CÉLESTIN DE SA INTE-LYDWINE
carme déchaussé, missionnaire, de son nom de famille Pierre Van Gool, naquit à La Haye en 1597, — et non à Leyde en 1604, — et émit ses vœux le 12 juill. 1626. Envoyé en 1632 à la mission de Syrie (Alep) pour y apprendre les langues orientales, il fonda, en 1643, la mission du Mont Liban et y érigea, en 1649, un collège qui devait servir de collège préparatoire au Collège maronite de Rome. En 1652, il devint professeur de langues orientales au séminaire général des missions, à Rome, où il entreprit la révision de la Bible arabe et la traduction de la Docirina christiana en langue turque (cf. Acta S. Congr. de Propag., a. 1673, vol. XLiii.f. 314 v°). En 1675, envoyé à la mission du Malabar, il mourut en cours de route, à Surate, le 22 juill. 1676. Parmi ses travaux, signalons : Relatio de misxione Patrum Carmelitarum Discalcealorum ad Sacrum Moniem Libanum, 1643-1659 (aux Archives générales, ms. plut. 252, b.); sa traduction en arabe de Thomas a Kempis, De imilalione Christi..., Rome, 1663 (eut 3 édit.) et d'une Vie de Ste Térèse; sa traduction en latin de Plurimae parabolae ac sententiae audorum principalium arabicorum, et du Liber Alcorani; traduction en arabe de sermons sur les évangiles, etc.; traduction arabe d'un traité égyptien du s. sur les vertus, Pratum solitarii et consolatio anachorelae; 68 lettres adressées de Tripoli et du Mont Liban aux supérieurs (aux Archives générales, ms. plut. 251, b et 252, c).
Eusebius ab Omnibus Sanctis, Enchiridion chronologicum Carmelitarum Discalcealorum Congregationis Italicae, Rome,'1737, p. 210. — Cosme de Villiers, Bibl. carmelitana, 1752 (éd. anast., Rome, 1927), i, 305. — A Chronicle of the Carmélites in Persia and the Papal Mission of the XVIIth and XVIIIth cent., Londres, 1939, ii, 828-29. — Ambrosius a S. Teresia, Nomenclator Missionariorum ordinis Carmelitarum Discalcealorum, Rome, 1944, p. 98-99.
Melchior de Sainte-Marie.
CÉLESTIN DE SOISSONS, franciscain français, moraliste (xvii'' s.). Voir D. T. C, ii, 2064.
CELESTIN A, vierge martyre, 6 avr. L'n martyrologe de Notre-Dame d'Utrecht parle de Ste Célestine et ses 800 compagnes. Ces dernières, dans certaines listes, passent à 80, chez Canisius à 8. La sainte n'est pas connue par ailleurs.
A. S., avr., i, 536.
R. Van Doren.
CÉLESTINS. L'ordre des Célestins fut fondé par S. Pierre de Murrone qui devint pape sous le nom de Célestin V. Né vers 1210, Pierre fit profession ;i l'abbaye bénédictine de Ste-Marie de Faifoli. Ne pouvant y mener la vie solitaire telle qu'il la rêvait, il quitta ce monastère et s'établit dans un ermitage sur le sommet du Monte Murrone (1235-38), puis sur le Mont Majella (1240-43). Des disciples vinrent de plus en plus nombreux l'écouter et partager sa vie. Le saint établit alors des monastères à Isernia, à Sulmona, à Majella et en d'autres endroits. Ainsi naquit une congrégation nouvelle qui avait pour base de son observance la règle de S. Benoît, mais dont l'esprit s'inspirait beaucoup de l'idéal des Camaldules et des Franciscains. Elle fut approuvée par Urbain IV en 1264 et de nouveau par Grégoire X en 1274. Elle avait pour centre l'abbaye du Saint-Esprit de INIurrone (Sulmona), seule abbaye de l'ordre, les autres maisons n'étant que des prieurés.
A l'avènement de son fondateur au souverain pontificat (1294), l'ordre était déjà fort répandu en Italie et particulièrement dans le royaume de Naples, où les
CÉLESTINS — CELESTIUS
souverains de la maison d'Anjou le protégeaient puissamment. Durant les six mois de son règne, le pape Célestin favorisa et combla de privilèges l'ordre qu'il avait fondé. Au début du xv^ s., les Célestins comptaient une centaine de maisons.
