CLAIRE D'ASSISE - CLAIRE GAMBACORTA
V. La cofondatrice du second ordre franciscain. — Du vivant de François déjà, nombre de monastères s'étaient fondés se réclamant de l'esprit de S.-Damien; des communautés, obéissant jusqu'alors à une autre règle, demandaient leur incorporation au nouvel ordre. François avait confié à la sœur de Claire, Agnès, le couvent de Monticelli à Florence; Claire envoya sa nièce Balbina fonder celui d'Arezzo; son amie Pacifica, celui de Vallis Gloriae à Spello; d'autres, à Pérouse, à Terni, à Spolète, à Volterra, à Pise, à Bologne, à Crémone, à Vérone, à Venise. Bientôt le second ordre s'introduisait à l'étranger, en Espagne, en France, en Allemagne, en Belgique (sur l'expansion du second ordre, v. l'article François [Ordre de S.-]); à signaler particulièrement le monastère de Prague, que gouverna Agnès, fille de Primislas Ottocar I", roi de Bohême (v. Agnès de Bohème, supra, i, 977), et celui de Bruges, fondé par Ermentrude de Cologne.
La brève Formula vitae de S. François ne pouvait suffire à maintenir dans l'unité d'une même discipline tous ces monastères dispersés. Déjà le cardinal Hugolin, protecteur du second ordre, avait obtenu d'Honorius III, en 1218, l'exemption, pour les Pauvres Dames, de la juridiction épiscopale; en 1219, il leur donna une règle qui, suivant les récentes prescriptions du concile de Latran, se fondait sur celle d'un ordre préexistant, en l'occurrence celui de S. -Benoît. Toutefois, en dehors des dispositions relatives aux trois vœux fondamentaux, toute liberté était laissée de suivre les observances propres au second ordre franciscain. Ces observances, Hugolin les rendit plus austères que dans l'ordre bénédictin : clôture stricte, silence perpétuel, jeûnes et mortifications sont minutieusement codifiés. Le pape Honorius III donna son approbation par la bulle Sacrosancta du 9 déc. 1219.
D'aucuns ont imputé à Claire l'austérité de cette règle. L'étude des documents permet de croire qu'elle ne prit aucune part à sa rédaction. Sans doute, l'abbesse de S.-Damien était portée — et depuis son enfance — à une mortification extraordinaire; mais, imprégnée de l'esprit du Poverello, c'est sur la pauvreté qu'elle mit l'accent, sur la pauvreté absolue pour laquelle elle lutta jusqu'à sa mort. Elle revendiqua comme un privilège pour ses filles le droit de ne rien posséder jamais, pas plus en commun qu'en propre, et de vivre uniquement d'aumônes. L'examen attentif des sources a prouvé qu'elle obtint gain de cause auprès d'Innocent III. Grégoire IX, autrefois cardinal Hugolin, eût voulu mitiger cette disposition. En 1228, il discuta personnellement avec Claire la possibilité pour les couvents du second ordre d'accepter la possession de biens en commun; il proposa même de la délier de son vœu d'absolue pauvreté, qu'il croyait être le seul obstacle à son adhésion, mais l'abbesse lui répondit : « Saint Père, déliez-moi de mes péchés, mais non point de l'obligation de suivre Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Vaincu, le pape confirma le privilegium paupertalis, mais uniquement pour S.-Damien, le 17 sept. 1228. Selon une étude plus récente, il semble que ces faits devraient être reportés à l'année 1231 (P. Pancratius, Ilet privilégie der armoede, dans Franc, leven, xxii, 1939, p. 176). Quand Innocent IV, le 6 août 1247, autorisa tous les monastères de clarisses à posséder des revenus, Claire se retrancha derrière son privilège de pauvreté; et lorsqu'elle-même composa une règle pour les Pauvres Dames, elle y enchâssa la pratique de la pauvreté absolue pour tous les couvents de son ordre.
