CÉSARÉE DE PHI
tioche en 1898, Mgr Clément Malouf, élu le 24 nov. 1901, t 18 juill- 1941, et Léon Kilzi, élu le 10 juill. 1944. Le diocèse compte 5 000 fidèles avec 10 prêtres.
On ne connaît que deux titulaires latins au Moyen Age : Adam, vers 1132-33, et Jean, mort en 1169. Le 24 oct. 1272, le pape Grégoire X écrit à l'archevêque de Nazareth et aux évêques de Bethléhem et de Panéas, mais le nom de ces prélats n'est pas indiqué (Raynaldi, Annales, ad annum 1272, n. 19). Le titre de Césarée a été conféré assez souvent dans l'Église romaine, mais il est difficile de toujours préciser à laquelle des quatre Césarées il se rapporte. D'après VAnn. pont, de 1916, la liste des titulaires de Césarée de Philippe serait la suivante : Grant, O. S. A., 27 juill. 1513. — Bon Rousseau, 1658-68. — Aidan Devereux, 30 juill. 1847t 11 févr. 1854, vicaire apostolique du district oriental du Cap de Bonne-Espérance. — Marino Shundjick, O. F. M., 3 oct. 1854-t avant 1861, vicaire apostolique de Bosnie-Herzégovine. — Mathias Eberhard, 7 avr. 1862-20 sept. 1867, coadjuteur à Trêves. — Robert Mayer, 22 oct. 1869-t 1874, auxiliaire à Salzbourg. — .\lexis-Marie Filippi, O. F. M., 20 janv. 1876-t 22 nov. 1888, vicaire apostolique du Hou-pé méridional. — Cyrille Macaire, 15 mars 1895-19 juin 1899, vicaire patriarcal copte, puis patriarche. — Julien Cabras, 17 déc. 1899-t 19 oct. 1905, auxiliaire à Sassari. — Joseph Morticelli, 11 déc. 1905-t 16 oct. 1910. — Herman Zschokke, 17 nov. 1910-t 23 oct. 1920, auxiliaire à Vienne. — Antoine Micozzi, 22 juill. 1921-23 déc. 1927, sufïragant à Sabine. — Hercule Attuoni, 15 juill. 1929-16 mars 1933, auxiliaire à Pise. — François Beretti, 20 déc. 1936, délégué du vicariat de Rome pour les hôpitaux.
Lequien, ii, 831-32; m, 1335-38. — Wilson, Lands of the Bible, II, 175 sq. — • Thomson, The Land and the Book, 228 sq. — V. Guérin, La Galilée, u, 308. — Caesaria, dans Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, iii-a, 1290-91. — -Smith, Dictionartj of Greek and Roman Geography, ii, 540. — G.-L. Arbanitakès, Kaiaàpeia, dans MeycScXT) éXAr|viK^| êyKu- KÂoiraiSEla, xiii, 497.
R. Janin.
7. CÉSARÉE, évêché de la province de THES- SALIE, dépendant de Larissa. Cette ville, signalée par Hiéroclès (G. Parthey, Hierodis Synecdemus et Notitiae graecae episco[jatimm, n. 642, 11, |). 9) n'a pas encore été identifiée. On la connaît de plus par un passage de Procope (De aedif., iv, 3) où il est dit que Justinien la rebâtit, et par le nom de deux de ses évêques. Elle ne figure sur aucune liste épiscopale, ce qui semble indiquer qu'elle disparut avant le milieu du vii« s., date de la plus ancienne liste, ou du moins qu'elle fut dépossédée de son évêché.
Les deux titulaires connus sont : Théoctiste, qui se mit du côté des Orientaux au concile œcuménique d'Éphèse (431) (Mansi, v, 768A), et Timothée, qui figure dans une supplique envoyée au pape Boniface II par Étienne, métropolite de Larissa, qui demandait sa réintégration sur son siège d'où il avait été écarté par une sentence du patriarche de Constantinople Épiphane (531). Le texte latin du document porte sancta Dicaesarensis civitatis, mais il y a là une erreur de copiste pour sanctae Dei Caesariensis civitatis, formule qui se retrouve deux lignes plus bas pour Lamia (Mansi, viii, 746 D).
Le titre de Césarée ne semble pas avoir été conféré dans l'Église romaine, bien qu'il figure sur les listes de la Consistoriale.
Lequien, ii, 113-14.
R. Janin.
CÉSARÉE-AUGUSTE, évêché delà province Euphratésienne, dépendant de Hiérapolis. U est plus connu sous le nom de Néocésarée-Auguste. Voir ce mot.
LIPPE — CÉSARIE 212
1 . CÉSARIE (Sainte), sœur de S. Césaire et abbesse du premier monastère féminin d'Arles, au vi» s. (4657-525?). L'insuffisance et l'incertitude des documents que nous possédons sur la famille de S. Césaire ne nous permettent pas d'apprécier pleinement le rôle de Césarie et l'influence que son frère a pu exercer sur elle ou réciproquement.
