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cées dans les liens d*un esclavage aussi dur que savamment combiné. Dès lors, élevées a l'égal de Thomme, elles obtinrent son amour et devinrent pour lui Tobjet d*une espèce de culte, aux temps héroïques du moyen Age chrétien. Les femmes , ainsi exaltées et affranchies par Marie, voulurent lui rendre , en gloire et en hommage, ce qu*elles en avaient reçu en considération et en liberté. On vit afors des reines, des ])rincesses, couvrir la face de l'Europe, de saints et célèbres monastères, les embellir de toutes les merveilles de l'art en l'honneur de la Reine du ciel à lac[uelle elles les avaient consacrés, et s'y réfugier elles-mêmes pour y vivre comme les plus humbles servantes de Dieu. Bientôt, une foule de vierges, après avoir renoncé aux charmes séduisants du uionde et à ses enivrements, accoururent dans ces asiles de l'innocence et de la vertu, pour y accomplir littéralement ces paroles de David, qui eussent déconcerté la sagesse antiaue : Des troupes de vierges la suivront, en chtmtant des cantiques d'allégresse, elles seront [conduites par elle dans le temple et présentées au Roi des rois (752).
Parlerai-je de cette multitude d'institutions chrétiennes formées sous sq^s auspices et
3ui, répandues sur toute là surface ciu globe, evinrent comme autant de pierres précieuses qui, par leur admirable variété, devaient rehausser l'éclat ^de son royal vêtement (753)?
Non, je ne parlerai que de ces innombrables basiliques érigées en son honneur, qui furent souvent l'origine et toujours le plus bel ornement de nos cités. Celte pai^vre et obscure femme, qui avait vécu ignorée dans l'humble maison de Nazareth , fut honorée, préconisée, exaltée dans des temples magnifiques qu'on dirait avoir été érigés par la main des anges plutôt que par celle des hommes. Plus puissante, plus inspiratrice encore que la lyre fabuleuse d'Orphée ou d'Amphion, la dévotion à Marie éleva dans les airs ces sanctuaires à jamais célèbres, où les plus grands monarques devaient venir humblement déposer à ses pieds leurs sceptres et leurs couronnes. Sur tes grèves de l'océan comme au fond dés vastes déserts, sur les plus hautes montagnes comme dans les plus profondes vallées, dans les plus obscurs hameaux comme au sein des villes les plus illustres, furent érigés des temples et des autels à celle que tous, grands et petits, riches et pauvres, maîtres et disciples, vénéraient également comme leur reine et*leur mère. Alors on entendit pour la première fois ces noms inaccoutumés et si chers aux oreilles chrétiennes, de Notr^ame de GrAce, Notre- Dame d'EspérancéJNotre-Dame de la Garde, Notre-Dame de Sanuf|r.jN0lre*Dame de Liesse, Notre-Dame du Salut, ei tant 4l9iutres noms t^l us beaux les uns que les awes, doux
(73^) Adducentur régi virginss post eam... aferenlier tu lœMia et exsuttatione, adaucentnr in (emplum tegis (Psal. xliv, ti, 16.)
reflets de celui de Marie, qui les renlerme tous, el qai vinrent révéler à la terre tout un monde de pensées et d'images aussi neuves que gracieuses, aussi aimables que consolantes. Alors^ les Sainte-Marie-Majeure de Rome, les Notre-Dame de Lorette, de Milan, d'Anvers, deStrasbourg, de Boulognesur-mer, de Reims, de Chartres, d'Amiens, de Paris, s'élevèrent majestueusement vers les cieux, pour attester aux générations futures le triomphe de l'humilné» de la gr&ce et de la vertu, dans le sexe. le plus faible^ le plus timide ; pour chanter, jour et nuit, le sublime cantique Magnificat, et perpétuer ainsi, à travers les Ages, les divins enseignements de la {)lus touchante, de la plus haute moralité.
Ces courtes lignes, quelque insuffisantes qu'elles soient, douneront cependant une idée de l'influence qu'a dû exercer le type de la vierge Marie sur les artistes chrétiens. Quant à la nature, au degré et à l'universalité de cette féconde et mystérieuse influence, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux divers articles de ce Dictionnaire, qui s'y rapportent, foyex, entre autres, les mots Catacombes , Ecole mystique , Peimtube, Types, Manuscrits, Reims {Cathédrale de), Strasbourg (Cathédrale de), Sculpture, Statuaire, Sainte-Tulle (Antiphonaire de). VIERGE (La), tenant l'Enfant Jésus dans ses bras sur le pilier de la grande porte de la cathédrale de Strasbourg. Foy. Strasbourg. VIERGES SAGES, VIERGES FOLLES, sculptées. Voy. Strasbourg.
VIOLET. Couleur symbolique, foy. Couleurs.
VITRAUX PEINTS. Ces verrières magnifiques, laissant apercevoir à travers leurs rameaux entrelacés, des temples, des saints, des gloires célestes, tracés en couleurs lumineuses qui vont ensuite se réfléchir en rubis, en topazes, en saphirs, en émeraudes, sur les murs, sur les pavés, sur les colonnes, chargeant de longues gerbes solaires de toutes les nuances de 1 arc-en-ciel, ne donnent-elles pa2> une image aussi complète que l'imagination la peut concevoir de cette Jérusalem nouvelle, venant de Dieu, parée comme une épouse qui est revêtue de ses riches ornements, pour paraître devant son époux; de cette ville d'un or pur, semblable à du verre très-clair, dont les murailles de jaspe reposent sur ses sept fondements, ornés de toutes sortes de pierres précieuses (754-755).
L'art d'adapter des verres pt'ints aux croisées des églises, qui occupa jadis une m large place dans la décoration de nos temples chrétiens, a tant de rapports avec les mosaïques byzantines, au'il leur doit son origine, selon l'opinion la plus probable et la plus généralement admise. CesX pourauoi je consacrerai d'abord Quelques mots a la mosaïque proprement dite. L'invention de
(753) Attitit regina a dextris tuis, in vtstitu ifeauralo, circumdata pariêtate: (Ibid,, 9.)
