‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 21 sur 282 · TIN V · texte numérisé non relu

TIN V

bulles originales de Célestiii V conservées de nos jours : sur un total de plus de 106 documents expédiés par lui, Baumgarten n'en connaît que 46 : liste dans Miscellanea diplomatica, i {Rômische Quartalschrift, 1913, p. 85*-94*).

b) La promotion cardinalice (Aquila, 18 sept. 1294). — ■ Elle fut suggérée au pape par le roi de Naples et devait comprendre douze noms. Le choix des élus, tous candidats du roi, fut discuté en comité secret par le pape avec les trois cardinaux, Hugues Aycelin, Matteo Orsini et Jacques Colonna. Le reste du Sacré Collège ne fut pressenti que la veille de la préconisation (Opus metricum, m, c. 8). Encore Charles II fit-il remplacer, à la dernière minute, un des candidats par un autre.

Cette liste comprend : a. sept Français ou Provençaux : les archevêques de Bourges et de Lyon, Simon de Beaulieu et Bérard de Goth; le canoniste Jean Lemoine, vice-chancelier du S. -Siège sous Nicolas IV; le doyen du chapitre de Paris et le prévôt de celui de Marseille, Nicolas l'Aide et Guillaume Ferrier; Robert, abbé de Cîteaux, et Simon, prieur de La Charité-sur- Loire; — • b. trois Napolitains appartenant au cercle des amis intimes du roi : son chancelier, Guillaume Longhi de Bergame; Pierre, l'évêque élu de Sulmona, et messer Landolfo Brancaccio; — c. deux célestins : Thomas de Ocra, abbé de S. Giovanni in Piano et inscrit comme bienheureux au martyrologe bénédictin, et Francesco Ronci di Atri. (Pour esquisse biographique, voirl'art. de Vittoridans Celestino y..., 301-20.)

Le douzième nom de cette liste a donné lieu à de nombreuses contestations. D'après Ciacconius-Oldoinus, Vitae pontif. rom., n, 292 et Eubel, 11, ç'aurait été Benoît Gaetani junior; Celidonio, Vita, 85-94, reprenant la liste de ï'Opus metricum, nomme un mystérieux Frater Petrus, célestin, qui serait mort dès le 9 oct. suivant. De nouvelles recherches aux Archives vaticanes et la pubhcation d'une lettre de Jacques d'Aragon (16 oct. 1294, Acta Aragonensia, éd. Finke, I, 19-20) ont permis de trancher le doute : le deuxième cardinal fut le célestin François Ronci di Atri (ou di Andria); le mystérieux Frater Petrus résulterait d'une confusion de lecture entre les deux prénoms Petrus et Franciscus. Et Gaetani junior aurait été créé cardinal tout seul par son oncle, dès le début du pontificat de celui-ci. Cf. P. M. Baumgarten, Die Cardinalsernennungen, 167-68 et art. de Vittori dans Celestino V..., 316 sq.; Cah, 104-07.

Seulement, François Ronci mourut à Sulmona le 13 cet., moins d'un mois après son élévation à la pourpre. Célestin, pour rétablir sans doute l'effectif apostolique, choisit l'archevêque de Bénévent Castrocoeli pour le remplacer. Cette promotion eut lieu d'une façon tout à fait insolite. Durant son séjour à Teano (23 au 28 oct.), un soir après dîner, le pape lui annonça sa nomination; après quoi, il convoqua les six cardinaux présents, leur fit part de sa décision, qui ne souleva aucune objection. Mais les autres cardinaux, mis au courant, firent savoir au pape qu'ils n'admettraient dans leur sein qu'un cardinal nommé après avoir obtenu leur assentiment. Célestin V céda, démit de sa charge le nouveau cardinal, jusqu'à ce qu'un consistoire réuni à Naples lui obtint l'adhésion générale. Ce récit se base sur le seul témoignage de VOpus metricum. Baumgarten, op. cit., 169 en admet l'authenticité, du moins quant au fond. En tout cas, il est certain que, le 1" oct., Castrocoeli n'était pas encore cardinal. Cf. Schulz, Zeitschr. fiir Kirchengesch., xvii, 1897, p. 384, note 4. C'est donc à tort que la liste de YAnn. pont., 1929, p. 134-35, le mentionne comme treizième cardinal de la promotion du 18 septembre.

c) Le transfert de la résidence pontificale à Naples. — Dès le début de sept., le roi fit avertir les autorités

napolitaines de se préparer à recevoir le pape (Documents dans Gantera, Cenni, 53-56, notes, et C. Minier! Riccio, Saggio di Cod. diplom., Supplem. /, n. 71- 74, Naples, 1882). 11 ne semble pas que le pape ait été averti des intentions royales. Au contraire, il avait déjà pris des dispositions en vue d'un retour à Rome, lorsqu'il se laissa convaincre par Charles II de se rendre d'abord à Naples pour y séjourner quelque temps. Le motif de ce revirement était de ne pas retarder les pourparlers avec Jacques d'Aragon, que Célestin lui-même (Potthast, Reg., 23992) avait invité à se rendre dans l'île d' Ischia, afin d'y mettre au point l'exécution du traité de Figueras (cf. lettre de Charles II à Jacques II, 12 oct. 1294, Acta Aragonensia, éd. Finke, m, n. 17, p. 28-30). Cette décision fut prise malgré l'avis expUcite des cardinaux désireux de retourner à Rome (cf. Opus metricum, i, 3, c. 1 sq., éd. Seppelt, 56 sq.). Bon gré mal gré, le Sacré Collège tout entier accompagna ou suivit Célestin V à Naples. L'escorte dont faisaient partie le pape, le roi et son fils, quitta Aquila le 5 oct. Après s'être arrêtée du 7 au 13 au monastère de Sulmona, elle reprit sa route par Castel di Sangro, San Germano, le Cassin, Teano, Capoue et arriva le 2 ou le 5 nov. à Naples (cf. Cali, 104; art. de Casti, dans Ce/es^i'no V..., 195-97 ; Schipa, op. cit., 91-92). A Naples, le Castel Nuovo fut affecté à la résidence du pape et de ses services.