Nous savons par la Vita de S. Césaire que celui-ci est né sur le territoire de Chalon-sur-Saône, d'une ancienne famille du pays, indigena, donc gallo-romaine et non burgonde, qui dans sa double ascendance (utraque [mss. : aeque] prosapies) s'était distinguée par ses traditions chrétiennes : fide potius et moribus. Une lettre d'exhortation à une religieuse, à laquelle on a imputé indûment le nom d'Oratoria (P. L., lxviii, 1135-38 : O profundum...), nous laisse entendre que, pendant l'a'dolescence insouciante du futur évêque, une parente éloignée qui ne le connaissait que de nom : cuius in multa praeterea familia nomen tantum audiiu noueras, avait déjà cédé à l'attrait de la vie religieuse. L'exemple de cette parente pourrait avoir décidé de la vocation de Césarie, en qui rien n'autorise à voir une sœur cadette de Césaire. Mais dom G. Morin a rejeté l'authenticité de cette lettre {Florileg. patristic., xxxiv, 47-52). Pour nous en tenir aux renseignements certains fournis par Cyprien, biographe de Césaire, nous savons que la fondation d'un monastère féminin fut l'un des desseins les plus chers et les plus suivis de son pontificat. Il voulait doubler par des chœurs de religieuses, virginum choris, les rangs déjà compacts de son clergé et des congrégations d'hommes alors existantes (Viïa, I, 28). Désir de protéger et de discipliner les vocations isolées, de constituer dans son diocèse un centre et un modèle éclatant de vie parfaite, d'assurer d'une façon meilleure la continuité des prières et de la lectio divina; d'associer d'aussi près que possible les religieuses au culte de la cathédrale tout en leur épargnant le contact du monde; espoir d'obtenir d'elles une docilité plus empressée que de la part des hommes et une fidélité plus étroite aux vœux sédentaires, tels furent les principaux mobiles qui ont dû inspirer S. Césaire; mais de tels projets seraient restés sans doute à l'état de souhaits, s'il n'avait pas eu pour l'aider à les réaliser une personne en qui il pût placer entièrement sa confiance, sa sœur Césarie. On peut admettre qu'il conçut ce dessein dès le début de son épiscopat (502) et qu'il s'y appliqua d'une manière effective après le concile d'Agde (506). Les travaux étaient largement avancés et Césaire même y avait travaillé manu propria et sudore ( Vita, i, 28), quand survint le siège désastreux de 508. L'édifice commencé fut en grande partie détruit : tabulis ac cenaculis barbarorum ferocitate direptis pariter et eversis. Il n'est pas absolument certain que ce fût du fait des ennemis : les matériaux ont pu être utilisés pour renforcer les remparts. Rien en effet ne garantit la tradition qui veut que, avant d'être transféré dans l'enceinte de la ville, le monastère ait été construit dans la plaine des Alyscamps (cf. Malnory, S. Césaire, 93 et 259; contra, B. Krusch, M. G. H., SS. rer. merov.. m, 470, n. 3). Tout semble indiquer qu'il était construit dans les parages immédiats d'une église urbaine, in latere ecclesiae (i, 35), soit la cathédrale S. -Étienne, soit plutôt sur l'emplacement déjà réservé par l'évêque pour la future basilique. Après avoir paré aux plus douloureuses conséquences de la guerre, Césaire revint à son idée. L'édifice fut repris sur le même plan, ad instar prioris normae, et sans doute au même endroit. Le terrain sur lequel il s'élevait était ])ropriété ecclésiastique. Le 26 août 512 (et non 513; cf. B. Krusch, M. G. H., SS. rer. merov., ni, 444, n. 9), Césaire put faire la dédicace de son monastère. Celui-ci ne comprenait encore que la Mère Césarie et deux ou trois
CÉSARIE
compagnes qui, désormais, n'en devaient plus sortir, ce qui montre bien que le monastère ne fut pas transféré. Césaire, en en condamnant la plupart des issues extérieures, en avait assuré l'isolement {Régula, 73). « Il rappelle du monastère de Marseille sa sœur, la vénérable Césarie, qu'il avait envoyée là pour s'y instruire de ce qu'elle aurait à enseigner, pour être d'abord élève avant d'être maîtresse » (Vita, i, 35). Il s'agit de la communauté fondée par Cassien. Pour assurer la subsistance des moniales, Césaire, qui avait renoncé à son héritage personnel, dut leur constituer une dotation à l'aide de biens provenant du domaine épiscopal.
Désormais, l'institution est née; il ne reste plus qu'à en consolider l'existence régulière et à en garantir la durée. C'est pourquoi en 513, sans doute, Césaire demande au pape Symmaque de protéger l'inviolabilité des personnes entrées en religion et de reconnaître la validité des vœux des moniales; en outre,. il essaie de faire légaliser la cession consentie en faveur du monastère. Symmaque, sur ce dernier point, ne veut point consentir à une aliénation définitive : Horlalur (Mansi, vin, 212; éd. Morin, ii, Ep.). Plus heureux avec le pape Hormisdas, qui le félicite vivement de son initiative : Exsulto {P. L., lxxvi, 1285; éd. Morin, ii, 125), il obtient une homologation rétrospective de la vente et de la donation, et la garantie formelle que ses successeurs n'auront aucunement pouvoir contre ledit monastère : nullam potestalem successores quandoque lui habere penitus permittanlur, c.-à-d. apparemment qu'ils ne pourront en abolir les privilèges ni en changer le caractère. L'existence de son monastère cessait donc d'être suspendue à la faveur de l'évêque actuel, à la vie de Césaire : il en avait assuré la perpétuité. Mais il n'importait pas moins d'en préserver le caractère spirituel : ce fut l'objet de la Régula, ou plutôt des instructions successives qui, sous leur forme définitive, sont devenues la Régula sanctarum virginum (Floril. patristic, xxxiv).
Césarie aurait pu se contenter de garder les usages de discipline et de piété dont elle s'était imprégnée à Marseille, mais son frère, qui s'était formé à Lérins, était désireux d'assimiler autant que possible les principes de la vie monastique féminine à ceux des congrégations d'hommes, et en particulier d'en harmoniser les exercices : prières, psalmodies et lectures sacrées. Toutefois, il reconnut les difficultés qui auraient résulté de l'application pure et simple à des moniales de ! sa Régula ad monachos. Aussi, tenant compte des besoins particuliers que l'expérience révélait, toujours fidèle aux traditions des Pères et faisant de larges emprunts aux prudents conseils de S. Augustin {Ep., ccxi), il élabora, dès le début du monastère, in exordio instituiionis monasterii, une constitution qui fit l'objet de fréquentes retouches, multis tamen postea vicibus ibi aliquid addilimus vel minuimus, dont la première partie en 47 articles, pouvant sous sa forme actuelle dater de 522-523 environ, fut suivie d'une recapilulatio en 23 articles, qui est du 22 juin 534 (S. Caesarii... opéra omnia, éd. Morin, ii, 101-24).