(754-7%) Sclimitz, Egiim gQthiqttSS, ch. L
VIT
MCTIONNAIRE
VIT
ce procédé se perd dans la nuit des temps, Ciâmpini» dans son grand ouvrage De sacri» œdificiis^ Tattribue aux Persans, dont l'anti-
3ue Ecbatane (756) aurait eu , au rapport *Hérodoio, des murailles faites de briques recouvertes de verre coloré, comme on voit aujourd'hui, sur les édiBces persans, des tuiles peintes et disposées en mosaïque. Des Persans cette découverte aurait passé aux Assyriens. Nous lisons, en effet, au chapitre 1" du livre d'Esther^ où sont décrits les deux célèbres festins donnés par Assuérus, que des lits d'or etd*argent étaient rangés en ordre sur un pavé de porphyre et de marbre blanc, ornés de plusieurs figures d'une admirable variété. Ainsi, nous serions redevables de la mosaïque, comme du dôme et de l'ogive, à cet Orient, foyer primitif de l'intelligence humaine, vers lequel il faut se tourner iiécessairement, toutes les fois qu'il s'agit d'art et de civilisation. On sait que c'est à ce résultat qu'ont conduit forcément la plupart des investigations de la science moderne dans ses diverses branches, telles que l'histoire, la géographie, la linguistique, la physique, les voyages, etc. Tant d immenses travaux, entrepris par des explorateurs si divers et si éloignés les uns des autres, ont abouti à cette conclusion finale, que l'homme connaît passivemeni et non aetivementf c'est-à-dire qu'il a reçu primitivement la science d'un être supérieur : qu'il a pu ensuite perdre cette science et la retrouver en partie; mais qu'il n'a jamais rien inventé. L'nistoire moderne, en nous révélant ainsi une civilisation préexistante à toutes les autres, s'est réconciliée, après un long divorce, avec la véritable histoire de l'humanité, dont l'origine et les conditions nous sont si clairement exposées dans la Genèse. Ce n'est pas une petite gloire pour le siècle présent, gue cette réconciliation inespérée de la science avec la foi. Déjà on peut voir quelles vives lumières en rejaillissent sur les grandes questions jusque la si embrouillées, si débattues de la philosophie, de la littérature et des arts liuéraux ! L'idée d'une civilisation primitive, c'est le fil d'Ariane, qui, au milieu de Tobscur labyrinthe des opinions humaines, dirigera les travaux de 1 intelligence et en préviendra les funestes écarts.
Mais revenons à la mosaïque. J'ai dit que le savant Ciampini la faisait remonter jusqu'aux Persans et aux Assyriens, et j'ai indiqué quelques-unes des preuves qui militent en fsiveur de cette opinion. Quoi qu'il en soit, personne n'ignore à quel degré de perfection les Grecs et les Romains poussèrent plus tard la mosaïque, qui n'est autre chose que l'art de donner à des cubes de marbre, de pierre précieuse ou de verre, des couleurs variées, et de les disposer en tableaux destinés àl'embellissementdupavé ou des parois d'un édifice. Celles que nous admirons aux Musées du Vatican, de Flo-
rence, de Lyon et dans plusieurs autres endroits, attestent l'habileté des anciens dans ce procédé. Il ne pai^tt pas toutefois qu'ils aient connu ou pratiqué celui d'adapter aux fenêtres de leurs édifices de légères feuilles de verre. « Ne les connaissant pas, dît un auteur aussi exact qu'il est instruit (757), ils ne pouvaient éclairer une piècel sans l'exposer en même temps à toute l'inclémence des saisons; voulaient-ils, au contraire, se protéger efficacement contre le vent et l'humidité? ils devaient interdire tout accès à la lumière du jour, et se contenter du pâle éclat des lampes. En général tous leurs efforts tendirent à trouver un milieu entre les extrêmes ; ou ils laissaient pénétrer quelques rayons de lumière, rares et obliques, entre les extrémités des solives qui formaient le toit, ou ils pratiquaient sous l'abri immédiat des larmiers, une espèce de fenêtre large et basse, dont l'ouverture perpendiculaire s'arrêtait assez loin du sol, pour ne pas exposer l'intérieur à la pluie, mais d'un antre côté ne descendait pas assez pour permettre d'apercevoir les objets extérieurs. L'influence de cet état de choses s'étendit à tout le système architectonique. De là vint que les petits temples ne pouvaient recevoir la lumière voulue que par une immense porte d'entrée toujours ouverte, et que les grands, n'ayant d autres toits que le ciel, n'offraient guère un meilleur abri que les cours mêmes dont ils étaient environnés.Tël était, non-seulement le magnifique temple de Minerve à Athènes, mais même le Panthéon à Rome, dont la vaste ouverture centrale ne permettait d'en voir toutes les beautés, qu'à condition de laisser souvent inonder par les pluies le superbe pavé de l'édifice. De là vint que les bâtiments construits dans un but de réclusion ou de sécurité ne présentaient à l'extérieur aucune fenêtre; tous les dégagements s'ouvraient à Tintérieur sur une vaste cour ou impletorium, et au lieu des fenêtres multipliées de nos habitations modernes, la rue n'offrait aux yeux qu'un mur nu et complètement impénétrable. De là vint que, dans un si grand nombre d'appartements de toute espèce, on ne pouvait se procurer la chaleur et le confortable, qu'en se privant absolument de fenêtres ou d'ouvertures, de quelque genre que ce fût. Cela est si vrai que, dans les bains de Titus, on trouva le beau groupe du Laocoon dans une pièce ornée des marbres les plus précieux, mais où l'on ne pouvait rien voir qu'à l'aide d'une lumière artificielle.il est certain cependant que, dans les derniers temps, les carreaux de vitre ont été employés, du moins dans les maisons les plus élégantes, puisque Pline, en décrivant sa villa d'hiver de Laurentium, parle d'une porte vitrée qui séparait et en même temps réunissait deux pièces. Il y a plus, l'absence.de la vitre semble avoir influé sur toute la vie domestique des anciens ; elle les détermina à preadre
(756) Jadis capitale des Mèées
(757) Ttkomas Hepe, iti$ioir€ it rerckitccinre, ch. 10.
VIT
DESTHETIQUE CHEETiExNNE.
