CE R DON
— CÉ RÉTAPA
ce qui est le dogme fondamental de Marcion? S. Irénée l'assure; mais alors, on ne voit pas en quoi consisterait l'originalité de Marcion. Il est possible que Cerdon ait simplement professé le dualisme, qui était la doctrine fondamentale des systèmes gnostiques, et qu'il n'ait pas songé à parler d'un Dieu étranger, comme le fait Marcion. I.e problème est peut-être insoluble dans l'état actuel de nos informations. Du moins ne peut-on pas nier, sans plus, une certaine dépendance de Marcion à l'égard de Cerdon, peut-être dans l'acceptation par Marcion du docétisme. Les auteurs anciens, à commencer par S. Irénée (Adv. haeres.. I, .\xvii, 1;
III, IV, 3) et Tertullien (Adi>. Marcion., i, 2 et 22;
IV, 17), l'affirment trop clairement pour qu'on puisse en douter.
A. von Harnack, Marcion. Dus Huangelium des fremden Gottes, 2» édit., Leipzig, 1924, p. 31 '-.SG*. — F. Sagnard, La gnose valentinienne, Paris, 1947, p. 86-89.
G. Bardy.
CERDON lENS, hérétitiues du ii" s. S. Épiphane (Haeres., xli) consacre une notice aux cerdoniens, disciples de Cerdon; mais il se contente en fait d'exposer, d'après S. Irénée et S. Hippolyte, ce qu'il sait de la doctrine de Cerdon. 11 ne connaît pas de cerdoniens et pour cause. Ceux-ci n'ont jamais dii former une secte séparée. Le nom même de Cerdon, encore connu de S. Cyprien et de Firmilien de Césarée, n'a pas tardé à sombrer dans l'oubli.
G. Bardy.
1. CEREALIS, Celer, Celeriits, est mentionné au martyrologe romain le 28 févr. en tête d'un groupe de martyrs d'Alexandrie. Cette insertion est due à Baronius. Il se réfère à Bède, qui ne parle pas de Cerealis, et aux anciens mss. dont il ne nomme aucun. La seule source est l'hiéronymien, fort corrompu en ce passage, et qui ne rattache pas les saints à .\lexandrie.
A. S., févr., III, 728-29. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 119. — Mort. Rom., 79.
R. Van Doren.
2. CEREALIS (Saint), est rappelé au martyrologe romain, le 10 juin, avec Amantius et Gétule martyrisés à la via Salaria. Ces saints furent insérés au martyrologe par Adon sur la foi de la Passion de Gétule (B. H. L., 3524-25), identique à celle de Zoticus {B. H. L., 9028) avec simple substitution de noms. Cette Passion rapporte que Gétule de Gabii ((^astiglione) sur la via Praeneslina convertit Cerealis, vicaire de l'empereur Adrien, et son frère Amantius et les fit baptiser par le ])ape Sixte (116-25). Cerealis, dénoncé par N'incent, fut emprisonné, puis décapité avec ses compagnons à la via Salaria à 30 milles de Rome. Ils furent ensevelis par Symphorose, femme de Gétule.
Que la Passion de Gétule ait inspiré celle de Zoticus, ou inversement, elles sont entièrement légendaires. C'est dire qu'on ne connaît rien au sujet de Cerealis.
A. S., janv., ii, 261-62. — ■ Barbier de Montault, Œuvres complètes, xii, 1897, p. 27-28. — H. Delehaye, Les origines du culte des martyrs, 278, 288, 295. — Lanzoni, 129-31. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 122. — Mart. Rom., 232.
R. Van Doren.
3. CEREALIS (Saint), Cerialis, Celialis, est mentionné au martyrologe hiéronymien, le 3 juill., après Ste Euphémie de Constantinople. Mais il s'agit d'un martyr latin, peut-être Cyrillus ou Cyrionis qu'on lit à la même date.