4° L'abdication (13déc. 1294). — Frappé du désordre qui s'infiltrait dans l'Église par suite de son incapacité administrative, Célestin se rendit compte qu'il n'était pas apte au gouvernement pontifical. Il se mit à réfléchir à ses responsabilités et aux moyens de remédier à la situation. On l'entendait gémir : « O mon Dieu, tandis que je règne sur les âmes, voici que je perds la mienne. » Il ressentait aussi, comme un poids toujours plus lourd, les entraves mises par les devoirs de sa charge à ses habitudes de solitude et de prière. Comme l'Avent était proche, il s'était fait préparer, dans un coin retiré du Castel Nuovo, une cellule en bois, afin d'y passer son « carême de la S. -Martin » en prières et en pénitences comme autrefois. Il avait l'intention de confier le gouvernement intérimaire effectif de l'Église à un triumvirat, et toutes les dispositions étaient prises en conséquence, lorsque le cardinal Matteo Orsini, accouru tout exprès, fit échouer ce singulier projet à la toute dernière minute, en représentant au pontife « qu'il était inadmissible que l'Église eût à la fois trois époux » (cf. Finke, 38).

Le pape songea alors à donner sa démission. Les rétroactes de cette démission ont été souvent travestis. Des histoires de trompettes nocturnes et autres récits fantomatiques, mettant en cause Benoît Gaetani, furent colportés en France, dès les premiers mois du pontificat de Boniface VIII, par Simon de Beaulieu, cardinal et légat pontifical, dont le rôle joué en cette affaire n'est pas des plus beaux (cf. le témoignage de l'abbé de S.-Médard à Soissons au procès ouvert par Clément V contre la mémoire de Boniface VIII, publ. C. Hôfler, Ruckblick auf PapstBonifaz V in.,Abhandl. d. hist. Kl. der kgl. bayer. Akad. der Wissensch., m, 3, 1843, p. 69). Elles trouvèrent audience jusque parmi les cardinaux de la Curie (Finke, p. 65, note 1) et les amateurs d'historiettes malédifiantes en firent leurs choux gras. Aujourd'hui la critique ne leur reconnaît pas plus de consistance qu'aux légendes de Croquemitaine. — De même, les accusations formulées en clair contre Gaetani et le cardinal de Sabine, d'avoir extorqué par dol la renonciation du vieillard (P. du Puy, Histoire du différend entre le pape Boniface VIII et Phil. le Bel, Paris, 1655, p. 428), se sont révélées dépourvues de fondement et même de probabilité. Seul parmi les témoins dignes de foi, Ptolémée de Lucques (Hist. Eccl., XXIV, 32) prétend que le projet d'abdica-

CÉLESTIN V

tion aurait été machiné par les cardinaux, dès avant le voyage à Naples, et quasi imposé au vieux pontife par le cardinal canoniste. Jusqu'à la thèse de Schulz (Zeitschr. fiir Kirchengesch, xvii, 477 sq.), c'était là l'opinion reçue (voir références, ibid., 483, note 3; Tosti, Storia di Bonifazio VIII, 1. I, c. iv, p. 82, Rome, 1886, fait exception. Résumé et discussion de toutes ces histoires par Cipolla, dans son édition de Ferreti "Vincentini, Historia rerum in lialia gestarum, Fonti per la storia d'Italia, Rome, 1908, p. 64i).

Depuis lors, la critique admet que l'idée d'abdication prit corps dans la conscience harcelée de remords de Célestin lui-même. Les témoignages anciens les plus dignes de foi confirment cette explication; voir en particulier Opus metricum, ni, 348 sq. ; Vita C, c. xxxiv et le Mémoire des cardinaux de 1297 contre les Colonna, publ. Denifle, Arch. fiir Lit.-und Kirchengesch. des M. A., V, 525-26.

Seulement pouvait-il démissionner? Grave problème canonique. Toute démission, pour être valide, requiert l'assentiment du supérieur. Le pape n'ayant d'autre supérieur que Dieu, comment le peut-il?

Pour résoudre cette difficulté, Célestin consulta d'abord des lumières familières : son compendium de droit canon et un ami. Ce parvus libellas dont parle Stefaneschi (Op. metr., m, c. xii, v. 375; éd. Seppelt, 73) est sans doute identique à la Summa Celestina de ses Opuscules (voir précisions dans A. S., mai, iv, 523 C-D). Quant à r« ami mystérieux, conseiller des premières heures, à la réponse évasive » (Opus metr., III, V. 393), plutôt que Benoît Gaetani, comme on le croit habituellement, il pourrait bien être Stefaneschi lui-même (Morghen, 326; Digard, i, 202-03).

N'ayant pas trouvé assez de lumières chez ses premiers conseillers, il continua son enquête parmi les membres du Sacré Collège les plus autorisés, Gérard de Sabine (Finke, 40), les deux Colonna (Denifle, op. cit., V, 494) et surtout Benoît Gaetani, le meilleur canoniste du groupe et confesseur du pape, si l'on en croit une tradition fort tardive (C. de Lellis, Discorsi délie jamiglie nobili del regno di Napoli, i, 1654, p. 186).

A en croire Gilles de Rome (De renunciatione papae, c. xxiii, Bibl. max. pont., ii, 56), Gaetani aurait d'abord conseillé au pape de rester. Sans doute une protestation de pure forme ou de politesse, peut-être un effort pour masquer son contentement intérieur ( Vita C, c. xxxiv). Célestin insistant, Gaetani répondit qu'une abdication était licite et invoqua à tort plusieurs précédents, entre autres une soi-disant abdication de Clément de Rome (cf. Seppelt, Studien, 50-57). Quoi qu'en disent ses thuriféraires (référ. dans Schulz, lac. cit., 499), il est bien possible que les conseils donnés à cette occasion par Gaetani ne furent pas dictés exclusivement par des considérations de bien commun. En tout cas, ce fut certainement au poids de son autorité que Célestin dut de rendre inébranlable une décision que jusqu'alors ses rêves ne lui avaient montrée que comme possible.

