Protonotaire apostolique, le 13 janv
2. Référendaire de la Signature apostolique, le 13 janv. 1560 (B. Katterbach, Referendarii utriusque Signalurae [Studi e Testi, lv], Rome, 1931, p. 121, 125);
3. Cardinal-diacre des SS.-Gui-et-Modeste : nommé au consistoire secret, le 31 janv. 1560 (Paschini, 10- 11); chapeau conféré le lendemain, au consistoire public (Acta consist., dans Baronius-Raynaldi, 1560, II. 92; Massarelli, Diarium et Firmani, Diaria, dans Conc. Trid., ii, 342, 532); bouche ouverte, le 14 févr. (Eubel, III, 41). Le 4 sept. 1560, il échangea cette diaconie cardinalice contre le titre de S. -Martin in Monlibus, bien que ce titre fût ordinairement porté par des prêtres (Eubel, m, 76). A l'époque de son ordination, il fut promu cardinal-prêtre, le 4 juin 1563 (Pastor, VII, 95). Il n'échangea son titre cardinalice contre celui de Ste-Praxède qu'un an plus tard, le 18 nov. 1564 (Paschini, 115), et conserva ce dernier titre jusqu'à la fin de sa vie. Avant 1575, il signa toujours de son nom patronymique; après cette date, il le remplaça par son titre cardinalice;
4. Cardinal protecteur : du royaume de Portugal. depuis le début de 1565 jusqu'en 1572; — b) des Pays-Bas, depuis mars 1566 (Oltrocchi, 27 a) jusqu'en 1572 (le 13 mars 1570, il est qualifié de proleclor Belgiae; Eubel, m, 41); — c) des cantons catholiques de la Suisse, du 12 mars 1560 (Baronius-Raynaldi, 1560, n. 95; Reinhardt-Steffens, p. xxvii) jusqu'à sa mort; — de plusieurs ordres religieux : Franciscains mineurs et conventuels, du 6 mai 1564 (Sevesi, dans Arch. franc, hist., xxxi, 1938, p. 77; le texte de ce bref tel qu'il est rapporté par G. M. d'Ancona, dans le vol. xix des Annales de Wadding, année 1564, n. 2, est corrompu) au 27 oct. 1572; Carmes, jusqu'au 27 oct. 1572; Humiliali, du 13 févr. 1560 (Sala, Dissertazioni, 414) à leur suppression; des Chevaliers de Malle ou de S. -Jean de Jérusalem, avant le 29 juill. 1560 jusqu'à sa mort; des Chanoines réguliers de la Ste-Croix à Coïmbre, des Chevaliers de S. -Lazare (avait cessé de l'être en oct. 1571). En 1580 et 1582 il envoya un légat pour réformer et pacifier l'ordre du Christ en Portugal;
5. Administrateur du diocèse de Milan, avec obligation de rester à Rome (bref de nomination du 7 févr. 1560, expédié le 23 févr.; ainsi s'explique la double date donnée par Sala, Fascic. conclus., 12 sq. ; cf. Eubel, m, 41, 257). Il sera préconisé archevêque de Milan le 12 mai 1564 (Sala, Docum., m, 819) et comptera les années de son épiscopat à partir de cette date (Paschini, 85);
6. Administrateur des légations de Bologne et de Romagne depuis le 26 avr. 1560, et des Marches depuis une date plus tardive (Acta consist., dans Baronius-Raynaldi, 1560, n. 92; Massarelli, £)/a/-iu/n, dans Conc. Trid., ii, 344); il garda cette fonction jusqu'au 7 déc. 1563 (S. C. B., 73);
7. Conimendatairc de nombreuses abbayes avec douze églises (Bascapè, 15-16). Dès le 22 janv. 1560.
il en reçut trois dont une en Portugal et une en Flandre;
8. Préposé à la Secrétairerie d'État (voir paragraphe suivant);
9. Membre de la Consulta, assemblée de huit ou dix juristes se réunissant deux ou trois fois la semaine pour l'expédition des affaires courantes intéressant l'administration civile des États pontificaux; avant le 22 janv. 1560 (Rivolta, Epistolario, 276; Giac. Soranzo, dans Albèri, x, 135; Paschini, 126);
10. Membre de la commission des quatorze cardi- I naux, se réunissant tous les jeudis " pour la réforme des mœurs »; depuis mars 1560 (Massarelli, Diarium, dans Conc. Trid., ii, 343);
11. Membre de la commission de cinq cardinaux créée le 18 août 1563 pour préparer la fondation du séminaire romain (Susta, iv, 196);
12. Archiprêtre de Ste-Marie-Majeure, peu après le 6 oct. 1564, jusqu'en 1572 (Paschini, 115);
13. Grand pénitencier, du 3 nov. 1565 (Paschini, 147, n. 9) jusqu'en 1572 (E. Gôller, Die pàpstliche Poenitenliarie, ii-2, Rome, 1911, p. 98, n. 27);
14. Membre, de la commission de ravitaillement de la ville de Rome, avant le 17 févr. 1560 (Paschini, 22, 107);
15. Citoyen d'honneur de la ville de Rome, lel«'juill. 1561 (diplôme reproduit dans Echi di S. C. B., 207).
Dans tous ces emplois, il considéra toujours le service à rendre plutôt que la gloire à récolter. En le favorisant ainsi, Pie IV avait fait montre de « népotisme providentiel ».
2° Le bras droit du pape. — 1. Le cardinal neveu. — L'intention du pape était de faire de Charles son bras droit : il mit à sa disposition un logement au Vatican ; il l'aida à recruter les cent cinquante membres de sa jamilia et les fit habiller de velours noir aux frais du trésor pontifical. L'un d'eux, Giulio Pogiani, entré à son service comme secrétaire, a laissé sur lui de nombreux détails dans sa correspondance, publiée en 1757.
ïîxtérieurement, le nouveau cardinal ne payait pas de mine : il n'eut jamais le sens du panache et fut handicapé par plusieurs défauts, dus avant tout à la timidité de son tempérament et à une certaine lenteur d'esprit. Tous ceux qui le rencontrèrent pour la première fois parlent de lui comme d'une personnalité très effacée (Mocenigo et Girol. Soranzo, ambassadeurs vénitiens, 1560 et 14 juin 1563, dans Albèri, x, 53, 74; le cardinal de Mantoue au duc de Florence, 9 mars 1562, dans Susta, ii, 407; Requesens à Philippe II, 30 avr. 1564, 5 janv. 1565, dans Pastor, vu, 87).
Mais le pape avait discerné chez son neveu les indispensables qualités de fond : serviabilité, patience, modestie, désintéressement, zèle, conscience du devoir; il savait pouvoir compter sur lui pour neutraliser l'influence des hauts dignitaires ecclésiastiques, des souverains et de leurs créatures.
Ch. B. répondit pleinement aux espoirs de son oncle. Les témoignages qui le concernent sont très louangeurs : È huomo di frutto et non di fiore, de'fatti et non di parole, écrivait de lui le cardinal Seripando (à Paolo Manuzio, 28 juill. 1562; Pastor, vu, 98). Sa capacité de travail semblait sans limites : il i)ouvait consacrer sept heures d'affilée à l'étude d'une question sans se fatiguer (Bascapè, 182), et il ne cessa jamais de mesurer fort étroitement le temps réservé aux repas et au sommeil (Pastor, vu, 89), bien que cette dernière privation lui eût été au début fort pénible (B. à son oncle Guido, 22 janv. 1560; Sylvain, i, 50).
2. La Secrétairerie d'État. — Voir P. Richard, ; Origines et développement de la Secrétairerie d'État apostolique (1417-1823), dans Revue d'hist. ecclés., XI, 1910, p. 521 sq. La tradition qui représente B, |
comme le premier en date des secrétaires d'État est historiquement controuvée. Son action organisatrice s'y borna à améliorer quelques services préexistants. La partie principale de ses occupations consistait à en assurer le fonctionnement. Par bonheur, il y était puissamment secondé par Tolomeo Gallio, l'ancien secrétaire du cardinal de Médicis, resté à son service après qu'il fut devenu pape (voir sur lui P. O. von Tome, Ptolémée (sic) Gallio, cardinal de Côme, Paris, 1908). Chaque matin, accompagné de Gallio, B. se rendait auprès de son oncle et passait plusieurs heures à lui soumettre les résumés de toutes les missives reçues au cours de la journée précédente et à prendre note des réponses à faire (Girol. Soranzo, dans Albèri, x, 77; Susta, i, p. xxxiv). La rédaction des dépêches revenait à Gallio, mais les minutes en étaient toujours revues par B. et parfois soumises par lui au ])ape en personne. Cette correspondance était énorme : outre les relations épistolaires avec le concile de Trente et celles avec les envoyés accrédités auprès des puissances, elle comprenait toute la paperasserie administrative courante (suppliques, demandes de faveurs, recommandations, réclamations, etc.). Le iii« vol. des Documenti publiés par Sala permet dè se faire une idée de la variété des affaires qui étaient soumises à B. Destinataire de toutes les lettres adressées au S.- Siège, reviseur et signataire de la presque totalité de celles qui en étaient expédiées, on peut dire qu'il « tenait entre ses mains les fils d'une machinerie colossale » (Dieringer, 147).
Pourtant son rôle, tout élevé qu'il fût, était celui d'un subordonné. On l'a parfois oublié : des hagiographes, plus soucieux de panégyriques que de vérité historique, ont voulu voir en B. le vrai responsable de tout le pontificat de Pie IV. C'est là fausser les perspectives. Celles-ci sont excellemment rétablies par L. Celier (43-44) : « Pie IV n'avait abdiqué entre les mains de son neveu aucune part de son autorité. S. Charles, surtout dans les premières années, ne fait pas du tout figure de chef de gouvernement : cela n'aurait convenu ni à son âge, ni au caractère de Pie IV. Le pape donnait l'impulsion à tout et gardait la décision suprême; son neveu s'elTorçait de le seconder... Les lettres signées par S. Charles sont innombrables; il ne faut pas oublier qu'elles étaient destinées à transmettre non sa propre pensée, mais celle du pape. »
Il est certain que la pondération du neveu n'approuvait pas toutes les décisions à l'emporte-pièce de son oncle. Il ne refusait pas ses conseils, mais ce n'était pas à lui d'imposer sa façon de voir, ni même de la suggérer. On constate que, dans des questions où son attitude ultérieure montra qu'il ne partageait pas les sentiments de son oncle, il poussa la déférence jusqu'à n'en rien laisser voir tant que celui-ci vécut. Ainsi dans la célèbre affaire du procès et du châtiment infligé aux cardinaux Carafa (R. Ancel, Le procès et la disgrâce de<! Carafa, dans Revue bénéd., XXII, 1905, p. 525; xxiv, 1907, p. 224, 479; xxv, 1908, p. 194; XXVI, 1909, p. 52, 189, 301).
3° Ch. Borromée et le concile de Trente. — 1. Négociations. — Des auteurs de second rang et des panégyristes ont exagéré le rôle joué par B. à l'occasion de la reprise du concile. Une histoire impartiale et mieux éclairée doit rendre à chacun son dû. Le premier artisan de la reprise du concile de Trente fut le pape en personne. A lui en revient le mérite principal. Il est vraisemblable qu'avant de s'y décider il en aura parlé à son cardinal neveu; B. aura donc pu par ses ; conseils confirmer son oncle dans sa décision en faveur I de la solution adoptée. Cette décision pr\t corps rapidement. Le 29 nov. 1560, fut promulguée la bulle [ d'indiction pour le jour de Pâques, 6 avr. 1561 (Bull.
CHARLES BORROMEE
Rom., VII, 90 sq. ; Conc. Trid. (Ehses), viii, 103). Mais l'aplanissement de nombreuses difTicultés préliminaires surgissant du côté des souverains força à en remettre l'ouverture jusqu'au 18 janv. 1562.
En sa qualité de secrétaire d'État, B. dirigea la correspondance entre Rome et Trente; il s'acquittait de cette tâche en suivant fidèlement les directives de son oncle. Sa charge lui permit de ne rien ignorer des intrigues, manœuvres et machinations inséparables de toute réunion conciliaire. Le récit de l'activité qu'il déploya à cette occasion relève plus de l'histoire du concile de Trente que de sa biographie. Nous nous bornerons ici à mentionner la part déjà considérable qui lui revient personnellement.
La correspondance de B. avec Trente n'est pas exempte de passages confidentiels où perce, à travers l'exposé de la façon de voir pontificale, celle du secrétaire d'État. Il eut même l'occasion de joindre aux missives officielles des billets exprimant son opinion personnelle : ainsi au sujet du sauf-conduit à accorder aux protestants (B. à Simonetta, avr. 1562; §usta, II, 76), du devoir de résidence des évêques (B. aux légats, 11 mai 1562; ibid., 136), de la préférence à accorder aux canonistes par rapport aux théologiens pour le règlement des questions délicates (ibid., m, 272).
L'action personnelle du cardinal B. fut encore plus visible lors du conflit concernant l'indiction conciliaire et lors de la menace de disgrâce du cardinal de Mantoue, président du concile. Fallait-il déclarer explicitement que l'assemblée réunie à Trente continuait les deux réunions tridentines précédentes? Conformément à une directive romaine du 29 mars 1562 (Susta, II, 71), les légats avaient promis de n'en rien faire, ce qui tranquillisait la délégation allemande soucieuse de ménager les susceptibilités luthériennes. Mais les Espagnols insistèrent à Rome et y obtinrent gain de cause : un bref du 30 mai 1562 (ibid., 175) enjoignit aux légats de faire cette déclaration. N'osant obtempérer à cet ordre, les légats venaient de décider le départ pour Rome d'un des leurs, le cardinal Alteinps, lorsqu'un nouveau bref parvint à Trente, expédié de Rome quelques heures après le précédent (ibid., 180); le pape y modérait ses premiers ordres et en remettait l'application à la circonspection de ses légats. Une lettre du cardinal B. jointe au même courrier (ibid., 181) expliquait comment le pape s'était ravisé après une nuit de réflexions. On s'accorde à croire que les conseils de son neveu n'y furent pas étrangers.
Parmi les questions soumises aux délibérations conciliaires figurait le point de savoir si la résidence des évêques dans leurs diocèses était de droit divin. Sur ce point le désaccord était profond entre deux groupes de prélats (la majorité des Italiens contre tous les autres), ainsi qu'entre deux légats pontificaux, le cardinal de Mantoue, président du concile, et le cardinal Simonetta, éminent canoniste (20 avr. 1562; Susta, ii, 86). Le pape, alerté par Simonetta (27 et 30 avr. 1562; ibid., 91, 135), décida avec sa célérité coutumière d'envoyer à Trente de nouveaux légats avec un nouveau président (8 mai; ibid., 135). B. obtint du pape de surseoir à l'envoi de la nouvelle délégation. Entre temps, il avertit Mantoue de ce qui se tramait (11 mai; ibid., 139-43), lui donna l'occasion de se disculper (18 mai; ibid., 146-49), et décida finalement le pape à envoyer d'abord à Trente un de ses parents et amis, l'évêque de Vintimille, Carlo Visconti, en qualité de négociateur entre les parties en conflit (instructions rédigées par B., 20-25 mai; ibid., 455-60). Averti par \'isconti du tort qu'aurait fait au concile le départ de Mantoue (25 juin; ibid., 488), le pape refusa sa démission et lui rendit sa confiance (ibid., 220).
Le cardinal B. parvint encore à obtenir des Pères du concile qu'ils s'en remissent au pape pour tout ce qui concernait la réforme de la Curie romaine, cette question épineuse et délicate menaçant de devenir un nouveau point de friction.
A partir de 1563, les relations entre Rome et Trente furent moins agitées et plus confiantes. Alors qu'en janv. 1562 B. invitait les légats à tenir le S. -Siège au courant de la moindre nouvelle, sans regarder à la dépense occasionnée par l'envoi répété de courriers (Susta, II, 1-2), il leur demande, en mai 1563, de n'écrire que pour des choses importantes, en se bornant à informer de ce qui se fait et non pour solliciter à tout instant des ordres et des directives (ibid., m, 272). Il fallait avant tout accélérer les délibérations pour pouvoir achever le concile cette année même. La correspondance de B. se concentra bientôt sur cet unique objectif. Il pouvait d'ailleurs s'en remettre entièrement aux qualités diplomatiques du cardinal Morone, président du concile depuis la mort de Alantoue.
B. fut aussi chargé de l'économat des services conciliaires. Son administration financière fut prudente : durant ses années d'études, il avait appris à compter. Cependant, il ne mesura jamais ses crédits (B. au cardinal de Mantoue, 11 juill. 1562; C. Vitali, S. C. e il concilio di Trenlo, dans Scuola callolica, sér. IV, xviii, 1910, p. 780), même lorsque les disponibilités commencèrent à tarir dangereusement (B. aux légats, 31 mars 1563; ibid.).
Toute cette action extérieure du cardinal se doublait encore de celle qu'il exerçait tous les matins au cours de ses entretiens avec le pape et dont il sera toujours impossible de déterminer l'ampleur.
Le 26 janv. 1564, une bulle pontificale, contresignée par tous les cardinaux présents, parmi lesquels B., donnait force légale aux décisions tridentines.
2. Application. — L'instrument de réforme était forgé; restait à s'en servir. Ici encore, le cardinal B. exerça une action de premier plan.
Il se mit sans retard à prendre connaissance personnellement des nouveaux décrets. Fidèle à son tempérament méthodique, il les classa dans ce but en trois catégories : le Sancta sanciorum, concernant la foi et les sacrements; le Sancla, groupant les questions de réforme et de discipline ecclésiastique; la dernière catégorie se rapportant aux laïques (Giussano, 37).
Il fit partie du groupe des quatre cardinaux désignés au consistoire du 18 août 1563, puis de nouveau le 29 déc, pour faire observer les bulles de réforme (Paschini, 107, 110). Il fit partie également de la Congrégation de huit cardinaux instituée par un motu proprio pontifical pour l'interprétation des décrets du concile (2 août 1564; Bull. Rom., vu, 300; Pastor, VII, 658 sq. ; Panvinius, dans Conc. Trid., ii, 599), et qui devint la Congrégation Super inquisitione herelicae prauitatis (Bull. Ront., vu, 301, 298).
Sur plusieurs points, le concile s'était borné à des directives générales, laissant à l'initiative pontificale le soin de les préciser. En particulier, la rédaction d'un sommaire de la doctrine chrétienne, la revision de la Bible et des livres liturgiques, l'établissement d'un Index furent confiés au pape. Selon une très ancienne tradition, B. aurait surveillé la composition du Catéchisme du concile de Trente, qui était prêt à paraître lorsqu'il quitta Rome. Il aurait aussi collaboré à la revision du missel et du bréviaire (Oltrocchi, 38 b), ainsi qu'à la nouvelle édition originale des Pères grecs avec traduction latine entreprise en 1561 par P. Manuzio. Paschini (75) met en doute qu'il ait pris une part directe importante à ces travaux. On sait qu'il obtint du duc de Florence des manuscrits patristiques grecs (Pastor, vu, 296; Oltrocchi, 38 a);
on sait qu'il continua de Milan à s'intéresser à l'achèvement du missel et du bréviaire (J. Schmid, Theol. Quarlalschri/t, 1884, p. 654); on sait qu'il fit des démarches en faveur de la composition d'un homiliaire (Sala, Docum., ii, 244, 246, 258); on sait que son secrétaire Pogiani travailla au Catéchisme (Pastor, VII, 291). Mais ce ne sont là que des indices secondaires.
Concernant la musique d'Église, le concile avait blâmé toute mélodie profane et toute polyphonie empêchant de comprendre le texte chanté. Cette directive théorique, appliquée à la lettre, eût conduit à supprimer toute la musique usitée à cette époque. Une commission cardinalice, chargée de trouver une solution, délégua à cet effet les cardinaux Borromée et Vitelli. Ceux-ci firent appel à Palestrina, maître de chapelle de Ste-Marie-Majeure depuis 1561, et lui demandèrent de composer trois messes. On a cru longtemps, sur la foi d'un codex des archives de la chapelle Sixtine, qu'un groupe de trois messes, dont la seconde est la célèbre Messe du pape Marcel, fut composé à cette occasion; en réalité, celle-ci est quelque peu antérieure (Harbel, Die Kardinalskommission von 1-564 und Palestrinas « Missa Papae Marcelli », dans Kirchenmiisikalisches Jahrbuch, vi, 1892, p. 82, 97). En 1565, B. fit encore composer des messes en « musique intelligible » par deux compositeurs milanais, Ruffo et Don Nicolas.
4° Vie privée. — Sans avoir jamais mené une vie licencieuse, le cardinal B. ne fut pas, dès le début, l'ascète qu'il devint dans la suite. Au milieu de toutes ses besognes, il trouvait encore le temps de s'instruire et savait user des distractions propres aux jeunes gens de son âge entrés dans la cléricature (échecs, balle, culture physique, voire parties de chasse; Steinherz, 1, 324, et A. Boll., xix, 76-77 : dans une lettre du 4 déc. 1561 il demande au nonce d'Allemagne, Delflno, qu'on lui envoie des chiens de grosse chasse). Il était aussi un des meilleurs musiciens du Sacré Collège, sachant manier le luth et le violoncelle.
Pour combler les lacunes de sa formation intellectuelle, il réunissait, le soir, quatre fois par semaine, dans ses appartements, un cénacle de brillants esprits choisis parmi ses familiers. Ils formèrent l'académie des Noctes Vaticanae. Leurs réunions se tinrent du 20 avr. 1562 au 14 sept. 1565. Il y avait là, entre autres, un futur pape, Ugo Boncompagni (Grégoire XIII), plusieurs cardinaux ou futurs cardinaux : Simonetta, François de Gonzague, Guido Ferrari, Agostino Valier, Francesco Alciati, Silvio Antoniano, Carlo Visconti, Tolomeo Gallio. A chaque réunion étaient prononcés plusieurs discours latins en l'honneur d'un princeps excellentissimus, élu au sort tous les mois par les membres de l'académie. Celui-ci devait alors y répondre par autant d'improvisations. Un recueil de ces exercices oratoires fut publié au xviiie s. par G. A. Sassi {infra, bibliographie). Il contient trois discours signés Chaos (pseudonyme dont Ch. B. se servait durant ces réunions) ; un commentaire de la quatrième béatitude, une condamnation de la luxure et un éloge de la charité. Ce sont d'honnêtes exercices de style à la mode du temps (L. Berra, L'accademia délie Nolli Vaticane fondata da S. C. B., Rome, 1915).
Une part non moins importante de son activité était consacrée aux nombreuses cérémonies et réceptions pontificales : entrées princières, processions, solennités diverses (énumération, d'après le calendrier hebdomadaire de VAvvisatore di Roma, dans Paschini, 17-18, 31-34, 115; autres détails d'après Firmani, Diaria, dans Conc. Trid., ii, 536-42).
Il profita aussi de sa situation pour accroître le lustre de sa famille. La grandeur des Borromée n'était pas pour lui un vain mot. Se rendant à Rome pour rejoindre son oncle nouvellement élu pape, il écrivit
en cours de route à Arona pour qu'on lui fît parvenir sans retard écussons et notices de famille (Rivolta, Epislolario, 267). Deux ans plus tard, il revint à la charge auprès de Tullio Albonese pour obtenir des détails généalogiques (2 juill. 1562; Paschini, 14). Son zèle se dépensa surtout pour ménager à ses frères et sœurs des alliances brillantes : son frère aîné, Frédéric, épousa Virginie délia Rovere, fille du duc d'Urbin (mariage par procuration, 5 mai 1560) ; sa sœur Camille se maria avec César de Gonzague (entre le 29 mai et le 16 juin 1560, dans Paschini, 35-36; ce beau-frère devint un de ses plus fidèles correspondants); sa sœur Geronima, avec un seigneur napolitain, Fabrizio Gesualdo, prince de Venosa (peu avant le 16 mai 1562; ibid., 39); sa sœur Anne, avec Fabrizio Coloniia, amiral de la Ootte de Sicile (9 juill. 1562; ibid., 40-41); sa demi-sœur Hortense, avec son cousin germain Annibal von Hohenems (6 janv. 1565). Dans toutes ces tractations matrimoniales, le rôle du cardinal B. fut très important. Mais il n'admettait pas que ses parents se prévalussent des liens du sang pour obtenir des avantages ecclésiastiques : « En matière de bénéfices, écrit-il, je ne veux ni ne dois faire aucune considération de personne, mais avoir égard seulement au plus grand service de Dieu » (Sylvain, m, 127). A. Rivolta (Epislolario, 267-80) donne le régeste de sa correspondance privée de 1560 à 1565.
