‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 96 sur 168 · RESUME ANALYTIQUE. — DISSERT. U PRELIMIM · texte numérisé non relu

RESUME ANALYTIQUE. — DISSERT. U PRELIMIM

bornerons à rappeler ici les quatre principaux caractères de cette poétique de Tari chrétien, qui sont : la grandeur» le mystère, Tamour, la grflce et la naïveté.

La grandeur, dans cette nouvelle poétique, n*est qu'un reflet de celle de Dieu, tel qu'il s'est révélé h l'homme. Dieu seul, en effet, pouvait nbus faire connaître Dieu; aussi Jébovab qui n'a d'autre nom que celui de l'Etre, Jéhovah, le Dieu des armées, qui est assis sur les chérubins ; qui vole au milieu des^airs dans des chariots de feu; qui, d^un seul mot, peut anéantir des millions d'univers> Jéhovah domine de toute la hauteur du ciel, roiympe avec sa cour mesquine de dieux et de demi-dieux.

Or, ces idées si hautes, si magniflques,

Îue le Verbe fait homme est venu nous onner de Dieu, t)nt imprimé nécessairement à l'art chrétien un caractère de sublimité qu'on rechercherait vainement ailleurs. Cest ce caractère de grandeur morale, propre à Tart chrétien, qui lui imprime un fenre de beauté auquel n'atteignit jamais art des anciens. Et pour ne parler ici que de nos temples, remarquons qu'ils sont plus grands que les temples païens, non-seulement par leurs dimensions, mais encore et principalement à cause de leur caractère au-

SQste et de la majesté des rites qui s'opèrent ans leur enceinte sacrée. (Col. 68-70.)

Le second caractère de la poétique chrétienne, c'est le mystère. Ainsi que nous en bisons la remarque, particulièrement au mot Révélation^ le Verbe incarné ayant singulièrement agrandi l'horizon des connaissances et des sentiments de l'homme dans le domaine de l'infini, il en est résulté, pour ^humanité, plus de lumière, plus de science, plus d'amour, mais en môme temps plus de 4rislesse, plus de désenchantement du présent, et plus d'aspiration vers l'avenir. De là ce mélange de joie et de douleur, de <:rainte et d'espérance, expression vraie d'une réhabilitation laborieuse et non achetée, qui domine l'esprit et le cœur du chrétien. Ainsi, dans son existence, tout est mystérieux comme son culte, tout, jusqu'à ses joies et ses périls, jusqu'à ses craintes et ses espérances. (Col. 70, 71.)

Le troisième caractère de la boétique chrétienne, c'est l'expression de 1 amour divin. En révélant à l'homme un monde nouveau d^idées, d'images et de sentiments, Je christianisme a singulièrement élargi la sphère de son intelligence et de son amour. Or, comme l'amour est son premier besoin sur la terre, Jésus est venu lui apporter réterael aliment de Tamour divin, seul capable de le contenter. lanem veni miUere m terram.

(lue. xu, 49. J On connaît les résultats merveilleux de cet élément jiouveau dans le monde qu*il a transformé. Mais on n'apprécie peut-être pas assez son influence sur l*art 3 ai n'est que l'écho fidèle des sentiments u cœur humain. Le sentiment de l'amour profane dérire de cette influence chrétienne, si l'on ne le considère que dans ce qu'il a de généreux, d'immatériel et d'exalté.

L'amour profane ainsi modifié et en quelque sorte spiritualisé, doit offrir et offre tellement, dans ses différents genres d'expression au moyen des arts et de la poésie, des analogies frappantes avec celle de l'amour divin. £t en effet, y a-t-il quelque chose de plus tendre et de plus exalté, dans la langue de l'amour profane, que les chants séraphiques d'un François d'Assise, d'une Thérèse et de tant d'autres martyrs qui se consumaient dans l'amour de Dieu! Comme l'amour humain, celui-ci a ses délires ; on dirait même ses emportements, dans ces personnages extatiques devenus fous é^a' niour par l'enthousiasme et les transports de l'amour divin, de cet amour qui, selon l'expression de sainte Thérèse, pénètre la moelle du cœur. Mais il ne la ronge pas, et ce n'est point là la seule différence qui le distingue de l'amour profane; car autant l'un est égoïste , jaloux , inquiet, concentré eu luimême, autant l'autre est expressif, large, géreux, calme et sérieux.

Tel est cet amour qui a inspiré la composition des chants, des tableaux, des statues de l'art catholique, non, toutefois > avec l'exaltation et l'impétuosité qui se révèlent dans les cantiques de quelques saints personnages, mais avec cette expression douce, céleste, quoique très-animée et toujours

[)énétrante, qui est lo cachet ordinaire de 'amour divin. (Col. 72, 73.)

Aux caractères de grandeur, de mystère et d'amour que nous révèle la poétique chrétienne, il faut ajouter ce mélange de grAce, «de naïveté qui prête un charme inexprimable à ses compositions dont il tempère admirablement la gravité. Prenons pour exemple la naissance du Verbe incarné; c'est celle d'un Dieu, mais d'un Dieu enfant. Elle est chantée par les anges dans les cieux, célébrée par la joie champêtre des bergers, annoncée par une étoile miraculeuse qui, des confins de l'Arabie, dirige vers le nouveauné les trois mages avec leurs riches présents. Que de chants suaves et gracieux n'inspire pas tous les jours à la lyre chrétienne Marie, rose mystique , lis de pureté, sourco claire et limpide que ne souillèrent jamais les eaux bourbeuses de la concupisc^nC'e; jardin semé de toutes sortes de fleurs de vertus, où ne pénétra jamais le serpent corrupteur! Nous pourrions multiplier ces exemples.

C'est ainsi que l'Incarnation a fourni à la poétique chrétienne ces uuatre caractères do grandeur, de mystère, d amour, de grâce et de naïveté. Et ces quatre çrands caractères, l'Eglise les énumère tous Tes jours dans ce beau cantique d'adon^ion, d amour et de reconnaissance, dont lé début fut improvisé par les an^es dans les cieux : Gloire à Dieu dan$ Us eteux^ et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. {Luc, ii, ik.)

Toute l'économie du christianisme est renfermée dans ce cantique d'adoration, de louange et de prière; l'umté, la grandeur de Dieu, la trinité des personnes, 1 incarnation du Verbe, Fils de Dieu, Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde; les besoins

•t les misères de rhumanité, ses supplica- primée par ce cantique célesle, dans tout ce lions réitérées vers le ciel. El voilà pour- qu'elle a de gracieux, de sublime et de quoi, aussi, la poétique chrétienne est ex- mystérieux . (Col. 74-76.)

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