C. Dereine
CHERBURY (Épouard- Herbert, premier lord), déiste anglais (1583-1648). Voir D. T. C, ii, 2357-60.
CHERCAMP. Voir Cercamp.
1. CHERCHEMONT (Jean de). Né à La Motte-S.-Héraye (Deux-Sèvres), il était dit, le 1 1 sept. 1316, clerc et conseiller du régent Philippe le Long, et également chancelier de Charles de Valois (G. Mollat, Lettres communes de Jean XXU, i, n. 944, 966). Il posséda des canonicats à N.-D. de Paris, à Chartres, à Ste-Radegonde de Poitiers, à S. -Martin de Tours, à Beauvais et à Autun. Il fut, en outre, chanoine et doyen de Poitiers, archiprêtre de Melle (Deux-Sèvres), chanoine et trésorier de Laon, prévôt de Chalautre-la- Grande (Seine-et-Marne), et obtint le personat de Nibas (Somme) et la fonction de notaire de la cour archiépiscopale de Narbonne. Jean XXII le chargea, avec Renaud de la Porte, archevêque de Bourges,
d'opérer des réformes à l'université d'Orléans, le 7 juin. 1317 (M. Fournier, Statuts et privilèges des universités françaises, i, Paris, 1890, n. 50). Dévoué à Philippe le Long, il figura parmi les quinze agents qui négocièrent secrètement et vainement, en 1317, un accord avec les seigneurs qui voulaient l'écarter de la succession au trône de France. Devenu roi, Philippe V le désigna comme son procureur pour entamer des pourparlers de paix avec les Flamands. En cette qualité il assista à la conférence tenue à Royal-Lieu, près de Compiègne (11 oct. 1318); mais comme celle-ci échoua, il se rendit à Avignon afin de provoquer l'intervention de Jean XXII (P. Lehugeur, Hist. de Philippe le Long, roi de France, i, Paris, 1897, p. 101, 142, 144, 332-38). Le roi le nomma chancelier en janv. 1321. Jusqu'à sa mort, survenue le 25 oct. 1328, Jean de Cherchemont conserva cette importante charge. De son vivant, il fonda la collégiale de Ménigoute (Deux-Sèvres). Son neveu, avec lequel on l'a parfois confondu, lui dut de multiples honneurs et l'épiscopat.
G. MoUat, Letlres communes de Jean XXII, voir la table des matières aux mots Johannes de Cherchemont. — M. Boulet, Quaestiones Johannis Galli, Paris, 1944, p. 279. — L. Perrichet, La grande chancellerie de France des origines à 1328, Paris, 1912.
G. Mollat.
2. CHERCHEMONT (Jean de). — Neveu du précédent, il fut chanoine prébendier et chantre de Ste-Radegonde de Poitiers (18 févr. 1318), chanoine de Beauvais (10 juin 1322), chanoine prébendier et doyen de S.-Germain-l'Auxerrois à Paris (17 févr. 1323). Il posséda aussi un canonicat et une prébende à S. -Quentin (Aisne), à Vatan (Indre) et à Âlortagne (Orne). Jean XXII lui accorda une dispense d'âge — il avait seize ans — pour garder la chantrerie de Ste-Radegonde (15 mai 1319). A deux reprises différentes le pape lui accorda l'autorisation d'étudier le droit civil et de le lire (1" janv. 1322 et 23 mars 1324); puis il le promut évèque de Troyes le 26 avr. 1324. Le prélat, qui n'avait d'autre ordre que le sous-diaconat, n'avait point encore reçu la consécration épiscopale le 2 mai 1325; c'était chose faite le 23 juill. Une bulle du 18 févr. 1326 le transféra sur le siège d'Amiens. Le 23 mars, une autre lui donnait dispense d'âge pour gérer son évêché. Le prélat encourut la suspense et l'excommunication en n'acquittant pas en temps voulu les services communs; il dut s'en faire relever le 23 juill. 1327. LTne autre mésaventure lui arriva : jusqu'en 1332, il cacha, sur le conseil de son oncle, la vérité sur une supercherie qui datait de loin et qui l'avait entaché d'irrégularité; en effet, il avait reçu jadis des bénéfices sans obtenir dispense d'âge et de suivre des cours de droit civil; d'où la nécessité de recourir au S. -Siège et de lui dévoiler la supercherie commise. Jean de Cherchemont mourut le 26 janv.
J.-M. Vidal, Bull, de l' Inquisition française au XfV s. et jusqu'à la fin du Grand Schisme, Paris, 1913, p. 142-43, 148-49 (part prise au procès d'hérésie d'un clerc); Lettres communes de Benoit XII. — G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII, voir la table des matières à Joannes de Cherchemont. — Gall. christ., x, 1192-93; xii, 510-11.
G. Mollat.
CHÉRI. Voir Chéhery.
