CHIC
HELE
Lord Beaumont, Sir John Cheyne et John Catterick, il rencontre à Leulinghem les représentants de la France pour négocier un prolongement de la trêve dans la marche de Picardie, en Guyenne et dans le comté de Toulouse : le 21 juin, la trêve est prorogée jusqu'au l^' janv. 1412. Chichele devait encore venir plusieurs fois en France pour traiter d'une paix perpétuelle. La question du mariage était toujours au premier plan, mais les demandes anglaises étaient de plus en plus élevées : dans sa troisième ambassade, en sept. 1413, Henry étant devenu roi, Chichele dut faire valoir les titres de son maître à la couronne de France et réclamer les sommes non payées après le traité de Brétigny. Entre temps, Chichele était devenu membre du conseil royal (1410), où il siégea régulièrement lorsqu'il n'était pas en mission à l'étranger; en 1413, il se distingua comme l'un des juges en un procès important, en compagnie de l'archevêque d'York, Henry Bowet, et de l'évèque de Norwich, Richard Courtenay.
Le 19 févr. 1414, mourait l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Arundel (cf. D. H. G. E., iv, 844). Chichele fut postulé comme successeur par le chapitre cathédral de Christ Church, le 12 mars; la bulle de nomination est datée du 27 avr., et le roi rendit le temporel le 30 mai. Chichele reçut le pallium des mains de l'évèque de Winchester, futur cardinal, Henry Beaufort, le 29 juill., et fit le serment d'obéissance au S. -Siège en présence du roi et de plusieurs seigneurs, notamment le duc Humphrey de Gloucester, nationaliste convaincu.
Chichele allait se montrer administrateur sage et pacifique : il ne cessa pas pour autant de s'intéresser d'une manière active aux affaires du royaume. C'est une légende dont il a été fait justice qui le montre excitant le jeune roi Henry V à mener rondement la lutte contre la France : mais il lui donna son appui, contribua largement aux dépenses occasionnées par les campagnes de 1415 à 1419, et y fit contribuer sou clergé. En nov. 1415, il reçut solennellement, dans sa cité de Gantorbéry, le vainqueur d'Azincourt; en 1416, il est à Calais et traite de la paix avec les négociateurs français : une trêve du 9 oct. au 2 févr. 1417 en est le résultat. Durant la deuxième campagne de Normandie, il rejoint son maître à Rouen, fin 1418, et prend une part active aux pourparlers qui précèdent la reddition de la ville. On le voit à Évreux le 30 mars, à Mantes le 18 juin, toujours occupé de négociations. De nouveau, à Calais, il fait partie d'une commission de la paix, et il est chargé de poursuivre les démarches en vue du mariage royal. Après le meurtre du duc de Bourgogne et le traité de Troyes, imposé au roi Charles par l'alliance des Anglais et des Bourguignons, Chichele dut faire un troisième séjour en France, probablement comme agent de liaison entre son roi et la cour de France (juin-nov. 1420); mais il s'occupe aussi d'administration ecclésiastique dans les pays occupés.
