CLÉMENT XI — CLÉMENT XII
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RoGliH MoLS.
21. CLÉMENT Xil, pape, successeur de Benoît XIII; élu le 12 juill. 1730; t 6 févr. 1740.
I. Avant le pontificat. — 1° Jusqu'au cardinalat. — Lorenzo Corsini naquit à Florence le 7 avr. 1652. Il était fils de Bartolomeo Corsini, marquis de Tresana, et d'Isabella ou Élisabeth Strozzi. Les Corsini étaient une vieille famille florentine qu'une longue pratique du négoce avait fortement enrichie et qui avait été anoblie.
Lorenzo commença ses études dans sa ville natale, les poursuivit au Collège romain, passa à l'université de Pise oii il fit cinq années de droit et reçut le titre de docteur. Retourné à Rome pour y approfondir ses connaissances juridiques sous la direction de son oncle, le cardinal Neri Corsini, il fut, à la mort de celui-ci (1678), rappelé à Florence auprès de son père qui, pour des raisons d'argent, répugnait à voir entrer son fils dans la carrière ecclésiastique.
Bartolomeo étant mort en 1685, Lorenzo revint sans tarder à Rome et entra à la Curie. Sous Innocent XI, il acquit pour 30 000 scudi le poste de régent de la Chancellerie et sous Alexandre VIII, pour 80000 scudi, celui de clerc à la Chambre apostolique. Ce dernier pape le nomma aussi préfet de la Signature de la grâce (13 févr. 1690). Il se choisit alors comme assesseur le plus fameux jurisconsulte de la ville, Pomponio de Vecchis.
En avr. 1691, Alexandre VIII désigna L. Corsini comme nonce auprès de l'empereur avec le titre d'archevêque de Nicomédie. Mais l'empereur, n'ayant pas été pressenti à l'avance sur cette nomination, refusa de recevoir le nonce. Innocent XII ayant succédé à
Alexandre VIII, l'empereur obtint satisfaction : un autre nonce fut envoyé à Vienne.
En févr. 1696, L. Corsini fut nommé trésorier général de la Chambre apostolique, poste qu'avait occupé son oncle sous Alexandre VII. Il cumula cette fonction avec celle de commissaire maritime et de préfet du Château S. -Ange. Il remédia comme il put à la gabegie de l'administration financière et resta dix années en charge, années difficiles pour le trésor pontifical.
2° Le cardinalat. — Au consistoire du 17 mai 1706, il fut nommé cardinal-prêtre de Ste-Suzanne; il échangea ce titre contre celui de S.-Pierre-aux-Liens, (entre le 19 nov. 1720 et le conclave de 1721) et devint, le 19 nov. 1725, cardinal-évêque de Tusculum.
Après sa promotion il garda d'abord ses fonctions financières avec le titre de protrésorier. Il se démit de ce poste à la suite d'un différend qui l'opposa au cardinal Corradini au sujet d'un incident qui s'était produit à Ferrare. Deux ans plus tard, le pape nomma le cardinal Corsini légat à Ferrare, pour lui donner l'occasion d'obtenir réparation dans cette affaire. Corsini refusa la légation pour des motifs de santé et se réconcilia avec Corradini. Au cours de son cardinalat, le cardinal Corsini fut membre de dix Congrégations ordinaires. En outre, il fit partie de la Congrégation réunie par Clément X I, le 28 sept. 1716, pour décider des mesures à prendre pour poursuivre la guerre en Hongrie, ainsi que de la Congrégation et de la commission spéciale instituées en mars 1720 dans l'afl'aire d'Alberoni.
Sous Benoît XIII, il succéda au cardinal Scotti comme préfet de la Signature de la justice et devint membre du S. -Office. Il fut protecteur des frères mineurs de l'observance, des frères mineurs réformés, de l'ordre des Servîtes et de plusieurs institutions charitables, en particulier de l'hospice de la Ste-Trinité des pèlerins et de S. -Jacques des incurables.
Il menait un train de vie conforme à son rang et à sa grande fortune. Sa bourse et sa maison étaient largement ouvertes. Il accordait sans compter son concours aux œuvres de philanthropie et se montrait non moins généreux dans son mécénat artistique. Il était protecteur de l'académie des Quirini (M. Maylender, Storia délie Accademie d' Ital ta, iv, Bologne, 1929, p. 356-57) et réunissait en son palazzo plusieurs sociétés littéraires groupant les principaux beaux esprits de son temps. Sa bibliothèque, qu'il veilla à accroître par l'acquisition de fonds de valeur (par ex. la bibliothèque du cardinal Filippo Gualteri achetée en 1728 pour 11 000 scudi), devînt le noyau de la bibliothèque Corsini, une des plus riches de Rome.