Observons d'abord qu'il ne s'agit que d'un règlement intérieur, d'un guide de discipline pratique. Tout ce qui relève du droit canonique : condition des personnes, âge de profession, validité des vœux, restant sous le coup des dispositions conciliaires ou des décrétales (cf. lettre de Symmaque : Horlalur, écrite en 513), ne fait l'objet d'aucune définition ni même d'aucun rappel. Les principes qui sont mis en pleine lumière sont les suivants :
a) Abandon total de la propriété personnelle. La religieuse ne peut, à aucun titre, conserver le moindre souci de ses intérêts séculiers. Elle doit faire renonciation expresse ou donation de tout ce qu'elle possède.
des héritages qui peuvent lui échoir, et si elle est encore trop jeune, elle doit remplir cette obligation aussitôt qu'elle atteindra l'âge de sa capacité légale (c. 5 et 6). — b) Clôture rigoureuse. Le vœu de sédentarité est absolu et valable pour la vie : usque ad morlem suam de monasterio non egrediatur (c. 2). Cf. Vita, I, 35. — c) Organisation rationnelle de la vie en commun. Nulle ne peut, à son gré, choisir la tâche qu'elle préfère : nulle ne peut avoir de cellule privée ni d'armoire ou coffre à clé qui lui soit personnel, ni de servante affectée à son service. Travail et prière s'accomplissent d'un mouvement unanime : ensemble, sous la direction de la praeposita, elles exécuteront leur tâche de fileuses, sans bavardage ni murmures ni disputes; ensemble elles prieront sous la conduite de leur « Mère ».
Mais sous réserve de ces conditions sévères, la règle écarte les fatigues inutiles, les mortifications épuisantes. Les moniales de santé délicate bénéficieront d'un régime plus doux; le vin n'est pas interdit. Enfin si rigoureuse que soit la règle qui les fixe à jamais dans l'enceinte du monastère, les religieuses gardent un certain contact avec leurs familles : elles peuvent, sous contrôle et permission de leur supérieure, en accepter de menus envois comme, inversement, elles peuvent venir en aide à leurs parents dans la gêne; elles reçoivent la visite d'une sœur ou d'une mère; celle-ci peut même être invitée, si elle vient d'une autre ville, à dîner avec les sœurs. Mais on rappelle que ces dernières ont autre chose à faire que de préparer des festins : jamais on ne devra inviter ni évêques, ni abbés, ni personnes du monde. Le monastère n'est pas un hôtel (c. 29); ce n'est pas davantage un orphelinat ni une maison d'éducation (c. 7) ; seules seront admises les fillettes, futures moniales, qui seront en âge <• d'apprendre les lettres et de se conformer à l'obéissance », à partir de six ou sept ans.
La règle prévoit, comme il est naturel pour une communauté déjà considérable, une certaine spécialisation du personnel : si l'office de cuisinière et les divers services ménagers sont remplis à tour de rôle par les sœurs (c. 14), il y a des posticiariae, afïectées au service des portes et aux relations avec le dehors, une regestoraria, qui a la garde des clés, une cellararia qui veille aux approvisionnements, et surtout, pour décharger la INlère des soucis administratifs et disciplinaires, la praeposita qui, entre autres tâches, a celle de répartir à chacune le travail de la laine. La formaria et la primiceria s'occupent de l'éducation des novices et probablement des travaux de copie ou d'édition. Le provisor, prêtre désigné par l'évêque, s'acquitte surtout des fonctions du culte. La direction spirituelle aussi bien que l'administration générale du monastère relèvent de la Mère : c'est elle qui est maîtresse après Dieu : Matri posl Deum omnes oboediunt (c. 18). L'article 27 nous donne une idée de ses nombreux devoirs : s'inquiéter du bien des âmes, penser continuellement à la subsistance du monastère, recevoir les visiteurs, répondre aux lettres des fidèles. Lorsqu'un visiteur se présente, elle le reçoit avec l'apparat convenable, entourée de deux ou trois sœurs (c. 38). S'il s'agit d'un évêque ou de quelque personnage éminent par sa piété, il pourra, sur sa demande, être introduit dans l'oratoire. Telle fut, pendant au moins une douzaine d'années, la charge remplie par Césarie, dont l'existence se passa comme celle de ses sœurs inler psalmos atque ieiunia vigilias quoque et lectiones, donnant l'impulsion spirituelle à une communauté de plus en plus prospère. Elle mourut peu de temps après la dédicace de la basilique Ste-Marie, qui fut célébrée en 524. L'évêque avait fait préparer dans le pavage de l'édifice des sarcophages : monobiles arctias... de saxis ingentibus, destinés aux religieuses
CÉSARIE GESARINI
(Vita, I, 57). Césarie fut inhumée près de l'endroit réservé à la sépulture de son frère. Le martyrologe romain fait mention d'elle à la date du 12 janv. Le poète Venance Fortunat a associé son nom à celui de Ste Agnès et des vierges saintes de l'Église dans un poème adressé à Ste Radegonde et à ses compagnes (VIII, III, V. 39-40) :
Has inter comités coniuncta Casaria fulget Temporibus nostris Arelatense decus.
On notera la forme exceptionnelle Casaria due à des raisons métriques (M. G. H., Aud. antiq.,iy, 182).