Bientôt des bruits transpirèrent et parvhirent à la connaissance du public. Alertée par les Fraticelli et les Célestins, et avec la connivence du roi, la populace napolitaine envahit le Castel Nuovo et parvint jusqu'à la cellule du pape, qui eut grand'peine à la calmer par (le vagues promesses. Cinq jours plus tard, le pape convoqua les cardinaux, leur exposa toute la situation et leur demanda leur avis. Quoiqu'ils se rendissent fort bien compte que Célestin était « lemporalium omnino inexpertus » (Barthélémy Cotton, M. G. H., SS., xxviii, 611), les cardinaux répondirent de continuer encore l'expérience et lui déconseillèrent de suivre son idée (Mémoire des cardinaux de 1297, publ. Denifle, op. cit., v, 526). Le pape ne voulut pas se rendre, mais fit demander des processions et des prières

pour que Dieu l'éclairé. La procession eut lieu sans doute le 5 déc. (A. S., mai, iv, 523 E). Peu après, une nouvelle délégation des Napolitains conduite par leur archevêque n'eut pas plus de succès : la décision du pape était prise. Restait l'exécution.

Avec l'aide de Gaetani, le pape consacra huit jours à la rédaction de deux actes : la renonciation proprement dite et une constitution pontificale établissant qu'un pape a le droit de démissionner. A ces deux actes Célestin voulut encore ajouter, le 10 déc, un nouveau rappel de la prescription par laquelle il avait rétabli, le 28 sept., l'obligation du conclave, pour remédier à l'avenir aux trop longues vacances du S.- Siège (Potthast, Reg., 23980; Raynaldi, ann. 1294, § 17, IV, 153). Le 13 déc, tout étant prêt, il réunit le consistoire, prit place sur son trône et pria les cardinaux de ne pas l'interrompre avant que tout fût fini. Il donna alors lecture de l'acte par lequel il renonçait au pontificat; ensuite, quittant son siège, il déposa son anneau, sa tiare et son manteau, alla revêtir les habits de son ordre et vint s'asseoir sur un tabouret. Devant ce spectacle, tous les cardinaux se mirent à pleurer, « bien que plusieurs d'entre eux éprouvassent plus de joie que de tristesse » ( Vita C, c. xxxiv; Barth. Cotton, Hist. anglic, éd. M. G. H., SS., xxviii, 611-12). Chacon (ii, 274) et Baronius (Annales eccles., xxii, p. 145, n. 20) donnent un texte de cette renonciation sans en indiquer la provenance (cf. A. S., mai, iv, 524 A-B).

Cette décision si insolite, jointe aux circonstances dans lesquelles elle eut lieu, fut, comme bien l'on pense, abondamment commentée. Si les autorités se rallièrent sans peine au nouveau pape, la passion populaire s'en mêla rapidement. Dépit du parti angevin et des chasseurs de bénéfices voyant disparaître leurs proies, désespoir des Spirituels et des Ermites célestins voyant s'effondrer leur unique appui en haut lieu, admiration pour un tel exemple de détachement des dignités de ce monde, satisfaction parmi les partisans de l'ancien ordre de choses. A mesure que le nouveau pape Boniface VIII gouverna de façon plus personnelle et se fit plus d'ennemis, ces discussions prirent un caractère plus polémique : pour pouvoir atteindre la légitimité du nouveau pape, on mit en doute la validité de l'abdication de Célestin. Le rôle joué par Benoît Gaetani dans les rétroactes de cette abdication fut élargi, noirci et finalement travesti. Issue du domaine de l'actualité polémique, la question bifurqua bientôt, d'une part vers la spéculation canonique, de l'autre vers le thème littéraire.

Du point de vue canonique, les principaux textes à retenir sont : la Pierre Olivi, traité De renunciatione papae (question xiii du traité De perfectione evangelica (date probable, printemps 1295, au plus tard 1297), éd. P. L. Ofiger, Arc^i. franc, hist., xi, 1918, p. 340-66; commentaire dans Seppelt, Studien, 23-37); Ib Pierre Olivi, lettre du 14 sept. 1295, en réponse aux objections formulées par Conrad d'Offida du groupe des Spirituels franciscains : défend la validité de l'abdication (éd. P. L. Oliger, Arch. franc, hist., xi, 1918, p. 366-73, et Jeiler, Hist. Jahrb., m, 1882, p. 652-59); — • 2. Godefroid de Fontaines, Quodl. XII, quest. iv : Université de Paris, 1295; sans mentionner Célestin, admet la validité d'une abdication dans des circonstances semblables (éd. J. Hofîmans, Coll. Les philosophes belges, v, 1932, p. 95-99); — 3. Pierre d'Auvergne, Quodl. I, quest. xv : Université de Paris, 1296 : pour la validité (inédit, mais analysé par J. Leclercq, Rev. hist. de l'Égl. de France, xxv, 1939, p. 186-88); — 4. Consultation demandée par Colonna à l'Université de Paris, début 1297 : contre la validité; texte perdu (cf. Chartul. Univ. Paris., éd. Denifle-Chatelain, ii, 1, 1881. p. 77, n. 604); —

CÉLESTIN V

5. Triple manifeste des Coloiiiia, 10 mai-12 juin 1297 : contre (éd. Denifle. Arch. ftir Lit.-und Kirchengesch. des M. A., V. 509 sq.; L. Moehler, Die Kardinàlc Jakob und Petnis CoUmna, 1914, p. 251-77); les douze motifs du manifeste du 1 0 niai ont servi de base à toute la polémique ultérieure des légistes français; — 6. Déclaration du cardinal Nonancour, au nom du Sacré- Collège, juin. 1297, pour démentir les allégations du manifeste précédent (éd. Denifle, ibid., 524-29); — 7. Gilles de Rome (Colonna), De remmciatione papae, 1297 (discussion de la date : Finke, 72) : pour la validité (éd. Roccaberti, Bibl. max. pont, ii, Rome, 1695, p. 1-64); — 8. .\vec l'insertion d'un chapitre sur cette question dans le livre Sexte des Décrétales (L. I, tit. VII, c. 1, Quoniam) en 1298, la question passa sur le plan général du droit canon et du De Ecoles ia.

