CERDON
le martyre vers l'an 100. Mais comme Jason et Sosipater n'ont aucun rapport avec l'île de Chypre, les sept voleurs et Cercyre elle-même sont des personnages inventés par une Passion récente, d'où ils passèrent dans les ménées.
A. S., avr., m, 620-21. — H. Delehaye, Saints de Chypre, dans A. Boll., xxvi, 262. — Martinov, Ann. eccl. gr.-slav.,
R. Van Doren.
CERDA (Juan Luis de La), jésuite, né à Tolède en 1558, mort à Madrid le 6 (25?) mars 1643. Entré au noviciat le 4 oct. 1574, il passa cinquante ans dans l'enseignement des belles-lettres à Murcie, à Oropesa et à Madrid. Philologue et professeur célèbre, il exerça par certaines de ses œuvres une influence durable sur l'enseignement classique en Espagne. Urbain VIII l'avait en particulière estime et ne manquait pas de le faire saluer par son neveu le nonce Barberini. L'ouvrage classique qui attira le plus de renom à La Cerda est son commentaire sur Virgile, 3 vol. in-folio, parus, le premier à Madrid en 1608, les deux autres à Lyon en 1612 et 1617. Son édition ne satisfait évidemment pas aux exigences modernes; elle n'a rien d'une édition critique. Le commentaire, avant tout grammatical, historique et littéraire, prouve chez l'auteur une étonnante érudition, un goût moins sûr. La comparaison de l'oeuvre de Virgile avec celle d'Homère y tient une grande place et, jugement qui nous surprend, l'art poli et étudié de Virgile y est placé bien au-dessus, et cela d'une façon obsédante, de la riche spontanéité d'Homère. On peut y reconnaître un des caractères de la culture de l'époque. C'est par une œuvre à première vue plus modeste qu'il influença pendant deux siècles l'éducation classique. Sous le titre de De inslitutione grammatica libri V, il remania et adapta les Grammalicae inlroductiones du célèbre philologue Antonio de Nebrija (1449-1552), professeur d'éloquence latine à Séville, à Salamanque et à Alcala. La nouvelle édition parut en 1598 et le livre commença à s'appeler l'Arte reformada de Antonio. Le P. de La Cerda n'y ajouta pas son propre nom. Le privilège de l'impression appartenait à l'hôpital général de Madrid. G. Mayans, quand il fait un reproche de ce privilège, ne peut viser la Compagnie. La Cerda édita et commenta Tertullien : Quinti Septimi Florentis Tertulliani opéra argumentis, explicationibus ac notis illustrata, 2 vol., Paris, 1628, 1630. Nombre de notes de La Cerda sont reproduites dans l'édition de Tertullien qui se trouve dans P. L. Le Nourry, dans sa dissertation (P. L., i, 753), tout en reconnaissant la valeur de La Cerda, reproche à cette édition de ne pas être assez critique, d'avoir choisi une disposition typographique peu heureuse où le commentaire coupe le texte, enfin de fournir un commentaire parfois surabondant. En 1626, La Cerda édita un in-foHo composite sous le titre Adversaria sacra quibus fax praefertur ad intelligentiam multorum scriptorum sacrorum. Grâce à son étonnante érudition, l'auteur s'y efforce de donner l'interprétation de vocables et de textes difficiles. On y trouve aussi une collation de variantes du N. T. grec, etc. Il y ajouta une édition avec traduction latine et commentaires des psaumes de Salomon. C'est l'édition princeps. Faite d'après la copie d'un manuscrit de la bibliothèque d'Augsbourg, qu'avait envoyée le P. André Schott, S. J., elle servit longtemps de Ijase aux rééditions. La première édition scientifique est celle de Hilgenfeld, toujours d'après ce manuscrit unique, la meilleure celle que von Gebhardt publia dans les Texte und Unlersuchungen, xiii, 2, d'après divers mss. Dans la préface de son édition, V. Gebhardt se montre d'une sévérité outrée pour La Cerda dont la traduction est heureuse et le commentaire intéressant. Comme dernière partie du volume
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
nous trouvons une édition avec commentaire plus développé du De pallia de Tertullien. On peut citer encore un traité théologique De excellentia sacrorum spirituum, imprimis de angeli cuslodis ministerio. Enfin un supplément au dictionnaire de Calepini, Ex glossis Isidori.