Le 19 nov. 1562, Frédéric Borromée fut emporté par une mort presque soudaine. Cette disparition de son aîné lui faisant « toucher au vif notre misère et la vraie félicité de la gloire éternelle » (B. à une parente, 15 déc. 1562; Sylvain, i, 75), fut pour Charles le signal d'une première « conversion ». Le soir même, il manda son confesseur franciscain et mit au point avec lui un programme de changement de vie (Bascapè, 9; Oltrocchi, 27 d).
Bien qu'il fût désormais l'aîné de la famille et le continuateur du nom, il résolut de se préparer au sacerdoce. Depuis 1560 (déc.?), il était déjà sous-diacre (A. Boll., xiv, 346) et probablement aussi diacre (Paschini, 19). Les biographes, se recopiant mutuellement depuis Giussano (29), voudraient que Pie IV eût conçu le projet de lui faire quitter la carrière ecclésiastique et prendre femme. Des rumeurs de cette espèce circulèrent dans l'entourage pontifical, durant les premiers mois de 1563 (Bascapè, 9). Pie IV les démentit catégoriquement, lors du consistoire du 3 juin, et y éleva son neveu au rang de cardinal-prêtre (A. Bail., xiv, 346; Sala, Docum., m, 269; Paschini, 82; Acta consisl., dans Susta, iv, 68).
Ch. B. fut ordonné prêtre par le cardinal Cesi, le 17 juill. 1563 (Pastor, vu, 95). Le 7 déc. de la même année et le 25 janv. 1564, il reçut la consécration épiscopale et le pallium (Sala, Docum., m, 817-18; Paschini 84-85; les dates données, à la suite de Giussano, par beaucoup d'auteurs sont inexactes).
Au cours des mois suivants, il imprima à son train de vie un cachet plus ascétique : il restreignit son personnel à quatre-vingts membres et son écurie à vingt chevaux (Pastor, vu, 97, note; cf. 341, note); il se refusa tout divertissement, fût-ce une simple promenade; il renforça son programme de veilles, de jeûnes, de prières et de disciplines. Depuis mai 1563, sous l'influence d'un nouveau membre nommé Pellegrino, il avait transformé les Nocles Vaticanae en conférences religieuses. Il s'efforça aussi de compléter les lacunes de sa formation première, trop exclusivement juridique. Il s'exerça surtout à l'éloquence, prenant la parole à Ste-Marie-Majeure, à Ste-Praxède et dans divers monastères. D'après Pastor (vu, 95), l'idée lui serait même venue d'entrer chez les Camaldules; il en aurait été détourné par l'évêque de Braga, Barthélémy des Martyrs. Mais le texte de Bascapè (9)
est très vague et celui de Giussano peut être compris d'un désir de se recueillir quelques jours dans un ermitage. Cependant, l'évêque de Braga, comme aussi son confrère dominicain, l'évêque de iModène, Egidio Foscarari, comptent parmi les principaux artisans de la transformation ascétique de B. Ils partagent cet honneur avec son directeur de conscience, le jésuite Ribera, par qui il se fit donner les Exercices de S. Ignace comme préparation immédiate au sacerdoce ou à sa première messe (Ratti, 4; Paschini, 83; voir, ibid., 93-94, le récit de la manière pittoresque dont le cardinal fit la connaissance du jésuite).
Fort mécontent de ce qu'il appelait des mœurs de théatin, Pie IV menaça de consigner la porte de son neveu aux deux jésuites, les PP. Ribera et Laynez, qu'il estimait les princii)aux responsables de cette transformation ascétique (Pastor, vu, 96). Cette affaire fit du bruit jusqu'en Espagne, ce qui nécessita une mise au point du secrétaire général des Jésuites (Polanco à Araoz, 28 avr. 1564, dans Astrain, ii, 208 sq.; sur cet épisode, voir aussi Polanco, Complementa, éd. Mon. hist. S. J., i, 449-52, et Canisii epistiilae, éd. Braunsberger, 530-36).
B. tint bon. L'énergie qu'il déploya à appliquer dans sa propre maison les directives tridentines força l'admiration générale. L'envoyé vénitien, Giacomo Soranzo, notait en 1565 : « Il donne à chacun un si splendide exemple que l'on peut dire à bon droit qu'à lui seul il fait plus de bien à la Cour de Rome que tous les décrets tridentins réunis » (Albèri, x, 133-34, 138). Finalement ce fut le pape qui, s'inspirant de l'exemple de son neveu, réduisit le train de sa maison (Paschini, 105; Pastor, vu, 344). Il lui donna aussi plusieurs nouvelles marques de confiance : permission générale d'emprunter les livres de sa bibliothèque, y compris les « registres » (22 juin, 17 nov. 1564; Paschini, 71-72); charge de conserver dans les archives tous les procès-verbaux des propositions faites au cours des consistoires (6 déc. 1564; ibid., 113). Au consistoire du 12 mars 1565, il ne nomma que des cardinaux conseillés ou du moins approuvés par lui (Giac. Soranzo, 135; Herre, 89 sq.).
5° Borromée et Milan avant 1566. — Nommé depuis févr. 1560 administrateur de l'archevêché de Milan et ne pouvant s'y rendre en personne, il délégua en mai 1560 Antonio Roberti pour en prendre possession en son nom; il s'y fit ensuite représenter à demeure par son agent Tullio Albonese. A la fin de 1561, il pria Sebastiano Donato, évèque de Bobbio, de le visiter. Donato ayant été surpris par la mort, Borromée s'adressa à Girolamo Ferragata, qui arriva à Milan le 23 avr. 1562.
Durant cette même année, désirant introduire les jésuites dans son diocèse, il insista auprès du Sénat milanais pour vaincre sa méfiance (Sylvain, m, 56). L'année suivante, son vœu fut exaucé : le 24 juin 1563. les Pères Palmio et Carvajal venaient s'installer à Milan.
Plus importante encore par ses conséquences fut l'envoi à Milan comme vicaire général d'un prêtre de Vérone, Niccolô Ormaneto (sur ce dernier, voir F. M. Carini, Mons. Nicole Ormaneto, Rome, 1894; C. Robinson, Nicolo Ormaneto, Londres, 1920). Ormaneto arriva à Milan le l'''' juill. 1564. Il convoqua un synode diocésain et y promulgua les principaux décrets du concile de Trente (29-31 août; Acla Eccl. Mediol., i, 265-66). Outre diverses mesures de réforme et quelques visites d'églises, sa réalisation principale fut l'ouverture, à la S. -Martin 1564, d'un séminaire diocésain, installé d'abord dans des locaux de fortune, puis, à i)artir du 5 mai 1565, dans la prévôté S. Giovanni in Porta Orientale, qu'un niotu proj^rio du pape avait enlevé aux Humiliati (Sala, Docum., i, 150).
B. obtint du P. Laynez, général des Jésuites, l'envoi à Milan, de trente Pères, chargés à la fois de l'administration du séminaire, de la direction spirituelle et de l'enseignement (13 déc. 1564). Ormaneto s'étant fait l'écho de protestations élevées par des membres du clergé milanais, le cardinal maintint son choix (B. à Ormaneto, 6 janv. 1565; Sylvain, m, 57-58). B., qui avait supporté les principaux frais d'installation de son séminaire, témoignait à son égard d'une sollicitude particulière; il désirait être renseigné, « jour par jour », sur tout ce qui le concernait, y compris le programme des cours, la liste des élèves et la couleur de leur uniforme (B. à Ormaneto, 20 janv. 1565; Sylvain, i, 264).
Ormaneto s'attaqua aussi à la réforme des couvents de religieuses. L'observation de la clôture y était tombée si bas que des témoins du procès de canonisation racontèrent y avoir assisté à des bals (Sylvain, I, 266). Le retour à la normale, mesure qui comportait alors le placement des grilles dans les parloirs, rencontra une très vive opposition, tant parmi les religieuses que parmi les membres de leur famille. Le couvent des dominicaines de la Porta I.udovica, où habitaient deux sœurs du pape et Isabelle, la sœur aînée du cardinal, se fit remarquer par son obstination. B. et Pie IV durent leur écrire longuement pour leur faire entendre raison (lettre du cardinal, 28 avr. 1565; lettre du pape, 26 mai 1565; Sylvain, i, 267-70).
Le concile de Trente avait prescrit à chaque métropolitain de réunir ses suffragants en un concile provincial. B. ne pouvait se soustraire à ce devoir. Pie IV lui permit de se rendre pour quelque temps à Milan, ajoutant aux pouvoirs de légat a latere pour toutes les régions d'Italie qu'il traverserait d'autres pouvoirs exceptionnels (17 et 31 août 1565; Sala, Docum., i, 155 sq., 483).
Parti de Rome le 1" sept., B. reçut un accueil princier dans toutes les villes où il Ht halte (Florence, Bologne, Modène, Parme, Plaisance); il s'arrêta aussi dans son abbaye de Nonantola et dans celle de Chiaravalle. Le 23 sept., il fit son entrée solennelle à Milan « comme archevêque, avec la chape et la mitre, monté sur un cheval blanc, et non point comme un légat » (B. au cardinal de Côme, 23 sept. 1565; dans S. C. B., 116-17). Le récit de ce voyage est publié dans A. Castellucci, Un episodio delta vita di S. C. B., Rome, 1927.
Le soir même de son arrivée, il entreprit la réunion d'un concile provincial. Celui-ci se tint du 15 oct. au 3 nov. et groupa onze évêques (Acta Eccl. Mediol., i, 1-50; approbation par Pie V, 6 juin 1566, dans Bull. Rom., VII, 458; cf. Baronius-Laderchi, xxxv, année 1566, n. 209). Pie IV félicita le cardinal dès le 22 oct. 1565 (Sylvain, i, 288). Muni d'un bref du 24 oct. (Sala, Docum., i, 168), B. visita aussi les monastères et collégiales de sa ville épiscopale.
Quelques jours après la clôture du concile, il quitta Milan pour Trente, en compagnie du cardinal de Verceil, afin d'y escorter vers leur nouvelle patrie les deux archiduchesses. Barbe et Jeanne d'Autriche, fiancées l'une au duc de Ferrare, Alphonse II d'Esté, l'autre au prince héritier de Florence, François de Médicis. Tandis que l'escorte, partie de Trente après le 21 nov., faisait route à petites journées, des dépêches alarmantes parvenaient de Rome au cardinal concernant la santé de Pie IV. Finalement, il n'y tint plus, quitta à Firenzuola l'escorte princière et revint à Rome à bride abattue, juste à temps pour préparer son oncle à la mort, lui administrer les derniers sacrements et recevoir son dernier soupir (9 déc. 1505; Baronius- Raynaldi, année 1565, n. 28; Panvinius, dans Conc. Trid., u, 600; la date du 10 déc. avancée par beaucoup d'auteurs est inexacte).
6° Le conclave de 1-565. — Après le décès de Pie IV, plusieurs cardinaux soulevèrent des objections contre l'ouverture immédiate d'un conclave. Mais le cardinal B. insista pour que la prescription renouvelée par le pape peu avant sa mort et selon laquelle un conclave devait s'ouvrir dans les dix jours ne restât pas lettre morte. Il eut gain de cause.
Au conclave, ouvert le 19 déc. 1565, le cardinal B., leader incontesté des vingt-quatre cardinaux nommés par son oncle, était de ce fait l'arbitre de la situation : son groupe disposant de plus du tiers des voix, « en sa main était l'exclusive de tous ceux qui se trouvaient dans le conclave » (C. Borghèse à César Borromée, 2 févr. 1566; Arch. slor. Lomb., 1903, p. 360). Aussi, dans leurs rapports, les observateurs étrangers signalent-ils toujours avec soin la position prise par B. à l'égard des candidats possibles. Sur son lit de mort. Pie IV lui avait donné à ce sujet ses dernières recommandations : faire élire un membre de son groupe ou, à défaut, le candidat recommandé par Florence (Pastor, VIII, 17). Toutefois, avant d'entrer au conclave, B. ayant consulté des jésuites sur l'attitude à y adopter (Salmeron, Epistolae, éd. Mon. hist. S. J., II, p. XIV, 60, n. 9) résolut de laisser une grande liberté aux membres de son groupe : il s'engagea même vis-à-vis de son cousin le cardinal Altemps à ne pas appuyer la candidature d'un religieux (Pastor, VIII, 27). Mais il était décidé à n'accepter qu'un partisan convaincu de la réforme tridentine. Il réussit ainsi à contrecarrer toutes les candidatures qui lui déplaisaient, mais ne parvint à faire passer ni Morone, bien qu'il l'eût essayé à trois reprises, ni Sirleto. Finalement il tenta une démarche auprès de Farnèse pour le convaincre de renoncer à sa candidature et de proposer un candidat qui, réunissant l'assentiment des deux groupes principaux, serait assuré de l'élection. L'accord se fit et, en moins de deux heures, le choix tomba sur le cardinal Ghislieri qui fut élu et prit le nom de Pie V (7 janv. 1566; cf. B. Hilliger, Die Wahl Pius'V. zum Papste, Leipzig, 1891).
Dès le début de son pontificat. Pie V manifesta son désir de faire largement appel au concours du cardinal B. Le 12 janv., il créa une commission de cardinaux chargée d'étudier les affaires allemandes; l6 23 du même mois, il en institua une autre pour la réforme du clergé romain. B. fît partie de l'une et de l'autre, mais il n'eut guère le temps d'y déployer son activité. Désireux de regagner son diocèse, il en obtint la permission, moyennant la promesse de revenir en automne. Il se mit en route sans apparat le 11 mars et, passant par Lorette, arriva dans sa ville de Milan le 5 avr. 1566.
Durant tout l'été 1566, le retour de B. à Rome fut considéré comme certain, tellement sa présence y paraissait indispensable à la bonne marche des affaires, en particulier à celle de la réforme romaine. Mais Ormaneto, rappelé de Milan à Rome (8 juill.), y prit sa place et resta en étroite correspondance épistolaire avec lui. B. était aussi en rapports étroits avec ses agents et hommes de confiance romains, G. F. Bonomi, Bernardino Carniglia et Cesare Speciani. Par leur intermédiaire, B. faisait parvenir au Souverain pontife conseils et suggestions : comme par exemple de contrebalancer l'influence des anciens cardinaux par « une bonne promotion d'hommes d'élite, vraiment dignes d'être les pivots sur lesquels s'appuie l'Église » (B. à Ormaneto, date incertaine, 1566; Sylvain, I, 326); ou bien encore de mettre en demeure tous les évêques présents à Rome, même revêtus de la pourpre, d'avoir à rejoindre leurs diocèses (B. à Bonomi, 17 avr. 1566; ibid., 319). Par la même filière, il fit tenir au pape, non sans l'avoir notablement retouché, un projet de réforme du Sacré Collège, qu'il
avait composé sous le pontificat de son oncle. Il y ajouta un plan constituant une mense commune formée par la réunion de toutes les abbayes commendées à des cardinaux; les revenus mis en commun permettraient une distribution annuelle de 3 000 écus à chaque cardinal; ainsi serait bannie à tout jamais la principale source de cupidité et d'ambition (B. à Ormaneto, 4 nov. 1566; ibid., 326-28). Au témoignage de Speciani, Pie V estimait ses avis au plus haut prix (Pastor, ix, 896).
Il se fit aussi l'interprète de l'inquiétude de ses diocésains devant la bulle du 1" avr. 1566 (Bull. Rom., VII, 434 sq.) autorisant les poursuites en certaines matières inquisitoriales non solum per accusaiionem et inquisitionem sed etiam ad simplicem et secrelam denunciationem (cf. Verga, 31).
Pie V avait songé à réunir, à l'automne de 1566, un synode national de tous les évêques d'Italie. Mais comme les décrets du premier synode de Milan parus entre temps avaient pourvu à tout le nécessaire, il jugea son premier projet superflu et se borna à édicter qu'aucune mesure ne fût prise en opposition avec les décrets susdits (B. à l'évêque de Brescia, 27 déc. 1566, Sala, Docum., ii, 272). Aussi un contemporain put-il dire en toute vérité que « la réforme romaine était fille de la milanaise » (Pogiani à B., déc. 1566, Epi'il., Il, p. xv). Tous les retours définitifs de l'archevêque de Milan à Rome restèrent à l'état de projet; B. put désormais se consacrer entièrement à l'administration de son diocèse.
III. PlÎRIOUE MILANAISE (1566-1584). — /. BORRO- MÉE A MILAN. — 1° Le réformateur. — 1. Administration diocésaine. — Le diocèse dont B. prit en mains l'administration était un des plus importants d'Italie : 46 collégiales, 753 paroisses, 1 420 succursales, 3 352 prêtres et clercs séculiers, 190 couvents et monastères, environ 560 000 hab., dont 180 216 pour la métropole lors d'un dénombrement prescrit par le cardinal. La i)rovince ecclésiastique de Milan comprenait 15 évêchés sufTragants, réjjartis sur le Milanais, la Vénétie et le duché de Montferrat. Le clergé et les fidèles, délaissés par leurs pasteurs toujours absents, offraient un tableau moral peu encourageant, bien qu'il ne faille pas le noircir à l'excès. Aussi l'archevêque décida-t-il, dès le début, d'adopter une politique de présence et de refondre les rouages de l'administration diocésaine. La réglementation et le fonctionnement en sont décrits dans Acta Eccl. MedioL, i, 535-97. Le diocèse fut divisé en douze circonscriptions, six pour la partie urbaine, six pour la partie rurale. Chaque partie était confiée à la haute surveillance d'un visiteur général, et chacune des douze circonscriptions placée sous la responsabilité d'un préfet. Soixante vicaires forains, responsables d'un secteur plus restreint, devaient se réunir à dates fixes avec tous les prêtres de leur secteur.
A l'archevêché, B. créa le poste de vicaire général et rationalisa les services judiciaires et la chancellerie. Il veilla spécialement à l'intégrité des fonctionnaires et à la gratuité des services. Il fit aussi tenir à jour, dans les paroisses et les doyennés, un grand nombre de registres spéciaux. Leurs renseignements, collationnés à Milan, donnaient une vue d'ensemble de l'état religieux du diocèse, où chaque église avait sa monographie renfermant tous les détails intéressants à connaître : personnel, fondations, œuvres pies, autels, œuvres d'art, etc. Les visiteurs devaient mettre tous leurs soins à obtenir des précisions numériques. Le premier concile provincial prescrivit aussi la tenue de registres paroissiaux pour les baptêmes, confirmations, mariages et sépultures, ainsi que d'un liber status animarum contenant l'énumération des foyers avec le nom et l'âge de leurs habitants et devant
être tenu à jour par inscription et radiation des nouveaux arrivés et des émigrants (Acla Eccl. MedioL, I, 20, 22). En 1574, on ajouta des directives précises sur la manière de tenir ces documents, ainsi que l'obligation d'en déposer un exemplaire tous les ans à l'archevêché {ibid., i, 685-88). Le IV« concile provincial fit en outre tenir par chaque curé des listes nominatives de trente-cinq catégories de chrétiens représentant l'élite et la lie des paroissiens (énumération, ibid., i, 142-43, 560-61). Grâce à ces diverses' mesures, B. peut être considéré comme un précurseur de la statistique religieuse.
Très large pour doter son administration diocésaine en hommes et en ressources, il veillait par contre à réduire le personnel de sa maison privée au minimum compatible avec sa dignité.
Collaborateurs et familiers étaient soumis chez lui à une discipline presque claustrale. S'inspirant sans doute des modèles ignatiens, il avait rédigé à leur intention un règlement spécial pour chaque ofTice, partagé en une partie spirituelle et une partie pratique. Les exercices spirituels, confiés au soin d'un préfet spirituel, comprenaient tous les jours : méditation, examen de conscience, office divin ou de la Ste Vierge, assistance à la messe et instruction religieuse. Sur certains points de discipline le cardinal se montrait très strict. Cette école de formation borroméenne produisit nombre d'ouvriers d'élite de la Contre-Réforme; elle fut une pépinière d'évèques et de nonces. Citons le cardinal Silvio Antoniano, Niccolô Ormaneto, Carlo Bascapè, Gianfrancesco Bonomi, Giambattista Gastelli, Niccolô Mascardo, Bernardino Mora, Giovanni Fontana, Antonio Seneca, Cesare Speciani, Girolamo Trivulzio.
Dans un autre domaine encore, l'influence de cette école n'a peut-être pas été mise assez en lumière. On sait que Giovanni Botero, un des principaux économistes italiens de la Renaissance, a été secrétaire de B. Ne serait-ce pas là qu'il puisa son sens de l'observation et son souci de la mesure quantitative des choses et des personnes? (C. Gioda, La vila e le opère di Giovanni Botero, Milan, 1895, 3 vol.).
2. Conciles provinciaux et synodes diocésains. — Ayant réuni son premier concile de la province de Milan en 1565, B. réussit à en maintenir presque sans accroc la périodicité triennale prescrite par le concile de Trente : 11^ conc, 24 avr. 1569 (Acla Eccl. MedioL, I, 51-67); bref d'approbation moyennant quelques corrections, 12 mai 1570 (Bull. Rom., vu, 819); — III« conc, 9 avr. 1573 (Acla Eccl. MedioL, i, 67-89); — IVe conc, 10 mai 1576 (ibid., 90-165); l'approbation romaine fut très difficile à obtenir (voir plus loin); — conc, 7 mai 1579 (Acla..., 166-242); — VI« conc, 10 mai 1582 (ibid., 242-64); — un septième concile avait été convoqué pour 1585; la mort de B. empêcha sa réunion.
Sur le point de l'assistance à ces conciles, B. était inexorable et sourd aux excuses habituelles; il n'hésitait pas au besoin à provoquer ordres et sanctions de la part de Rome. Il faisait préparer ces réunions plusieurs semaines à l'avance par des prières communes, des exercices spirituels, des prédications. La législation qui y fut édictée constitue l'application la plus complète des directives tridentines. Dans toute l'Europe de nombreux conciles ultérieurs se bornèrent à les démarquer.
Outre celui que présida son vicaire Ormaneto en 1564, l'archevêque de Milan réunit dix synodes diocésains : 4 août 1568; 15 avr. 1572 (présidé par le vicaire général Castelli,B. étant à Rome au conclave); 16 nov. 1574; puis tous les ans de 1578 à 1584 (décrets dans Acla Eccl. MedioL, i, 266-342). D'après les décisions tridentines, il aurait fallu en réunir tous les ans;
mais divers empêchements s'y opposèrent durant les années du début. Chaque fois le cardinal sollicita du pape une permission d'ajournement.
B. compléta la législation des conciles provinciaux et des synodes diocésains par une série d'instructions reprenant systématiquement les matières les plus importantes : prédication de la parole de Dieu (Acla Eccl. MedioL, i, 390-407); administration des sacrements (ibid., 407-66); construction, aménagement et entretien des églises (ibid., 466-535).
En parcourant les prescriptions de ces conciles et synodes, le lecteur du xx^ s. pourrait se sentir dépaysé par la méticulosité, la sévérité et le caractère apparemment vexatoire d'un bon nombre de leurs articles: par ex. indication du nombre et des dimensions de tous les objets, outils et instruments devant se trouver dans chaque sacristie paroissiale; défense à tous les diocésains d'entreprendre un en voyage en pays hérétique sans la permission de l'archevêque ou du vicaire général; profession de foi imposée aux médecins, aux libraires et jusqu'aux professeurs d'arithmétique; obligation aux imprimeurs et aux libraires de soumettre mensuellement le catalogue de toutes leurs publications; réglementations concernant l'habillement, le logement, l'activité des Juifs; énumération des activités publiques interdites à l'heure des offices dominicaux, et bien d'autres choses. En faire grief au cardinal B., ce serait oublier que ces mesures furent prises pour sauvegarder la foi en une époque différente de la nôtre et en un point stratégique de la chrétienté.