Aux observances en usage à S.-Damien, conformes d'ailleurs à la Formula vilae, cette règle ajouta quelques jjrescriptions tirées de la règle d'Hugolin et de celle d'Innocent I\'; dans sa composition comme dans son expression, elle emprunte à la règle des Frères
Mineurs de 1223, dont elle reproduit textuellement plusieurs passages. Le cardinal Rainaldo, évêque d'Ostie, alors protecteur du second ordre et, peut-être, « rédacteur » de la règle, l'approuva le 16 sept. 1252 et obtint pour elle l'approbation papale. Claire eut le bonheur d'en recevoir la confirmation solennelle, sanction décisive et définitive, par la bulle Solet annuere, qu'un frère mineur, messager d'Innocent IV, lui apporta, le 9 août 1253, deux jours avant sa mort.
VI. La mort et la gloire posthume. — Malade depuis près de trente ans, Claire, plus d'une fois, avait été aux portes du tombeau. En sept. 1252, on la croyait à toute extrémité; elle vécut encore cependant jusqu'au début d'août 1253. InnocentIV, alors de passage à Assise, l'honora d'une visite personnelle au cours de laquelle l'abbesse mourante lui recommanda ses filles et leur si précieuse pauvreté. Les derniers instants de Claire, comme tant d'autres circonstances de sa vie, au dire de la Légende, s'accompagnèrent de merveilles célestes; elle mourut le lundi 11 août 1253.
Le 18 oct. de cette même année, la bulle Gloriosus Deus d'Innocent IV confiait à l'évêque Barthélémy de Spolète la mission d'instruire le procès de canonisation. Les témoins entendus, les actes furent rédigés du 24 au 29 nov. 1253; moins de deux ans plus tard, le pape Alexandre IV, l'ancien cardinal Rainaldo, proclamait la nouvelle sainte en l'église d'Anagni, le 15 août 1255. Bientôt s'éleva en son honneur l'église de Ste-Claire à Assise, où sa vie fut retracée par des disciples de Giotto, tandis que Simone Martini la représentait dans une fresque célèbre de l'église S.-François.
On établira facilement une bibliographie des sources mss. et des sources éditées à partir de l'étude de M. Fassbinder, op. cil. — On trouvera une bibliographie rétrospective des w sources et des travaux, s'étendant jusqu'à l'année 1920, dans P. Oscar de Pamel, O. M. C, La biographie de Ste Claire d'Assi!ie, dans Franciscana, iv, 1921, p. 205-16, 277-84.
A signaler parmi les ouvrages plus récents : .J. Ancelet- Hustache, Les Clarisses, coll. Les grands ordres nwnastiques, Paris, 1929. — L. Bracaloni, O. F. M., Storia di S. Damiano in Assisi secundo nuove ricerche, Todi, 2' éd., 1926; Santa Chiara d' Assisi, Milan, 1928. — .\. Callebaut, S. François et les privilèges, surtout celui de la pauvreté concédé à Ste Claire par Innocent IIL dans Arch. jranc. hist., xx, 1927, p. 182-9.S. — M. Fassbinder, Die hl. Clara von Assisi, Fribourg, 1934. — A. Henrion, Visioni di Assisi. Sorella Chiara la primogenila del Poverello, Milan, 1921; Santa Chiara d'Assisi la cooperatrice di S. Francesco, dans Arch. franc, hist., XIX, 1926, p. 579-609. — C. Mauclair, La vie de Ste Claire d'Assise, d'après les anciens textes, coll. Piazza, Paris, 1925. — P. Pancratius, O. M. C, Ilet privilégie der armoede, dans Franc, leven, xxi, 1938, p. 365-75; xxii, 1939, p. 50-58, 104-10, 169-79. — R. M. Pierazzi, Chiara Santa di Assisi, Turin, 1936; Ste Claire dAssise, adapté de l'italien par B. Dayen, Paris, 1937. — P. Sabatier, A quelle époque Ste Claire d'Assise oblinl-elle du Souverain pontife le « privilège de la pauvreté »?, Pérouse. 1921. — M. Sticco, S. Chiara d'Assisi, dans Collana di opuscoli délia gioventu femminile cattolica italiana, fasc. ix. Milan, 1930. — A. Volonterio, Santa Chiara d'Assisi, Pavie, s. d. (1934).
S. RoisiN.