Deux documents seulement nous donnent des informations sur l'histoire de Césarie : Vila sancti Caesarii, éd. Krusch, M. G. H., SS. rer. merov., m, 457-501, ch. i, 28, 35, 58 et II, 26, et Régula sanctarum virginum, éd. G. Morin, Florileg. patristic, xxxiv, Bonn, 1933; S. Caesarii ep. Arelai. opéra omnia, ii, Maredsous, 1942, p. 296-345. — Les deux lettres de Césaire à l'abbesse Césarie : Coegisti me, i tamula Dei... et Vereor, venerabiles... (ibid., ii, 101-24, 129- 44) ne renferment aucun renseignement personnel.
G. DE PHNVAL.
2. CÉSARIE LA JEUNE, abbesse. Aucune indication ne nous a été laissée sur l'origine de la seconde abbesse du monastère arlésien de S. -Jean, mais il est assez vraisemblable de voir en elle une parente proche, peut-être une nièce de l'évêque Césaire et de Ste Césarie. Formée par les soins de la première abbesse, elle prit à la mort de celle-ci, probablement en 52.5, la direction du monastère alors en plein essor et comprenant plus de deux cents moniales.
A mesure qu'il sent approcher le terme de sa vie, Césaire témoigne au monastère qu'il a fondé une affection plus vigilante. Il reprend le texte de la Régula, rédigeant de sa propre main une recapitulatio en 26 articles qu'il fait contresigner par sept de ses confrères (534). Il entre dans des détails encore plus précis en ce qui concerne l'organisation intérieure et l'ordre ou le calendrier des exercices religieux et des jeûnes. Il fixe les conditions d'élection de l'abbesse et veut que l'on choisisse celle qui, par son zèle à sauvegarder la règle et par ses réponses pieuses, humbles et charitables, pourra donner du monastère l'impression la plus édifiante. Mais il est dominé par l'idée d'assurer par-dessus tout l'intégrité de la règle qu'il a établie : « Si même, ce que je ne crois pas et que Dieu dans sa miséricorde ne permettra pas, si en quelque temps que ce soit une abbesse tentait de modifier ou de relâcher quelque chose de cette règle établie, si par sentiment de famille ou pour quelque motif elle voulait se placer sous la dépendance ou l'influence privée de l'évêque de la ville, avec l'inspiration divine et sur notre permission, opposez-lui une résistance respectueuse et forte et ne laissez pas cela s'accomplir sous aucun prétexte, mais selon la lettre sacrée du très saint pape de Rome (la bulle d'Hormisdas), appliquezvous à vous défendre. En particulier pour ce qui touche à la recapitulatio ci-dessous que j'ai écrite et signée de ma main, je vous conjure de n'en retrancher absolument rien. Que toute abbesse ou toute prévôté qui tentera d'agir à rencontre de la sainte règle sache qu'elle aura à m'en rendre compte devant le tribunal du Christ » (c. 64).
Cette adjuration fit encore l'objet de l'émouvante et suprême instruction qu'il donna aux moniales à la veille de sa mort (Vita, ii, 34). C'est dans le même but d'assurer l'inviolabilité légale et la sécurité matérielle de sa fondation que, non content des garanties accordées par la bulle d'Hormisdas, il adressa dans son Testament une pressante recommandation à l'évêque successeur, le suppliant de reconnaître les donations assez considérables qu'il avait effectuées, abandon de terres ou de vignes en Camargue, au Trébon, en Crau, qui avaient appartenu à l'Église d'Arles, spéci-
fiant que le monastère resterait placé sous l'autorité de l'évêque, que les biens aliénés reviendraient à l'Église en cas de dissolution de la communauté, mais faisant particulièrement appel à sa bienveillance pour que l'évêque laissât en fait aux moniales la plus large autonomie et même leur accordât le choix du prêtre desservant, provisor. Dans d'autres lettres, aujourd'hui perdues, il cherchait à s'entourer des mêmes garanties du côté des autorités civiles {Vita, ii, 41). Le monastère de S. -Jean avait été en effet pour Césaire la plus précieuse de ses créations : il avait associé les moniales à son œuvre spirituelle, il les avait établies près de sa cathédrale; elles concouraient au rayonnement de son apostolat, à la diffusion de ses écrits : entre elles et lui, c'était un perpétuel et surnaturel échange de pensées et de prières. Il voulait qu'après lui cette communion d'âme et cette sainte affection continuassent à jamais d'exister (Reg., c. 72). Il lui semblait qu'il ne pouvait prendre trop de précautions pour qu'elles pussent garder la même résidence, le même esprit, la même règle.
En ce qui concerne personnellement Césarie, l'évêque lui léguait le grand manteau de chanvre qu'elle lui avait tissé naguère. Nous savons que l'abbesse joignait à ses mérites pieux de grandes qualités intellectuelles. Elle inspira à l'évêque de Toulon, Cyprien, et aux autres collaborateurs intimes de S. Césaire, le diacre Étienne et le prêtre Messien, l'idée de rédiger la biographie du grand évêque d'Arles. Maî- I tresse experte, elle a développé dans son monastère l'activité de ce centre d'édition d'où se sont répandus, non seulement dans les humbles paroisses de Provence, mais encore dans tous les diocèses de Gaule et même plus loin, d'innombrables copies des Sermons de Césaire et de S. Augustin, le texte des Livres saints, et sans doute aussi, des missels, des lectionnaires (Vita, i, 58).
Ce fut aussi une femme d'autorité qui dut veiller avec tout son zèle au maintien de la règle et à la défense de ses droits. S. Césaire avait réservé la basilique de Ste-Marie pour la sépulture des religieuses. Il arriva un jour que le sacrarium dans lequel certains prêtres avaient été ensevelis fut annexé à la basilique. L'abbesse intervint pour que désormais le privilège de la sépulture dans ce nouvel emplacement fût laissé aux moniales seules; elle exigeait que même dans la tombe sa communauté ne formât qu'un indivisible troupeau (texte cité par D. G. Morin, Floril. patristic, xxxiv, 32 et Rev. bénéd., xliv, 1932, p. 19-20).