A. S., Juill., I, 559. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 351.
R. Van Doren.
4. CEREALIS, soldat martyr. Le martyrologe romain cite au 14 sept, parmi les 21 martyrs compagnons du i)ape Corneille le soldat Cerealis et Sallustia son épouse. Mais si le saint pape est mort en exil, ces martyrs n'ont, avec lui, aucune relation; et même
l'indication toponymique via Appia ne mérite aucune créance. De Rossi a découvert dans la crypte de S.- Corneille une inscription : Sanctus Cerealis cum Sallustia cum XKI; souvenir historique, sans doute, de la déi)osition du groupe des martyrs. Ce qui expliquerait aussi pourquoi leur mémoire est unie à celle de S. Corneille.
A. S., sept., IV, 143-91. — H. Delehaye, Les origines du culte des martyrs*, p. 286. — De Rossi, Roma sotterranea, I, 279-80. — Lanzoni, 131. — Mart. Hier., éd. Delehaye, .505-06. — Mart. Rom., 395-96.
R. N an Doren.
CEREIVIONIA, martyr à Nicomédie au 11 avr.. est mentionné par le martyrologe hiéronymien avec Eustorge et deux autres qu'Henschenius plaçait sous Dioclétieii. Mais ce nom ne correspond pas à un personnage réel.
A. S., avr., ii, 12. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 182-83. — Mart. Rom., 134-35.
R. Van Doren.
CEREN iC, confesseur au diocèse de Séez, vénéré le 7 mai. La première biographie du saint n'est pas antérieure au x'' s. D'après elle, Serenicus, né à Spolète, avait, avec son frère Serenidus, fait m pèlerinage à Rome, puis, avec lui encore, s'était fixé en Gaule. Il fonda à Hiesmes (arr. d'.\lençon, Orne), au confluent de la Sarthe et du Sarthon, un monastère qui donna naissance au bourg de S.-Cénéry. — Certains historiens placent Cerenic au vi^ s. Mabillon le recule jusqu'au vu"". Ses reliques furent transférées à Château-Thierry, bien qu'on croie aussi les posséder ailleurs. Sous Charles le Simple, le monastère était déjà supprimé. Mais l'église romane remarquable subsiste encore.
A. S., mai, ii, 160-61; vu, 605. — Cottineau, 2629. — Gallia christiana, xi, 711-12. — Hist. If//. France, iv, 1738, p. 195-96. — Mabillon, A. S. Bened., u, 1669, p. 572.
R. Van Doren.
CERENZA. Voir Cariati.
CÉRÉTAPA (KepéToora, KepàToara), ou Cheretapa (XaipÉTaTTa, XaipéroTTOÇ ), évêché de la Phrygie Pacatienne I'''", dépendant de Laodicée. La ville de Cérétapa se trouvait au sud de la province, près de Colosses. Elle porta aussi le nom de Diocésarée, qui lui fut probablement donné au temps de Domitien; il apparaît pour la première fois chez Ptolémée et on le voit encore sur les monnaies de la ville sous le règne de Commode. W. Ramsay (Ciliés and Bishoprics of Phrijgia, i, 275 sq.) l'a identifiée près du village de Kayadibi, au nord du lac Aulidenos (auj. Salda Gôl).
L'évêché de Cérétapa date probablement du commencement du iv« s. On connaît huit titulaires. Les trois premiers furent des ariens : Théodule, qui assista au concile de Séleucie d'Isaurie, 359 (Philostorge, Hist. eccl., VII, viii). — Carterius lui succéda et fut remplacé par Jean (Philostorge, op. cit., IX, 18). — Silvain prit part au concile œcuménique d'Éphèse, 431 (Mansi, iv, 1124 A, 1128 A, 1149 .\, 1221 E, 1365 B; VI, 871 C). — Philetus fut un des Pères du concile de Chalcédoine, 451 (Mansi, vu, 165 B). — • André participa au concile in Trullo, 691-92 (Mansi, xi, 1001 B); le texte porte 'AepuyaTrwv qu'il faut certainement corriger en KepÊTCoTcov puisqu'il s'agit de la Phrygie Pacatienne. — Michel fut au second concile de Nicée, 787 (Mansi, xii, 998 C, 1106 D; xiii, 148 B, 372 A, 393 E). — ■ Syméon prit part au concile de 879 qui réhabilita Photius (Mansi, xvii A-xvin A, 377 D).
