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pire. Une fois de plus, la neutralité pontificale fit les frais des opérations militaires : les impériaux s'avancèrent en Romagne et jusque dans les Marches. Le pape protesta auprès de Charles VI contre ces violations et contre l'occupation des duchés (28 nov. 1735, 5 janv. 1736, 20 avr. 1736), mais sans résultat.
Bien plus grands encore étaient ses sujets de plainte à l'endroit des Espagnols : leurs troupes de passage se conduisaient comme en pays conquis et leurs recruteurs, installés en pleine ville de Rome, recouraient à la violence et à la contrainte pour embaucher des recrues, en dépit de toutes les interdictions pontificales.
Ces excès provoquèrent, les 23 et 25 mars, un soulèvement populaire des Romains du Trastevere. Le pape fit droit aux émeutiers : il leur promit la libération de leurs parents détenus de force à l'ambassade d'Espagne et l'établissement d'un contrôle sévère sur les agissements des recruteurs (V. de Brognoli, Relazione dei tumiilti accaduti in Roma l'anno 1736, publ. par l'abbé Conti, Rome, 1882). Des désordres se produisirent également en province, spécialement à Ostie et à j Velletri. En cette dernière localité, le pape dut envoyer le cardinal Barberini pour prévenir de graves incidents à l'approche d'une colonne espagnole.
Loin de faire droit aux plaintes de Clément XII, Philippe V exigea qu'il prît des sanctions contre les émeutiers, et que des personnalités romaines vinssent à Madrid lui présenter leurs excuses. Le pape n'ayant pas donné suite à ces exigences, Madrid ordonna à son ambassadeur, le cardinal Acquaviva, et à tous les ressortissants espagnols et napolitains, y compris l'auditeur de la Rote, de quitter Rome sans délai (début mai 1736). L'ordre fut exécuté. La nonciature de Madrid et celle de Naples durent également garder leurs portes fermées.
Fortement affecté par ces épreuves, le pape octogénaire tomba gravement malade, mais il ne céda pas. L'archevêque de Naples, Spinelli, puis le gouvernement français proposèrent leurs bons offices en vue d'un rapprochement (juin-juill. 1736). Fort de son bon droit, Clément XII n'admit aucune concession. Les positions se raidirent encore au cours des mois suivants : à Madrid, un décret du 24 oct. soumit à l'approbation préalable du Conseil d'État tous les écrits pontificaux, sauf ceux de la pénitencerie.
Toutefois, en déc. 1736, l'étoile de Molina, le principal instigateur des mesures antiromaines, ayant pâli à Madrid, Philippe V annonça la reprise des négociations. Le cardinal Acquaviva revint à Rome, le 3 mars 1737. Une commission de dix cardinaux fut chargée d'étudier toutes les questions litigieuses. Le cardinal Spinelli tint un diaire de leurs réunions (Pastor, 665, n. 7; Portillo, Estudios..., xvii, 326 sq.). Pour accélérer les discussions, trois d'entre eux, Corradini, Gentili et Spinelli, se réunirent en séances restreintes à partir du début d'avr. (Portillo, ilnd., 336). Même ainsi, il fut malaisé de trouver un terrain d'entente. Madrid ne cessait d'allonger la liste de ses revendications et voulait tout faire dépendre d'une concession préliminaire d'investiture à Don Carlos. Par contre, le pape se refusait à rien entamer sans la réouverture préalable des nonciatures fermées (Pastor, 666, n. 1). Soutenu par la majorité de ses cardinaux, il refusa aussi de prendre en considération toutes les demandes qui ne prenaient pas comme base de discussion le concordat conclu en
Le 23 août 1737, un accord fut obtenu sur les deux points principaux : Clément XII concéda l'imposition d'une contribution quinquennale sur le clergé d'Espagne. En retour, Acquaviva renonça à toute prétention à un patronage royal sur l'épiscopat espagnol. Le concordat fut signé le 26 sept, et ratifié par le pape le 12 nov. 1737. Il pouvait satisfaire les deux parties
(Portillo, ibid., xix, 69; A. Mercati, Raccolta di concordati su malerie ecclesiasliche tra la Sanla Sede e le autorilà civili, Rome, 1919, p. 327). Les relations diplomatiques furent rétablies entre Rome et Madrid. Diverses mesures furent prescrites pour améliorer l'administration des Églises espagnoles et y renforcer la discipline ecclésiastique, surtout en matière de concessions de bénéfices. La contribution du clergé fut fixée à 150 000 ducats par an. Le pape appliqua loyalement les clauses du concordat. L'n bref aux évêques espagnols imposa les mesures nécessitées par son application. L'infant Don Luis fut promu administrateur spirituel de Tolède, tout en se voyant doublé d'un coadministrateur en la personne de Bernardo de Saavedra, archevêque titulaire de Larissa. Enfin Molina fut promu cardinal (20 déc. 1737).
Du côté espagnol l'exécution fut moins parfaite : le nonce Silvio Valenti Gonzaga put rentrer à Madrid, le concordat fut publié dans les formes (Portillo, ibid., XVIII, 324); mais le gouvernement de Madrid et plus j encore le cardinal Molina poursuivirent leurs efforts pour étendre le droit de patronage royal à tous les évêchés d'Espagne. Connaissant les dilficultés financières de l'Espagne, le pape concéda un nouveau prélèvement de 2 millions de réaux sur les biens de l'Église espagnole. Mais sur le point du droit de patronage aucun accord ne put jamais être obtenu.
Dès la conclusion de l'accord avec l'Espagne, la Congrégation cardinalice chargée des affaires espagnoles aborda l'examen de la situation napolitaine. Don Carlos, devenu Charles III de Naples et fortement secondé en ce sens par son ministre Tanucci, avait calqué son attitude envers le S. -Siège sur celle de son père. Il escomptait ainsi forcer la main au pape et obtenir, outre l'investiture des Deux-Siciles, plusieurs autres avantages : droit de nomination aux évêchés et aux bénéfices d'Église, suppression du tribunal de la nonciature, diminution des couvents.
Le pape suivit d'aussi près qu'il le put les négociations entamées avec Acquaviva et un abbé napolitain, Celestino Gallieni. Il aurait voulu faire dépendre la reconnaissance d'investiture de l'abrogation des mesures antiromaines prises par Tanucci. Mais cela fut impossible : Naples exigeait l'investiture sans condition, sinon on s'en passerait. Pour éviter cette extrémité, le pape céda : le 12 mai 1738, la bulle Ad excelsum {Bull. Rom. Pont., xxiv, 377) accordait à Charles III l'investiture du royaume des Deux-Siciles et de Jérusalem contre le paiement annuel de 7 000 ducats d'or et la présentation symbolique de la haquenée (description de la cérémonie de présentation, dans Arch. slor. ilal., sér., xx, 1887, p. 172-73, note). Peu après, la princesse Marie-Amélie de Pologne, passant par les États pontificaux pour devenir à Naples l'épouse de Charles III, y fut escortée par un légat et saluée au passage par deux cardinaux au nom du pape. Le nonce put rentrer à Naples, mais Tanucci ne modifia que sur des points accessoires le cours qu'il avait imprimé à sa politique religieuse.