Du point de vue littéraire, sans parler des auteurs de spiritualité (p. ex. Ubertin de Casale, Arbor vilae cruciflxae Jesu, 1. V, ch. viii, achevé en 1305; cf. Callaey, Rev. hisl. eccl., xi, 1910, p. 713 sq.), les deux auteurs principaux à retenir sont Pétrarque et Dante. Dans son De Vita solitaria, lib. II, tract. III, c. xviii, Pétrarque n'hésite pas à placer Célestin plus haut que les apôtres et beaucoup de saints (cf. C. Ludovisi, Giudizio di Francesco Petrarca sulla renuncia di Celestino V, Boll. délia Soc. di stor. pairia A. L. Antinori nelle Abruzzi, vi, 1894, p. 89-91). — Quant à l'Alighieri, on sait que ses deux vers célèbres :

Vidi e conobbi l'ombra di colui

Che fece per uiltate il gran rifiulo

(Inferno, m, 59-61)

furent parmi ceux qui exercèrent le plus la sagacité des dantologues. Déjà Benvenuto de Imola (Muratori, Antiq. liai., i, 1038-39) y voyait une allusion à Célestin V. Cette interprétation peut être considérée comme classique, bien qu'elle n'ait jamais rallié l'unanimité des critiques.

Maintenant que la question de droit est tranchée et que les passions se sont éteintes depuis longtemps, l'historien impartial n'aura pas de peine à souscrire au jugement de Casti (Celestino V..., 203) : « L'abdication de Célestin V ne fut ni une lâcheté, ni un acte d'héroïsme; ce fut le simple accomplissement du strict devoir qui incombe à quiconque a assumé un olTice disproportionné à ses propres forces. Le devoir moral de rester à son poste ne pouvait obliger à rencontre de l'intérêt plus impérieux du bien commun. »

III. Après le pontificat. — En renonçant à être Célestin V, Pierre de Morrone n'avait qu'un désir : redevenir l'ermite d'autrefois. Il alla donc trouver le nouveau pape Boniface VIII, l'ancien Benoît Gaetani, élu le 24 déc, et lui déclara son intention de regagner ses chères montagnes. Boniface VIII connaissait assez la droiture et la simplicité de Pierre pour ne pas se méfier de lui. Mais il se méfiait des autres. Il craignait que quelque faction cardinalice ou politique ne se servît un jour de l'ancien pape comme d'un instrument de rébellion ou de schisme. 11 lit donc répondre à Pierre qu'il préférait l'emmener auprès de lui en Campanie. Ainsi pensait-il pouvoir mieux prévenir toute cabale éventuelle. Pierre accueillit cette décision de fort mauvaise grâce, persuadé que l'unique motif qui lui eût permis en conscience de prendre sa décision était qu'elle lui permettrait de reprendre sa vie d'autrefois; il se considérait comme tenu dé la reprendre, fût-ce contre le gré du pape. Il feignit d'abord d'obtempérer à l'injonction reçue : sous la conduite de l'abbé du Mont-Cassin, il lit route vers la Campanie. Arrivé au pied du Mont-Cassin, à San Germano, grâce sans doute à la complicité de son cicérone, Pierre emprunta un cheval et prit la fuite. Il fut accueilli en triomphe à

Sulmona et se retira dans son ancienne cellule du Morrone.

Alerté, Boniface VIII envoya son camérier et l'abbé du Mont-Cassin à la recherche du fugitif. Ils le trouvèrent dans son ermitage. Pierre Célestin les supplia de l'y laisser, leur promettant d'achever sa vie dans la solitude avec ses confrères, sans parler à âme qui vive. Ils se laissèrent fléchir et lui permirent de rester, en attendant que le pape, mis au courant, eût statué sur son sort. Sur le chemin du retour, ils croisèrent un nouveau messager pontifical envoyé en toute hâte avec ordre de ramener le fugitif de gré ou de force. Tous alors tournèrent bride vers Sulmona; mais les moines du Morrone, prévenus de leui arrivée, avaient caché le vieil ermite. Il resta introuvable. Plutôt que de dénoncer la cachette, les deux frères découverts dans la cellule préférèrent se laisser emmener comme otages par le camérier. Au bout de deux mois, lassé de devoir se cacher à tous les regards, Pierre décida de partir pour une région où il ne serait pas connu. Ayant revêtu un déguisement et escorté d'un seul compagnon, il gagna une forêt située à quatre journées de distance. Mais il fut reconnu tout le long du chemin. Et la nouvelle ne tarda pas à s'ébruiter. Pierre passa le Carême dans cette forêt. Le dimanche des Rameaux, l'abbé de Corata vint avec une escorte de moines pour le chercher; mais ils ne le trouvèrent pas.

Cet incident décida Pierre Célestin à quitter la région pour toujours et à chercher la paix de l'autre côté de l'Adriatique. Sans doute désirait-il rejoindre un groupe de Spirituels qui, à la nouvelle de l'abdication de leur protecteur, avaient jugé prudent de mettre la mer entre eux et leurs anciens ennemis et s'étaient installés dans une île de la côte d'Achaïe (cf. Ehrle, Archiv fiir Lit.-und Kirchengesch., i, 519). Durant cinq semaines, l'état de la mer empêcha tout départ. Enfin la barque où il avait pris place put appareiller, mais fut prise le lendemain dans une tempête et échoua près de Viesti. Le capitaine de cette ville, prévenu, mit le fugitif en état d'arrestation et fit avertir le pape et le roi qui étaient alors à Rome. Aussitôt une escorte de chevaliers conduite par le patriarche de Jérusalem fut dépêchée à Viesti pour ramener l'ermite fugitif avec les honneurs dus à son rang. Conduit devant le pape à Anagni, le fugitif fut soumis à un interrogatoire sévère et à une claustration rigoureuse.

