‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 239 sur 282 · CLAUDE DE LA COLOMBIÈRE, S. J · texte numérisé non relu

CLAUDE DE LA COLOMBIÈRE, S. J

(Bienheureux) (1641-82), né à S.-Symphorien-d'Ozon (Isère), le 2 févr. 1041, fit ses études d'humanités et de l)hilosophie aux collèges N.-D. -de-Bon-Secours et de la Trinité à Lyon, et entra au noviciat d'Avignon (23 oct. 1G58) où il fit une troisième année de philosoi)hie et cinq années de régence. De 1666 à 1670 élève en théologie au collège de Clermoiit à Paris, il y aida et suppléa le P. Bouhours comme précepteur des fils de Golhert. L'anecdote de sa disgrâce, publiée pour la première fois par le P. Pierre Charrier d'après une correspondance privée de 1738, ne semble guère vraisemblable, vu la délicatesse du P. de la Colombière et le fait qu'on n'en trouve aucune trace ni dans les témoignages des contemporains, ni dans les écrits du bienheureux, ni dans les archives de la Compagnie où se trouvent plusieurs lettres de Colbert; on s'imagine difficilement le précepteur étalant dans un cahier ouvert une épigramme grossière vis-à-vis du père de ses élèves (discussion du fait dans G. Guitton, op. infra cit., 97-104). Ce séjour à Paris et ce préceptorat le mirent en contact avec des humanistes, tels que Rapin et Bouhours, et avec la société d'intellectuels et de littérateurs qui fréquentait chez Colbert, entre autres Olivier Patru. Prêtre depuis le 6 avr. 1669, il regagna normalement sa province à la fin de son cours de théologie. Il y fut nommé professeur de rhétorique au collège de la Trinité et fit aussi quelques prédications. Lors de l'ouverture des cours en 1671, il fut chargé du discours de rentrée; de même en 1672, où il traita en latin « Du siècle d'Auguste et de l'orateur français » — c'est là qu'il fit, sans le nommer, un éloge transparent d'O. Patru. Les derniers temps de son séjour à Lyon sont marqués par un raidissement ou redressement spirituel, prélude et préparation de cet approfondissement qui se révèle dans son journal de la retraite de 1674 et culmine dans son « v(ru de fidélité ». Ki\ edct, à l'automne de

1674, il fut envoyé au troisième an. à la maison S. -.Joseph de Lyon, .\dmis à la profession solennelle le 2 févr.

1675, il fut désigné peu après comme supérieur de la

petite résidence de Paray-le-Monial dépendante du collège de Roanne.

Après ses brillants succès oratoires et professoraux, cette désignation put sembler étrange, mais c'est là que Dieu l'attendait pour ce qui devait être sa grande mission : la diffusion de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Notre-Seigneur s'était manifesté dans une série de révélations à une humble religieuse de la Visitation, la Sœur Marguerite-Marie Alacoque, et l'avait chargée de faire établir le culte du Sacré-Cœur. Cette mission avait jeté la sainte dans un grand trouble et l'avait exposée à de violentes contradictions, sans qu'elle trouvât lumière ni secours chez aucun directeur spirituel. Notre- Seigneur lui promit d'envoyer « son fidèle serviteur et véritable ami ». Peu de temps après son arrivée à Paray, le P. Claude à l'occasion des quatre-temps se rendit à la Visitation pour y donner l'instruction et entendre les confessions; le recueillement intense de la Sœur Marguerite-Marie le frappa, et peu à peu celle-ci lui découvrit les grâces extraordinaires dont le Christ l'avait comblée et la mission dont il l'avait chargée. Le Père éclaira et soutint la sainte; ce fut là le début d'une direction qui se poursuivit jusqu'à la mort du bienheureux. Au mois d'août 1676 le Père reçut avis de son changement prochain, sans indication précise de sa nouvelle destination.

Lors du mariage du duc d'York avec Marie-Béatrice d'Esté, le roi Charles II avait garanti à la nouvelle duchesse le droit de chapelle. En conséquence, on avait choisi un jésuite français, le P. de Saint-Germain, comme prédicateur de la cour ducale. En 1675 le Père avait été sollicité par un agent provocateur, un Français qui avait pris le nom de Luzancy, de recevoir l'abjuration de son apostasie; il avait indiqué par écrit les formalités techniques de l'abjuration. Muni de cette pièce, l'agent avait échafaudé devant les Communes toute une accusation contre le prédicateur. Sur le conseil de jésuites anglais et d'autres notabilités anglaises, le Père s'était dérobé par la fuite à un jugement dont on ne pouvait attendre aucune équité. Le duc d'York réclamait un nouveau prédicateur, de préféretice le P. Nicolas Patouillet, qui avait précédemment prêché avec grand succès dans la chapelle de l'ambassade portugaise à Londres, mais avait dû lui aussi s'enfuir. Le P. de la Chaize, ancien recteur et provincial du P. Claude, devenu confesseur de Louis XIV, choisit le bienheureux pour cette mission délicate et dangereuse, dans une situation qui s'annonçait de plus en plus critique. Le P. Claude arriva le 13 oct. 1676 au palais de S. -James et débuta comme prédicateur à la Toussaint. Il n'y avait guère que les Français qui pouvaient suivre ces prédications, car un édit interdisait aux Anglais d'entendre la messe dans les chapelles tolérées pour les étrangers, et l'on surveillait souvent les portes des chapelles. A son départ, Sœur Marguerite-Marie lui avait communiqué un mémoire contenant l'annonce de difficultés, lui recommandant la douceur envers les pécheurs, la prudence... Tout en assurant, avec succès, son ministère de prédication, le bienheureux s'occupa aussi d'une communauté cachée à Londres, probablement des filles de Mary Ward. Il continuait également sa direction des âmes en France par ses lettres spirituelles. Malgré toutes les restrictions et la discrétion imposée par les circonstances, son apostolat semble avoir été fructueux. En jaiiv. 1677, le Père fit une retraite dont le journal, publié avec celui de la retraite de 1674, a une grande importance, tant parce qu'il révèle l'évolution de sa vie intérieure que par le fait qu'on y trouve le récit des révélations à Ste Margucrite-.Marie. Ce sera cette retraite, publiée après sa mort, cjui rendra publique, aussi bien dans les communautés de la Visitation {|u'à l'extérieur, la mission de la sainte et la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus.

Page 1