3. Visites pastorales. — Chaque année, sauf empêchement, B. consacrait plusieurs mois d'été à la visite pastorale de son diocèse. L'année 1566, la première après sa rentrée, fut employée presque exclusivement à la cathédrale puis aux autres églises milanaises. A cette occasion, il réforma le chapitre de S.-Ambroise et lui donna des constitutions très détaillées (9 avr. 1567; Sala, Docum., ii, 472-88); il se montrait très exigeant sur le point des prestations obligatoires, mai très généreux en matière de prébendes, augmentan les revenus de ses chanoines chaque fois qu'il leur prescrivait de nouvelles obligations chorales de jour o' de nuit; il recourait souvent à eux pour l'aider dan ses fonctions administratives. En 1566, il visita auss l'église abbatiale d'Arona, dont il était le bénéficie (S. M. Vismara, La visita pastorale di S. C. B. ne 1566 alla Badia dei SS. Gratiniano e Felino in Arona dans Riv. stor. bened., iv, 1910, p. 571-84).
En 1567, il entreprit la visite de la partie rurale qu'il continua et reprit inlassablement durant la plu part des saisons suivantes jusqu'à sa mort. La recons titution d'un itinéraire n'a pas encore été tentée. Eli exige comme condition préalable le dépouillement d son énorme correspondance, l'inventaire de nom breuses inscriptions commémoratives et l'examen cri tique d'un bon nombre de traditions locales. Actuel lement on en est encore loin.
Pour 1583, année dont on peut reconstituer I calendrier presque en entier, on sait que le cardina' outre son retour de Rome et sa tournée dans le V Mesocco, quitta Milan à onze reprises pour des a sences variant de trois jours à trois semaines. C'étaien presque toujours des visites pastorales; il ne séjourn guère plus de deux cents jours dans sa métropole.
4. Correspondance et réceptions. — ■ La correspondance de B. constitue un des principaux monument de la réforme catholique. Les 268 volumes de lettre conservées à l'Ambrosienne (Zerbi, Arch. stor. Lomb 1891, p. 81) témoignent par leur seule existence d son zèle inlassable, de son énorme capacité de trava* et de son sens de l'organisation. Ils prouvent auss que Ch. B. était devenu dès son vivant une person
nalité aux dimensions mondiales. Une même conclusion se dégage des entrevues qu'il eut avec de grandes personnalités de l'époque : à Monza (10 août 1574), avec Henri III, revenu de Pologne pour ceindre la couronne de France (relation de cette entrevue faite au pape sur sa demande par B., dans Sala, Docum., II, 428, trad. Sylvain, ii, 366-72; récit fait par Ottaviano de Ferreri au procès de canonisation, dans Oltrocchi, 214); à Lodi (2 oct. 1581), avec la reine d'Autriche, sœur du roi d'Espagne; à Milan nov. 1583 et 27 août 1584), avec le prince André Bathory, venu à Rome pour y devenir cardinal et repartant en Pologne comme légat du S. -Siège.
5. Enseignement et œuvres sociales. — La formation d'un clergé capable et vertueux fut le principal but apostolique du cardinal B. Sa sollicitude alla avant tout à son séminaire. Les difTicultés de première installation sous Ormaneto (voir plus haut) se doublèrent rapidement de difficultés internes : la concentration de tous les pouvoirs dans un séminaire diocésain entre les mains de religieux exempts se révéla funeste et aboutit à un grave différend entre l'archevêque et les Jésuites. Le cardinal ne tarda pas à constater que l'élite de ses séminaristes entrait au noviciat des Pères. Tout en craignant de contrarier de vraies vocations, il désirait, pour de multiples raisons, freiner cette hémorragie; il tenta d'obtenir du général l'engagement de ne plus recevoir ses séminaristes, mais se heurta à un refus; son appel au pape provoqua le bref du 28 juill. 1570, interdisant aux séminaristes milanais l'entrée en religion avant d'avoir exercé le ministère pendant quatre ans (Sala, Docum., i, 245; correspondance préliminaire entre Milan et Rome, 17 mai, 3, 14 juin 1470). Un bref à portée similaire aurait aussi été donné le 6 nov. 1582 par Grégoire XIII (Pastor, IX, 185, n. 2).
La situation ne s'améliora que lorsque l'administration du séminaire fut remise entre les mains des oblats de S.-Ambroise, en 1579. Cette même année, une imprimerie fut adjointe au séminaire. Une des premières œuvres qui sortirent de ses presses fut une édition spéciale des sermons du P. Louis de Grenade, dont un exemplaire d'hommage fut distribué à tous les prêtres du diocèse. Aussi S. Ch. B. est-il désigné comme patron de la bonne presse (A. Bernareggi, // Seminario e gli Oblati, dans Humilitas, n. 21, 1930, p. 681-722; La lipografia del seminario di Milano, ibid., n. 2, 1928, p. 49-57, 75-79).
Pour subvenir à des nécessités particulières, le cardinal fonda encore les établissements suivants :
a) S. Giovanni aile case Rotte, à Milan, 150 places, pour les vocations tardives et l'acquisition des connaissances indispensables au ministère sacerdotal; —
b) \e proséminaire Beatae Mariae alla Canonica, à Milan, 60 places, pour la formation spécialisée des curés de village (Sala, Docum., i, 428); — c) les deux petits séminaires de Celana (1579) et d'Inverigo (1582), 40 places chacun, pour l'enseignement de la grammaire (de 1566 à 1579, le premier avait été uni à une école apostolique des P. Émiliens à Somasca) (ibid., 188, 412, 443, 473, 559 sq.); — rf; la filiale du séminaire à Arona; — e) \e collège helvétique à Milan, érigé le l" juin 1579 pour décharger le séminaire qui, depuis plusieurs années, hébergeait 20 séminaristes de Suisse et des Grisons aux frais de l'archevêque; il fut établi dans l'ex-prévôté S. Spirito des Humiliati; les élèves suivaient les cours à l'université de Brera (Bull. Rom., viii, 269 sq.; Sala, Docum., i, 219, 317, 374, 393, 410; D'Alessandri, 254-58; bibliogr. détaillée dans Pastor, ix, 521); — le collège pour les Grisons à Ascona; un premier essai à Locarno ayant échoué, B. travailla à cette fondation à la (in de sa vie; il s'y rendit deux fois lui-même : le 15 juin 1583, pour
la pose de la première pierre, et le 30 oct. 1584, pour l'inauguration (Sala, Docum., i, 248, 453; D'Alessandri, 323, 402).
L'enseignement moyen et supérieur fut enrichi par les fondations suivantes : le collège Borromée à Pavie, pour loger les étudiants démunis de ressources, construit de 1564 à 1568 (R. Majocchi-A. Moiraghi, L'Almo collegio Borromeo. S. C. B. studente a Pavia e gli inizi del collegio, Pavie, 1912; C. Baroni, // collegio Borromeo. San Carlo, il Pellegrini e la costruzione del collegio, dans Bail. slor. Pavese, i, 1937-38, p. 113-215); — le collège des Nobles à Milan, qui existait déjà, mais qui fut transféré à deux reprises en des locaux plus vastes; — le collège des Théatins; — l'université de Brera, confiée aux jésuites (ouverte le 7 janv. 1572); ses douze chaires comprenaient les humanités et le cycle complet de philosophie et théologie.
Un dessin représentant le saint entouré de ses vingt-six principales fondations est reproduit dans La Scuola cattolica, sér. IV, xviii, 1910, p. 107, et dans S. C. B., 199.
Dans le domaine de l'enseignement primaire et catéchétique, le nom de S. Ch. B. est inséparable de celui de la Compagnie de la doctrine chrétienne. Cette compagnie avait été fondée en 1536 par un prêtre de Côme, Castellino da Castello, aidé d'un cardeur de laine milanais, Francesco Villanova; elle s'adonnait à l'instruction élémentaire des enfants et à des œuvres de charité. Dès son arrivée à Milan, B. travailla à la développer et à l'organiser sur la base d'une spécialisation du travail; à côté des officiers généraux et du directeur spirituel, il y eut des correcteurs, des infirmiers, des conciliateurs ou pacificateurs et des « pêcheurs », ces derniers chargés de parcourir les rues de la ville pour y raccoler des élèves parmi les vagabonds. Le succès fut rapide et durable : onze ans après la mort du saint, en 1595, les écoles de la Doctrine chrétienne comptaient 20 504 auditeurs réguliers (S. C. B., 196). Sur les débuts de cette œuvre, voir G. B. Castiglione, Storia délia Dottrina cristiana in Milano e fuori; seule la première partie allant jusqu'à l'arrivée de B. à Milan a été imprimée (Milan, 1800); la seconde partie, de 1566 à 1777, est conservée manuscrite à l'Ambrosienne (Sommaruga, 92; J.-A. Keller, Des hl. K. B. Satzungen und Regeln der Gesellschaft der Schulen christlicher Lehre, Paderborn, 1893; A. Tamborini, La Compagnia e le Scuole délia Dottrina cristiana. Milan, 1939; Sala, Dissertazioni, 63-100). L'enseignement primaire fut aussi organisé dans plusieurs centres ruraux du diocèse, comme à Varèse en 1567, à Bellinzona en 1583.
Dans le domaine social, B. développa surtout les œuvres de bienfaisance et de réhabilitation. Milan fut doté d'un asile de repenties (Ste-Marie-Égyptienne) et d'un home de protection pour les jeunes filles (Ste- Valérie). L'orphelinat des Somaschi fut agrandi. Un asile de nuit, VOspedale délia Stella, ouvrit ses portes dans un ancien couvent désaffecté et offrit gîte et couvert aux vagabonds et aux pauvres errants. Une institution originale, fondée par Isabelle d'Aragon et dénommée II Soccorso, recueillait pour un temps les épouses maltraitées ou dont le mari était absent. En temps de disette, B. fit installer des soupes populaires et organisa l'importation des vivres; il fit aussi développer la culture du maïs qui devint la base de l'alimentation du peuple.
2° Borromée et les ordres religieux. — Les Barnabites, fondés en 1533, avaient compté parmi leurs premiers membres plusieurs .Milanais, dont un ancien compagnon d'université de B., Alexandre Sauli. Ils limitaient leur apostolat au pays de Milan. Devenu archevêque de Milan, B. invita Sauli à son premier concile provincial; de 1567 à 1570, Sauli, élu supé-
rieur général de sa congrégation, résida à Milan et fut chargé par B. de nombreuses missions de confiance ainsi que de la prédication du soir à la cathédrale; en mars 1570, il reçut de ses mains la consécration épiscopale. B. choisissait volontiers ses auxiliaires parmi les Barnabites : le P. Asinari l'accompagna souvent durant ses visites pastorales; le P. Bascapè, qui devint son meilleur biographe, reçut de nombreuses marques de confiance. Leur couvent était pour lui un asile où il venait se recueillir et vaquer aux Exercices; on y a conservé la pierre sur laquelle il lavait alors la vaisselle avec les frères. Le chapitre général de 1578 ayantchargé le P. Bascapè d'achever la rédaction des constitutions de son ordre et ce travail ayant suscité des critiques, le P. Besozzi, général, sollicita de Rome la désignation du cardinal B. comme reviseur. Ces pouvoirs lui furent délégués le 28 juill. Le cardinal fit réunir un chapitre général de dix jours durant le mois de nov. ; on y mit au point le texte nouveau, qui fut promulgué le 25 mai 1579. Les Barnabites considèrent S. Ch. B. comme leur second fondateur; l'église de leur couvent de Rome, édifiée deux ans après sa canonisation, fut placée sous son vocable; ce même couvent possède un des fonds les plus riches d'archives borroméennes.
Plus encore que par leur collaboration apostolique, l'importance de l'action des Jésuites sur la vie du cardinal se situe au plan intérieur. Ce fut dans la spiritualité ignatienne, qui correspondait à merveille à son tempérament, que S. Ch. B. puisa les traits principaux de sa vie religieuse. Le P. Ribera, puis le P. Adorno furent ses directeurs de conscience. Le cardinal les avait en très haute estime. Après l'élection de Grégoire XIII, il présida la commission chargée de se prononcer sur le maintien des modifications apportées par S. Pie V à l'institut de la Compagnie. Il reconnut le bien-fondé des objections présentées par le P. Nadal et obtint du pape le retour au régime antérieur (Astrain, m, 2). A la mort du quatrième général de la Compagnie, Évrard Mercurian, B. entreprit des démarches (on ne sait trop qui en eut l'initiative; J. M. March, S. J., Don Luis de Reqaesens, Madrid, 1946, 163, note) pour lui faire élire comme successeur le P. Adorno ou le P. Palmio. Il écrivit en ce sens au pape et à son agent romain, Mgr Speciani, et fit présenter une requête à la quatrième congrégation générale (Astrain, m, 215, n. ; J. M. March, op. cil., 163, note). Cette démarche échoua.
Dans l'ensemble, les rapports entre B. et les Jésuites furent excellents : à de très nombreuses reprises le cardinal fit appel à eux pour divers ministères apostoliques et pour l'enseignement. Il leur confia la paroisse milanaise de S. Fedele et chargea son architecte Pellegrini d'y construire pour eux une église (première pierre, 3 juin 1569; inauguration, 24 juin 1579). Au cours de ses visites diocésaines, il se fit habituellement accompagner de plusieurs Pères. Le couvent de Brera, devenu libre par suite de la suppression des Humiliati, devint sous Grégoire XIII un collège de jésuites. B. favorisa aussi leur établissement en dehors de son diocèse, en particulier dans les cantons suisses. Lorsqu'il fut nommé visiteur apostolique en Suisse, il consulta Pierre Canisius sur la manière de résoudre certaines difiicultés canoniques en un pays à moitié protestant; il lui demanda ensuite, en des termes presque comminatoires, de l'accompagner au cours de sa tournée, mais cette dernière demande n'eut pas de suite(Ca/!(s;( ep/s^u/ae, éd. Braunsberger, VIII, 947, 949).
Cependant l'entente entre le cardinal et la Compagnie fut loin d'être toujours parfaite. B. reprocha aux divers généraux de lui mesurer au compte-gouttes les renforts en hommes qu'il ne cessait de réclamer. Il aurait voulu que le P. Gagliardi vint enseigner la
théologie à Milan; le duc de Savoie ayant refusé de s'en dessaisir, il fut question d'envoyer le P. Bellarmin; ce projet n'eut pas de suite (Polanco, Complementa, éd. Mon. hist. S. J., ii, 160-64, 244-45). Si on l'avait laissé faire, il aurait volontiers accaparé la Compagnie entière pour son seul diocèse. Les généraux assaillis de toutes parts devaient bien parfois faire la sourde oreille. Les deux heurts principaux furent occasionnés par la question du séminaire (voir plus haut) et celle du P. Mazarini. Celui-ci, un parent éloigné du célèbre Mazarin, avait pris parti en chaire pour le gouverneur de Milan et censuré l'attitude de B. (Sommervogel, v, 829). D'où un procès canonique qui lava le jésuite de l'accusation d'hérésie, mais non de celle d'insolence envers le chef du diocèse. Dans le feu de la polémique, B. écrivit des phrases assez dures contre la Compagnie. Ses ennemis, ravis de cette aubaine, en publièrent des recueils (Lellere del glorioso arcivescovo di Milano, Lugano, 1712; Nuova racolla di Lellere del glorioso S. Carlo, Lugano, 1762; voir aussi dans Sommervogel, xi, 183, 244, 638, 670) qui trouvèrent leur réplique (G. Boero, Riposta a Vincenzo Gioberti sopra le lettere di S. C. B. inlorno ai Gesuiti, Rome, 1849; Milan, 1850). Ces légers nuages ne parvinrent pas à ternir la solide affection que l'archevêque de Milan portait à ceux qu'il considérait comme d'excellents collaborateurs.
L'ancienne amitié unissant B. à Philippe de Néri aurait pu faire croire que les Oraloriens occuperaient une place importante parmi les auxiliaires religieux de la Contre-Réforme milanaise. Il n'en fut rien. En 1575, après de longs efforts, B. finit par obtenir de son ancien ami l'envoi à Milan de quatre prêtres de sa congrégation. Mais des dissentiments ayant éclaté par suite de la prétention du cardinal de disposer des religieux à sa guise, ceux-ci furent rappelés à Rome par leur général (lettre du 17 déc. 157'7, où B. expose les raisons profondes de son dissentiment avec Philippe de Néri; A. BolL, lui, 1935, p. 435).
En 1570, la desserte de l'église S.-Calimère fut confiée par l'archevêque de Milan à une communauté de Théatins, comptant quatorze membres, parmi lesquels S. André Avellini qui devint pour B. un confident et un ami. Au lendemain de la peste, en récompense de leur dévouement, il leur offrit de se fixer dans l'église S. Antonio, plus centrale et plus spacieuse.
A la congrégation des Somasques fut attribuée l'église de S.-Mayeul, à Pavie, confiée jusqu'alors aux Glunisiens (1568).
En sa qualité de protecteur des Frères Mineurs, B. eut de très nombreux rapports avec les fils de S. François. I) s'occupa d'abord d'un projet ancien repris en 1567 par le P. Pozzi, comportant la fusion des amadéens et des claréniens avec la branche principale des mineurs de l'Observance (dossier dans Sevesi, dans Arch. franc, hist., 1938, p. 83-87). Le 20 janv. 1568, B. présida le chapitre provincial des mineurs à Milan qui avait cette affaire à son ordre du jour (Wadding, Annales, éd. Quaracchi, xx, 1931, p. 557). Le princii)e de la fusion fut accepté. La bulle Beatus Christi (23 janv. 1568; Wadding, Annales, xx, 558; Bull. Rom., VII, 691) en détermina les normes et en confia l'exécution à B. Un an plus tard, en janv. 1569. un nouveau projet combina une fusion entre conventuels et mineurs de l'Observance (pièces principales dans Sevesi, ibid., 94-104). Pie V ayant élevé des difficultés, ce projet fut abandonné (mai). Le désir de B. d'être déchargé de son protectorat rencontra chez Pie V le même accueil défavorable. Mais le cardinal obtint la faculté de déléguer ses pouvoirs, ce qu'il fit en faveur de son procureur à Rome, Mgr Speciani (15 avr. 1572; Sevesi, ibid., 121). Grégoire XIII lui ayant permis de résigner son protectorat, il s'elïorça
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d'obtenir eu faveur des observants un protecteur | distinct de celui des conventuels, en quoi il échoua. Parmi les observants, il éprouvait une sympathie particulière pour le groupe des « réformés »; mais il refusa d'accepter leur vice-protectorat, que le P. Seraflno Tornielli lui offrit à plusieurs reprises (mai 1577; Sevesi, ibid., 422, 424-25). Le bref Cum illius vicem (13 juin 1579) ayant confirmé une bulle de GlémentVII qui déterminait la situation canonique autonome des réformés par rapport aux autres observants, le cardinal B. fut chargé de son exécution (Wadding, op. cit., XXI, 535) et veilla à sa stricte observation, surtout à l'occasion des élections aux custodies de Milan et de Gênes (Sevesi, ibid., 1945, p. 238-39). Dans sa correspondance avec Speciani à Rome, il reprit aussi un projet conçu par le P. Giacomo da Gandino de nommer un gardien général de la réforme (févr. 1581). lJh\succès qu'il rencontra ne le découragea jamais de soutenir les partisans de la réforme, même après la suspension du bref Cum illius vicem (31 janv. 1582).
Dans les couvents de religieuses, le cardinal veilla d'abord à renforcer les mesures prises par Ormaneto pour rétablir la clôture. Dans ce but il obtint du pape la bulle du 29 mai 1566 (Bull. Rom., vu, 447). Il accorda une confiance particulière aux Angeliche, les seules religieuses qui à son témoignage n'eussent pas eu besoin d'une réforme; il se rendait volontiers en leur couvent et leur adressait des exhortations spirituelles, dont une de ses auditrices a conservé le texte.
En 1568, B. introduisit dans son diocèse une association dont les membres ne formaient encore qu'une sodalité pieuse vaquant à l'enseignement et aux œuvres de charité. Il en fut très satisfait mais leur imposa néanmoins les trois vœux et la vie commune. Grégoire XIII approuva cette disposition en 1572. En 1579, B. fut nommé visiteur de la nouvelle congrégation et en modifia totalement l'institut en la soumettant directement à l'autorité des Ordinaires. Grâce à ses recommandations, les ursulines furent établies dans nombre d'évêchés voisins (V. Postel, Hist. de Sle Angèle de Merici et de tout l'ordre des Ursulines depuis sa fondation jusqu'au pontificat de Léon XIII, I, Paris, 1878, 342 sq.).
3" Les conflits de juridiction sous Alburquerque. — Quand B. prit possession de son siège, le pouvoir civil était représenté à Milan par le gouverneur espagnol, Gabriel de la Cueva, duc d'Alburquerque (abusivement orthographié Albuquerque par de nombreux auteurs), et par le Sénat milanais. Alburquerque était un homme entièrement dévoué à son Dieu et à son roi. B., à qui il avait été présenté lors de son séjour à Milan en 1565, ne tarit pas d'éloges à son égard (B. au cardinal Altemps, 26 sept. 1565; Sylvain, i, 374). Mais les bonnes dispositions du gouverneur furent souvent neutralisées par l'attitude du Sénat de Milan, qui formait une oligarchie toute-puissante.
Les premières difficultés avec le gouverneur surgirent pour des questions de protocole et de rubriques, peu importantes en elles-mêmes; les deux partis firent montre d'une égale ténacité (Serrano, iii, p. x; la meilleure étude sur les débuts du conflit entre le cardinal et le gouverneur est celle de M. Bendiscioli, L'inizio délia controversia giurisdizionale a Milano Ira l'arcivescovo C. B. e il Senato Milanese (1566-1568), dans Arch. stor. Lomb., lui, 1926, p. 241-80, 409-62).
Une autre friction fut causée par la prétention des sénateurs de censurer les décrets du premier concile provincial, sous prétexte que plusieurs points étaient contraires aux pouvoirs royaux (Bendiscioli, op. cit., 258, n. 3, les énumère). Le cardinal refusa et, pour prévenir d'éventuelles complications, avertit le nonce en Espagne (Sylvain, i, 376). L'affaire n'alla pas plus loin.
Beaucoup plus grave fut le conflit juridictionnel de 1567. Pour couper court à des scandales publics, l'archevêque, voyant l'inanité de ses avertissements et la longanimité des tribunaux séculiers, prétendit renouer avec une tradition tombée en désuétude par suite de la longue vacance du siège épiscopal : s'étant fait couvrir par un bref du 22 mai 1566, lui accordant de larges pouvoirs judiciaires (Sala, Docum., i, 178; cf. Serrano, m, p. x), il cita au tribunal d'Église plusieurs des principaux coupables. Aussitôt les magistrats civils crièrent à l'usurpation de leurs droits, et le Sénat fit savoir à l'archevêché qu'à l'avenir il ne tolérerait plus que l'on portât la main sur un laïque. A ce dissentiment s'ajoutait une question de port d'armes par des membres de la maison du cardinal.
Sur la requête de Philippe II, Pie V promit de trancher le différend. Tandis que l'affaire était pendante à Rome, elle se compliquait à Milan : le 6 juill., le vicaire de l'archevêque fil arrêter et incarcérer un individu nommé Castiglione qui « pour de l'argent livrait son propre honneur et celui de sa maison » (Bonelli à Castagna, 2 août 1567; Sylvain, i, 380). En guise de représailles, le capitaine de justice de la ville, ayant rencontré au matin du 12 juill. le barigello de l'archevêque porteur d'armes soi-disant prohibées, lui fit donner en public « trois tours de corde » et l'expulsa de Milan (rapport de Bonelli à Castagna; 25 juill. 1567; Serrano, ii, 169 sq.; Sala, Docum., iji, 388). Grave violation de l'immunité ecclésiastique. Le cardinal excommunia aussitôt les quatre principaux responsables et jugea insuffisantes les propositions de conciliation présentées par le Sénat (Serrano, m, p. XIV, n. 3; Bendiscioli, 410). Le Sénat fit parvenir au pape un appel de protestation (13 juill.; Sala, ibid.), auquel Pie V répondit en faisant savoir à Alburquerque qu'il approuvait l'archevêque (28 juill. et 15 sept.; Serrano, ii, 171, 197) et en citant trois sénateurs milanais à comparaître sans retard (19 août; Serrano, ii, 196, 181).
