‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 201 sur 282 · CH Y · texte numérisé non relu

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trouver le pape à Orvieto pour lui exposer la situation. Urbain IV envoya une nouvelle lettre au roi pour se plaindre de ce que l'archevêque n'était plus rien dans sa métropole (de Mas-Latrie, op. cil., i, 394; III, 655; Raynaldi, op. cit., ann. 1264, n. 66; III, 153-54).

L'appui que leur donnait le pouvoir civil enhardit les grecs, qui ne cessaient de réclamer leurs privilèges. 11 y eut de véritables scènes d'émeute autour des préats occidentaux, en 1313 et en 1360, où deux légats du pape faillirent être écharpés par la foule (Raynaldi, op. cit., ann. 1309, n. 33-34; iv, 479-80; ann. 1359, n. 16-17; vu, 44-45). Par ailleurs, l'influence grecque allait grandissant. La noblesse franque prenait de plus en plus les habitudes des gens du pays, comme celle de célébrer à la maison baptêmes et mariages. Les femmes catholiques fréquentaient plus souvent les églises grecques que les leurs et couraient le risque de perdre leur foi. C'est ce que constatait Urbain V dans une lettre à l'archevêque Raymond de Pradèle (29 mai 1368) (de Mas-Latrie, op. cit., ni, 757-58).

Dès le début du xv^ s., le patriarcat de Constantinople s'efforça de ramener à l'unité orthodoxe les fldèles de ChjTîre, qu'il considérait comme des apostats parce qu'ils prêtaient serment d'obéissance et de fidélité à l'Église romaine. Joseph Bryennios se rendit en Chypre sur l'ordre du patriarche pour faire une enquête (1405). Il se convainquit que l'on ne pouvait de longtemps espérer le retour des Cypriotes à l'orthodoxie. Sept ans plus tard, les évêques de Chypre écrivirent à Constantinople pour faire leur union avec la « Grande Église ». L'opinion de Bryennios prévalut encore. Il disait que ce serait entrer en relations avec l'Église romaine si l'on admettait à la communion orthodoxe des fidèles habitués aux usages latins (Ph. Georgiou, "EiSfiaeiç ÎCTTopiKal Trepi Tfjî ÉKKAriaias Tris Kuirpou, p. 63).

Le concile de Florence n'amena aucune amélioration dans les rapports entre grecs et latins en Chypre. Ceux-ci se défiaient, non sans raison, de la sincérité des premiers, qui prétendaient de leur côté que le concile avait dû accepter les doctrines orthodoxes et que ses canons étaient contraires à la vraie foi. Ils trouvèrent bientôt un appui dans la reine Hélène Paléologue, fille de Théodore, despote du Péloponnèse, que le roi Jean II épousa en 1441. Elle profita de son ascendant sur son faible époux pour relever le prestige de l'Église grecque et étendre l'influence de l'hellénisme. Elle essaya même de faire nommer archevêque un grec authentique, fils de sa nourrice. N'ayant pu y réussir, elle s'en prit à l'archevêque latin Galesio de Montolif, qui dut chercher un refuge à Rhodes (1442). Justement inquiet, le pape Nicolas V demanda à l'archevêque André de Nicosie, son légat en Orient, de travailler activement à la conversion des grecs et au besoin de recourir au bras séculier (3 août 1447) (Raynaldi, op. cit., ann. 1447, n. 27; IX, 513-14).

Les Vénitiens devinrent maîtres de Chypre en 1489 et aggravèrent encore les mesures prises à l'égard des grecs. Ils fermèrent leurs écoles et se montrèrent si durs qu'un bon nombre d'habitants se réfugièrent en Asie Mineure. La reine Hélène Paléologue était morte en 1458 et ses efforts pour redonner de la vigueur à l'Église orthodoxe n'avaient eu qu'un court succès. Les grecs en venaient à désirer l'arrivée des Turcs, qui cherchaient à s'emparer des îles de la Méditerranée orientale, encore aux mains des chrétiens. Ils furent exaucés en 1571, mais ils ne tardèrent pas à regretter le joug latin, si dur qu'il eût été. Les Turcs massacrèrent indistinctement grecs et latins et pillèrent à volonté une contrée qui conservait encore une grande partie de son ancienne opulence.

DiCT. d'hist. et de oéogr. ecclés.