Au conclave qui suivit la mort de Clément XI (marsmai 1721), Corsini figura parmi les dix principaux papables. Il avait de nombreuses sympathies, tant parmi les zelanti que dans la faction d'Albanî. Mais sa qualité de Florentin le desservait auprès des cardinaux nationaux â un moment où la succession de Toscane allait se décider. D'autres objections étaient encore soulevées contre sa candidature (voir l'opinion de l'évêque de Sisteron, Lafitau, dans Michaud, 55, 306). Si le camp des Bourbons inclinait à une faveur très réticente, celui des impériaux ne dissimulait guère son hostilité. Ses sentiments personnels le portaient du côté des Français, au parti desquels il essaya de gagner le cardinal Alberoni, lorsque celui-ci vînt rejoindre le conclave. Vers la mi-avril, Ottoboni se risqua même à tenter une opération en faveur de Corsini, mais il n'obtint pas le concours escompté du cardinal de Rohan. Néanmoins, jusqu'aux derniers jours du conclave, Corsini réunit sur son nom un nombre appréciable de suffrages.
Au conclave de 1724, Corsini figura de nouveau parmi les principaux papables. Les positions à son
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égard n'avaient guère changé depuis trois ans (voir, pour la France, Hanotaux, m, 7, 15). Lui-même soutint son chef de groupe, le cardinal Annibale Albani, dans toutes ses pratiques. Après l'échec d'imperiali, ses chances s'accrurent notablement, zelanti et impériaux lui étant favorables, la France et même l'Espagne paraissant abandonner leur réserve. Au cours des discussions fort embrouillées qui suivirent, Corsini fut un des candidats vedettes du parti Albani et son nom figura en bonne place sur une liste proposée à l'agrément des couronnes. Mais le ralliement des cardinaux nationaux était très instable. Du côté français, beaucoup lui reprochaient son attitude lors de la confection de la bulle Unigenitus. D'ailleurs Corsini lui-même commit plusieurs maladresses (Petruccelli délia Gattina, 32, 36). L'élection inattendue de Benoît XIII mit un terme à un conclave déjà trop long.
3° Le conclave de 1730. — Sous le pontificat de Benoît XIII, la coterie bénéventaine, dirigée par le cardinal Coscia, avait profité de sa toute-puissance pour multiplier les abus et les passe-droits. Dès le lendemain de la mort du pape (21 févr. 1730), une réaction violente se déchaîna; il fallut protéger les principaux coupables contre la vindicte populaire; les commissaires aux finances et aux armes furent destitués et le cardinal camerlingue, Annibale Albani, dut prendre des mesures sévères pour rétablir l'ordre.
Le conclave s'ouvrit le 5 mars 1730. Le Sacré-Collège se composait presque en entier de créatures de Clément XI ou de Benoît XIII, mais il s'en fallait de beaucoup qu'ils se fussent tous rassemblés en deux factions. Nombre d'entre eux avaient adhéré au parti des zelanti, bloc minoritaire mais très uni; d'autres appartenaient aux factions nationales, dont le nombre s'était accru d'une unité, une faction savoisienne très active s'étant formée grâce aux efforts du roi Victor- Amédée II qui avait envoyé à Rome le marquis d'Ormea pour en prendre la direction (Zanelli, 15 sq.). Dans cet éparpillement, deux intergroupes se constituèrent. Ils étaient départagés par leur attitude quant au maintien des privilèges accordés par Benoît XIII à la Savoie, ainsi que des décisions du congrès de Séville touchant le sort réservé à Parme et à la Toscane lors de l'extinction prochaine des Farnèse et des Médicis. Mais la discipline de groupe était très faible. Vingt-sept cardinaux étaient considérés comme papables (liste dans Pastor, xv, 613, n. 6). Dix-huit avaient de sérieuses chances de voir leur candidature prise en considération (Zanelli, 18, n.). Le cardinal Corsini figurait en tête des papables d'origine toscane (voir l'opinion des milieux diplomatiques français à son sujet dans Hanotaux, m, 42, n. 4).
