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CESARE — CÉSARÉE

CESARE (Bonaventure-Amédée de), théologien conventuel (xviiie s.)- Voir D. T. C, ii, 2186.

1. CÉSARÉE, évèché de BITHYNIE, dépendant de Nicomédie. Césarée n'était qu'une simple bourgade (iroÀixvTi), qui portait aussi les noms de SmjTalia (Z^upécXeiot), de Smyrdiané (Z^upSiavii) et de Germanicopolis. Son identification n'est pas encore certaine. Tournefort la plaçait au nord-ouest de Brousse, ainsi que Kiepert (Forma orbis antiqui, p. ix). W. Ramsay (As/a Minor, 180) précise qu'il faut la chercher sur la côte, entre Apamée (Moudania) et Dascylion (laskil). On pense aujourd'hui qu'elle occupait le site de Bademkôy.

Malgré son peu d'importance, Césarée de Bithynie possédait un évèché dès le iii^ s. On en a la preuve dans le récit du martyre de S. Thyrse et de ses compagnons, sous Dioclétien. Il y est dit que l'évêque de Césarée de Bithynie était Philéas, qui se cachait par crainte des persécuteurs (P. G., cxvi, 517 C). — Rufus prit part au concile de Nicée (325) (H. Gelzer, Patrum Nicaerwrum nomina, Leipzig, 1898, p. lxiv). — Paul assista à celui de Constantinople en 518 (Mansi, vni, 1050 A). — Jean fut un des membres du concile réuni en 536 par le patriarche Ménas (Mansi, viii, 878 D, 927 E, 935 E, 950 B, 974 A, 978 B, 1147 B). — Théodose eut, le 24 août 655, une longue controverse sur les deux volontés dans le Christ avec S. Maxime le Confesseur, exilé à Bizya (P. G., xc, 135-60). — Théodore prit part au sixième concile œcuménique en 681, mais seulement à partir de la xvi» session (Mansi,

XI, 602 A, 628 D, 649 B, 677 B). — Constantin fut un des Pères du second concile de Nicée (787) (Mansi,

XII, 995 D, 1102 E; xiii, 145 A, 369 B, 389 D). — Théophile participa au concile de 879 qui réhabilita l'hotius (Mansi, xvii A-xviii A, 376 E).

On ne connaît que ces huit titulaires et l'on ignore à quelle date l'évêché lui-même disparut. Ce fut probablement vers la fm du xi" s. ou au cours du xii", lorsque les Turcs dévastèrent la région.

Le titre de Césarée de Bithynie n'a pas encore été conféré dans l'Église romaine. Il est vrai qu'il ne figure dans les listes de la Consistoriale que depuis 1923. Les évêques latins du titre de Césarée de Bithynie indiqués par Lequien (m, 1021-24) appartiennent à Césarée de Palestine.

Lequien, i, 627-28. — Caesarea, dans Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, m, 1288-89. — Kaiaàpeia, dans MeyàXri éAXTiviKf) ÉyKUKAoTTaiSsia, xiii, 496.

R. Janin.

2. CÉSARÉE, métropole civile et religieuse de la CAPPADOCE. Le nom primitif de la ville était Mazaca, à cause de Mosoch, héros légendaire qui passait pour l'ancêtre des Cappadociens. La ville fut aussi appelée Eusebeia, peut-être à cause du roi Ariarathe Eusébès. Elle porta celui de Césarée depuis le règne de Tibère. Elle était bâtie au pied du mont Argée, à 1 100 m. d'altitude, sur un plateau ondulé formé de cinq collines qui se trouve au sud-ouest de la ville actuelle de Kaysariè. Elle existait déjà du temps des Hittites et fut la capitale des rois de Cappadoce. Tigrane III, gendre et allié de Mithridate le Grand, la prit d'assaut et en emmena les habitants, ainsi que d'autres Cappadociens, pour peupler la ville de Tigranocerte qu'il venait de fonder. Lorsque les Romains s'emparèrent de cette dernière, une bonne partie des gens de Mazaca retournèrent dans leurs foyers (69 av. J.-C). Après la mort d'Antiochus III, roi de (^omagène, qui possédait la Cappadoce, l'empereur 'fibcre réduisit celle-ci en province romaine et lui donna pour capitale Mazaca, qu'il appela Césarée. Ce fut une ville importante, située sur la route qui conduisait de la côte occidentale de l'Asie Mineure et

de Constantinople jusqu'en Perse. Zonaras (Annales, XII, 23) prétend qu'elle n'avait pas moins de 400 000 habitants lorsque Sapor V", roi de Perse, s'en empara sous Valérien (260). Ce nombre paraît exagéré, étant donné l'aire dans laquelle on a pu constater des ruines certaines de l'antiquité gréco-romaine; encore une partie de celles-ci appartiennent-elles à la ville nouvelle que S. Basile construisit en dehors de l'ancienne pour y abriter ses œuvres de bienfaisance. Justinien répara les murs de Césarée, mais il en restreignit l'étendue (Procope, De aedif., v, 4). La ville fut constamment la capitale de la Cappadoce. Lorsque l'empereur Valens divisa la province en deux, elle demeura capitale de la Cappadoce I"'. Elle déclina en même temps que l'empire byzantin et fut prise par le sultan seidjoukide Alp-Arslan en 1064; la population fut en grande partie massacrée. Les Seldjoukides construisirent au nord-est de l'ancienne ville une forteresse pour abriter la population musulmane et les chrétiens demeurés dans le pays. Les Mongols la prirent en 1243 et elle finit par tomber aux mains des Turcs osmanlis qui la détiennent encore. Elle fut le théâtre du massacre des Arméniens, le 30 nov. 1895. Elle compte actuellement 46 491 habitants (1935), tous musulmans, sauf quelques centaines d'Arméniens. Quant aux 1 500 Grecs qu'on y trouvait encore vers 1920, ils durent quitter le pays pour se réfugier en Grèce à la suite de l'échange des populations ordonné par le traité de Lausanne (25 juill. 1923). Il ne reste plus grand'chose de la ville ancienne, car les habitants extraient depuis longtemps tous les matériaux utilisables pour des constructions nouvelles.

Il est probable que le christianisme pénétra à Césarée dès les temps apostoliques, puisque S. Pierre s'adresse aux habitants de la Cappadoce qui ont embrassé la nouvelle foi (I Petr. , i, 1). Cependant les traditions qui concernent ce fait sont nettement légendaires et la liste des premiers évêques sujette à caution. La ville compta de nombreux martyrs, dont plusieurs furent l'objet d'un panégyrique de S. Basile, comme S. Mamas ou Mammès, S. Gordius, Ste Julitte. Le plus connu de ses enfants est sans contredit S. Basile, docteur de l'Église et père du monachisme oriental; il fut imité par plusieurs membres de sa famille, son frère S. Grégoire de Nysse, sa sœur Ste Macrine, etc., que l'Église a également canonisés.

