CEN
EDA
fiée. Les Lombards s'en emparèrent et au début du vni« s. Ceneda était devenu le siège d'un duché lombard dont Orso fut titulaire avant de devenir roi.
Le temps de la fondation du diocèse est vivement controversé; il est certainement postérieur à la destruction d'Oderzo par Grimoald en 668. Un faux diplôme de 743 en attribue la fondation à Liutprand; Paschini estime cependant qu'il faut remonter aux temps du schisme des Trois Chapitres, pendant que les rapports étaient coupés avec Rome, ou à la seconde moitié du vii« s. Pendant cette période, un évêque réfugié à Heraclea pouvait en même temps revendiquer le titre d'évêque d'Oderzo et prétendre à la juridiction sur le territoire de Ceneda. Il y eut probablement au début, à Ceneda, un évêque arien. Orsino participa, d'après Kehr, au concile romain d'Agathon en 680 et serait le premier évêque connu de Ceneda. L'historien de Ceneda, Botteon, fait commencer sa liste épiscopale par Valentiano en 713. Les habitants de Ceneda réussirent à se procurer le corps de S. Tiziano, évêque d'Oderzo en 632, ancien archidiacre de l'évêque S. Florian, cité en 620 et mort en odeur de sainteté. La légende rapporte le transfert merveilleux du corps d'Oderzo à Ceneda, malgré l'opposition des gardiens. Ceneda aurait vu ses privilèges de ville épiscopale confirmés par des prodiges, obtenus grâce à son saint protecteur, alors que S. Magno, évêque d'Oderzo, résidait à Heraclea vers 670. Le diplôme du 6 juin 743, attribué à Liutprand, mais dont l'authenticité est à juste titre contestée, dit que le duc de Ceneda s'adressa au patriarche Jean d'Aquilée vers 711 pour obtenir la fondation de l'évêché à Ceneda et confirmer les limites du diocèse. Le patriarche consacra Valentiano comme évêque de Ceneda en 713. Valentiano obtint de Liutprand pour Ceneda la confirmation des limites de l'ancien évêché d'Oderzo, reprenant les territoires administrés par les évêques de Frioul (Venise), Trévise et Padoue. Il entra aussi en conflit avec le patriarche de Grado Calixte. Celui-ci contesta la validité même de la consécration de Valentiano, toujours d'après le document de Liutprand de 743; il jjrétendait que l'évêque d'Oderzo, réfugié dans une île au moment où Valentiano avait obtenu la dignité épiscopale, restait le vrai titulaire du diocèse; lui-même, Calixte, avait administré ce territoire après la destruction d'Oderzo et ne voulait pas être privé de cet avantage; il n'avait d'ailleurs pas remis cette administration à l'évêque d'Oderzo, résidant à Heraclea. Liutprand renvoya les deux plaideurs devant l'évêque Pietro de Pavie, siège de la résidence royale des Lombards. Valentiano céda alors à Calixte la disposition de quatre paroisses de son diocèse pour lui permettre de trouver un abri lorsqu'il se rendait d'Aquilée à Pavie. A la mort de Valentiano, Calixte choisit Massimo comme évêque de Ceneda et voulut le contraindre à de nouvelles concessions. Le différend fut porté par le duc de Ceneda devant le roi en 743. Le document rapporte que, lors de la réunion des évêques, Calixte ainsi que les évêques de Padoue et de Trévise consentirent à céder définitivement à Ceneda le territoire d'Oderzo qui leur avait été confié lors de la destruction de la cité.
Ce document de 743, bien que très contesté, renfermerait, d'après Kehr et plusieurs érudits, de nombreuses informations précieuses pour l'histoire de la fondation de Ceneda. Il en est de même d'un diplôme de Charlemagne du 31 mars 794, concédé à l'évêque Dolcissimo et confirmant les privilèges du diocèse et les droits de comte de l'évêque sur son territoire; bien que son texte ait été interpolé avec un diplôme d'Otton III du 29 sept. 994, il conserve une réelle valeur pour l'histoire ancienne du diocèse. Au xii« s., l'évêque Matteo eut à défendre la liberté de sa cité et des biens de l'évêché contre les habitants de Trévise
qui voulaient soumettre tout le diocèse à leur autorité. Innocent III accorda à Matteo l'autorisation de s'établir provisoirement avec son chapitre à Conegliaiio. Heureusement, dès 1203, Matteo pouvait replacer le siège du diocèse à Ceneda. Innocent III reconnut au chapitre, le 25 nov. 1200, le droit d'éhre les évêques.