Une première manœuvre fut entreprise par les zelanti en faveur du cardinal Imperiali, qui obtint 18 voix dès le lendemain de l'entrée en conclave, et put compter sur 28 suffrages à la date du 20 mars. Sa candidature finit par échouer devant l'opposition de l'Espagne, du Portugal et de la Savoie, jointe à la réserve nettement hostile de la F"rance et de l'Empire. Durant le mois d'avril, l'attention du conclave fut distraite, d'abord par l'arrivée du cardinal Coscia, puis par les réactions que provoqua le deuxième scrutin du 17 avril où une voix s'était portée sur cette personnalité plus que suspecte, enfin par la mort du grand pénitencier, le cardinal Conti (29 avr.), et l'élection du cardinal Petra comme son successeur.
De nouvelles candidatures échouèrent : celle de Rulïo, soutenue par l'intergroupe prosavoisien, échoua de justesse devant l'opposition combinée des Français, des zelanti et des clémentins. Français et Espagnols s'unirent pour refuser Davia. Pico, mis en avant par les Français, se heurta à l'hostilité avouée des impériaux, et Zondadari, proposé par les zelanti, fut écarté
par toutes les factions nationales. Colonna et Falconieri n'eurent pas plus de chance.
On en vint ainsi à proposer une candidature Corsini. L'idée en avait été lancée dès le 15 avr., peut-être bien par les milieux français; elle recueillit l'adhésion des zelanti et de quelques autres; au scrutin du 28 (?) avr., il rallia jusqu'à 31 suffrages. Mais la faction impériale, menée par Cienfuegos et systématiquement opposée à tout candidat toscan, conclut une alliance exclusive contre lui avec la faction savoisienne (11- 12 mai). De part et d'autre la lutte fut chaude. Au matin du 15 mai, alors que beaucoup tenaient son élection pour assurée, son nom ne recueillit que 23 voix et 3 accès au lieu des 34 suffrages escomptés. Milanais et Napolitains, sous la pression des impériaux, lui avaient retiré leur appui. Corsini renonça alors à sa candidature (Zanelli, 34-38, 72).
De nouveau, après quelques escarmouches mineures, le nom de Davia fut mis en avant; lui non plus ne recueillit pas le nomijre de suffrages prévu (7 juin). Les chances de Corradini parurent également très élevées : durant la deuxième semaine de juin, il réunit régulièrement de 24 à 30 voix. Mais elles se heurtèrent à une opposition décidée de l'intergroupe prosavoisien qu'il fut impossible de surmonter.
Cependant les partisans de Corsini n'avaient pas abandonné la lutte. Ce qu'ils n'avaient pas pu obtenir à l'intérieur du conclave, ils l'entreprirent par des ! manœuvres extérieures (ibid., 55 sq.). L'opposition décisive s'étant réclamée de l'empereur, diverses influences princières et autres furent mises en jeu par le ! marquis Neri Corsini, neveu du cardinal, pour gagner j la cour de Vienne à un revirement. Elles réussirent. I De son côté, Cienfuegos avait écrit à l'empereur qu'il i avait écarté Corsini pour obéir à ses ordres, mais qu'en I maintenant cette opposition on risquait d'obtenir un 1 pape encore moins favorable aux intérêts impériaux, j L'empereur leva son opposition contre une éven- ] tuelle reprise de la candidature Corsini (ibid., 59; i Petruccelli délia Gattina, 81-82; 93-97). Les Français I eurent vent de ce qui se tramait et, soupçonnant le 1 pire, hésitèrent longtemps à lui donner l'exclusive, i Impériaux et zelanti conclurent une alliance sur son nom (10 juilL). Ils désarmèrent l'opposition de la fac- I tion savoisienne et des « bénédictins », leur faisant j comprendre que « la fièvre quarte était préférable à la i fièvre maligne ». Les Français cédèrent finalement, moyennant la promesse que leur candidat Banchieri i serait nommé secrétaire d'État.
i Le 12 juin. 1730, les 52 cardinaux présents au coni clave donnèrent leur voix au cardinal Corsini. Par reconnaissance pour Clément XI qui l'avait gratifié de la pourpre, il choisit le nom de Clément XII. Cette élection causa à Rome un certain désappointement; on avait espéré celle de Corradini. Le couronnement et la prise de possession eurent lieu le dimanche suivant.