Césarée joua un rôle assez important dans l'Église orientale jusqu'au moment où Constantinople accapara la primauté. L'influence de S. Basile y fut pour beaucoup, mais avant lui les évêques de Césarée exerçaient une véritable juridiction sur tout le diocèse ou gouvernement du Pont, qui comprenait plus de la moitié de l'Asie Mineure. C'est ainsi que S. Léonce participa à la fondation de l'Église d'Arménie vers la fin du iii« s. Cf. art. Arménie. Des conciles se tinrent à Césarée, surtout à propos de l'arianisme, en 317, 358, 371, etc. Lorsque Constantinople fut devenue sans conteste la tête de l'Église byzantine, Césarée conserva la première place ai)rès elle dans la hiérarchie ; son évêque était TrpcoTÔÔpovoç du patriarcat. II l'est resté jusqu'à nos jours.

L'établissement des Turcs en Cappadoce dès la fin du xii" s. accéléra la décadence de l'Église de Césarée. Le régime des Seidjoukides fut en général assez tolérant, mais celui des Osmanlis devint souvent tracassier. Aussi nombre de chrétiens passèrent-ils à l'islamisme, poussés par l'intérêt ou par le manque d'une véritable conviction religieuse. Au xix'' s., il se produisait un assez fort mouvement d'émigration qui dispersa beaucoup de fidèles dans les villes commerçantes, comme Constantino|)le et Smyrne, ou les ports de la mer Noire. Aussi, bien que l'cparchie s'étendît sur trois vilayets ou i)rovinces, son importance numé-

CÉSARÉE

rique était assez faible. Au début du xx« s., elle ne comptait que 40 000 âmes environ, avec 90 prêtres, répartis très inégalement entre une cinquantaine de localités parfois très éloignées les unes des autres, A. M. Lébidès, 'H nr|TpÔTToAis Kaiaapefaç KaTnra- 5oK(otç, dans 'HuepôAoyiov tcSv êôvikwv çiAotvQpco- ■mKwv KOTaoTTiiiâTCOv, Constantinople, 1905, p. 122- 55. Le métropolite ne résidait pas dans la ville même de Césarée, mais près dé là, au monastère de S. -Jean- Baptiste situé à Zincidere. Le couvent possédait depuis 1882 une école théologique avec une centaine d'élèves; elle formait des curés de campagne et des instituteurs.

Malgré sa décadence irrémédiable, Césarée conserva pendant longtemps une certaine influence sur les affaires ecclésiastiques de l'Asie Mineure. C'est ainsi qu'en 1327, le patriarche Isaïe et son synode lui confièrent le soin des métropoles de Sébaste d'Arménie, d'Euchaïte, d'Iconium et de Mocissos et de l'archevêché de Nazianze, dont les sièges étaient souvent vacants (Miklosich et Muller, Acta et diplomata graeca medii aevi, i, 143-44). Vers 1365, le saint synode renouvelle le même geste pour les métropoles de Tyane, de Mocissos, de Sébaste et d'Iconium et pour l'archevêché de Nazianze (ibid., 468). — Même déclaration en nov. 1370 pour les métropoles de Tyane et de Mocissos alors vacantes (ibid., 537). Cependant Mocissos venait de recevoir un titulaire dans la personne de Joannice, évêque de Nysse. Le 20 nov. de la même année, le saint synode chargea Joannice, conjointement avec le métropolite de Césarée, de remettre de l'ordre dans l'éparchie d'Iconium, où un moine du nom de Tagaris s'était arrogé les droits épiscopaux et avait fait de soi-disant ordinations (ibid., 537-38). Notons qu'en cette même année 1370 la métropole de Nazianze fut unie à celle de Césarée (ibid., 536).

La liste des titulaires grecs de Césarée de Cappadoce est assez fournie, puisqu'elle renferme plus de cent vingt noms, mais elle est loin d'être complète. Les lacunes les plus considérables se rencontrent aux vii« et viii« s. et du XI» au xvi^. Les trois premiers sont purement légendaires : Primianus ou Longin, qui ne serait autre que le centurion qui perça le côté de Notre- Seigneur sur le Calvaire, Apollo et Épaphrodite, tous deux disciples de S. Paul. La série vraiment historique commence avec Théocrite, vers 160. — Alexandre, 170-211. — Firmilien I", 235-56. — Théoctiste, 258. — Firmilien II, 269. — Léonce I", 285. — Agricolatis, 314. — Eusèbe I", 315-20. — Léonce II, 325. — Eusèbe II, 335. — Dianius I", 336. ~ Eusèbe III, 340. — Eulalius ou Eulabius, 341. — Hermogène, 341.

— Dianius II, 341-62. — Eusèbe IV, 362-70. — S. Basile le Grand, 370-79. — Héraclide, 379-80. — Helladius, 380-96. — Pharétrius, 396-404. — Archélaûs, 404-31 . — Firmus, 431 -40. — Thalassius I", 440-51 . — Alepius, 458. — Thalassius II, 469. — André, 485. — Alype, 513. — Aréthas I", 518. — Élie, vers 530. — Sotérius, 535-37. — Théodore I", 538-50. — Aréthas II, 550. — Sotérichus, 553. — Théocrite, vers 560. — Philalèthe, 681. — Cyriaque, 691. — Agapius, 783, 787. — Nicolas, 806. — Thomas, 812. — Euschémon I", 857-59. — Euthyme, qui fut créé par Photius, vers 865. — Paul, 867. — Procope, 879-80. — Théophane I»', 886. — K;uschémon II, 889. — Aréthas III, 910. — Basile II, 912-18. — Théophane II Chœrinos, 928-33. — Ba.sile III, 933-?. — Aréthas IV, 945. — Eusèbe V, 9.50. — Basile IV, 9.50-80. — ?, 1066 (Mansi, xix, 1044 C). — ?, 1067 (ibid., 1060 B).

— Cosmas, ?-1084. — Étienne I", 1084-?. — Abram Chrysos, xi«-xii« s. — Constantin, 1143-47. — Macaire I", vers 1150. — Étienne II, 1156, 1166, 1171, 1177. — ?, 1186. — Démétrius, 1190, 1192. — Métrophane I", 1242?-1260?. — Basile V Caranténos,

cet. 1352, déposé en 1363. — Méthode, 1365, 1368. — Athanase, vers 1370. — Euthyme II, 1378. — Arsène, 1440, 1443. — Agapius, vers 1450. — Métrophane II, 1545-49, nommé patriarche de Constantinople en 1565. — Macaire II, sept. 1560. — Joasaph, 1574, 1575. — Pachôme Pachestos, ?-22 févr. 1584. — Euthyme III, 22 févr. 1584-?. — Métrophane III, 1588. — Denys, vers 1600. — Grégoire I", 1606-23. — Germain I", sept. 1623, élection annulée. — Mélèce, sept. 1623-t 1624. — Grégoire, pour la deuxième fois, 1624-27. — Métrophane IV, juin 1627-déposé le 8 juin 1630. — Isaac, 8 juin 1630-37?. — Épiphane, 1637. — Grégoire II, 1637. — Anthime I", 1639. — Zacharie, nov. 1642, démissionne en août, déposé en déc. 1649. — Païsius I", févr. 1647. — Anthime II, déc. 1649, déc. 1653. — ?, démissionne en 1663. — Néophyte, 1671. — Grégoire III, 1672, déposé le 5 oct. 1674. — Germain II, 5 oct. 1674, déposé en mai 1676. — Parthénius I", 1678. — Anthime III, 1702. — Cyprien, ?-25 oct. 1707, patriarche de Constantinople. — Jérémie, nov. 1707-25 mars 1716, patriarche de Constantinople. — Néophyte, 1716-