5" La domination turque (1571-1878). — Elle fut pire pour l'Église de Chypre que tous les régimes qui l'avaient précédée. Les janissaires avaient massacré tous les évêques, la plupart des higoumènes et des dignitaires ecclésiastiques; ils avaient détruit ou transformé en écuries les monastères, profané ou changé en mosquées les églises (Kyprianos, op. cit., 300). Une fois la domination turque établie, les Cypriotes essayèrent de s'en accommoder pour relever leur Église. Une députation fut envoyée au grand vizir Mehmed Pacha, pour obtenir que le patriarcat de Constantinople rétablît leurs évêchés et pour racheter les monastères confisqués (Sakellarios, Tà KuirpiocKà, i, Athènes, 1835, p. 560). Les sièges anciens ne furent pas restaurés et l'on ne conserva que les quatre qu'avaient laissés les latins. Toutefois celui de Famagouste (Ammokhostos) fut supprimé et on le remplaça par celui de Kérynia, restauré. L'archevêque fixa sa résidence à Leucosie (Nicosie), l'évêque de Liinassol dans la ville de ce nom, celui de Carpasion à Famagouste et celui de Kérynia dans la bourgade ainsi nommée. Les trois évêques prirent le titre de métropolites et furent placés sous la juridiction de l'archevêque.

Dès le lendemain de la conquête turque, on vit se produire une véritable ruée vers les dignités ecclésiastiques. En 1572, un moine arabe de Syrie obtint du grand vizir le siège archiépiscopal pour la somme de 3 000 sequins, et le patriarche de Constantinople, Jérémie II (1572-1579), n'hésita pas à consacrer ce simoniaque. Le nouvel archevêque se rendit en Chypre, bien décidé à récupérer sur ses ouailles ses 3 000 sequins. Les Cypriotes envoyèrent une délégation pour faire rapporter la décision et présenter un autre candidat. C'était trop tard. Un autre moine avait profité de l'amitié du patriarche pour se faire nommer. Une transaction intervint. Ce candidat fut nommé à la métropole de Paphos moyennant finances; l'higoumène du monastère de Koutzoventi obtint celle de Limassol et le curé de l'église S.-Siméon celle de Carpasion (Ammokhostos).

On vit désormais se produire dans l'Église de Chypre les mêmes événements qui désolaient le patriarcat de Constantinople : querelles intérieures et luttes d'ambition. La nomination au siège archiépiscopal fut l'occasion d'un diflerend très grave entre les métropolites et les fidèles. Léonce Eustratios, higoumène du monastère S.-Jean-de-Pipé à Leucosie, fut un des plus acharnés (1582) (Sathas, NEoeAArjviKf] çiAoÀoyîa, Athènes, 1867, p. 182). Il fut accusé de partager les doctrines des latins sur l'eucharistie et la procession du S. -Esprit. Mélèce Pighas, patriarche d'Alexandrie, conseilla aux Cypriotes de ne pas se laisser détourner de leurs anciennes croyances (Ph. Georgiou, op. cit., 77-78). En 1598, l'archevêque Athanase fut accusé de graves méfaits. Mélèce Pighas, qui gouvernait alors l'Église de Constantinople en qualité de vicaire patriarcal (1597-99), demanda à Athanase de se justifier, mais l'archevêque n'en fit rien. Mélèce envoya en Chypre une commission chargée d'enquêter sur l'affaire. Les faits incriminés furent trouvés exacts. Aussi Mélèce Pighas prononça-t-il contre le coupable la sentence de déposition, qui fut confirmée par le patriarche Mathieu II, en juin 1600 (M. Gédéon, norrpiapxiKoi ttivockes, Constantinople, 1890, p. 540- 42; Sathas, Biblioth. Graeca Medii Aevi, m, 549). Le patriarche d'Antioche Joachim crut le moment venu de revendiquer pour son Église la juridiction sur l'île. A l'appui de sa demande, il apportait le canon arabique du concile de Nicée, qui lui permettait de sacrer l'archevêque. Mélèce lui répondit que ce canon était un apocryphe rejeté par l'Église orthodoxe (Ph. Georgiou, op. cit., 81-85).

