CLÉMENT D'ALEXANDRIE
- CLÉMENT DE DUNBLANE 1428
lecture de ses œuvres. Ce qui frappe avant tout, c'est la joyeuse confiance qui y règne. Clément est un optimiste qui aime le monde et la vie, et qui regarde le christianisme comme le bienfait suprême de l'amour divin. Dieu avait donné aux Grecs la philosophie et aux Juifs la Loi. Aux chrétiens il s'est donné luimême, en apportant la pleine connaissance de la vérité, dans laquelle se trouve le salut. Sans doute, les simples fidèles qui n'ont à leur disposition que la foi sont déjà des sauvés; mais les parfaits sont ceux qui, par la gnose, arrivent à l'apathie, et qui ne vivent que pour Dieu et pour son amour. On a beaucoup discuté sur le gnostique tel que le présente Clément; souvent on a vu en lui le chrétien en possession des plus hauts états mystiques; et P'énelon avait jadis adopté cette interprétation en faisant de Clément le précurseur du quiétisme. II n'est pas certain que cette interprétation soit exacte. Le gnostique de Clément présente en effet bien des aspects irréels. Si l'on se souvient que son portrait est surtout développé dans les derniers Stromates, c.-à-d. dans ceux qui ont été écrits pendant le séjour de leur auteur en Cappadoce, à un moment où celui-ci avait cessé son enseignement, on s'expliquera peut-être mieux la distance qui sépare le gnostique de l'homme vivant et spécialement du chrétien catholique.
Ici, il faut préciser la position de Clément. On ne saurait douter ni de son appartenance à l'Église catholique ni de sa fidélité à sa doctrine et à sa hiérarchie. Il a pu, comme un bon nombre de ses contemporains, tomber dans des erreurs, employer des expressions inexactes; et nous ne sommes pas étonné que Photius ait été surpris, voire scandalisé, de certaines de ses formules. Mais là n'est pas la question. Clément, lorsqu'il parle de la gnose, lorsqu'il représente le parfait chrétien comme un gnostique, s'exprime en intellectualiste impénitent et en partisan de la vieille théorie grecque, en vertu de laquelle le péché résulte de l'ignorance. Il n'a aucune complaisance pour les hérésies gnostiques et il les dénonce avec force. Il met en relief leur caractère récent et leur oppose l'antiquité de l'Église qui se rattache directement aux apôtres. Il connaît les trois degrés de la hiérarchie ecclésiastique : évêques, prêtres et diacres, bien qu'il les signale rarement qu'il ne cite jamais le nom de l'évêque d'Alexandrie Démétrius. Il est catholique jusqu'au fond de l'àme et, lorsqu'il parle du martyre, il s'élève à une rare éloquence ])our en affirmer la grandeur.
Il a manqué à Clément, pour être un théologien de premier plan, de la précision et de la clarté. Il est curieux que cet homme, dont l'idéal est le gnostique, ait le tempérament d'un moraliste et que son ouvrage le plus réussi, le plus vivant, le Pédagogue, soit un traité de morale, que les Stromates eux-mêmes développent surtout des considérations de l'ordre moral. Aussi bien, ne faut-il pas s'y tromper. Le gnostique de Clément n'est pas un égoïste, et l'apathie à laquelle il tend est assez différente de l'apathie stoïcienne. Pour lui, comme pour tous ses frères catholiques, le dernier mot de la Loi chrétienne est l'amour.
Les œuvres de Clément figurent dans P. G., viii-ix. L'édition de beaucoup la meilleure est celle de O. Stàhlin, dans le Corpus de Berlin, Leipzig, 1905-1909; il faut y ajouter les volumineux Indices, parus de 1934 à 1936. Une édition avec commentaires du Stromale V//est dueà.J. A. Hort et J. B. Mayor, Londres, 1902. Les Excerpta ex Thcodoto ont été publiés avec un commentaire par R. P. Casey, Londres, 1904, et par P. Sagnard, Paris, 1948. Une traduction allemande des œuvres de Clément, due à O. Stàhlin, a paru dans la Biblioihek der Kirchenvâter, Munich, 1934; une traduction française, d'A. de Genoude, figure dans Les Pères de l'Êijlise, iv-v, Paris, 1839. Cl. Mondésert a traduit le Protreptiqiie, dans Sources chrétiennes, ii, Paris, 1942 (2" édit. revue, avec le texte gi-ec, 1949). Le premier Stromate,
introd. et texte grec de Cl. Mondésert, trad. et notes de M. Caster, a paru en 1931.