27 sept. 1734. — Parthénius II, 1734-52?. — Porphyrius, 1752. — • Gérasime, vers 1760. — Païsius II, 1760?-64. — Macaire III, 1765?-72?. — Grégoire IV, 1773-96. — Léonce III, juill. 1796, démissionne en oct. 1801. — Païsius III, 1801-04?. — Philothée, 1804?-t 1816. — Mélétius, 1816-t 1817. — Joannice, juin 1817-mort en prison en 1823. — Chrysanthe, 1823-oct. 1830. — Gérasime Domnénos, oct. 1830démissionne en mai 1832. — Païsius IV, mai 1832t 30 janv. 1871. — Basile VI, avr. 1871, élection annulée. — Eustathe Cléoboulos, 30 sept. 1871-t 25 janv. 1876. — Méthode, 28 janv. 1876-t 12 mai 1878. — Jean Anastasiadès, 21 mai 1878-t 28 avr. 1902. — Gervais Sarantès, 7 mai 1902-16 mars 1910. — Sophrone Nestopoulos, 27 mars 1910-déposé en avr. 1911. — Ambroise Staurinos, 28 avr. 1911, en disponibilité le 13 févr. 1914. — Nicolas Saccopoulos, 13 févr. 1914-22 févr. 1927. — Callinique Délicanès,

28 juill. 1932-t 11 janv. 1934. Depuis 1922, la métropole de Césarée est purement titulaire.

Outre la métropole grecque, la ville de Césarée de Cappadoce possédait depuis le Moyen Age un archevêché arménien grégorien ou dissident, qui comptait environ 30 000 fidèles au début de ce siècle. Elle avait aussi, depuis le 30 avr. 1850, un évêché arménien catholique, avec 1 500 fidèles seulement et 4 prêtres. Cet évêché n'a eu que quatre titulaires : Jean Hasgian, 2 juill. 1850-t 8 mai 1880. — Paul Emmanuelian, 26 août 1881-élu patriarche de Cilicie le 24 juill. 1899. Mathieu Sislian, 28 août 1901-t 1911. — Antoine Bahabanian, élu le 1" oct. 1911, t 26 nov. 1938, retiré en Avignon. On trouvait aussi à Césarée un millier de protestants, presque tous d'origine arménienne. Les Pères jésuites dirigeaient une école florissante, et les Sœurs de S. -Joseph de l'Apparition, une école et un orphelinat. Toutes les œuvres chrétiennes ont disparu. Les Arméniens grégoriens ont encore un prêtre à leur service, mais les Arméniens catholiques, très peu nombreux du reste, sont presque complètement abandonnés à cause de l'impossibilité de leur envoyer un prêtre.

Ce n'est guère qu'au xix"" s. que le titre de Césarée de Cappadoce a été conféré de façon indubitable dans l'Église romaine. Les prélats indiqués par Lequien (m, 877-78) comnje ayant été nommés à ce siège appartiennent très probablement à l'une ou l'autre des Césarées de Palestine ou de Philippe. La liste des titulaires certains ne comporte qu'une demi-douzaine de noms : Dieudonné Bosvigian, 1800, abbé général des Mékhitaristes de Venise. — Joseph Graniello, 11 juill. 1892-29 mars 1893, nommé cardinal. — Antoine Bu-

CÉSARÉE

glione, 11 sept. 1894-18 oct. 1896, coadjuteur à i Conza. — Justin Adami, 13 janv. 1898-t 13 déc. 1906.

— Auguste Sili, 22 déc. 1906-15 déc. 1919, nommé cardinal. — Vincent Pulisic, 2 avr. 1922-t 6 févr. 1936.

— Eugène Grellier, 18 juin 1936, ancien évêque de Laval, t 13 févr. 1939. — Joseph Misuraca, élu le 2 juin. 1941, nonce au Vénézuéla.

Lequien, i, 351-90; m, 877-78. — Ch. Texier, Description de l'Asie Mineure, ii, éd. 1862, p. 538-44. — V. Cuinet, Turquie d'Asie, i, 304-15. — Smith, Dictionary of Greek and Roman Geography, i, 469. • — - Caesarea, dans Jîeal- Encyclopâdie Pauly-Wissowa, m-A, 1289-90. — • N. Moschopoulos, KaiCTiipEia Kan-rraSoKiaç, dans MEyàATi êXXT|vlK^l ÉyKUKAoïraiSEia, xiii, 495-96. — A. -M. Lébidès, 'H Mr|Tp6iT0- AiS KaiCTopEias KaTriraSoKiaç, dans 'HuEpoAoyiou tûv èOviKcov (piXocvôpcùTTiKcôv KOTaoTrinàTcov, Constantinople, 1905, p. 122- 55. • — ■ G. Bernadakis, Notes sur la topographie de Césarée de Cappadoce, dans Échos d'Orient, xi, 1908, p. 22-27. — Une liste des titulaires grecs, assez incomplète et fausse sur plus d'un point, a été publiée par Anthime Alexoudès, métropolite d'Amasée, dans 'AvaToXiKo; 'Aori^p, 1891, p. 39-40.

R. Janin.

3. CÉSARÉE de MAURÉTANIE, Cherchel. — I. Sommaire historique. — Située à 96 km. à l'ouest d'Alger, au bord de la mer, l'actuelle Cherchel occupe l'emplacement d'une ancienne échelle punique, loi, que mentionne pour la première fois le Périple dit de Scylax, au milieu du iv« s. av. J.-C. (111, Geogr. gr. min., éd. C. Millier, i, 90). Tombée au cours du second siècle aux mains de princes indigènes, elle devint la résidence d'un roi Bocchus, sans doute Bocchus II (38-33 av. J.-C.) (Solin., xxv, 16). Mais ce fut Juba II (25 av. J.-C. -23 ap.) qui fit d'une simple regia une véritable capitale à laquelle il donna en l'honneur de l'empereur le nom de Caesarea (Strabon, XVII, m, 12; Pomp. Mêla, I, vi, 30; Pline, H. N., V, ii, 20; Eutr.. VII, X, 3). Sa faveur en assura le développement éco- ' nomique et fit d'elle un foyer d'hellénisme. Lorsque, en 40 ap. J.-C, Caligula eut fait assassiner le roi Ptolémée, Césarée devint la capitale de la nouvelle province de Mauretania Caesariensis et fut élevée au rang de colonie sous le règne de Claude (Pline, H. N. V, II, 20).