S'appuyant sur des donations de Charlemagne en 794 et de Bérenger en 908, les évêques de Ceneda exercèrent sur le comté et les localités voisines, non seulement la juridiction spirituelle, mais aussi l'autorité temporelle. Ces donations souvent contestées et confirmées par les empereurs causèrent de multiples soucis aux évêques de Ceneda et les mirent souvent en conflit avec les communes de Ceneda, de Trévise et de Conegliano, puis avec Venise. Ils partagèrent leur autorité avec la République à partir de 1337. Les évêques tenteront à diverses reprises de reprendre le pouvoir, mais, malgré le soutien du S. -Siège, se virent dépossédés complètement de leur autorité temporelle en 1768. Des attaques dirigées en 1615 par Paolo Sarpi contre l'autorité comtale des évêques et les prétentions du S. -Siège sont restées célèbres. Le diocèse dépendit du patriarcat d'Aquilée jusqu'en 1752, puis du nouvel archevêché d'Udine; actuellement, il est suffragant du patriarche de Venise.
La cathédrale de Ceneda, dédiée à Ste Marie et à S. Tiziano, avait été enrichie par des donations impériales et reçut en 1093 du comte Herman et de sa mère Cuniza des fondations importantes. Le chapitre comptait dix chanoines et l'archidiacre, unique dignitaire qui assurait les fonctions de curé de la ville, assisté de six prêtres. Il n'y avait pas d'autres curés dans la cité. Un chanoine assurait les fonctions de théologal; le chapitre comprenait en outre 5 clercs et 2 sacristes. Les revenus de l'évêché étaient estimés au xv!" s. à 3 000 ducats. Le diocèse comptait en outre trois chapitres qui furent supprimés en 1810. Celui d'Oderzo, établi en 1609 en souvenir de l'ancien évêché, possédait un doyen, six chanoines et quatre clercs; celui de Conegliano comprenait un archiprêtre et six chanoines.
Le diocèse comptait plusieurs anciens monastères : Sta-Maria de Sana Valle di Follina, fondée vers 1150 par les cisterciens de Clara Valle de Milan ou par ceux de S. Pietro de Cerreto de Lodi; monastère livré aux abbés commendataires dès le xiv<= s. et attribué aux camaldules au xvi« s. Les abbayes de S. Martino de Colle et de Sta-Lucia, cédées en sept. 1122 aux clunisiens, appartenaient à l'ordre de S. Benoît. L'hospice de Sta-Maria de Plavi, de Lovadina, fondé en 1009 obtint des faveurs des comtes de Trévise, mais fut remis aux cisterciens de Sana Valle en 1229, puis en 1490 uni au monastère augustin de Sta Maria degli Angeli de Muriano du diocèse de Torcello. Mentionnons en outre, parmi les couvents établis à Ceneda, les franciscains et les moniales augustines ; à Conegliano, les chanoines de Latran, les franciscains, les conventuels, les capucins, les bénédictines et les dominicaines; à Oderzo, les dominicains, les religieuses servîtes et les capucines; à Serra Valle les conventuels, les capucins, les bénédictines et les augustines; à Motta, les franciscains; à Bussoleto, les servîtes.
En 1929, le diocèse comptait 240 000 habitants, 118 paroisses et 528 églises. — Le 20 nov. 1937 il est devenu le diocèse de Vittorio Veneto.
Liste épiscopale. — Les listes de Mondini, Ughelli, Cappellettî et Gams comportent certains noms d'évêques aussi anciens que ceux d'Oderzo; il semble qu'on peut les éliminer : Vendemio, 560, S. Evenzio et Angelo. Si on admet que les indications du faux diplôme de Liutprand ont cependant quelque valeur, on peut commencer la liste épiscopale avec Orsino, cité au concile romain d'Agathon en 680. S. Evenzio est repris d'une liste de Pavie en 381 ; Vendemio aurait