‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 270 sur 282 · CLÉMENT D'ALEXANDRIE I42H · texte numérisé non relu

CLÉMENT D'ALEXANDRIE I42H

pénétrer dans la vie quotidienne de l'Église d'Alexandrie et de voir s'y opposer les intellectuels, disciples de Clément, amis de la philosophie et des beaux discours, et les simples fidèles, attachés à la lettre des Écritures inspirées, défiants des nouveautés, ennemis de la sagesse profane qui leur fait peur comme des masques effrayent les enfants. Pendant une vingtaine d'années, jusqu'à la persécution de Sévère, Clément poursuit ainsi son enseignement, vivant un peu en marge de la hiérarchie qui ne s'occupe pas de lui ou le surveille d'un œil distrait, joyeux seulement d'annoncer le Christ à ceux qui viennent l'écouter et très pénétré dé la grandeur de ses responsabilités de didascale.

En 202, ces heureuses années trouvent leur achèvement. La persécution de Septime Sévère éclate alors et décime l'Église d'Alexandrie. Clément avait appris dans l'Évangile que les disciples, persécutés dans une ville, étaient invités à se retirer ailleurs. Ses riches auditeurs durent se disperser. Lui-même quitta l'Égypte et se retira en Cappadoce auprès de l'évêque Alexandre qui avait été son disciple. Il est probable qu'il employa les dernières années de sa vie à écrire et à publier le plus important de ses ouvrages, les Stromatcs. Mais nous ne savons rien du détail de son existence, sinon qu'il ne reparut plus en Égypte. Le dernier témoignage que nous ayons de son activité se réfère à l'année 211. A cette date, il porte à l'Église d'Antioche une lettre écrite par Alexandre de Cappadoce : ce dernier le présente comme un bienheureux presbytre, un homme vertueux et approuvé, qui a confirmé et fait progresser l'Église du Seigneur (Eusèbe, H. E., VI, xi, 6). Une lettre postérieure d'Alexandre à Origène, écrite en 215 ou 216, parle de Pantène et de Clément, comme des bienheureux Pères qui ont marché devant lui (Eusèbe, H. E., VI, xiv, 9). Ces expressions indiquent qu'à cette date Clément était mort : nous ne savons rien de plus sur sa fin.

L'Église a conservé le souvenir du grand didascale et les anciens auteurs qui l'ont cité lui ont donné parfois le titre de saint. Pourtant les Latins l'ont peu connu et, de ses œuvres, seules ont été traduites quelques pages consacrées à l'interprétation des Épîtres catholiques. Chez les Grecs, ses idées n'ont pas tardé à paraître archaïques; au ix« s., le patriarche Photius se scandalisait de certaines expressions qu'il avait trouvées dans les Hypolypoxes. Du reste, le caractère intellectuel de son action n'était pas fait pour le recommander à la piété populaire, si bien que son nom n'a pas pris place dans les anciens martyrologes et qu'il ne figure pas dans le martyrologe romain. Benoît XIV, au xvin« s., a cru devoir longuement s'expliquer sur les motifs de ce silence. Au fond, on le comprend sans peine : le témoignage rendu par Clément avait été purement littéraire. Aujourd'hui encore, il n'y a guère que les érudits à connaître ses œuvres et à discuter ses idées.

II. Ses œuvres. — Clément d'Alexandrie a beaucoup écrit pour l'instruction et la formation de ses disciples. Il s'était proposé, semble-t-il, de publier l'essentiel de son enseignement en trois ouvrages destinés à se faire suite : « Le céleste guide, explique-t-il, le Logos s'appelle Protreptique ou convertisseur, lorsqu'il invite les hommes au salut. Mais, lorsqu'il est dans son rôle de médecin et de précepteur, il recevra le nom de Pédagogue... L'âme malade a besoin du Pédagogue qui la guérira de ses passions, puis du Didascale qui la rendra apte à connaître... la révélation du Logos, .\insi le Logos, voulant achever, étape par étape, notre salut, suit une méthode excellente : il convertit d'abord, puis il discipline et finalement il Instruit. - (Puedug., I, i).