C'est, à l'époque impériale, l'une des principales cités nord-africaines. Elle s'est entourée, depuis le milieu du i»'' s., d'une enceinte de près de 7 km. qui en- | ferme un « espace de 370 hectares couverts d'habitations plus on moins denses et de jardins ». La partie centrale de la ville antique est malheureusement occupée par la ville moderne et seules les statues et mosaïques qui forment les remarquables collections du Musée témoignent vraiment de la splendeur de la cité morte dont quelques inscriptions attestent par ailleurs la prospérité. Les ruines, assez décevantes, à l'exception d'un théâtre transformé en arènes (au iv s.'?) et de thermes montrent que la ville s'allongeait en plaine sur une largeur d'environ 400 m. le long de la côte et s'étendait sur les premières collines qui la limitent vers le sud. De l'amphithéâtre, situé à l'est de la ville et où, peut-être, Ste Marcienne fut martyrisée, il ne subsiste que des restes assez informes.

La décadence de Césarée commença sans doute au moment où la création de la Sitifienne par Dioclétien diminua l'étendue de son ressort. Mais ce fut la révolte de Firmus qui la précipita (Orose, VII, xxxin, 5; Ammien, XXIX, v, 17. 19 et 42; Symmaque, Epist., I, 64). En 371 ou 372, la viUe fut prise par le rebelle et incendiée. On déblaya les ruines et l'on pansa les plaies comme on put. Bien qu'on n'en ait pas la preuve absolue, on peut croire que la ville fut occupée, au moins temporairement, par les Vandales. Elle le fut, en tout cas, par les Byzantins (Procope, Bell. Vand., II, V, 5 et xx, 32) qui en firent la capitale de la

I Maurétanie seconde (Procope, op. cit., II, xx, 31; C. J., I, 27, 2, la). Mais pour cette période de son histoire, on ne sait à peu près rien d'elle. A partir de la conquête arabe, elle ne joue plus de loin en loin qu'un rôle épisodique. Dès le x^ s., elle était, semble-t-il, déjà en ruines (Ibn Hawqal, trad. de Slane dans Journ. Asiat., 3* série, xiii, 1842, p. 184; al-Bakrî, trad. de Slane, 2"^ éd., p. 165; al-Idrîsî, trad. Dozy et Goeje, 103).

II. Le christianisme a Césarée. — On ignore à quelle date le christianisme fit son apparition à Césarée, mais divers indices permettent de penser que ce fut assez tôt (sans doute dès le ii"^ s.). La nouvelle religion est en effet attestée dans la petite ville voisine de Tipasa dès 238 (C. /. L., vni, 9289/20856); l'ancre figure sur quatre documents découverts à Cherchel (P. Gauckler, Musée de Cherchel, 35-36; S. Gsell, Cherchel, 1269-70; L. Leschi, dans Bull. arch. du Corn., 1932-33, p. 311-12); enfin on peut présumer que la colonie juive (cf. Passio Marcianae, 4 et 6) n'était pas sans rapports avec l'Orient.

La persécution y sévit, mais le détail n'en est guère connu. Certains martyrs sont pour le moins suspects, tels Victor, honoré le 26 août (J. de Guibert, S. Victor de Césarée, dans A. Boll., xxiv, 1905, p. 257-64), a rencontré l'incrédulité de S. Gsell, Cherchel, 1270-71 et de P. Monceaux, Hist. lilt., m, 158, n. 13. J'accepterais, au contraire, pour ma part, de voir en ce Victor un martyr de Césarée. Cf. B. de GaifTier, dans A. Boll., Lviii, 1940, p. 82 et lx, 1942, p. 8) et surtout Arcadius, honoré le 12 janv. (A. Audollent, art. Arcadius, dans D. H. G. E., m, 1485-87). D'autres sont plus sûrs : Theodota et ses sept fils (Mart. Hier., 2 août, éd. Rossi-Duchesne, 100), Severianus et sa femme Aquila (Mart. Hier., 23 janv., éd. Rossi-Duchesne, 12; cf. A. Audollent, art. Aquila, n. 4, dans D. H. G. E., m, i 1110-11) et Marciana (Mart. Hier., 11 juill., éd. Rossi- Duchesne, 90) dont on possède une passio (A. S., 9 janv., I, 569) qui contient des éléments de valeur assez diverse. Malheureusement aucun de ces martyres ne peut être situé avec quelque sécurité dans le temps. Seul celui du vexillifer Fabius {Passio dans A. Bail., IX, 1890, p. 123-34; cf. P. Monceaux, Hist. litt., III, 123-26 et P. Franchi de' Cavalieri, Note agiografiche, viii, n. 10, dans Studi e Testi, Lxv) peut être î placé en 293, 299, 303 ou 304, sans qu'on ait de très bonnes raisons de préférer l'une à l'autre de ces quatre dates. En d'autres termes, nous ne sommes assurés de la persécution à Césarée que pour la seule époque de Dioclétien.

Il est vraisemblable que la cité eut des évêques antérieurement à la paix de l'Église, mais il n'est pas possible de le démontrer. Une inscription nous fait connaître un certain Evelpius dans lequel on a voulu voir un évêque (C. /. L., viii, 9585). La chose n'est pas certaine (cf. S. Gsell, Cherchel, 1275-77 sur les différentes interprétations dont le texte est susceptible). Mais, dans le cas même d'une conclusion affirmative, devant laquelle j'hésite pour ma part, il n'est pas permis de dire que ce personnage ait dirigé l'Église de Césarée antérieurement au règne de Constantin, comme le fait le P. Mesnage {L'Afrique chrétienne, 448). Un autre texte (C. /. L., viii, 21418) très mutilé, porte Cresce[n]s filoft[lus] (= filio eius? E. Diehl, Inscriptiones, 1107 a) I episclopus]. La restitution est trop conjecturale pour qu'on puisse inscrire ce personnage sur nos fastes épiscopaux. Un sacerdos dont le nom est inconnu {[Secun]dus? ) doit probablement y figurer. Mais le texte qui nous le révèle (C /. L., viii, 9412/ 21417) peut être daté soit de 368 soit de 468. Il n'est donc pas possible de déterminer quelle place il y occuperait. Si donc on laisse de côté l'évêque donatiste Emeritus, contemporain de S. Augustin, nous ne

CÉSARÉE

connaissons que quatre évêques de Césarée : Fortunatus, qui assista au concile d'Arles de 314 (Mansi, ii, 477); Clemens, vers 380 (Symmaque, Epist., i, 64); Deuterius, qui assista au concile de Carthage de 411 (Mansi, iv, 266); Apocorius. qui assista au concile de Carthage de 484 (Not. M. C, n. 21). Ajoutons que (lésarée (KaiCTàpeia) est mentionnée encore parmi les évèchés au début du vin« s. (6p6vos 'AAeÇavSpîvoç. dans Hyz. Zeitschrift. ii, 1893, p. 26), et qu'elle eut enfin des évêques titulaires de 1652 à 1884 (liste dans Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Maurétanies, 29-30).