Nulle part l'ordre n'eut plus de popularité et d'influence qu'en France. Philippe le Bel, que ses démêlés avec Boniface VIII portaient à admirer son prédécesseur, accorda à la famille religieuse du saint un intérêt marqué. Il fit venir dans son royaume les premiers Célestins, dès 1300, et dota richement leur premier monastère situé à Ambert, dans la forêt d'Orléans. Il leur confia encore celui de S.-Crépin à Soissons. Charles V se montra également le grand promoteur des Célestins. Il les établit à Paris. Cette maison fut, pendant tout son règne, son monastère de prédilection et devint comme la maison-mère de tous les prieurés de France. C'est parmi ses i-eligieux qu'il aimait à choisir ses conseillers. Charles VI, à son tour, témoigna aux Célestins la même bienveillance.
La fondation de Notre-Dame de l'Annonciation à Paris, devenue la nécropole de la famille d'Orléans, marque les débuts de la prospérité de l'ordre en France. Les fondations se succèdent, objets des faveurs particulières des rois et des grands, notamment de Charles VI, Charles VII, de Louis d'Orléans et de Philippe de Mézières. Amédée VII de Savoie introduisit les Célestins à Lyon.
Les papes d'Avignon ne furent pas moins favorables aux Célestins. C'est à cette époque que ces religieux jouirent de la plus grande prospérité. Ils comptaient 96 maisons en Italie et 21 en France. Parmi celles-ci, citons Notre-Dame à Sens, Notre-Dame à Metz, S. -Antoine d'Amiens, la Trinité du Marcoussis, la Bonne-Nouvelle à Lyon, S.-Pierre-Célestin à Avignon, Notre-Dame à Rouen. Les xiv^ et xv s. constituent une époque de grande ferveur au sein de ces maisons françaises au point de communiquer aux monastères italiens eux-mêmes le bienfait d'une réforme dont ils avaient besoin.
Les Célestins de France obtinrent du pape d'Avignon, Clément VII, de se constituer en province indépendante. Jusque-là, ils avaient été gouvernés par un vicaire ou délégué du supérieur général, l'abbé de Murrone, qui avait le droit de visite sur toutes les maisons de l'Ordre. Désormais la province de France jouit d'une véritable autonomie. Elle eut son prieur provincial, son chapitre provincial particulier, chargé de faire la visite des monastères. La province de France fit quelques fondations à l'étranger qui n'eurent pas grand succès en général. Telles furent les maisons de Surrey en Angleterre, de Barcelone en Espagne, du Mont-Paraclet en Bohême, d'Héverlé en Belgique. En Italie, elle posséda trois monastères (Collemaggio, S.-Eusèbe à Rome et S. -Benoît à Nursie), qu'elle abandonna à cause des conflits incessants qui en résultèrent.
Au xvi'= s., le protestantisme en Allemagne et les guerres de religion en France portèrent un coup terrible à l'Ordre : les monastères français eurent beaucoup à soufl'rir des calvinistes. Plusieurs se trouvèrent ruinés. Au xvii« s., les célestins n'entrèrent pas dans le mouvement de réforme qui régénéra tant de congrégations en France. Leur déclin date d'alors. Le cardinal Bellarmin, protecteur des Célestins, leur proposa une réforme qu'il avaitfait accomplir en Italie. Le P. Campigny, provincial des Célestins (1613-15) l'accepta, mais ne put l'imposer à ses religieux. Il finit par passer, avec quelques réformés, dans la congrégation de S.-Maur. Désormais la discijîlinc se relûcha de plus en plus. Le retour aux observances primitives servit de prétexte à la fameuse Commission des Réguliers. On interdit aux Célestins de recevoir des novices. Les évêques
reçurent l'ordre de Rome dé visiter les monastères de leurs diocèses respectifs (1773). Les visites étant restées infructueuses, Clément XIV et Pie VI finirent par accepter leur suppression. Dix-sept maisons subsistaient encore. Elles furent supprimées par une série de brefs particuliers de 1774 à 1789. Les religieux se retirèrent avec des pensions; les biens furent unis par les évêques à divers établissements ou communautés. La suppression des monastères italiens eut lieu en 1807. Une restauration tentée en France au xix' s. n'eut aucun succès.
Constitutions. — On peut répartir les constitutions des Célestins en trois groupes : 1° les Institu(a beati Pétri. Ils sont l'œuvre probable de S. Pierre Célestin et se placent entre 1274 et 1294; — 2" les Constitutions d'Italie qui furent rédigées au milieu du xiv« s. en 25 chapitres; — 3° les Constitutions de France qui comprennent trois rédactions : celle de la première moitié du xv s., celle de 1513 et celle de 1670.
On possède, imprimées, les Constitutiones jratrum Coelestinorum, s. 1., 1590, et Paris, 1630. Les Constitutiones coelestinorum monachorum 0. S. B., confirmées par Urbain VIII, le 8 juill. 1626, ont été reproduites par Holstenius-Brockie, Codex Regularum,i\ , avec d'autres pièces intéressantes.