L'évêché de Cérétapa disparut probablement lors de l'avance des Turcs en Asie Mineure au xii^ s. Le titre ne semble pas encore avoir été conféré dans l'Église romaine. Il n'a d'ailleurs été introduit dans les listes de' la Consistoriale qu'en 1923.
CÉRÉTAPA
— CERETUM
Lequien, i, 811-12. — Smith, Dictionary of Greek and Roman Geography, i, 592. — W. Ramsay, Cities and Bishoprics of Phrygia, i, 215, 275 sq., 328, 340. — Ruge, Keralapa, dans Beal-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 287-88.
R. Janin.
CERETUM (Cerelensis selon la dénomination de la Curie pontificale, actuellement Seret ou Siret), ville de Bukovine, sur la rivière du Seret, au sud de Cernauti (Tchernovitz), siège d'un ancien évêché catholique latin dont les origines remontent au xiv« s. A cette époque Seret était un centre commercial florissant dont la prospérité attirait de nombreux étrangers, notamment des Polonais et des Hongrois auxquels s'étaient joints une importante colonie de Saxons et quelques groupements d'Arméniens catholiques et dissidents. Au point de vue religieux, Seret relevait de l'éparchie grecque orthodoxe de Halicz. Les fils de S. François et de S. Dominique furent les principaux artisans de la diffusion du catholicisme en Moldavie. Dès 1340 les Franciscains y possédaient un couvent. Leurs efforts aboutirent en 1370 à la conversion de Latsco, voïvode de Moldavie. Celui-ci, par l'entremise de deux franciscains, Nicolas de Mehlsack, originaire de Prusse orientale, supérieur du vicariat de Ruthénie dont dépendait le couvent de Séret, et Paul de Schweidnitz (Silésie), confia au pape Urbain V, dans l'été de cette même année, son intention d'abjurer le schisme avec tout son peuple. Il demandait en outre que Seret obtînt les privilèges et le titre de cité (civilas) et devînt le siège d'un évêché catholique. Urbain V, tout heureux de cette conversion, et croyant sincèrement au retour vers Rome de tout le Proche- Orient, retour qu'avait laissé entrevoir la récente abjuration de l'empereur grec Jean VI Paléologue, se hâta d'accéder au désir du prince roumain, non toutefois sans s'assurer quelques garanties. Par lettre apostolique du 24 juin. 1370 il enjoignit à l'archevêque de Prague et aux évêques de Breslau et de Cracovie d'ouvrir une enquête sur la sincérité de la conversion de Latsco et de compléter son instruction religieuse, si besoin était. Il leur donnait aussi tous pouvoirs pour recevoir l'abjuration du voïvode et élever Seret au rang de ville épiscopale. La bulle fixait également les limites du nouveau diocèse, c.-à-d. tout le territoire placé sous la juridiction de Latsco. Par la volonté d'Urbain V, le siège de Seret devait relever directement de Rome, comme l'indiquent les termes du document pontifical, solum et immédiate sancte sedi apostolice in spiritualibus subsit. Cette clause n'avait certainement qu'un caractère provisoire et devait permettre au pape de suivre de plus près les développements de la nouvelle éparchie. En fait nous pensons que très rapidement Seret fut rattaché à Halicz. De toutes manières, la chose était accomplie en 1412, puisque le document pontifical qui relate le transfert à Lemberg (Lwow), en cette même année, du siège métropolitain de Halicz, cite Seret parmi les évêchés suffragants de la nouvelle métropole.
Dans quelle mesure le mouvement vers l'union s'est-il propagé en Moldavie? Il serait difficile de le dire avec certitude. Latsco, sans nul doute, avait abjuré le schisme, puisque Grégoire XI l'en félicite chaleureusement, le 25 janv. 1372, tout en l'exhortant à ne pas se laisser pervertir par sa femme restée orthodoxe. Il semble bien que le prince s'était trop avancé en promettant le retour de son peuple à l'unité. Les résistances ont dû se dessiner très rapidement. A vrai dire, il serait exagéré de parler d'un échec complet. Des conversions se sont produites certes, mais à un rythme beaucoup plus lent que ne l'avait espéré le Saint-Siège. Certains auteurs roumains, comme Xénopol et Melchisédech, ont émis des doutes sur la sincérité de Latsco; sa conversion n'aurait été qu'une
feinte destinée à masquer ses visées politiques : s'assurer l'appui non négligeable de la papauté. Bien vite, il serait retourné au schisme. Cette assertion manque de fondement. Le fait que Latsco, mort en 1373, fut inhumé dans l'église orthodoxe de Cernauti n'est pas une preuve suffisamment concluante. Cette église abritait le mausolée des voïvodes et personne ne pouvait trouver étrange que Latsco reposât parmi ses ancêtres. Cela ne signifiait pas nécessairement une apostasie.