VIT
Tyr
la Diace publique ou le forum pour le lieu haDituel de leurs transactions journalières, et à consacrer la nuit à toutes les occupations qui réclament le foyer domestique, à l'étude, au re^^as, aux réunions intimes; pour eux l'intérieur des maisons était la nuit, l'extérieur le jour ; elle peut avoir aussi contribué à rendre le séjour des catacombes et des souterrains beaucoup plus supportable aux premiers chrétiens qu'il ne le serait pour nous. »
C'était aux Grecs du Bas-Empire qu'était réservé Fhonneur de préparer, par leurs admirables mosaïques, l'introduction des beaux Titraux que nous admirons encore dans plusieurs de nos cathédrales byzantines et ogivales. L'habileté prodigieuse de ces artistes dans Tari de donner au verre opaque ou transparent une grande variété de nuances aussi solides qu'éclatantes, es( un foit hors de toute contestation. Héritiers des arts de la Grèce el de Rome, on les vit d'abord orner en mosaïques l'extérieur et l'intérieur des premières basiliques chrétiennes construites dans les principales villes de l'O-^ rient. La grandeur de ces édifices, leurs vastes surfaces unies, et plus tard la suppression dans leur enceinte des images en relief, offrirent un libre champ aux mosaïstes de cette époque^. Aussi, voyons-nous dès les premiers siècles qui suivirent l'ère des persécutions, les plus belles églises, nonseolement de Constantinople, mais encore celles de Saint-Paul hors les murs, de Sainte- Marie-Majeure, de Sainte-Marie-Transtévérina, à Rome, ornées de verres coloriés, distr*i)ués en tableaux plus éclatants et surtout .i)lus durables que nos peintures à l'huile. Ce$ tabfeaux représentaient ordinairement les personnages réels ou symboliques de l'Ecriture: Notre-Seigneur, fa sainte Vierse^ les saints patrons , les douze apôtres , Tes quatre images emblémati(]ues des évangélistes, le bœuf, Tanga, l'aigle et le lioa, elc Aoastase le Bibliothécaire assure que de son temps on faisait venir ces mosaïques tout exprès. Il parait môme que les ouvriers by« zantins ne tardèrent pas à être appelés dans la Gaule. Comment, en effet, ex^pliquer, sans leur intervention, cette multitude d'objets d'arts, tels que peintures, sculptures^ ciselures, mosaïques, etc^ qui furent exécutés sous la dynastie des mérovingiens, et dont plusieurs fragments remarquables se sont conservés intacts jus(^'à nous ? Dès le v' siècle, Namantius, évoque de Clermont, ornait la cathédrale, bâtie par ses soins, de beaux autels en mosaïque que Grégoire de Tours avait pu. admirer, et dont il fait l'éloge dans ses écrits. Fortunat de Poitiers, contemporain de ce dernier, parle de plusieurs mosaïques qa'on admirait aussi de son temps, c esl-à-dire au vi* siècle, surtout celles que Fé(ivév,èque de Nantes, avait fait faire dans l'égUse de Saint-Pierre et Saint-Paul, et qui représentaient les principaux traits de la vie de saint Martin, de saint Hilaire et de saint Ferréol.Jene parle pas de la belle mosaïr que qui couvrait le tombeau de Frédégonde,
ni d'une infinité d'autres objets d'art, dont la confection, parmi les Francs, encore barbares, dut nécessairement eibiger le concours^ d'artistes étrangers. Bien des considérations me portent à croire que les B.y zantins eurent la plus grande part à l'exécution de ces travaux. Néanmoins je renonce à motiver mon opinion, par le désir que j'éprouve d'abréger une digression peut-être trop longue, quoiqu'elle se rapporte à mon sujet.
Il est à remarquer que les mosaïstes byzantins ayant abandonné l'emploi du marbre et des pierres précieuses, se servaient généralement de verres coloriés, surtout pour les dessins. Celte observation est importante, car elle explique comment les artistes dont nous parlons furent naturellement amenés à la découverte et à l'exécution des verrières destinées aux croisées des églises. Ces croisées étaient multipliées , même dans les anciennes basiliques, comme on peut le voir par celles qui ont résisté aux ravages des temps et des révolutions. La nécessité de garantir les églises, ainsi percées à jour» des intempéries de l'air ;. le désir d'ajouter à leur effet mystérieux, engagèrent les Byzantins è se servir uréDérableroentdes verres peints,dont l'emploi pouvait seul obtenir ce double résultat. Cet emploi leur était d'autant plus facile, qu'ils possédaient déjà, comme je l'ai dit plus haut, le secret de la vitrification. De ce travail de la mosaïque en verres coloriés à la confection de vitraux peints à compartiments et à personnages, il n'y avait au'un pas.
En effet, selon la judicieuse remarque de M. Alexandre Lenoir, dans son. erand ouvrage des Monuments et des Arts Itbéraux en France^ ces vitraux ne sont qu'une mosaïque transparente. Pour l'obtenir, il suffisait de se servir de fragments de verres coloriés, d'après les mêmes procédés que ceux usités dans la mosaïque, mais réduits en feuilles aussi minces que possible, qu'on réunissait ensuite entre elles au moyen de petites rainures de plomb, et dont l'assemblage devait former un tableau complet et varié. C*est ce que faisaient très-probablement les artistes de Tancienne Byzance. Leur procédé ne tar* da pas à se répandre au loin, comme nou« l'avons déjà vu pour leur mosaïque, puisque, dès la fin au VI* siècle,lepoëte Fortunat donnait une description pompeuse des vitres peintes de Notre-Dame de. Paris, qui venait d'être bfttle par l'ordre du roi Cbildebert. Détruite plus tard par les Normands, cette cathédrale ogivale, d'un si beau style, fut rebâtie en 1163 par les soins de son évoque Maurice de Sully, et elle ne fut entièrement terminée, telle que nous la voyons aujourd'hui, qu'en 1^73, par l'architecte Jean do Chelles. Nous avons une autre preuve ou du moins un fort préjugé en faveur de Tancûeoneté de^ verres coloriés destinés aux croisées, des églises, dans le témoignage du vénérable Bède,qui nous apprend uu'en680, l'abbé Biscopius avait appelé de la Gaule, avec les missionnaires, des ouvriers exercés dans Tart de fabriquer des verres pour les,
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fenêtres. Constatons en mèine temps ici lei grand rôle quejouèrent toujours les missionnaires catholiques datis la propagation des sciences et des arts.
Mais une révolution, qui devait exercer une profonde influence sur l'art chrétien, venait d'éclater à Constantinople ; je veux parler de la guerre déclarée aux images. Cette guerre, commencée en 717 et dirigée avec un acharnement incroyable contre les statues et les tableaux, par'^Léon l'Isaurien^ Constantin-Copronyme, Léon fîls de celuici, et par plusieurs autres empereurs, força les artistes byzantins, presque tous moines, à se réfugier en Italie et dans les contrées adjacentes. Ils trouvèrent un asile honorable.dans les monastères que plusieurs papes fondèrent pour les y recevoir. La France leur offrit également un asile hospitalier, et ce fut dans ces diverses maisons de refuge, ouvertes aux muses chrétiennes, que ces hommes couronnés de la double auréole de la persécution et du génie» produisirent une multitude de che£s-d oeuvre de peinture, de sculpture, de ciselure, do bijouterie, alliant avec la cuhure des beaux-arts l'étude et l'enseignement des sciences exactes. Ils ne tardèrent pas è former de nombreux disciples, auquels ils communiquèrent, avec la théorie matérielle de l'art, ces types et ces symboles mystiques que la peinture et la sculpture chrétiennes devaient reproduire sous mille formes et en mille endroits divers pendant plusieurs; siècles.
Leur influence déjà si grande, et qui pourrait être le sujet d'un ouvrage fort intérestant, s'accrut encore du concours qu'ils prêtèrent è Charl^magne et à ses successeurs pour l'édification des somptueuses églises construites sous le règne de ces princes, et dont plusieurs ont survécu à l'action du temps ou à celle plus destructive des hommes. Aix-la-Chapelle en offre un remarquable spécimen dans la part.ie co&servée de sou ancienne basiHque.
Rien n'était riche et éblt)uissant comme ces églises des Carlovingiens. La description que nous en ont donnée les auteurs contemporains nous paraît aujourd'hui fabuleuse. Rémrex vos églises^ Mtex-vou^s^ écrivait de Hette, archevêque de Trêves, à Frottaire, évêque de Toul, vous connaissez les ordres de tempereur. Déjà, au concile de Francfort, tenu en 779^ sous le pontificat d'Adrien I, ce grand monarque avait parlé aYec beaucoup d'éloquence en faveur de l'ancien usago qui exigeait que ks églises fussent peintes et dorées sur toutes leur surface intérieure. Aussi celles qu'il fit construire ou réparer (et le nombre en est prodigieux } furent entièrement revêtues &0 peintures en mosaïques sur fond or,, et toutes resplendissantes demarbres de Paros ot de pierres précieuses. Les parvis étaient aussi en mosaltques; des tentures de soie rehaussées d'or et de broderies ajoutaient h la magnificence de ces édifices.