II. Le pontificat. Relations avec les puissances. — 1° La question parmesane. — Depuis plusieurs décades, les duchés de Parme et Plaisance constituaient un des points névralgiques de la politique européenne. Empereurs et papes s'en disputaient la suzeraineté. Le duc régnant, Antoine Farnèse, n'ayant pas d'héritier direct, un confiit était à prévoir pour le jour où sa succession s'ouvrirait. En vue de cette éventualité, des négociations secrètes avaient' été amorcées entre l'Espagne et le S. -Siège, par l'entremise du cardinal Bentivoglio, afin d'assurer cet héritage à l'infant Don Carlos, fils de Philippe V et petitneveu du dernier des Farnèse par sa mère Élisabeth. I Clément XII voyait cet arrangement d'un œil favo- I rable, car il en résulterait un contrepoids à la puis- I sance grandissante de l'Empire et de la Savoie en
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Italie. Mais, par crainte de représailles, il n'osa pas se prononcer ouvertement ni accorder au duc la protection armée qu'il lui avait demandée.
La mort du duc de Parme (20 janv. 1731) déchaîna les rivalités successorales. Dès le 23, une revendication de suzeraineté fut émise du côté impérial et appuyée par l'entrée de forces armées dans le Parmesan. De son côté, Clément XII envoya des brefs aux autorités parmesanes (25 janv. 1731) et aux principales puissances (31 janv.) pour rappeler les droits de la suzeraineté pontificale sur les duchés. Au consistoire du 12 févr., il éleva une protestation contre les agissements des impériaux. Un accord étant intervenu à Vienne, le 16 mars 1731, entre l'Empire et l'Espagne, le pape protesta à nouveau (21 mai) contre la méconnaissance de ses droits.
Le 20 juin 1731, une^Constitution pontificale (Bull. Rom. Pont., xxiii, 265) déclara le retour de Parme et Plaisance au domaine immédiat du S. -Siège. Le protonotaire apostolique, Giuseppe Oddi, prit possession publiquement des duchés au nom du pape, lequel confirma cet acte au consistoire du 24 sept. 1731. De son côté, le général impérial, comte Carlo Stampa, renouvela la prise de possession des duchés au nom de l'infant Don Carlos et exigea des habitants un serment de fidélité au nouveau souverain. Le pape protesta derechef; il consulta les cardinaux sur la conduite à tenir (consistoire du 31 mars 1732); il envisagea le recours aux sanctions canoniques. .\ Parme, on continua d'agir comme s'il n'existait pas : à la veille de la fête des .\pôtres de 1732, le paiement du tribut annuel fut volontairement omis, et nulle reconnaissance de suzeraineté pontificale ne suivit l'entrée de Don Carlos dans ses nouveaux États (9 sept. 1732). Au cours des années suivantes, les puissances réglèrent le sort des duchés, sans plus jamais tenir compte des revendica- 1 tions ni des protestations du pape.
2° La succession de Poloyne et ses conséquences. — La mort du roi de Pologne, Auguste II de Saxe, survenue le l*' févr. 1733, rouvrit la compétition entre les | maisons de Saxe et de Leczinski. Conformément à la tradition du S. -Siège, Clément XII soutint la candidature du prince héritier de Saxe, Frédéric- Auguste II. Il écrivit en ce sens iu primat et aux évêques de Pologne (A. Theiner, Vêlera monumenta Poloniae et Lithuaniae... hist. illustrantia..., iv, 1697-1775, vol. i, j Rome, 1864, p. 119). Toutefois, le primat et la grande j majorité de la noblesse du pays se rallièrent à Stanislas j Leczinski, qui fu{ élu le 12 sept. 1733. Un petit groupe | de dissidents, soutenu par les forces russes et impé- ! riales, élut, de son côté, le candidat saxon (5 oct.1733). Une guerre intestine se déclara, doublée d'une guerre internationale. Le pape, se laissant facilement convaincre par les arguments du parti français, fit savoir à son nonce de Pologne qu'il reconnaissait lui aussi le souverain choisi par le parti le plus nombreux (oct. 1733). Mais la fortune des armes fut contraire à Stanislas Leczinski : il dut s'incliner devant son rival et le traité de Vienne, en 1738, lui attribua les duchés de Lorraine et de Bar en échange de ses titres à la couronne de Pologne. Le pape se rallia sans difficulté à cette nouvelle disposition, qui restaurait l'influence impériale en Pologne et faisait de la Lorraine un satellite de la France. Le 15 janv. 1740, la faculté de nommer aux bénéfices ecclésiastiques dans les duchés de Lorraine et de Bar fut accordée au roi de France (Bull. Rom. Pont., xxiv, 600).