Malgré les avis opposés de plusieurs cardinaux, le pape lui assigna comme résidence forcée le châteaufort de Fumone, nid d'aigle inaccessible dominant la vallée du Sacco sur un pic isolé. A partir de juin 1295, Pierre Célestin y fut séquestré dans le donjon carré central, sous la garde de six chevaliers et de trente hommes d'armes. Il y vécut totalement séparé du monde, avec deux seuls compagnons de son ordre, soumis eux-mêmes à l'isolement le plus complet. A plusieurs reprises, ces compagnons tombèrent malades et durent être remplacés; mais Célestin, âgé alors de 86 ans, ne se plaignit jamais de cette séquestration forcée qui dura onze mois (Vita C, c. xlv). Le jour de la Pentecôte 1296, il sentit une douleur au côté. Le médecin appelé à son chevet déclara le mal sans remède. Le samedi suivant, 19 mai 1296, Célestin V mourut en chantant des psaumes.

IV. Canonisation. — Apprenant la mort de celui qu'il considérait, malgré son âge, comme un rival possible, Boniface VIII fut saisi d'un sentiment de délivrance. Plus tard, une légende, inspirée peut-être par une phrase ambiguë du Mémoire des cardinaux Colonna, mit en doute le caractère naturel de cette mort et fit planer des soupçons sur le pape geôlier. L'histoire en a démontré l'inconsistance.

Le 21 mai 1296, les restes du saint furent ensevelis

CÉLESTIN V

en l'église du monastère S. -Antoine de Ferentino, dans un caveau creusé, sur l'ordre exprès du pape, à dix coudées de profondeur près du maître autel. La Vita C, c. xLvii, donne par erreur la date du 19 mai, qui est celle de sa mort. De nombreux miracles rendirent cette tombe bien vite célèbre (cf. A. S., mai,iv,528D-530F).

Dès les premiers mois qui suivirent sa mort, le cardinal Thomas de Ste-Cécile, son confrère en religion qui avait présidé à ses funérailles, fit instituer par les Célestins une enquête privée sur la vie du saint et sa vertu de thaumaturge. C'est sans doute à cette occasion que furent composées les premières biographies du saint et peut-être aussi l'Autobiographie.

Avec la mort de Boniface VIII et l'avènement de son successeur Benoît XI, la cause de Célestin V vit croître ses chances. Mais une mort rapide du nouveau pape l'empêcha de mettre ses desseins à exécution. Clément V, qui vint après lui, chargea l'archevêque de Naples, Jacques de Viterbe, et l'évêque Frédéric de Sulmona d'entreprendre ofTiciellement l'examen de la cause du saint. Ils entrent en fonctions le 13 mai 1306, à Naples d'abord puis en d'autres lieux (liste des lieux et des dates dans A. S., mai, iv, 531 C). Il y eut en tout 324 dépositions (Uste dans Marino, 1. IV, p. 496-97; énumération des principaux témoins, A. S., mai, iv, 531 C-D). Un procès-verbal partiel de ces dépositions, d'après un codex de Sulmona, fut édité par Seppelt, Monumenta, p. l-lxiv, 211-334; un autre par G. Pansa, Rivista Abruzzeae, ix, 391-98. Le dossier une fois formé fut remis pour étude préliminaire à une commission de quatre cardinaux. Pour les phases de la procédure suivie, décrites avec nombreux détails par Stefaneschi, voir M. Labande, Bibl. de l'École des Charles, liv, 61-67 et Ehrle, Arch. fiir Lit.-und Kirchengesch. des M. A., v, 574-81.

Au cours d'un consistoire tenu par Clément V, le pape approuva plusieurs miracles et institua une nouvelle commission de huit cardinaux. Au concile de Vienne, un nouvel examen du dossier fut imposé à huit prélats et achevé avant la clôture du concile (6 mai 1312). Enfin, après un nouveau délai d'un an, le pape réunit un consistoire secret et soumit un choix de miracles à l'avis des cardinaux. Le procès-verbal de ce consistoire fut publié dans Anal. Boll., xvi, 1897,

Le résultat ayant été jugé satisfaisant, il y eut, le 2 mai 1313, un consistoire public et, le 5 mai, Pierre Célestin fut canonisé (bulle de canonisation, B. H.L., 6745; éd. A. S., mai, iv, 433-35). Le 11 juiU. 1668, Clément IX étendit sa fête à l'Église universelle.

Les restes du saint connurent une histoire non moins mouvementée. Peu après le début du procès en 1306, ils furent exhumés et placés en une sépulture plus décente. Au début de 1327, une guerre ayant éclaté entre Anagni et Ferentino, les habitants de cette dernière ville, désireux de mettre les précieuses reliques à l'abri, se présentèrent en armes au monastère S. -Antoine, où ils les jugeaient trop exposées, et les transportèrent inlra muras à l'église Ste-Agathe. Le prieur de S. -Antoine alerta ses supérieurs célestins, qui recoururent à une manœuvre plus audacieuse que respectueuse : le 15 févr. , un groupe de moines, venus prier sur son tombeau, fracturèrent le cercueil à la faveur de la nuit, cachèrent les os dans un matelas qu'ils transportèrent en toute hâte à Ste-Marie de Collemaggio, où ils reposent depuis lors (voir le récit de cette « translation « des restes du saint, de Campanie à Aquila, dans A. S., mai, iv, 435-37 et dans Galli, 187-88).