Les vases sacrés employés au service divin étalaient' autant de richesse dans la
matière que de fini dans l'exécution; car, lorfëvrerie, dans cette partie, était arrivée déià à un degré de perfection qui n'a }>oiiit été surpassé depuis. Plusieurs de ces églises bâties sur les bords du Rhin et sur divers points de la France, offrent encore de précieux vestiges de leur ancienne magnificence, dans des fragments de peinture sur fond or, qu'on découvre tous les jours sous les épais enduits du badigeonnage.
Toutefois l'art d'adapter des verres peints aux croisées des églises, restreint dans son application, à cause de la petitesse des croisées de la plupart de ces édifices, ne devait commencer à acquérir un véritable développement que vers le milieu du xii* siècle. . Ce fut à celte époque si remarquable de notre histoire, que se manifesta le grand mouvement architectural dont le résultat presque immédiat fut, principalement dans le nord de la France, l'abandon du plein cintre pour logive. I>ans ce nouveau système adopté alors pour la construction de la plupart de nos belles calhédr/iles, et dont l'introduction si subite, si universelle, est un problème des plus difficiles à résoudre; dans ce nouveau système, dis-je, la grandeur des proportions, l'élévation |)rodigieuse des voûtes, nécessitant des croisées plus larges et surtout plus hautes, ouvraient une vaste carrière aux conceptions des verriers et ymaigierSf comme ils s appelaient modestement eux-mêmes, alors que l'individualité d'artiste, aujourd'hui si avide de richesses,, de jouissances et de renommée, se cachait humblement sous le voile d'une généreuse et complète abnégation. Dès lors, l'emploi des verres peints obtint [une importance réelle et devint un complément indispensable de l'architectonique chrétienne, dont il suivit constamment, quoique de loin, les diverses phases de progrès et de décadence. C'est ce que je me propose de faire voir,aussi brièvement mais aussi exactement qu'il me sera possible, en reprenant Tbistoire du vitrail au XII* siècle, et la continuant jusqu'à nos jours. Si je parais quelquefois me livrer à des digressions étrangères à mon sujet, le lecteur instruit et judicieux voudra bien im
Iias oublier qu'il existe entre les différentes iranches de l'art, une connexion si intime, si nécessaire, qu'il est souvent très-diiBcile de les séparer, de ne les envisager qu'en eUes-mêmes,surtout lorsqu'on les considère au point de vue historique.
Enfin , avant de parcourir les diverses transformations architecturales qui ont eu lieu depuis le xii* jusqu'au xix* siècle, je crois qu'il est nécessaire de les diviser en trois grandes périodes, ainsi qu'il suit: jusqu'au XIV* siècle, première période, gothique pur, sévère ; du xiv* au xvr siècle, seconde période, gothique fleuri ; du xvi' au XVII* siècle, gothique mêlé à, la renaissance, décadence de l'art religieux continuée jusqu'au XIX* siècle. Ces divisions ne sont pas tellement absolues qu'elles ne comportent, elles-mêmes , des subdivisions, puisque, d^us chacune d'elles, rartaéprouvéde^mon
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DESTHETIQUE GHRETlENiNE.
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tlifications sucessives. Mais oq sent que de pareils détails nous mèneraient beaucoup trop loin. Il existe , je le sais , d'autres classifications plus ou moins heureuses; mais comme il n'en est point encore d*uniYerselIement admise parmi les archéoluguesy j*ai choisi celle qui me paraissait la plus simple et la plus naturelle. Ainsi que j'en ai déjà fait l'observation, les tranformations de la peinture sur verre n'ayant suivi que de loin les diverses transformations architecturales dont il s'agit, celte différence chronologique peut être de 50 ans environ. Après ces préliminaires indispensables, ie vais essayer de remi)lir de mon mieux la tâche que je me suis imposée.
Ce fut vers le milieu du xu* siècle, époque de IraDsition du byzantin au gothique, que furent exécutées, par Tordre de l'abbé Suger» les belles verrières de l'église de Saint- Denis, les premières coanues de celles qui ont été fabriquées sur une jgrande échelle. Ces verrières, détruites en partie par le vandalisme révolutionnaire, présentent dans les morceaux précieux qui nous en restent un assemblage de petits fragments très-durs, très-foccés et solidement nés entre eux par une multitude de filets de plomb. Elles accusent rintluence byzantine sous laquelle elles ont été exécutées, par la roideur des personnages qu'elles représentent , par rincorrection du dessin et les divers raractères d'ornementation particuliers à cette école, comme tleurons, enroulements, médaillons, champs de mosaïque, etc. Mais elles se font remarquer par la vigueur et la qualité supérieure des teintes, et surtout \)9x Texpression mystique et l'inspiration céleste qui animent les différentes figures (les personn-ages. Avant leur dispersion, elles retraçaient les principales scènes des deux premières croisades, dans une suite de tableaux variés, qui formaient un poëme transparent, dont l'effet devait être magique.
L'imperfection du dessin et le mérite du coloris et de l'expression mystique se font remarquer, avec les modifications que nous allons indiquer, dans les vitraux du xiii* siècle, tels que ceux de la Sainte-Chapelle, de la cathédrale de Chartres, auelqucs-uns (le Moire-Dame de Paris et d autres églises gothiques commencées à la même époque
A mesure qu*on s'éloigne du xii* siècle, les morceaux de verre deviennent plus grands, le dessin plus correct, le poses moins roides. L'art tend à se dépouiller de rimiiatiou byzantine dans son ornementalion, qui est moins empruntée pendant ce iiu' siècle, le mieux inspiré de tous, au
r>intde vue delà verrerie catholique. L'art, cette époque, se formule avec une netteté, une harmonie admirable dans nos belles cathédrales gotliiques^ la plupart terminées ou déjà bien avancées pendant le cours de <^e siècle. mémorable, si ardent dans sa foi, si prodigue, si sublime dans ses créations monumentales. Il reste original, parce qu'il est
l'expression d'une société franchement catholique ;nous le verrons décliner avec elle, à mesure que se relâchera et se divisera le principe cl'unité qui fait la force de l'un et de l'autre. Bornons-nous à constater ici que, même à cette époque, le vitrail ne s'est associé que lentement à la transformation architecturale. Les verrières exécutées pendant la deuxième moitié de ce xiii* siècle diffèrent peu de celles qui appartiennent h sa première moitié.