De son côté, Philippe II tenta de trouver un accommodement, d'abord par des négociations directes avec B. (1" sept.; Serrano, ii, 202; m, p. xvi), puis par l'envoi à Rome, via Milan, du marquis de Cerralbo (lettre de créance, 12 oct. 1567; Serrano, ii, 220). Celui-ci était muni d'instructions secrètes très sévères pour B., menacé d'être dénoncé comme « perturbateur de la paix publique » des États de Philippe II (Serrano,
II, 220-21, note). Cerralbo n'arriva à Rome que fin janv. 1568, après une entrevue à Milan avec B. qui demeura inexorable (Serrano, m, p. xvii-xix). Il eut grand'peine à faire accepter par le pape une reprise des négociations, qui aboutirent, fin mars, à un modus Vivendi interprété par les historiens actuels comme une reculade romaine. En fait chacun resta sur ses positions.
Le conflit devait rebondir bientôt. Excipant d'un droit contesté et dont la condition mise par Clément VII à sa concession ne fut jamais réalisée, les chanoines du chapitre de S. Maria delta Scala à .Milan prétendirent être exempts du droit de visite de l'archevêque. Ils furent soutenus par les autorités urbaines. Le tribunal diocésain ayant fait emprisonner un clerc de la Scala, le chapitre fit lancer l'anathème contre deux fonctionnaires de l'archevêché. De son côté, .\lburquerque fit afTicher, le 25 août 1569, un édit punissant de peines allant jusqu'à la mort tout acte portant ombrage à la juridiction royale (Serrano,
III, p. xxxii). Le texte avait une portée générale, mais chacun savait qui était visé. Dès le lendemain, pris de peur, les fonctionnaires de l'archevêché refusèrent tout travail, justifiant leur attitude par l'édit du gouverneur. Le cardinal dut improviser un personnel de fortune. Couvert par Pie V, il décida alors
de procéder sans retard à la visite canonique de la Scala; il refusa même le délai de trois jours, que lui demandait le gouverneur. Le 30 août 1569 {Arch. stor. Lomb., Il» sér., x, 1893, p. 554; S. C. B., 184), comme il s'avançait processionnellement vers la Scala, il s'en vit interdire l'accès les armes à la main; des membres de sa suite furent gravement molestés et les coupables, loin de tenir compte des peines canoniques fulminées contre eux, portèrent l'audace jusqu'à prononcer contre l'archevêque une sentence d'interdiction formulée par un certain Barbesta, paré pour cette circonstance du titre fantaisiste de subexecutor apostolicus (récit de B. à Ormaneto; Sylvain, ii, 7-8). Profitant de cette situation trouble, le Sénat soutenu par le gouverneur monta une cabale contre l'archevêque : son intolérance, ses prétentions furent dénoncées à Rome et à Madrid. Il s'agissait de faire comprendre en haut lieu qu'étant discuté la paix publique exigeait son effacement (Serrano, m, p. xxx; Sylvain, ii, 11).
B. se défendit vaillanmient. Il délégua à Rome un chanoine de sa cathédrale, Mgr Speciani, qui avait été témoin des événements. Mis au courant, le pape intervint : au gouverneur de Milan il fit parvenir deux avertissements sévères (10 sept., 8 oct. 1569; Sylvain, n, 12; Baronius, xxxvi, 136); à B., une admonestation paternelle (16 sept.; Baronius, xxxvi, 137) et un ordre de procéder sans retard à la visite contestée (8 oct., ibid.); au gouverneur et au Sénat une note de protestation contre le décret du 25 août préjudiciable à la liberté ecclésiastique (19 oct.; Sala, Docum., ii, 20). Il avait songé à envoyer aussi un délégué spécial à Madrid, mais se borna à informer le nonce et à adresser au roi d'Espagne une missive protestant contre les agissements de son subordonné de Milan (25 oct.; Sylvain, ii, 13-15).
De son côté, ému par la nouvelle de l'arquebusade du 26 oct. (voir plus loin), Philippe II manda à Alburquerque qu'il désapprouvait son attitude dans l'affaire de la Scala et le priait de mieux prendre le parti du cardinal à l'avenir (Serrano, m, 192).
L'affaire se termina par la soumission des coupables et la levée des censures ecclésiastiques (24 déc. 1569, pour les fonctionnaires incriminés; 5 févr. 1570, pour les chanoines de la Scala). Alburquerque, également absous de ses censures, révoqua son édit du 25 août (12 et 29 déc; Baronius-Laderchi, année 1569, n. 18; 1570, n. 153).
4" L'affaire des Humiliati el l'attentai du 26 oct. 1569. — Un autre conflit qui faillit se terminer tragiquement opposa le cardinal B. aux Humiliati. Cette congrégation, d'origine milanaise, avait grandement contribué au développement de l'industrie lainière au Moyen Age, ce qui lui avait valu de s'enrichir et de perdre sa ferveur première.
Déjà en 1562, le cardinal avait essayé, mais en vain, d'y réprimer certains abus. En 1567, profitant du décès du général des Humiliati, Pie V reprit l'affaire en mains. Un programme de réformes, proposées par B., fut prescrit par un bref du 1" mai (Baronius- Laderchi, année 1567, n. 74; Sala, Docum., i, 195 sq.), et un nouveau bref autorisa le cardinal à substituer un général de son choix à celui qui serait élu par le chapitre, s'il ne donnait pas toutes garanties (10 mai; Sala, ibid., 201). Les Humiliati réunis à Crémone (5-14 juin) firent obstruction contre toutes les propositions de réforme et élurent comme général le P. Toso. B. cassa leur élection et fit accepter comme supérieur le P. Louis Bascapè. Celui-ci apporta un concours loyal à l'œuvre de réforme. Le cardinal visita, par lui-même ou par des délégués, toutes les maisons des Humiliati. Couvert par de nouvelles dispositions pontificales (28 juin, 18 sept. 1567; 29 mai, 11 sept. 1568; Sala, ibid., 205, 209, 215, 220), il revisa tous leurs
contrats financiers; il institua un noviciat sérieux, supprima la perpétuité des charges et la propriété personnelle des membres.
Ces réformes se heurtèrent à un mauvais vouloir général. Un premier essai de résistance ouverte ayant échoué, grâce à une intervention énergique du gouverneur, quatre conjurés du couvent de Brera à Milan, Girolamo Donato, surnommé Farina, Clémente Merisio, Lorenzo Campagna et Girolamo Legnana, décidèrent de recourir au crime. Farina, chargé de l'exécution, se procura l'argent nécessaire par un vol sacrilège et, après des péripéties vaudevillesques, guetta l'occasion de porter son coup.
Le mercredi 26 oct. 1569, tandis que le cardinal assistait dans sa chapelle à la prière récitée en commun avec sa maisonnée, au moment où l'on chantait le verset Non turbetur cor vestrum neque formidet, un coup d'arquebuse fut tiré sur lui presque à bout portant. Une balle et un plomb trouèrent son rochet et sa soutane à la hauteur de l'épine dorsale, mais le saint resta indemne et fit achever la prière. On possède deux récits principaux de cet événement : l'un, dans une lettre de B. à Pie V (29 oct.; S. C. B., 366; et avec fac-similé dans // più prezioso autograjo di S. C. B, pressa le Benedetiine di S. Maria in Firenze, publ. A. Amelli, Milan, 1911); l'autre, anonyme et non daté (Sala, Docum., m, 418; Sylvain, ii, 23) (voir l'ouvrage de L. Anfosso, Storia dell' archibugiata tirata al card. Borromeo in Milano 1569, Milan, 1913). Cette préservation, considérée comme miraculeuse, accrut encore considérablement la popularité de l'archevêque parmi ses diocésains, et de tous les coins de la chrétienté plus de deux cents lettres de félicitations lui furent adressées par les personnalités les plus éminentes. Pour faire oublier leur attitude passée, le gouverneur de Milan et ses magistrats se montrèrent pleins de zèle, au grand déplaisir du cardinal gêné par toutes leurs mesures de protection : « J'aimerais beaucoup mieux, écrivit-il, les voir plus diligents, plus zélés, pour écarter les entraves et les obstacles apportés à la liberté et à la juridiction de mon Église et de mon devoir pastoral » (B. au nonce en Espagne, 4 nov. 1469; Sylvain, ii, 27).
Antonio Scarampa, évêque de Lodi, fut spécialement commissionné par Pie V pour enquêter sur cette affaire. Laissant libre cours à la justice, le cardinal se retira pour quelque temps à la chartreuse de Carignano. A la faveur du désarroi, le meurtrier avait réussi à s'esquiver. Sa tête fut mise à prix : 2 000 écus, plus d'autres faveurs, furent promis à qui le dénoncerait. L'enquête n'aboutit à rien, mais deux prévôts des Humiliati, complices de l'attentat, espérant se sauver eux-mêmes, dénoncèrent Farina. Mandés pardevant Scarampa, ils dévoilèrent toute la trame de l'affaire.
Le châtiment fut exemplaire : Farina, qui s'étai enrôlé dans l'armée du duc de Savoie, fut extradé e exécuté le 11 août 1570 avec ses complices {Arch stor. Lomb., 1908, p. 187-88). Une bulle du 7 févr. 157' supprima l'ordre des Humiliati et une autre du len demain distribua ses possessions (Bull. Rom., vu 885, 888). B. tenta de faire transférer quelques-un de ces couvents à d'autres ordres religieux, mais il s heurta à un refus de la part de Pie V. Grégoire XII se montrera plus généreux sur ce point.
5" Le rit ambrosien. — Une liturgie spéciale, anté rieure à S. Ambroise mais qui fut certainement enri chie par lui, était en usage dans l'Église milanaise Transmis de siècle en siècle, ce précieux dépôt avai quelque peu perdu de sa pureté primitive. Or, un directive tridentine envisageait l'uniformisation de 1 prière publique de l'Église : le pape était chargé d déterminer les mesures pratiques en ce sens. Par s
bulle Quod a nobis (9 juill. 1568; Bull. Rom., vu, 685), Pie V supprima tous les offices n"ayant pas au moins deux siècles d'existence, ainsi que ceux ayant subi des changements importants.
Quand le bréviaire et le missel romains furent prêts, d'aucuns, parmi lesquels Speciani et le cardinal Morone, tentèrent de les faire adopter par l'archevêque de Milan. Mais ils échouèrent : B. prétendit que son Église resterait fidèle à son ancienne liturgie. Encouragé par un bref pontifical du 25 janv. 1575 (Oltrocchi, 254 c) lui laissant la latitude d' « introduire ou de rétablir cet usage du rit et de l'office ambrosien », il conçut même le projet d'étendre ce rit à tout son diocèse. Il eut gain de cause dans quelques localités secondaires, mais sa tentative de l'introduire à Monza (11 juin 1576) y fut très mal accueillie. Soutenus par le gouverneur de Milan, les habitants de Monza dénoncèrent le cardinal à Rome, comme un esprit novateur hostile aux usages romains et désireux d'imposer ses singularités à ses subordonnés. Ces accusations trouvèrent audience dans les milieux romains et provoquèrent un tollé contre le cardinal. Mgr Speciani eut beaucoup de peine à défendre son maître (Speciani à B., 21 juin, 14 juill. 1578; Sylvain, ii, 341-43). Les nouvelles de plus en plus défavorables qu'il lui communiquait de Rome concernant l'attitude de Grégoire XIII (Speciani à B., 9, 15, 30 août, 1" oct. 1578; Sylvain, ii, 347-49) le convainquirent de ne pas s'obstiner : le 16 oct., B. prescrivit l'emploi de la liturgie romaine à Monza (F. Frisi, Memorie sloriche di Monza e di sua corte. Milan, 1794; T. M. Abbiati, // rito ambrosiano a Monza secondo una corrispondenza inedita di S. C, dans La Scuola cattolica, lxvih, 1940, p. 200-09). On put même craindre un moment que l'existence du rit ambrosien tout entier ne fût menacée, mais une lettre à la fois soumise et ferme du cardinal (Oltrocchi, 881 a) écarta le danger.
Dans le but de restituer à la liturgie ambrosienne sa forme primitive, B. chargea Pietro Galesino de l'épurer de toutes innovations et excroissances. Les liturgistes actuels jugent très sévèrement l'œuvre de cet épurateur à l'esprit fanatique et totalement dépourvu de critique; étrange erreur commise par un homme ordinairement si judicieux dans le choix de ses collaborateurs (M. Magistretti, S. Carlo e il rito ambrosiano, dans S. C. B., 137-50). Cette refonte du bréviaire et du missel ambrosiens fut achevée en 1582. A cette occasion, B. fut aussi en correspondance suivie avec le cardinal Sirlet, président de la commission pontificale à la refonte des livres liturgiques. Cette correspondance fut publiée par Riboldi, VIII leltere édite ed XL inédite di S. C. B. al card. G. Sirlelo, dans La Scuola cattolica, 38« année, mars et mai 1910, appendice.
Parallèlement à son action en faveur du rit ambrosien, B. collabora aussi par ses conseils et par diverses démarches à l'édition des œuvres de S. Ambroise entreprise par le cardinal Peretti de Montalto (le futur Sixte-Quint) (août 1577-févr. 1580; voir sa correspondance publiée à Viterbe, 1868, et // XV° centenario délia morte di S. Ambrogio, sér. II, 1895-98, n. 4, 6).
6» La « Peste de S. Charles » (1576-77). — Voir bibliographie spéciale dans Pastor, ix, 899. Le jour même où Don Juan d'Autriche, frère du roi, faisait son entrée solennelle à Milan (11 août 1576), le fléau qui depuis plusieurs mois cheminait à travers villes et campagnes vénitiennes et lombardes, atteignit le faubourg de la Porta di Como. A cette nouvelle, l'archevêque absent revint en toute hâte vers sa métropole que Don Juan, Ayamonte, le gouverneur, et Lopez de Monténégro, le grand chancelier, s'apprêtaient à fuir.
Les premières mesures : mise de la ville en quarantaine, prières publiques quotidiennes, au cours desquelles B. visitait à pied les églises, accompagné d'une foule éplorée et suppliante, eurent pour effet de rendre courage, mais furent impuissantes à enrayer le mal. Ces mesures comportaient aussi le rassemblement des pestiférés dans un vaste enclos entouré d'un portique : le lazaret S. Gregorio, situé près de la porta Venezia. Ils y étaient absolument séparés du monde des vivants et privés de tout secours : pas de pain, pas de remèdes, pas de lits, pas d'infirmiers, pas de prêtres; les monalti eux-mêmes étaient en nombre insuffisant pour emmener et ensevelir les cadavres.
Le cardinal comprit que toute l'organisation d'une assistance chrétienne à ces malheureux reposait sur lui. Pour cela il fallait des ressources et des dévouements. Pour les ressources matérielles, il fit quêter en ville et au dehors et puisa sans compter dans son patrimoine, vendant ce qu'il lui restait d'objets précieux, cédant les tentures de son palais pour en confectionner des vêtements. Ne perdant pas de vue le salut des âmes, il fit demander au pape des indulgences exceptionnelles en faveur des pestiférés, de ceux qui les assistaient, leur administraient les sacrements, participaient aux jeûnes et aux i)rières publiques pour la cessation du fléau (Sala, Docum., i, 315, 324-25). Les dévouements, il espérait les trouver parmi le clergé : il rappela à ses curés l'obligation de ne pas abandonner les pestiférés et leur adressa à cette occasion un mémoire qui forme comme un guide complet (le la conduite à tenir en cas de peste.
Mais pour l'aider dans sa tâche surhumaine, il comptait surtout sur les religieux. Pourtant, seuls les capucins répondirent dès le début et avec empressement à son appel : trois des hôpitaux de pestiférés leur furent confiés (B. à Speciani, 13 nov. 1576; Oltrocchi, 312). Théatins, barnabites, jésuites, chanoines du Latran, observants, augustins, carmes prirent aussi une part du fardeau. Mais il ne trouva pas chez eux, et moins encore chez son ami Philippe de Néri, un concours aussi entier qu'il l'avait escompté. Aussi fit-il demander au pape la faculté de réquisitionner pour le service des pestiférés tous les religieux qu'il jugerait convenir à cette fin, sans avoir même besoin du consentement de leurs supérieurs. Cette concession, spéciflait-il, ne me paraît pas exorbitante, dans un cas où le danger de mort est si grand (cité par Sylvain, II, 146).
Le cardinal payait aussi de sa propre personne. Les témoignages que l'on recueille sur ce point dans la correspondance du temps et dans les dépositions au procès de canonisation sont éloquents. Voir en particulier la lettre du P. Jacques de Milan, capucin qui l'accompagnait dans ses tournées (Sylvain, ii, 151). Afin d'être toujours prêt à accourir au premier signe de détresse, il réduisit son sommeil à une couple d'heures ; il visitait lui-même tous les quartiers, remontait les courages défaillants, pénétrait au lazaret et dans les autres camps qu'il avait fallu aménager pour les pestiférés, administrait lui-même les derniers sacrements aux curés victimes de leur dévouement. Le pape dut lui faire rappeler de modérer son zèle (Sylvain, II, 142-43); mais Charles continua comme auparavant à se dépenser sans compter. Il prenait cependant les précautions nécessaires : éponge imbibée de vinaigre, herbes aromatiques. Cela fait, il allait de l'avant (B. à l'évêque de Brescia, 9 juill. 1577; Sylvain, II, 144).
Malgré le danger qui pouvait résulter de ces rassemblements, il prescrivit un triduum de prières publiques avec processions : le premier jour à S. Ambrogio, le second à S. Nazaro, le troisième le long de l'ancienne enceinte, en portant la relique du « clou sacré ».
La peste ne fit qu'augmenter durant tout l'automne. Une quarantaine consignant tous les habitants dans leurs demeures fut prescrite dans toute la ville et dut être renouvelée; le cardinal réussit à adapter son action apostolique à cette situation nouvelle : les cloches des églises devinrent pour tous les foyers le signal de la prière. Le fléau ayant diminué après la Noël, la quarantaine fut rapportée en févr. Le cardinal promulgua alors le jubilé spécial accordé par le pape aux villes délivrées de la peste; il ordonna trois processions expiatoires qu'il suivit lui-même nu-pieds; à la cathédrale il fut acclamé par la foule comme le « dompteur de la mort »; il décréta le retour à l'ancienne date initiale du carême; il voulut aussi organiser des tournées de bénédiction dans toutes les demeures. Le magistrat urbain, qui n'avait pas cette assurance quant à l'extinction du fléau, fit interdire ces tournées, mais il était trop tard. Le trafic des vêtements contaminés ayant provoqué un réveil de la peste, B. l'interdit sous peine d'excommunication (22 mars 1577) et le magistrat prescrivit une nouvelle quarantaine. Cette mesure qui empêchait le déroulement normal des solennités prévues pour le jubilé fut très mal accueillie. Dès la fête de l'Annonciation, elle fut violée pour la cérémonie du Pardon; elle dut être suspendue au moment de Pâques. Le 3 mai, pour la procession du saint clou, suivie d'une adoration des Quarante heures, on s'arrêta à une solution mitoyenne: la participation à cette solennité fut réservée aux seuls hommes et garçons âgés de plus de douze ans. Il y aurait eu plus de 80 000 assistants.
On a reproché au cardinal B. d'avoir en cette circonstance contrecarré par ses cérémonies de prières publiques l'effet visé par les mesures administratives. Mesuré à l'aune de l'état actuel de la science médicale et des préoccupations prophylactiques d'aujourd'hui le reproche est fondé. Mais la mentalité d'alors n'aurait pu comprendre qu'une cérémonie religieuse pût constituer un danger de contagion, puisqu'elle était un hommage vibrant rendu à l'Auteur de toute vie et de toute santé.
Le fléau traîna durant tout l'été; il s'éteignit en automne, sans doute faute d'aliment : il aurait fait 18 000 victimes. Le 7 sept., le cardinal bénit la première pierre de l'église votive de S. -Sébastien; le 15 oct., il conduisit la procession du nouveau jubilé; le 20 janv. 1578, la peste fut déclarée éteinte. Le 22 déc. 1577, le cardinal avait adressé à ses diocésains un long opuscule. Mémorial, rappelant les épreuves passées et remerciant Dieu pour la délivrance obtenue (Acia Eccl. Mediol., ii, 1045-1220). Au concile provincial il réédita le guide qu'il avait composé au cours de la peste sur les moyens de s'en préserver et les soins matériels et spirituels à donner aux malades (Pratica el inslrullioni per i curati el sacerdoti... inlorno alla cura degli infermi et sospetti di peste, dans Acta Eccl. Mediol., i, 182-210). Ce vade-mecum eut un tel succès qu'il fut réimprimé lors de la terrible peste de Milan en 1630.
7° Les Oblats de S.-Ambroise. — Les travaux apostoliques toujours plus nombreux, que l'archevêque ne cessait d'entreprendre dans son diocèse, exigeaient beaucoup d'ouvriers. Le clergé diocésain n'avait jamais suffi à la tâche et était retenu par son ministère pastoral. Parmi les réguliers, S. Charles avait trouvé de nombreux dévouements, mais il s'était heurté plus d'une fois aux instituts, aux règles et aux supérieurs. Réfléchissant à ces obstacles, un projet mûrit dans son esprit : fonder lui-même une congrégation de prêtres diocésains vivant en commun, sous l'obéissance de l'Ordinaire, et destinés à s'adonner, sous sa direction exclusive, au ministère des âmes, là où il le jugerait bon. L'idée lui en était venue en voyant un
groupement similaire, les Prêtres de la paix, existant à Brescia. Dès 1574 il exposa son projet à Mgr Carniglia (B. à Carniglia, 9 nov. 1574; Sylvain, m, 81-82). Il essaya d'abord de transformer son chapitre cathédral en une communauté de ce genre, mais se heurta au refus de plusieurs chanoines de souscrire à son programme de pauvreté (Bascapè, 185). Il songea alors au groupe de prêtres de la Doctrine chrétienne résidant près de l'église du S. -Sépulcre et son projet prit corps (il est exposé tout au long dans une lettre à Mgr Speciani, début de 1578; Oltrocchi, 376; Svlvain, III, 84-87).
Chargé de sonder les dispositions pontificales et éventuellement d'obtenir l'autorisation de Grégoire XIII, Speciani y réussit non sans peine (Sylvain, III, 87-88). Muni du blanc-seing pontifical, le cardinal B. se mit à la besogne. Au synode, il exhorta son clergé à s'enrôler sous la bannière de S. Ambroise; il adressa des invitations personnelles aux prêtres les plus zélés; un registre, déposé au secrétariat de l'archevêché, devait recueillir les signatures des volontaires. Son appel fut entendu : le 16 août 1578, B. présida à l'institution canonique des Oblats de S.- Ambroise en l'église du S. -Sépulcre. S'aidant des conseils de Philippe de Néri et ayant eu recours sur un point controversé à l'arbitrage du Frère Félix, convers capucin, il rédigea les règles de la nouvelle congrégation, qui furent définitivement octroyées le 13 sept. 1581 (sur les débuts de cette congrégation et ses rapports avec S. Charles, voir B. Rossi (Rubeus), De origine et progressa congregationis Oblatorum sanctorum Ambrosii et Caroli, Milan, 1739; A. Bernareggi, Le origini délia congregazione degli Oblati di S. Ambrogio, dans Humilitas, n. 21, Milan, 1931). En 1611 au lendemain de la canonisation de Ch. B., la congrégation des Oblats a ajouté à son patronyme S. Ambroise celui de S. Charles.
Les Oblats de S.-Ambroise répondirent aux espoirs de leur fondateur. Sous leur direction, l'église du S.- Sépulcre devint le centre de nombreuses œuvres spirituelles milanaises. La congrégation des oblats prêtres, qui compta rapidement plus de 200 membres, fut doublée d'une autre congrégation d'oblats restés laïcs; ces précurseurs de l'action catholique ne se liaient par aucun vœu, mais s'engageaient si)ontanément au service de l'apostolat dans le diocèse. La direction du séminaire et celle de plusieurs collèges et sanctuaires (par ex. celui de Rhô) furent confiées aux Oblats.