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Le régime turc, qui pesait depuis trente ans sur leur pays, amena les Cypriotes à se rapprocher des latins. En 1601, eurent lieu des négociations qui tendaient à offrir au duc de Savoie Charles-Emmanuel le trône de Chypre, à la condition que la hiérarchie grecque eût la suprématie et que le royaume fût interdit aux protestants et aux jésuites. Les Cypriotes auraient aidé au débarquement en massacrant la garnison turque peu nombreuse. Ces négociations furent reprises plusieurs fois, mais sans résultats. Le duc de Savoie ne voulut pas courir une aventure aussi risquée et se contenta de joindre à ses titres celui de roi de Chypre (Sakellarios, op. cit., i, 571). Du coup, les prélats grecs devinrent les véritables chefs civils de leurs fidèles.

La concorde ne régnait pas toujours entre les métropolites et leur archevêque. Les premiers avaient profité de l'état anarchique de l'Église pour revendiquer le droit de jouir, dans le territoire de l'archevêque, des droits que celui-ci exerçait dans les diocèses de ses sufiragants. Le patriarche de Constantinople Joannice II (1646-1648, 1650-1651, 1653-1654, 1655- 1656), promulgua une constitution qui fut dès lors observée (Ph. Georgiou, op. cit., 87-93). En 1668, les erreurs protestantes, qui cherchaient à s'infiltrer dans l'Église orthodoxe depuis un demi-siècle, furent solennellement condamnées par un synode que réunit l'archevêque Nicéphore. Les décrets de l'assemblée furent recueillis et traduits en latin par Hilarion Cigalas, ancien élève du Collège grec de Rome (Sathas, NeoeAAriviKfi <piAoAoyîa, 300, 301); ils furent publiés dans la Perpétuité de la foi de Renaudot, 1. XII (éd. Migne, i, 1221-24). Hilarion Cigalas devint un peu plus tard archevêque de Chypre et mourut à Constantinople en 1682. Plusieurs de ses successeurs, entre autres Philothée (1734-1759), Païsios (1759- 1766), Chrysanthe (1767-1810) et Cyprien (1810- 1821), eurent beaucoup à soulîrir soit de leurs ouailles, soit des Turcs. Ceux-ci avaient fortement appauvri le pays par des impôts excessifs, que les prélats n'arrivaient pas à faire diminuer.

L'insurrection grecque de 1821 ne s'étendit pas à l'île de Chypre, dont les habitants préférèrent garder la neutralité, tout en faisant passer des subsides aux insurgés. La colère de la Sublime Porte ne s'abattit pas moins sur eux. Le gouverneur, Kutchuk Mehmed, se fit remettre par les chrétiens toutes les armes qu'ils possédaient (23 avr. 1821), puis il convoqua à Leucosie les chefs religieux et les principaux notables. Le 9 juin., les portes de la ville furent fermées et les 4 000 soldats de la garnison massacrèrent tous les chrétiens qu'ils purent découvrir. Les trois métropolites, Chrysanthe de Paphos, Mélèce de Kitium et Laurent de Kérynia, furent décapités; l'archevêque Cyprien fut pendu à un mûrier; son archidiacre et son secrétaire, à un platane voisin. Le lendemain, ce fut le tour des higoumènes. Les Turcs massacrèrent pendant dix jours (Sakellarios, op. cit., 581-85).

Peu de temps après ces tristes événements, Kutchuk Mehmed ordonna aux Cypriotes de nommer de nouveaux évêques. Ils s'adressèrent par deux fois au patriarche de Constantinople, pour qu'il leur envoyât des prélats consécrateurs. Finalement le Phanar pria le patriarche d'Antioche, Séraphin, de satisfaire leur désir. Séraphin dépêcha trois archevêques, qui consacrèrent les candidats proposés par le gouverneur. Joachim, économe de l'église S.-Barnabé, devint archevêque surtout parce qu'il connaissait parfaitement la langue turque. La Sublime Porte rétablit les privilèges et rendit les vases sacrés qui avaient été dérobés pendant les massacres, mais l'archevêque crut bon de les vendre afin de pouvoir faire des cadeaux aux autorités, dans le but d'épar-

gner à ses ouailles de nouvelles persécutions. Lui et son successeur Damascène ne restèrent pas longtemps en charge, car ils durent donner leur démission. Panarète (1827-1840) fit tous ses efforts pour obtenir la diminution des impôts qui pesaient sur le peuple el pour rétablir l'enseignement qui avait été supprimé en 1821. Macaire (1854-1865) travailla aussi activement au relèvement intellectuel du pays. Sophrone (1865- 1900) vit son pays changer de maîtres en 1878.