Dès le milieu du xiv" siècle, le gothimic, si pur, si noble, si majestueux du xui', siècle subissaitde notables modifications.Ses lignes, jadis si simples, si hardies, se croisaieiit, se coupaient brusquement; les voûtes tendaient à s'aplatir; les contre-forts et les arcs-boutants disparaissaient sous des sculptures innombrables; les flèches et les tours s'abaissaient avec les voûtes; en un mot, l'église ogivale perdait peu à peu son cachet, avec sa sublime hardiesse et son imposante simplicité. Ces altérations, d'abord partielles, peu nombreuses, étaient-devenues très-sensibles et à peu près universelles au xvr siècle» qui termine notre seconde période architecturale.
Ce ne fut qu'au commencement du xv* siècle, que les artistes verriers apportèrent de nouvelles et importantes modifications aux procédés mécaniques et à la partie poétique de leur art. Alors, les plombs, destinés à supporter de plus grandes pièces de verre, clevienuent plus larges et moins nombreux; alors sont introduits les sujets historiques ; les personnages sont plus grands, les traits de leurs figures plus corrects, plus gracieux; leurs vêtements, moins roides, se détachent sur un fond plus clair. On commence avoir des représentations de portails de cathédrale,, de pinacles, de clochetons et d'autres motifs tirés de l'architecture du temps.- Mais, les teintes sont moins vives, le coloris mains fort, les figures perdent en expression r^ liçieuse ce
Îu'elles gagnent en pureté pour le dessin, 'art très-brillant, sans doute, tend à sa décadence, lorsque l'architecture, après des altérations plus rapides et plus sensibles, touche à une véritable révolution.
Les verrières de ces églises éprouvèrent une autre modification importante au xvi* siècle, par suite de la. prétendue découverte de la peinture à. l'huile, qui avait eu lieu à Bruges, en lïl3,.^et dont I influence sur l'art qui nous occupe, l'éntralna, comme nous 1 allons voir^.dans une fausse route au bout de laquelle il devait s'anéantir.
Des verrjers, tels que Jean Cousin, lesfrère.s Pinaigrier, Bernard de Palissy, séduits par la pensée de rendre sur le verre les effets de la peinture à l'huile, inveutèrent l'application des émaux colorant la surface du verre, qui offraient plus de facilité pour exprimer les contrastes d'ombre et de lumière. Ce^s arlîstes ne remarquèrent pas que les couleurs, dans un tableau peint à ITiuile, étant vues par réflection, tandis que dans, un vitrail elles le sont par transmission, les con-
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UCTiONNAlRE
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ditions de la peioture» qui peut tout rendre au moyen au clair-oDscur, étaient toutes différentes de celles de la peinture en verre qui est bornée à rimitation des effets du prisme. Une fois lancés dans cette voie fausse, les artistes dont nous parlons bfltèrenty sans s*en douter, la décadence déjà avancée delà peinture en verre. Ils ne laissèrent pas toutefois crue d'exécuter des vitraux fort remarquables, tels que ceux de Saint-Gervais, de Saint-Ëustache et de Saint- Etienn^-du-Mont» à Paris. Les nouveaux caractères qui distinguent les vitraux de cette période sont des essais de clair-obscur, des lointains d'arbres, des massifs de verdure, des rochers môles aux motifs d'architecture déjà usités.
le ne dois pas oublier ici les admirables vitraux de Téglise collégiale de Brou, près de Bourg-en-Bresse, bâtie de 1511 à 1536, des pieuses libéralités de Marguerite d'Autriche, tille de l'empereur Maximilien et veuve de Philibert le Beau, duc de Savoie. Ces vitraux, exécutés sur une grande échelle^
Sar Jean-Brochon, Jean Orquois et Aatoine loisins, brillent par la beauté des peintures, la correction du dessin, le jet des draperies, les effets délicieux d'arbres, de verdure,^ d'édiQces figurésdans le lointain. Mais ils participent (quelque d'une manière moins sensible) des diverses altérations que j'ai déjà
cription du vitrail de la chapelle de Margue-. rite d'Autriche, fondatrice de TégUse. 11 re-
Ï résente la sainte Vierge, couronnée par le ère éternel et par son divin Fils. Les apôtres sont placés dans le bas, près du tombeau qui renfermait la mère de Dieu. Philibert le Beau, d'un côté, et la princesse, de l'autre, sont présentés, selon l'usage du temps, l'un par saint Philikert, évoque, son patron, l'autre par sainte Marguerite, mar* tyre, sa patronne. On voit au bas dn vitrail les armes du prince et de la princesse, et audessus du couronnement de la sainte Vierge, est repré&vnté en camaïeu le triomphe de Jésus-Christ monté sur un char conduit par les quatre évangélistes et par quatre docteurs de l'Eglise. Devant lui marchent Adam et Eve, suivis de tous les patriarches et pro-
«hètes de l'ancienne loi, et de la mère des [achabées avec ses sept fils. On voit à la suite du char, les apôtres» les martyrs et autres saints du Nouveau Testament. Enfin dans les jours formés par les différentes décou^ pures de pierre qui couronnent ces vitraux,, on aperçoit une multitude d'esprits célestes
3ui célèbrent par leurs chants le triomphe e Jésus-Christ. On ne saurait croire combien il y de poésie, d'inspiration et de ▼ariété dans cette vaste et charmante composition ! Je regrette de ne pouvoir qu'in-* diquer les cinq grands vitraux de rond-
Ï)ointet les figures qu'ils représentent, dans eur partie inKrieure, de Jésus-Christ apparaissant à Madeleine, de Philibert le Beau et de la princesse Marguerite, l'un et l'autre
agenouillés et présentés par leurs patrons, le tout d'une grflce, d'une suavité admirables. Ces cina vitraux, partant presque du niveau du sol et s'élevant jusqu'à la voûte, donnent à ce rond-point une transparence éblouissante et vraiment magique. Pendant les deux jours cjue j'employai à visiter cette basilique, si riche en produits artistiques et indigènes, j'étais sans cesse ramené devant ces vitraux, et je ne pouvais me lasser de les voir et de les admirer. Toutefois, mon admiration, bien sincère ne m'empêcha pas de remarquer les nombreux symptômes de décadence qu'ils offrent aux yeux de l'observateur attentif. Pour ne parler que de ceux qui se reproduisent le plus souvent dans la partie décorative des églises de cette époque, je signalerai l'introduction des personnages profanes, tels que rois, chevaliers, f>rincesses, etc., qui se môlent aux pieuses égendes des saints, en attendant qu'ils les remplacent entièrement. Je signalerai encore les cinquante-six écussons destinés i reproduire les diverses armoiries des ancêtres paternels et maternels de Philibert le Beau et de Marguerite, et les petits croisil* Ions qui représentent les portraits des principaux souverains , leurs contemporains.