8° Les conflits avec Requesens et Ayamonte. — Après la mort d'Alburquerque (nuit du 20 au 21 août 1571) et le gouvernement par intérim du commandant de la citadelle de "Milan, Alvaro de Sande (sept. 1571-avr. 1572), le poste de gouverneur du Milanais fut confié à Louis de Requesens, grand commandeur de Castille et lieutenant général de la flotte espagnole victorieuse à Lépante. Sous son gouvernement, les relations entre les deux pouvoirs furent normales la première année, mais elles s'envenimèrent fortement en l'été de 1573. Un Milanais nommé Resta était en procès avec des religieuses de Gallarate; en vertu de la bulle In cena Domini, l'affaire relevait du for ecclésiastique. Mais les ministres royaux prétendirent s'en mêler. Sur ces entrefaites, la vieille question du port d'armes par les hommes de l'archevêque revint à l'ordre du jour. Une décision de Philippe II avait limité à cinq le nombre des hommes de l'archevêque autorisés à porter les armes et leur avait interdit le port de certaines armes comme les arquebuses (Sala, Docum., m, 451-52). I Cette décision fut notifiée au fiscal, le 15 juill. 1573, par trois gentilshommes milanais. Malgré les prières de son entourage, le cardinal excommunia le gouverneur. Celui-ci riposta en élevant une protestation publique
(8 août; Sala, ibid., ii, 33), en faisant interdire aux écoles de la Doctrine chrétienne et aux confréries de pénitents toute réunion sans l'assistance d'un délégué du pouvoir civil (Sala, ibid., iii, 484), en défendant le port des uniformes et insignes distinctifs des congrégations, en afïîchant aux portes des églises un pasquino, pamphlet diffamatoire contre le cardinal (31 août; Sala, ibid., n, 23; m, 491; Sylvain, ii, 74). Un cordon de troupes surveilla les issues de l'archevêché et le cabinet noir censura sa correspondance avec Rome. Le gouverneur fit aussi occuper manu militari le château d'Arona et les terres patrimoniales du cardinal. Sur ce dernier point, B. avait ordonné de n'opposer aucune résistance.
De part et d'autre on en appela au pape. B. manda à Rome un envoyé spécial et le tint au courant des événements par une correspondance presque journalière. Grégoire XIII, très mécontent, soumit l'affaire au consistoire du 7 sept. 1573 et en confia l'examen à la Congrégation pour la juridiction ecclésiastique, qu'il porta à cette occasion de 3 à 6 membres. Annibale Grassi fut dépêché comme envoyé spécial à Madrid, où il arriva le 14 nov., et obtint l'envoi à Rome de deux juristes espagnols. Tandis que les négociations se poursuivaient entre Rome et Madrid, Requesens avait reçu de Philippe II sa désignation pour les Flandres. Il prit occasion de son départ imminent pour solliciter et obtenir du pape l'absolution de sa censure. Mais le cardinal n'ayant pas été averti de ce fait, il en résulta des situations très pénibles dont il se plaignit fortement à Rome (4 oct. ; Sala, Docum., m, 520). Une mise au point de Rome (10 oct.; Sala, ibid., 529) et le départ de Requesens pour les Pays-Bas rétablirent l'ordre.
Le nouveau gouverneur, le marquis Antonio de Ayamonte, arriva à Milan le 17 sept. 1573. Dès la première entrevue avec lui, le cardinal eut une impression défavorable (B. à Castelli, 7 oct. 1573; Sala, Docum., iii, 528). Toutefois, durant les cinq premières années, les hostilités se bornèrent à des coups d'épingle. Infatué de sa personne, hautain, ombrageux et tranchant, Ayamonte jalousait la popularité du cardinal et s'oublia un jour jusqu'à la lui reprocher en face (B. à Speciani; Oltrocchi, 359). Le cardinal ayant pris diverses mesures pour assurer le bon ordre des cérémonies religieuses et le respect des lieux du culte, il s'estima froissé de ne pas en avoir été averti au préalable. Il puisa à nouveau dans l'ancien arsenal des accusations et, par l'entremise du cardinal Alciati, essaya d'agir sur la Curie en dénonçant B. comme un violateur des droits du pouvoir civil, un novateur et un perturbateur de l'ordre public, brandissant à tout propos les foudres canoniques pour les motifs les plus futiles. Il harcelait plus encore Philippe II de plaintes incessantes.
A force d'être répétées, ces accusations finirent par trouver créance; elles n'étaient d'ailleurs pas entièrement dépourvues de fondement. La réputation du cardinal fut sérieusement atteinte dans les milieux romains et madrilènes. Même de bons esprits se demandèrent si B., malgré ses excellentes intentions, ne manquait pas de discrétion, s'il n'oubliait pas parfois que le mieux est l'ennemi du bien et qu'il ne faut pas exiger la perfection de la moyenne des fidèles. Dès mars 1578, le nonce en Espagne note chez le roi une certaine désaffection à l'égard du cardinal (Sylvain, II, 208); et pour donner un gage aux réclamations espagnoles, Grégoire XIII fit demander à B. de redoubler de circonspection (Speciani à B.; 30 août 1578). Le pape accorda aussi au gouverneur sur sa demande le privilège de faire célébrer les offices en rit romain partout où il se présenterait. .Mais le cardinal ayant protesté, ce privilège fut retiré (B. à Speciani, 28 oct. 1578).
DicT. d'mist. et de GÉOOR. ecclés.
Une cause plus grave de friction éclata en 1579, quand Ayamonte, désireux de rehausser sa popularité et de faire pièce au cardinal, décida de donner de l'extension aux fêtes du carnaval en y ajoutant des réjouissances inédites : tournois, bals, mascarades, courses de chevaux et de chars, et en maintenant la prolongation des festivités jusqu'au premier dimanche de carême. Le cardinal protesta dans une lettre pastorale (22 févr.). Ayamonte rétorqua en étendant les fêtes à tous les dimanches du carême. Il remporta tout d'abord un franc succès : la foule qui se pressa aux spectacles se déroulant sur la place du Dôme était si dense que le cardinal lui-même eut de la peine à s'y frayer un chemin pour entrer dans l'église. Mécontent, B. publia un édit rappelant les décrets de Trente qui interdisaient les réjouissances profanes à l'heure des cérémonies religieuses et excommuniant tous ceux qui à l'avenir assisteraient à ces jeux. Le peuple dut bien obéir, mais la colère du gouverneur dépassa toutes les bornes. Il résolut de profiter des dispositions équivoques qu'il croyait exister en haut lieu : par une pression exercée sur des fonctionnaires subalternes, par un espionnage organisé de ses faits et gestes, Ayamonte soutira une collection de plaintes contre le cardinal (Bascapè, 1. V, c. i, p. 110). Il en fit dresser un réquisitoire en vingt et un points (texte dans M. Formentini, La dominazione spagnuola in Lombardia. Milan, 1881, p. 486), contraignit les décurions de la ville à le signer (B. à Speciani, 17 mai et 4 juin 1579; Oltrocchi, 473) et le fit porter au pape par Giacomo Ricardi. Grégoire XIII en adressa une copie à B., qui y répondit en mettant toutes choses au point (28 juill. 1579; Sylvain, ii, 221-25). Le cardinal n'avait jamais cessé de tenir le pape au courant des affaires milanaises; dès le début du pontificat, il s'était déclaré prêt à obéir en tout, dût-il y perdre de ses prérogatives (B. à Grégoire XIII, 15 sept. 1573; Sala, Docum., m, 500). Voyant que le conflit s'envenimait, il se décida à suivre les conseils de Speciani (Bascapè, 1. V, c. vu, p. 123) et à venir lui-même à Rome pour remettre tout le règlement de l'affaire entre les mains du pape (23 juill.). Ce voyage fut un succès complet (voir plus loin).
Entre temps Ayamonte résolut de renouveler sa tentative, espérant bien obtenir ainsi l'éloignement définitif de son ennemi. Par diverses pressions et chantages, il fit décider par une réunion groupant 36 décurions sur 60 l'envoi à Rome de deux d'entre eux, Lonato et Trotto, chargés de présenter au S. -Père une nouvelle supplique contre B. Ces ambascialori del carnovale, comme on les surnomma à Rome, partirent de Milan le 26 déc. 1579. Le pape, qui avait d'abord refusé de les recevoir, ne se ravisa que sur les instances de B. qui présenta lui-même les deux Milanais. Tandis qu'ils étaient à Rome, B. revint à Milan. Avant de partir de Rome, il avait reçu de Grégoire XIII la consigne ferme de résister à tout empiétement sur les droits de l'Église. A son arrivée à Milan, le premier vendredi de carême, il se vit souhaiter la bienvenue par Ayamonte escorté du commandant de la place, des sénateurs et décurions. Dès le surlendemain, le gouverneur prétendit renouveler les festivités de l'année précédente. Mais il en fut pour ses frais : craignant les foudres cardinalices, les Milanais se tinrent cois, les fils du gouverneur eux-mêmes se heurtèrent à un veto décidé de leur mère, et seul un escadron de cavalerie participa aux festivités au milieu de l'indifférence générale. L'archevêque excommunia tous ceux qui avaient assisté aux jeux.
Ayamonte mourut à la fin d'avr. 1580, réconcilié avec l'Église. Le cardinal n'en décida pas moins d'envoyer auprès de Philippe II un messager chargé de lui exposer de vive voix tous les détails des conflits
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515 CHARLES BORROMÉE 5dr.
l'ayant opposé aux gouverneurs. Son choix tomba sur le barnabite Carlo Bascapè. Envoyé en juin, il arriva à Badajoz le 4 août 1580 et fut reçu le surlendemain par Philippe II. Sa mission réussit entièrement (Bascapè, 132-40; voir les actes dans Sala, Docum., n, 70- 94). B. put vivre sur pied de paix avec les deux gouverneurs suivants, Guevara y Padilla (1580-83) et le duc de Terranueva (depuis juin 1583).
//. BORROMÉE HORS DV MILANAIS. — 1° Première tournée alpestre (1567). — Elle fut l'achèvement naturel de la visite pastorale au cours de laquelle B. parcourut, pour la première fois, la partie rurale de son diocèse (été de 1567). Les trois vallées tessinoises de Leventina, Blenio et Riviera avaient été cédées par • les ducs de Milan en condominium aux trois cantons confédérés de Schwyz, Uri et Nidwalden, mais continuaient à relever au spirituel du siège de Milan. La délimitation entre le spirituel et le temporel y était très confuse; en pratique, les autorités locales avaient accaparé presque tous les pouvoirs et les conflits de juridiction étaient monnaie courante (détails dans Reinhardt-Stefïens, p. cxcix sq.).
S'embarquant à Anghera, le 13 oct., sur le lac Majeur, le cardinal rejoignit le lendemain, à Bellinzona, cinq notables cantonaux chargés, sur sa requête, de l'accompagner au cours de sa tournée : Johannes Zum Brunnen, Walter Roll, Heinrich Biintener, Melchior Lussy, Johannes Casser (ibid., p. ccxv, ccxvii). Tous ensemble se rendirent alors d'une traite jusqu'au S.-Gothard, puis ils redescendirent la vallée du 'Tessin en visitant chaque village sans omettre les vallées latérales (détails chronologiques, itinéraire et rapports sur chaque localité dans D'Alessandri, 18-56).
La visite fut clôturée, le 29 oct., par une assemblée du clergé tessinois à Cresciano, avec promulgation des décrets tridentins, profession de foi, répression des abus (texte des ordonnances de Cresciano, en 33 ou 35 articles, dans D'Alessandri, 57-61 ; Reinhardt- Stefïens, p. ccxxii). Le délégué d'Uri, Zum Brunnen (Zambruno), promit l'appui des autorités civiles (D'Alessandri, 66-68). B. rentra à Milan le 1" nov. Le clergé tessinois fut profondément transformé. Mais un projet du cardinal déterminant la compétence réciproque des pouvoirs civil et religieux ne fut accepté, le 29 déc. 1567, à la diète de Brunnen par les Seigneurs des trois cantons que moyennant des réserves qui ne satisfirent pas B. (D'Alessandri, 80-92, donne le détail de ces pourparlers).
2° Mission à Mantoue (1568). — La nomination de Camillo Campeggio comme inquisiteur à Mantoue avait renforcé la tension qui existait de longue date entre le duc de Mantoue et l'Inquisition de cette ville. Un conflit entre le nouvel inquisiteur et un chanoine de la cathédrale accusé d'avoir tenu des propos averroïstes mit le feu aux poudres. La nuit de Noël 1567, deux tertiaires de S. -Dominique furent trouvés assassinés par des mains inconnues {Arch. stor. Lomb., vi, 1879, p. 792). Le pape alerté chargea l'archevêque de Milan d'enquêter sur cette affaire et de rétablir l'ordre (lettre du 10 févr. 1568; Sylvain, i, 406-07). B. partit aussitôt; dès le 25 févr., il était sur place et, | grâce à des mesures à la fois prudentes et énergiques, réussit en peu de jours à pacifier la ville : un autodafé eut lieu le 4 avr. ; trois étrangers furent livrés au bras séculier et décapités.
3" Deuxième tournée alpestre et voi/age en Suisse (1570). — Pour de multiples raisons, B. désirait nouer des contacts personnels avec les cantons suisses, mais ce projet se heurtait à de nombreuses susceptibilités, tant de la part des confédérés restés catholiques que de ceux passés à la Réforme. En l'été de 1570, il décida de réaliser son projet, sous le couvert d'une visite h rendre à sa sreur Horlensc on son (rhntean de
Hohenems, près du lac de Constance. Il combina ce voyage avec une seconde visite aux vallées tessinoises, qu'il commença les 3 et 4 août par Brissago, Locarno et le sanctuaire mariai del Sasso. Il remonta alors les trois vallées suivant un parcours à peu près inverse de celui qu'il avait emprunté trois ans auparavant (itinéraire dans D'Alessandri, 120-155). Le 19, il atteignait le S.-Gothard, entreprenant la partie principale de son voyage. L'itinéraire de ce voyage helvétique n'a pu être reconstitué avec une certitude absolue. En particulier la date de sa visite à Einsiedeln reste incertaine. On ne dispose i) cet effet que de la déposition de son valet de chambre, Ambroise Fornero, au procès de canonisation, et de quelques pièces de correspondance (surtout sa lettre du 10 sept. 157(i à son cousin le cardinal Altemps; dans Robinson, 40-43). Voici les dates les plus vraisemblables : S.- Gothard, nuit du 19 au 20 août; .\ltdorf, 20-21; Stans, 21-22; visite au tombeau de S. Nicolas de Vlue, 22; Lucerne, 22-23 et 23-24; Zug, 24-25; Lichtensteig. 25-26; S.-Gall, 26-27; Rorschach, 27-28; Hohenems, 28-29 et 29-30 (peut-être cette seconde nuit à Feldkirch); Einsiedeln, 30-31; Schwyz, 31 aoùt-l«' sept.; le 1" sept., il se rend à Altdorf, où il a une entrevue avec plusieurs personnalités politiques confédérées.
Revenu à Milan le 6 sept., le cardinal composa un rapport détaillé sur la Suisse et ses possibilités d'apostolat, qu'il expédia au pape le 30 du même mois (Reinhardt-Stefïens, p. cccxxiii-cccxxvii ; 6-17). Il y proposait la désignation d'un délégué pontifical permanent qui n'aurait pas à s'occuper de questions politiques comme les nonces, mais seulement de réforme, ainsi que la fondation de nouvelles maisons religieuses. Ce dernier vœu prit rapidement corps : en 1574 un collège de jésuites était fondé à Lucerne; peu après, les capucins s'établissaient à Altdorf (S. Wind, Der hl. K. B. und die Einfûhrung der Kapuziner in die Schweiz, dans Zeitschr. f. schw. KG., xxix, 1935, p. 213-19; H. Huwyler, S. Carlo e l'introduzione dei cappuccini in Svizzera, dans La Scuola cattoUca, Lxvi, 1938, p. 474-81). L'affaire du délégué pontifical dut encore mûrir : après de longues négociations, sur une suggestion de B. (janv. 1579 et 16 avr. 1579; Reinhardt-Stefïens, i, 316), l'évêque de Verceil, G. F. Bonomi, fut désigné comme délégué pontifical pour la Suisse intérieure (2 mai 1579; ibid., 325).
Du 6 au 19 oct. 1570, le cardinal visita à nouveau la rive nord du lac de Lugano (Valsolda et pieve de Tesserete). Il y trouva une situation envenimée par suite des prétentions du Focht (podesià) de la Riviera, un certain Beato Hoffer. Celui-ci, ayant fait emprisonner le P. Gardien des mineurs de Lugano (août 1571), fut excommunié par le cardinal. L'affaire traîna encore jusqu'en 1572 (détails dans D'Alessandri, 188, 189, 192, 195-203).
4° Conclave et séjour à Rome (été de 1572). — S. Pie V étant mort (l"'' mai 1572), le cardinal B., sans égards pour sa santé encore minée par une fièvre obstinée, partit aussitôt pour le conclave, qui s'ouvrit le 12 mai. Dès le lendemain, Ugo Boncompagni, cardinal de Bologne, était élu; il prit le nom de Grégoire XIII. De son propre aveu (lettres au roi d'Espagne, aux ducs de Toscane et de Savoie), le cardinal B. avait eu une influence certaine sur cette élection, bien que Boncompagni ne fût pas son candidat préféré; B. ne l'eût sans doute pas soutenu du tout, s'il avait été au courant d'un détail de sa vie privée (Pastor, ix, 9, note).
Le conclave terminé, le nouveau pape, appuyé par les médecins, exigea du cardinal une prolongation de son séjour à Rome jusqu'à la lin des chaleurs estivales. Pour calmer sa conscience, B. sollicita du pape un bref (17 août 1572; Sala, Docum., i, 258) le dispensant durant nii trimestre fin deviiir de résidence; Il réitérii
aussi sa demande d'être déchargé de plusieurs fonctions incompatibles avec l'administration effective d'un vaste diocèse : protectorat des Carmes et des Franciscains, archiprêtré de Ste-Marie-Majeure, charge de grand pénitencier. Il eut gain de cause. De Rome, il gouverna son diocèse par une correspondance incessante avec son vicaire Castelli; il lui fit réunir le III« synode diocésain et régla les sujets à y traiter. Parti de Rome après le 27 oct., il était de retour à Milan pour l'avent ambrosien, après avoir passé par Lorette (31 oct.) où il resta toute la nuit en prières à la Casa Santa. Dès son arrivée à Milan, il écrivit à tous les intéressés pour leur confirmer sa résignation des fonctions dont il avait obtenu d'être déchargé (12 et 19 nov. 1572; Sevesi, Arch. franc, hist, 1938, p. 388-390).
5° Pèlerinage du jubilé (1575). — Voulant rehausser l'inauguration du jubilé de 1575, Grégoire XIII convia tous les princes de l'Église à se trouver à Rome pour l'ouverture de l'année sainte. B., qui avait projeté de faire son pèlerinage à l'automne de 1575, modifia ses plans. Il prit ses dispositions comme pour une longue absence, adressa une belle lettre pastorale sur le jubilé (10 sept. 1574; Acta Eccl. Mediol., ii, 930) et célébra une messe d'adieux au cours de laquelle il distribua lui-même la sainte communion à ses diocésains (Sylvain, ii, 114-15).
Parti de Milan le 8 déc, comme un simple pèlerin et sans interrompre son programme ascétique de l'avent, il fit route durant treize jours, visitant au passage Vallombreuse (Echi di S. C. B., 18-24), l'ermitage de Gamaldoli, le Mont-Alverne, le Mont-Olivet (récit de son compagnon de route Lanfranc Reyna; dans Oltrocchi, 249, note). A Rome, il logea d'abord chez les chartreux de Ste-Marie-des-Anges, puis dans la petite demeure qu'il s'était fait construire près de son église titulaire Ste-Praxède et qu'il transforma en hôtellerie à l'usage des pèlerins milanais. Au procès de canonisation son page a raconté la manière édifiante dont il vivait (Sylvain, ii, 118). Accompagné d'Ottavio Forreri, il entreprit aussi la visite architecturale des églises romaines, cherchant des indices d'usages liturgiques primitifs. Il conseilla au pape d'étendre aux diocèses du nord de l'Italie la pratique des visites apostoliques inaugurée dans les États de l'Église dès 1573. Cette suggestion fut bien accueillie. On décida de commencer cette année même. Le cardinal obtint aussi par faveur spéciale l'extension du jubilé à son diocèse pour l'année suivante, inaugurant ainsi un usage qui se généralisera plus tard. Parti de Rome le 31 janv. 1575, il fit route en hâte par Florence et Bologne, en sorte qu'il put assister, à Guastalla, à la mort de son beau-frère; il était de retour à Milan le 25 février.
6° Visite des diocèses de Crémone et de Bergame (1575). — En vertu des décisions prises concernant les visites apostoliques, un bref d'avr. 1575 répartit les diocèses à visiter entre les évèques visiteurs. Tandis que l'évêque de Famagouste, Girolamo Ragazzoni, irait à Milan (visite qui commença en mai), B. reçut en partage Crémone et Bergame.
La visite de Crémone prit trois mois (12 juin-4 sept. 1575). L'évêque de ce diocèse, Nicolas Sfondrati (le futur Grégoire XIV), revenu après une absence de quelques mois, fut émerveillé des résultats obtenus.
Après un séjour à Milan pour fêter la Nativité de la Vierge, B. s'attela à la visite de Bergame qui dura un peu plus de deux mois (22 sept. -début déc). Il en prit occasion pour opérer la translation des restes des SS. Firmus et Rusticus, ce qui ne se fit pas sans quelques désordres. Cette visite égala en fruits apostoliques celle de Crémone. Les actes ont fait l'objet d'une publication par Roncalli et Forno.
Revenu en son diocèse, B. y prépara l'extension du jubilé qui fut solennellement ouvert au Dôme, le 12 févr. 1576 (lettre pastorale du 20 janv. ; instructions aux curés et aux fidèles, 4 et 6 févr.; autres documents en rapport avec le jubilé dans Acta Eccl. Mediol., II, 936-51 ; détails dans P. Tacchi Venturi, L'anno santo del 1575 celebrato da S. Carlo in Milano seconda una lettera inedita del P. Benedetto Palmio, Milan, 1938, extr. des Echi di S. C. B.).
7° Troisième tournée alpestre (1577). — A l'automne de 1577, l'archevêque de Milan envoya Mgr Bernardine Tarugi comme visiteur dans les Tre Valli du Tessin. Cette visite se clôtura par une assemblée du clergé tessinois à Biasca (3 déc), où furent fulminées une série d'excommunications contre divers potentats locaux, coupables d'avoir enfreint des privilèges ecclésiastiques.
Malgré les frimas, B. décida de se rendre à Biasca pour confirmer de son autorité les mesures prises par Tarugi. La légende a complètement travesti le vrai caractère de cette réunion, ainsi que le motif qui poussa B. à s'y rendre. D'après elle, il se serait agi d'une réunion de prêtres mécontents que le cardinal aurait décidé de ramener à la raison.
Parti de Milan le 9 déc. de bon matin, il arriva l'après-dîner à Ponte Tresa et, les montures ne pouvant aller plus loin, l'archevêque et sa suite franchirent à pied et en pleine obscurité le col du Ceneri couvert de neige et de glace, en avançant « comme des chats », suivant l'expression d'Ambroise Fornero qui fut de l'expédition. Le lendemain, deux heures avant l'aube, son arrivée à Biasca provoqua l'étonnement général. Le jour même, il tint une congrégation du clergé (procès-verbal dans D'Alessandri, 229-30). Il consacra les quatre jours suivants à une visite rapide des principales paroisses de la région et revint le 16 déc. à Milan (procès-verbal des visites dans D'Alessandri, 230-35).
