FAIT CHAIR
Contraste fraopant entre Fancienne société païenne de t Europe et la société chrétienne actuelle de cette région.^ Le peuple qui marchait dans les ténèbres, a vu une grande lumière^ et le jour s'est levé pour flairer ceux qui habitaient dans f ombre de la mort (51). »
Quel est ce peuple dont parlait jadis le prophète du Seigneur? Pour le connaître, nous n'avons qu'à franchir par la pensée rintervalle de drx-huit siècles, et, sans sortir des lieux que nous habitons, considérer ce qui existait à la place de ce qui existe aujourd'hui. Que verrions-nous alors ? Au lieu de nos augustes basiliques consacrées à la prière et aux louanges du vrai Dieu, nous verrions des temples élevés aux dieux du mensonge ; au lieu de ces milliers d'asiles ouverts par la charité à tous les besoins, à toutes les infortunes, nous verrions des théAtres ruisselant du sang des animaux et môme des victimes humaines; au lieu de ces institutions si variées où la jeunesse va se former, en même temps qu'aux sciences et aux arts, à l'étude et a la pratique de la loi révélée; nous verrions des écoles de philosophes où les' opinions les plus erronées non moins que les superstitions les plus grossières seraient enseignées ou autorisées; enfin, au lieu de notre société moderne si supérieure, malgré ses écarts, à la société antique, nous verrions la société païenne avec tout son cortège d'erreurs et de vices, dont le seul aspect nous épouvante, quels que soient d'ailleurs les désordres du temps où nous vivons. Voilà ce que nous verrions dans nos temples, dans nos maisons, sur nos places publiques, sur toute la surface de cette vaste contrée que nous habitons. Tels étaient nos ancêtres les païens, eux dont saint Paul, qui les voyait de près, traçait le portrait dans ces brèves et énergiques paroles : «^ Ils suivent dans leur conduite la vanité de leurs pensées; ils ont l'esprit plein de ténèbres ; ils sont éloignés de la loi de Dieu, à cause de leur ignorance et de l'aveuglement de leur cœur, au point qu'ayant perdu tout espoir de salut, ils s'abandonnent sans retenue à l'impureté, à l'avarice et à toutes les œuvres immonlies (52); et, dans un autre endroit, il dit qu'ils sont c sans affection, sans foi, sans miséricorde (53). »
(51) Papulus qui habitabat in tenebis vidit lucem nugnam^ habiianiibus in regione umbrœ mortii lux ortûest eis. (Isa. ix, %,)
(52) Etjam non ambuleiiê^ sicut et génies ambutêtu tu vanitate sensu$ tui^ tenebris obscuratum habsMtes iftteilectumy alienati a vita Dei, per ignoran-
Comment cette société a été illuminée par la révélation du ferbe fait chair. Son ignoranccy ses doutes^ ses contradictions sur les points les plus importants à connaître^ dissipés par l'enseignement divin de Jésus- Christ.
Or ce peuple a vu tout à coup une grande lumière qui se levait sur lui. Cette lumière, c'était la vérité divine elle-même, rendue accessible aux yeux et à l'entendement des simples mortels, sous une forme humaine semolable à la leur. C'était le Verbe de Dieu
3ue l'on voyait, pour la première fois, plein e grAce et de vérité, apporter lui-même la lumière et la vie à ce monde aveugle et corrompu. Et pour ne parler ici que dé cette lumière divine, afin de me maintenir dans les limites que m'impose mon sujet, faisons remarquer tout d'abord que le premier caractère que les livres saints attribuent au Verbe incarné, c'est d'avoir été la lumière du monde, et d'être venu , en cette qualité, montrer aux hommes la voie qui conduit à Dieu, en faisant briller, au milieu des plus épaisses ténèbres, le flambeau de la vérité. Elle était, en effet, le grand mal de l'homme, l'ignorance originelle que nous avons exposée tout à l'heure, comme la suite et la punition du péché. Elle enve-^ loppait à peu près dans la même obscurité les grands et les petits , les savants et les ignorants. Partout les antiques traditions sur l'unité de Dieu et ses perfections , sur l'origine et la destinée de l'nomme, sur la distinction du bien et du mal , sur les récompenses et les châtiments d'une autre vie, avaient été abandonnées ou altérées par des doctrines ridicules et dégradantes. Ces points qu'il nous importe si fort de connaître, car ils nous touchent de bien près, étaient, depuis des siècles, l'objet de vaines recherches et l'aliment de perpétuelles contradictions.