I. Œuvres. — L'authenticité célestinienne de deux œuvres est discutée : 1° L.' Autobiographie, édit. A. S., mai, IV, 421-26; Bibl. max. Patrum, éd. Lyon, xxv, 1677, 765-69; C. Telera, S. Pétri Caelestini PP. V opuscula omiiia, Naples, 1640, xlix-lxvii. — Smte de récits merveilleux,

DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.

limités aux années d'enfance et au début de sa vie religieuse; rédigés (sauf deux exceptions) à la troisième personne en un latin très simple et parfois incorrect; elle se termine ex abrupto.

Authenticité : habituellement niée par la critique contemporaine (Anal. Boll., 1897, p. 368; Seppelt, Monum., p. xiii-LXiv; Hollnsteiner, p. S4). L'auteur serait alors un de ses compagnons de vie érémitique, qui aurait mis par écrit, non sans les enjoliver, des histoires sur son passé, apprises de sa bouche. Celidonio, Nuove critiche celestine, p. 3 sq. et Brève risposta, p. 3 sq., a mené une polémique très vive avec les BoUandistes, en faveur d'une authenticité partielle. Ses arguments furent annihilés dans Anal. Boll., xviii, 1899, p. 34 sq. et xx, 1901, p. 351, dont l'article conclut : « l'authenticité de l'Autobiographie est à prendre en bloc ou à laisser de même ».

Date : Un point de repère certain : le deuxième fragment biographique de la Vita C (c. ix, p. 399) en fait mention explicite. Par conséquent : au plus tard 1306, probablement avant 1300. Peut-on remonter jusqu'à l'époque même de la vie du saint? Baethgen, p. 268, préfère laisser la question ouverte, tout en signalant l'absence de toute allusion à l'élévation de Pierre de Morrone au souverain pontificat. Explique qui pourra cette lacune, de même que la finale ex abrupto.

Quoi qu'il en soit, de tous les arguments élevés contre l'authenticité, aucun jusqu'ici ne s'est révélé bien solide. Ceux des BoUandistes, portant avant tout sur le degré de formation intellectuelle de Célestin, ont été victorieusement réfutés par Hollnsteiner et Seppelt. Ces deux auteurs ont cru pouvoir s'appuyer sur un argument de critique documentaire : en fait, Seppelt a réussi à prouver que seule la rédaction définitive de l'Opus metricum de Stefaneschi (achevé en 1319) dépend de l'Autobiographie; lors de sa première rédaction, en 1295, il n'en eut pas connaissance (cf. Monumenta, p. xxxvni-XL). Conclure de là à la nonexistence de l'Autobiographie à cette dernière date serait un latius hos.

Il n'est donc nullement exclu que l'histoire ne finisse par revenir à la donnée traditionnelle consignée comme titre aux ms. conservés : Tractatus de vita sua quam ipse propria manu scripsit et in cella sua reliquit (Anal. Boll., XVI, 1897, p. 365).

2" Les Opuscula (édit. Bibl. maxima Patrum, Lyon, 1677, XXV, 769-867 ; — analyse critique : art. de Carbone, dans Celestino V..., 321-71). Contenu : Opusc. 1-6 : Chrestomathie scripturaire et patristique, devant sans doute servir à l'auteur lui-même de vade-mecum de pastorale; classement idéologique : de virtutibus; de viliis et peccatis; de vita hominis; de exemplis ac similibus moralibus; de sententiis Patrum eremitarum; de miraculis Beatae Mariae Virginis. — Opusc. 7-11 formant la Summa Celestiniana : Résumé des principaux points de morale et de droit canon : de censuris; de sacramentis Ecclesiae; de decem praeceptis decalogi; de praeceptis Ecclesiae; de legibus; six formulaires épistolaires, deux formules de dimissoriales et douze formules de salutations épistolaires; enfin, vingt prières.

Cet ensemble était contenu dans deux codices conservés au monastère de S. Maria di Collemaggio à Aquila, où ils étaient exposés, trois fois par an, à la vénération du public, avec les autres reliques du saint. Le P. C. Telera en fit, en 1638, une coUation authentiquée et certifiée conforme par acte notarié (Bibl. maxima Patrum, toc. cit., 756-57).

Si le saint fut pour quelque chose dans la production de ces opuscules, il y déploya surtout un travail de copiste et d'abréviateur. Peut-être une comparaison des parties originales avec l'Autobiographie conduirait-elle à des conclusions intéressantes?

II. Sources. — Les principaux documents contemporains à retenir sont les suivants :

1° L,' Autobiographie (v. supra). Même si elle n'est pas l'œuvre du saint, elle reste le plus ancien document se rapportant à sa vie. La nature spéciale de ces récits et leur caractère personnel ne facilitent guère la critique de véracité.

2° La biographie du saint par ses premiers disciples. Il en existe trois éditions, indexées par les BoUandistes : Vita A : texte : Anal. Boll., ix, 1890, p. 147-200; Vita B, ibid., x, 1891, p. 385-392; Vita C, ibid., xvi, 1897, p. 393-458. Cette dernière est la plus précieuse et la plus primitive; elle renferme seule plusieurs détails pouvant servir à la critique d'authenticité; elle fait corps dans le ms. Vatic, Arm. XII, cas. I, n. 1 avec l'Autobiographie. Elle est constituée par la

H. — xn. — 4 —

CÉLESTIN V

juxtaposition de deux fragments distincts : a) c. i-viii : une description édifiante d'une « journée » de l'ermite du Morrone, de continua conversatione ejus : comment il partageait son temps entre l'oraison et la mortification; — b) c. ix-fm : un récit de la vie de S. P. Célestin, depuis environ 1273, et un florilège des événements merveilleux arrivés de son vivant et après sa mort.

Sur l'interdépendance des trois recensions, voir Anal. Boll., XVI, 1897, p. 371 sq. et xviii, 1899, p. 38-42; les objections de Celidonio, Nuove critiche celesline, p. 29, ne semblent pas pertinentes. Les Vitae ^ et B n'offrent entre elles aucune différence notable pour la biographie du saint.