3° Les rapports avec l'Espagne et questions annexes. — Depuis la disgrâce d'Alberoni, la politique espagnole n'en poursuivait pas moins ses objectifs : restreindre la puissance impériale en Italie. A l'avènement de Clément XII, les relations entre Madrid et Vienne étaient très tendues. L'accord de Séville du
9 nov. 1729 ayant autorisé l'Espagne à mettre des garnisons à Parme, Plaisance, Livourne et Portoferraio, l'empereur répondit en massant des troupes aux frontières du Milanais. Le pape s'adressa aux puissances pour prévenir une conflagration (28 juill. 1730). Il ne réussit qu'à la retarder. L'ouverture de la succession de Pologne déclencha l'ouverture des hostilités, en automne 1733, entre l'Espagne^ la FYance, la Sardaigne d'une part, et l'empereur de l'autre. Le pape, qui eut à se plaindre des deux belligérants, maintint une stricte neutralité. Son déplaisir fut grand en apprenant que l'empereur avait dû concéder aux protestants d'Allemagne, pour obtenir leur concours, l'abrogation de l'art. 4 de Ryswick. Ses efforts pour en obtenir le rétablissement échouèrent (Hiltebrandt, Quellen und Forsclningen aus ital. Archiven, xiii, 195).
Les troupes espagnoles, massées en Toscane sous les ordres de Don Carlos et du duc de Mortemart obtinrent libre passage à travers les États pontificaux (mars 1734). Elles arrivèrent à Naples, qui se rendit sans difficulté, et le régime des Bourbons fut rétabli dans la capitale (10 mai 1734). La conquête du royaume de Naples par les Espagnols suivait son cours au moment de l'échéance annuelle de la S.-Pierre-et-Paul. L'ambassadeur espagnol à Rome fit demander que l'investiture du pays fût accordée à l'Espagne. Le pape considéra cette demande comme prématurée. Sur avis de ses cardinaux, il accepta que la haquenée symbolique lui fût présentée, cette année-là encore, au nom de l'empereur, celui-ci devant toujours être considéré comme le souverain légitime des Deux-Siciles. Cette décision mécontenta les Espagnols, qui firent sentir par diverses tracasseries qu'ils étaient les plus forts. Toutefois, désireux de se concilier le pape. Don Carlos devenu maître de la Sicile, désigna comme vice-roi son neveu, Bartolomeo Corsini.
Les rapports entre Rome et l'Espagne, déjà fort tendus du fait des événements politiques et militaires, s'assombrirent encore à cause des prétentions régalistes de la cour de Madrid subissant la double influence de la reine Élisabeth et de son tout-puissant ministre, l'évêque de Malaga, Gaspar Molina.
En mars 1735, le cardinal Acquaviva arriva à Rome comme ambassadeur espagnol, pour y régler les nombreuses questions en souffrance : investiture napolitaine; choix d'un titulaire persona grata pour la nonciature de Madrid; attribution de l'archevêché de Tolède au jeune infant d'Espagne, Don Luis, âgé de neuf ans seulement; prorogation des privilèges du sussidio et de ï'excusado; octroi de Vexequatur aux évêques nommés par le pape dans le royaume de Naples. Ces deux derniers points firent l'objet d'une concession réciproque. La question de la chinea s'étant posée à nouveau lors de l'échéance annuelle, les cardinaux consultés estimèrent que, pour toute la durée de la guerre, nul hommage d'investiture ne serait accepté d'aucun des deux partis. Pour le reste, le pape proposa d'accorder à l'infant l'expectative et l'administration temporelle de Tolède, à condition que la nonciature de Madrid fût rouverte. .Madrid réclama par surcroît la pourpre pour le jeune Don Luis. Celle-ci fut accordée (19 déc. 1735), mais les événements internationaux suspendirent le cours des négociations.
La paix conclue à Vienne entre la France et l'Empire (3 oct. 1735) avait remanié une fois de plus la carte d'Italie. Parme et Plaisance étaient attribués à l'empereur qui renonçait aux Deux-Siciles en faveur des Bourbons, .\ucune mention d'une suzeraineté pontificale sur les duchés. Les protestations adressées par le pape à Louis XV, au cardinal Fleury, à diverses notabilités allemandes (nov. 1735-mai 1736) restèrent lettre morte. L'accord de Vienne ayant déplu à Madrid, la guerre se poursuivit entre l'Espagne et l'Em-
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