D'après ces constitutions, l'abbé général était élu pour trois ans au cliapitre général qui se composait de tous les prieurs de l'Ordre et d'un délégué envoyé par chaque maison. L'abstinence était perpétuelle; on pratiquait le lever de nuit. L'habit consistait en une tunique blanche, avec scapulaire, capuchon et coule de couleur noire. L'Ordre comptait des frères convers, dont le scapulaire était brun.
Sur la vie du fondateur et les débuts de l'ordre, voir les premières Vies de S. Pierre Célestin d'après l'étude : S. Pierre Célestin et ses premiers biograplies, dans Analecta Bollandiana, xvi, 1897, p. 365-487. — Beaunier-Besse, Recueil historique des archevêchés, évêchés... de France. Introduction, Paris-Ligugé, 1906, 194-201 (bibliographie). — Ch. Sustrac, Les Célestins de France, dans École nat. des Chartes, Positions des thèses, 1899, p. 137-47. — Ch. Gérin, Les Bénédictins français avant 1789. Les Célestins, dans Rev. des quest. historiques, xix, 1876, p. 509-12. — Hélyot, Hist. des ordres religieux..., vi, Paris, 1792, p. 180-91.
Ph. Schmitz.
1 . CELESTIUS, martyr, signalé par l'hiéronymien au 21 juill. comme compagnon d'Anastasia, est pour nous un simple nom.
A. S., juin., VII, 149. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 404.
R. Van Doren.
2. CELESTIUS (Saint), évêque de Metz, est inscrit en second lieu, après S. Clément, sur la liste épiscopale. Celle-ci ne date que du viii" s.; elle mérite pourtant confiance. La fondation de l'Église de Metz
[ remonte au iv s. ou au déclin du iii"". On placera donc Céleste après 300. Sous l'évèque Drogon, son corps fut transféré à Marnioutiers (Alsace). La légende s'est emparée de la mémoire du saint.
Gallia christ., xni, 680. — A. S., cet., vi, 480-86. — Duchesne, m, 45-48. — D. A. C. L., xi. 824-26. — F.-.\. Weyland, Vie des saints du diocèse de Metz, Guénange, 1912, p. 240-52 (long art., d'une maigre valeur historique).
R. Van Doriîn.
3. CELESTIUS, hérétique du vs., disciple de Pélage. Célestins était né, semble-t-il, en Italie, d'une famille distinguée. Eunuque de naissance (Marins Mcrcator, Liber subnol., praefat., 2), il n'en avait pas moins un esprit vif et subtil. 11 reçut une excellente éducation qui le rendit fort habile thins les joutes de la dialectique; puis il passa quelque temps dans le barreau. Il ne tarda pas à embrasser la vie monastique, et Gennadius rapporte à cette période de son existence trois lettres en forme de traités qu'il écrivit à ses
CELE
STIUS
parents (De vir. inlustr., 44); ces lettres, au dire de l'historien, étaient pleines d'instructions touchant la morale et tout à fait propres à exciter à l'amour de Dieu.
Vers 400, il fit à Rome la connaissance de Rufln le Syrien qui lui apprit à nier le péché originel (Marins Mercator, loc. cit.; Augustin, De gratia Christi et de peccato orig., u, 3). Bien vite, il se laissa séduire par cette doctrine qu'il commença à répandre avec ardeur. Et lorsqu'il eut rencontré Pélage, il s'attacha à lui; mais il le dépassa aussitôt par la franchise audacieuse avec laquelle il exposait ses croyances. S. Jérôme va jusqu'à écrire que, disciple de Pélage, il devint son maître et chef de toute l'armée de l'erreur (cf. Augustin, De gratia Christi et de pecc. orig., ii, 13).
Après avoir fait à Rome un certain nombre de recrues, Celestius et Pélage durent en 409 se réfugier en Sicile, à cause des menaces que faisait passer à travers l'Italie l'invasion d'Alaric et de ses Goths. Ils n'y restèrent pas et se dirigèrent vers l'Afrique. Tandis que Pélage, après un court séjour à Carthage, partait pour l'Orient, Celestius, resté seul, commença à prêcher sérieusement sa doctrine. Il fit tant et si bien qu'il provoqua le scandale : le diacre Paulin porta contre lui une accusation formelle d'hérésie. Le libellus qu'il présenta aux évêques reprochait à Celestius d'avoir soutenu six propositions erronées : 1. Adam mortalem faclum, qui sive peccaret sive non peccaret, mortuum esset. 2. Quoniam peccatum Adae ipmm solum laeserit, et non genus humanum. 3. Quoniam Lex sic mittit ad regnum quemadmodum Evangelium. 4. Quoniam ante adventum Christi fuerunl homines sine peccato. 5. Quoniam infantes nuper nati in illo statu sunt in quo Adam luit ante praevaricationem. 6. Quoniam neque per mortem vel praevaricationem Adae omne genus Iwminum moriatur, neque per resurrcctionem Christi omne genus hominum resurgat. j
Un concile provincial fut réuni en 411 (Augustin, De gratia Christi et de pecc. orig., ii, 3), et Celestius dut se défendre. Il refusa de se prononcer de traduce peccati, parce que, disait-il, le sentiment des prêtres n'était pas uniforme à ce sujet et que c'était là une question discutée, non un dogme obligatoire. Même réponse sur le point de savoir si les enfants naissent dans l'état d'Adam avant la chute. Cependant Celestius consentait à admettre le baptême des nouveau-nés. Marius Mercator, Commonit., i, 2, ajoute qu'on le pressa en vain de condamner les propositions qu'on lui reprochait, qu'il s'y refusa, fut excommunié, appela d'abord de cette sentence à Rome, puis abandonna son appel et partit pour Éphèse où il parvint à se faire ordonner prêtre.
