C. Laplatte
CHICHELE (Henry), archevêque de Cantorbéry (1414-43). Né vers 1362 à Higham Ferrers, comté de Northampton, il était le troisième fils de Thomas Chichele, bourgeois de quelque importance, et d'Agnès Pynchon, elle-même issue d'une famille très aisée de drapiers londoniens. Ses deux frères furent de grands épiciers à Londres, où ils occupèrent des places bien en vue : Robert, le second, fut sheriff en 1402 et mayor en 1411 et 1421 ; l'aîné, William, fut maître de la confrérie des épiciers en 1385, 1396 et 1406, et représenta Londres au parlement de Shrewsbury en 1398; il fut sheriff en 1409-10; en plusieurs occasions on le vit, avec son frère, siéger à la cour des aldermen. Après ses premières études auprès de Henry Burton, maître
d'école de Ferrers, Henry fut admis au collège que venait de fonder (1373) à Winchester le célèbre William de Wykeham. De là il passa à Oxford, où il prit ses grades en droit civil (bachelier en 1389-90, docteur en 1396). Ordonné sous-diacre en 1392, par l'évêque de Derry agissant par délégation de l'évêque de Londres, il était dès ce moment pourvu de bénéfices, dont le premier fut le rectorat de Llanfarchell au dioc. de St. Asaph. Après son doctorat et son institution à St. Stephen's Walbrook par l'abbé et le couvent de St. John de Colchester, il reçut en 1396 le diaconat (26 mai) et la prêtrise (23 sept.). Il avait déjà, semblet-il, commencé à plaider : il pouvait aspirer à un poste dans une cour consistoriale, ce qui l'acheminait vers la cour archiépiscopale de Cantorbéry {Court of Arches, du nom de St. Mary of the Arches, où elle se tenait primitivement). De nov. 1396 à Pâques 1397, il plaida pour Peterhouse, Cambridge, contre l'évêque d'Ely au sujet de l'appropriation d'une église. L'année ne s'acheva pas que l'évêque de Salisbury, Richard Medford, le choisit comme canoniste : il le nomma successivement prébendier, archidiacre de Dorset (1397), puis de Salisbury (1402), et chancelier (1404). Vicaire général, Chichele laissa des actes et documents qui révèlent à la fois l'administrateur consciencieux et l'habile théoricien du droit.
De 1406 à 1408, Chichele est au service du roi Henry IV comme agent diplomatique. Le 18 juill. 1406, avec Sir John Cheyne, il est nommé procureur du roi près la cour de Rome. Le roi d'Angleterre avait intérêt à voir se terminer le Grand Schisme, et ses envoyés avaient mission de travailler près d'Innocent VII pour qu'il s'entendît avec son rival sur une démission commune. Le départ fut retardé, et, le 5 oct., Cheyne, Chichele et Sir Hugh Mortimer étaient chargés d'une ambassade près le roi de France, Charles VI, pour traiter de la paix et négocier un mariage entre le prince Henry de Monmouth et une des filles de Charles VI. Le pape Innocent mourut le 6 nov. ; le roi d'Angleterre eût voulu prévenir une nouvelle élection, mais celle-ci eut lieu le 30 nov., et ses ambassadeurs n'arrivèrent à Venise qu'en janv. 1407 : ils eurent alors pour consigne de suspendre leur reconnaissance du nouveau pape jusqu'à ce que l'attitude des autres princes chrétiens fût connue. Le 26 avr., ils furent chargés de faire connaître à Grégoire XII les volontés et les propositions du roi : mais on ignore ce qu'elles étaient. Les deux ambassadeurs demeurèrent à la Curie toute l'année, et Chichele eut à s'occuper de plusieurs litiges. Le 4 oct., le siège épiscopal de St. David' s au pays de Galles étant devenu vacant par la mort de Guy Mone, Grégoire XII, avec l'agrément du roi, y nomma Henry Chichele, lui permettant de conserver en même temps ses autres bénéfices en commende. Le nouvel évêque fut sacré par le pape, à Sienne, en mars 1408, et rentra en Angleterre, où le temporel de son évêché lui fut rendu en avTÎl. Le roi contesta le droit qu'il tenait du pape de conserver ses bénéfices; en 1409, après jugement, Chichele dut céder : il obtint du moins le privilège de nommer ses successeurs, et pourvut ainsi de la chancellerie de Salisbury son neveu William, encore mineur. A cette date, Chichele n'était pas encore dans son diocèse : il n'y sera intronisé que le 20 mai 1411; même alors, il ne résidera que peu de temps. On ne possède pas d'actes émanant de lui, mais seulement le registre de son vicaire général. Évidemment, son évêché n'était qu'une dignité et un bénéfice : Chichele devait continuer à servir autrement. En janv. 1409, il est désigné comme délégué au concile de Pise, avec l'évêque de Salisbury, Robert Hallum, comme chef de délégation; ils n'arrivèrent au concile que le 30 avr. L'année suivante, c'est en France qu'il exerce sa diplomatie. Avec