6" La domination anglaise. — Les Anglais s'installèrent à la place des Turcs à titre temporaire, mais ce provisoire dure encore. Les Cypriotes manifestèrent tout d'abord une grande joie, mais ils ne tardèrent pas à maudire le nouveau régime, surtout parce qu'il s'opposait à l'union de Chypre à la Grèce et s'appuyait sur l'élément musulman contre les orthodoxes (Phrankoudès, op. cit., 362-64). L'épiscopat entretint pendant longtemps des relations cordiales avec l'Église anglicane, qui reçut avec de grands honneurs l'archevêque Sophrone quand il se rendit en Angleterre. Ces relations se sont quelque peu refroidies depuis la révolte de 1931, dont nous parlerons plus loin, car les appels adressés à l'archevêque de Cantorbéry en faveur des prélats coupables n'obtinrent aucun résultat. Les anglicans se défendent de vouloir faire du prosélytisme, mais leur influence est quand même sensible, surtout dans le domaine de l'enseignement théologique.

La mort de l'archevêque Sophrone (déc. 1900) amena une crise très grave, qui jeta le trouble et la discorde dans l'Église pendant une dizaine d'années. Le métropolite de Paphos étant mort, il ne restait plus que deux métropolites, Cyrille de Kitium et Cyrille de Kérynia. Tous deux se présentaient comme candidats au trône archiépiscopal, soutenus, le premier par les laïcs et les politiciens, le second, par le clergé et l'Angleterre. L'assemblée qui devait faire l'élection était composée de soixante membres désignés par les deux cents délégués du peuple et il y avait grande chance qu'elle fût favorable au métropolite de Kition. C'est ce qui arriva. Mais ce prélat, président du saint synode, se brouilla avec ses collègues et donna sa démission. Ses partisans crurent bon de faire appel à l'arbitrage des patriarches orthodoxes. Ce fut le début de tractations assez ténébreuses qui montrèrent la faiblesse foncière de l'organisation ecclésiastique orthodoxe. Le patriarche de Constantinople forma une commission de trois membres, à savoir lui-même, son collègue de Jérusalem et le représentant de celui d'Alexandrie. Elle travailla pendant quatre mois (10 déc. 1901-18 avr. 1902), mais ses propositions furent rejetées par les Cypriotes. Entre temps, le métropolite de Kitium était accusé d'être francmaçon et athée. Il s'ensuivit deux procès. Le tribunal d'Ammokhostos (Famagouste) le déclara innocent, mais le procès ecclésiastique traîna pendant sept ans. Les trois patriarches nommèrent chacun un exarque en Chypre pour régler la question 'sur place. Comme leurs vues étaient divergentes, il y eut des négociations longues et parfois tortueuses qui n'avancèrent pas les affaires. Finalement le patriarche de Constantinople, Joachim III, et son synode élurent archevêque de Chypre Cyrille de Kérynia (19 févr. 1908). Cette initiative suscita naturellement de vives protestations, et l'élu lui-même refusa d'abord le périlleux honneur qu'on lui offrait; il finit cependant par l'accepter (15 mars 1908). En Chypre les esprits étaient très surexcités. Les Anglais mirent les scellés sur le palais archiépiscopal de Nicosie et le firent garder par la police, afin de prévenir les bagarres entre les deux partis rivaux. Il y en eut cependant plusieurs (fin mai 1908). Cyrille de Kérynia en appela à l'Angleterre qui lui avait tout d'abord été favorable. Le

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gouvernement de Londres refusa de reconnaître son élection et adopta même le projet établi par le parti laïque, inspiré du reste par les exarques d'Alexandrie et de Jérusalem. Le patriarche Pliotios n'hésita pas devant un coup d'éclat. A son instigation, l'assemblée électrice choisit Cyrille de Kition comme archevêque de Chypre (10 avr. 1909) et l'Angleterre reconnut ofTiciellement le nouvel élu (21 avr. 1909). La querelle ne s'apaisa point pour autant. L'archevêque eut à subir bien des avanies de la part du parti adverse, quand il entreprit de faire la visite de l'île, et les bagarres se renouvelèrent pendant un certain temps. L'agitation ne se calma qu'au bout de deux ans. Dans cette longue querelle le dernier mot était resté à l'Angleterre (E. Montmasson, La question de Chypre, dans Échos d'Orient, xi, 1908, p. 93-101, 171-78, 287-95, 340-47; xii, 1909, p. 309-16; G. S. Phrankoudès, 'iaTopîa Toû âpxieTriaKOTTiKoO ZriTf)|iorros, 1900-1910, Alexandrie, 1911).

