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CERISY

— CERLE

de cette ville. L'abbaye fut fondée vers le milieu du vi« s., par S. Vigor, évêque de Bayeux, sous l'invocation des SS. Pierre et Paul, sur un territoire qui lui avait été donné par Volusien et comportant 25 villages. Au x"" s., le monastère fut détruit par les Normands et la terre de Cerisy incorporée au domaine ducal. En 1030, Robert le Magnifique le rétablit et installa dans la nouvelle abbaye un abbé Durand, venu ■ de S.-Ouen de Rouen; la dédicace eut lieu le 22 nov. 1032. Robert et ses descendants enrichirent l'abbaye par des dons de terres, de reliques et des privilèges; elle ne relevait que du Saint-Siège et possédait, cas fort rare, le droit de justice sur toute l'étendue de son exemption ; les abbés commendataires laissèrent tomber cette prérogative, pourtant exceptionnelle. Les rois d'Angleterre et de l'rance prirent l'abbaye sous leur protection, la forêt fut détrichée, la région voisine vit s'accroître la population. L'église, construite au xi<^ s., est considérée comme l'un des types les plus I anciens de l'architecture solide et sévère des ducs normands; elle fut, au xiii" s., enrichie, ornée, le chœur transformé et voûté; les bâtiments claustraux furent agrandis à cette époque et au xiv« s. Eudes Rigaud, : archevêque de Rouen de 1248 à 1275, la visita plusieurs fois et constata que la vie monastique y était régulière. Il y avait alors de cinquante à soixante moines, presque tous prêtres.

Elle subit à la fin du xiv« s. les conséquences des guerres, fut fortifiée; il fallut emprunter pour payer ces travaux et l'entretien des gens d'armes et du capitaine qui y tenaient garnison. L'occupation anglaise î aggrava la situation; Richard de Silly, capitaine, fut contraint de la remettre au roi d'Angleterre qui s'empara des revenus et y mit un capitaine anglais, Thomas Halgthon. Après la bataille de Formigny qui délivrait î la Normandie (1450), l'abbé Richard Sabine prêta ser- ^ ment au roi de France, le chapitre fut reconstruit, les cloîtres et bâtiments restaurés, mais le nombre des religieux ne dépassait guère la dizaine. En 1502, l'abbaye tomba entre les mains de commendataires et cette situation fut encore plus funeste que la précédente; il n'y avait personne pour la défendre quand les protestants vinrent en 1562. L'abbé était en Auvergne, les moines durent fuir, tout fut saccagé ou anéanti, le vicaire général, Michel de Clugny, ne put que faire dresser procès-verbal. Trois ans plus tard, la foudre incendiait le clocher et une partie de la nef de l'église; ! il fallut la réparer et reconstruire la tour. En 1570, il n'y avait que le prieur et sept moines.

Au xviie s., la situation fut meilleure au point de vue matériel, plusieurs abbés eurent soin des bâtiments ; mais les religieux n'étaient plus à la hauteur de leur mission, leur nombre diminuait et ils ne se souciaient que d'accroître leurs revenus personnels; ce fut une ère de nombreux procès. En 1660, leur mauvais vouloir empêcha l'introduction à Cerisy de la réforme de S.-Maur. En 1706. ayant compris qu'ils obtiendraient ainsi une pension plus considérable, ils acceptèrent un traité entre l'abbé de Vendôme et les Mauristes. Un incident avec l'évêque de Bayeux pour une question de ])réséance empêcha son approbation par le roi, et les religieux, se considérant comme les seuls maîtres, firent faire de multiples travaux, changements, démolitions, si bien que, quand en 1716 le concordat signé dix ans plus tôt fut approuvé par Louis XV, le nouveau prieur, dom Lecourt, et ses quatre mauristes éprouvèrent les plus sérieuses difficultés. Les charges excédaient les revenus; des subsides et des économies permirent de redresser la situation, mais bientôt après on construisit un manoir pour l'abbé, puis, en 1770, en place des anciens bâtiments, une vaste construction de 140 pieds de longueur; il avait également fallu refaire le clocher, plu-

sieurs fois atteint par la foudre. Tout cela avait obligé à des ventes de bois, à des emprunts et 14 000 livres restaient à payer en 1789. A cette date, la communauté de Cerisy se composait de sept moines seulement; ils se séparèrent quand les ordres religieux furent abolis, les biens furent vendus nationalement et l'église devint paroissiale.

