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1240), alors en résidence à Nicée. Leurs envoyés furent Léonce, évêque de Soli, et Léonce, higoumène du monastère des Apsinthes (Mansi, xxi, 1076-77; P. G., cxL, 605-08). Le synode donna sa décision en juin. 1223. II conseillait aux Cypriotes de se soumettre provisoirement, dans l'attente de jours meilleurs. Cependant, le parti hostile aux latins l'ayant emporté, il dut modifier la ligne de conduite qu'il avait donnée. Il conseillait aux évêques grecs de céder pour toutes les questions d'argent, d'accepter leur installation par les évêques latins et même l'appel à leurs tribunaux; par contre, ils devaient se montrer intransigeants sur la question du serment d'obéissance et de fidélité à ces mêmes évêques. Il interdisait aux fidèles de recevoir les sacrements des prêtres grecs assermentés (P. G., CXL, 613). Germain allait jusqu'à dire que mieux valaient l'exil et le joug musulman que la domination latine (de Mas-Latrie, op. cit., i, 214). Il écrivit au pape Grégoire IX et aux cardinaux en faveur des Cypriotes, rejetant sur l'Église romaine, sa tyrannie et son avidité, les responsabilités du schisme qui séparait l'Orient de l'Occident. Grégoire IX lui répondit que, par suite du schisme, l'Église grecque était tombée aux mains du pouvoir laïque et que l'Église romaine avait reçu de Dieu le glaive matériel et spirituel {BuUarium Romanum, éd. de Turin, m, 473).
Un nouveau conflit éclata en 1240. Les sévérités de Grégoire IX amenèrent l'exode de nombreux Cypriotes qui s'exilèrent en Petite Arménie avec leurs évêques, leur clergé et leurs vases sacrés. Le pape demanda à l'archevêque latin Eustorge de Montaigu de nommer des latins à la place des évêques grecs fugitifs et requit l'appui du pouvoir séculier (Raynaldi, op. cit., ann. 1240, n. 44-45; t. ii, p. 248-49). Ces mesures restèrent à peu près lettre morte, sans quoi l'exode des Cypriotes aurait repris de plus belle (de Mas-Latrie, Hist. des archevêques latins de Chypre, dans Archives de l'Orient latin, ii, Paris, 1884, p. 208). Sous Amaury IV, l'attitude du clergé latin fut plus condescendante, du moins pendant quelque temps. Le cardinal Eudes de Châteauroux, délégué du pape, se fit auprès de celui-ci l'interprète des grecs. Ils demandaient le rétablissement de leurs anciens privilèges, entre autres leurs quatorze évêchés, leur indépendance vis-à-vis du clergé latin, la suppression du numerus clausus appliqué aux monastères. Malgré ses bonnes dispositions personnelles, Eudes de Châteauroux ne voulut pas aller à rencontre des mesures prises par Célestin III et le cardinal Pélage (Raynaldi, op. cit., ann. 1250, n. 40-42; n, 431-32). Innocent IV fit cependant des concessions. Par une bulle du 20 déc. 1251, il approuva la nomination de Germain au siège archiépiscopal de Chypre; ce prélat fut consacré par ses suffragants. Le cardinal Eudes de Châteauroux l'installa lui-même, malgré les plaintes du clergé latin. Germain et ses évêques prêtèrent le serment d'obéissance et de fidélité à l'Église romaine.