Nous savons mal ce que devint Celestius au cours des années suivantes et ses contemporains eux-mêmes étaient peu renseignés à ce sujet. En 414, S. Augustin j croyait qu'il pouvait être en Sicile où son hérésie faisait quelque bruit; mais en 415 il devait reconnaître qu'il s'était trompé et que Celestius n'était pas revenu en Occident. Orose paraît dire qu'il pouvait être en Palestine, ce qui n'est pas plus exact (cf. Tillemont, Mémoires, xiii, 717 sq.). En réalité, Celestius commença par séjourner à Éphèse, d'où ses prédications le firent peut-être chasser; puis il vint s'établir à Constantinople, où il recommença à enseigner ses erreurs, tant et si bien que l'évêque Atticus le chassa et écrivit plusieurs lettres à son sujet aux évêques d'.\sie, à Thessalonique et à Carthage (Marius Mercator, Commonit.).
Dès 416, les évêques d'Afrique, qui n'avaient pas cessé de s'inquiéter des progrès faits par la doctrine pélagienne et qu'avait fortement troublés la sentence rendue l'année précédente par le concile de Diospolis, réunirent deux conciles, l'un à Carthage pour la Proconsulaire, l'autre à Milève pour la Numidie. Ces
deux conciles écrivirent, après en avoir délibéré, au pape Innocent I^'' pour lui demander la condamnation de Celestius et de Pélage (Augustin, Epist., clxxv, 1). S. Augustin et quatre de ses collègues joignirent aux épîtres synodiques une lettre à part (Epist., clxxvii), dans laquelle ils exposaient au pape l'ensemble de la question, avec pièces à l'appui.
Le 27 janv. 417, le pape répondit à l'épiscopat africain : faisant droit à sa demande, il excommuniait formellement, en vertu de son autorité apostolique, les deux hérésiarques (Epist., clxxxii, 6). On aurait pu croire l'affaire terminée. Mais S. Innocent ne tarda pas à mourir et son successeur Zosime, à peine monté sur le trône apostolique, consentit à recevoir Celestius qui, après son expulsion de Constantinople, était revenu à Rome. Celestius présenta au pape un libellus, dont il ne nous reste que des fragments cités par S. Augustin : De gratia Christi et de peccato orig., u, 5-7; cf. P. L., XLv, 1718. Dans ce libellus, Celestius commençait par traiter des vérités du symbole, puis il disait que si, en dehors de la foi, on voulait s'occuper d'autres questions, il n'avait pas l'intention de les trancher deftnita auctorilate, mais qu'il voulait seulement présenter son sentiment au S. -Siège. Il admettait donc le baptême des enfants comme nécessaire pour leur entrée dans le royaume des cieux; mais il rejetait le péché originel comme injurieux au Créateur.
Celestius lut son mémoire devant le pape et le clergé romain. Ses protestations de soumission impressionnèrent Zosime qui le pressa de condamner les propositions qu'on lui attribuait : Je les condamne, affirma Celestius, selon l'opinion de votre prédécesseur Innocent d'heureuse mémoire. Le pape Zosime se déclara satisfait (Augustin, Contra duas epist. pelag., ii, 5-6) et écrivit aux évêques d'Afrique pour les assurer que j Celestius n'était pas vraiment coupable des erreurs qu'on lui attribuait (Epist., ii; P. L., xx, 649; P. L., XLV, 1719). La lettre de Zosime ajoute cependant que le pape ne veut pas porter sur Celestius un jugement définitif, mais qu'il accorde à ses accusateurs un délai de deux mois pour apporter la preuve de sa culpabilité; passés ces deux mois, Celestius sera absous sans aucun recours possible.