CHÉRI AN A, Xepfava, XEppi'otva, XEppafava, évêché de la province du Lazique, dépendant de Trébizonde. Ce nom est à la fois celui d'un village et celui de la contrée environnante, située au sud-ouest de Trébizonde et au nord-ouest d'Erzincan. Il paraît pour la première fois dans les listes épiscopales au x« s., comme protothronos de Trébizonde (H. Geizer, Ungedruckte und ungeniigend verôffentlichte Texte der Notitiae episcopaluum, dans Abh. der k. bayer. Akad.
CHÉRIA NA
der Wiss., 1. I, xxi, sect. m, Munich, 1900, p. 576). Cet évêché disparut probablement lors de la conquête turque et fut uni à celui de Chaldia (voir ce mot). On ne connaît ni son histoire ni le nom d'aucun des prélats qui en occupèrent le siège.
Le titre de Chériana a été conféré dans l'Église romaine sous la forme Caraciensis. Théobald, O. F. M., 13 nov. 1363-5 nov. 1365. — Evrard de Muisgen, O. Carm., 22 janv. 1397-t 1400, sufiragant à Cologne.
— Henri de Wynter, O. S. A., 24 nov. 1400-?, auxiliaire en plusieurs diocèses. — Bernard Foiardi, O. F. M., 18 déc. 1437.
Chrysanthe Philippidès, 'H 'EKKATitrfa TponrejoOvTOS, dans 'ApxEîov nôvTou, v-vi, 16.3. — Ann. pont., 1916, p. 389.
R. Janin.
CHERLIEU, Carus locus, Kari locus, célèbre abbaye cistercienne au dioc. de Besançon, sur la comm. de Montigny-lez-Cherlieu (Hte-Saône). Fondée par Réginald III, comte de Bourgogne, en 1127, elle aurait été occupée deux ou trois ans par des chanoines réguliers, mais donnée ensuite à S. Bernard, qui y envoya ses moines claravalliens. Elle prit rapidement de magnifiques accroissements; son personnel atteignit parfois le chiffre de 600. Cinq abbayes filles furent créées durant ce même xii« s. : Acey en 1136, Hauterive en 1138, le Gard en 1139, Hautcrêt en 1143 et Beaulieu-en-Bassigny en 1170. Cherlieu a compté des hommes remarquables au nombre de ses abbés; l'un d'eux fut élu à Clairvaux en 1312, un autre passe à Morimond et de là à Cîteaux en 1503, pour succéder à Jean de Cirey. Les épreuves cependant n'ont pas manqué ; la guerre de Cent Ans fait passer et repasser les armées sur Cherlieu; les années 1336, 1339, 1359, 1431 furent fatales. En 1636, les Suédois ravagent la vaste et antique église.
A cette époque les difficultés avec les abbés commendataires duraient déjà depuis un siècle. Charles de Brassey, premier commendataire (1515), prétend exercer la juridiction spirituelle sur la communauté et nomme prieur Humbert Cordienne. Grand émoi au chapitre général de 1523. Claude de La Baume, archevêque de Besançon et commendataire de Cherlieu (1546), fit la même tentative, puis retira le prieur de son choix, Nicolas Guérin, pour en faire son évêque auxiliaire. En 1768, l'abbaye ne comptait plus que dix religieux; ce groupe restreint ne sut pourtant pas se dérober à l'engouement général de l'époque et voulut à tout prix rebâtir en style nouveau. La Révolution de 1793 arrêta les travaux. Église et bâtiments devinrent une carrière ouverte où l'on vint s'approvisionner de matériaux de construction. L'ancienne propriété monastique est depuis lors « la forêt domaniale de Cherlieu ».
Série des abbés: 1. Guy I", 1131 (cf. P. L., clxxxii, 1121, Praefatio seu Tract, de Cant., qui est de lui plus que de S. Bernard). — 2. Luc, 1162, f vers 1175. — 3. Pierre I", 1179. — 4. Guy II, 1188. — 5. Gabaud, 1196. — 6. Galo, 1209. — 7. Guy III, 1214-26. — 8. Réginald, démissionna en 1227, t 1228. — 9. G., 1229.
— 10. Albéric, 1241. — 11. Guillaume I", 1242. — 12. Bésonce, 1255. — 13. Simon, 1264. — 14. Gauthier, 1275. — 15. Jean I", 1277. — 16. Richard, 1304. — 17. Guillaume II, élu à Clairvaux en 1312.
— 18. Thibaut, 1314. — 19. Jean II, 1317-20. — 20. Réginald II, 1323, 1328. — 21. Arnoul, déposé par le chapitre général. — 22. Guy IV de Caudenay, 1338. — 23. Nicolas de Campignolle, 1341, t 1357. — 24. Odon de Pierrefltte, 1358, t 1365. — 25. Jean III, 1369. — 26. Guy V de Pierrefltte, 1393-96. — 27. Jean IV de Vaux, 1396-1400. — 28. Jean V d'Aynans, 1400-10.
