là vient cette curiosité inquiète et toujours active qui le porte, tantôt À la recherche de tout ce qui se passe dans le monde et de ses intrigues les plus cachées, tantôt aux sciences occultes des astres, des songes, des devins et de tout ce qui tient à la magie, tantôt à l'étude plus réelle mais non moins vaine, quand elle n'est pas dirigée par la foi et l'humilité , des siècles passés.
Autre effet de Fignorance originelle. Ce n'est qu'avec de longs efforts que l'homme parvient à la simplicité et à la vérité^ dans les - œuvres d'art et de l'esprit.
Mais voici un autre mystère de l'humanité, que le péché originel seul peut nous expliquer, je veux parler de ces longs efforts auxquels sont soumis la plupart de ceux qui s'occupent des arts et généralement des œuvres de l'esprit, pour arriver à cette vérité, à cette simplicité qui en l'ont le charme et le prix.
Sans doute, et nous en avons fait plus haut la remarque, le simple, le vrai et les autres conditions du beau sont choses naturelles àTbomme, en ce sens qu'il en possède les premières notions gravées dans son âme par le Créateur; d'où vient donc quil
(48) Qui addiiscientiamadditeilaborem.(lbid.M).
(49) Et ecce univer$a waniias et affktxo sptrtfiM. md, , 14.)
DEUXIEME DISSERTATION
éprouve tant de peine, tant de fatigue pour les réaliser dans ses œuvres d'art ou dans ses écrits? On commence presque toujours par la bizarrerie et Taffectation, et ce n'est au'après mille efforts répétés et mille épreuves successives, que Von parvient à cette vérité, à cette simplicité, qui sont le caractère du génie et de la beauté. Pourquoi cela? C'est que l'bomme est, selon la pensée de Pascal, comme un roi détrôné, qui conserve encore le sentiment de sa première grandeur et de sa noble origine, en même temps cfue le souvenir confus de cette beauté divine, iucréée, qu'il contemplait jadis sans effort, et dont les principaux traits avaient été empreints dans son âme, alors vierge de toute souillure, par le souffle de Dieu lui-même. Maintenant que sa raison s'est révoltée contre Dieu, et que son corps, à son tour, s'est révolté contre sa raison, il est obligé de secouer le joug de cette concupiscence tyrannique qui obscurcit son entendement^ en luttant sans relâche contre la nature déchue, en remontant le courant des affections terrestres qui l'entraînent, pour revenir à cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, qui est Dieu.
Et voilà comment la pratiaue des sciences et des arts est devenue l'occupation la ))lus longue, la plus pénible {Hanc occupationem pessimam). Voilà comment un travail dur et accablant s'attache à toute étude ici-bas (Qui addit scientiam addit et laborem). Voilà comment la vanité et l'aflUction d'esprit ont pénétré partout avec le péché (Et universa vanitas et af/lictio spiritus).
Application des réflexions qui précèdent aux nations de la gentilité. Observations particulières sur quelques-unes d'entre elles, qui se sant distinguées par la culture des sciences et des arts.
Parmi les nations infidèles chez lesquelles l'ignorance originelle se manifeste avec ses caractères Tes plus frappants, on peut citer les Egyptiens, les Indiens et les Chinois, qui depuis deux mille ans n'ont pas fait un j)as dans la civilisation, tandis que les peuples chrétiens, fécondés par le germe de vitalité qu'ils ont reçu du Verbe divin, lumière et viedu monde^ ont fait des merveilles, tant qu'ils ont correspondu à leur vocation. Les nations païennes, au contraire, frappées d'impuissani:e et de stérilité, sont restées immobiles dans leur dégradante superstition, et le voyageur peut encore de nos jours observer au milieu d'elles la triste et éternelle reproduction des folies de la genti-* lité.
A la vérité, certains peuples, tels que les Etrusques d'abord, et les Grecs ensuite, ont eicelle dans les sciences et les arts. Hais outre que ce n'a été que par exception, on
(50) On a coutame de faire remarquer, parmi ces circonstances favorables, les effets propices dit climat pur et tempéré dont jouissaient les Grecs, la beauté de leur langue et les» exercices gymnasti^
peut dire que ces peuples ainsi fiivorisés étaient néanmoins inférieurs à ceux qui avaient été plus approchés qu'eux de la révélation primitive, comme les Babyloniens et les Ninivites dont les œuvres si grandioses» à n'en juger môme que d'après les rares fragments qui nous en restent, écrasent Timagination. De plus, pour ne parler ici que des Grecs oui ont joué le rôle I& plus brillant dans les arts parmi ceux qui ont précédé immédiatement la venue d& Jésus-Christ» il ne faut pas oublier, ainsi que nous en avons fait la remarque dans notre première Dissertation, que la faculté de concevoir et de rendre le beau dans les. œuvres d'imagination, ue tient pas essentiellement à la pureté des mœurs de ceux, qui s'y livrent, et cela, pour les raisons que nous avons dites en cet endroit. Si donc IL se rencontre parfois des artistes qui réalisent cette exception, de la manière que nousi Tavons déjà exposé, il n'est pas étonnant que» parmi tant de nations païennes un petit peuple comme le peuple grec Tait réalisée avec tant de distinction, grAce à un heureux, concours des circonstances les plus favora^ blés, qui lui en ont facilité les moyens (50).. Mais ce peuple, si privilégié du côté de l'intelligence, n'a pas moins été enseveli queles autres dans les ténèbres de l'ignorance originelle, malgré ses sages et leur brillant enseignement. On peut môme dire qu'à me-^ sure qu'il faisait plus de progrès dans les arts et dans la philosophie, il s'enfonçait davantage dans 1 abîme de l'erreur et des superstitions; et cette rétiexion est égale-, ment vraie pour les autres peuples gentils, qui se sont trouvés dans les mômes conditions que le peuple grec. L'histoire est là, pour nous l'attester. Je dis plus, c'est qu'à, partir de la prédication évangélique, toutes les nations païennes semblent avoir été frappées d'une stérilité absolue, en fait d'art ; et durant le laps des dix-huit siècles qui se sont écoulés depuis, il serait impossi^ bie d'en citer une seule qui ait été, sous ce rapport, à la hauteur de la civilisation des peuples chrétiens pris dans leur généralité. Ainsi, tout se réunit pour nous apprendre la déchéance primitive de l'humanité, et pour nous montrer dans l'ignorance originelle qui en fut une des principales suites,, la cause des imperfections; des faiblesses, des incertitudes et de toutes les misères de l'esprit humain. Mais si, dans un tel état de décnéance, il a pu encore parfois, se déga-t géant des ténèbres épaisses qui l'envelop-
t)aient, s'élever bien haut dans la comprélension et l'expression du beau idéal naturel , de quoi n'est-il pas devenu capable une fois qu'il, a été illuminé des splendeurs de la lumière divine que lui a révélée avec tant de largesse et d'éclat le Verbe incarné t Or, ce sont Tes merveilleux effets de cette ré-
ques auxquels ils se livraient .Wincl^mann donna d^assez grande deuils, à ce sujet, dana sa Répons4 servant aappendice à ses Réflexions sur rtmt rotioii des artistes grecs dans la peinture et la seulpiure*
SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL
délation divine sur les conditions du beau, transformé et surnaturalisé par eJle , que nous allons considérer dans le chapitre suivant.