Sous le règne de Georges Koriatovitch, une violente réaction orthodoxe se fit jour, qui faillit devenir fatale à la jeune Église de Seret. Heureusement la bourrasque fut de courte durée. Avec Pierre Muchat (1375-90), le calme revint. Marguerite, sa mère, catholique et apparentée à la famille royale de Hongrie, favorisa ouvertement le catholicisme. Nous savons que Seret possédait déjà un couvent de franciscains. La princesse y installa aussi des dominicains de la province de Hongrie (1377) et fit construire en l'honneur de S. Jean-Baptiste une église paroissiale qu'elle leur confia et dans laquelle elle voulut être inhumée. Ce sanctuaire, plus tard la cathédrale, auquel Grégoire XI concéda certains privilèges spirituels, devint un lieu de pèlerinage très fréquenté à la suite de nombreux miracles qui s'y produisirent et dont on a dressé un acte notarié le 24 juin 1402. Le monastère dominicain de Seret fut cédé peu de temps après sa fondation au vicariat des Frères Pérégrinants par le maître général de l'ordre, Élie Petit. Moins d'un siècle plus tard, il devait faire retour à la province de Hongrie, lors de la dissolution du vicariat des Frères Pérégrinants.
Un document qui a fait couler beaucoup d'encre et induit en erreur nombre d'historiens est une lettre d'Eugène IV à Benoît, évêque de Turnu-Severin, et datée du 15 sept. 1439. Le pape y fait allusion aux diocèses de Seret et de Bacau, alors vacants. Ce document, publié par le comte Kemeny et dont l'original ne se trouve nullement aux archives du monastère franciscain de Cluj, comme l'affirme l'éditeur, est un faux. Cette prétendue lettre est d'ailleurs remplie de contradictions qu'il suttîra de signaler. L'évèché de Seret n'était nullement vacant au début du xv^ s. La succession épiscopale est régulière et non interrompue de 1371 à 1436, date de la nomination du dernier évêque connu, sauf une courte vacance d'un peu plus d'une année de 1412 à 1413. Bacau, certes, n'avait pas d'évêque et pour la bonne raison que ce siège n'existait pas encore. Il date du début du xvii*^ s. et son premier titulaire fut le franciscain Jérôme Arsengo de Chio, préconisé le 17 sept. 1607. On cherche en vain un évêque de Turnu-Severin du nom de Benoît. A l'époque qui nous concerne, ce siège était occupé par Dominique, élu le 27 mai 1437, précédemment archidiacre de Sumeg, au diocèse de Veszprem. Il eut comme successeur, le 2 juin 1447, le bénédictin Étienne, abbé de Knoporli (?), également de Veszprem (voir C. Auner, Episcopia catolica a Severinului, dans Revista catolicâ, I, Bucarest, 1913, p. 60).
Seret eut peu d'évêques résidentiels. Le premier titulaire, proposé par Latsco, était un franciscain, nommé André de Cracovie, de la noble famille des Jastrzebiec. LTrbain V, avant d'agréer cette candidature, chargea l'archevêque de Prague et les évêques de Breslau et de Cracovie d'examiner si le personnage en question était idoine à ce poste (lettre apostolique du 25 juin. 1370). Le seul qui s'occupa eft'ectivement de cette affaire fut l'évêque de Cracovie, Florian. Le sacre eut lieu à Cracovie le 19 mars 1371. Le prélat consécrateur était Florian, assisté du dominicain Derslaus, évêque d'Élatée, et du franciscain Nicolas, évêque de Syene (?). Exactement deux mois après, le 9 mai 1371,
CERETIIM
le nouvel évêque prêta serinent devant Floriaii, représentant du pape, et signa le formulaire qui fut aussitôt expédié à Rome. André, cependant, ne se pressait pas de gagner son diocèse. Le 4 août l.'iTl, nous le trouvons encore à Leniberg où il fait établir par devant notaire une copie authentique de son acte de consécration. Sans doute prévoyait-il les difflcultés qui l'attendaient en Moldavie. La situation s'est révélée tout de suite précaire. La bulle papale de fondation élevait la principale église du lieu au rang de cathédrale et créait un chapitre que Latsco devait doter. Or à Seret il n'y avait d'autre église catholique que la chapelle des frères mineurs et le voïvode ne se pressait pas de manifester sa générosité. L'évêque avait à peine de quoi soutenir son rang. Il se plaignit de cette situation à Rome et implora un bénéfice dont les revenus lui permissent de vivre selon sa condition.
