CLAIRE D'ASSISE
tandis que le P. Lazzeri tient pour S. Bonaventure; quoi qu'il en soit, cette biographie révèle un auteur contemporain, écrivant deux ans seulement après la mort de Claire, s'appuyant à la fois sur les actes du procès de canonisation et sur les assertions de témoins immédiats; un seul point à sa charge : sa propension à la crédulité; — rf; la Vila di Santa Chiara, par un franciscain toscan anonyme du début du xvi« s., qui a utilisé la Légende, les actes du procès de canonisation et la chronique de l'ordre; elle a été publiée par le P. Lazzeri (La Vita di Santa Chiara, Quaracchi, 1920, in-8°, xiv-222 p.); — e) les actes du procès de canonisation; nous n'en connaissons pas l'original, mais une traduction italienne du xv« s. a été découverte en 1920, dans la bibliothèque Landau de Florence, par B. Bughetti, O. F. M., et éditée par le P. Lazzeri (Archiv. franc, hisl., xiii, 1920, p. 403-507); c'est un document de la plus haute importance, qui en authentique plusieurs autres et apporte une solution à des questions douteuses.
If. Enfance et jeunesse de Claire jusqu'à la
KONDATION DU MONASTÈRE DE S.-DaMIEN. Claire
naquit à Assise, en 1193 ou 1194. Son père, du prénom de Favarone, était probablement de la lignée des comtes de Coccorano. De ses ancêtres, le procès de canonisation livre les noms d'Oflreduccio et de Bernardine; ce qui a amené certains auteurs à parler de Messire Favarone d'Oflreduccio de Bernardino. Un frère de Favarone s'appelait Scipio ou Cipio, d'oii l'expression frater Riifinus Cipii, ...consanguineus S. Clarae, rencontrée dans un document littéraire franciscain (Chron. XXIV Generalium, cf. Anal. Franc, m, 46), qui a donné naissance à une interprétation erronée apparentant Ste Claire à une imaginaire famille de comtes de Scifi (déformation de Scipii) dénommés, au surplus, seigneurs de Sasso Rosso. Une tradition, qui remonte seulement au xv s., la rattache, du côté maternel, aux Fiumi, de Sterpeto, famille d'authentique noblesse. La Légende rapporte que la mère de Claire, Ortolane, femme de grande piété, reçut mystérieusement, avant la naissance de l'enfant, le présage de sa haute destinée. Claire eut certainement deux sœurs cadettes, Agnès et Béatrice; une généalogie, non absolument sûre, lui attribue deux aînés : un frère, Boson, et une sœur, Penenda.
En 1198, les troubles qui éclatèrent à Assise obligèrent les nobles, et notamment Favarone et Leonardo de Gislerio, seigneur de Sasso Rosso, à mettre leur famille en sécurité à Pérouse. Claire y vécut cinq ans. De retour à Assise en 1 203, la fillette se tint à l'écart du monde, joignant une excessive réserve aux vertus d'amour pour les pauvres, de mortification et de piété, qui l'avaient déjà signalée à Pérouse.
Vers 1210, alors que ses parents songent pour elle à un riche mariage, Claire n'aspire qu'à une vie de renoncement et d'oraison. C'est alors qu'elle entendit, en l'église S. -Georges à Assise, un sermon de François, le fondateur des Frères Mineurs. L'aide d'une amie, Bona de Guelfuccio, lui ménagea une entrevue avec le prédicateur; des entretiens poursuivis pendant une année aboutirent à la décision définitive : le soir des Rameaux 1211 (1212 n. s.), Claire, s'enfuyant de la maison par la « porte des morts ■> — celle qui, selon la coutume ombrienne, ne s'ouvre que devant les cercueils — se rendit à Ste-Marie-des-Anges pour s'y consacrer totalement à Dieu. C'est Pacifica de Guelfuccio qui l'accompagna, cette fois; Bona, craignant, et non sans raison, les représailles de la famille, s'était rendue à Rome sous prétexte d'y gagner les indulgences du carême.