4° Questions diverses. — Les accords conclus en 1727 et 1728 entre le S. -Siège et le Piémont avaient été négociés suivant une procédure inhabituelle en ce genre de tractations : la plupart des cardinaux en furent tenus à l'écart. L'incorruptibilité des quelques négociateurs fut mise en doute, non sans quelque apparence de raison, car ces accords comportaient nombre de clauses contraires aux droits ordinairement revendiqués par l'Église.
Dès son avènement, Clément XII chargea sa troisième Congrégation spéciale d'examiner cette affaire. Des mesures furent prises contre les principaux responsables : le cardinal Fini et Mgr Sardini (Pastor, 639, n. 4). Le pape exposa à l'ambassadeur du Pié
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mont, puis au roi Charles-Emmanuel lui-même (bref du 3 déc. 1730), les raisons pour lesquelles il considérait ces accords comme nuls. Il envoya à Turin Mgr Guglielmi pour rouvrir les pourparlers en vue de leur revision.
La question ayant été débattue en consistoire S janv. 1731), le pape, fort de l'assentiment de ses cardinaux, déclara la nullité des accords piémontais (6 août 1731). Un bref du 29 août fut adressé en ce sens aux évêques du Piémont.
Mais à Turin la direction des affaires était entre les mains du marquis d'Ormea, le principal artisan des accords en question. Aux déclarations pontificales on répondit par des mesures légales tracassières et par la publication d'une sorte de Livre blanc, Relazione istorica délie verlenze, che si trovcwano pendenti Ira la corle di Roma e qiiella del Re di Sardegnu, allorchè fu assonto al pontificato Renedelto XIII, dei Iratlati su di esse seguiti... corne anche di lutto cio ch'e succeduto nel pontificato di Clémente XII (Turin, 1731), auquel Giusto Fontanini répondit du côté romain par la publication d'une réfutation anonyme intitulée Ragioni delta Sede Apostolicà nette presenti controversie colla carte di Torino.
A Rome aussi le vent était à l'intransigeance. Malgré les efforts d'un groupe de cardinaux, parmi lesquels Bentivoglio et Alessandro Albani, partisans d'une politique de concessions, la faction des zelanti l'emporta. L'emprisonnement, par les autorités piémontaises, de l'écrivain Pietro Giannone, poursuivi par l'Inquisition romaine pour ses écrits contre le pouvoir de l'Église, créa une atmosphère plus favorable à une reprise des négociations. Mais celles-ci progressèrent si lentement que le pape n'en vit pas la fin (J. Hergenrôther, Piemonts U nterlxandlungen mit dem ht. Stulit im xviii. Jahrh., Wurtzbourg, 1877, p. 60-68).
En été 1730, le pape mit fin au conflit qui opposait depuis cinq ans le magistrat de Lucerne au nonce Domenico Passionei. La compétence des pouvoirs respectifs fut délimitée et le nonce, qui s'était fixé à Altorf, reçut l'ordre de regagner Lucerne.
En juin 1732, une escarmouche entre la police urbaine et des gens de l'ambassadeur de Venise ayant causé mort d'homme, la Sérénissime rappela son représentant. Le pape ordonna une enquête et l'affaire fut arrangée à l'amiable.
Il eut moins, de succès à Gênes, lorsque les Corses, révoltés contre la domination génoise, lui eurent proposé d'accepter le rétablissement de la souveraineté pontificale sur cette île, telle qu'elle avait existé à la fin du Moyen Age, sous Eugène IV et Nicolas V. Le pape préféra tenter une médiation entre les deux parties. Mais le Sénat génois repoussa ses bons offices.
L'ne pétition, soi-disant appuyée par la grande majorité des habitants de S. -Marin, lui ayant été présentée, le gouvernement pontifical autorisa son légat à Ravenne, le cardinal Alberoni, à prendre les mesures propres à répondre aux vœux exprimés par les habitants. Abdiquant toute prudence, Alberoni se présenta à S. -Marin avec un détachement de troupes pontificales et proclama l'annexion de la république aux États de l'Église (17 oct. 1739). Le pape, averti, désavoua son légat et décida qu'aucune annexion n'aurait lieu sans un plébiscite. Enrico Enriquez fut nommé commissaire pontifical pour procéder à ce plébiscite, dont l'issue détermina le retour de S. -Marin à l'indépendance {Arch. stnr. ilal., W" sér., xx, 368 |1« foisl-365 [2'- fois]).
Fidèle aux traditions du S. -Siège, Clément XII soutint l'empereur dans sa nouvelle guerre contre les Turcs. Il essaya de lui ménager l'alliance de Venise et de la Pologne et mit à sa disposition une aide de 142 000 scudi, dont une part importante fut obtenue
par souscription personnelle de lui-même et des cardinaux. La guerre ayant pris fin avant que cette somme n'eût été entièrement payée, le pape fit parvenir le reliquat aux paroisses de Hongrie éprouvées par les hostilités.
III. L'administration des États pontificaux. — 1" Clément XII et son neveu Neri Corsini. — Dès le début, le pontificat de Clément XII se ressentit de son âge avancé et de l'état souvent précaire de sa santé. Ce handicap ne fit que s'aggraver avec les années, mais de bonnes nominations aux jirincipaux postes de gouvernement et le maintien en place de nombreux dignitaires du pontificat précédent en modérèrent les funestes effets. La Secrétairerie d'État fut confiée d'abord au cardinal Banchieri, puis, à partir de 1733, au cardinal Firrao. Pour couper court aux rivalités des puissances qui proposaient chacune un candidat différent pour la Daterie, le pape y nomma, non un cardinal, mais successivement deux fonctionnaires : l'auditeur de la Rote, Antonio Valenti, puis, en 1731, Antonio Gentili, le secrétaire de la Congrégation des Évêques et des Réguliers (Fabronius, 53). Tous ces dignitaires furent peu à peu éclipsés par le neveu du pape, Neri Corsini, qui finit par exercer une surintendance générale sur les affaires de l'Église. Son action ne fut pas toujours heureuse, car il lui manquait l'étoffe d'un homme d'État et il se trouvait paralysé par son désir de ménager toutes les susceptibilités, à commencer par la sienne.