Il est à peine besoin de dire que les décisions de Zosime furent mal accueillies à Carthage. Le l*"' mai 418, le concile d'Afrique renouvela toutes les condamnations déjà portées contre le pélagianisme et formula en neuf canons les anathèmes nécessaires. Sur ces entrefaites, les empereurs publièrent un rescrit qui chassait de Rome Celestius et Pélage et condamnait leurs partisans à l'exil et à la confiscation de leurs biens. Le pape comprit qu'il ne pouvait pas rester sur les positions qu'il venait de prendre. Il cita de nouveau Celestius à î comparaître devant lui et devant le concile de la province romaine. Au lieu d'obéir, Celestius s'enfuit. Le concile condamna donc Celestius par contumace; il condamna également Pélage et une longue epistola tractoria, aujourd'hui perdue, fut envoyée à tous les évêques d'Orient et d'Occident pour être souscrite par eux.
Chassé de Rome en 418, Celestius paraît y être rentré assez peu de temps après, car en 421 un nouveau décret impérial adressé au préfet de la ville, Volusien, renouvelle contre lui les mesures d'expulsion et lui interdit de s'établir à moins de cent milles de la capitale. Volusien fit exécuter cet arrêt. Il semble qu'après 424 Celestius soit revenu une dernière fois à Rome pour demander audience au pape Célestin, mais que celui-ci ne l'ait pas reçu et l'ait fait expulser de toute l'Italie (TiUemont, Mémoires, xiii, 761 sq.).
En toute hypothèse, c'est à Constantinople que nous trouvons Celestius pour la dernière fois. Il habite cette ville lorsque Nestorius en est évêque, et il obtient
CELESTIUS
— CÉLINE
de lui sa protection. Nous possédons encore une lettre écrite par Nestorius à Celestius : l'évêque le console des peines et des tribulations qu'il a subies, peut-être un nouvel exil, et il compare ses épreuves à celles mêmes de S. Jean-Baptiste, à celles de S. Pierre et de S. Paul. Il l'encourage à ne pas abandonner la vérité, à fuir la communion des gens impurs et souillés. Il lui demande enfin ses prières et le charge de saluer toute la fraternité, c.-à-d., semble-t-il, les évêques pélagiens chassés de leur sièges et les fidèles adhérents de leur parti (F. Loofs, Nestoriana, Halle, 1905, p. 172-73).
Nestorius continua sa protection à Celestius, car il le porta à dénoncer comme manichéen un prêtre qu'il n'aimait pas. Ce prêtre fut en effet cité à comparaître devant son évêque, mais Celestius n'osa pas soutenir son accusation et l'affaire ne dut pas avoir d'autres suites.
En 429 ou 430 d'ailleurs, Celestius devait être assez âgé. Le concile d"Éphèse confirma, dans sa lettre synodale du 22 juin. 431, tout ce que le pape Célestin avait décidé en ce qui concernait la déposition des pélagiens et célestiens impies (Mansi, Concil., iv, 1338). Cette lettre est le dernier document dans lequel nous entendons parler de Celestius. Celui-ci ne dut pas tarder à disparaître.
Dans l'histoire du pélagianisme, Celestius tient une place importante. Il n'a sans doute pas beaucoup écrit. Dans le De perjectione. iustitiae hominis, écrit en 415, S. Augustin prend à partie un écrit qu'il appelle Definiliones ut dicitur Caeleslii, qui paraît bien avoir été son œuvre; et il parle encore d'un autre opus dont la doctrine s'accordait complètement à celle des Definitiones. Dans le De gratia Christi, de 418, l'évêque d'Hippone signale encore des écrits de Celestius qu'il appelle tantôt opuscula, tantôt lihelli. Nous avons déjà mentionné le libellus au pa])e Zosinie. Tous ces ouvrages doivent avoir été assez brefs. Le véritable écrivain de la secte sera Julien d'Éclane. Mais ce qui caractérise Celestius, c'est la vigueur de son esprit : Homo acerrimi ingenii, dit de lui S. Augustin, qui profecto si corrigeretur plurimis profuisset {Contra duas epist. Pelagia., II, m, 5). Toujours sur la brèche, Celestius ne cesse pas de défendre ce qu'il regarde comme la véritable doctrine. Exilé à plusieurs reprises, il reparaît dès qu'il le peut au plus fort de la mêlée. Il refuse de se laisser abattre et la lettre de Nestorius le montre encore en butte à de nouvelles difficultés. La mort seule put mettre un terme à ses luttes.
Tillemont, Mémoires, xiii, Paris, 1702. — Garnier, Dissertationes, Paris, 1673, réimprimées dans P. L., xlviii. — F. Woerter, Der Pelagianismus nach seinem Vrsprung und seiner Lehre, Fribourg, 1866. — M. Hedde et É. Amann, art. Pélagianisme, dansD. T. C, xii, Paris, 1933, col. 675 sq.