L'information relative aux monuments chrétiens de Cherchel est des plus pauvres. 1,'ecclesiu maior dans laquelle parla S. Augustin (Gesta cum Emerito, 1) n'est connue que par les textes et on en ignore l'emplacement. On a voulu voir une chapelle dans un ensemble de ruines situé à l'ouest de la ville (S. Gsell, Atlas, iv, 16, 42). Mais ce n'est pas sûr. Sans doute convient-il d'ajouter la cella que mentionne C. /. L., viii, 9585, aujourd'hui disparue et qui s'élevait, peut-être dès le s., dans une area cémétériale, à l'ouest de la ville (S. Gsell, Atlas, iv, 16, 54) où ont été trouvées les deux plus intéressantes inscriptions chrétiennes de Cherchel (C. /. L., vm, 9585 qui concerne peut-être (?) le martyr Severianus et 9586 qui mentionne un accubitorium). Trois autres cimetières chrétiens ont été identifiés, l'un à l'ouest (S. Gsell, Atlas, iv, 16, 47) et deux à l'est (ibid., iv. 16, 56 et 57). Mais au total l'épigraphie chrétienne de Cherchel est pauvre, une trentaine d'inscriptions peut-être sur un total de plus de huit cents et le sol n'a guère livré que des fragments de sarcophages, des lampes et de menus objets (S. Gsell. Cherchel, 1278-81).

Nous n'en savons pas beaucoup plus sur les hommes que sur les choses. Presque rien sur les fidèles, les Iratres ou cultores Verbi comme se dit l'un d'eux (C. /. L., viii, 9585). Deux prêtres seulement (Secunldus qui devint ensuite évêque (C /. L., viii, 9412/ 21417) et Victor (C. /. L.. viii, 9586); un diacre. Deuterius, qui assista au concile d'Arles (Mansi, ii, 477). Aucune trace certaine de conciles, bien que la tenue en apparaisse vraisemblable dans une métropole ( Gesta cum Emerito, 1).

l,e donatisme se développa à Césarée connue dans la plupart des villes africaines et son représentant, Kmeritus, un enfant de la ville, en fut un des jjrincipaux champions au concile de Carthage en 411 (P. .Monceaux, Hist. litt., vu, 145-89). La querelle qui l'opposa à S. Augustin est bien connue par l'œuvre de ce dernier. Mais elle n'entre dans le cadre de l'histoire de Césarée que par les épisodes qui marquèrent le séjour qu'y fit, comme envoyé pontifical, l'évêque d'Hippone dans l'automne de 418, en compagnie d'Alyi)ius de Thagaste et de Possidius de Calama (Possidius, Vita Augustini, 14; Augustin, De gestis cum Emerito, passim; Contra Gaud., i, 14 [15]; De doctrina christ., IV, XXIV, 53; Retract., ii, 77 (51); Epist., c.xc, 1 et c.xciii, 1 ; Sermo ad Caesariensis Ecclesiae plebem). Une rencontre eut lieu entre les deux hommes le 1 8 sept. ; un colloque solennel, le 20. A son issue, Emeritus, inimicus et mutas (Contra Gaud.. i, 14 [15]), s'exila, demeurant fidèle à sa foi dont les dernières traces ne durent pas tarder à disparaître à Césarée. En tout cas, aucun document n'en atteste la survie.

La meilleure étude d'ensemble demeure celle de S. Gsell, Promenades archéologiques aux environs d'Alger, Paris, 1926, p. 7-83, avec bibliographie sommaire, p. 161-62, à laquelle on se reportera pour les travaux anciens. — H. Dessau, art. Caesarea, n. 14, dans Real-Encycl., m, 1294-95. — S. Gsell, art. Cherchel, dans D. A. C. L., m, 1269-81 (excellent); Id., Atlas archéologique de l'Algérie, feuille IV, n. 16 (1902), avec quelques additions (1911). —

Informations nombreuses mais éparses, dans P. Monceaux» Hist. litt. de l'Afrique chrétienne, 7 vol., Paris, 1901-23. ■ — J. Mesnage, L'Afrique chrétienne, évêchés et ruines antiques, Paris, 1912, p. 447-50. — P. Gauckler, Musée de Cherchel, Paris, 1895. — M. Durry, Musée de Cherchel, supplément, Paris, 1924. Ces deux derniers ouvrages dans la Collection des musées de l'Algérie et de la Tunisie. — Parmi les travaux récents aucun ne concerne le christianisme, sauf L. Leschi, Vestiges du christianisme antique dans le départ. d'Alger, dans l'Algérie catholique, déc. 1936, p. 13- 32. — M. Durry, Valeur de Clierchel, dans Ann. de l'Inst. des Hautes-Études de Gand, i, Gand, 1937, p. 111-23. — J. Bérard, Noie sur les aqueducs antiques de Cherchell, dans Reu. afric, lxxv, 1934, p. 417-25. — J. Meunier, Les fortifications de Césarée et la porte de Zucchabar, dans Rev. afr., Lxxxvi, 1942, p. 179-94 et surtout P.-M. Duval, Cherchel et Tipasa. Recherches sur deux villes fortes de l'Afrique romaine, dans la Bibliothèque archéologique et historique, xLiii, Paris, 1946 (très important; plan détaillé). — Sur les mosaïques: A. Bruhl, Mosaïques de la légende d'Achille à Cherchell, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, xlviii, 1931, p. 109- 23. — J. Bérard, Mosaïques inédites de Cherchel, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, lu, 1935, p. 113-42; Id., Un triomphe bachique sur une mosaïque de Cherchel, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, lui, 1936, p. 151-65. — Fr. Cumont, Une mosaïque de Cherchel figurant Ulysse et les Sirènes, dans C. R. de l'Acad. des Inscr., 1941, p. 103-09. — Épigraphie : J. Carcopino, La reine Urania de Maurétanie, dans Mélanges F. Grat, i, Paris, 1946, p. 31-38 — L. Leschi, La carrière de Marcius Turbo, préfet du prétoire d'Hadrien, dans C. R. de l'Académie des Inscriptions, 1945, p. 144-62.

(>H. Courtois.