Ces médaillons, d'ailleurs fort bien exécutés et très-curieux sous le rapport histori-» que,, occupent la plus grande place dans ces cinq vitraux de chœur, où les sujets purement religieux ne semblent tenir qu'un rans secondaire. On voit que l'inspiration chrétienne s'éteint de plus en plus; mais c'est bien autre chose, quand on examine la partie architecturale de la basilique ; car ici comme ailleurs, les verrières n'ont suivi que lentement les transformations de Téditice. Cette église de Brou, avec son ogive aplatie et presque réduite au plein cintre, avec ses nervures qui se croisent dans tous les sens, avec ses piliers divisés en miller filets, avec ses nefs latérales, percées d» grandes fenêtres de verres tout blancs; celte église, dis-je, avec ces divers caractères,, présente un tpécimen des plus complets du gothique dégénéré du xvr siècle. Iss troi& mausolées de Marguerite de Bourbon, de Marguerite d*Autriche et de Philibert le Beau, placés dans le chœur, sont totalement dépouillés d'emblèmes chrétiens , et les. nombreux génies^ au lieu d'anges, qui les décorent, leur donnent une teinte semi- ^païenne. Ces superbes mausolées,, dont la sculpture surpasse tout ce que Tltalie avait produit en ce genre avant Michel-Ange, sont dus au ciseau d'artistes indigènes, la plupart Français, dont les noms nous ont été conservés ; preuve évidente que nous avions un art complet en djBÇà des monts„ lorsque l'Italie vint nous imposer ses artistes et ses modèles. Cette réflexion m'a fra|»pé, en présence de ces admirables tombeaux, l'avoue que depuis je n'ai rien vu^ dans le^ musées d'Italie, de plus suave, dt*
f>lus fini, que ces délicieuses sculptures de 'éçli»e de .Brou. Mais, je le répèt6,'rinspi« ration religieuse y est étouffée sous le|)0]ds
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D^ESTHETIUUE CHRETIENNE.
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des orittsineDts profanes dont on l'a surchargée. On n'aperçoit partout que tendres devises, chiffres entrelacés, armoiries, lettres initiales liées par des lacs d'amour. Le tombeau de Philibert le Beau, placé à l'entrée du sanctuaire, masque entièrement le maître -autel. On voit que Dieu s'efface de plus en plus dans son temple, jusqu'à ce qu'il en ait été totalement exclu. Plus tard, en effet, lorsque les réminiscences païennes, sortant des collèges, se seront traduites en (aits religieux et politiques, on verra nos modernes Anacharsts révolutionnaires consacrer les temples du Dieu de leurs
Ères aux fêtes renouvelées des Grecs ; on i verra ensuite fermer ces temples deve*^ nus déserts, et écrire sur leurs frontispices : À un Dieu inconnu^ Deo ignoto.
Nous avons laissé l'histoire du vitrail, au milieu du xvi' siècle. Mais avant de poursuivre nos investigations sur sa période descendante, il importe de jeter un coupd'œil sur les trois grands événements qui contribuèrent le plus à cette décadence et à celle de l'art religieux en général, je veux dire l'invention de l'imprimerie, la réforme et la renaissance. Ces deux derniers s'étant manifestés en France vers le milieu du xvi* siècle, époque dont il s'agit, trouvent naturellement ici^ leur place, Je suis obligé de revenir uq peu sur mes pas, pour le premier, rinvention de Timprimerie en U36, laquelle est antérieure pioir conséquent de près d'un siècle à la réforme. C'est par elle que je commencerai.
On sait qu'avant la découverte de Guttemberg, il existait, indépendamment des copistes chargés de la transcription des manuscrits, des enlumineurs, des ymaigiers iciÀ les peintures, chefs-d'œuvre de grâce, de fraîcheur et surtout d'inspiration céleste, ornaient les frqntispices, les initiales, les marges de ces superbes manuscrits en vélin, qui excitent encore notre admiration.
La bibliothèque royale en possède des pins rares et des plus précieux. Dès le xui* siècle, Paris était célèbre par son école d'enluminure, illustre parmi toutes les autres, et devenue le rendez-vous des élèves des nations voisines et même de l'Italie, qui venaient s'y former aux leçons des maîtres français, les plus habiles dans cet art. Dante en iait l'éloge dans sa Divine comédie (758). La comparaison de ces enluminures avec les vitraux exécutés dans le même temps, prouve que c'était à cette école que les peintres verriers puisaient leurs inspirations. La découverte de l'imprimerie lui porta un coup mortel, et réduisit à la misère des milliers de copistes et d'enlumineurs, habitués à vi-,
(758) Voici ce passage de Dante : c Oh ! lui dîsje ( à une ànie du purgatoire ), n'es-iu pas Oderisi, rbouneur d'Âgobbio et Ttionneur de cet arrt qu*on appelle à Paria eiUuniuier? Frère, répondit-il, les parchemins que peint Franco Bolognese sourient aujourd'hui davantage. L'honneur est tout à lui ttainienaat, el il m'en reste à peine... 0 vaine gloire éa pouvtiir humain, comme la verdure passe vite sur la cimet ai elle n'est pas fortifiée par une
vre de la tran/soription et de la peinture des manuscrits. Privés de ces naïfs modèles, les artistes verriers durent aller chercher ailleurs d'autres inspirations, et cette circonstance n'a pas peu contribué à les porter à l'imitation de la peinture à l'huile. Telle fut Tinfluence de l'imprimerie sur la peinture en verre. Celle de la réforme ne lui fut pas moins funeste.
Chateaubriand remarque, dans ses Etudes historiques^ que la réforme se distingua dès son début par une allure princière et aristocratique; d'autres historiens ont fait la même remarque. £n effet, en vertu de son
Principe radical , elle substituait à Dieu homme privé, et même dans l'homme privé, devenu l'objet de toutes ses prédilections et de son culte égoïste, elle mettait le pouvoic matériel au-dessus de la puissance morale; c'^st pourquoi elle se montra si vite l'auxiliaire de tous les genres de despotisme. Dominés par cette nouvelle influence, les princes, les seigneurs, au lieu d'élever, comme leurs ancêtres, des temples magnifiques à Jésus-Christ, voulurent, avant tout, se procurer des demeures somptueuses et commodes, dans ces riches palais |où les arts devaient nécessairement se plier à toutes les exigences du (uxe et de la sensualité. Je n'en cite qu'un exemple entre mille, et je le prends de préférence dans le domaine de la vitrerie. Les vitraux du chAtean d*£couen, exécutés d'après les cartons de Raphaël, représentaient en trente-deux tableaux les scènes de la fable de Psyché. C'est ainsi que les verres coloriés, jadis exclusivement consacrés à la représentation des sujets chastes et mystiques de l'épopée chrétienne, furent détournés peu à peu à un emploi bien différent, et souvent plus que
S)rofane. Je ne parle pas de ceux que la réorme ût vpler eu éclats dans nos églises, par la main de ses vandales iconoclastes; rénumération en serait effrayante.
Les artistes ne tardèrent pas & être entraînés par l'esprit général de Tépoque. Eux, iadis si humbles, si dévoués à la gloire de la religion, si détachés de tout sentiment d'amour-propre et d'égoïsme, eux aussi voulurent se créer une existence confortable, se faire une réputation, travailler pour eux-mêmes. Dès lors ils ne virent plus dans Texercice de leur noble profession qu'un moyen assuré d'arriver à la gloire et à la fortune, devenues U9 besoin pour leur vie naolle, sensuelle et toute' d'apparat. C'est ainsi que l'artiste s'individualisa comme le grand seigneur.