— G. de Plinval, Les luttes pélagiennes, dans A. Fliche et V. Martin, Histoire de l'Église, iv, Paris, 1936, p. 79 sq.; id., Pélage, ses écrits, sa vie et sa réforme, Lausanne, 1943.
— O. Bardenhewer, Geschichte der altkirchl. Lit., iv, Fribourg, 1924, p. 515.
G. Bardy.
CELESTIUS. Voir aussi Caelestius.
CELESTRE (Antoine), franciscain italien, théologien (t 1706). Voir D. T. C, ii, 2068.
CELEUSIUS, fonctionnaire de Nazianze, à qui S. Grégoire, évêque de cette ville, écrivit trois lettres, dont la première est peut-être du carême de 382. Comme ce fonctionnaire, sans doute le chef de la police locale, se plaignait de son silence, il lui répondait qu'il avait à se plaindre de lui parce qu'il n'observait pas le jeûne et donnait des spectacles indécents. La seconde lettre renferme une réprimande plus modérée. Quant à la troisième, plus longue, elle est écrite sur un ton amical et spirituel (S. Gregorii Naz. Epist., cxii, cxiii, cxiv; P. G., XXXVII, 209 A-212 B).
W. Smith et H. Wace, A Dictionary of clirislian biograp/iy, I, 434.
R. Janin.
CELIANUS, martyr vénéré à Trieste, le 10 mai.
— Le prêtre Primus, saint local de Trieste, compte parmi ses 82 compagnons un Celianus, lui-même associé à Jason. Leur légende est récente et tout indique que ces martyrs n'ont pas eu de rapports avec Trieste. Petrus de Natalibus (xiv« s.) en parle, mais les martyrologes hiéronymien et romain n'en font aucune mention.
A. S., mai, ii, 495. — B. H. L., 1008, 6923. — Lanzoni,
R. Van Doren.
CÉLICOLES, hérétiques de la fin du iv s. et du
début du V s. Ils ne sont guère connus que par S. Augustin et par quelques lois de l'empereur Honorius. En 397, S. Augustin, passant à Thubursicum, envoya chercher leur chef, maiorem, avec qui il désirait avoir un entretien. Il lui reproche d'avoir institué un nouveau baptême et d'avoir abusé beaucoup de monde par ce sacrilège. L'entretien eut lieu en effet, mais on ignore quels en furent les résultats (Augustin, Epist., XLiii).
Une loi impériale du 15 ou du 24 nov. 407 confirme toutes les lois faites contre les donatistes, les manichéens, les priscillianistes et les païens; elle ajoute qu'on donnera à l'Église tous leurs édifices servant à la religion, et aussi ceux des célicoles qui tiennent des assemblées pour établir un nouveau dogme (Cad. Theodos., XVI, v, 46). Le avr. 409 une autre loi d'Honorius est dirigée expressément contre les célicoles; elle ordonne que ceux-ci soient soumis à toutes les peines portées contre les hérétiques, si dans l'espace d'un an ils n'embrassent pas la religion chrétienne (Cod. Theodos., XVI, viii, 19).
Tout cela ne nous renseigne guère sur la doctrine des célicoles. S. Augustin n'en fait pas mention dans son traité Contre les tiérésies, ce qui tendrait à prouver qu'ils avaient déjà disparu ou du moins qu'ils avaient cessé d'être dangereux au moment où fut écrit ce traité. Tillemont {Mémoires, xiii, 315-17) se donne beaucoup de peine pour les identifier aux hypsistariens et aux messaliens. Ces efforts paraissent assez vains, puisque les célicoles ne semblent pas connus hors de l'Afrique, tandis qu'hypsistariens et messaliens sont des hérétiques orientaux.
Les recherches récentes n'ont rien ajouté, semblet-il, à notre connaissance des célicoles; et sans doute il est assez inutile de chercher à pénétrer le mystère en l'absence de tout document nouveau. La secte n'a eu sans doute qu'une existence éphémère et l'on peut s'étonner que les empereurs aient pris la peine de s'en occuper.
Baronius, Ann. eccles., ad ann. 408, n. 26. — Bussmann, Historia caelicolariim, Helmstadt, 1704. — Schmidt, Historia caelicolarum, 1704.
G. Bardy.
1. CÉLINE (Sainte), Cilinia, mère de S. Remi, évêque de Reims, est citée par Venance Fortunat dans sa Vita S. Remigii {B. H. L., 7150). Sa mort se place après 458. Elle a joui d'un culte assez tardif à Laon et à Reims. Son nom ne se trouve pas mentionné aux martyrologes anciens. Baronius l'inséra au martyrologe romain au 21 cet. en s'inspirant de .Molanus.