8° Pèlerinage au saint suaire de Turin (1578). — En exécution d'une promesse faite lors de la peste, le cardinal B. projetait de se rendre à Chambéry en
1578, pour y vénérer le saint suaire. Le duc de Savoie, Emmanuel Philibert, ayant fait transporter la précieuse relique à Turin (14 sept. 1578), le voyage du cardinal en fut abrégé d'autant. Le récit de ce pèlerinage fut écrit par un de ses onze compagnons de route, le P. Adorno, jésuite et recteur du collège de Brera {Descrizione del viaggio di san Carlo Borromeo (a Torino) per venerare la santa sindone, publ. par P. Savio, dans Aevum, vu, 1933, p. 433-54; sur une soi-disant publication de 1578 et une trad. latine de
1579, ibid., 429-30).
Partis de Milan, le matin du 6 oct., les douze pèlerins firent à pied et en quatre jours les 150 kilomètres de leur pèlerinage; ils marchaient deux à deux, faisant alterner méditations, psaumes et rosaire, et s'arrêtant dans les églises pour les offices, suivant un ordre prévu (Adorno, ibid., 440 sq.). Reçus en triomphe à Turin par les principales personnalités du pays (soir du 9 oct.; Adorno, ibid., 446 sq.), une exposition privée du saint suaire fut faite en leur honneur le lendemain. Le dimanche 12, les solennités publiques avec procession, exposition de la relique et adoration des Quarante heures se déroulèrent devant le château ducal et à la cathédrale; B. prit deux fois la parole. Le mardi 14 eut lieu une réédition des festivités de l'avant-veille. B. repartit de Turin le 16; il combina son voyage de retour de manière à y inclure une visite au monastère de S. -Michel in Chiusa et au sanctuaire du Monte Varallo où il séjourna plusieurs jours (Adorno, ibid., 454).
9" Voyage à Rome (1579). — Au cours des années 1578-79, les relations entre le cardinal et le gouver-
519 CHARLES BORROMÉK r>2n
neur de Milan, Ayamonte, s'étaient tellement envenimées que B. se résolut finalement à se rendre en personne à Rome pour en traiter directement avec le Souverain pontife (voir plus haut). Venu d'abord à Brescia, au chevet de son suffragant, Domenico Bolani, il en partit entre le 15 et le 17 août. Comme d'habitude, il combina son voyage avec une suite de pèlerinages : six jours à l'ermitage de Camaldoli (J. B. Mittarelli, dans Annales Camaldulenses, viii, "Venise, 1764, p. 158-59) — le bruit courut même qu'il y resterait toujours; visite au mont Alverne et à Loretta (7 sept.; voir un récit contemporain de son séjour à Lorette dans S. C. B., 458). Il arriva le 13 sept, à Rome où il fut reçu par une foule enthousiaste. Le pape, en villégiature à Frascati, le pria de séjourner quelques jours auprès de lui; dans la suite, ils eurent encore de fréquentes entrevues, au cours desquelles le cardinal exposa au pape la situation milanaise et le rendit entièrement favorable à son point de vue. Il remporta encore un autre succès : le texte du IV« concile de Milan avait été remis depuis plus de deux ans pour examen au cardinal Montalto, lequel s'en était déchargé sur des curialistes hostiles à B. Ceux-ci lui avaient fait subir tant de retouches que leur travail ressemblait plus à un coup d'éponge qu'à des coups de lime (Oltrocchi, 473 c). Comme pour justifier leur oeuvre, ils avaient joint à leurs corrections un dossier complet de libelles, plaintes et réclamations adressées de Milan contre le cardinal. Grégoire XIII se fit remettre le texte original du concile incriminé et, en ayant pris connaissance, lui donna son entière approbation, ainsi qu'à celui du V« concile provincial que le cardinal B. avait apporté avec lui.
Parti de Rome le 29 ou 30 janv., il se rendit d'abord à Venise où il consacra six jours à traiter avec le doge de diverses questions pendantes : tribunal de l'Inquisition; étudiants étrangers suspects d'hérésie admis à l'université de Padoue; visite apostolique du diocèse de Brescia. Il mit son séjour à profit pour signaler au pape divers points méritant réforme et pour corriger des abus disciplinaires dans le comportement du clergé. Il quitta Venise le samedi 13 févr. ; son arrivée à Milan, le vendredi 19, déchaîna l'enthousiasme populaire.
lO" Visite du diocèse de Brescia (1580). — La visite de ce vaste diocèse, rendue difficile à cause des infiltrations hérétiques qui s'y étaient produites, s'étendit sur presque toute l'année 1580. Dès le début, B. dut l'interrompre pour assister sur son lit de mort le gouverneur de Milan, Ayamonte, et pour présider le synode diocésain du 20 avr. ; ensuite il tomba malade à son tour et ne put reprendre sa visite que fin juin. Il commença par les localités rurales de la plaine lombarde : Orzinuovi, Quinzano, Verola, Asola, restant de quatre à sept jours dans chaque centre. A Castiglione délie Stiviere, où il séjourna du 19 au 23 juill., il prépara le prince Louis de Gonzague, alors âgé de douze ans, à recevoir la sainte communion qu'il lui donna de sa main. Rejoignant alors la rive ouest du lac de Garde, il demeura à Salô du 24 juill. au 7 août. Il entreprit ensuite la visite des trois vallées alpestres : Val Toscolano, Val Trompia et Val Camonica, remontant ce dernier jusqu'aux confins de la Valteline, pays soumis par les Grisons et enjeu de tractations nombreuses de la diplomatie de cette époque. Arrivé là, il ne put résister au désir de visiter le sanctuaire mariai de Tirano tout proche, mais situé en territoire valtelin. L'accès en avait été interdit par les Grisons à l'évêque de Côme dont il relevait. Ayant demandé et obtenu l'autorisation de l'Ordinaire du lieu (Camenisch, 250), B. franchit à pied la montagne, arriva à Tirano dans la nuit du 27 au 28 août, y célébra la messe et prêcha.
Poursuivant sa visite par le Val Trompia, il s'arrêta dans la ville minière de Gardone. L'autorité vénitienne avait usé de la manière forte contre l'hérésie qui s'y était infiltrée trente ans plus tôt; elle n'avait abouti qu'à la remplacer par de l'indifférence; à l'arrivée du visiteur, nul ne quitta son travail pour l'accueillir. Il fallut des ordres officiels pour amener le peuple au sermon. Le cardinal trouva l'accent qui amollit ces rudes écorces. Il y laissa l'évêque de Mariano et des jésuites pour achever son œuvre.
Ayant interrompu sa visite une seconde fois pour
1 fêter à Milan la Nativité de la Vierge, il la reprit au
; début d'oct., passa rapidement par les régions rurales non encore visitées, puis procéda à la visite de la ville de Brescia, qui ne fut terminée que le 22 nov., bien qu'il y poursuivît le travail jusqu'à minuit (B. à Speciani; Sylvain, ii, 325). Il rédigea alors le mémorial et les ordonnances de sa visite (la revue Brixiu sacra, i, 1910, a publié une série de monographies sur le passage du saint dans diverses localités du diocèse : Asola [A. Besutti], Chiari [L. Rivetti], Orzinuovi [F. Perini], Valle Camonica [A. Sina], Sal<i [P. Bettoni], Valle Trompia [O. Piotti]; une vue d'ensemble y fut donnée par P. Guerrini).
11° Voyages de 1581. — De juin à sept. 1581, B.
j fut continuellement en route. Il se rendit d'abord en
I Piémont, pour une deuxième visite au saint suaire de Turin. A Masino il eut une entrevue avec le duc de Savoie, Charles-Emmanuel. Revenant par Arona et le lac Majeur, il parcourut en tous sens la région montagneuse des Préalpes séparant ce lac de celui de Lugano. Malgré la fièvre, il y consacra douze églises entre le 18 juill. et le début d'août. Quittant Bellinzona le 2 août, il monta directement jusqu'au S.-Gothard, où il officia le surlendemain. Redescendant le Tessin, il visita plus en détail encore que lors de sa première tournée les villages des deux rives jusqu'au confluent
j du Brenno, dont il remonta la rive gauche (itinéraire et documents dans D'Alessandri, 272-97).
Arrivé à Olivone, au lieu de rebrousser chemin vers le Midi comme lors de ses visites précédentes, il poursuivit sa route avec dix compagnons, pour répondre
l à une invitation de l'abbé bénédictin de S. -Martin de Disentis (Grisons), Christian von Castelberg. Ayant
I franchi le col du Lukmanier (1917 m.), il arriva le 25 août à Disentis. Il n'y séjourna que vingt-quatre
I heures environ, mais tint à y passer la nuit en prières devant les reliques des SS. Placide et Sigisbert. Reparti le 26 pour l'Italie, il reprit le cours de sa tournée interrompue, présida une assemblée régionale du clergé à Biasca (30 août), visita les villages du Val Capriasca et revint à Milan le 4 sept. Trois jeunes gens originaires du pays des Grisons l'accompagnaient comme futurs séminaristes. L'un d'eux, Giovanni Sacco, devint curé de Disentis et écrivit une relation de la visite de B. en cette localité (imprimée à Coire, 1605; résumé dans Oltrocchi, 587-90, note, et dans Sylvain, m, 19-22; cf. C. Cahannes, Die Pilgerreise Carlo Borromeo's nach Disentis im August 1581, dans Zeitschr. f. schw. KG., xviii, 1924, p. 136-65).
12° Voyages de 1582-83. — A l'occasion de la Fête- Dieu (14 juin 1582), le cardinal B. fit un troisième pèlerinage au saint suaire de Turin. Revenu à Milan par les rives du Pô (26 juin), il en repartit le 4 juill. pour une cinquième tournée dans les Alpes, choisissant un itinéraire passant plus à l'Est que les précédents et plus proche des frontières de la Valteline. Par Monza et les rives méridionales du lac de Côme. il rejoignit à Porlezza l'extrémité du lac de Lugano (16 juill.). Il revit la région montagneuse séparant ce lac de la vallée du Tessin et remonta cette vallée jusqu'à Giomico seulement (réunion du clergé régional, 30 juill.). Revenant sur ses pas par Bellinzona,
Lugano et Porlezza (7 août; itinéraire du 25 juill. au 7 août dans D'Alessandri, 311-17), il entreprit la visite du massif montagneux bordant les rives orientales du lac de Côme. Le 6 sept., il venait de quitter Lecco pour rentrer à Milan, quand il apprit que sa sœur Camille était gravement malade. Il partit la nuit même pour Guastalla, à une allure si rapide que le postillon lui-même ne put la soutenir; il ne s'arrêta qu'à Lodi pour dire la messe et continua sans manger jusqu'à Parme; cependant il arriva trop tard pour trouver sa sœur encore en vie.
Comptant se rendre à Rome quelques semaines plus tard et déjà muni selon sa coutume de la permission de prolonger son absence hors de son diocèse (28 août 1582; Sylvain, m, 138), il décida de passer ce temps au couvent des capucins de Sabbioneta; il régla par courrier les affaires diocésaines encore en suspens et se livra à cœur joie à de rudes austérités (Giussano, 637-38). Il composa aussi durant ce séjour quelques avis spirituels et les confia à Agostino Valier, cardinal de Vérone, qui les retoucha et en fit un opuscule. De arle meditandi, resté inédit (Oltrocchi, 638 b).
Quittant sa retraite de Sabbioneta le 27 sept., il se rendit à Rome en litière par l'itinéraire habituel, Mantoue, Bologne, Florence, trajet qui lui permit de visiter au passage le sanctuaire de N.-D. délia Quercia. Arrivé à Rome le 24 oct., il fut pendant quatre jours l'hôte du pape dans sa villa des Castelli; il se fixa ensuite dans sa demeure près de Ste-Praxède. Réservant le plus clair de ses nuits à l'oraison et aux pénitences, il consacra ses journées aux affaires de son Église. Aidé du cardinal Paleotti, il persuada Grégoire XIH de nommer une commission pour régler les rubriques et le cérémonial : ce fut l'origine de la Congrégation des Rites. Il obtint aussi du pape l'érection du siège de Bologne en arclievêché (10 déc).
A son départ de Rome, il fut chargé par le pape d'une triple mission : rétablir la concorde entre les branches des Frères Mineurs; parcourir comme visiteur apostolique les pays soumis aux autorités helvétiques (bref du 27 nov. 1582); prononcer le cas échéant la nullité du mariage contracté entre le duc Vincent de Mantoue et Marguerite Farnèse (bref du 15 janv. 1583).
Ayant quitté Rome ainsi chargé (mi-janv. 1583), il choisit le trajet par Lorette. A Mantoue, il rencontra le duc, le 28 janv., et traita avec lui de l'affaire du mariage. Cette question obligea le cardinal à séjourner à trois reprises à Parme, au cours de cette même année : d'abord en févr., pour attendre le verdict médical; ensuite vers la mi-mai, pour y apprendre la décision de Marguerite Farnèse d'entrer au couvent de S.-Paul; enfin le 30 oct., pour y recevoir ses vœux.
13° Dernière tournée alpestre (1583). — Le bref du 27 nov. 1582 accordait au cardinal B. des pouvoirs très étendus de visiteur apostolique, réformateur et légat dans les parties des diocèses de Constance, Lausanne, Sion. Coire, Côme, soumises aux autorités helvétiques et grisonnes (D'Alessandri, 321). Comprenant la difficulté de la tâche qui lui était confiée, du fait de l'attachement ombrageux des Suisses à leurs libertés et de leur méfiance à l'égard de toute initiative romaine, le cardinal recourut d'abord à un stratagème diplomatique : il fit sonder les principales puissances européennes et quelques personnalités locales importantes pour obtenir des lettres de recommandation auprès des autorités confédérées, présentant son déplacement comme une réédition de son voyage privé de 1570 auprès de sa sœur de Hohenems.
B. ouvrit sa visite par une tournée dans le Val Mesocco (ou Mesolcina; en allemand Misox). Cette
vallée tributaire du Tessin s'enfonçait comme un coin entre des terres relevant au spirituel de sièges italiens. Au civil, elle était soumise à une sorte de protectorat plutôt nominal des autorités grisonnes. En fait, les pouvoirs locaux étaient omnipotents. Cette vallée était devenue un lieu de refuge et un repaire pour tous ceux qui avaient eu maille à partir avec les autorités milanaises. Sur la requête des autorités locales, le cardinal y avait envoyé un docteur en droit, Mgr Borsato, pour y enquêter sur une affaire de sorcellerie. Celui-ci y arriva le 6 oct. (D'Alessandri, 328).
B. quitta Milan le 9 nov. 1583, avec une nombreuse suite, parmi laquelle trois prédicateurs de marque : le chan. Ottaviano Forerio, le jésuite Ach. Gagliardi et le franciscain Franc. Panigarola. S'étant arrêtés à Lugano, Tesserete et Bellinzona, ils arrivèrent le 12 à Roveredo, première localité importante du Val Mesocco, et y tinrent une mission de six jours qui se solda par de nombreuses conversions et beaucoup de retours à la pratique religieuse. Il y avait dans cette ville un groupe d'une centaine de sorciers et sorcières accusés de crimes abominables (Sylvain, m, 171). Le prévôt même de la collégiale, Domenico Quattrino, fut trouvé coupable de nombreux crimes sacrilèges, sorcelleries et impudicités. Après enquête, onze sorcières furent déclarées coupables et livrées au bras séculier; elles périrent sur le bûcher en trois séances. Pendant longtemps on crut que le prévôt lui aussi avait figuré au nombre des condamnés et on en avait fait grief au cardinal. Il est vrai qu'au cours de l'enquête B. fit prier l'évêque de Coire de ne pas intercéder en faveur de son subordonné (lettre à Bernardino Mora, 28 nov. 1583; Oltrocchi, 694 a). Mais le prévenu fut seulement contraint de renoncer à sa fonction (Orsenigo, 158). Deux documents prouvent qu'en 1587 il vivait encore (D'Alessandri, 354-55, note; sur cet épisode, voir F. Segmùller, S. Carolus Borromaeus vindicatus, oder S. Cari und die Hexenprozessen in der Schweiz, Einsiedeln, 1924; Id., dans La Scuola caftolica, lix, 1931-32, p. 28-40).
Au cours de la mission de Roveredo, B. réunit les vingt-quatre chefs du Val Mesocco et leur demanda de confirmer de leur autorité les ordonnances qu'il avait promulguées : ratification des décrets de visite; limitation à trois jours du droit d'asile aux prêtres transfuges; désignation de deux responsables de l'instruction de la jeunesse; amélioration de la législation matrimoniale et testamentaire; fondation d'un collège de jésuites. Du 18 au 21, le cardinal remonta la vallée jusqu'à Mesocco où il séjourna du 21 au 26. Mais il s'y heurta à l'hostilité d'une population détachée en bonne partie de la foi romaine... De Roveredo il avait envoyé, le 18 nov., Bernardino Mora et Antoine Fornero auprès des autorités des Trois Ligues grisonnes pour négocier avec elles un séjour éventuel du cardinal en Valteline. En attendant les résultats de ces pourparlers, il revint à Bellinzona et y poursuivit son travail de réforme dans la ville et ses environs (29 nov.-17 déc; docum. dans D'Alessandri, 363-91). Une lettre peu encourageante de l'évêque de Coire (23 nov. 1583, nouveau style; Sylvain, m, 182) et une autre de Mora tout à fait alarmiste lui firent ' renoncer à ses projets. Il écrivit en hâte à ses envoyés i d'interrompre leurs négociations, mais il était trop j tard : le l*' déc, le conseil des Trois Ligues grisonnes, réuni à Coire, ayant examiné la requête du cardinal, j décida que B. aurait toujours libre passage à travers leur territoire, qu'il y recevrait les plus grands honj neurs, mais que tout exercice du ministère ecclésias- 1 tique serait strictement interdit à quiconque n'était ! pas natif du pays, et que toutes les mesures prises dans le Val Mesocco sans leur assentiment étaient annulées. Cet échec ne lui fit pas abandonner ses projets.
CHARLES BORRUMÉE
IV. Mort et survie. — 1° La dernière année (1584). — La dernière année de Charles fut comme un résumé de l'activité de toute sa vie. Le cardinal l'inaugura en convoquant à Milan une réunion extraordinaire de tous les visiteurs et doyens ruraux; elle s'ouvrit le 18 janv. et dura environ trois semaines. Peu après, un accès d'érysipèle l'obligea à garder le lit; ce qu'apprenant, le pape l'obligea sous peine de péché d'obéir aux médecins, ordre dont le saint se plaignit amèrement (lettre au card. de Côme, avr. 1584; Sylvain, III, 325-27). Quelque peu rétabli et revenu d'une visite au chevet de l'évêque de Brescia (l«''-3 mai), il reprit, comme de coutume, ses tournées pastorales : d'abord un peu plus d'un mois (début mai-11 juin) dans les villages de la partie méridionale du diocèse; ensuite deux circuits d'une dizaine de jours à Monza et environs (essai de calendrier dans Oltrocchi, 743 a); enfin une longue tournée (15 juill.-27 août) dans la région accidentée de la Brianza et sur les deux rives du Lago di Lecco. Il repartit le 19 sept, pour Turin : son voyage unissait un but de piété (quatrième visite au saint suaire) à un objectif diplomatique (obtenir l'appui du duc de Savoie et du cardinal de Verceil pour ses projets suisses). Quittant Turin le 8 oct., il obliqua sur son sanctuaire préféré du Monte Varallo où il arriva le 11.
Le 17 oct., il y reçut du cardinal de Verceil une demande de rendez-vous pour le lendemain à Arona. Cette entrevue à objet mystérieux, mais sans doute en rapport avec le projet caressé par le cardinal B. de pénétrer coûte que coûte en pays grison, s'étant terminée le 20, il remonta vers Varallo où il reprit le cours de ses exercices spirituels, consacrant six heures par jour et parfois la nuit entière à la méditation (voir détails dans Bascapè, 1. VI, c. vi, p. 161 sq.). A partir du 24 oct., les accès de fièvre ayant reparu, il accepta, sur l'ordre de son directeur le P. Adorno, de prendre un peu de pain grillé trempé dans du vin. Il quitta Varallo le 28 oct. pour Ascona où il présida, le 30, à l'ouverture du collège. Il comptait être rentré à Milan pour la Toussaint, mais un nouvel accès de fièvre le terrassa tandis qu'il était en route : force lui fut de s'arrêter à Arona au noviciat des jésuites. D'aucuns ont rapporté que, durant cette dernière maladie, le saint aurait eu la révélation de sa mort prochaine. Cela ne semble pas, si l'on en croit le témoignage d'une lettre envoyée d' Arona le 1" nov. à Mgr Speciani, où il est question d'un qualche negozio secreto qu'il lui faut arranger avec son beau-frère, le comte Hannibal von Hohenems, et que l'on ne peut comprendre que d'une démarche liée à ses projets de voyage dans les Grisons (L'ultima lettera scriita da S. C. B., dans Boll. stor. délia Svizzera italiana, xxvi, 1904, p. 56-57).
Le lendemain 2 nov., c'était un moribond qu'un bâteau-civière ramenait incognito à Milan. Les médecins appelés en hâte furent impuissants. Au soir du 3 nov., l'archevêque avait cessé de vivre. Sur la mort du saint, voir deux lettres de témoins oculaires : Ch. Bascapè à l'évêque de Plaisance, 8 nov. 1584 (publiée à Venise, 1584; reproduite dans S. C. B., 517-22); Giammaria Tagliaferri au cardinal Sirlet, même date (ibid., 522-25); autres récits, dans Bascapè, 163, et Arch. stor. liai., xxv, 126. Sur les réactions du pape, voir Pastor, ix, 881. Aux funérailles célébrées le 7 nov. par le cardinal Sfondrati, l'éloge funèbre fut prononcé par le P. Panigarola (dix éditions sous deux titres divers, de 1584 à 1611; cf. Sevesi, Arch. franc, hist., 1947, p. 150; Arch. stor. Lomb., Ile sér., X, 1893, p. 555-56). La dépouille fut déposée dans la crypte devant le maître-autel du Dôme de Milan (description dans Pastor, ix, 76, note, et dans S. C. B., 592; épitaphe dans Ughelli, iv, 276). Réserve
faite de quelques souvenirs légués à ses serviteurs. Ch. B. avait désigné comme légataire universel VOspedale Maggiore de Milan (testament du 9 sept. 1576; dans Sala, Docum., m, 831 sq.).
2° Portrait : l'homme et le saint. — Dans une lettre adressée en 1938 à Mgr Galbiati, le P. Delehaye, bollandiste, avouait que « nous ne connaissons pas encore la vraie physionomie de S. Charles ni le milieu où il a vécu; pour atteindre ce résultat, de longues enquêtes historiques sont encore à faire » (Una voce bollandista. Ancora la biografia di S. Carlo, dans Echi di S. C. B., 629). Il faut donc se borner à une esquisse.
S. Charles était d'une taille un peu au-dessus de la moyenne; il avait de grands yeux bleus, des cheveux bruns, le nez long, le teint pâle; jusqu'en 1574, il porta une barbe courte, d'un brun roux et fort négligée; il ordonna alors à son clergé de se raser et en donna luimême l'exemple.
L'iconographie du saint est très riche; ses principaux portraits sont reproduits dans les deux publications jubilaires San Carlo Borromeo (1910) et Echi di San Carlo Borromeo (1938), ainsi que dans la monographie de L. Ferretti. Trois de ces images forment comme le résumé de toute sa vie : la médaille gravée en 1563 par Rossi, le portrait de Figini plus récent d'une dizaine d'années, et le moulage pris sur son lit de mort. Il faut y ajouter le célèbre tableau de S. Charles soignant les pestiférés, le plus populaire de tous,
La manière dont S. Ch. B. réalisa son programme d'austérités prouve qu'il jouissait d'une forte constitution physique et d'un bel équilibre des facultés et du système nerveux. En mordant sur ses nuits et ses loisirs, il réussit à doubler la durée de ses journées de travail, sans en ressentir une fatigue paralysante mais non sans miner la résistance intérieure de son organisme. Depuis un grave accroc en 1571, sa santé resta chancelante. Malgré cela il ne s'accordait qu'un minimum de ménagements. A la mort de Pie V (!'=■■ mai 1572), il ne voulut pas écouter les médecins qui, redoutant une complication phtisique, lui déconseillaient de se rendre au conclave. Il consentit toutefois à emporter un arsenal complet de médicaments chargés sur un mulet. On raconte qu'au cours du voyage le mulet apothicaire, longeant un cours d'eau près de Bologne, fit un faux pas et tomba à l'eau avec tout son chargement. Borromée se serait montré ravi de l'aventure et il est certain qu'il arriva à Rome en excellente santé. La seule précaution spéciale qu'on le vit jamais prendre de sa propre initiative, ce fut durant la peste de 1576, au cours de laquelle il se dépensa sans compter au chevet des contagieux : il avait soin alors d'employer tous les préservatifs en usage de son temps.