4. CÉSARÉE de NUMIDIE. Comme la Maurétanie césarienne, la Numidie possédait une Ecclesia Caesariensis, puisqu'un Domnicus Caesariensis est nommé le 47'' sur la liste des évêques numides dans la Notice de 484, Nol. Prov. et Civil. Africac, Numidie, 17; Victor de Vite, éd. Petschenig, 121; P. L., Lviii, 270, 302, avec indication de son sort par l'abréviation prbt. Rien n'a encore révélé l'emplacement de cet évcché, qui ne paraît [)as pouvoir être confondu avec Caesariana, dont la conférence carthaginoise de 411 (Gest. coll. Carlh., i, 188-89; P. L., XI, 1331) met en scène l'évêque donatiste Cresconius avec, comme rival, un prêtre catholique, et dont l'ethnique Caesarianensis, déformé en Caesaramensis dans un ms. de la conférence (Codex biblioth. vatic. Regin., 1032, cité par P. .Mesnage, L'Afr. chrét., Paris, 1912, p. 313), se rencontre encore dans les Acta Munati Felicis (Gesta apud Zenophitum, dans V Appendix d'Oplal), éd. Dupin, 168; éd. Ziwsa, 188.

Morcelli, l, cxxiv, 114-1.}. — Xot. dign., annot. p. 617, 644. — Gams, 464, 3. — De Mas-Latrie, dans Bull, de correspondance africaine, 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894, xxvi, xxvii, p. 72-74. — S. Gsell, Atlas arch., Alger, 1911, f. 17 : Constantine, 244. — P. Mesnage, op. cit., p. 406-07. — H. Jaubert, Anciens évêchés de la Numidie et de la Sitif., dans Rec. de Constantine, XLVi, 1912, p. 18-10, § 24 et 25.

J. I-'krron.

5. CÉSARÉE (le PALESTINE, ou CÉSA- RÉE MARITIME (KaiCTàpeia rTapdÂios), métropole de la Palestine l"". La ville de ce nom fut fondée par Hérode le Grand en l'honneur d'Auguste par agrandissement de la bourgade phénicienne dite ZTpÔTCOVOS riùpyoç, située entre .JafTa et CaifTa. Slratonos Pyrgos existait déjà du temps d'.Alexandre le Grand et devait |)robablement son existence au roi de Sidon nommé Straton. Hérode mit douze ans à bâtir une ville magnifique, avec un grand temple dédié à Auguste, un théâtre, un amphithéâtre, un hippodrome, un palais somptueux, un aqueduc, etc. Il la dota d'un port comparable à celui du Pirée, abrité des vents du Sud-Ouest par un môle fait de blocs énormes. Depuis l'an 13 av. J.-C, Césarée fut la capitale de la Palestine

CÉSA

RÉE

et la résidence ordinaire des procurateurs romains et des rois titulaires de la Judée Pline. (Hist., II, lxxix) l'appelle caput Palestinae et dit qu'elle fut nommée Colonia Prima Flavia par l'empereur Vespasien, qui y fut proclamé empereur par ses troupes en 69. Sur les j monnaies, elle est dite Colonia Prima Flavia Augusla Caesarea.

En l'an 43 de notre ère, Hérode Agrippa mourait subitement dans l'hippodrome de Césarée pendant qu'on le proclamait dieu. En 57, à la suite de sanglantes échaufîourées entre Juifs et Syriens, le gouverneur Florus massacra des milliers de Juifs et dévasta leur quartier. Après la prise de Jérusalem (70), Titus donna à Césarée des fêtes populaires pour célébrer sa victoire; des milliers de Juifs durent combattre contre les bêtes ou furent brûlés vivants. Plus de 2 500 périrent à cette occasion. Sous Justinien, les Juifs, alliés aux Samaritains, mirent à mort de nombreux chrétiens, brûlèrent leurs églises et tuèrent le gouverneur (548). La répression fut impitoyable. Les Perses prirent la ville en 612 et les Arabes en 633. Elle resta possession musulmane jusqu'en 1101, date à laquelle Baudouin l", roi de Jérusalem, la prit d'assaut. Il y trouva le calice devenu fameux dans les poèmes du Moyen Age sous le nom de saint Graal. Césarée était alors en partie déchue de son antique splendeur. Les croisés la reconstruisirent, mais avec de moindres proportions et la fortifièrent solidement. Tandis que la ville romaine s'étendait sur une longueur de 4 milles, celle des croisés ne mesurait que 550 m. sur 250. Elle n'en joua pas moins un rôle important aux xii« et xiii« s. comme place forte et comme port de ravitaillement du royaume de Jérusalem. Saladin s'en empara en 1187; les Francs la reconquirent en 1191 pour la reperdre bientôt; Gautier d'Avesnes la délivra en 1217. Conradin la prit l'année suivante et en démolit les murailles que S. Louis fit relever en 1251; Bibars s'en rendit maître en 1265 et en entreprit la destruction qui fut achevée par le sultan Halil dit Malek el Asfar. La ville resta déserte pendant six siècles et les pierres servirent à bâtir les maisons et les remparts de Jafïa, d'Acre, de Sidon et même de Beyrouth. En 1884, le sultan Abdul-Hamid II y installa une colonie de musulmans bosniaques dont la principale occupation fut d'extraire et de vendre les pierres de la ville ancienne. Toutes les ruines n'ont cependant pas disparu. On voit encore le vaste port restauré par les croisés, un amphithéâtre qui pouvait contenir 20 000 spectateurs, des restes de canaux, d'aqueducs, un hippodrome avec un bel obélisque en granit rose, des colonnades, des restes de temples et de deux églises dont l'une devait être la cathédrale des croisés.

C'est le diacre Philippe qui établit la première communauté chrétienne à Césarée (Act., ix, 40); elle n'était composée que de Juifs, mais S. Pierre ne tarda pas à s'adresser aussi aux gentils, comme on le voit par la conversion du centurion Corneille (Act., x). S. Paul passa plusieurs fois par Césarée; il y fut amené captif et y resta deux ans avant d'aller se faire juger à Rome (Act., ix, 30; xviii, 22; xxi, 8; xxiii, 23; xxv). La communauté fut très florissante jusqu'au vii« s., époque à laquelle elle souffrit beaucoup de l'invasion des Perses (612) et de la conquête arabe (633-). Son évêque fut pendant plus de quatre siècles le métropolitain de toute la Palestine et exerça même sa juridiction sur Jérusalem. La Ville sainte fut proclamée patriarcat au concile de Chalcédoine (451) et Césarée ne fut plus que la métropole de la Palestine l'^ avec le titre de TrpcoTÔÔpovoç ou de premier en dignité après le patriarche.

Plusieurs conciles se tinrent à Césarée, surtout au temps de l'arianisme. Celui de 195 décréta que la fête de. Pâques serait toujours célébrée le dimanche. La

ville compta de nombreux martyrs, particulièrement pendant la persécution de Dioclétien. L'historien Eusèbe, qui fut évêque de la ville, en parle longuement (De marUjribus Palestinae, c. i, iv, vi, xi). Origène s'y j retira vers le milieu du iii« s. et y composa la plupart de ses œuvres exégétiques, entre autres les Hexaples, dont le manuscrit se conservait dans la riche bibliothèque de l'évêché. Celle-ci ne disparut qu'au vu» s., détruite par les Perses ou les Arabes. L'école théologique fondée par Origène était célèbre dans tout l'Orient. On y venait même de la province du Pont, comme ce fut le cas pour S. Grégoire le Thaumaturge et S. Basile. Un des meilleurs élèves d'Origène fut Eusèbe Pamphile, qui devint évêque de la ville de 316 à 338. Pendant les croisades, Césarée fut métropole latine avec dix suffragants.