Dans la longue liste des abbés réguliers, que le Gallia christiana donne incomplète, on relève le nom d'Estout d'Estouteville (1385-88) qui devint abbé du Bec, puis de Fécamp. Quant aux abbés commendataires, presque tous appartenaient à des maisons illustres : Claude de Husson (1502-09) fils de Charles, comte de Tonnerre et d'Antoinette de La Trémoille, fut évêque de Séez, puis de Poitiers; Jacques de Silly fut évêque de Séez (1509-39) ; Georges d'Amboise (1542- 50) fut archevêque de Rouen et cardinal; Charles de Bourbon, fils de François de Vendôme et de Françoise d'Alençon, fut également archevêque de Rouen; Antoine d'Apchon (1557-80) ne fut pas, comme le prétend le Gallia christiana, évêque de Tarbes : marié, il fut lieutenant en Lyonnais, Forez et Beaujolais. Parmi ses successeurs, on relève les noms de François de La Guesle (1584-1614), de Pierre Habert (1614-30), de Henri-Louis Habert deMontmort (1631-37), tous trois conseillers au parlement de Paris; de Germain Habert (1637-54), membre de l'Académie française; de Mazarin (1654-61); de Philippe de Bourbon-Vendôme (1661- 1727), fils de Louis, duc de Vendôme, et de Victoire Mancini; de Paul d'Albert de Luynes (1727-88).

Huit prieurés dépendaient de Cerisy : S. -Martin de Barnavast, S. -Martin des Deux-Jumeaux, S. -Paul de Lyons, S.-Ouen de Marsay, S.-Froniond, S.-Marcouf, Vauville, West-Shirburne (Angleterre).

Le travail le plus détaillé sur l'abbaye de Cerisy est celui de P. de Farcy, Abbayes de Vévêché de Lisieux, i. — On trouvera un grand nombre de références et indications de sources d'archives dans Cottineau, i.

M. Prévost.

CERLE (Jean) (1633-91), ecclésiastique, né à Aubin, dans le Rouergue, en sept. 1633, dans une famille très modeste, joua un rôle important dans le 11 schisme de la régale » du diocèse de Pamiers. Fils spirituel du fameux Caulet, il avait fait ses études à l'université de Toulouse où il avait été remarqué par l'un des « recruteurs » de l'évêque de Pamiers, Antoine Charlas. C'était, chez Caulet, un parti pris de choisir eu dehors de son diocèse ceux qui devaient être ses collaborateurs dans l'administration et la réforme de l'Église de Pamiers, tactique qui lui facilitait la tâche en le libérant des influences locales. C'est ainsi que Cerle fut attiré à Pamiers et agrégé au chapitre réformé de Caulet, où l'on n'entrait qu'après une sévère probation. Cerle fit la sienne à l'abbaye de Chancelade (Dordogne) où, depuis la réforme d'Alain de Solminihac, la vie religieuse était en plein essor, sous une règle apparentée à celle de Pamiers. C'est sans doute en raison de cette formation que Cerle passera aux yeux de certains — dont Voltaire — pour un « moine ».

Peu après son installation au chapitre de Pamiers (1664), il subit une crise : à la stupéfaction générale et à la déception de l'évêque, il se déprend de l'observance régulière, affiche de l'orgueil, de l'arrogance et de l'ambition, mais c'est là une défaillance passagère, car il se reprend bien vite et se rend de nouveau digne de la confiance de Caulet. Ce dernier l'envoie présider à sa place des conférences ecclésiastiques et le délègue à la visite de certaines paroisses, comme s'il eût été son grand vicaire.

