IV. L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE (1917-51). Il CSt
sans doute trop tôt pour porter un jugement d'ensemble sur des événements tout proches de nous. Le plus sûr est donc de mentionner les principaux points de repère chronologiques, en les complétant par quelques statistiques (J. Dehergne, op. et loc. cit., n. 40, 1949, p. 747-61) :
1919 : fin de la première guerre mondiale;
1922-1926 : création de la délégation apostolique en Chine, premier concile de Chine, sacre de six évêques chinois par le Souverain pontife à Rome ;
1927 : unification de la Chine sous le régime dit « kouo-min-tang », du parti communiste;
1937-1945 : « incident » sino-japonais, englobé dans la seconde guerre mondiale; création de la hiérarchie en Chine, nomination^d'un nonce apostolique et d'un cardinal chinois; triomphe du communisme dans toute la Chine.
En 1856, des trois diocèses du Padroado (1690-1856) seul Macao restait évêché. De 1856 à 1946, se développèrent exclusivement les vicariats apostoliques, avec préfectures apostoliques et missions indépendantes. Enfin le 11 avr. 1946, la hiérarchie fut de nouveau instituée.
Parallèlement, à partir de 1922 (deux préfectures apostoliques) et surtout de 1926 (le 28 oct., six évêques chinois sacrés à Rome par le pape), s'efïectua la dévolution croissante de ces territoires ecclésiastiques au clergé chinois, aussi bien séculier que régulier.
C'est ce qui ressort avec évidence du tableau des col. 719-720; les chiffres mis entre parenthèses désignent les circonscriptions confiées au clergé chinois.
Comme on le voit, en juill. 1949, sur 144 divisions ecclésiastiques, 30 étaient confiés au clergé chinois (7 préfectures apostoliques, 19 évêchés, 4 archevêchés : Péking, Nanking, Nanchang, Moukden).
La multiplication s'explique en outre par le fait que les sociétés missionnaires d'hommes se partageant l'évangélisation de la Chine étaient 11 en 1914, 16 en 1924, et 27 en 1934. Spécialement, depuis 1918, les États-Unis d'Amérique avaient envoyé de puissants renforts, par ex. grâce à la Société des Missions étrangères de Maryknoll (New- York).
En outre, les effectifs de ces sociétés s'étaient considérablement accrus, comme le montre le tableau suivant.
Société
Date
Missions
Pères ou Frères
Dont Chinois
Franciscains...
Dominicains...
(plusieurs
chinois aux
Société
Date
Missions
r eies uu
Frères
Chinois
Jésuites
Miss. étr. de
1 VJ4o
Lazaristes
Pères de
Scheut
Miss. étr. de
Milan
Pères de
Steyl
Miss. étr. de
Maryknoll . .
De ce que plusieurs de ces congrégations ne comptent point ou peu de sujets chinois, l'on aurait tort de conclure qu'elles se soient désintéressées de la formation du clergé chinois; car, tout au contraire, ce sont souvent celles qui ont créé les séminaires les plus florissants: en premier lieu les séminaires des Missions étrangères de Paris, de Milan et Maryknoll, des Pères de Scheut. Une société d'auxiliaires des missions (S. A. M.) met ses membres étrangers directement au service des évêques chinois.
Au développement des cadres a correspondu la croissance du nombre des chrétiens. L'augmentation moyenne annuelle se présente comme suit :
De 1910 à 1920 (10 ans) : 72 000 (56 100 de 1900 à 1910);
De 1920 à 1930 (10 ans) : 49 701;
De 1930 à 1940 (10 ans) : 76 466;
De 1940 à 1948 (8 ans) : 1 700.
Si l'on veut établir une concordance plus rigoureuse entre le nombre des chrétiens et le chiffre du personnel, le tableau suivant, exécuté d'après l'Annuaire des missions de Chine (édité à Zikawei depuis 1924), permet de la dresser.
CHINE
Année
Catholiques
Prêtres
Frères
Religieuses
Ciljll. CL llLfil Clllll.
chin.
