‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 36 sur 282 · G. E., IV · texte numérisé non relu

G. E., IV

CÉRINTHE, hérétique du i" s. S. Iréaée (Adu. haeres., I, xxvi, 1) est le premier auteur qui nous renseigne sur Cérinthe. Selon lui, Cérinthe enseigna en Asie. Il prétendait que le monde n'a pas été fait par le premier Dieu, mais par une vertu, très éloignée de lui et qui l'ignorait; il ajoutait que Jésus n'était pas né d'une vierge, mais qu'il était le fils de Marie et de Josepii, qu'il avait été supérieur à tous les autres hommes par sa justice, sa sagesse et sa prudence; que, lors de son baptême, le Christ était descendu en lui sous forme de colombe, c.-à-d. une puissance émanée du Dieu suprême, si bien qu'à partir de ce moment Jésus avait pu aimoncer le Père inconnu et accomplir | des miracles; que, finalement, le Christ avait abandonné Jésus et que Jésus avait souffert et était ressuscité, tandis que le Christ demeurait impassible. Il ressort de ce témoignage que Cérinthe aurait été un gnostique et que son enseignement aurait été, sous une forme simple, celui que devaient reproduire, en le compliquant, les docteurs de la gnose.

Ailleurs (Adv. haeres., III, xi, 1), S. Irénée ajoute que S. Jean a écrit son Évangile pour réfuter les erreurs de Cérinthe. Il dit aussi : « Il y a encore des gens qui ont entendu Polycarpe (de Smyrne) raconter que Jean, le disciple du Seigneur, vint un jour aux thermes d'Éphèse. Lorsqu'il y aperçut Cérinthe, il en sortit précipitamment sans prendre de bain, en disant : Fuyons, de peur que l'édifice ne tombe sur nous. Cérinthe s'y trouve, l'ennemi de la vérité. » (Adv. haeres., III, iii, 4.) Ces derniers renseignements sont particulièrement importants, car S. Irénée, disciple de S. Polycarpe, était bien placé pour connaître ce qui se rapportait à S. Jean et à son Évangile. Ils | semblent d'ailleurs corroborés par certaines expressions de la première épître de S. Jean. L'apôtre déclare en effet qu'est menteur celui qui nie que Jésus est le Christ (I Joa., ii, 22); tandis qu'il est de Dieu celui qui confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair (I Joa., IV, 2). Ces deux formules ne viseraient-elles pas l'erreur de Cérinthe qui distinguait Jésus et le Christ et qui niait l'incarnation du Verbe?

D'autres renseignements cependant ne confirment pas les données de S. Irénée, qu'a reproduites S. Hippolyte (Philosoph., VII, xxxiii, 1-2; X, xxi). Dans un fragment des Capila adversus Caium, reproduit par Denys Bar Salibi {In Apocalyps., Actus et episl. canon., dans l'édition de L. Sedlacek, Rome et Paris, 1910, p. 1), S. Hippolyte nous apprend en effet que le prêtre romain Caïus attribuait à Cérinthe la composition de l'Apocalypse; peut-être ajoute-t-il lui-même que Cérinthe enseignait la circoncision, ce qui nous obligerait à le ranger parmi les judéo-chrétiens, plutôt que parmi les gnostiques. De fait, Caïus, au dire d'Eusèbe {Hisi. eccles., III, xxviii, 1-2), représente Cérinthe comme un millénariste qui interprétait au sens le plus grossier les promesses de l'Apocalypse. Denys d'Alexandrie, qui parlait également de Cérinthe dans son livre Sur les promesses (Eusèbe, Hist. eccles., VII, xxv, 1-3), lui attribue aussi des thèses millénaristes.

S. Épiphane fait de Cérinthe un judaïsant (Haeres., xxvin). Selon lui, Cérinthe enseignait que le Christ était né de Joseph et de Marie, que le monde avait été

créé par des anges, que la Loi et les prophètes avaient été donnés par des anges et que celui qui avait donné la Loi était un des anges qui ont fait le monde. Il ajoutait que le Christ n'était pas encore ressuscité, mais qu'il ressusciterait au moment de la résurrection générale (Haeres., xxviii, 6). L'évêque de Salamine ne paraît d'ailleurs pas très exactement renseigné sur le détail de la doctrine de Cérinthe : c'est à S. Irénée et à S. Hippolyte qu'il doit tout ce qu'il y a de positif dans sa description.