A la mort de Caulet (7 août 1680), un conflit éclate entre les chanoines régalistes (nommés par le roi à la faveur du droit de régale) et les chanoines réformés. Les premiers qui, du vivant du prélat, « s'étaient tenus

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cois, s'abstenant de paraître au chœur, où l'autorité civile n'avait osé les introduire de force », prétendent occuper leurs stalles; les chanoines réformés refusent de frayer avec ces intrus et le peuple prend parti pour le chapitre, qui reçoit, d'autre part, un bref d'approbation adressé par Innocent XI à Caulet, niais parvenu après sa mort. La riposte de l'autorité ne tarde pas : Foucault, intendant de Montauban, et le marquis de Mirepoix, gouverneur du pays de Foix, se transportent à Pamiers, suivis de quatre compagnies de cavalerie qui, par représailles, vont cantonner chez les opposants. Ce sont presque des dragonnades. Des deux vicaires généraux, l'un, d'Aubarède, est embastillé, l'autre, Rech, est enfermé au château de Dax. Mais le chapitre désigne un suppléant qui, plus heureux que ces derniers, saura échapper à toutes les recherches de la police : c'est Jean Cerle.

Il sera contraint de mener désormais une vie errante, pleine de périls : le 16 avr. 1681, il sera condamné par contumace à être décapité. Traqué, réduit à changer chaque jour de retraite, il déployait une activité intense. Voltaire a défini ainsi son rôle : « Un moine nommé Cerle, qui était l'un des grands vicaires [de Pamiers], casse et les sentences du métropolitain (de Toulouse, Montpezat] et les arrêts du Parlement. Ce tribunal le condamne par contumace à perdre la tête et à être traîné sur la claie. On l'exécute en effigie. Il insulte du fond de sa retraite à l'archevêque et au roi. et le pape le soutient. »

En réalité, les « insultes » de Cerle étaient des excommunications fulminées en bonne et due forme contre des intrus, et nous devons reconnaître qu'elles étaient justifiées. Contrairement à ce qu'avance Voltaire en employant le présent historique, qui exprime la continuité, le soutien du pape fut loin d'être continu. Sans doute, le bref du 1" juin 1681 confirma-t-il l'autorité de Cerle, mais une suite de décisions en sens contraire prises par les bureaux de la Curie vinrent neutraliser les effets de cette mesure. Selon le mot de Mgr Vidal, il y avait « comme une fatalité qui s'acharnait à brouiller les cartes entre le Saint-Siège et ses fidèles de Pamiers, au bénéfice du camp adverse ».

Ce conflit dégénéra en un véritable schisme qui dura jusqu'en 1693. A cette date, Cerle était mort : un séjour prolongé dans des cachettes humides, un régime de privations continuelles, des alarmes quotidiennes, les épreuves morales avaient ruiné la santé de ce robuste Rouergat. Le 12 févr. 1689, il est, avec plusieurs de ses amis, impliqué dans un procès contre la sûreté de l'Rtat : quoique déjà mort en effigie et légalement inexistant, il est condamné aux galères à vie. (;et arrêt ne fut pas plus exécuté que les précédents, et, quand Cerle mourut, le 16 août 1691, en un endroit que nous ignorons, la police du roi n'avait pu se saisir de sa personne.

Cerle est une très belle figure, jusqu'ici méconnue, de la fidélité française à la chaire de Pierre. La fréquentation de cette belle âme procure, écrit Mgr Vidal, un plaisir d'édification. >■ Et le biographe de Cerle fait ressortir les qualités morales de Cerle : dévouement, courage, mais aussi loyalisme ; le conflit qui ojjpose Cerle aux agents du roi ne l'empêche pas de respecter son autorité; il n'a rien d'un révolutionnaire, ni même d'un esprit frondeur; la mort de Marie-Thérèse, les victoires du roi, les alarmes que cause sa maladie sont l'occasion de mandements pleins de pensées chrétiennes et patriotiques, où il parle de la personne du monarque tout comme les évêques en résidence à Versailles. Bien mieux, lors de la chute de Jacques II. il fut le seul des Ordinaires de France à prescrire des prières et des jeûnes expiatoires.

Lavlsse, Histoire de France, vu, 26. — Orisar, dans L. T. K., II, 817. — Dom Poulet, Histoire du christianisme, m.

1173. — Mgr J.-M. Vidal, Histoire des évêques de Pamiers, VI, Jean Cerle et le schisme de la régale, Paris, 1938.

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