11 eut soin de faire apostiller sa pétition par la reine mère Élisabeth de Hongrie. Grégoire XI fit droit à sa requête en le félicitant du zèle qu'il avait déployé pour convertir les schismatiques de son diocèse (lettre du 25 juill. 1372). Déjà quelques mois auparavant, le pape lui avait confié l'administration de l'évêché de Halicz, qu'il garda jusqu'à l'érection de ce siège en métropole (1375-76). Ces difficultés matérielles, aggravées par la vive réaction orthodoxe qui suivit la mort de Latsco, contribuèrent à détacher peu à peu André de son diocèse. Il n'a pas dû y faire de longs séjours. En fait, dès le mois de juin 1372, nous le trouvons de nouveau en Pologne, à la cour de la reine mère Élisabeth, à Posnan. Il est fort probable que depuis ce moment André ne remit plus les pieds dans son diocèse et se contenta de l'administrer de loin. Tous les documents qui le concernent le signalent en effet constamment en Pologne. Dans ces documents, il est toujours désigné sous les titres d'évêque de Seret et de sufl'ragantde Gnesen. Notons qu'à cette époque le terme de sulïragant indiquait souvent un évêque auxiliaire. Le
12 mars 1388, André fut transféré au siège de Vilna, où il mourut en 1399.
La liste de ses successeurs est assez confuse. Des documents mal interprétés ont engendré des erreurs toujours fidèlement reproduites et partant difficiles à extirper. Certains noms reviennent deux fois qui, manifestement, ne désignent qu'un seul et même personnage. Lequien s'est efforcé de rétablir la vérité sans y parvenir tout à fait. Sa liste est à rectifier, non moins que celle de Gams. Le successeur immédiat d'André fut un dominicain, Jean de Cracovie, à qui Bzovius, O. P. (Propago D. Hyacinthi, Venise, 1606, p. 50), donne le surnom de Sartorius. Les listes épiscopales connues signalent deux évêques de ce nom : Jean de Cracovie, successeur d'André, et Jean Sartorius, qui siège dans les premières années du xv« s. Nous avons là un cas de dédoublement dû à Okolski (Riissia Florida, Lemberg, 1646, p. 59), qui confondit la date du document original (1394) avec celle de la copie authentique (1403). Cette erreur fut répétée constamment dans la suite. De Jean Sartorius, nous savons peu de choses. Dans un acte officiel, il se nomme confesseur des souverains de Pologne et suffragant de Cracovie. Nous en concluons qu'il occupait la charge d'auxiliaire de cette ville et qu'il n'a pas dû résider dans son diocèse. La seule marque d'intérêt que nous lui voyons porter à sa ville épiscopale est une lettre adressée à ses confrères de Seret et datant probablement de 1393 ou de 1394. Il les félicite des conversions obtenues et accorde 40 jours d'indulgence à ceux qui visiteront l'église S. -Jean-Baptiste où s'opèrent des miracles. Jean Sartorius mourut dans les premiers mois de 1394.