Clément XII ne dépassa point les bornes d'un népotisme modéré. S'il octroya le chapeau à son neveu Neri dès sa première promotion (14 août 1730), ce fut pour se ménager une aide dans l'expédition des affaires et surtout dans son mécénat, rôle pour lequel Neri était remarquablement doué. S'il nomma des membres de sa famille à des postes importants, il ne tint compte que de leurs capacités et ne leur facilita jamais l'acquisition de bénéfices. Les privilèges qu'il accorda à ses familiers et à certains de ses compatriotes florentins, en 1730, 1731 et 1735 {Bull. Rom. Pont., xxiii, 144, 217, 281; XXIV, 74), n'avaient rien d'extraordinaire. Seulement, son âge avancé et ses fréquents accès de goutte et de syncope l'empêchaient d'exercer un contrôle normal sur le cours des affaires. En outre, depuis 1732, il fut frappé de cécité. Dans ses Lettres... (ii, 59, 118), le président de Brosses raconte comment tous les matins les secrétaires se présentaient avec le courrier du jour précédent chez le pape devenu aveugle et l'aidaient à poser sa signature au bon endroit. Jusqu'en 1737, le pape garda sa lucidité mentale, mais à partir de cette date sa mémoire se mit également à subir des éclipses. Sa volonté de fer lui permit plusieurs fois de surmonter toutes ces causes de faiblesse et de participer îi des cérémonies exténuantes. Mais il n'y réussissait qu'au prix d'efforts surhumains. Après la quadruple canonisation de 1737, il dut gagner le lit séance tenante. La santé du vieux pontife déclina encore : durant l'automne de 1739 il resta presque continuellement alité. II mourut le 6 févr. 1740. Clément XII ne peut donc être tenu pour responsable du pouvoir discrétionnaire que son neveu finit par avoir sur les affaires publiques ni du cours louvoyant trop fréquemment suivi par l'administration pontificale à cette époque.
2° Réformes intérieures. — Sous le pontificat de Benoît XIII, le futur Clément XII avait fait partie de l'opposition. Dès son avènement, il mit un terme aux innovations qui avaient marqué le règne de son prédécesseur. Les réformes les plus importantes furent confiées à quatre nouvelles Congrégations instituées à cet effet.
La première, la Congrégation De nonnullis, aussi appelée Congrégation Bénéventane, érigée par motu
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proprio du 8 août 1730, fut composée de cinq, puis de dix cardinaux (liste des membres dans Pastor, 634, n. 4). Elle était chargée d'exiger des comptes de tous les profiteurs du pontificat précédent, avant tout du cardinal Coscia, archevêque de Bénévent, et de ses partisans. Clément XII lui avait concédé les pouvoirs les plus étendus et l'avait soumise au même secret rigoureux que celui du S. -Office. Un motu proprio du 1" déc. 1730 ouvrit le procès contre Coscia. Mgr Buondelmonti fut envoyé à Bénévent en qualité de commissaire pour enquêter sur place. Coscia obtempéra à une mise en demeure de renoncer à son archevêché (23 déc. 1730). Ne se sentant plus en sécurité à Rome, il s'enfuit sous un déguisement et gagna Naples, où il se mit sous la protection de l'empereur (31 mars 1731). En conséquence il fut déclaré déchu de tous ses privilèges et ses biens furent mis sous séquestre. Le 12 mai, un monitoire lui donna six mois pour comparaître, faute de cjuoi il subirait des sanctions draconiennes. Peu après, il fut frappé d'excommunication et d'interdit. Sans se laisser émouvoir, le cardinal rebelle adressa plusieurs lettres ouvertes au pape pour justifier son attitude. Leur publication contraignit le pape d'éclairer à son tour l'opinion publique. Coscia ne reparut à Rome qu'après un an d'absence (1^'' avr. 1732) et fut interné dans un couvent. Son procès dura encore toute une année. Le verdict, prononcé le 9 mai 1733, déclara le prévenu coupable de falsifications, de malhonnêtetés, d'abus de'confiance et de démarches simoniaques. Coscia était excommunié specialissimo modo, condamné à dix ans de réclusion, à la restitution des biens injustement acquis, à une amende de 100 000 scudi, à la perte de ses bénéfices et de toute voix active et passive à l'intérieur du Sacré Collège pour la durée de son emprisonnement. Ces peines furent mitigées par la suite (Amato, // processo e la deposizione del cardinale N. Coscia, dans Atti délia Societù storica del Sannio, iv, 1926; la Sententia S. D. N. démentis PP. XII lata et publicala die 9 Mail anni 1733 in causa cardinalis Nicolai Cosciae a été publiée à l'époque et fut reproduite dans I. C. Lùnig, Codex Italiae diplomaticiis, iv, 383 sq.).
La seconde Congrégation nouvelle eut pour objet de vérifier les grâces accordées par Benoît XIII. Dès déc. 1730, elle composa un projet de bulle supprimant la permission de lever des pensions sur les cures. Nombre d'autres faveurs abusives accordées par Benoît XIII furent abolies ou modifiées (Bull. Rom. Pont., xxiii, 323). Le pape prit occasion de ces mesures restrictives pour confirmer l'ordre dominicain dans la possession de certains privilèges liturgiques que d'aucuns lui avaient abusivement contestés (ibid., 491).
La troisième Congrégation eut pour mission d'examiner les concessions mettant en cause l'immunité ecclésiastique. Elle eut principalement à s'occuper du concordat conclu avec la Sardaigne.
La quatrième Congrégation devait remettre de l'ordre dans les finances publiques.
3° Mesures financières, économiques et sociales. — A son avènement. Clément XII hérita d'une dette publique de GO millions de scudi. Les dégâts causés par le passage répété des troupes belligérantes et l'interruption des rentrées financières normales en provenance de Naples, d'Espagne et du Portugal aggravèrent encore la conjoncture, déjà fortement compromise par une administration financière fondée sur un système d'emprunts à découvert non productifs et d'une balance des comptes déficitaire d'environ 120 000 scudi par an.
Issu d'une famille de négociants. Clément XII ne se dissimulait pas la gravité d'une telle situation. .Mais la Congrégation cardinalice instituée pour y remédier s'en révéla incapable. Le pape recourut d'abord à un
expédient resté célèbre : le 9 déc. 1731, malgré l'opposition des zelanti, le lotto fut rétabli avec neuf tirages par an. On considérait cette loterie publique comme une sorte de contribution volontaire. Malgré les sommes appréciables qu'il fournit au trésor (le bénéfice net, dès la première année, atteignit 418 745 scudi), cet expédient s'avéra incapable d'enrayer sérieusement la débâcle des finances pontificales, d'autant plus que le produit du lotto fut habituellement consacré à financer des travaux somptuaires.
Un deuxième expédient fut tenté : l'émission de papier monnaie par le Banco di S. Spirito et le Monte di Pietà. La mauvaise monnaie chassa la bonne et se déprécia elle-même de plus en plus. La couverture de l'émission tomba de 1 million à 130 000 scudi. Les relations des ambassadeurs vénitiens Alvise Mocenigo et Marco Foscarini, les rapports du cardinal Cienfuegos et les lettres du président de Brosses sont pleines de détails typiques sur les conséquences de ces embarras monétaires.
Pour remédier aux difficultés économiques qui en résultaient, le pape élargit la compétence et augmenta les pouvoirs de la Congrégation De bono regimine (12 févr. 1734; Bull. Rom. Pont., xxiii, 583). Il créa trois nouveaux postes de reviseurs comptables à la Chambre apostolique, afin de rendre possible une refonte complète de sa comptabilité. Il leur était enjoint de dresser un compte détaillé du patrimoine pontifical et de le tenir à jour; de reviser tous les contrats de louage et autres similaires conclus au nom de la Chambre; d'établir tous les trois mois l'état de la dette en tenant compte des échéances prochaines; de se réunir tous les mois, avec le trésorier général, en une Congregatio residuorum; de tenir le grand livre renfermant le bilan annuel des recettes et des dépenses; de présenter à chaque nouveau pape, moins de deux mois après son élection, le compte du pontificat précédent, réparti en budget ordinaire et extraordinaire (27 avr., 13-14 juill. 1735; ibid., xxiv, 47-59).