On se disputait pour savoir si le monde avait toujours existé, s'il était le produit d'une cause première ou simplement d'un aveugle hasard. On doutait des attributs essentiels de la Divinité, de son éternité, de sa prescience , de sa providence dans le gouvernement des choses d'ici-bas. Ces sublimes vérités, et tant d'autres non moins importantes, qui, grâce à la révélation, sont devenues en quelque sorte. vulgaires parmi nous , étaient alors des mystères impénétrables, et au milieu de> ce cfédale d'erreurs et de vains systèmes^ l'esprit , sans fil pour le diriger, se précipitait dans un doute affreux, source de* mille maux. Le genre humain ressemblait à un aveugle qui, ayant perdu son conducteur, erre à l'aventure, près de tomber, à chaque ^às^ dans 1 abîme qui doit l'engloutir.
tiam quœ ett in i7/î<, propter cœcitatem cordis ipso' rum^ qui desperantes^ semelipsos tradideruntimpudiciiiœ^in operationem immundilÙBomnis^ in avarttiatn, (Ephes. IV, 17, 18, 19.)
(55) Stne alfeciione, ab$que fœdere^ sine miuriçêr" dia, (iiom, i, 51.)
0EUI1EMS IHSSERTATKI^.
Mais, tandis que ces épaisses ténèbres couvraient le monde , et lorsque cette nuit était au milieu de isa course , le Verbe ^ splendeur du Père, est descendu des demeures royales de la Divinité ISap. xvni, 13, H), et il s*estfait chair et it a habité parmi nous, et nous Tavons vu plein de gr&ce et de vérité {Joan. i. H)» et nous avons entendu sortir de sa t)oucne des paroles oui nous ont dévoilé des secrets 1*usque-lÀ inconnus aux sages et aux savants. IWes nous ont révélé, en effet, l'unité de Dieu, la trinité des personnes, la création de l'homme, sa chute, son repentir, la promesse d*un libérateur qui écraserait la iéte du serpent ennemi, et nous rouvrirait les portes du ciel où nous attend une félicité éternelle, ineffable, qui consiste dans la possession de Dieu , source de tout bleu.
Comment le Fila de Dieu a rétabli^ par sa mo^ raie sublime ^ nos rapports primitifs avec Dieu^ avec le prochain et avec nous-mêmes^ queVégoxsme avait brisés. Il nous réconcilie avec Dieu par le grand précepte de F amour divin.
Non content de nous éclairer sur notre origine et nos sublimes destinées, Jésus- Chnst nous indique encore les moyens de nous en rendre dignes , en rétablissant nos rapports, que les passions avaient brisés , avec Dieu , avec le prochain et avec nousmêmes. Pour nous réconcilier avec Dieu, il nous prescrit de l'aimer par- dessus toute chose, et aussitôt disparaît l'égoïsme humain de Tamour de soi poussé jusqu'au mépris de Dieu , pour faire place à ramour divin poussé jusqu'au mépris de soi-même; et en inème temps disparaissent aussi , par une conséquence inévitable, les idoles païennes,
3ui n'étaient que les passions de l'homme éifiées, pour faire place au culte d'un Dieu unique, dont la majesté va être adorée dans des temples élevés sur tous les points de Tunivers. Unité admirable qui réunit', dans un même esprit et dans les mêmes rites extérieurs, les peuples de toutes les parties du globe. C'est elle qui faisait dire à Banun dans une vision prophétique : « Que vos pavillons sont beaux, 6 Jacob l et que Vus tentes sont magnifiques, 6 Israël (M) 1 »
Avee le prochain , par le deuxième précepte^ iemblable au premier,, de la charité.
En mAme temps, Jésus-Christ nous récon* cilié avec le prochain par les liens de la charité, dont il dit que cW un commandement nouveau qu'il donne à ses disciples , de s'aimer les uns les autres, comme il les a aimés. {Jatm. xiii, 3fc.) C'était, en effet, un commandement bien nouveau pour une société divisée depuis si longtemps en deux
(54) Qnam pulehra tabemacula lica, Jacob, et tentorta tua, Israël! (Num. xiiv, 5.)
(55) On sait combien éuit plus nombreuse cette dernière que la première. A Athènes, Ton comptait seize esclaves pour un homme libre, i*4 plus latd, dans toute l'étendue de l'empire remaini on comp*
classes r celle des oppreeseurs et celle des opprimés (55); celle des maîtres et celle des esdiaves, considérés comme la chose du maître et traités à l'instar de vils animaux ; dans une société qui passait au Til de Tépée tous les captifs pris dans les combats, ou qui les «conservait» pour une servitude mille fois pire que la mort - dans une société qui exposait les enfants par milliers sur les places publiques; qui n*avait pas ouvert un seul asile à l'infortune, et qui ne connaissait pas même le nom de l'humanité.