Le poète Fortunat a justement associé son souvenir à celui de « Césarie la Grande » :
Sic hic Caesaria et praecelsa Casaria surgat.
(M. G. H., Auct. antiq., iv, app. xni, p. 283.)
Vita sancti Caesarii, éd. Krusch, M. G. H., SS. rer. merou., lu, 457-501 ; Régula sanctarum uirginum, éd. Morin, Flor. patrisl., xxxiv, Bonn, 1933, et Testament de S. Césaire (éd. Morin, ii, Maredsous, 1942, p. 281-89). — Une lettre de Césarie (Caesaria exigua) aux saintes dames PlichUde et Radegonde, insérée dans M. G. H., Epist. merov., l, 450-52, est dénuée d'authenticité. Cf. R. Aigrain, dans Bull. hist. et philol. du Comité des trav. historiques, 1926- 1927, p. 119-27. — Malnory, S. Césaire, évêque d'Arles, Paris, 1894, p. 276, n. 1.
G. DE Plinval.
CÉSARIENNE (Sainte), dont parle le martyrologe hiéronymieii au 21 juill. : Caesarianae, Cesiariae, Taesianae, et dont on a fait une compagne d'Adrien, est le nom de la ville de Césarée où le saint subit le martyre.
A. S., juin., V, 163. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 389.
R. Van Doren.
1. CESARINI (Alessandro), f 1542. Fils de Pierpaolo et neveu du cardinal Julien Cesarini junior,
CESA
RINI
Alexandre entra de bonne heure au service de l'Église. Parmi les charges qu'il occupa, Katterbach (p. 75, n. 22) mentionne celles de référendaire, clerc romain, abréviateur, secrétaire (6 sept. 1512). Il était protonotaire apostolique et ami intime du cardinal Jean de Médicis, lorsque celui-ci devint le pape Léon X. Il figura, à la première promotion cardinalice de Léon X, comme cardinal-diacre des SS.-Serge-et-Bacchus (6 juiU. 1517; Eubel, m, 18), titre qui avait été occupé de 1493 à 1503 par son oncle. Le 14 déc. 1523, il échangea ce titre contre celui de S. -Maria in via Lata; le 31 mai 1540, il fut évêque d'Albano et, le 14 nov. 1541, évêque de Palestrina.
En outre, il se vit confier l'administration de plusieurs diocèses : le 6 juin 1519, ceux de Gerace et d'Oppido qu'il résigna sans délai (Eubel, m, 225); le 27 déc. 1520, celui de Pampelune (ibid., 285), où il fit publier en 1531 les décrets et statuts synodaux et qu'il résigna en 1538; le 9 avr. 1526, celui d'Otrante qu'il céda, le 22 mars 1536, à Pierre de Capoue, jeune clerc napolitain de 23 ans, plein d'avenir (Eubel, m, 228); le 20 juin. 1526, celui d'Alessano qu'il résigna en 1531 (ibid., 115); celui de Cuenca, où il fut nommé le 24 mai 1538 sur présentation de l'empereur, et qu'il garda jusqu'à sa mort (ibid., 190). D'après Chacon, il aurait aussi administré l'évêché de Brescia, mais il n'y est signalé ni par Ughelli ni par Eubel.
Alexandre Cesarini fut cardinal sous Léon X, Adrien VI, Clément VII et Paul III. Avec ses 7 000 ducats de revenus (en 1523, cf. Sanuto, xxxv, 61), il comptait parmi les fortunes moyennes du Sacré Collège. Il fit partie de trois conclaves : 1521-22, 1523 et 1534. Est-il possible de déterminer sa position dans le jeu diplomatique qui s'y manifesta? 'Tout son curriculum viiae prouve que ses sympathies impériales dépassaient la moyenne et qu'il était persona grala auprès de l'empereur. Toutefois, les témoignages de l'époque à son endroit sont assez réservés. En 1521, Manuel, l'envoyé de Charles-Quint à Rome, le décrit comme tenant une position médiane, mais manquant d'indépendance. (Cf. G. A. Bergenroth, Calendar of Leliers, Despalches and State Papers relating to the négociations belween England and Spain preserved in the archives at Simancas and elsewhere, ii, n. 370, Londres, 1866.) Le même son de cloche se retrouve, treize ans plus tard, dans les rapports du cardinal Hercule de Gonzague au duc de Mantoue (10 oct. et 6 nov. 1534, publ. par Pastor, v, 812-15). Dans les Diarii de Marino Sanuto, il est signalé, tantôt comme un partisan, tantôt comme un adversaire des Médicis (voir par ex. xxxii, 263, 385). Par contre, l'envoyé siennois, L. Sigardi, le dépeint comme un adhérent déclaré du parti impérial (références dans Pastor, v, 7). Au cours du huitième scrutin du conclave suivant la mort de Léon X, le 6 janv. 1522, une manœuvre de Cesarini, qui ne fut peut-être qu'une plaisanterie, faillit aboutir à l'élection d'un pape; mais le stratagème auquel il avait eu recours ne fut pas admis par les Pères et la manœuvre n'eut pas de suite. (Voir Petrucelli délia Gattina, i, 520-21 et C. Burmann, Hadrianus VI, Utrecht, 1727, p. 148.)
Au conclave de 1523, Cesarini fut choisi par le cardinal Médicis comme négociateur avec le parti adverse. Il refusa de constituer un tiers parti avec les autres cardinaux romains. Par contre en 1534, dès le début du conclave, il forma, avec trois cardinaux de ses amis, un bloc des quatre, aussi solide qu'indépendant vis-à-vis des deux factions divisant le Sacré Collège.