Le pape eut aussi recours aux mesures de dirigisme protectionniste et bullionniste : interdiction d'exporter des sequins (Cracas, 27 oct. 1736, 27 juill. 1738); ordonnances contre les agioteurs et accapareurs; faveurs accordées au développement de l'industrie nationale, du commerce et de l'outillage économique; imposition de tarifs protecteurs, en vue de favoriser les manufactures naissantes, surtout celles des tissus de drap qui avaient pris un grand essor à Rome et dans une dizaine de villes de province. Un décret du 12 oct. 1730, interdisant l'importation des draps et des velours de fabrication étrangère, fut suivi de mesures restreignant l'usage des dentelles, des broderies d'or et d'argent et d'autres ornementations de luxe. Des dérogations ayant été consenties à l'Empire, la France, prétextant d'une affaire de contrebande de tabacs et de soieries, entreprit un blocus douanier du territoire d'Avignon (juin 1731-déc. 1732). Elle extorqua ainsi un accord économique franco-avignonnais (11 mars 1734) très désavantageux pour le S. -Siège et dont le pape fut fort mécontent. Plutôt que de maintenir l'interdiction absolue d'importation de tissus ordinaires établie par Clément XI, il préféra la subordonner au paiement d'une taxe de 20% ad valorem (mai 1735). Ce droit, réduit à 10%, fut étendu en 1738 aux tissus de soie (Bull. Rom. Pont., xxiv, 351 ; A. Galli, Cenni economico statistici sullo Stalo Pontificio, Rome, 1840, p. 374).
Ces diverses mesures ne répondirent pas aux espoirs. Car les institutions de crédit se trouvant dans la main d'étrangers, surtout de Florentins et de Génois, il fut impossible d'empêcher la fuite des liquidités à l'étranger. D'autre part la qualité et le prix de revient de ses produits ne permettait pas à l'industrie romaine, même fortement protégée, de supporter la
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loncurrence étrangère (détails dans Montesquieu, Voyages, i, 193, 20.5, 215; ii, 64).
Les principaux travaux publics entrepris sous son pontificat intéressent Ancône et Ravenne. Dans la ligne d'un traité de commerce conclu avec l'empereur en 1731, au grand déplaisir de Venise, Ancône fut iléclaré port franc (16 févr. 1732). De nouvelles installations portuaires y furent creusées, doublées d'un hôpital modèle pour les marins mis en quarantaine. Une route moderne, la via Clementina, relia Ancône à son hinterland jusqu'à Nocera. Une commission de cinq cardinaux délibérant tous les mois fut chargée de la direction de ces travaux qui coûtèrent 200 000 scudi fournis par les rentrées du lotto. L'arco Clementino perpétua le souvenir de ces entreprises. A Ravenne les travaux furent encore plus importants; les deux cours d'eau baignant la ville et dont les crues causaient des inondations désastreuses, le Montone et le Ronco, furent réunis en un seul lit élargi (juill. 1735-déc. 1736). Ensuite, en 1737, un canal long de 10 km. réunit la ville à la mer où fut édifié le porto Corsini. Une statue colossale du pape, érigée en 1738, rappelle ces bienfaits. Dans ces divers travaux le pape fut puissamment secondé par le cardinal Alberoni, alors légat à Ravenne.
Clément XII subventionna aussi des travaux d'utilité publique à Bologne (Fabronius, 193); il fit construire un pont sur le Sinapi, près de Cesena; il généralisa et améliora le système de pavement des rues de Rome; grâce à un nouvel alignement, le Corso devint la plus belle des voies romaines; des travaux de drainage furent entrepris dans le Valle Chiana, mais le projet de rendre navigable le Tibre de Pérouse à Rome dut être abandonné. A l'occasion d'un vaste incendie qui s'était communiqué à une partie de la ville (5 mai 1734), il institua à Rome un corps de pompiers. Il accorda diverses faveurs aux artilleurs du Chàteau- S.-Ange (Bull. Rom. Ponl., xxiii, 438).
La Constitution In supremae juslitiae solio, du 1" févr. 1735 (ibid., xxiv, 28-37), visa à réduire la plaie des homicides. Elle édictait une forte aggravation des peines contre les coupables et contre les porteurs d'armes prohibées, soumettait les recours en grâce à des dispositions restrictives et suspendait toute immunité en cette matière. Ces mesures furent encore renforcées et étendues à l'Espagne (16 nov. 1737; ihid., 308), puis à Gênes, y compris la Corse (14 janv. 1740; ibid., 595).
4" Les arts et les sciences. — Clément XII ne voulut pas que les difficultés du trésor pontifical missent obstacle à son mécénat. Sa fortune personnelle, les goûts de son neveu, le cardinal Neri, et les rentrées abondantes du lotto lui permirent d'entreprendre de grands travaux sans regarder à la dépense. Aussi son pontificat compte-t-il parmi ceux dont l'œuvre artistique fut la plus importante. Il recourut surtout au service d'artistes florentins. Ses architectes préférés furent Ferdinando Fuga et Alessandro Galilei.
Sans parler des églises du Bambino Gesù et des SS. Celso e Giuliano, qu'il fit construire à ses frais, il contribua à la restauration et à l'aménagement de nombreuses églises de Rome : S. Prisca, S. Lorenzo in Piscibus, S. Orsola, S. Pellegrino, S. Niccolà in Carcere, S. Nome di Maria, S. Maria délia Morte. On lui doit encore le portique de Ste-Marie-Majeure et la façade de l'église nationale de S. Giovanni de' Fiorentini (1733-34, plans de Galilei : cf. Valesio, Arte e Storia, XXXVI, 1917).
La principale construction religieuse due à Clément XII est la façade du Latran (ibid., xxxv, 1916, p. 335 sq.). Elle donna lieu à un concours auquel prirent part les principaux architectes de l'époque. Se séparant de l'avis de la Congrégation qu'il avait cons-
tituée en oct. 1731 pour juger des différents projets, le pape, suivant le vœu de la majorité de la commission des artistes, adopta le projet présenté par son compatriote Galilei. Les travaux, entrepris en août 1732, furent terminés trois ans plus tard. Les frais s'élevèrent à plus d'un demi-million de scudi. En même temps (févr. 1732-janv. 1735), Clément XII fit ouvrir à gauche de l'entrée principale du Latran la chapelle funéraire — chef-d'œuvre d'harmonie et d'élégance — dédiée à son ancêtre, S. André Corsini, et destinée aux membres de sa famille. Il y reçut lui-même sa sépulture définitive.