étrang.
chin.
étraiig.
chin.
étrang.
1 431 302 (1 pour 298 hab.)
1 994 483 (1 pour 250 env.)
2 277 421 (1 pour 210 env.)
2 498 015 (1 pour 182 hab.)
3 018 338 (1 pour 154 — )
3 ,333 830 (1 pour 145 — )
3 279 813 (1 pour 146 — )
3 276 282 (1 pour 146 — )
Ces chifîres indiquent une poussée vraiment notable, même durant la guerre sino-japonaise. De 1920 à 1942, le nombre des catholiques augmente d'un million et un tiers, celui des prêtres missionnaires de 1 758 (près de 80 par an), celui des prêtres chinois de 58 par an (de 1942 à 1948, 61 par an). Ainsi en est-il pour les frères et les religieuses chinois, pour qui ont été fondées une dizaine de congrégations diocésaines. Aux 23 congré-
gations étrangères qui travaillaient en Chine en 1924, avec ou sans territoire de mission, 32 autres se sont jointes depuis lors. Depuis 1942, beaucoup de chiffres fléchissent. C'est ce que l'on peut voir encore en examinant le détail des 20 régions ecclésiastiques (le premier chiffre indique le nombre des chrétiens; le second, celui des divisions ecclésiastiques; le troisième, celui des prêtres).
Régions eccl.
Mongolie
Mandchourie
Hopeh
Shantung
Shansi
Shensi
Kansu
Anhwei
Honan
Szechwan
Hupeh
Hunan
Kiangsi
Chekiang
Fukien
Kwangsi
Kweichow
Yunnan
Ces statistiques, pour être plus expressives, devraient être complétées par celles des confessions et communions annuelles, des œuvres de piété et de bienfaisance, des écoles...
Elles auraient souvent besoin d'être discutées de très près. Certains chiffres, donnés par la délégation apostolique de Chine avant 1942, ne concordent pas entièrement avec eux, parce que calculés suivant d'autres principes. La guerre sino-japonaise, et les événements qui l'ont suivie, ont désorganisé en beaucoup d'endroits les chrétientés existantes : destructions, désintégration des familles, carence de prêtres, émigration, etc., se sont coalisées pour provoquer un déchet considérable qu'il est impossible de chiffrer. Inversement, il est indubitable que, dans beaucoup de milieux imperméables autrefois à l'idée chrétienne, une inquiétude s'est glissée, à laquelle on essaie de donner satisfaction par les livres et la prédication écrite (ne parlet-on pas de six mille catéchumènes qui poursuivent actuellement leur instruction par correspondance?). Jamais peut-être ne s'est mieux réalisée, en Chine, la comparaison évangélique du ferment et de la pàtel
Numériquement, même avant les tout derniers événements, les catholiques ne constituaient qu'une portion infime de la population (pas même 1 %). Qui pourra nier qu'ils exercent déjà dans la nation un rôle incomparablement plus important? On le vit clairement durant la guerre sino-japonaise (zone Jacquinot à Shanghaï); on le constate peut-être encore plus nettement aujourd'hui dans la période critique que traverse la Chine.
Pour conclure par une récapitulation d'ensemble, l'on trouvera ci-après reproduit le tableau détaillé qu'on a pu encore dresser de cette Église. Tout porte d'ailleurs à croire que les événements y apporteront de profonds bouleversements. Tel quel, ce tableau est au moins un témoignage historique de la vitalité catholique en Chine avant la répression communiste. Il a été établi, d'après l'Annuaire de l'Église catholique en Chine (Zikawei, 1950; paru en mai 1950), par M. l'abbé J. Despont, Nouvel Allas des missions, Paris-Lyon, 1951, p. 20-24. Pour les chilTres donnés, « il a semblé qu'un résultat, même souvent approximatif, était préférable au néant ». Ils ne semblent plus avoir qu'une valeur rétrospective (sept. 1951).
725 CHINE 726
DIVISIONS ECCLÉSIAS-