La pacification était donc en bonne voie. Malheureusement l'archevêque latin, Hugues de Fagiano, la compromit par son zèle exagéré. Le dimanche des Rameaux 1251, il lança l'anathème contre les grecs qui refusaient d'admettre la suprématie romaine et de prêter serment de fidélité aux évêques latins. D'autres peines frappaient les simples fidèles (Mansi, xxvii, 311-16). Comme ni le légat Eudes de Châteauroux, ni le roi Henri I" ne l'appuyaient, il quitta l'île, mais en jetant l'interdit sur tout le royaume. Innocent IV publia en 1254 sa Constitution relative aux divergences entre grecs et latins dans l'administration des sacrements (Raynaldi, op. cit., ann. 1254, n. 7-11; ii, 494- 96; Mansi, xxvi, 232-35). L'année précédente, Hugues de Fagiano était rentré en Chypre et avait levé l'inter-
dit. Cependant son zèle ne s'était pas calmé. Il se plaignit à Rome de la modération de la régente Plaisance d'Antioche à l'égard des grecs, mais il ne fut pas écouté. Innocent IV écrivit même à son légat d'obtenir de l'archevêque et des évêques latins qu'ils n'inquiétassent les grecs en rien et ne leur demandassent que ce qui était prévu par la Constitution pontificale (BuUarium Romanum, m, 1858, p. 583). Le départ du légat Eudes de Châteauroux permit à Hugues de Fagiano d'agir à sa guise. Il persécuta tellement l'archevêque Germain que celui-ci finit par se rendre à Rome, avec trois de ses sufîragants, pour se plaindre au pape. Hugues lança contre lui l'excommunication, le déclara déchu de sa dignité et envoya ses mandataires à Rome. Le cardinal Eudes de Châteauroux fut chargé de régler le difi'érend. Les mandataires d'Hugues de Fagiano se fondaient sur le décret de Célestin III et la convention signée par le cardinal Pélage, ce qui ne pouvait qu'embarrasser Eudes de Châteauroux. Comme le procès traînait en longueur, les grecs, à court d'argent, se plaignirent au pape et le prièrent de se prononcer lui-même sur toute l'affaire. Alexandre IV y consentit et promulgua à Anagni la bulle constitutive de l'Église de Chypre, qui est la manifestation la plus claire des idées de Rome à cette époque sur les relations entre grecs et latins (3 juill. 1260) (Raynaldi, op. cit., ann. 1260, n. 36-39; m, 66-67). Il importe donc d'en signaler les points essentiels.
Cette Constitution, plus bénigne que les précédentes sur certains points, mettait cependant l'Église grecque dans un véritable état d'infériorité par rapport à l'Église latine. Les évêchés grecs ne seraient plus que quatre et leurs limites étaient les mêmes que celles des évêchés latins. Leurs titulaires étaient placés sous la juridiction de l'archevêque latin; ils ne devaient pas résider dans la même localité que leurs collègues latins : celui de Nicosie irait habiter dans la vallée de Soli, à l'ouest de l'île; celui de Paphos, à Arsinoé (auj. Arzos); celui de Limassol, à Lefkara; et celui de Famagouste, à Rhizocarpasion, dans la presqu'île orientale. Le clergé grec de chaque diocèse pouvait élire son évêque, mais avec l'approbation de l'évêque latin; le nouvel élu était consacré par ses collègues grecs, sous la présidence de l'archevêque latin, qui l'investissait du droit d'inspection et de gouvernement sur les monastères, les églises, le clergé et les fidèles de son diocèse. L'évêque grec devait jurer obéissance et fidélité à l'Église romaine; il ne pouvait être déposé ou transféré que par le pape. Une fois par an, il prenait part au synode tenu par l'évêque latin et il y venait avec son clergé et ses higoumènes. Lors de ses tournées pastorales, l'évêque latin recevait des grecs les mêmes honneurs que de ses ouailles latines. Les dîmes de l'île tout entière appartiendraient aux latins. L'archevêque Germain, fort bien vu à Rome, se vit traiter avec beaucoup d'égards (Mansi, xxiii, 1037-46; Raynaldi, op. cit., ann. 1260, n. 40-50; m, 66-68).
Ces égards eurent le don d'exaspérer Hugues de Fagiano. Il donna de nouveau sa démission et se retira en Toscane, où il ne tarda pas à mourir. La nouvelle Constitution fut naturellement mal accueillie par les grecs. Aussi mirent-ils tout leur espoir dans l'empire byzantin restauré par Michel Paléologue (1259). Celui-ci les poussa à la révolte pour l'aider à reconquérir l'île, mais ils restèrent sourds à ses appels. Les rois de Chypre les ménageaient pour les tenir dans l'obéissance et ils appliquaient mollement les décisions pontificales, malgré les plaintes de l'épiscopat latin. Urbain IV écrivit à Hugues d'Antioche pour lui reprocher cette conduite (de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, i, 393). L'archevêque latin de Nicosie alla