A la suite de cette longue crise, la nécessité se fit sentir d'une organisation ecclésiastique plus sérieuse. Le saint synode fut complété par l'élection des métropolites de Kitium et de Paphos. Celui de Kitium fut l'archimandrite Mélétios Métaxakis, ancien exarque de Jérusalem dans l'île, qui devait occuper successivement le siège archiépiscopal d'Athènes et les sièges patriarcaux de Constantinople et d'Alexandrie. Le saint synode se mit à l'œuvre pour rédiger les nouveaux statuts de l'Église. Le 21 mai 1914 était votée la charte constitutive, en 138 articles, qui réglait les questions d'ordre général. D'autres décrets parurent dans la suite, pour les autres questions : le 23 févr.

1917, sur les commissions centrales de l'Église; le 2 mars 1917, sur l'administration des paroisses; le 30 mars 1917, sur les chorévêques; le 1" juin 1917, sur le séminaire-école normale; le 1" juin 1917, sur les tribunaux ecclésiastiques; le 27 mars 1918, sur la caisse de retraite et de secours du clergé; le 27 mars

1918, sur les curés et les sacristains. Deux questions n'ont pas été résolues de façon satisfaisante par ces divers décrets. Tout d'abord il y a celle du traitement du clergé paroissial, à cause de l'insuffisance des ressources de l'Église; ensuite celle de l'administration des biens paroissiaux, parce que les laïcs, et surtout les politiciens, ne veulent pas se conformer aux règles du droit canonique.

Comme dans toutes les Églises orientales soumises aux Turcs, le haut clergé avait une place prépondérante, puisque les évêques et les patriarches étaient chefs civils en même temps que chefs religieux. En Chypre, l'épiscopat fut toujours à la tête du peuple et il continua sous le régime anglais, tout en se heurtant parfois aux politiciens. Cette union se manifesta surtout dans les démarches collectives faites pour obtenir du gouvernement de Londres l'union de Chypre à la Grèce. Nous avons dit plus haut que l'Angleterre avait en vain offert l'île au roi Constantin, en 1915, à la condition qu'il entrerait en guerre contre les empires centraux. Une fois la victoire assurée, l'Angleterre préféra garder cette île, dont l'importance était nettement apparue pendant les hostilités. Les Cypriotes ne cessèrent de revendiquer leur union à la Grèce. En 1921, le saint synode s'adressa à l'archevêque de Cantorbéry pour demander que le clergé anglican élevât la voix dans ce but. Le 1" mai 1925, l'Angleterre proclamait Chypre colonie de la Couronne. L'archevêque déclara solennellement que cette décision était contraire aux vœux unanimes du peuple cypriote, dont le seul désir était l'union à la Grèce. En 1928, l'Angleterre donna des fêtes pour célébrer le cinquantenaire de son occupation. Le saint synode, les députés et le maire de Nicosie lancèrent un manifeste, dans lequel ils demandaient que

l'injustice dont l'île était victime depuis cinquante ans fût réparée par le seul acte qui donnât satisfaction au peuple : l'union à la Grèce (6 mai 1928). Les orthodoxes ne prirent aucune part aux fêtes officielles. En sept. 1929, une délégation conduite par le métropolite de Kitium, Nicodème Mylonas, se rendit à Londres pour exprimer le même désir, dans l'espoir que le gouvernement travailliste de Macdonald serait plus accueillant. Ce fut en pure perte.