Le récit des dernières années de sa vie abonde en traits édifiants montrant le peu de cas qu'il faisait de sa santé. En ce domaine, il suivait des normes qui n'étaient pas celles du commun des mortels et qu'il justifiait par des maximes d'un radicalisme exagéré. A moins de sous-entendre une protection spéciale de Dieu, on ne peut interpréter certains de ses comportements que comme des imprudences ayant abrégé sa vie. Cependant, les quarante-six ans qu'il vécut l'emportent sur la durée de vie de tous les autres membres de sa famille.
La frugalité de ses repas était devenue proverbiale : dans son entourage, jeûnes et abstinences étaient appelés » le remède du cardinal B. ». A partir de 1577, sauf aux jours de grande fête, il ne prit plus qu'un repas par jour, avec du pain, de l'eau, quelques fruits et légumes. En voyage, il descendait de préférence dans des couvents, sûr de pouvoir s'y livrer plus à son aise à ses austérités. Sans parler des nuits consacrées
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tout entières à la prière, il rationnait son sommeil à quatre ou cinq heures (deux heures seulement durant la peste), qu'il passait sur une chaise ou une paillasse. En hiver, bien qu'il eût les mains crevassées par les intempéries, il n'admettait pas de feu dans sa chambre. Il refusait obstinément de porter des habits neufs : pour le tromper, son camérier devait porter d'abord pendant quelques temps ceux qui lui étaient destinés. Pour obtenir de lui une mitigation de ses habitudes, les prières de ses amis, les interventions de ses médecins, même en public (par ex. Gianangelo Cerri au IV» concile [Sylvain, i, 438], et Annibale Castiglione), étaient souvent insuffisantes. A plusieurs reprises le pape dut manifester sa volonté. Même alors le cardinal n'obtempérait qu'à son corps défendant et pour un minimum de temps.
Les exemples de détachement, de mortilication, d'abnégation rapportés à son sujet par ses biographes et les témoins de sou procès de canonisation sont innombrables. Son panégyriste, le P. Panigarola, O.F.M., ne recourait pas à un effet oratoire lorsqu'il disait : «De toutes ses richesses, il n'a pas profité davantage qu'un chien de celles de son maître : un peu de pain, de l'eau et de la paille » (Bascapè, 1. VII, c. ni, p. 173). Pourtant, les richesses ne lui manquaient pas : en 1563, l'envoyé vénitien à Rome, Girolamo Soranzo, estimait ses revenus annuels à près de 48 000 écus (.\lbèri, 11-4, 92). Les postes principaux en étaient : archevêché de Milan, 7 000 écus; abbayes d'Arona, de Mozzo (Vénétie), délia Folliua (ibid.), de Colle (ibid.j, de Nonantola (duché de Modène), et une sixième dans le pays de Na|)les, 9 000; i)ension du roi d'Espagne, à prélever sur l'archevêché de Tolède, !) 000; légations de Bologne et de fiavenne, 7 000 et 5 000; gouvernement de Spolète, 3 000; biens patrimoniaux, 4 000 (Paschini, 81).
Venu résider à Milan, il se dépouilla des biens qu'il n'avait conservés jusqu'alors que pour pouvoir garder son rang de prince de l'Église, neveu du pape. Il fît remettre à ses oncles la propriété des terres patrimoniales d'Arona et d'ailleurs dans le Milanais, n'en conservant que l'usufruit; il céda à un autre membre de sa famille le marquisat de Romagnano; il vendit pour 30 ou 40 000 écus d'or la principauté napolitaine d'Oria, héritage de son frère aîné, et en partagea le prix entre les pauvres, les hôpitaux et les communautés religieuses de Milan; un legs de 20 000 écus transmis par sa belle-sœur alla rejoindre le même chemin ; il vendit aussi trois galères armées — encore un héritage de Frédéric — et en donna le prix à l'orphelinat de Gênes; il réalisa encore au profit des pauvres de Milan et de Venise une part des objets d'art et des meubles précieux qui ornaient son palais à Rome. Le reste fut distribué entre parents, amis, églises et couvents (statues de marbre valant 4 000 écus d'or, médailles et statues de bronze, tapisseries, soieries, ornements sacrés, fourrures et une horloge mécanique de grand prix; détails dans Sylvain, i, 321, note); en lin il renonça à tous les biens et propriétés des Carafa dont son oncle l'avait libéralement gratifié après leur exécution. Ce qui l'ofTusquait dans le luxe, c'était surtout le contraste avec la misère des malheureux. Ayant fait halte au cours d'un voyage dans la villa des cardinaux Farnèse et Gambara, à Caprarola et Bagnaia, il y vit des volières, des étangs artificiels, des enclos pour animaux exotiques. Il écrivit le jour même à l'un d'eux pour lui dire son étonnement de ne pas avoir vu, « parmi tant de commodes demeures destinées à des animaux, un lieu de refuge, ou du moins une place, pour y recevoir ces malheureux catholiques... chassés de leur patrie par les ennemis de l'Église » (B. à Gambara, 30 janv. 1580; Sylvain, ii, 249).
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Son intelligence compensait par sa solidité, sa jjondération et son culte de l'ordre, un certain manque de spontanéité et de brillant. B. s'intéressait aux choses de l'esprit sans passion et en les subordonnant toujours à son devoir d'état. Il étudia la théologie par devoir et ce fut par devoir aussi qu'il s'exerça à l'éloquence. Celle-ci se ressentait chez lui d'un défaut de langue encore accentué par une timidité native. Il fallut au saint plusieurs années pour surmonter son agoraphobie. Plutôt que du haut de la chaire, il parlait de préférence le dos tourné à l'autel et revêtu de ses ornements sacerdotaux, décor qui renforçait son assurance. Avare de son temps, il se faisait faire la lecture tout en mangeant ou en se faisant raser. Bourreau de travail, il déclara un jour à son économe, Girolamo Castani : « Les évêques doivent être comme les capitaines et les soldats : les plus braves dorment assis. 1)
B. avait une des princi))ales qualités d'un bon chef : homme d'ordre et de méthode, il ne laissait rien à l'improvisation. Son ordre du jour et celui de ses serviteurs était réglé minutieusement, de même que les horaires de ses déplacements et les divers exercices qui devaient les accompagner. Il s'était composé un fichier contenant les principaux renseignements recueillis au cours de ses visites, ses impressions personnelles et le résumé de ses entretiens avec ses visiteurs. Il le consultait avant d'entreprendre un déplacement. Ainsi il était sûr de n'arriver nulle part en pays inconnu, mais se trouvait prêt à alîronter inmiédiatement les principaux problèmes et à en rechercher sans tarder une solution concrète. Il employait la même méthode au cours de ses lectures et de ses études : les détails à retenir étaient transcrits sur des polizzini, classés suivant un ordre idéologique de son invention. Quelques liasses de ces fiches furent conservées. A Rome, il classa tous les papiers administratifs datant de son passage à la Secrétairerie d'État. A son départ, il les laissa dans sa demeure de Ste-Praxède, spécifiant qu'elles y demeureraient à la disposition des Souverains pontifes. En 1570, Pie V les ayant fait réclamer, ils ne furent pas remis, B. ayant estimé qu'au Vatican ils ne seraient pas assez à l'abri des curiosités indiscrètes. Huit ans plus tard, sous Grégoire XIII, il fut à nouveau question du transfert de ce dépôt auquel les rongeurs avaient déjà occasionné de sérieux dégâts (Merkle, dans Conc. Trid., i, p. xix, n. 11, 13). Nous avons déjà vu qu'il imprégna son administration milanaise du même esprit de méthode.
Autre qualité d'un bon administrateur : B. avait le don de discerner les talents d'élite et de les attacher au service de son Église. Il faut « n'avoir aucune considération pour qui que ce soit, quand il s'agit de l'honneur de Dieu et de la réforme de son Église », écrivait-il à Bonomi (15 mai 1566; Sylvain, i, 323). Pour apprécier quelqu'un, seule la compétence et la valeur personnelle entraient en ligne de compte. Cette passion d'accaparer les compétences le mit en conflit avec plusieurs ordres religieux, avec des princes, et même avec ses meilleurs amis, tel S. Philippe de Néri, qui lui reprochait d'avoir à cet égard une vraie « sensualité » (cf. A. S., 26 mai, p. 1055).
Pour juger de la culture intellectuelle de B., l'historien dispose d'un témoin idéal : le catalogue de sa bibliothèque, dont il légua les trésors au chapitre de la cathédrale. Sa publication en 1936 par A. Saba (dans la coll. Fontes Ambrosiani) éclipse tous les travaux antérieurs (C. Canetta, Arch. stor. Lomb., 1882, p. 535-56; F. Barbieri, Gior. stor. delta tetter. itat., 1926, p. 280). 11 se dégage de cette liste que le cardinal B. considérait sa bibliothèque, non comme un luxe, mais comme un instrument de travail. Une bonne moitié des pages de l'inventaire sont occupées
par des ouvrages de théologie, depuis la Bible jusqu'aux auteurs ascétiques les plus récents. Les éditions nouvelles y étaient à leur place; la bibliothèque était tenue à jour. La Bible Royale qui venait de sortir des presses plantiniennes s'y trouvait déjà, et de même VEpiscopus publié en 1573 par son ami Agostino Valier, ainsi que les œuvres du P. Louis de Grenade. En outre, plus d'un millier d'ouvrages non théologiques : 385 de littérature, 130 de philosophie, 270 d'histoire, 145 de poésie et 96 de médecine et branches annexes. Ce dernier poste mérite de retenir l'attention On y voit figurer les premières productions d'une science encore dans les langes. Il témoigne assurément de l'ouverture d'esprit du cardinal.
Ce catalogue est très certainement incomplet : il ne renferme aucune mention d'ouvrages juridiques, absence inconcevable chez un docteur in utroque et un homme d'administration. La bibliothèque juridique et canonique de B. formait donc un ensemble à part. Sa richesse résulte de l'inventaire général dressé en 1584 et conservé aux archives de l'Ospedale Maggiore (publ. par G. C. Bascapè L'eredità di S. C. B. aU'Ospedale Maggiore di Milano, Milan, 1936). De cette liste, C. G. Mor {La culiura giuridica di S. C, dans Echi di S. C. B., 641-46) a extrait ce qui se rapporte aux manuscrits juridiques de S. Charles.
S. Ch. B. n'était pas insensible aux beautés de la nature et de l'art. Mais il appliquait ici comme partout le iantum quantum ignatien. Les rives des lacs et les vallées alpestres ne reçurent sa visite que pour le service de Dieu et de ses ouailles. Il ne se déplaça jamais que par nécessité ou par zèle apostolique. Il s'intéressa spécialement aux deux arts les plus utiles pour un chef d'Église : l'architecture et la musique. Déjà à Rome, il avait secondé son oncle dans son mécénat artistique. C'est sur son initiative que Michel- Ange transforma la salle des Thermes de Dioclétien en une basilique dédiée à Ste Marie des Anges; il entreprit de nombreux embellissements à Ste-Marie-Majeure et dans ses deux églises titulaires, S. -Martin in Montibus et Ste-Praxède; il construisit un nouvel édifice pour l'université de Bologne (1562) et renforça les fortifications de Civitavecchia et d'Ancône (1562).
Devenu archevêque de Milan, il transforma son diocèse et sa ville épiscopale par de nombreuses constructions et des embellissements d'édifices religieux. Son architecte préféré fut Pellegrino Pellegrini ou Tibaldi (1527-96; voir sur lui : S. C. B., 400-05; G. Rocco, L'architelto di San Carlo : lettere di Pellegrino Pellegrini a San Carlo, dans Echi di S. C. B., 217-23, 262-67; F. Malaguzzi-Valeri, Pellegrino Pellegrini e le sue opère in Milano, dans Arch. slor. Lomb., II« sér., xxviii, 1901, p. 307-50). B. lui confia la construction ou le remaniement du palais archiépiscopal (1570), de l'Ospedale Maggiore, du palais de Brera, des églises de S. Fedele (1569-79), S. Sebastiano (1577), S. Raffaele, des sanctuaires de Caravaggio, Rho (1584), Saronno (achevé en 1582), Varallo (1578 sq.), des collèges de Pavie (1564-68) et d'Ascona.
B. l'employa plus encore à l'achèvement du Dôme de Milan dont il fut nommé architecte en titre le 7 juin. 1567. Pellegrini y travailla durant dix ans : il construisit ou aménagea la crypte, le baptistère, le chœur et les portes. Les Annali délia Fabbrica del Duomo di Milano daW origine sino al présente, iv, années 1562-84, p. 44 sq., conservent le souvenir des libéralités de l'archevêque pour sa cathédrale, en faveur de laquelle il aurait dépensé 3 millions de scudi (détails dans S. C. B., 405-07). Lorsque les travaux furent terminés, le cardinal présida, le 20 oet. 1577, à la consécration de l'édifice selon le rite ambrosien.
S. Charles recourut aussi aux services des architectes
Bassi (église S. Lorenzo), Meda (séminaire, 1570) et Brambilla (ornementation du Dôme). Au cours de ses visites pastorales, il s'intéressait spécialement à l'état des édifices du culte et chargea Lodovico Moneta de rédiger des directives pour la construction et l'aménagement des églises {Instructionum fabricae et suppellectilis ecclesiae libri duo. Milan, 1577, dans Acta Ecct. Mediol., éd. de 1683, i, 466-532).
Avec les années, l'affection du saint pour ses proches ne se refroidit pas, nonobstant certaines mesures de détachement extérieur, comme sa renonciation à l'usage de ses armoiries familiales et de sa signature patronymique. A partir de 1575, il ne conserva comme emblème que VHumilitas couronhée figurant sur les armes de sa famille et remplaça sa signature par celle de cardinal de Sle-Praxède. Mais il tint à rester toujours pour ses proches un conseiller et un soutien moral. Ce fut lui qui procura à son neveu. Don Ferrant de Gonzague, un gouverneur espagnol capable de diriger son éducation princière et chrétienne (22 sept. 1575); plus tard il eut son mot à dire à l'occasion de son mariage (B. à sa sœur Camille, 5 juill. 1578; Sylvain, III, 117). A sa sœur Geronima, il procura un surintendant des affaires (oct. 1575). A sa sœur Anne, devenue veuve, il conseilla de ne pas prendre le voile, comme elle en avait l'intention, mais de se consacrer à l'éducation de ses deux fils (1580). Pour la dot de sa nièce Marguerite de Gonzague, il obtint du grandduc de Toscane un prêt de 25 000 écus (oct. 1581; Sylvain, m, 118; Sala, Docum., m, 723). On a vu plus haut comment il interrompait occupations et voyages pour accourir au chevet de ses frères et sœurs. Quand son oncle, le comte Giulio Cesare, chef de la branche puînée, vint à mourir (août 1572), Charles aida sa veuve et ses deux fils, René et Frédéric, alors âgés de douze et de huit ans : à l'aîné, il procura un précepteur, Bartolomeo Rossi, et il dirigea plus tard dans la voie ecclésiastique le cadet qui devait lui succéder un jour sur le siège de Milan.
Les biographes contemporains et les témoins du procès de canonisation sont unanimes à décrire S. Ch. B. comme un homme de prière. Son oraison fut gratifiée par Dieu de dons extraordinaires : il ne mesurait jamais le temps qu'il lui consacrait. Il avait fait construire un passage privé lui permettant de se rendre directement de ses appartements dans la crypte du S. -Sépulcre, afin d'y passer une partie de ses nuits en prières. Il s'ingéniait à combiner ses itinéraires de manière à y faire figurer le plus possible de pèlerinages et de lieux de recueillement. Normalement il y passait alors une nuit entière en prières. Ses déplacements ménageaient aussi toujours un retour à Milan, pour le 8 sept., fête titulaire de sa cathédrale, dont il voulait présider l 'office en personne. Il avait une dévotion spéciale à S. Ambroise. Son culte pour les reliques était aussi fervent que dépourvu de toute critique. Il présida en grande pompe à plusieurs translations (Verceil, Mantoue, Brescia, et S. Simplicien à Milan, 27 mai 1582); il entreprit même une démarche auprès de l'archevêque de Cologne pour rentrer en possession d'une relique d'un des trois rois mages, enlevée à Milan du temps de Frédéric Barberousse, et fit intervenir dans ce but Grégoire XIII et Philippe II.
Il eut très à cœur de renforcer parmi ses diocésains, non seulement la foi, mais encore la piété. Dans ce but, il organisa de grandes cérémonies : prières publiques, processions, translations, inaugurations, et veilla à leur exécution parfaite. Au premier concile provincial, il fit décréter le maintien perpétuel de la prière des Quarante heures et son extension à tous les diocèses de sa province. Il prit de nombreuses mesures pour renforcer la dévotion mariale des Milanais (Sala, Dissertazioni, iv, 110-23). L'attrait exercé par son
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renom de sainteté sur les âmes pieuses était considé- ! rable. Ses séances de confession et de distribution î de la sainte eucharistie se prolongeaient durant des iieures (Arch. stor. Lomb., 1893, p. 554; Sala, Docum., II, 471). Il établit à Milan la confrérie du S. -Sacrement (Fête-Dieu 1583) et celle du S. -Rosaire (Annonciation 1584).
Est-il possible de défendre S. Ch. B. de toute tendance à un certain rigorisme? Il faut s'entendre. Méticuleux, il l'était certainement. L'histoire a popularisé le sobriquet d' « empereur-sacristain ». A lire certaines de ses instructions et réglementations, l'épithète cardinal-sacristain ne semblerait pas déplacée. Les jansénistes ont prétendu se prévaloir de son exemple pour justifier leurs tendances. En quoi Innocent XI leur a donné tort (Degert, 211). En fixant la première communion au delà de dix ans, en conseillant pour certains cas de faire revenir le pénitent plusieurs fois avant de l'absoudre, B. ne s'écartait pas de la pratique suivie à son époque (voir G. Sofia, La dottrina di S. C. B. sul confessore, dans La Scuola cattolica, lxv, 1938, p. 16, 142, 261, 359, 481, 562). Il n'empêche que, par tempérament, l'archevêque de Milan inclinait vers une certaine sévérité. On ne le voit pas très bien signant l'Introduction à la vie dévote.
3" Canonisation. — Les démarches ofiicielles en vue d'obtenir la canonisation de Ch. B. s'ouvrirent en févr. 1601 par une requête présentée par les Oblats de S.-Ambroise au vicaire général de l'archevêché. Une commission diocésaine fut nommée qui travailla deux ans. A partir de 1601, sur le conseil du cardinal Baronius, les anniversaires du 4 nov. donnèrent lieu à des manifestations de piété populaire toujours plus imposantes (description par C. Locatelli, // 4 Nov. 1601, memorie e documenti, Milan, 1901; le même auteur composa des ouvrages similaires pour les anniversaires de 1602 à 1608, Milan, 1902-08; voir aussi O. Premoli, // culto di S. Carlo a Milano nel 1603, Rome, 1913; C. Castiglioni, Studi sul seicento, dans Convivium, 1938, p. 61-74 [contient la revue des panégyriques prononcés chaque année devant la tombe du saint par les meilleurs orateurs sacrés de l'époque]; C. A. Vianello, L'anuninistrazione civica di Milano per la canonizzazione di S. C. B., dans Arch. stor. Lomb., nouv. sér., v, 1940, p. 264-69).
En déc. 1603, deux suppliques furent adressées à Clément VIII, l'une au nom du clergé milanais, l'autre en celui du Conseil des Soixante de la ville (publ. dans M. A. Grattarola, Successi maravigliosi délia veneratione di S. Carlo, Milan, 1614, p. 80-112). La double délégation fut reçue par lè pape, les 4 et 7 févr. 1604. De leur côté, les princes firent intercéder dans le même sens; plusieurs écrivirent personnellement au Souverain pontife. Le 16 févr. 1604, le procès ofïiciel fut ouvert et confié à la Congrégation des Rites; les évêques de Côme et de Plaisance furent spécialement désignés pour étudier la cause.
En 1606, Paul V fit reprendre le procès et procéder le 6 mars à la reconnaissance de la dépouille, qui fut découverte intacte malgré l'humidité de l'endroit. Le 7 mars 1607, le nouvel oratoire construit sur son tombeau étant achevé, les restes du saint furent remis en place (voir l'histoire du tombeau, dans S. C. B., 587 sq.). Entre temps se poursuivait l'interrogatoire des témoins. En 1609, une supplique collective fut adressée à Rome au nom de tous les évêques lombards. Enfin, les trois consistoires d'usage ayant eu lieu les 30 août, 14 sept, et 21 sept. 1610, Ch. B. fut canonisé le 1" nov. 1610 (Bulle Unigenitus Patris Filius; Bull. Rom., XI, 643). A cette date 10 982 ex-voto d'argent et 9 618 objets précieux déposés sur son tombeau témoignaient de la vénération des Milanais pour leur ancien pasteur (S. C. B., 580). Après 1610, le culte du
saint se répandit rapidement, surtout dans les pays soumis à la monarchie espagnole. Des autels, des chapelles, des églises lui furent consacrés; des confréries, des séminaires placés sous son vocable; sa mémoire fut popularisée par l'image. Un an après sa canonisation, on avait frappé 150 000 000 de médailles en son honneur (S. C. B., 587). En 1690, sa statue géante, le Carlone, haute de 28 mètres et dressée sur un piédestal de 14 mètres, fut érigée près d'Arona, sur une colline dominant tout le rivage sud du lac Majeur (œuvre de J. B. Crespi et B. Falcone). A l'occasion du troisième centenaire de sa canonisation, en 1910, son culte a connu un regain d'intensité. Nombre de publications ont vu le jour. Pie X, dans l'encyclique Editae saepe (23 juin 1910, A. A. Sedis, n, 1910, p. 357- 80), résuma quelle fut la place de S. Ch. B. dans l'histoire de la vie et de la pensée chrétiennes.
Sources. — Manuscrit.i. — La documentation manuscrite concernant S. Ch. B. est tellement considérable que les boUandistes, pour ne pas retarder outre mesure la continuation des A. S. de nov., se résolurent à le passer. Les six tonds principaux renfermant des sources borroméennes sont : Milan, curie archiépiscopale : documents concernant son administration diocésaine. — Milan, Ambrosienne : correspondance; dossiers divers; esquisses d'homélies et de sermons, essais ascétiques; Notli Vaticane; procès de canonisation (il existe des inventaires).
— Rome, archives de la S. C. des Rites : actes du procès de canonisation. — Rome, archives dn Vatican : nonciature d'Espagne; nonciature de Germanie, fonds suisse.
— Rome, bibliothèque des barnabites à S. Carlo ai Catinari : correspondance. — Bruxelles, bibliothèque des bollandistes : notes et documents réunis par le P. Van Ortroy pour les A. S., et documents rassemblés par Mgr A. Ratti et confiés par lui aux bollandistes. — Les archives privées de la famille Borromée à Milan furent détruites lors d'un raid aérien en août 1943.
Œuvres. — S. Ch. B. a énormément écrit, mais très peu publié. Les Opère complète <li S. C. B., publiés par le préfet de la Bibliothèque ambrosienne, G. A. Sassi (Sa.Yius) [éd. de Milan, 1747, 5 vol.; éd. d'Augsbourg, 1758, 2 vol.], contiennent surtout des oeuvres de pastorale et les Noctes Vaiicaiiae. Celles-ci furent rééditées à part en 1784.