Auteurs probables : a) c. i-viii : Barthélémy de ïrasacco, célestin et compagnon du saint durant sa vie solitaire; 162" témoin au procès de canonisation; Seppelt, Monumenta, p. 328-334. — b) c. ix-fin : Thomas de Sulmona, prieur du monastère de Sulmona et 171» témoin au procès de canonisation.

Circonstances et date de composition : Après la mort du saint, siu- le désir exprimé par leur confrère, le cardinal Thomas de Ste-Cécile, les Célestins instituèrent une enquête privée sur sa vertu de thaumaturge. Le premier fragment et sans doute aussi une première rédaction du second se placent donc entre la mort de C. V et celle du cardinal susdit (entre 1296 et 1300). L'argument mis en avant par la critique contemporaine (p. ex. Anal. Boll., xvi, 1897, p. 377- 378), s'appuyant sur les expressions très malsonnantes à l'égard de Boniface VIII pour retarder la composition de cette Vie après la mort de ce pape (1303), n'est pas convaincant. Sans doute, ce « réquisitoire n'aurait pu manquer d'irriter Boniface VIII, s'il fût venu à sa connaissance ». Sans doute encore, cette Vie était destinée à une diffusion rapide. Mais à une diffusion dans un milieu où l'hostilité envers le pape geôlier de leur fondateur devait être vive et qui avait donc tout intérêt à ne rien laisser transpirer de cette composition. En tout cas, le second fragment fut retouché, avec addition des derniers miracles datés, entre 1303 et 1306, début du procès de canonisation.

3° L,'Opus metricum du cardinal .Jacques Gaietani Stefaneschi : éd. A. S., mai, iv, 436-483; F.-X. Seppelt, Mon. Coelestiniana (Quellen and Forxchungen ans dem Gebiet der Geschichte hrsg. v. d. Gôrresgesellschaft, xrx, 1921), p. xxix-XLV, 3-146; critique de cette dernière édition, R. Morghen, Bull. deW Ist. stor. ital., xlvi, 1931. — V. sur l'auteur : I. Hôsl, Kardinal Jacobus Gaietani Stefaneschi (Hist. Studien, 61), Berlin, 1908.

L'intention première de l'auteur était de donner une description poétique d'un couronnement pontifical (éd. cit., p. 84). Ce projet, et peut-être déjà un début d'exécution (l'o partie, livre I?), remonte donc avant l'élection de Pierre de Morrone. La personnalité unique de ce pape et les événements extraordinaires gui suivirent incitèrent Stefaneschi à élargir successivement le cadre de son œuvre.

L'ensemble défmitif comprend trois parties : 1. Histoire de l'interrègne et du pontificat de Célestin V jusqu'à sa renonciation; — 2. Élection et couronnement de Boniface VIII; — 3. Miracles et canonisation de Célestin V. Les détails consacrés à la jeunesse du saint furent empruntés à l'Autobiographie et se trouvent intercalés dans la première partie (sauf dans la recension la plus ancienne). D'après Anal. Boll., xvi, 1897, p. 368, ils firent partie de la première rédaction; d'après Seppelt, éd. cit., xxxix-xl, ils servirent à l'auteur pour sa retouche définitive; d'après Hôsl, op. cit., 55, il s'agirait d'une addition postérieure à 1319, faite par une main étrangère.

Date : a) première partie, certainement achevée entre le couronnement de Boniface VIII et la promotion de l'auteur au cardinalat (23 janv. et 17 déc. 1295); cf. éd. Seppelt, p. 10, xxxvi; — b) deuxième partie : après 1297, probablement vers 1300; cf. ibid., p. xxxvii, xxxix; — c) troisième partie et texte retouché de l'ensemble, après la canonisation du saint; envoyé en 1319 au prieur du monastère de Sulmona; cf. Seppelt, ibid.

L'auteur a été témoin des événements qu'il raconte, depuis le conclave; il fit partie du procès de canonisation. Son œuvre compte en tout 2879 hexamètres, rédigés en une langue malhabile tenant plus du rébus que de la poésie; pour la rendre intelligible, l'auteur y a ajouté luimême de nombreuses gloses interlinéaires. Même ainsi, la traduction en est des plus ardues.

4» Les documents concernant le procès de canonisation (voir supra, col. 79-8).

III. RÉPERTOIRES. — A. s., mai, iv, 419-536. — Anal. Boll., IX, 1890, p. 147-200; x, 1891, p. 386-392; xii, 1893, p. 481; XIV, 1895, p. 223; xv, 1896, p. 101-102; xvi, 1897, p. 365-487 (très important); xviii, 1899, p. 34-42. — B. H. L., p. 979 sq., n. 6733-757. —'Chevalier, B. B., 830-32. — Duchesne, Lib. pontif., ii, 467. — Potthast, Reg., ii, 1915-22. — Raynaldi, Annales eccl., iv, 1294-95.

IV. Travaux. — Innumera paene sunt quae de gestis eius scripserunt tum discipuli et aequales, tum suppares,

1 lum recentiores (Martgrol. Boman., éd. A. S., Propyl. ad I Act. dec, 196). — Diverses bibliographies célestiniennes ; ont été dressées au cours de l'histoire. Signalons les notices de la Bibliotheca pontificia, Lyon, 1543, p. 42 sq. — ■ Une hste ms. composée en 1721 par Matteo Vecchi, conservée à la Bibl. Nat. de Naples, contient 84 titres (cf. B. Cantera, Cenni storici-biografici risguardanti S. Pier Celestino, Naples, 1892, p. 113 sq.). La sélection bibliographique de I. Ludovisi, Giudizio comparativo délie migliori biografie di Pier Celestino scritte dal secolo XIII al XIX, dans l'ouvrage collectif jubilaire : Celestino V ed il VI centenario délia sua incoronazione, Aquila, 1894, p. 1-32, est très utile.