Au mois d'oct. 1931 éclata la révolte ouverte. Le métropolite de Kitium était à la tête du mouvement et fut suivi par son collègue de Kérynia, Macaire. Il y eut des scènes de violence et le palais du gouverneur fut incendié par les émeutiers. Des troupes anglaises, amenées d'Égypte, rétablirent rapidement l'ordre, non saris quelque dureté. Les deux métropolites furent déportés à Gibraltar et condamnés à l'exil perpétuel. Celui de Paphos, qui revenait de Londres, ne fut pas autorisé à débarquer et il n'en reçut la permission que six mois plus tard. L'archevêque demanda en vain aux autorités anglaises le retour des exilés, afin de pouvoir réunir le saint synode. La situation se compliqua encore davantage quand l'archevêque Cyrille mourut, le 15 nov. 1933. Léonce, métropolite de Paphos, devint administrateur de l'Église. Tous ses efforts pour obtenir la rentrée des exilés, ne fût-ce que pour faire élire le nouvel archevêque, échouèrent devant la volonté de l'Angleterre, et les démarches des patriarches de Constantinople et d'Alexandrie auprès de l'épiscopat anglican n'obtinrent qu'une réponse courtoise. Allait-on voir se reproduire les événements de 1900-1909? Le patriarcat de Constantinople essaya de proposer un candidat, qui fut écarté. Les deux métropolites exilés refusaient obstinément de donner leur démission et les Églises de Constantinople, d'Athènes et de Jérusalem s'épuisaient en combinaisons pour mettre fin à cette situation anormale. L'Angleterre finit par se montrer plus accommodante. L'élection d'un nouvel archevêque put avoir lieu le 20 juin 1947.

7» Situation actuelle. — L'Église de Chypre comprend quatre divisions ecclésiastiques : l'archevêché, qui englobe les districts de Khytri, Orini, Mesaoria, Ammokhostos et Karpason, avec résidence du titulaire à Leucosie (Nicosie); la métropole de Kitium, avec les districts de Larnaka, Limassol, Kilanion et Épiskopi; la résidence est à Larnaka; la métropole de Paphos, avec les districts de Paphos, Chrysokhou, Kelokedara et Avdimon; la résidence est à Palaia Paphos ou Ktema; enfin la métropole de Kérynia, avec les districts de Kérynia, Morphou et Soli; la résidence est à Kérynia. L'archevêque porte les titres de Constantia, Néajustinianopolis et Chypre; le métropolite de Paphos ajoute à son titre celui d'exarque d'Arsinoé et de Roman; le métropolite de Kitium, ceux de président d'Amathonte, de la nouvelle ville de Lémésos (Limassol) et de Gourion; enfin le métropolite de Kérynia, celui de président de Soli. Les titres que les métropolites ajoutent au nom de leur siège sont ceux d'anciens évêchés supprimés. Chacun des quatre chefs de diocèses peut avoir un chorévêque, sorte d'évêque auxiliaire que l'on emploie surtout à la visite des paroisses rurales.

L'archevêque est élu par une assemblée qui comprend : les métropolites; les chorévêques; les higoumènes des monastères de Kykkos, de Machéras, de S.-Néophyte-le-Reclus, de la Troodotissa, de la Chrysorrhoïtissa, de Stavrovounion et de S.-Pantéléimon; deux clercs gradués de l'archevêché; deux de la ville de Nicosie et 66 membres élus, dont 33 pour le diocèse archiépiscopal et 30 pour les métropoles; de ces 66 élus le tiers est pris dans le clergé paroissial, les autres sont des laïcs. Ces derniers ont donc la majorité absolue. L'élection des métropolites ne peut pas avoir

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lieu pendant la vacance du siège archiépiscopal. C'est le chef de l'Église qui la préside. Sont électeurs ; l'archevêque; les métropolites; les chorévêques; les higoumènes de Kykkos, Machéras et S. -Néophyte; deux clercs gradués de l'archevêché; les higoumènes du diocèse; deux clercs gradués de la métropole et 36 membres élus, dont un tiers de desservants de paroisse.

Comme dans tous les groupements orthodoxes, c'est le saint synode qui a la direction générale de l'Église. Il se compose des trois métropolites sous la présidence de droit de l'archevêque. Les chorévêques peuvent y être appelés à titre consultatif. Cependant, quand le chef d'un diocèse est décédé, son chorévêque

paroissiens majeurs. Les ecclésiastiques se plaignent en général des idées peu conformes aux traditions de l'Église que ces membres laïques apportent souvent dans leurs fonctions.

La situation économique de l'île s'est bien améliorée depuis le régime anglais. Aussi l'archevêque reçoit-il un traitement de 200 livres sterling par an, les métropolites de 144. Toutefois le clergé paroissial n'a pas encore un traitement suffisant, malgré les efforts que l'on a faits pour l'améliorer. Comme ses membres sont mariés, leurs charges augmentent d'autant. Sa formation ecclésiastique laisse beaucoup à désirer, surtout au point de vue intellectuel. En vue d'y porter remède, le saint synode fonda en 1910 le

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