Les principaux événements de sa vie publique sont à mettre en rapport avec les relations hispano-romaines. Après l'élection pontificale d'Adrien d'Utrecht, l'envoi en Espagne d'un cardinal-prêtre et d'un cardinaldiacre fut mis aux voix par le Sacré Collège. Cesarini,
ayant obtenu 21 fèves blanches contre 15 noires, fut élu, ainsi que le cardinal Colonna (récit de l'élection par le secrétaire Blosius, dans Sanuto, Diarii, xxxii, 387-89). Cette ambassade avait pour mission d'obtenir du nouveau pontife la promesse de hâter son voyage à Rome, de lutter avec vigueur contre l'hérésie protestante, de ne pas déplacer de Rome le siège pontifical et de poursuivre la préparation d'un concile. (Cf. texte de l'instruction du 19 janv. 1522 aux trois délégués du Sacré Collège (le cardinal Orsini y fut adjoint), dans Gachard, Correspondance de Charles-Quint et d'Adrien VI, Commission royale d'histoire, vi, 10 sq., Bruxelles, 1859; Ch. Weiss, Papiers d'État du card. de Granvelle, d'après les mss. de la bibliothèque de Besançon, I, Paris, 1841, p. 241 sq.; voir corrections dans Pastor, iv^, p. 22, n. 2.) Faute d'argent pour payer le voyage, l'ambassade retarda son départ pendant plus d'un trimestre. Cesarini semble être parti seul, fin avr. ou début mai; il rejoignit le pape à Saragosse. Durant le voyage de retour en Italie, Cesarini fit voile sur le même navire que le pape avec l'envoyé espagnol Mendoza et 2 000 hommes d'armes. L'escorte pontificale arriva à Civitavecchia le 26 août, à Rome le 29 ; le couronnement du pape eut lieu le 31. (Récit du voyage dans Pastor, iv^ p. 43 et Burmann, op. cit., 171-76. Description de l'arrivée et des solennités dans Sanuto, Diarii, xxxiii, 427-29.)
En 1527, lors de l'entrée à Rome des troupes impériales du connétable de Bourbon, comptant sur sa réputation de sympathisant du parti, Cesarini resta dans son palais du rione San Eustachio. Beaucoup de Romains y étaient venus cherclier asile. Les chefs espagnols avaient pris le palais sous leur protection contre une rançon qui, après plusieurs marchandages, fut fixée à 45 000 ducats; il resta épargné durant huit jours. Survinrent alors les lansquenets en mal de pillage. Suivant une version, Cesarini aurait fait mettre son palais en état de défense en même temps que le palais contigu du cardinal Délia Valle. Les assiégés se seraient défendus et le bruit courut jusqu'à Venise que Cesarini était mort les armes à la main. D'autres racontèrent que, apprenant les excès et les voies de fait commis au palais Piccolomini, le cardinal Cesarini ne s'estima plus en sûreté et alla chercher refuge au palais Colonna. (Détails dans Sanuto, Diarii, XLV, passim, résumé dans Pecchiai, 436-37.)
Par deux fois, Cesarini accompagna Clément VII durant un voyage à Bologne. Départ du premier voyage : 7 oct. 1529; itinéraire dans Pastor, Iv^ p. 375, n. 4; entrée solennelle à Bologne : 24 oct. Séjour en cette ville jusqu'au début d'avr. (?). Au cours de ce séjour eut lieu l'entrée solennelle de Charles-Quint (4 nov.) et son double couronnement (22 et 24 févr. 1530); Cesarini fut diacre assistant à la cérémonie du couronnement impérial. Détails variés dans C/onaca..., éd. Giordani, passim; Raynaldi, 1529, n. 78; Sanuto, lu, 142-45, 180-99, 259-73, 612-70.
Le second voyage, entrepris lui aussi pour rencontrer l'empereur à Bologne, se place du 18 nov. au 8 déc.
1532. (Cf. Sanuto, lvii, 737.) Dès le lendemain de son arrivée à Bologne, le 9 déc. 1532, un consistoire décida d'envoyer Grimani et Cesarini à la rencontre de l'empereur. Cesarini séjourna à Bologne jusqu'au 5 mars
1533. Il fut question de lui pour une légation en Espagne, mais il s'excusa. Au départ de Bologne, il accompagna l'empereur avec deux cardinaux jusqu'à Pavie (10 mars).
Durant le pontificat de Clément VII, Cesarini fut encore chargé, pendant cinq ans, de la protection de la ville de Jesi. Le 15 janv. 1532, il fut chargé d'un conflit opposant les sièges de Munster et de Cologne (Eubel, ni, 5, n. 9). A la mort de Clément VII, on lui confia le règlement d'un grave désaccord, qui avait
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soulevé le peuple contre les Strozzi, au sujet de stocks de grains détenus par ces derniers (Orano, 384).
Dès les débuts de son pontificat, Paul III eut recours aux services de Cesarini pour ses travaux de réforme et de préparation conciliaire. Le 20 nov. 1534, trois cardinaux, Campeggio, Grimani et Cesarini sont nommés qui ecclesiae status officiâtes ad syndicatus tenerent {Acta consist., dans Ehses, Conc. Trid., iv, 451). Lorsque, le 8 avr. 1536, un consistoire extraordinaire des cardinaux, réuni en présence de l'empereur, décida la convocation d'un concile, Cesarini fit partie de la commission de dix membres chargée de préparer la bulle du 2 juin, portant indiction du concile à Mantoue pour le 23 mai 1537 (lettre de Giovanni Agnello au duc de Mantoue, 8 avr. 1536, dans Pastor, v, 829; texte de la bulle dans Raynaldi, ann. 1536, n. 35; Mansi, SuppL, V, 551 ; Conc. Trid., iv, 2-6). Les difficultés opposées par le duc de Mantoue contraignirent à renoncer à cette ville comme lieu de réunion; ensuite la reprise des hostilités entre Charles-Quint et François I'"' firent différer la date de convocation. Cesarini donna ' lecture (15 oct. 1537) de la bulle de prorogation. Le 7 janv. 1538, une nouvelle commission de 9 cardinaux, parmi lesquels Cesarini, eut mission de préparer une réunion du concile à Vicence, en 1538 puis en 1539; réunion qui, en réalité, n'eut jamais lieu. (Conc. Trid., IV, 142 sq.)