Nous nous bornons à signaler, parmi les ouvrages anciens : Pierre d'Ailly, De vita et gestis sancti Pétri confessoris, quondcun pape Celestini V fundatoris ordinis celestinorum, écrit vers 1408, 1" édit., Paris, Estienne, 1535; édité de nouveau par Surius, De probatis sanctorum vitis, m, 337- 355, Cologne, 1572; par les A. S., mai, iv, 484-98, et par Seppelt, Monum. Coelest., xlv-xxvii, 149-82. En 1.539, il y en eut une édition modifiée par D. Faber (Lefèvre), Vita Pétri Caelestini, Pontiftcis maximi, conscripta primum a Petro ab Aliaco, postretno autem locupletata et limatiori stylo donata. — Mafleo Vegio, De vita et obitu Celestini V, écrit en 1445, édit. Seppelt, A/o/inm. Coelest., xlvu-l, 183-208. — Lelio Marino, Vita et miracoli di San Pietro ! del Murrone già Celestino papa V, autore délia Congrega- ] zione de monaci Celestini dell' Ordine di San Benedetto, écrit vers 1519, imprimé à Milan, 1630; édit. A. S., mai, iv, ! 498-.536. — Ce sont les seuls qui méritent mention. Le reste n'est que plagiat assaisonné de littérature et a été dépassé depuis les recherches et publications entreprises à l'occasion du VI"" centenaire de la mort de Célestin.

Parmi les travaux parus depuis 1890, les principaux sont : J. Ascough, S. Celestino, Londres, 1909. — L.-V. Auro, Da Celestino V a Bonifatio VIII, Hicerche religiose, ix, 1933, 424-45. — P. Barbaini, Celestino V, anacoreta e papa. Milan, 1936. — F. Baethgen, Beitràge zur Geschichte Côlestins V. {Schriften der Kônigsberger Gelehrten Gesellsch., x, fasc. 4), Halle, 1934; Id., Der Engelpapst, même collection. — Buonocuore, Celestino V, Naples, 1924. — P. -M. Baumgarten, Miscellanea diplomatica, Rômische Quartalschrift, xxvii, 1913, IP partie, p. 85*-94*. — Barcellini, Industrie filologiche per dore risalto aile virtu <lel scuitissimo pontifice Celestino V, Milan, 1901. — P.-M. Baumgarten, /; reqesto di Celestino V, extr. de VAbruzzo cattolico, 4' année, Chieti, 1896; Id., Die Cardinalsernennungen Colestins V. I im Sept, und Okt. 1294, dans Festschrift zum elfhunderljàhrigen Juhilaeum des deutschen Campo Santo in Rom, Fribourg, 1897, p. 165 sq. — C. Cali, Per la biografia di Celestino V, Boll. d. Soc. di storia patria A. L. Antinori negli Abruzzi, vi, 1894, p. 99-107. — G. Celidonio, Vita di S. Pietro del Morrone, Celestino papa Quinto scritta sui documenti coeui, Sulmona, 1896; Id., La non autenticilà degli Opuscula Celeslina, Sulmona, 1896; Id., Questioni Celestine, Rassegna Abruzzese, i, 51-54; Id., Nuove critiche Celestine, Casalbordino, 1898 (extr. de Ras.iegna Abruzzese, Id., II, n. 4); Brève rispostaalle nuove osservazionidei chiarissimi Bollandistisopraalcunipassi délia Vita di PP. Celestino V, Casalbordino, 1900 (extr. de Rassegna Abruzzese, m, 1899, n. 9), p. 232-247. — Celestino V ed il sesto centenario délia sua incoronazione, Aquila, 1894 : ensemble de quinze monographies de grande valeur publiées à l'occasion du VP cent, de la canonisation du saint. Plusieurs existent aussi en tirés à part. En voici les titres : n. 8, C. Borromeo, Avignone e la politica di Filippo il Bello nella canonizzazione di Pietro da Morrone, Modène, 1894, p. 267-301 ; n. 5, E. Casti, L' Aquila degli Abruzzi ed il pontiftcato di Celestino V, Aquila, 1894, p. 125-209; n. 6, A. Roviglio, La rinuncia di Celestino V, Vérone, 1894, p. 209-49; n. 4, C. Pietropaoli, // conclave di Perugia e l'elezione di Pier Celestino, Aquila, 1894, p. 97-124; n. 12, A. de Angeli, Jacopo Stefaneschi e il suo Opus metricum, p. 381-417; n. 10, C. Carbone, Gli opuscoli del Celestino V, saggio critico, p. 321-71 ; n. 1, I. Ludovisi, Giudiiio comparativo délie migliori biografie di

CÉLESTIN V

— CÉLESTINS

Pier Celestino scritte dal s. XIII al XIX, 1-33; n. 2, N. Jorio, Il contado di Molise nel s. XIII ed i primi anni di vita di Pietro d'Isernia, 33-87; n. 3, A. Cortelli, Pietro d'Isernia negli eremi del Morrone e délia Majella, 87-97; n. 7, F. Visca, Lostorico castello di Fumone e gli ultimi giorni di Celestino V, 249-67; n. 9, G. Vittori, Cenni biograflci de' cardinali eletli da Celestino V, 301-21; n. 11, G. Ettore, Sinopsi storica delV Ordine di Celestino, 371-81; n. 13, V. Moscardi, // culte degli Abruzzesi per S. Pier Celestino attraverso sei secoli di storia, 417-75; n. 14, C. Cilleni Nepis, // tempio di Collemaggio, 475-85; n. 15, I. Ludovisi, Celestino V nella mente di Buccio di Ranallo, 465-511. — F. Garaballese, Una bolla inedita e sconosciuta di Celestino V, Arch. stor. ital., série V, t. XVI, 1895, p. 161-176. — C. Carbone, L'autenticità degli Opuscula Coelestina, Caserta, 1896. — C. Cali, Per la biografla di Celestino V, Boll. délia Soc. di storia patria

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Roger Mols.

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