A. S., cet., IX, 318-22. — V. Leroquais, Les sacramcntaires et les missels mss. des bibl. publiques de France, m, 351; Les bréviaires mss. des bibl. publiques de France, v, 61.
— Mari. Rom., 466-468.
R. \'an Doren.
2. CÉLINE, sainte de Meaux (?). L'Auctarius Tornacensis d'Usuard (xiii<' s.) parle au 21 oct. d'une sainte Célinie vénérée à Meaux. Les biographes posté-
CÉLINE
— CKLLh; (SAINT-HILAIRE DE LA)
rieurs de Ste Geneviève la mettent en rapport avec cette dernière, et ainsi sa mort se placerait avant 531. Mais ce sont là des suppositions gratuites. D'ailleurs le premier témoin de Célinie est Fulcoius écrivant au xi« s., ou à Beauvais ou à Meaux. Célinie donna son nom à un prieuré bénédictin de Meaux, qui plus tard appartint à l'abbaye de Marnioutier. Elle eut sa fête le 21 oct. En réalité la j)alronne du monastère, vénérée H Meaux, n'est autre que Ste Céline, mère de S. Remi, qui, plus tard, a été doublée par la légende,
A. S., oct., IX, 306-09. — Cottineau, 1802. — Gallia christ., viu, 1715.
R. Van Dorev.
CELLA DOMINARUM, Antigua Abbalia, couvent de moniales de l'ordre de Prémontré, situé près de Pont-à-Mousson, dé]), de la Meurthe, relevant de la circarie de Lorraine, et filiale de Ste-Marie-au- Bois. Fondé avant 1 181. il est encore cité dans le catalogue de 1320, mais avait cessé d'exister vers 1600.
C.-L. Hugo, Annales Praem., i, 507. — R. Van Waelelghem. Répertoire, 53. — Cette maison ne se trouve pas mentionnée dans Gallia christiana.
M. -A. Erens.
CELLA MONIALIUM, Pro/iuirfa Va//is, couvent de moniales de l'ordre de Prémontré, situé au dioc. d'iVuxerre, dé|). de l'Yonne, relevant de la circarie de France, fdiale de S. -Martin d'Auxerre. Il faut probablement l'identifier avec le monastère de .S.- Martin qui, au xii>' s., passa, aux Prémontrés d'Auxerre, et dont le transfert fut confirmé par l'évêque Alain d'Auxerre (voir Gallia christ., xii, 358). Les moniales se fixèrent d'abord à Orta avant 1153, puis prirent leur résidence à Profondval en 1155. I*;iles existaient encore en 1212.
C.-L. Hugo, Annales Praem., n, 389. — R. Van Waefelghem, Répertoire, 53.
M. -A. Erens.
CELLACH, archevêque d'Armagh en Irlande (1 105-1 129), joua un rôle important dans la réforme de l'Église d'Irlande au xir s. Né en 1080, il fut promu au .siège d'Armagh, n'étant encore que simple laïque; il se fit consacrer évêque et s'ellorça d'introduire des réformes dans le diocèse. Depuis le x^ s., les chefs des familles princières usurpaient le siège d'Armagh et se réservaient les avantages temjjorels de la i^rimauté en se faisant rejiiplacer par des délégués pour les fotictions ecclésiastiques. Cellach appartenait lui-même à une de ces dynasties usurpatrices, les \Ji Sinaich; néanmoins il gouverna le diocèse avec sagesse. Il assista au synode national de 1111 qui étendit le mouvement de réforme à toute l'Irlande. Il lui revient aussi le mérite d'avoir choisi comme vicaire général le célèbre Malachie Ua Morgair, l'ami de S. Bernard. S. Malachic lui succédera sur le siège d'Armagh. Cellach restaura les églises, fonda des écoles et introduisit dans son diocèse les chanoines réguliers de S. -Augustin. Il mourut à .\rdpatric dans le Munster, le 1" avr. 1129, et fut enterré à Lismor dans la même province.
ne annals of Ulster, éd. B. MacCarthy, Dublin, 1893, n, 76-7, 122-23. — .J. Stuart, Historical memoirs of Armagh, éd. A. Coleman, Dublin, 1900, p. 60-62, 67. — J.-F. Kenney. Sources for Ihe early hislory of Ireland, New- York, 1929, I, n. 652, p. 764-61.
F. O' Briain.
CELLAE. Voir Cellenses (Ecclesiae ).
CELLAS (Sta Maria de), Cellense monasterium, ancienne abbaye de moniales cisterciennes au Portugal, dioc. de (^oïmbre, fondée vers 1215 par la Bse Sanche, fille du roi Sanche \"; soumise directement à (>lairvaux par la fondatrice. En même temps que la bienheureuse faisait bâtir Cellas, sa propre sœur, la Bse Thérèse, consacrait son patrimoine à renouveler
l'abbaye de Lorbaii où elle était moniale. Manrique a laissé quelques détails sur le procès que Sanche dut intenter à son frère, Alphonse; le Saint-Siège intervint avec succès.