Le 28 oct. 1538, la commission de réforme créée par Paul III en oct. 1536 fut portée de 4 à 8 membres. Cesarini figure parmi les membres adjoints. D'après une lettre de N. Sernini au cardinal de Gonzague (dans Pastor, v, 132, n. 3), il y aurait pris une position moins radicale, plus louvoyante, que Contarini. Le 27 août 1540, cette même commission fut portée à 12 membres avec une division plus poussée du travail. Cesarini avec quelques autres fut deputatus pro rota (Eubel, m, p. 16, n. 5; Ehses, dans Conc. Trid., iv, i 454). Mais les détails manquent concernant l'activité j qu'il déploya dans cette sous-commission. Le 10 févr.
1540, il avait été désigné avec trois autres pour trouver des fonds destinés à soutenir la défense de l'Europe contre les Turcs (Eubel, ibid., n. 6). Fin 1540 et début
1541, la commission dont il faisait partie fut chargée de discuter avec les évêques la mise au point des articles contenus dans un projet de bulle Superni dispositione, visant à faciliter aux évêques la résidence effective dans leurs diocèses. La rédaction en fut achevée au début de 1542, mais elle ne fut jamais publiée (Ehses, Kirchliche Reformarbeiten, 397-400).
A deux reprises Cesarini fut chargé par Paul III d'interrompre ses activités réformatrices pour accepter une mission de confiance de nature politique, pour laquelle ses anciennes relations avec l'empereur le désignaient plus spécialement.
Le 29 nov. 1535, il fut envoyé à Naples avec le cardinal Piccolomini pour y rencontrer Charles-Quint revenu victorieux de Tunis et se disposant à traverser l'Italie. Ils partirent le 5 déc. et arrivèrent à Naples le 12. (L. Dorez, La cour du pape Paul III d'après les registres de la trésorerie secrète, i, p. 253, note 6; G. Rosso, Historié délie cose di Napoli sotto l'imperio di Carlo Quinto, 1526-1537, Naples, 1635, p. 123. Les Nunziaturberichte aux Deulschland, i, 1, p. 68, note 2, donnent le 7 déc.) Ils étaient chargés d'une mission délicate : éviter que le rebondissement de l'affaire milanaise, consécutive au décès du duc François Sforza, n'entraîne une reprise de la guerre franco-impériale. La solution transactionnelle qu'ils présentèrent à l'empereur, peu après leur arrivée à Naples (22 déc. 1535), ne fut pas acceptée par ce dernier (rapport des deux cardinaux, 23 déc. 1 535, Conc. Trid. , iv, p. cxxvii).
A l'occasion de la Conférence de Nice (1538), les deux souverains rivaux refusant toute entrevue en
tête-à-tête, Cesarini fut désigné, avec ses collègues Ghinucci et Cupis, comme « légat volant », chargé de faire la navette entre les deux souverains et le pape.
Alexandre Cesarini mourut à Rome, le 13 févr. 1542 (le 14 d'après Pastor, v, 142); il fut enseveli dans le caveau de sa famille en l'église de l'Ara Coeli. Homme très cultivé, au témoignage d'.\lde Manuce, il avait brillé comme mécène des sciences et des arts au firmament de la Renaissance du Cinquecento. Le récit des fêtes nuptiales qui eurent lieu dans son palais en janv. 1526 à l'occasion du mariage de sa cousine (Pecchiai, 326-27) confirme pleinement ce jugement. Le tableau généalogique de Litta lui donne un fils naturel, Ascanio, qui fut évêque d'Oppido en Calabre, de 1538 à 1542.
Ne pas le confondre avec son homonyme Alessandro Cesarini, né à Rome en 1590, nommé cardinal-diacre de Sta Maria in Domnica (30 août 1627), puis de .Sta Maria in via Lata, évêque de Viterbe de 1636 à 1638, mort en 1644 (Moroni, xi, 123-24; Katterbach, ' 241, 268, 287).