— 29. Laurent, 1412. — 30. Étienne. — 31. Jacques I" de Montigny, t 1456. — 32. Jean VI, f 1459. — 33. Égide de La Tour. — 34. Drouhet Henrion, 1483,
déposé par le chapitre général pour dilapidation. — 35. Jacques II de Pontailler, 1491, élu à Morimond en 1495, à Cîteaux en 1503.— 36. Matthieu Six, 1496.— 37. Remi Morelot, 1500. — 38. Charles de Brassey, 1515, commendataire. — 39. Claude de Nicey, 1522, t 1546. — 40. Claude de La Baume, archev. de Besançon, 1546. — 41. Prosper de La Baume-Montrevel, 1579-99. — 42. Ferdinand de Rye, archev. de Besançon, 1599. — 43. François de Rye, archev. de Besançon, t 1637. — 44. Pierre de Cléron, 1639. — 45. Antoine-François de Blitterswyck de Moncley, 1694, t 1734. — 46. Louis de Berton de Crillon, archev. de Narbonne, 1734-51. — 47. N. Playcart de Raygecourt, év. d'Aire, 1758. — 48. Matthieu Poncet de la Rivière, év. de Troyes, 1758-80. — 49. Matthieu- Jacques de Vermont, 1790; il touchait 40 000 livres de l'abbaye.
Archives : dép. de Hte-Saône, 96 art., H 246; cartulaire (1127-1209), copie du XVII' s.; inventaire général. — Quelques pièces dans les arch. dép. du Doubs, du Jura, du Nord (28 H, n. 4, 33). — Paris, Bibl. nat., ms. lat. 10 973, cartulaire XIII' s.; coll. Bourgogne, ms. 119, fol. 10; coll. Moreau, ms. 873, fol. 328, 446, 874. — Ste-Geneviève, ms. 1253 : lettre de Matthieu Six, 1498.— Besançon, bibl. municipale, ms. 1215, fol. 136 ter : anniversaires à célébrer; coll. Chifllet, ms. 49, fol. 39; coll. Droz, ms. 41, fol. 121 : donations de 1150-1214; coll. Dunand, ms. 30, p. 483; coll. Duvernoy, ms. 39, fol. 50; ms. 77, fol. 144, 169, 326, 363. — M. Aubert, L'archil. cisterc. en France, i-ii, Paris, 1943, passim. — L. Besson, Mém. hist. sur l'abbaye de Cherlieu, Besançon, 1847. — Chatelet, Les monuments de l'abbaye de Cherlieu, 1885-86. — Cottineau, 760. — Denifle, Désolation..., i, 383; II, 52, 53, 248. — J. Finot, Les derniers mainmortables de l'abbaye de Cherlieu, 1881. — Gall. christ., xv, 252. — Janauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p. 19. — H. Hirsch, Die elsâssisch-burgundischen Zisterzienser-Privilegien. Friedrich I., 1938. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, année 1131, v, 1. — Martène, Voyage litt., i, 138. — Potthast, Reg., 241. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. de Louvain, 1933-41. — Stein, Cartulaires français, Paris, 1907, n. 931, 932.
J.-M. Canivez.
CHÉRON (Saint), ou Cheron (on ne tient pas compte à Chartres de l'accent aigu), Caraunus. Si l'antiquité du culte rendu à Chartres au martyr S. Chéron est une chose bien avérée, on n'en saurait dire autant des faits de l'histoire de ce saint personnage telle qu'on la lit dans ses Actes. Ce document que l'on attribue avec vraisemblance au ix^ s., et que l'on trouve, dès le x«, dans un lectionnaire chartrain, paraît avoir été composé dans l'abbaye de la banlieue chartraine où l'on vénérait le tombeau du saint. Voici ce qu'on lit dans ce récit.
Chéron, issu d'une illustre famille romaine, résolut, après de brillantes études, de se consacrer au Seigneur. Après avoir refusé de se marier, il entra dans le clergé, où il monta jusqu'au « sixième degré », ce que l'on entend d'ordinaire du diaconat. Désireux de prêcher l'Évangile, il en reçut la mission de S. Clément, comme S. Pothin et S. Denis. Il s'arrêta d'abord dans une île de la Méditerranée, puis à Marseille et à Lyon, marquant son passage par des conversions et des miracles. De Lyon il se rendit à Chartres où il trouva un très petit nombre de chrétiens et une grande multitude de païens. Le narrateur ne raconte qu'un fait se rapportant au séjour du saint à Chartres : la guérison d'un paralytique. Avec quelques disciples, il se dirigea vers Paris, mais, non loin de Chartres, ses compagnons ayant fui, il fut décapité par des voleurs. On retrouva son corps près de Chartres, sur une hauteur dominant la vallée de l'Eure, en un lieu où il avait exprimé le désir de recevoir la sépulture.
Il est bien difTicile de savoir ce qu'il peut y avoir d'historique dans ce récit, et même à quelle époque il convient de placer la mort de S. Chéron. Les bollan-