C. Erdmann, Papsturkunden in Portugal, Berlin, 1927, p. 130. — A. S., juin, IV, 385. — Benedicti XIV Opéra omnia, I, Venise, 91. — • M. Gloning, Zwei selige Cisterc. aus kôn. Hause, Bregenz, 1907. — Henriquez, Lilia Cistercii, ii, Douai, 1633, p. 147. — Manrique, Annales cisterc, Lyon, 1642, ann. 1213 sq.
J.-M. Canivez.
CELLDÔMÔLK, Demunk, Dumunk, Demelc, Ûômôlk, Kiscell, abbaye bénédictine en Hongrie, dép. de Vas, dioc. de Szombathely. Dédiée à la Ste Vierge, elle est mentionnée pour la première fois en 1252, puis dans quelques chartes jusqu'à 1514. A cette date, les abbayes O. S. B. de Hongrie se groupèrent en congrégation; Dômôlk en fit partie. Mais la prospérité espérée par cette union fut compromise par les invasions des Turcs. .\ Dômolk, la vie conventuelle disparaît après 1526; les biens, fort réduits, sont gérés par un curé, prêtre séculier ou bénédictin de Pannonhalma, qui porte le titre d'abbé. Après l'expulsion des Turcs, l'abbaye est restaurée; les religieux se livrent au ministère parmi les populations des environs, fortement protestantisées sous l'occupation turque. L'église abbatiale, avec son Image de la Vierge, imitée de celle de Maria-Zell en Styric, d'où le nom actuel Celldômôlk = Zell-Dômolk, est devenue un centre de pèlerinage. l';ile fail actuellement partie de la Congrégation de Hongrie, qui est chargée par la Constitution de Hongrie de l'enseignement secondaire dans les collèges urbains. Le nombre des religieux se réduit à 7 ou S |)ères, comprenant professeurs émérites et le personnel chargé d'une paroisse de 1 000 âmes.
Série des abbés. .Jacques, 1252; Nicolas, 1315; Jean, 1321; Maur, 1336; Georges, 1334-38; Maur, 1.338; Nicolas, 1339-48; Thomas, 1351; André, 1357; Sebastien, 1409-10; .lean, 1457; Laurent, 1488; Valentin, 1538; Pierre Ludbregi, 1556 ; Adéodat, 1602; Martin Gyori, 1603-10; Jean Kontos, 1611-21 ; Georges Dianesevich, 1622-47; Émeric Seifïrid, 1647; Ladislas Gyôri; Benoît Diener, t 1672; Adalbert Pozsgay, 1672-78; Bernard Miskolczy, 1678-1705; Jérôme Gsatay, t 1736; Odo Koptik, 1739-50; Émeric Màkoczy, 1768-87; Gaspar Nemes, 1787-1810; Godefroy Vekerle. 1832-36; Léon Gàcser, 1838-56; Damien Petheo, 1865-73; Meinrad Jahn, 1873-74; Justinien Hollosi, 1874-1900; Laurent Wagner, 1900-10; Rupert Hollosi, 1910-18; Bernardin Jàndi, 1920-.
Pacher Donàt, A domolki apàtsàg lôrlénete [Histoire de l'abbaye de Dômôlk], Budapest, 1912.
J. SZALAY.
CELLE (S.-Hilaire de La), Cella Sancti Hilarii, abbaye de chanoines réguliers de la ville et du diocèse de Poitiers.
I. Origines du monastère primitif. — Très ancienne communauté, probablement du vi"" s., fondée au lieu où mourut S. Hilaire, et mise sous son vocable. Duchesne (ii, 86) signale un évêque de Poitiers, Pascentius, qui fut auparavant « abbé du monastère de S.-Hilaire ». Il s'agit ici du monastère de S.-Hilaire-le- Grand. dont, d'après le Gallia (ii, 1224), Pascentius fut le deuxième abbé vers 564. Quels furent les premiers religieux de la Celle, au vi"- s.? Il est difficile, sinon impossible de le préciser. Quoi qu'il en soit, on peut afTirmer que vers le xi« s. ce monastère devint un prieuré de chanoines réguliers de l'ordre de S. -Augustin. D'après Estiennot, Justus, le premier abbé de S.- Hilaire-le-Grand, aurait été inhumé à S.-Hilaire de la Celle; c'est à ce Justus qu'aurait succédé Pascentius.
IL Prieuré du xr au xiv sif.cli;. — S.-Hilaire de la Celle existait déjà commc'prieuré en 1079, lors du