Dès cette époque, il lui faut faire face à des problèmes ecclésiastiques bien autrement importants : ceux des rapports de l'Église en Angleterre avec la papauté. Élu en 1417, à la fin du Grand Schisme, Martin V entendait ne rien négliger pour rétablir la plénitude du pouvoir pontifical sur toute l'Église. Or la politique pontificale était gênée en Angleterre par les « Statuts des proviseurs », datant de 1353, suivant lesquels il était interdit de postuler à Rome des bénéfices anglais sans l'autorisation du roi. Mais le roi luimême savait recourir, lorsqu'il y trouvait son intérêt, aux provisions papales, et envoyait des listes de candidats. D'autre part, les modérés, et surtout les universités, étaient favorables à une certaine liberté de pétition; les Communes elles-mêmes avaient autorisé le roi à assouplir la législation existante : aussi, au concile général, les envoyés britanniques n'avaient jamais
pris une position bien nette sur la question des provisions. Or Martin V avait résolu d'obtenir l'abrogation des Statuts des proviseurs. Dès le 6 mars 1418, Chichele écrit à son souverain, alors en France, et lui signale les bruits, qu'il croit fondés, suivant lesquels Martin se proposait d'élever au cardinalat l'évèque Henry Beaufort, lui permettant de tenir son évêché en commende, et le nommant légat à vie pour toute l'Angleterre et les pays soumis : Beaufort devait être, dans la pensée de Martin, l'instrument pour recouvrer l'antique liberté de l'Église en son pays (cf. D. H. G. E., VII, 128-31). Dûment mis en éveil, Henry V fit échouer le projet. L'année suivante, Martin V envoya une mission au roi, alors à Mantes, pour obtenir l'abrogation des statuts : la réponse fut décourageante et d'autres tentatives subséquentes n'eurent pas plus de succès. Si Henry avait promis, comme il semble, de soumettre la question au Parlement, il négligea de le faire, au grand mécontentement du pape (1422), qui s'en prit à l'archevêque de Cantorbéry. En 1421, celui-ci lui avait fait présenter par un agent des doléances : le pape avait méconnu les droits de l'archevêque et du chapitre de Christ Church, Cantorbéry, dans la nomination d'évêques, qui avaient été mis en possession de leur juridiction spirituelle sans la promesse d'obéissance à l'archevêque et autorisés à se faire sacrer par qui ils voulaient ; de plus, le cardinal Nicolas de Albergatis, évêque de Bologne, avait reçu la provision d'archidiacre de Lincoln : cette provision étant contraire aux Statuts des proviseurs, il n'y avait pas de chance qu'elle aboutît; enfin, Chichele demandait au pape de ne pas tenir compte des rapports défavorables qui pourraient lui être faits à son sujet, mais de communiquer avec lui avant d'y ajouter foi. Les réponses du pape furent bienveillantes, mais il n'était pas difficile de comprendre que tout n'était pas gagné. Il s'en fallait de beaucoup. La mort du roi Henry V en 1422, laissant le trône à un enfant de moins d'un an, et privant l'archevêque de son meilleur appui, fut pour Martin l'occasion favorable d'exiger de Chichele une attitude plus ferme et plus décisive. Dès 1423, le pape témoigne un certain ressentiment au sujet d'un jubilé, avec indulgences, organisé par Chichele en 1420 pour célébrer le deuxième centenaire de la translation de S. Thomas Martyr. On note également l'envoi de plusieurs représentants, dont la mission non avouée est d'observer l'attitude des principaux personnages et d'informer le S. -Siège. En 1426, le pape demande aux deux archevêques anglais d'agir pour faire supprimer les Statuts des proviseurs; en même temps, Chichele était accusé à Rome, avec le duc de Gloucester, chef du parti national, de menées contre le pape : il eut beau se disculper, le pape ne le crut pas et le releva, dès les premiers mois de 1427, de ses fonctions de légat. Trois fois Chichele protesta de son innocence : pour toute réponse, on le pressa d'agir sur le conseil royal pour faire abolir les statuts. Tandis que les évêques anglais, certains lords et l'université d'Oxford unissaient leurs efforts en faveur de Chichele, et que celui-ci s'adressait aux cardinaux, il fut invité à montrer par son action la sincérité de ses sentiments. Le 30 janv. 1428, accompagné d'autres évêques, il se rendit aux Communes ])our plaider en faveur de l'abolition des statuts : il fut écouté avec bienveillance, mais ne put convaincre le Parlement. Du moins le pape lui sut-il gré de son acte de courage et lui rendit ses pouvoirs de légat le 28 juill. Dans toute cette affaire, il semble bien que Chichele demeura parfaitement loyal envers le pape : pour bien des raisons, il eût souhaité la liberté des provisions, et, en fait, il plaida vigoureusement en ce sens; mais il ne put vaincre l'opposition des séculiers, et la prudence qu'il dut déployer — le conseil royal étant décidé à ne rien