En 1732, dès la clôture du concours pour la façade du Latran, Clément XII en fit ouvrir un autre pour l'aménagement architectural de la fontaine de Trevi. Sur les seize projets présentés, il choisit celui de Nicolo Salvi (ibid., xxxi, 1912, p. 265 sq.). Ici encore le lotto fournit l'argent nécessaire. Les parties principales de cet ensemble pleinement réussi furent terminées en déc. 1736, mais à la mort du pape il restait encore plusieurs groupes à achever (Pastor, 750, n. 1). Encore à la même époque, et toujours au moyen des fonds tournis par le lolto, le palais du Quirinal fut notablement agrandi et, pour lui faire face, celui de la Consulta fut entièrement reconstruit (oct. 1732-avr. 1735; cf. Gaddi, 63 sq.; "Valesio, Arte e Storia, xxxvi, 1917, p. 18 sq.). Ces deux constructions formèrent un ensemble d'un aspect tout nouveau. Clément XII chargea aussi son sculpteur préféré, Pietro Bracci, de restaurer l'arc de Constantin.
A la tète de la Bibliothèque Vaticane, qui était devenue la plus riche du monde, il nomma trois compétences scientifiques : le card. Angelo Maria Quirini, comme préfet; l'orientaliste Joseph-Simon Assemani et l'archéologue Giovanni Gaetano Bottari comme adjoints. Il fit construire une aile nouvelle à la Vaticane, renouvela ses règlements (Bull. Rom. Pont., xxiv, 571- 76), augmenta son budget et lui fit don de plusieurs collections de valeur : 200 vases étrusques, 328 médailles anciennes, 5 rarissimes manuscrits sur papyrus (A. M. Quirini, Comment, de Bibtiotheca Vaticana a Clémente XII aucta, Brescia, 1739; I. Carini, La Biblioteca Vaticana proprietà delta Sede apostolica, Rome, 1893).
Clément XII fit encore aménager à Rome un autre centre scientifique de première valeur : le musée de sculptures et d'inscriptions anciennes du Capitole. Il lui fit présent, entre autres, de la collection des bustes des empereurs romains achetée au cardinal Alessandro A\lbani pour 06 000 scudi. Ce fut le premier en date des musées d'antiquités d'Europe. Son inauguration eut lieu en 1734 (Michaelis, Storia dclla collezione Capilolina di antichità, dans Rômische Milteilungen, vi, 1891, ]). 58 sq. ; Rodocanachi, Le Capitole romain antique et moderne, Paris, 1904, p. 158 sq.). Pour prévenir l'exportation des objets d'art, qui, au témoignage de Montesquieu (op. cit., i, 205), menaçait de dépouiller totalement la Ville éternelle, le pape songea à annexer au musée du Capitole une section de peintures.
Clément XII encouragea l'édition des œuvres de S. Ephreni en 6 vol. entreprise par Assemani (Rome, 1732-46), celle du bullaire des papes par Cocquelines, la refonte de la Roma sotterranea de Bosio par Bottari et la représentation de comédies anciennes par Francesco Lorenzini. En 1738, il ouvrit à Rome l'Institut pontifical de chalcographie. Il s'intéressa à un projet de réforme du calendrier (1735), à la confection d'un plan de Rome par Giambattista Nolli (1736), et aux travaux de l'astronome suédois Anders Celsius, auquel il avait accordé l'usage d'une salle d'observation dans la tour de l'Horloge du Quirinal.
Le pape confirma les privilèges accordés en 1730 au
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nom de Benoît XIII à la chaire de théologie thomiste érigée à l'université de Modène (16 avr. 1732; Bull. Rom. Pont., xxiii, 390). En 1731, il accorda aux piaristes la licence de ne pas se confiner dans l'enseignement élémentaire et intervint dans le conflit qui s'ensuivit avec les jésuites de Vilna (Bull. Rom. Ponl., 246, 507). Il approuva les statuts des facultés universitaires créées par Philippe V à Cervera en Catalogne, leur concéda divers privilèges aux dépens des cinq autres universités de Catalogne et leur reconnut le même rang qu'à l'université de Salamanque (6 déc. 1730; ibid., xxiii, 156-211). Il approuva aussi les constitutions des séminaires fondés en Aragon par Francesco Ferrer (6 nov. 1731 ; ibid., 292-306).
IV. Gouvernement de l'Église. — 1° Questions dogmatiques. — Sur le front du jansénisme. Clément XII n'eut à mener que quelques combats d'arrière-garde. Depuis que le Parlement en était devenu le principal défenseur, le mouvement janséniste en France avait pris une tournure plus politique et institutionnelle. La déclaration gouvernementale du 24 mars 1730, qui donnait force de loi à la bulle Unigenitus, rencontra une très vive résistance et ne fut enregistrée que sur ordre exprès du roi. Son application se heurta à beaucoup de mauvaise volonté et provoqua des conflits incessants entre Louis XV et le Parlement. Mais les remous de ces tempêtes ne franchirent guère les frontières du pays. En France, nul n'éprouva le désir d'y entraîner le Souverain pontife et Clément XII n'intervint de sa propre autorité qu'avec modération.
Un conflit ayant éclaté entre l'évêque de Montpellier et son chapitre au sujet de l'acceptation de la bulle Unigenitus, Clément XII prit le parti du chapitre (bref du 27 août 1731 : Bull. Rom. Pont., xxiii, 283; Reusch, ii, 750).
Il intervint également pour condamner les mandements par lesquels les évoques d'Auxerre et de Montpellier, jansénistes notoires, s'étaient prononcés en faveur d'événements étranges dont le cimetière S.- Médard avait été le théâtre, à l'occasion d'exhibitions spectaculaires auxquelles se livraient les « convulsionnaires » sur la tombe du diacre Paris (3 oct. 1733, 19 janv., 11 oct. 1734; Picot, ii, 308, 317; Bull. Rom. Pont., XXIV, 8; Fleury, Hisf. ecclesiastica, éd. Augsbourg, par Alex, a S. Joanne a Cruce, 1768, lxxv, 79. Le 22 août 1731, il avait déjà fait condamner une Vie de M. Pûris, diacre. Cf. Reusch, ii, 747, 750).
Les milieux jansénistes ayant donné un commentaire tendancieux du bref Verbo Dei par lequel Benoît XIII avait loué la doctrine de S. Thomas d'Aquin, le pape répondit, le 2 oct. 1733, par le bref Apostolicae providentiae, qu'il était faux de prétendre que les doctrines augustinienne et thomiste de la grâce eussent été condamnées par la bulle Unigenitus, mais que, par ailleurs, les systèmes défendus par d'autres écoles catholiques restaient parfaitement orthodoxes {Bull. Rom. Pont., xxiii, 541). Par la même occasion, il renouvela l'interdiction faite par Paul V de censurer un des deux systèmes reçus dans l'enseignement catholique.