On ne peut pas, semble-t-il, ajouter foi au témoignage de S. Épiphane, lorsqu'il prétend que Cérinthe fut un de ceux qui s'opposèrent aux apôtres au moment du concile de Jérusalem et qui résistèrent à S. Pierre lors de la conversion de Corneille ; ou encore que ce fut lui qui ameuta la foule contre S. Paul lors du retour de l'Apôtre à Jérusalem (Haeres., xxviii, 2 et 4). Ces récits traduisent peut-être les souvenirs que S. Épiphane avait gardés d'une lecture un peu rapide de S. Hippolyte. Ils ont grande chance d'être forgés pour les besoins de la cause.

Somme toute, la personne et la doctrine de Cérinthe restent enveloppées d'obscurité. Il paraît assuré que Cérinthe a vécu et enseigné en Asie vers la fin du i" s. et que S. Jean a écrit contre lui. Il a dû nier l'incarnation du Verbe, et peut-être enseigner un système mélangé de gnose et de judaïsme. L'hypothèse de Caïus qui lui attribue l'Apocalypse et même le quatrième Évangile n'a aucun fondement historique et reste personnelle à cet écrivain. Il est difficile, semble-t-il, d'affirmer plus que cela.

C. Schmidt, Gespràche Jesu mit seinen Jiingern nach der Auferstehung, Leipzig, 1919, p. 403-52. — G. Bardy, Cérinthe, dans Revue biblique, 1921, p. 344-73. — E. de Faye, Gnostiques et gnosticisme, 2« édit., Paris, 1925. — A. Bludau, Die erste Gegner der Joannesschriften, Fribourg, 1925. — M.-J. Lagrange, L'Évangile selon S. Jean, Paris, 1925. — J. Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, 2» édit., Paris, 1928, p. 483-94.

G. Bardy.

CÉRINTHIENS, hérétiques du i" s., partisans de Cérinthe. Le seul auteur qui nous renseigne sur l'existence des cérinthiens est S. Épiphane (Haeres., xxviii), dont le témoignage est trop tardif pour pouvoir être accueilli en toute sécurité. Les écrivains antérieurs, S. Irénée, S. Hippolyte, Caïus, Denys d'Alexandrie, Pseudo-TertuUien parlent de Cérinthe et donnent des renseignements sur sa doctrine, mais ne disent rien de ses partisans. Selon les vraisemblances, Cérinthe n'a pas dû faire beaucoup de disciples, et en tout cas, il n'a pas dû exister, au moins durant longtemps, une secte se réclamant de lui.

S. Épiphane prétend (Haeres., xxviii, 6) que l'hérésie de Cérinthe s'est répandue non seulement en Asie, mais en Galatie et que l'usage du baptême pour les morts était très fréquent parmi ses adeptes. Il ajoute que les cérinthiens se servent de l'Évangile de S. Matthieu, c.-à-d., semble-t-il, qu'ils rejettent les trois autres Évangiles : il est impossible de dire où il a trouvé cette assertion. Il est assez probable que S. Épiphane a connu par expérience des communautés ébionites qui vivaient de son temps dans l'île de Chypre (Haeres., xxx, 18, 1) et ailleurs; et comme, pour lui, Cérinthe est un des fondateurs du judéochristianisme, il a mis ces communautés en relations avec l'hérésiarque. 11 y a là, de sa part, un arrangement qui ne s'appuyait sur aucune tradition, et les cérinthiens, s'ils ont jamais existé comme secte indépendante, avaient depuis longtemps disparu au iv« s.

G. Bardy.

CERISY (Abbaye de S.-Vigor de) (Manche). La commune de Cerisy est située à une vingtaine de km. à l'ouest de Bayeux, et dépendait autrefois de l'évêché

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