Une tradition qui ne semble pas remonter plus haut que le vi« s. prétend que les premiers évêques de Césarée de Palestine furent le publicain Zachée, le centurion Corneille, Théophile, puis Zachée II. On n'a de données vraiment historiques qu'à partir de la seconde moitié du ii<= s., et les premières sont transmises par Eusèbe. Voici la liste des évêques connus par l'histoire : Théophile, vers 189 (Eusèbe, Hist. eccl., V, xxii). — Théoctiste, vers 217, mort vers 258 (ibid., VI, xix; VII, v, xiv). — Domnus, vers 258 {ibid., VII, xiv). — Théotecnus, vers 260, mort vers 303; il assista au concile qui se tint à Antioche en 264 contre Paul de Samosate (ibid., VII, xiv, xv, xxvii-xxx, xxxii). — Agapius, vers 303(/6(d., VII, xxxii). — Agricolaus,312- 16; il prit part au concile d'Ancyre en 314. — Eusèbe Pamphile, 316-28, l'historien bien connu; il fut l'un des Pères du premier concile de Nicée (325) (H. Gelzer, Patrum Nicaenorum nomina, p. xl, 62). — Acace, un des chefs de l'arianisme, 338, 365-366; il fut déposé au concile de Sardique (347), prit part à ceux de Milan (355) et de Séleucie (359) et finit par revenir à l'orthodoxie (Socrate, Hist. eccl., III, ii, 40; IV, iv; Mansi, m, 138 B, 321 A, 372 B). — Philumenus, Cyrille et Euzoius, trois ariens, occupèrent le siège de 366 à 379, date de la déposition d'Euzoius (S. Épiphane, De haeresibus, 73, n. 37; S. Hieronymi, De scriptor. eccl., c. 113). Entre temps avait été nommé Gélase, neveu de S. Cyrille de Jérusalem, qui fut chassé de son siège et ne fut rétabli qu'en 379, 394-95; il prit part au concile œcuménique de Constantinople en 381, et à un synode tenu dans la même ville en 394 (Théodoret, Hist. eccl., V, 8; Mansi, m, 568 B, 852 B). — Jean I", 395-404. — Euloge, 404-17. — Domninus, 417-?. — Glycon se fit représenter au concile de Chalcédoine (451) par l'évêque Zosime de Minois (Mansi, VII, 403 B). — Irénée, 453. — Gélase II, vers 465. — Gélase III de Cyzique, 476-t avant 484. — Timothée, 484-?. — Jean le Chozibite, 518-t vers 536. — Élie, sacré en 536.

— Sergius, 541. — Jean assista au V» concile œcuménique (553) (Mansi, IX, 174 B, 191 A, 192 B, 389 E).

Du vi^ au xvii« s. on ne rencontre que de rares évêques grecs de Césarée de Palestine : Parthenius en 1084, Anastase vers la fin du xii« s., Sophrone au xiH"^, Élie en 1281, Mélèce, ?. On ne sait d'ailleurs presque rien de la vie de la métropole pendant cette période, sauf que les croisés lui donnèrent un titulaire latin pendant près de deux siècles. Quand la ville eut été détruite, dans la seconde moitié du xiii« s., le siègfe devint purement titulaire. A partir du xviie s. nous rencontrons : Callinique, 1645-51. — Dosithée Notaras, 1666-23 janv. 1669, date à laquelle il fut nommé patriarche de Jérusalem. — Chrysanthe Notaras, neveu du précédent, 1669-févr. 1707, également patriarche de Jérusalem. — Mélétius, mai 1720, août 1723. — Dorothée, 1733, 1734. — Parthénius, ?-1737.

— Ananie, 1743. — Abramios, ?-juin 1775. — An- Ihime, 1788. — Zacharie, ?-démissionne en 1801. —

209 CÉSARÉE — CÉSA:

Philothée, oct. 1801-?. — Césarius, 1821, f 1832. — Jean, 1887.

La liste des archevêques latins est difficile à établir, surtout après les croisades, à cause de la confusion fréquente des quatre sièges du nom de Césarée. Pendant les croisades, nous avons : Baudouin l", 7-1107. — Ébremar, 1107-23. — Gaudentius, 1136. — Baudouin II, 1147-55. — Ernest, 1157-74. — Héraclius, 1180. — Monachus, 1187-94. — Pierre, 1220, 1227. — Bertrand, 1237. — Joscelin, 1244, 1267. — Mathieu, 1280. Après cette période, on trouve : Grégoire, ?t avant sept. 1377. — Étienne, 18 sept. 1377-?. — Jacques, 25 juin 1392-?. — Thomas, O. F. M.,

17 mars 1412-t après 1424, sufTragant à Constance. — Ulric de Unicow, 12 févr. 1413-t 1432. — Félix de Villaviciosa, vers 1430. — Jean, O. F. M., 1430-40, suffragant à Constance. — Svederus de Culenborch,

10 déc. 1432-t 1439. — Othon de Hochberg-Roetelen, 6 sept. 1434-t 15 nov. 1451. — Jean Fabri, O. Carm.,

11 avr. 1440-t après 1444. — Gamesio di Moussolo, 1444-46. — Didace, O. F. M., 1" avr. 1446-1" févr. 1447. — Diégo de Majorque, O. F. M., ?-t 22 mai 1447.

— Guillaume de Brillet, 26 mai 1447-t 1" févr. 1449.

— Jean de Lespervier, 1449-16 janvier 1451, coadjuteur de l'évêque de Quimper. — Jean de Ségovie, 26 janvier 1453 -f 1458. — Jean de Contreras, ?-t 1458. — Henri de Karlstein, O. P., 1453-t 2 oct. 1465. — Thomas Basin, 27 mai 1474t 3 déc. 1491, suffragant à Utrecht. — Étienne, ?t 1488. — Jacques Jouvint, 5 mars 1488-?, auxiliaire à Limoges. — François, O. Cist., 3 oct. 1489-t 1496, auxiliaire en plusieurs diocèses. — Nicolas Hippolyte,

18 janv. 1493-t 1511. — Alexandre, 11 avr. 1496-?, auxiliaire à Crémone. — Jérôme Planca d'Incoronati, 6 juin 1519-t 21 août 1531. — Alderic Billioti, 1" juin 1523-?. — Jacques Benuti, ?-4 juill. 1572. — Ange Peruti, 5 nov. 1572-?, suffragant à Bologne. — Antoine Lorenzi, 4 juin 1568-2 déc. 1575, suffragant à Pise. — Christophore de Penfentenyo de Cheffontaines, 22 mai 1579-t 26 mai 1595, suffragant à Sens.