Un décret du Parlement (18 févr. 1735; Fleury, op. cit., LXXV, 25) ayant condamné une instruction pastorale de l'archevêque de Cambrai et une thèse présentée en Sorbonne, toutes deux favorables à un sain ultramontanisme, le pape déclara la nullité de ce décret (18 mai 1735). 11 condamna de même (26 janv. 1740, Bull. Rom. Pont., xxiv, 667; Picot, m, 40) un arrêt du Parlement dirigé contre des lettres épiscopales par lesquelles l'évêque de Laon, Etienne de La Fare, d'accord avec six évêques, privait des sacrements les appelants qui ne se seraient pas rétractés.
line seule fois, en 1735, le cardinal Fleury tenta de
composer une nouvelle formule de conciliation à soumettre aux jansénistes. Il l'expédia à Rome où le pape lui fit bon accueil et chargea Mgr de Tencin d'en étudier le contenu. L'affaire n'eut aucune suite (Fleury, op. cit., Lxxv, 266 sq.). Clément XII se méfiait des tentatives d'union, car pour lui la question janséniste était résolue en droit. Seule restait à obtenir l'exécution des mesures prises.
La congrégation bénédictine des Filles du Calvaire formait alors la citadelle du jansénisme monastique : deux de ses trois supérieurs généraux étaient les deux évêques les plus jansénistes de France. L'un d'eux, l'évêque de Montpellier, étant mort (l'"' août 1738), le roi fit interdire son remplacement par cooptation et obtint du pape un bref spécial y instituant l'archevêque de Paris comme visiteur pour une durée de quatre ans, avec les pouvoirs les plus étendus. Mais le pape n'intervint plus dans les difficultés qui surgirent à cette occasion entre Fleury et la supérieure générale, Mme de Coëtquen (ou de Couesquen). Parmi les bénédictins de S.-Maur de nombreuses soumissions eurent lieu en 1735-36. Le pape en témoigna sa satisfaction (P. Denis, Les bénédictins de S.-Germain-des- Prés et la Cour de Rome en 1735, dans Reu. Mabillon, IV, 1908, p. 324-60). Deux autres citadelles du jansénisme, la Sorbonne et la faculté de philosophie de l'université de Paris, se rallièrent aussi à la bulle Unigenitus sous ce pontificat. Le pape en prit occasion pour leur adresser, ainsi qu'à Louis XV et à Fleury, des brefs de félicitations (Pastor, 715).
Aux Pays-Bas, après la mort de l'archevêque janséniste d'Utrecht, Barchman, le chapitre de cette ville lui donna comme successeur Théodore Van der Croon, puis, à la mort de ce dernier, Jean Meindaerts. Par des brefs du 17 févr. 1735 (L. Mozzi, Hist. des révolutions de l'Église d'Utrecht, ni, Gand, 1829, p. 86-90) et du 6 oct. 1739 (ibid., 90-94; Bull. Rom. Pont., xxiv, 591), le pape excommunia les coupables et leur interdit tout exercice des pouvoirs d'ordre et de juridiction qu'ils s'étaient abusivement arrogés ou conférés.
Le 26 janv. 1740, VHist. des Réflexions morales et de la Constitution « Unigenitus », l'édition française de VHist. du concile de Trente de Paolo Sarpi par Pierre- François Le Courayer et un arrêt du 22 avr. précédent sur une lettre pastorale de huit évêques concernant la dénégation des derniers sacrements aux appelants, furent interdits (Bull. Rom. Pont., xxiv, 664, 665). Une deuxième édition de VHist. du peuple de Dieu par le P. Berruyer, jésuite, avait été mise à l'Index en 1734, ainsi que plusieurs œuvres de John Locke.
Le 28 avr. 1738 parut la Constitution pontificale In eminenti, condamnant la franc-maçonnerie. Il était défendu, sous peine d'excommunication latae sententiae simpliciter reservatae, de s'agréger aux sociétés désignées, de donner asile ou de prêter un concours quelconque à leurs membres. Ceux-ci étaient considérés comme fortement suspects d'hérésie (ibid., xxiv, 366; Picot, m, 20 sq.). Moins d'un an plus tard, paraissait un édit interdisant aux citoyens pontificaux d'appartenir aux loges, sous peine de mort et de confiscation des biens, et rendant obligatoire la dénonciation des réunions maçonniques (Cracas, 24 janv. 1739).
2° Mesures administratives et canoniques. — Le 16 juin 1737, Clément XII canonisa S. Vincent d Paul, S. François Régis, Ste Catherine de Gênes e Ste Julienne Falconieri (Bull. Rom. Pont., xxiv, 232) La bulle de canonisation de S. Vincent de Paul contenant une allusion louangeuse au zèle déployé par lui contre le jansénisme naissant, le parlement de Paris en prit occasion pour la censurer (4 janv. 1738). Le cardinal Fleury obtint du Conseil l'annulation de cet arrêt du Parlement (22 janv.; Picot, m, 13 sq.). On
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doit aussi à Clément XII les béatifications de Catherine de Ricci (1" oct. 1732; Bull. Rom. Pont., xxiii, 442), de Joseph de Leonissa (19 juin 1737; ibid., XXIV, 287), et plusieurs béatifications équipollentes (Moroni, xiv, 74).
Par les Constitutions Pastorale officium (10 janv. 1731; Bull. Rom. Pont., xxni, 224) et Apostolalus officium (5 oct. 1732; ibid., 443), complétées par un acte du 24 déc. 1732 (ibid., 456), le pape introduisit de nouvelles dispositions légales pour le cas de vacance du Siège apostolique. La première spécifiait que la dignité de cardinal doyen reviendrait alors au plus ancien des cardinaux présents en Cour de Rome ou absents pour cause de mission, mais non à un cardinal habituellement absent. La seconde établissait un ensemble de lois qui régissent aujourd'hui encore les conclaves : pouvoir des cardinaux, secret des délibérations et des scrutins, répartition des charges, administration financière.
L^ne série de mesures furent prises pour améliorer l'organisation de la justice : la compétence du tribunal de la Rote fut précisée (17 nov. 1734; ibid., xxiv, 11); en matière de justice urbaine, le traitement des causes criminelles fut séparé de celui des causes civiles, les deux continuant à dépendre du vicaire de la ville (24 déc. 1735; ibid., 93).
L'évêché de Ferrare fut promu au rang d'archevêché (1735; ibid., 62). Celui de Langres fut démembré au profit d'un nouvel évêché créé à Dijon (1731; ibid., XXIII, 270).
En matière d'indulgences. Clément XII amplifia celles concédées aux Servîtes et aux confréries des Sept-Douleurs pour la visite des églises, la récitation du rosaire des Sept-Douleurs et diverses pratiques de piété {ibid., xxiv, 18). Il accorda une indulgence plénière à la dévotion des treize vendredis instituée par S. François de Paule (ibid., 494). Des indulgences furent aussi concédées d'abord en Italie seulement, puis pour tout l'univers, à ceux qui enseignent la doctrine chrétienne et aux adultes qui suivent leurs cours (15 nov. 1730, 27 juin 1735, 17 mai 1736; ibid., 44, 195).