Le 8 juin 1394, Boniface IX lui donne un successeur dans la personne du dominicain Étienne Martin, dit Zajacsek, vraisemblablement d'origine ruthène, car il
est nommé ailleurs Étienne Ruthène. D'après Niesiecki (Koronn Polska, vol. iv, Lemberg, 1743, p. 642), il aurait appartenu à une famille noble. Pour l'obliger à la résidence, le jiape lui interdit de célébrer pontificalement en dehors de son diocèse. Malgré cette clause restrictive, il ne paraît pas qu'Étienne mît jamais les pieds en Moldavie. Les temps n'étaient guère favorables, il est vrai. Le roi de Hongrie, Sigismond, venait d'être battu par le voïvode de Moldavie (automne 1394). (;et échec a sans doute contribué à la régression du catholicisme dans cette région. Tout en conservant son titre d'évêque de Seret, Étienne est nommé, vers 1396, auxiliaire à Cracovie, fonction qu'il a dû garder jusqu'à sa mort, car à deux reprises encore (en 1406 et 1411), les documents lui reconnaissent cette qualité. Il meurt le 10 janv. 1412, laissant tout son avoir au monastère des dominicains de Cracovie.
Le siège de Seret resta vacant pendant plus d'une année. Enfin, le 5 mars 1413, Jean XXIII y pourvut par la nomination du moine Nicolas Venator, de l'ordre de S. -Paul Ermite. Celui-ci devait avoir bientôt un compétiteur dans la personne du dominicain Thomas Grueber (ou Erneber), préconisé évêque de Seret par le même pape, le 31 juill. de la même année. Cette élection, inexplicable de prime abord, car rien n'indique que la première ait été annulée, doit sans doute se mettre sur le compte du désordre de la Chancellerie pontificale, désordre fort compréhensible au temps du Grand Schisme. De toute façon, aucune des deux nominations n'était régulière, puisque Jean XXIII n'était pas le vrai pape. Grégoire XII, pape légitime, bien qu'abandonné par ses cardinau.x, n'avait pourtant pas abdiqué. Ceux-ci, réunis à Pise, dans un conclave anticanonique, avaient élu à sa place Alexandre V (1409-10), à qui succéda, un an plus tard, Jean XXIII (1410-15). Grégoire XII n'abdiqua qu'en juin 1415. Comment la Curie pontificale mit-elle d'accord les deux compétiteurs au siège de Seret? Nous en sommes réduits à des conjectures. Martin V, légitime élu du concile de Constance, avait le choix entre deux solutions : ou ratifier l'une des deux nominations de ! Jean XXIII ou procéder lui-même à une autre élection. Or les archives du pontificat de Martin V recèlent un curieux document qui semblerait de prime abord confirmer cette dernière hypothèse. Il s'agit de l'élection au siège de Seret, le 14 sept. 1420, d'un évêque Jean. Mais Eubel, qui cite cette pièce d'archives, avoue que le nom de l'évêché est presque illisible et se demande si cet acte concerne véritablement Seret. Par ailleurs, un autre document pontifical signale que le 29 juill. 1436 le franciscain Jean est nommé au siège de Seret vacant par la mort de l'évêque Nicolas. Ce dernier ne serait-il pas Nicolas Venator? D'après cette hypothèse, l'élection de Thomas Grueber aurait été annulée et celle de Nicolas validée par Martin V.
De l'évêque Jean, on ne sait rien sinon qu'il ne parut jamais dans son diocèse. Il fut le dernier évêque effectif de Seret. A partir de ce moment, le siège devint une simple titulature. Le seul bénéficiaire connu est Abraham Siedlchowski, nommé en 1622 par Paul V auxiliaire à Kulm (Chelmno).
Lequien, m, 1117-20. — E. Picot, Chronique de Moldavie de Grégoire Ureche, i, Paris, 1878, p. 34-35. — De Mas-Latrie, Trésor de chronologie, Paris, 1889, col. 2097. — E. Hurmuzaki. Documente privitoare la Istoria liomànilor, i, Bucarest, 1890, part. (1346-1430), p. 160, 162, 166, 167, 176, 197. — - A.-D. Xenopol, Histoire des Roumains de Dacie trajane, i, Paris, 1896, p. 212. — C. Kubel, i, 189; ii, 140. — R. Rosetti, Despre Unguri si Episcopiile catolice din Moldavia, dans Analele Academiei Române, section historique, série II, Bucarest, 1905, xxvii, 247. — N. lorga, Istoria Bisericii românesti, i, Valenii-de-Munte, 1908,
CERETUM