En règle générale, S. Ch. B. ne composait pas ses sermons; il en dressait le plan avec la suite des idées, choisissant de préférence des sujets d'apostolat pratique, de dévotion et de morale; peu de théologie spéculative. Quelques volumes de ces sctiémas furent conservés, ainsi que de rares textes in extenso de sermons ou d'allocutions. — Les Acta Eccl. Mediol. reproduisent ses discours de clôture des six conciles provinciaux (éd. de 1683, vol. i, 49, 64, 88, 164, 240, 261), une adaptation latine des quatre instructions qu'il prononça au XI" synode diocésain (ii, 1229-49), et l'éloge funèbre de la reine d'Espagne, Aune d'Autriche, prononcé le 6 sept. 1581 (ii, 1220-29, avec traduction latine). — Plusieurs de ses instructions spirituelles aux religieuses Angeliche de Milan furent recueillies par la Mère Agatlia Sfondrata; dix-sept furent publiées par G. Volpi, Padoue, 1720. Autres publications : Ammaestramenti di S. C. B. aile persane religiose. Discorsi aile Angeliche del monaslerio di S. Paolo, Lodi, 1885, et 2" éd.. Milan, 1902; Vingt discours de S. C. B. à des religieuses, suivis de quelques lettres inédiles du saint à sa sœur Isabelle Borromée, Roulers, 1910. — Des extraits en forme de chrestomathie furent rassemblés par C. Gorla, Le piit belle pagine délie omette di S. C, Milan, 1928 (Biblioteca dei sanli). — Une autre collection comprenant les Monita ad clerum fut publiée par P. Mauri, Monza, 1910.
La correspondance de .S. C. B. est restée en majeure partie inédite. Il n'en existe que deux régestes à objet limité : par A. Rivolta, pour l'époque antérieure à son arrivée à Rome et pour la correspondance privée de l'époque romaine; et par P. Sevesi, pour la correspondance avec les franciscains. — La Bibliothèque ambrosienne a entrepris la confection d'un Epistolario di S. C. B., ossia raccolta e indice complelo dei corrispondenti di S. C. B. secondo la coltezione amhrosiana, devant paraître bientôt dans les Fontes ambrosiani. — Il existe actuellement des recueils de lettres de S. Ch. B. publiés : à .\nvers, 1623; Venise, 1762; Lugano, 1762-63, 3 vol.; Milan, 1868 (dans Sala,
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Uocnin.. II, 18;)-4j7; m, !)-"8,')). Jin outre, des pièces inédites furent publiées dans diverses revues, surtout l'ArcIi. stor. Lombardo, la Zeitschr. f. schweiz. KG. et La Scuola callolica. — Sa correspondance avec le cardinal Hippolyte d'Esté fut publiée par Baluze, Miscellanea, éd. Mansi, iv, Lucques, 1764, p. 377-439.
Les documents se rapportant directement à Vadministralion du diocèse se trouvent rassemblés dans les Acla Ecclesiae Mediolanensis. S. Ch. B. eut une part prépondérante à leur rédaction; ils peuvent donc figurer à bon droit parmi ses œuvres. Éditions des Acta Eccl. Mediol. : Milan, 1582, par B. lui-même aidé de Pietro (ialesino (il avait d'abord conçu le plan d'une édition romaine confiée à C. Bascapè; cf. La Scuola cattolica, 1910-11, p. 850); ce fut un grand succès de librairie (détails intéressants dans Pastor, ix, 61); — Milan, 1599, 2 vol., par le card. Frédéric Borromée; — Brescia, 1603, suivant un plan idéologique; — Paris, 1643, par M. Olier et les Sulpiciens; incomplet, cf. A. Degert, dans Bull, de lillér. ecclés. de Toulouse, IV sér., iv, 1912, p. 193 sq.; — Lyon, 1683, avec trad. latine des textes italiens; cf. Degert, loc. cit., 207; — Bergame, 1738; — Padoue, 1754; — Milan, 1843-46; — Milan, 1890-92 (vol. ii et m de la collection complète des actes de l'Église milanaise par A. Ratti = Pie XI). Nous renvoyons à l'éd. de Lyon, 1683.
Parmi les documents réunis dans les Acia Eccl. Mediol., il faut distinguer : les actes des conciles provinciaux et des synodes diocésains; les édits et décrets concernant divers points disciplinaires; — les instructions, étudiant dans leur ensemble les principales questions louchant à la vie religieuse des fidèles; — les institutions ou règlements imposés à certaines catégories d'inférieurs ou d' « ofTiciers » diocésains; — les lettres pastorales et le « niéniorial » adressé en 1579 aux diocésains à l'occasion de l'extinction de la peste. La plupart de ces documents fiu-ent publiés au fur et à mesure de leur parution; certains tirent l'objet de plusieiu-s publications successives. Citons : Conslilutione.-i et décréta sex prouinc. siinodoruin Mediolanensinin, éd. dans plusieurs diocèses en dehors de Milan (par ex., éd. D. Zucchinetti, Venise, 1596, jointe à une éd. de la biographie du saint par (^h. Bascapè). — Epilome decretorum oiimium concilionim provitic. et diocesaii. S. Mediolanensis Ecries., éd. H. Corio, Milan, 1640. — Instructionuin [abricae et suppellectilis ecclesiae libri duo. Milan, 1577. — / cinque libri degl'avvertimenti, ordini, guide ed editti... nei tempi délia peste nel 1676 e 1577, éd. S. Centorio, Venise, 1579. — Instructiones praedicationis verbi Dei, Milan, 1.581, et autres. — Inslilutionum ad Oblatos S. Ambrosii pertinentium epitome, 1.581, et autres. — Institutiones ail universum seniinarii regiinen pertinentes, 1618. — Hicnrdi overo Ammaestramenti generati per il vivere christiano, Venise, 1687 et autres. — Opusculum de choreis et spectaciilis, Rome, 1753. — Avverleuze per li cnnles.sori, qui fut très souvent édité et traduit depuis l'année 1572 (par exemple, Paris, 1657, aux frais de l'.Vssemblée générale du clergé de France; Rome, 1700, sur ordre du pape Innocent XII; Milan, 1910, etc.).
Biographies contemporaines. — Les trois plus anciennes, celle de son ami Agostino Valerio (Valier), év. de Vérone, Vita C(a-oli Borromaei, Vérone, 1586 (trad. ital.. Milan, 1587), celle de Gian Francesco Bonomi, Vita et obitus C. B., Milan, 1587; Borromaeis, ibid., 1589, et celle de son ancien secrétaire G. B. Possevino, Discorsi délia vita ed aitioni di C. Borromeo cardinale ed archivescovo di Milano, Rome, 1591, sont peu importantes. Par contre les deux suivantes sont des ouvrages capitaux :
Ch. Bascapè (Carolus a Basilica Pétri), De vita et rébus gestis Caroli card. S. Praxedis archiepiscopi Mediolani, Ingolstadt, 1592; Brescia, 1602; Lodi, 1658; plus d'une fois joint sans nom d'auteur à la fin des Acta Eccl. Mediol., par ex. éd. Zucchinetti, Venise, 1596; Paris, 1643; trad. l'ranç. A. Caillot, Paris, 1825. Ancien supérieur des barnabites de Milan et comptant parmi les intimes de Ch. B., Bascapè, devenu évêque de Novare, composa sa biographie sur la prière de son entourage, surtout du nonce .1. F. Bonomi; il se documenta avec soin chez les anciens serviteurs du saint et aurait compulsé 30 000 lettres de sa correspondance. Le maître du Sacré Palais ayant fait opposition à l'impression de certains passages, Bascapè dut chercher un imprimeur en Bavière. Sur l'auteur voir : L. Manzini, S. Carlo e il vén. Bascapè, dans La Scuola cattolica, sér. IV, xvii, 1910, p. 51-66, 256-265, 383-401, 538-56, 685-704, 849-62. — A. Saba, Carlo Bascapè, scrittore e bioyrafo di S. Carlo, dans Echi di S. C. B., 151-
59. — G. Guariglia, La corrispundenzu di C'or/o Bascapè a S. Carlo Borromeo (157>t-S4), dans Aeuuni, x, 1936,
G. P. Giussano [Glussianus], Istoria délia vita, virlii, morte e miracoli di Carlo Borromeo, Milan, 1610; titre devenu, après la canonisation, Vita di S. Carlo Borromeo, j Rome, 1610; Brescia, 1612; Venise, 1613; dernière éd., Varèse, 1938. Ancien secrétaire et commensal du saint, i son ouvrage devint la biographie classique du saint et fut j maintes fois traduit. Une traduction à mettre hors pair est celle en latin de B. Rossi (Rubeus), richement annotée par B. OItrocchi, Milan, 1751. — Dix autres traductions en allemand, anglais, espagnol, français, cf. Echi di S. C. B., 727. — Sur l'auteur, voir G. Casati, // primo biografo di S. Carlo, dans Echi di S. C. B., 189-93.
Autres sources. — E. Albèri, Le relazioni degli ambasciatori Veneli al Senato durante il sec. XVI, sér. II, iv (vol. x de la sér.), Florence, 1857. — P. D'Alessandri, Alti di S. Carlo Borromeo rigucu-danti la Svizzera e i suoi lerrilori, Locarno, 1909. — C. Baronius, Annales ecclesiastici, continué par O. Raynaldi et J. Laderchi, éd. Bar-le-Diic, 1879 sq., XXXIV, année 1560, n. 92, 94, 95; 1565, n. 21-28; XXXV, 1566, n. 209-13; 1567, n. 71-75; xxxvi, 1568, n. 27- 42, 45-46; 1,569, n. 1-20; xxxvii, 1570, n. 153-61; 1571, n. 147-57. — Bullarium diplomatum et privilegiorum .S'. Roman. Ponti/icum, vii-viii, Turin, 1862. — Pétri Canisii epislulae et acta, éd. Braunsberger, m-viii, Fribourg, 1901- 23. — K. Fry, Giov. A. Volpi, Nunzius in der Schwei:, 1565-68, vol. I, Fribourg, 1936; ii, Stans, 1946. — G. Galbiati, / duchi di Savoia, Emanuelc Filiberto e Carlo Enuinuele I, net loro rarteijgio con S. C. B., Milan, 1941. — Concilium Tridentinum, éd. Gorresgesellschaft, i (S. Merkie), Fribourg, 1901, p. 883; ii (S. Merkie), Fribourg, 1911. p. 9U3 (ce tome contient en particulier : A. Massarelli, Diai-ium, 245-362; II. Seripandus, De Trid. concil. comment., 468-88; L. Firmani, Diaria, 518-72; O. Panvinius, De creatioue PU IV, papae, 573-602); ui (S. Merkie), Fribourg, 1931; vui (S. Ehses), Fribourg, 1919, p. 991 (actes du concile, sess. xvii-xxii); ix (S. Ehses), Fribourg, 1924, p. 1166 (actes du concile, sess.xxii-xxv); xiii-1 (V. Schweitzer-II. Jedin), Fribourg, 1938, p. 431-fln. — I. Pogiani, Epistolae et orationes, Rome, 1757. — A. Rivolta, Epistolario giovanile di S. C. B., dans Aeuum, xii, 1938, p. 25,'i- 80 (concerne les années antérieures à 1560 et la correspondance privée de 1560 à 1565); Corrispondenti di S. C. B. (1550-59), ibid., xii, 5.56-670; xiii, 6,5-116. — A. G. Roncalli-P. Forno, Gli atli délia visita apostolica di S. C. a Bergamo (1576), dans Fontes ambrosiani, xiii-xviii (1936-49). — A. Saba, La biblioteca di S. Carlo, Florence, 1936 (Fontes ambrosiani, xii); très précieux appendices. — A. Sala, Docunienti circa la vita e le opère di S. C. B., 3 vol.. Milan, 1857-61. — D. L. Serrano, Correspondencia diplomatica entre Espaha y la Scuita Sede durante el ponti/icado de S. Pio V, 4 vol., Rome, 1914; voir surtout vol. m, p. v-XL. — F. Steflens-H. Reinhardt, Nunzialurberichtc aus der Schweiz, part. I, Die Nunziatur von G. F. Bonliomini, 1579-81, Soleure, 1906-10, 2 vol. — S. Steinherz, Nunziaturberichte aus Deutschland, sect. ii, 1560-72, t. i. Die Nuntien Hosius und Delfino, 1560-61, Vienne, 1897. — G. Susta, Die rômische Kurie und das Konzll von Trient unter Pius IV., Vienne, 1909, 4 vol.
Travaux. — Biographies non contemporaines. — Une liste publiée dans Echi di S. C. B., 727-28, et intitulée Le principali biografie di S. Carlo, énumère 46 biographies parues entre 1610 et 1938. Parmi elles les suivantes sont à retenir : Ant. Sala, Biografia di S. C. B., avec dissertazioni et ;io/e par son fils Arist. Sala, Milan, 1858 (sert de préface aux Documenti publiés par ce dernier). — V. Civati. S. C. B. nelle opère e nello spirito. Milan, 1884; 3" éd., Milan, 1937. — C. Sylvain, Hist. de S. Ch. B., Lille, 1884, 3 vol. (ouvrage de première main mais manquant de critique). S. M. C. Papalardo, S. C. B., Studio psicologico, Palernie, 1905. — C. Orsenigo, Vita di S. C. B., Milan, 1911 ; .3» éd.. Milan, 1929, 2 vol.; plusieurs trad. — L. Celier, .S'. Ch. Borromée, Paris, 1912, coll. Les Saints; 6« éd., 1923; plusieurs trad. — D. Franceschi, Carlo B., Bologne, 1930; 2' éd., Turin, 1938. — A. Rivolta, S. C. B., note biograflche. Studio suite sue lettere e sui suoi documenti. Milan, 1938. — Ajouter les biographies plus récentes : P. Gorla, Milan, 1939, 2 vol. (paru en partie dans Echi di S. C. B., en 1937- 38); G. Soranzo, Milan, 1944.
Études particulières. — A mentionner tout d'abord les deux publications jubilaires parues sous forme de pérlo-
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cliques : l'une à l'occasion du troisième centenaire de sa canonisation, San Carlo Borromeo nel 111° cent, délia sua canoniziazione, 1610-1910, 26 fasc. Milan, 1908-10 (sigle S. C. B.)\ et l'autre pour le IV centenaire de sa naissance, Echi di San Carlo Borromeo, pubblicazione milanese di contributi par la storia délia religione e délia cultiira, 20 fasc. mensuels, 1937-38 (sigle Echi di S. C. B.); en 1941, G. Galbiati a publié im complément intitulé Dopo il centenario di San Carlo Borromeo, Scrilli su S. C. B., Milan, 1941.
— En 1910, La Scuola catlolica et Brixia sacra ont publié des numéros spéciaux consacrés à des questions borroméennes. Ces deux revues, ainsi que Arch. slor. Lomb. et Zeitschr. f. schw. KG., contiennent de nombreuses contributions à une biographie de S. Ch. Borromée.
Mentionnons en outre : A. Arrigioni, S. C. B. e Monza, Monza, 1910. — A. Astrain, Hist. de la Compania de Jesùs en la Asistencia de Espaiia, ii-iii, Madrid, 1905-09. — F. Barbieri, La controrijorma nello stato di Milano, da S. Antonio a S. C. B., dans Boll. délia soc. Pavese di stor. pair., XIII, 1913, p. 119-50. — G. Battaglia, Il ininistero parrochiale e S. C. B., Rome, 1945. — F. Bertani, S. C, la bolla « Coenae » e la (jiurisdizione ecclesiastica in Lombardia, Milan, 1888. — P. Borella, S. C. B. e il cerimoniale dei vescovi, Varèse, 1937 (avait paru en latin dans Ephemerides liturgicae, Li, 1937, p. 64-80). — P. Broutin, La lignée épiscopale de S. Ch. B., dans Nouv. rev. théol., LXix, 1947, p. 1036-64. — C. Camenisch, Carlo Borromeo und die Gegenreformation in Veltlin, Coire, 1901. — G. B. Castiglione, Senlimenti di S. C. B. intorno ai spettacoli, Bergame, 1759.
— C. Castiglioni, Sludi sul seicento. S. C. iiella poesia e nell'oraioria sacra, Turin, 1938; Un codice supposto perduto, dans Aevuni, xxi, 1947, p. 233-37. — A. Chiapelli, S. C. B. e Pistoia, Pistoie, 1910. — A. Ciaconius-Oldoinus, Vitae et res gestae Pontiflcum Romanorum et S. B. E. cardinalium, m, Rome, 1677, p. 891-904. - A. Degert, S. Ch. B. et le clergé français, dans Bull, de littér. ecclés. de Toulouse, sér. IV, IV, 1912, p. 145-59, 193-213. — R. Dieringer, Der hl. K. B. und die Kirchenverbesserung seiner Zeit, Cologne, 1846. — L. Ferretti, S. Ch. B., Art religieux italien, Turin, 1923, 32 reprod.; S. C. B. nelVarte, Rome, 1927. — A. Gemelli, A proposito di alcune accuse contro S. C. B., Ricerche epidemiologiche sulla peste di Milano del 1576, Rome, 1910. — K. Germanus, Reformatorenbilder, Fribourg, 1883, c. V, Karl B. — F. Giacomello, Padova e S. C. B., Padoue, 1910. — L. Gramatlca, S. C. B. e la Terra santa, Monza, 1919. — • J. Guillermin, La survivance d'un saint, dans Études, cxxv, 1910, p. 305-35. — Hefele-Leclercq, ix-2. — P. Herre, Papsttum und Papstwahl im Zeitalter Philipps IL, Leipzig, 1907. — G. Leca, 5. Carlo e i Domenicani, dans Rosario, nov. 1910. — U. Mannucci, S. Carlo e S. Francesco di Sales nella storia délia Controrijorma, Rome, 1910. — J. G. Mayer, Dos Konzil von Trient und die Gegenreformation in der Schweiz, Stans, 1901-03, 2 vol. — P. Paschini, Il primo soggiorno di S. C. B. a Roma ( 1560- 65), Turin, 1935. — Pastor, vu, viii, ix, passim; Carlo Borromeo, dos Muster eines tridentinischen Bischofs, dans Charaklerbilder kath. Reformatoren des XVI. Jahrh., Fribourg, 1927, p. 105-37. — A. Pighi, S. C. in Verona, Vérone, 1887. — L. Prosdocimi, Il diritto ecclesiastica dello Stato di Milano dall'inizio délia signoria viscontea al periodo tridentino. Milan, 1941. — A. Ratti (Pie XI), S. C. negli scritti del cardinale Federico Borromeo, Milan, 1910 ; S. Ch. B. et les Exercices de S. Ignace, 2" éd., Paris, 1922 (Biblioth. des Exercices, 32). — E. Rembry, Le culte de S. Ch. B. à Bruges, dans Ann. de la Soc. d'émulat. de Bruges, xlix, 1899; L, 1900. — C. Robinson, S. Ch. and Switzerlaiid, Bruges, 1912. — G. Romerio, S. C. a Varallo, dans II Santuario di Varallo, i, 1909, n. 10; San C. B. collezionista di medaglie, dans Rivista ital. di numismatica, m, 1913, p. 441 sq. — G. A. Sassi. Archiepiscoporum Mediolanentiunt séries historico-chronologica, m, Milan, 1755, p. 1117- 60. — I. Schuster, // IV" cent, délia nascità di S. C, Varèse, 1937. — P. Sevesi, S. C. B., arcivescovo di Alilano, card. protettore 0. F. M. e terziario francescano, dans Studi frantxscani, nouv. sér., x, 1924, p. 133-43; S. C. B. e il ven. Francesco Gonzaga per la seraflca riforma, ibid., nouv. sér.. XI, 1925, p. 156-86; S. C. B. cardinale protettore del ordine dei Frati Minori (1564-1572), dans Arch. franc, hist., XXXI, 1938, p. 73-126, 387-437; S. C. B. e la congregazione dei Amadeiti e dei Clareni (1567-1570), ibid., xxxvn, 1944, p. 104-64; S. C. B. e i Frati Minori délia 'serafica riforma, ibid., xxxviii, 1945, p. 231-313; S. C. B. ed il P. Francesco Panigarola, O. F. M., ibid., xl, 1947,
p. 143-207. — F. Sprotle, Die synodale Tàtigkeit des Id. K. B. nebst clu-onologisch geordneten Regesten ùber seine erzbischôfliche Wirksamkeit, Oppeln, 1885 (ouvrage vieilli). — A Steeger, Karl B. als Erzieher, dans Der Katholik, 1910-12, p. 321-28. — S. Sugenheim, Der hl. B. und die Jesuiten, Leipzig, 1872. — H. Thurston, S. Ch. Borromeo and the récent encgclica, dans The Month, fasc. dlvf, 1910, p. 390-406. — G. Tononi, S. C. B. a Piacenza, Plaisance, 1910. — E. Wymann, Der hl. K. B. und die schweizer. Eidgenossenschaft, Stans. 1903; Kardinal K. B. in seiner Bezieliungen zur alten Eidgenossenschaft, Stans, 1910 (ces deux articles avaient paru auparavant dans Der Geschichtsfreund, lii-liv et lxv-lxvi). ^
Roger MoLs.
CHARLES GARN 1ER (Saint), jésuite, un des huit martyrs canado-américains canonisés le 29 juin 1930. Né à Paris le 25 (26) mars 1606, martyrisé à la mission de S. -Jean le 7 déc. 1649. Il appartenait à une famille considérée et eut trois frères dans les ordres. Élève au collège de Clermont (plus tard Louis-lc- Grand), entré au noviciat le 5 sept. 1624, il fut professeur au collège de Clermont, puis à celui d'Eu, où il eut comme préfet le 1'. de Brébeuf, expulsé de Québec par les Anglais lors de la prise de cette ville (1629) et rentré en France. L'influence de ce vétéran fut sans doute à l'origine de la vocation missionnaire du jeune professeur. Rentré au collège de Clermont pour y faire sa théologie (1632-36), Charles Gariiier sollicita la mission du Canada. II se heurta à une opposition décidée de son père à rencontre de laquelle les suiiérieurs ne voulurent pas aller. Enfin M. Garnier se laissa fléchir et, quelques mois après son ordination sacerdotale qu'il reçut en même temps que S. Isaac. Jogues, le P. Garnier s'embarqua à Dieppe le 8 avr. 1636, en compagnie des PP. Isaac Jogues et Châtelain. Arrivés à Québec le 10 juin, les PP. Garnier et Châtelain partent le 16 juill. pour Trois-Rivières, première escale de la mission huroune; le 21 juill., les deux jeunes missionnaires vont à Ste-Marie se mettre à la disposition du P. de Brébeuf, et y assistent à une horrible scène de cannibalisme qui leur fait toucher du doigt les difTicultés de l'évangélisation de ces peuplades farouches. L'épidémie de 1636, qui faillit compromettre à jamais la mission huroinie, lui fournit l'occasion de se dévouer aux malades. En 1638 et 1639, il rayonne autour de sa résidence d'Ossossané et, grâce à la maîtrise des dialectes qu'il acquiert, son influence sur les sauvages s'accroît. En 1640, il est envoyé chez la nation des Pétuneux en comjjagnie du P. Jogues, mais s'y heurte à l'obstination de la population, line seconde mission en 1641 rencontre moins de préventions. En 1642 il est envoyé à la mission de S. -Joseph et l'année suivante à Ste-Marie. En 1649, au moment de la destruction de la mission de S.- Ignace et du massacre des PP. de Brébeuf et Lalemant, le P. Garnier se trouvait à S. -Jean, au pays des Pétuneux. Dans une lettre du 27 avr. adressée au P. Bontard du collège de Bourges, il écrit : « Il faut que je vous fasse participant d'une grande merveille de ce pays, qui est de grande consolation. C'est qu'il a plu à Notre-Seigneur de donner la couronne du martyre à deux de nos Pères... Bénissez Dieu, je vous en prie, (le la faveur qu'il a faite à cette mission. » Au mois de nov., le P. (iarnier fut averti que cette mission se trouvait elle aussi menacée. Le 7 déc, alors que par une fausse manœuvre la bourgade se trouvait sans défenseurs, l'irruption iroquoise se produisit. Le P. Garnier courut à la chapelle pour exhorter les néophytes et se rendit ensuite dans les cases yiour y conférer le baptême. C'est dans l'exercice de ce ministère qu'il fut surpris. Blessé d'un coup de feu et tombé à terre, il cherchait à se relever pour continuer son œuvre lorsqu'un Iroquois lui fendit le crâne d'un coup de tomahawk.
Le P. Garnier se distinguait par sa charité, sa moi-