A peine devenu pape, Clément XII confirma en faveur du tiers ordre de S. -François quelques décrets qu'il avait promulgués cinq ans plus tôt en qualité de cardinal protecteur. Plus tard il confirma l'ensemble de ses constitutions (21 août 1730, 26 janv. 1734; ibid., xxiii, 44, 567-83). Furent encore approuvés ou confirmés par lui : les constitutions de la congrégation de Notre-Dame (31 janv. 1733); les constitutions et les lois dénommées « extravagantes » des hiéronymites espagnols (11 oct. 1730; ibid., 62-136); divers statuts particuliers, puis l'ensemble des constitutions de la congrégation espagnole des Trinitaires déchaussés de la rédemption des captifs (11 sept. 1730, 10 déc. 1733, 2 août 1738; ibid., xxiii, 51, 551; xxiv, 395-484); les décrets du chapitre général de la congrégation bénédictine du Mont-Cassin et les constitutions de la congrégation espagnole des Frères de S. -Jean de Dieu (sept. 1738; ibid., xxiv, 487, 493).
Clément XII restreignit les privilèges fiscaux et révoqua ou modifia plusieurs privilèges canoniques accordés à divers ordres mendiants et non mendiants (ibid., XXIII, 229, 318, 323). Il accorda aux Chevaliers de Malte un élargissement du droit de capture pour les encourager à armer des navires contre les pirates de la Méditerranée (ibid., xxiv, 389). II approuva plusieurs divisions de provinces dans divers ordres et congrégations, ainsi que le rétablissement en Irlande d'une province des carmes de la stricte observance (10 oct. 1737; ibid., 305).
3° Les missions. — Clément XII continua en ce domaine l'œuvre de Clément XI. Ses deux mesures
principales concernent les rites chinois et malabares.
Le bref Apostolicae sollicitudinis (26 sept. 1735; Bull. Rom. Pont., xxiv, 84) condamna deux lettres pastorales de l'évêque François, de Péking, rendant obligatoires les tolérances accordées par le légat apostolique Mezzabarba au sujet des rites chinois. D'autre part, le vicaire apostolique du Chen-Si, qui avait interdit de se servir de ces tolérances, fut blâmé à Rome. Pour trancher cette question controversée, le pape ouvrit une nouvelle enquête en 1735. Plusieurs anciens missionnaires et même quatre jeunes Chinois furent interrogés sur tout ce qui concernait le culte de Confucius et des ancêtres. L'enquête aboutit sept ans plus tard, sous Renoît XIV, à la bulle Ex quo annulant les tolérances de Mezzabarba pour revenir à la Constitution Ex nia die de Clément XI.
Dans la mission du Maduré, les décrets imposés en 1704 par le cardinal de Tournon contre les rites malabares avaient causé de nombreuses difficultés. Seize questions furent proposées à leur sujet au S. -Office. La réponse fut le bref du 24 août 1734 (Streit, vi, n. 331). Sous réserve de quelques points de détail, les interdictions de Tournon étaient maintenues.
Par son bref Concredita nobis, du 13 mai 1739, le I pape revenant à la charge imposa aux missionnaires le , serment d'observer et de faire observer le décret. Ce 1 bref fut accompagné d'ordres très stricts adressés au j général des Capucins (!«' oct. 1739). Clément XII s'in- ! téressa spécialement aux efforts déployés au Thibet j par les missionnaires capucins. Le 24 sept. 1738, il ! écrivit deux lettres, l'une au roi de Lhassa, l'autre au ! lieutenant du Grand Lama, pour les remercier de la i bienveillance témoignée aux missionnaires et leur I demander pour eux la liberté de prêcher l'Évangile ' (Streit, VI, 112-114; Launay, Hisl. de la mission du Thibet, ii, 382-84; Bull. 0. F. M. Cap., vu, 256-57, I 259). La réponse du 7 sept. 1741 sera accompagnée j d'un diploma immunitatis pour les missionnaires. I Pour subvenir aux frais considérables de cette nou- : vellc mission, le roi d'Espagne mit à la disposition de j la Propagande des sommes à prélever sur le fonds de ! la Cruciata et le pape sollicita la générosité de l'épisj copat mexicain (11-15 avr. 1739; Bull. 0. F. M. Cap., i VII, 260-62).
; En août 1737, il nomma deux vicaires apostoliques 1 pour des pays infidèles : Pierre Faroux, des Missions j étrangères, pour l'Algérie (moyennant délégation de \ pouvoirs pour la Tunisie au capucin Antoine de Ber- I tonico), et Mgr de la Baume pour la Cochinchine et le I Cambodge.
I Un ancien missionnaire de la Propagande en Chine, Matteo Ripa, était revenu au pays, après dix-sept ans de séjour, accompagné d'aspirants séminaristes chi- I nois. A leur intention, il ouvrit à Naples le collège de I la Ste-Famille. Le pape approuva chaleureusement j cette initiative (7 avr. 1732; Bull. Rom. Pont., xxiii, 388); il contribua à la fondation et à l'entretien du collège. Par le bref Injuncti nobis (22 mars 1736; ibid., xxiv, 122-81), il donna son approbation à ses règlements et, le 14 mars 1738, lui concéda les mêmes privilèges qu'aux Oratoriens et au Collège de la Propagande (Bull. Rom. Pont., xxiv, 347-49). L'histoire de cette institution a été racontée par le fondateur luimême (M. Ripa, Sloria delta fondazione délia Congregazione e del Collegio de' Cinesi scritta dalla stesso fundatore, Naples, 1832).
Clément XII s'intéressa encore à d'autres instituts d'enseignement pour missionnaires. Il fit ériger dans l'abbaye bénédictine de Ullano (dioc. de Bisignano) un séminaire italo-grec pour jeunes Épirotes du rite oriental (11 oct. 1732; Bull. Rom. Pont., xxiii, 464). Le supérieur de ce « séminaire Corsini » devait être revêtu de la dignité épiscopale et exempt de l'Ordi-
naire du lieu. Les règles en furent approuvées (16 avr. 1736; ibid., xxiv, 186-94). Le pape fonda un collège à Rome pour les Maronites (31 mars 1732). Il prit des mesures pour assainir l'équilibre financier du Collège rie la Propagande. Il permit à l'université de Manille d'ouvrir une faculté de droit civil et canonique (2 sept. 1734; Ripoll, Bull. O. P., vi, 746). Il accorda aux ermites de S. -Augustin d'ouvrir à Valladolid un séminaire pour les missions des Philippines (10 mars 1736), qui devint la première école apostolique d'Espagne (T. Lopez, dans Revista agosliniana, vu, 1884, p. 458-61). Il fit visiter le Collège anglais de Rome et ratifia les mesures prises à cette occasion (Bull. Rom. Pnnl., XXIV, .583 sq.). Il déclara exempt le collège missionnaire franciscain établi à Ozieri en Sardaigne et approuva l'établissement de collèges du même type à S. Gavino en Sardaigne et à Pachuca au Mexique (ibid., xxiii, 138, 257, 515). Il permit aussi aux franciscains d'ouvrir à Madrid une procure générale pour leurs missions du Maroc.
Pour stimuler un accroissement des conversions au catholicisme en Saxe, la bulle Sedes apostolica, du 9 juill. 1732, concéda aux hérétiques qui reviendraient à la foi catholique la pleine et entière possession des bénéfices ecclésiastiques sécularisés dont ils seraient détenteurs (Bull. Rom. Pont., xxni, 414). Des faveurs similaires furent accordées pour le Bas-Palatinat (ibid., XXIV, 59).