Sommervogel, ii, 984-90; ix, 22; xi, 1642. — Nie. Antonio, J3iW. hisp. nova, i, 722. — Southwell, Script. S. J., p. 470-471. — Alcazar, Hist. de la provincia de Toledo, n, 457-61. — Astrain, Hist. de la C. de J., iv, 110-12. — Texte und Unlersuchungen, xiii-2, p. 1-8. — Uriarte, Obras anônimas y seudonimas de autores de la Companiade Jesùs, III, 11.
A. De Bil.
CERDEGARIUS, évêque d'Évreux (892?- 912?). L'effigie de Cerdegarius figure parmi celles des évêques conservées au palais épiscopal à Évreux. La liste épiscopale, incomplète d'ailleurs, ne précise rien à son sujet. Il assista au concile de Trosly (Trosleianus, dioc. de Soissons) en 909; il était encore en vie au moment du traité de S.-Clair-sur-Epte, en 912.
Les auteurs du Gallia chrisliana admettent qu'on pourrait l'identifier avec un S. Leodegarius, évêque d'Évreux et martyr, dont les reliques se trouvaient à Soupes, territoire de Wastin. Une reine Blanche, souffrant de la lèpre, les y avait fait ramener d'Angleterre. En ce cas, Cerdegarius aurait été tué par les Normands, et son corps emporté en Angleterre.
G. Bonnentant, Hist. gén. du diocèse d'Évreux, i, Paris, 1933, p. 8-9. — A. Chassant et G.-E. Sauvage, Hist. des év. d'Évreux, 1846. — Gall. christ., xi, 570. — Gams, 549.
R. Van Doren.
CERDON, hérétique du ii" s. S. Irénée, Adv. haeres., I, xxvn, 1, nous apprend que Cerdon suivit les doctrines enseignées par Simon le Magicien et vint habiter Rome sous le pontificat d'Hygin. Il ajoute (Adv. haeres., III, iv, 3; cf. Eusèbe, Hist. eccles., IV, II, 2) qu'il donna longtemps le change aux fidèles et aux autorités de l'Église en dissimulant son enseignement ou en faisant semblant de regretter ses erreurs.
Cerdon enseignait qu'il y avait deux dieux, l'un bon, l'autre cruel et mauvais. Le Dieu bon était le vrai Dieu, le Père du Christ. C'était le dieu mauvais qui avait créé le monde, qui avait aussi donné la loi à Moïse et parlé par les prophètes. Il ajoutait que le Christ n'était pas réellement venu dans la chair, mais qu'il n'avait été qu'en apparence : dès lors ni la naissance virginale ni la Passion ne sont des réalités; il n'y a là que des illusions. De même, les corps ne ressusciteront pas; il n'y a d'immortalité et de résurrection que pour l'âme. Cerdon rejetait les Évangiles et les livres du N. T., à l'exception de S. Luc et des épîtres de S. Paul; encore supprimait-il des passages du troisième évangile et n'acceptait-il de S. Paul ni toutes les épîtres ni ces épîtres entières (Pseudo-Tertullien, Adu. omn. haeres., 6; S. Épiphane, Haeres., xli, 1; Filastrius, Adv. haeres., xliv).
La venue de Cerdon à Rome sous le pontificat d'Hygin est encore attestée par S. Cyprien (Epist., Lxxiv, 2), par S. FirmiUen de Césarée (Ê'pfs/., lxxv, 5, inter cyprian.), par Eusèbe (Chronic., éd. Helm, 202). Elle est assurément le fait le mieux assuré de son existence. On peut croire aussi que Cerdon était originaire de Syrie, comme le disent S. Épiphane {Haeres., XLi, 1) et Filastrius (Ado. haeres., xliv), sans doute sur la foi du Syntagma de S. Hippolyte. Il faut ne pas attacher d'importance à la 6ia5oxiî qui rattache Cerdon à Simon : ce doit être là une simple formule.
Plus délicate est la question des rapports entre Cerdon et Marcion. Les deux hérétiques ont sans doute vécu à Rome en même temps et ils ont pu s'y rencontrer. Est-ce à dire que déjà Cerdon a clairement enseigné l'opposition du Dieu de l'A. T. et du Dieu du N.,