François confia d'abord sa première « pauvre dame • aux bénédictines de S. -Paul, près de Bastia; puis, après la tentative spectaculaire des parents pour re-
prendre la jeune fille, il la conduisit aux bénédictines de S. -Ange in Panzo, au sud-est de la ville. Seize jours plus tard, Agnès, qui n'avait que quinze ans, venait rejoindre sa sœur aînée (v. Agnès d'Assise, supra, i, 976). Quelque temps après, François transféra les deux sœurs dans les dépendances de S.-Damien, la petite église qu'il avait autrefois restaurée de ses mains. Le premier monastère du second ordre franciscain était fondé.
I m. L'abbesse de S.-Damien. — Nombreuses arrivèrent auprès de Claire et d'Agnès les jeunes filles séduites comme elles par l'idéal franciscain de renoncement et de iiauvreté : Pacifica de Guelfuccio, Filippa, fille du seigneur de Sasso Rosso, Benvenuta de Pérouse et bien d'autres dont les noms sont cités dans le procès de canonisation. Plus tard, Claire accueillera à S.-Damien Ortolana, sa mère, et Béatrice, sa plus jeune sœur, ainsi que ses nièces Balbina et Amata de Coccorano.
Il fallait à cette communauté une abbessc. Le choix i de François se porta sur Claire; on était en 1224, elle n'avait que vingt et un ans, mais l'obéissance la contraignit à accepter une charge que son humilité lui avait d'abord fait refuser. Dès lors, Claire fut pour ses filles un modèle et une mère; mille traits édifiants et charmants à la fois, consignés dans la Légende et dans les actes du procès de canonisation, témoignent de sa charité et de sa mortification, de son amour du silence et de la prière. Bientôt ses excès dans la pénitence délabrèrent sa santé. Dès l'âge de trente et un ou trentedeux ans, elle est atteinte d'une maladie qui la tenaillera jusqu'à la mort. Mais sa sainteté déjà est révélée par des miracles, tels ceux du pain qui se multiplie, de la cruche d'huile qui se remplit. En 1241, sa dévotion à l'eucharistie sauve le monastère, assailli par des Sarrasins à la solde de Frédéric II; l'année suivante, la prière des Damianites donne à la ville d'Assise la victoire sur les troupes du capitaine Vitale d'Aversa. Plus merveilleuse est sa vie intérieure, dont ([uelques reflets transparaissent au dehors, telle l'extase qui la saisit une fois du jeudi saint au soir du vendredi saint.
IV. La « petite plante » de S. I-'kançois. — - Tel est le nom que Claire se donne dans son testament. De fait, François, qui avait précisé pour cette âme la vocation de haut renoncement à laquelle elle se sentait appelée, continua à la cultiver jusqu'à sa mort. A l'abbesse de S.-Dàmien, il donna une courte Formula vitae, non point une règle à proprement parler, mais l'essence d'une règle pour le gouvernement des Pauvres Dames. Il la visitait et c'est, sans doute, une de leurs conversations tout enflammées de l'amour de Dieu que symbolise le légendaire récit du repas à Ste- Marie-des-Anges, où la forêt parut embrasée aux yeux des habitants d'alentour. Par lui-même ou par des frères de son ordre, il dispensait aux Damianites la parole de Dieu, .\lors qu'il hésitait entre la contemplation et la prédication, François recourut à Claire — en même temps qu'à Frère Sylvestre, l'ermite — pour connaître la volonté divine. Vers la fin de sa vie, lorsque, marqué des stigmates du Christ sur l'Alverne, il revint à .\ssise, Claire lui construisit une petite hutte de branchages pour qu'il pût se reposer dans le jardin de S.-Damien. C'est là que, durant l'hiver 1224-25, fut composé l'hymne de louange à Dieu par les créatures, que nous appelons le Cantique du soleil. Peu avant sa mort, de la Portioncule où il s'était fait ramener, François envoya aux Damianites un ultime conseil, celui « de vivre toujours dans la vie très sainte d'imitation du Seigneur et dans la ])auvreté ». Une de ses dernières volontés fut que son corps, lorsqu'on le transporterait à Assise pour les funérailles, fût porté dans l'église de S.-Damien, afin (jue Claire et les Pauvres Dames pussent voir une dernière fois leur père.