Nous possédons certainement les deux premiers

ouvrages de la trilogie : le Protreptique et le Pédagogue. Le Protreptique, ou Exhortation, est une invitation à la conversion : il met en relief l'immoralité des religions païennes et la splendeur du christianisme. L'auteur y fait preuve d'une érudition qui n'est pas toujours de première main, mais qui a pour fondement de nombreuses et fortes lectures. Il trouve aussi, pour exalter l'œuvre salvatrice du Christ, des accents d'une éloquence forte et entraînante. Le Pédagogue, en trois livres, s'adresse à des païens convertis. Clément se propose de leur apprendre ce que sont les normes chrétiennes et entre dans les détails les plus minutieux sur le vêtement, la nourriture, le mobilier, les relations sociales, la vie conjugale. L'ouvrage se termine par une hymne au Christ, qui est un des premiers monuments de la poésie chrétienne.

La trilogie de Clément devait se terminer par un ouvrage intitulé Le Didascale, c.-à-d. Le Maître. A sa place, nous avons un ouvrage intitulé 'S/roma/cs des mémoires gnostiques selon la véritable philosophie. Ce vaste ouvrage comprend sept livres, le huitième Stromate n'étant pas autre chose qu'un recueil de matériaux demeurés inutilisés; et il est à peu près impossible d'en donner l'analyse. Il suffit de dire que Clément n'y étudie pas, comme on aurait pu s'y attendre, l'enseignement doctrinal de l'Église, mais revient une fois de plus sur les exigences de la vie morale. Il insiste surtout, dans les derniers Stromates, sur la perfection du gnostique, qui doit, dès ici-bas, arriver à Vapalhie, c.-à-d. à l'indifférence. Les Stromates sont mal composés; et, chose plus grave, l'idéal proposé par Clément y devient de plus en plus nuageux, de plus en plus irréalisable. L'auteur, si précis, du Pédagogue y fait place à un rêveur qui semble oublier la condition humaine. Il y a pourtant de très belles choses dans cet ouvrage; et, même où il est le plus difficile à saisir, il n'est jamais indifférent.

En plus de ces grands ouvrages, nous possédons encore de Clément :

Une homélie sur le salut du riche : Quis dives salvetur? Cette homélie s'achève par le beau récit sur l'apôtre S. Jean et son condisciple devenu chef de brigands, mais finalement converti par la patiente tendresse du vieil apôtre.

Une autre homélie adressée aux nouveaux baptisés : l'authenticité de cette homélie n'est pas au-dessus de tout soupçon.

Des Excerpta ex Theodoto, fragments du gnostique Théodote, qu'accompagnent des remarques ou des commentaires de Clément, parfois assez difficiles à discerner.

Des Eclogae propheticae, notes d'exégèse scripturaire, moins difficiles à interpréter que les Excerpta, mais tout aussi en désordre.

Des Adumhrationes in epistolas canonicas, fragments des Hypntijposes relatifs à I Petr., Jud., I et II Joa., qui ont été traduits en latin dans l'atelier de Cassiodore.

Par contre, sont perdus : les huit livres des Hypolyposes, qui devaient être surtout des considérations ou des commentaires sur des passages choisis de l'Écriture Sainte, et qui scandalisaient Photius par certaines de leurs théories; les livres Sur la Pâque; Canon ecclésiastique ou Contre les judaïsants; Sur la prédestination: Exhortation à la patience; Lettres variées. D'autres livres annoncés par Clément : Sur la chasteté; Sur les Principes: Sur la prophétie; Sur l'âme, n'ont sans doute jamais été composés, à moins que ces titres ne recouvrent des chapitres, faits ou à faire, des Stromates.

III. Jugement d'ensemble. — Sans vouloir faire une étude de la pensée de Clément, il est permis d'indiquer en quelques lignes l'impression que laisse la

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