— Grégoire Carbonello, O. F. M., 1604. — François de Rye, 1626-18 août 1636, coadjuteur à Besançon. — Alonso de Aguayo, O. S. B., 23 févr. 1671-t 1680, auxiliaire à Avila. — Ignace Cribelli, 18 nov. 1758sept. 1759. — Jacques Guizacunior, 1840. — Jacques Bozagian, abbé général des Mékhitaristes de Vienne, 4 nov. 1852-11 sept. 1855. — Jean-Manuel Irisari y Peralta, 1855-t 1860, auxiliaire à Mexico. — Antoine Agliardi, 3 sept. 1884-22 juin 1906. — Pietro Gaspard, 2 janv. 1898-14 déc. 1907. — Vincenzo Sardi di Rivisondoli, 6 avr. 1908-t 11 août 1920. — Louis Maglione, 1'=' sept. 1920-16 déc. 1935, promu cardinal. — Cyrille Rizk, de rite grec-melkite, élu le l" mai 1927, vicaire patriarcal à Beyrouth. — Louis Traglia, 20 déc. 1936, vice-gérant du Vicariat de Rome.

Lequien, m, 529-74; 1285-90. — Wilson, Lands o/ ihe Bible, II, 250-53. — Discoveries at Caesarea, dans Palestine Exploration Fund, Quart. Stalement, 1888, p. 134 sq. — V. Guérin, La Samarie, ii, p. 321-29. — The Suruey o( Western Palestine, Memoirs, ii, 13-19. — Smith, Diclionary of Greek and Roman Geography, i, 470. — Caesarea, dans Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, iii-a, 1291-95. — G.-L. Arbanitakès, Kaiaàpeia, dans MEyàAr) éXAr|viKf| êyKUKXoTTcnBela, xiii, 496-97. — C. Eubel, i, 153; ii, 113; m, 144; IV, 126. — Ann. pont., 1916, p. .385-86.

R. Janin.

6. CÉSARÉE DE PHILIPPE ou CÉSA- RÉE PANÉAS (Kaicrâpeia OiAî-mTou, Katcràpeia nàveaç), évêché de la province de Phénicie I'*, dépendant de Tyr. Le nom primitif de la ville est inconnu. Plusieurs auteurs ont voulu y voir Laïs, colonie phénicienne devenue Dan, mais cette identification ne peut être admise, car elle contredit le renseignement précis donné par Josèphe (De bello jud., V, m), à savoir

RÉE DE PHILIPPE 210

que Dan se trouvait à 4 milles à l'ouest de Panéas. Le nom de cette dernière ne lui était pas exclusivement réservé, puisqu'on le donnait aussi à toute la région environnante. C'est sous Antiochus le Grand qu'elle fut appelée Panion par les Grecs à cause d'une grotte consacrée au dieu Pan. Panion devint par la suite Panéas. En l'an 20 av. J.-C, Auguste donna la ville à Hérode le Grand qui construisit en son honneur un temple magnifique près de la grotte de Pan (Josèphe, op. cit., I, cDvii). Le tétrarque Philippe, fils d'Hérode, l'embellit et l'appela Césarée à cause de Tibère son protecteur (Josèphe, ibid., II, clxviii). C'est de lui qu'elle tire son nom de Césarée de Philippe. Agrippa II agrandit la ville et l'appela Néroniade en l'honneur de Néron, mais ce nom ne put se maintenir (Josèphe, Ant. jud., XX, xxi). Celui de Panéas ne disparut jamais complètement et c'est même lui qui est le plus fréquemment employé à l'époque chrétienne. Le nom de Césarée de Philippe ne reparut que vers le xiv^ s. et encore uniquement dans la nomenclature ecclésiastique. Panéas est devenu Bânyâs en arabe.

C'est près de Césarée de Philippe que l'apôtre S. Pierre fit la vibrante profession de foi au Christ qui lui valut le titre de chef de l'Église (Matth.,xvi, 13-20). D'après une tradition très ancienne, rapportée par Eusèbe, la femme hémorrhoïsse que Notre-Seigneur guérit était de Césarée de Philippe. Cet historien raconte que devant sa maison on voyait un monument en bronze représentant le miracle {Hist. eccL, VIII, xviii). Julien substitua son effigie à celle du Sauveur.

Césarée de Philippe eut un évêché d'assez bonne heure, mais non point depuis les temps apostoliques, bien qu'une tradition locale fît d'Érastus (Rom., XVI, 23) le premier évêque de la ville. Cet évêché dépendait de Tyr. Les croisés s'emparèrent de Césarée en 1129 et y établirent un évêque latin. Le sultan Tadj el Moulouk Bourk la reprit en 1132, mais pour la reperdre bientôt. Nourreddin la reconquit en 1165 et el Mokatam détruisit ses remparts. Le moderne Bânyâs n'est qu'un petit village, situé à 329 m. d'altitude, au pied du mont Hermon, au milieu d'une région extrêmement fertile à cause des nombreux cours d'eau qui descendent de la montagne. Line des sources du Jourdain sort de la grotte de Pan. Les ruines sont nombreuses : des colonnes, des chapiteaux, des sarcophages, etc., gisent un peu partout. L'ancienne église S. -Georges a été transformée en mosquée.

La liste des évêques grecs de Césarée Panéas renferme une dizaine de noms. Le premier qui soit connu est Érastus, qui assista au premier concile de Nicée (325) (H. Gelzer, Patrum Nicaenorum nomina, p. xli, 15). — Martyrius fut mis à mort près du temple de Pan par ordre de Julien l'Apostat, napaaTàtreiç oûvTOiioi xpoviKaî (H. Gelzer, Scriptores originum Constantinopolitanarum, 53-54). — Baratus ou Barachus prit part au premier concile de Constantinople (381) (Mansi, m, 568 C). — Olympius fut un des Pères du concile de Chalcédoine (451) (Mansi, vi, 569 D, 944 D, 1134 B). — Anastase est signalé à la fin du vif s. comme étant devenu patriarche de Jérusalem (Nicéphore Calliste, Eccl. hist., xiv, 39). — On connaît aussi Sabbas, sous Alexis Comnène, Gabriel Broulas vers 1320, Euthyme, 1377-78, Germain, 1599, Callinique, 1645, Procope, ?-nov. 1787, Athanase, nommé en janv. 1827, élu patriarche de Jérusalem quelques jours plus tard, enfin Agathange, 1827-?. L'évêché est purement titulaire chez les Melkites dissidents.

Depuis 1886, Bânyâs a été pourvu d'un évêché melkite catholique, dont le titulaire réside à Gedaïdat- Margyoun, près de Bânyâs. Il ne compte encore que trois prélats chargés de le gouverner : Pierre Geraïgiry, élu le 22 févr. 1886 et devenu patriarche d'An-

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