La bibliographie relative à Clément est énorme; nous ne mentionnerons que quelques titres. — E. de Faye, Clément d'Alexandrie, 2^ édit., Paris, 1906. — A. de la Barre, art. Clément d'Alexandrie, dans D. T. C, m, 137-199. — G. Bardy, Clément d'Alexandrie, Paris, 1926; La vie spirituelle d'après les Pères des trois premiers siècles, Paris, 1935, p. 183-214; Aux origines de l'École d'Alexandrie, dans Rech. de se. rel., 1937, p. 65 sq.; Pour l'histoire de l'École d'Alexandrie, dans Vivre et penser, II« série, Paris, 1942, p. 80-109. — W. Bousset, Judisch-chrislliche Schulbelrieb in Alexandrien und Rom. Lilerarische Untersuchungen zu Philo und Clemens von Alexandrien, Justin und /rendus, Gœttingue, 1915.
— C. Bigg, The cliristian platonists of Alexandria, 2' édit., Oxford, 1913. — P. Camelot, Les idées de Clément d'Alexandrie sur V ulilisalion des sciences et de la littérature profanes, dans Rcch. de se. rel., 1931, p. 38 sq.; Clément et l'utilisation de la philosophie grecque, ibid., p. 541 sq. ; Foi et Gnose.. Introduction à l'étude de la connaissance mystique chez Clément d'Alexandrie, Paris, 1945. — Dudon, Le gnostique de saint Clément d'Alexandrie, opuscule inédit de Férîélon, Paris, 1930. — J. Gabrieisson, Ueber die Qucllen des Clemens Alexandrinus, Upsal et Leipzig, 1906-09. — R. B. FoUinton, Clément of Alexandria. A study in Christian liberalism, Londres, 1914. — G. Lazzati, Introduzione allo studio di Clémente Alessandrino, Milan, 1909. — J. Lebreton, La théorie de la connaissance religieuse chez Clément d'Alexandrie, dans Rech. de se. rel., 1928, p. 457-88. — J. Mcifort, Der Philonismus bei Clemens Alexandrinus, Tubingue, 1928.
— .J. Moingt, La gnose de Clément d'Alexandrie, dans ses rapports avec la foi et la philosophie, dans Rech. de se. rel., XXXVII, 1950, p. 195-25Î ; .398-421; 537-561; xxxviii, 1951, p. 82-118. — E. Molland, The conception of the Gospel in the Ale.r:andrian theologij, Oslo, 1908. — Cl. Mondésert, Le symbolisme chez Clément d'Alexandrie, dans Rech.de sr. rc;., 1936, p. 158 sq.; Clément d'Alexandrie. Introduction à l'étude de sa pensée religieuse à partir de l'Écriture, Paris, 1944. — J. Munck, Unterschungen uber Clemens von Alexandrien, Stuttgart, 1933. — J. Patrick, Clément of Alexandria, Londres, 1914. — F. Prat, Projets littéraires de Clément d'Alexandrie, dans Rech. de se. rel., 1925, p. 234-57. — P. Lhande, Jeunesse. L'âge tendre, l'âge critique, l'âge vieil. Petit code d'éducation au figuré d'après Clément d'Alexandrie, Paris, 1923. — W. Scherer, Clemens von Alexandrien und seine Erkenntnisprinzipien, Municli, 1907. — W. de Boer, De Allégorie in het werk van Clemens Alexandrinus, Leyde,
G. Bardy.
25. CLÉMENT, évèque de DUNBLANE. Originaire d'Écosse, Clément étudiait à l'université de Paris, quand il fut reçu dans l'ordre de S. -Dominique par Matthieu de France. Sur la demande d'Alexandre II, roi d'Écosse, il aurait regagné sa patrie en compagnie d'un petit groupe de frères prêcheurs. De fait, une tradition assez bien établie voit en lui le fondateur des premiers couvents écossais (Édimbourg, Aberdeen, Perth, etc.). Sur la proposition des évêques de St Andrews, Dunkeld et Brechin, qui en avaient été chargés par le S. -Siège, Clément fut appelé, en 1233, à occuper le siège de Dunblane et, s'il faut prêter foi à la chronique de l'abbaye de Mclrose, il aurait été sacré, le 4 sept, de cette année par William, évêque de St Andrews. Au témoignage d'une lettre de Grégoire IX (11 juin 1237), le diocèse de Dunblane était resté vacant durant de nombreuses années. Clément travailla assidûment à le relever de ses ruines. C'est lui aussi qui assura, de 1241 à 1250, l'administration du siège d'Argyll. En 1247, notre évêque fut chargé de prêcher la croisade en Écosse et de réunir des subsides. De même, en 1255, Rome ^ui demanda, en compagnie des abbés de Melrose et de Jedburgh, de s'informer du bien-fondé de certaines accusations portées contre Gamelin, chancelier d'Alexandre III e' évêque élu de St Andrews. La date exacte de sa mort n'est pas connue; on la place ordinairement en 1258. Prédicateur de renom, on attribue à Clément, avec u recueil de sermons, une Vie de S. Dominique proba blement perdue. L'Écosse a conservé son souvenir et