Contemporaine de la réforme, avec laquelle elle a plus d'un point de contact, la
longue suite d'années ! Cimabué crut rester maître du champ de la peinture, et maintenant c*est Giotto qui a là vogue, et il efface la renommée du premier. I
Credetle Qmabue nella peînturii .
Tener lo campo. ed bon h* Giolto ilgrido. Si che la fimu ai colui a^osoira.
{Fwrgaunrss, e. il.)
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Renaissance ne poavait que fortifier oes'dis-
t>ositions des princes et des artistes. Les listoriens sont unanimes dans la peinture qu'ils nous retracent du relâchement des mœurs, de l'affaiblissement de la foL, du mépris général du passé, qui se firent remarquer dans ces deux classes et dans celle des savants et des littérateurs. De telles dispositions étaient la conséquence nécessaire de l'importation du paganisme rationaliste et sensualiste dans une nation toute chrétienne; car l'effet suit toujours la cause, non que je prétende confondre dans un même anathème tous les produits artistiques et littéraires dus à cette infiuence étrangère. Il en*e$t un grand nombre que j'admire sincèrement in 8U0 génère , et je voudrais pouvoir les énumérer et motiver l'admiration qu'ils m'inspirent. Tout ce que ie prétends ici,. c'est de (Constater la part quils ont eue dans la décadence de l'art chrétien. Sous ce rapport, on ne saurait nier l'influence désastreuse des fausses et mal entendues imitations grecques, et des fictions mythologic^ues destinées à défrayer exclusivement la peinture, la sculpture, la poésie et à nourrir l'enfance comme l'Age mûr de leurs inspirations profanes et trop souvent licencieuses.
Ce mouvement, qui devait changer toutes les notions*jusque-là admises sur le beau idéal, en substituant au beau idéal divin^ êurnaturelf le beau idéal humainynaturalistef ce mouvement, dis-ie, commença lors des expéditions de Charles VIII, de Louis XII, en Italie, et sous le règne de François V\ Il devint plus sensible dans la cour voluptueuse des Valois, lorsque Catherine de Médicis prodigua les encouragements les plus actifs aux partisans de la nouvelle école. Alors l'architecture déploya plus que jamais les ordres grecs; la peinture, la sculpture fne s'étudièrent qu'à représenter les dieux, les déesses du paganisme, ses héros, ses nym-
Ïthes, ses amours, ses monstres marins. Dans a plupart des constructions de cette époaue, on fondit quelques membres conservés e l'ancienne architecture avec les éléments de la nouvelle ; il en résulta un genre mixte appelé style composite de la JRenaissance. Mais insensiblement le type grec, bien ou mal rendu, prévalut, et bientôt il ne resta plus le moindre vestige de l'architecture ogivale. Celle des églises fut d'abord moins exposée à la nouvelle influence, parce qu on construisit alors beaucoup plus de palais que de temples ; mais plus tard, les architectes oflicieis ne se firent pas faute de jprodiguer les ordres grecs, soit dans l'édification de nouvelles églises, soit dans les prétendues restaurations exécutées d'après les règles du bon goût antique dans celles déià existantes.
La peinture en verre, si intimement liée à l'architecture religieuse, subit les conséquences inévitables de cette révolution générale, en ^'amoindrissant, en se rapetissant de plus en plus. En effet, ces vitraux mystérieux, aux légendes naïves, aux couleurs
chatoyantes, aux ramifications si légères, si variées, aux évidements si hardis, si gracieux, coDiroi^ut auraient-ils pu aller à ces **ouvelles églises froidement calquées sur les temples grecs ? De telles éelises, avec leur architecture pesante et indécise, avec leurs fenêtres carrées ( quelquefois elles en manguent totalement), avec leurs lourdes architraves, repoussaient évidemment Teoiploi de ces (aoleaux diaphanes, créés par une autre inspiration et pour d'antres sanctuaires. Qu'on se figure par exemple rembarras d'un artiste qui serait chargé d'adapter des vitraux coloriés è la Madeleine ou au Panthéon de Paris !
J*ai déià parlé de la tendance des peintres verriers a substituer peu à peu le dessin au coloris, par suite du désir qu'ils éprouvaient d*imiter les procédés de la peinture h l'huile. Le même motif les porta à peindre avec des couleurs émaillées sur du verre blanc. Hs finirent par ne peindre plus qu'en grisailles, c'est-à-dire au moyeu d une seule couleur ; c'est là le dernier terme de la décadence de l'art. En voulez-vous un exemple frappant? vous n'avez qu'à considérer les vitraux du chœur de l'église de Saint-Sulpice de Parts, exécutés en 1672. Vous remarguerez l'absence complète de verres teints aans la pâte ; ce sont des grisailles, des verres blancs émaillés de jaune. Rien de pauvre, de mesquin comme Teffet de ces vitraux.
Je n'ai rien dit encore de ceux qui avaient été. brisés ou mutilés, pour donner plus de jour aux ég;lis6s. Et comment, sous Tinfluence des nouvelles idées, les auraU-oa respectés, ces produits des siècles d'ignorance et de barbarie I Le véritable sentiment du beau n'avait-il pas été étouffé dans les longues ténèbres du moyen Age? Cette opinion, aussi fausse qu'injurieuse aune grande nation comme la France, était la conséquence nécessaire des admirations exclusives et passionnées de la Renaissance. Aujourd'hui elle est battue en brèche de toutes parts, depuis qu'on s*est mis à étudier les vieux monuments encore debout de notre Çloire artistique. Mais avant qu'une critic^ue instruite et consciencieuse eût fait justice de cet amas de calomnies déversé sur nos annales par la haine et l'ignorance, les chefsd'œuvre de nos arts étaient tous confondus dans la même qualification. Ce n'était que du gothique, que de la vieillerie. Or, les admirables verrières de nos églises devaient être naturellement mises au nombre de ces vieilleries gothiques. Aussi, dans plusieurs lieux on s'exerça à les mutilei, à défoncer même des vitraux entiers , pour procurer
f)lusde jour aux temples saints; car, selon a réflexion d'un écrivain aussi instruit que spirituel, on avait besoin de ce nouveau jour
Eour y voir plus clair dans les nouveaux réviàires. En effet, la liturgie elle-mèiùe n'avait pu échapper aux préoccupations dominantes. Le bon goût, le sentimeifl du beau nous étant, revenus avec les muses païennes, il fallait bien élever jusqu'à elles la poésie trop naïve, trop grossière de nos bariiares
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D ESa'HETiQUE CHRETIENNE.
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ancftires. On pourra se ftire une idée des carieuses tentatives qui furent faites dans ce'sens à Borne même» en lisant le l'3* chapitre du tome 1" des Institutions liturgiques de domGuéranger,abbé de Solesme, ouvrage rempli d'esprit et d*érudition.