Les mouvements de retour à Rome dans le Proche- Orient furent également encouragés. Des rapports épistolaires s'ouvrirent en 1738-39 entre le pape et le patriarche grec d'Alexandrie, Cosmas III Kalokagathos. L'orientaliste bien connu Assemani servit de trait d'union; malgré ses bonnes dispositions, il ne semble pas que le patriarche ait fait le pas décisif (toutes les pièces de ce dossier sont éditées par G. Hofmann, Griechische Palriarchen und romische Pâpsle, III-3, Kosmas III Kalokagathos, Patriarch von Alexandrien (1737-1746), dans Orientalia chrisiiana, xxxvi-2, n. 97, p. 87-108).
On ne sait pas davantage quel fut le succès des démarches entreprises auprès du patriarche copte d'Alexandrie par un missionnaire récollet, Jakob von Kremsir. Une tradition, dont on ne peut établir la véracité, veut qu'il se soit converti avec 10 000 de ses coreligionnaires. Un autre converti de marque fut Muley Abder-Rahman, neveu du sultan du Maroc. Il vint à Rome en 1733 et fut baptisé à S. -Pierre sous le nom de Laurent Barthélémy. Le pape fut son parrain.
Parmi les Églises orientales unies. Clément XII s'intéressa spécialement aux Maronites. Il confirma les constitutions et règles de deux congrégations de moines maronites antoniens, celle du Mont-Liban et celle de S.-Isaïe (31 mars 1732, 17 janv. 1740; Bull. Rom. Pont., xxiii, 327-88; xxiv, 604-62). Des abus s'étant produits parmi eux, il délégua Assemani pour convoquer et diriger leur synode, dont les huit sessions se tinrent du 30 sept, au 13 oct. 1736 (Colleclio Lacensis, ii, 75-478). Il approuva aussi les règles de la congrégation gréco-melkite de S. -Jean-Baptiste in Soairo établie à Rome et lui concéda l'usage de l'église de Sta Maria in Domnica (14 sept. 1739; Bull. Rom. Pont., XXIV, 579).
(élément XII accorda aux ermites de S. -Augustin du Pérou et du Chili, ainsi qu'aux membres de l'ordre de S.-Hippolyte du Mexique certaines dérogations à leurs constitutions, (jour tenir compte de leur pauvreté et de leur éloignement (Bull. Rom. Pont., xxiv, 1, 39). Il confirma aussi l'interdiction faite par le chapitre général des Ermites de S. -Augustin de recevoir dans la province mexicaine de leur ordre des mulâtres et des métis (6 août 1739; ibid., 569), cum compertum sit summum dedecmt nostrne religinni injcrri ai ex ignobili
vulgo (id illam admittantur. Au Brésil, il intervint en faveur des servîtes et des carmes (Bull. Rom. Pont., XXIII, 605; J. A. Ximenes, dans Bull. Carm., iv, 239, 262). Il permit aux missionnaires capucins français d'exercer la médecine et la chirurgie en cas de nécessité (5 janv. 1735; Bull. Rom. Pont., xxiv, 26).
4° Promotions cardinalices. — A cause de la mentalité antiromaine régnant dans la plupart des pays catholiques, Clément XII évita, dans la mesure du possible, de donner la pourpre à des cardinaux étrangers.
Furent nommés cardinaux : le 14 août 1730, in petto, son neveu Neri Corsini (publ. le 11 déc); le 2 oct. 1730, Alessandro Aldobrandini, Girolamo Grimaldi, Bartolomeo Massei, trois anciens nonces, et le secrétaire de la Propagande, Bartolomeo Ruspoli; — le 24 sept. 1731, Giuseppe Firrao, Sinibaldo Doria, Gian Antonio Guadagni, Antonio Saverio Gentili et Vincenzo Bichi; la promotion de ce dernier, ancien nonce à Lisbonne, eut lieu pour faciliter le rétablissement de relations normales entre Rome et le Portugal et après de longues et pénibles négociations; — le oct. 1732, Agapito Mosca et Trojano Acquaviva; celui-ci jouera un rôle de premier plan au cours des négociations hispano-romaines des années suivantes;— -le 2 mars 1733, Domenico Rivera, sur proposition du prétendant Jacques III; le 28 sept. 1733, Marcello Passari et Giambattista Spinola; — le 24 mars 1734, Pompeo Aldrovandi, Serafino Cenci, Pier Maria Pieri et Giacomo Lanfredini; — le 17 janv. 1735, l'archevêque de Naples, Giuseppe Spinelli. La première promotion d'un cardinal non italien se place dans le cadre des luttes entre Rome et Philippe V : ce fut celle de l'infant Don Luis, encore mineur (19 déc. 1735).
Les puissances se faisant plus pressantes, il fallut leur accorder satisfaction : le 20 déc. 1737, eut lieu la seule grande promotion des couronnes de tout le pontificat. Elle comprenait : pour l'empereur, l'évêque de i Passau, Dominicus Lamberg; pour le roi de France, l'évêque de Vienne, Oswald de la Tour d'Auvergne; pour l'Espagne, l'évêque de Malaga, le fameux Gaspar Molina; pour la Pologne, l'évêque de Cracovie, Alexandre Lipski; pour Venise, l'auditeur de la Rote. Carlo Rezzonico; pour le Portugal, le patriarche de Lisbonne, Tomas de Almeida. Un accord précisa qu'à l'avenir le titre cardinalice serait attaché d'office à celui de patriarche de Lisbonne, suivant des modalités déterminées (Bull. Rom. Pont., xxiv, 313, 338 sq.). Depuis plusieurs années, Jean V de Portugal intriguait auprès du S. -Siège pour obtenir ce privilège unique. Ayant consulté une commission cardinalice spéciale, le pape lui concéda cette faveur dans l'espoir de voir enfin rétablies avec le Portugal des relations normales interrompues depuis plus de quinze ans. Cet accord fut complété par une disposition accroissant la mense patriarcale, par divers privilèges accordés à ce siège en matière bénéficiale et par la concession au roi et à ses successeurs du droit de présentation à d'importantes prébendes rattachées à l'ancienne cathédrale de Lisbonne-Est (ibid., xxiv, 317, 338, 499).
Les dernières promotions de Clément XII furent de nouveau peu fournies et réservées à des Italiens : le 23 juin 1738, Domenico Passionei; le 19 déc. 1738, Silvio Valent! Gonzaga; le 23 févr. 1739, Gaetano Stanipa, et le célèbre adversaire des jansénistes, Pierre Guérin de Tencin; le 15 juill. 1739, Marcellino Cori; le 30 sept. 1739. Prospero Colonna et Carlo Maria Sagripanti.
Sources. — Annuario Pontiftcio, ann. 1730-40. — Ch. de Brosses, Lettres familières écrites d'Italie en 1739-40, ii, éd. Paris, 1869, p. 7.3-139; éd. Paris, 1928, p. 55-106. — Bull. Rom. Pont., éd. Turin, xxiii-xxiv. — Episodi delta sloria di Roma net secolo XVIII : brani inediti dei dispac^i