A peine ce commandement nouveau est-ik promulgué , que l'on voit les disciples du Christ ne faire qu'une fiimille de frères,, n'ayant a qu'un cœur et qu'une ftme. » Uniou touchante qui fut le caractère distinctif de^ l'Eglise , dès son berceau, et que les prophètes de la naissance du Sauveur avaienl; annoncée sous les couleurs les plus gracieuses, en disant que le loup paîtrait avec Tagneau, le lion avec la brebis, et qu'un enfant les conduirait tous, parce que la terreserait remplie de la connaissance du Sei* gneur et de sa loi sainte. {Isa, xi, 6-9.)
Avec nous-mémeSt par le précepte du déta^-
chement int&ieur.
Enfin , après nous avoir réconciliés avec Dieu et le prochain, Jésus-Christ nous réconcilie avec nous-mêmes par l'abnégation inté-rieure, qu'il nous impose comme la basede la vie chrétienne, dont la charité est le sommet.
Les plus grands ennemis de notre paix ». et même de notre liberté, ce sont nos passions. Qu'on leur lâche la bride, et l'on ae donnera autant de tyrans domestiques qui ne nous laisseront ni trêve ni repos. En effet , « qui a résisté à Dieu et a oblenu la paix du cœur (56) ? » L'homme qui obéit ea aveugle à l'entraînement des sens, est le jouet continuel d'un mirage trompeur. It peut bien glaner çà et là quelques semblants d'indépendance et de félicité, mais de réalité, jamais. La réalité est un fantôme qu'il poursuit sans cesse, et qui sans cesse lui échappe au moment où il croyait le saisir. D'où nous viennent les guerres et les dispensions intestines qui nous tourmentent » si ce n'est des convoitises de notre cœur (57)? Or, comment nous soustraire à cette tyrannie des passions » si ce n'est en leur livrant une guerre incessante par le renoncement intérieur ; en résistant par l'humilité h l'orgueil » qui est l'élément de notre nature ; par l'esprit de pauvreté à celui de la cupidité , qui nous porte à l'oubli de tous nos devoirs ; par la mortification à co sensualisme charnel qui infecte toute notre substance de son venin contagieux? C'est par elle , en effet , et ce n'est que par elle que le Chrétien, digne de ce nom, acquiert
lait douze esclaves pour un homme libre, c'est-à-» dire dix millions d*homaies libres et cent vingt mHliont d'esclaves.
(56) Quit resiitit ùéô.etpaeêmkabaU ? {Jobu.A.)
(57) Unes bellù et Htes m eoHi, nonne ex concfêfk^ irtfKîii wKrti f (lac. iv, !.)
SUR LE BEAU IDEAL SURNATUREL
sa
la irraie liberté et la Traie félicité. En com* baitaai, par la foi et la patience , les ré- YoUes de la chair, il se soustrait de plus en pliis*k la domination des sens» et obtient par là ce calme de Tàme, cette sainte indé* pendance de Tesprit « qui nous rapprochent le plus de la Divinité. Où yoit-on, en effet» l'expression de la souffrance, des cuisants remords et des soucis rongeurs» si ce n*est dans les traits décomposé^ des hommes immoiiifiés? Où voit-on» au contraire» la sérénité de Tinnocence et de la paix du cœur» si ee n'est parmi les fidèles disciples d'un Dieu souffrant et mortifié ?
Merveilleuses conséquences de la pratiifue de Tabnigation sur tes types jusque-là' inconnus de beauté^ mime extérieure^ que nous offrent les saints.
Admiral)le vertu de l'abnégation » qui renouvelle le vieil homme de jour en jour » rélève graduellement» le transforme à l'image vivante de Jésus-Christ lui-même» et répand sur toute sa personne ce doux reflet de la Divinité» que nulle langue humaine ne saurait exprimer I De là ces types incomparables de saints et de bienheureux» dont la peinture chrétienne nous a retracé la physionomie tendre et sereine» douce et inspirée , naïve et sublime à la fois , types célestes et divins que l'art païen le plus avancé ne connut point» et qu'il ne pouvait point connaître» sans la révélation. De cette transformation de la nature humaine en Dieu» le degré le plus élevé sur la terre est Textase» et 1 on conçoit Csicilement qu'une sainte» extatique comme Thérèse, reproduite par le pinceau d*un artiste inspiré comme l'était Fra - Angelico» surpasserait autant les plus belles Vénus» même les
£las beHes Minerves de Tart grec» que le eau idéal chrétien l'emporte sur le beau idéal humain
t^'est ainsi que l'homme» déchu parle péché » a été relevé de l'ignorance et de la corruption originelles, par la doctrine et la morale de Jésus-Christ. Toutefois, sa réhabiTitation n'est que commencée ici-bas ; elle ne sera pleinement accomplie» comme celle de ce monde physique, qu'au grand jour de la résurrection de la chair. C'est ce que nous allons voir dans le chapitre suivant.