Ainsi tomba peu à peu , avec un grand nombre de ses chefs-d^œuvre, l'art de la ])einture en verre, aux effets si magiques» si éblouissants 1 11 n'était plus connu que de nom, lorsque la révolution de 93, contenue en germe dans les divers monuments intellectuels qui ont déjà fixé notre attention, vint briser violemment toutes les traditions du passé. Son vandalisme universel n'épargna presque rien des verrières qui avaient survécu aux fureurs iconoi^lastes de la réforme et au dédain littéraire des Ases postérieurs. Toutefois, le sort des procédés matériels de la peinture en verre ne fut pas anéanti, comme on Ta trop souvent répété. Il se conserva è peu près intact au milieu d'une filière d'artistes connus, jusqu'au moment où des ruines de toute espèce , amoncelées par la révolution, devait naître une réaction salutaire et providentielle en faveur du christianisme et de ses titres imprescriptibles à la reconnaissance des hommes. On connaît, les puissants génies dont se servit, pour opérer ce mouvement réparateur, ce Dieu dont la justice inévitable est plus active et plus vigilante, alors qu'elle parait plus engourdie. Trois siècles de dénigrement et de calomnie, pendant lesquels, selon la profonde et'éoer^ique pensée de M. le comte de Maistre, fhistoire avait été une conspiration flagrante contre la vérité, appelaient une juste réaction contre tant de jugements iniques et passionnés. Cette réaction, devenue plus sensible encore depuis 1830, a ramené bien des esprits à l'étude consciencieuse d'une notable partie de notre histoire, que l'ignorance et des préjugés haineux avaient enveloppée de tant de ténèbres et de mépris. Et telle a été l'influence de ce retour vraiment providentiel vers la poétique chrétienne du moyen Age, que de nos jours tout écrivain, tout artiste qui l'exploite avec quelque talent, peut compter sur un succès assuré et sur la sjrmpathie du public.
Au milieu de ce mouvement réparateur qui a, j*en conviens, son côté de mode et de frivole engouement, mais qui a aussi une haute et sérieuse portée que le temps développera davantage; au milieu, dis-je, de ce mouvement inespéré, la peinture en verre appliquée aux églises ne pouvait manquer de reprendre faveur. Aussi, depuis un certain nombre d'années surtout, a-t-elle reçu de puissants encouragements. 11 suffit de citer la grande manufacture de verres peints, établie è Munich par le roi de Bavière, et en France celles de Clermont dirigées, l'une par M. Thévenot, l'autre- par M. Thibaud ; celle de M. Maréchal, à Metz, et celle de M. Didron, à Paris.
Ces divers essais, s'ils n'ont pas encore, sous certains rapports, atteint la perfection des modèles primitifs ^ altostcut toute-
fois une sdutaire impulsion qui, seeondée
par la persévérance et [les progrès toujours croissants des sciences physiques, pourra un jour égaler et même isurpasser les 'anciennes verrières, objet de notre admiration. Deux svstèmes sont maintenant en présence : le premier, la peinture enverre^ employé pendant la belle époque de l'art; le second, la peinture sur verrej né du désir ou du besoin de rendre les effets de la peinture à l'huile, et perfectionné par les récentes découvertes de la physique. Une description sommaire de ces deux procédés terminerait, convenablement cet aperçu historique sur Torigine et remploi des verres peints, mais ce travail ne comportant guère par sa nature que des détails purement techniques, j'ai cru devoir les omettre.Ceux qu'on va lire sont tirés en grande partie du rapport fait en 1828 à l'académie des Beaux-Arts, par M. Brogniart, une des spécialités les plus remarquables dans l'art qui nous occupe.
La peinture en verre consiste à donner une couleur unie, incorporée dans la pAte et vitrifiée au feu avec la matière même, à divers fragments de verre destinés à former par leur assemblage habilement combiné des tableaux à cempartiments ou à personnages. C'est ce qu'on appelle encore aujourdjiui verres teints ou peinture en verre^ à la différence de la peinture sur verre^ art à peine connu des anciens et qui, grAce aux progrès de la chimie, a été porté à un degré remarquable de perfection chez les modernes. Il consiste à peindre sur du verre blanc toute sorte de carnations, de figures, de fleurs et autres ornements, avec des couleurs vitrifiables, semblables aux couleurs de porcelaine, et à incorporer ees couleurs sur le verre par la cuisson à la mouflle à plusieurs feux. On voit déjà que cette peinture sur verre diffère de fa peinture en verre, en ce qu'elle a lieu sur des verres d'un blanc uni, tandis que la peinture en verre procède sur des verres déjà teints et vitrifiés dans la masse, sur lesquels elle n'opère que pour exprimer les ombres ou demi-teintes au moyen des gris, des bruns et des roussAtres. Ainsi, dans la peinture en verre, la peinture proprement dite vient comme accessoire.
C'est pourquoi on ne l'appelle point peinture sur verre, parce que ses bons effets dépen7 dent pour le moins autant de l'art d'assembler les divers compartiments colorés dont elle se compose que de la perfection du dessin, tandis que dans la peinture sur verre le dessin devient la partie principale. Ce dessin s'exécute sur cle grandes pièces de verre qu'on ajuste au moyen de montures de fer, à la différence des verres teints qu'on lîê en bien plus petits fragments par des filets de i»lomb, comme cela s'est pratiqué pour les belles verrières du moyen âge.
M. Brogniart convient de Tinsuflisance du nouveau système pour l'éclat, le brillant du coloris. Il faudra, dit-il, avoir recours, comme l'ont fait les anciens, aux verres teints dans la masse, et l'on obtiendra par ce moyen, combiné avec celui des peintures réelles, des
DICTIONNAIRE DESTHETIQUË CHRETIENNE.
7ei
effets plus brillants et quelquefois aussi harmonieux que ceux des tableaux à Thulie.
Les plombs de réunion ne doivent pas être regardés comme un obstacle ; placés avec discernement, ils augmentent Teffet loin de lui nuirci, et ils sont, dans beaucoup de cas» préférables aux grillages de fer qui sMnterposent entre le spectateur et le tableau. C'est ainsi que M.. Brongniart revient, comme tant d'antres, à force d'études, vers ce moyen âge si décrié. Après tous les essais de la scien-, ce moderne, il avoue franchement que Tan-' cien emploi des verres teints dans la masse est préférable, sous bien des rapports , au système moderne de peinture sur verre.
J'aurais encore beaucoup de choses à ajou-
ter aux détails qui urécèdenl, touchant l'excellence, l'origine, les phases diverses et les procédés tecnniques de cette branche si intéressante et si considérable de l'art chrétien.
Puissent les quelques lignes que je viens de lui consacrer aider à en faire comprendre toute l'importance au double point de vue du hiératisme et de riconographiel Foy. les mots Peinture, Décoration, 1<U:ole ms TiQCB. Strasbourg {Cathédrale de).
'Walliser. Compositeur allemand , né en 1560. Voy. Musique.
WORMS (Cathédrale de). Yoy. Dimbh-
SIONS,
RESUME AI^ALYTIQUE,