L. Cardauns, Paul III., Karl V. und Franz I. in den J. 1535 und 1536, dans Quellen und Forscliungen des kgl. preuss. tiist. Instituts in Rom, xi, 1908, p. 147 sq. — L. Cardella, Memorie storiclie de' cardinali delta S. Romana Cliiesa, iv, Rome, 1793, p. 57-58. — A. Ciacconius-Oldoinus, Vita et res gestae pontiflcum Romanorum et S. R. E. cardinalium, m, Rome, 1677, p. 404 sq. — Coneilium Tridentinum, IV : Actorum pars P, par S. Ehses, Frlbourg, 1904, p. 592. — Cronaca délia venuta e dimora in Bologna di Clémente VII per la coronazione di Carlo V celebrata l'anno 1530, publ. par G. Giordani, Bologne, 1842, p. xvii et passim. — S. Ehses, Franz I. von Frankreicli und die Konzilsfrage in den J. 1536-1539, dans Romiscfie Quartalsclu-ift, XII, 1898, p. 306 sq.; Id., Kirchlictie Reformarbeiten unter Paul III. vor dem Trienter Konzil, ibid., xv, 1901, p. 153- 74, 395-409. — Eubel, m, p. 18. — W. Friedensburg, Kaiser Karl V. und Papst Paul III. {Scliriften des Vereins I ftir Reformationsgescliicfite, 153), Leipzig, 1932. — î A. Korte, Die Konzilspolitilt Karls V. in den J. 153S-43 (même coll., 85), Halle, 1905. — B. Katterbach, Referendarii utriusque Signaturae (Studi e testi, 55), 75, n. 22. — Litta, Famiglie celebri d'Italia, tabl. Cesarini. — Moroni, XI, 123. — Nunziaturbericlite aus Deutscfiland, section i, vol. i, 595; vol. ii, 218; vol. m, 302; vol. iv, 161; vol. v, 274 (Gotha, 1892-Berlin, 1909). — D. Orano, Il Diario di Marcello Alberini ( 1521-1536 ), dans Arch. délia Soc. rom. di storia patria, xvin, 1895, p. 319-98, 401. — Pastor, iv, 781 ; V, 875. — P. Pecchiai, Roma net Cinquecento (Storia di Roma, xiii), Bologne, 1948, p. 560. — A. PendagUa, Paolo III pontefice, Carlo V imperatore e Francesco I re di Francia in Nizza per trattare la pace net 1538. Lettera narrativa pubbl. dal can. Giuseppe Anionelli, Ferrare, 1870. — F. Petrucelli délia Gattina, Histoire diplomatique des conclaves, i, 512-77; ii, 1-8 (Paris, 1864).
Roger MoLS.
2. CESARINI (Julien) senior (13987-1444), cardinal de S. -Ange, de Ste-Sabine et de Tusculum, légat en Allemagne pour la question hussite, président du concile de Bâle, membre actif de celui de Ferrare- Florence, légat dans les pays danubiens, disparu à la bataille de Varna (10 nov. 1444).
I. Avant le cardinalat. — Né en 1398 (?; l'Ann. pont., 1932, p. 130 et plusieurs auteurs récents donnent 1389), de parents peu fortunés, Andreuzzo Cesarini et Paolotia di Lorenzo Rustici, C. fut destiné très jeune aux études, d'abord à Rome sa patrie, puis à l'université de Pérouse où il commença son droit. Étudiant très soigneux et avare de son temps, il savait suppléer par son zèle et son ingéniosité au peu d'argent dont il disposait : il étudiait dans des livres d'emprunt et économisait les bouts de chandelle qu'il récoltait aux tables des banquets. Il gagnait son gîte et son couvert en travaillant comme précepteur chez un bourgeois de la ville, nommé Buontempi, et se lia d'amitié avec toute la famille. Il poursuivit ses études à Bologne et à Padoue, où il
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conquit son grade de docteur in utroque jure (G. Zaccagnini, Storia dello Studio di Bologna durante il Rinascimento, Genève, 1930, p. 80; N. C. Papadopolus, Historia gymnasii Patavini, i, Venise, 1726, p. 214). Jeune lauréat, il y débuta aussitôt dans l'enseignement du droit canon. Il compta parmi ses élèves Dominique Capranica, qui devait devenir son collègue de promotion cardinalice, et Nicolas de Cues, dont il avait d'abord été le condisciple et qui lui dédiera, le 12 févr. 1440, comme à son « maître vénéré », une de ses oeuvres principales, De docta ignorantia (dans Opéra, éd. de Bâle, 1565, p. 1 ; cf. Vansteenberghe, 266). Son enseignement dura deux ans. Fechner (p. 40) en place le début en 1421. Catalanus (p. 5, note) parle des années 1415 et 1416, chose inacceptable si l'on s'en tient à la date admise pour sa naissance. Voir détails sur sa jeunesse dans les deux esquisses biographiques de Vespasiano Bisticci et de Pogge.
Quoi qu'il en soit, le cardinal Branda de Castiglione, partant pour sa deuxième légation en Allemagne (1422-1425), l'emmena à sa suite. Il fut certainement présent à Mayence au printemps 1423, quand Branda y publia sa constitution de réforme. Il accompagna aussi le cardinal dans ses déplacements en Europe centrale, en vue de résoudre la question hussite.
A peine rentré à Rome, il dut repartir pour une nouvelle mission en France, auprès du duc de Bedford, en vue d'obtenir un règlement favorable de la question des collations de bénéfices. Il parvint à modifier le sentiment du régent et à lui faire admettre la supériorité du système imposé par la Constitution pontificale du 13 avr. 1425, laquelle fut déclarée exécutoire par ordonnance royale du 26 nov. (Recueil des ordonnances, XIII, 107). (Cf. N. Valois, Hist. de la Pragmatique Sanction de Bourges sous Charles VII, Paris, 1906, p. XXV, XXVI, xxx; Fechner, p. 14, 15, 19, 25, 56, 60 sq., 105; Wilkins, Conc. Magn. Britanniae, III, 479 sq.)
J. Cesarini remplit aussi plusieurs fonctions à la Curie. On ignore à partir de quelle date. B. Katterbach (Referendarii utriusque Signaturae a Martino V ad Clementem IX..., p. 13, dans Studi e Testi, 55) le signale comme référendaire de la Signature et protonotaire apostolique.
Il fut nommé auditeur de la Rote le 1" août 1424 et assermenté le 24 nov. (Baix, 257; W. v. Hofmann, II, 91 ; E. Cerchiari, Capellani papae et apostolicae Sedis auditores causarum Sacri Palatii apostolici seu Sacra Romana Rota ab origine ad diem usque 20 sept. 1870, II, 44-45).
Au retour de son ambassade anglaise, il fut nommé cardinal-diacre, dans la promotion du 24 mai 1426, mais reservatus in pector'e (texte du décret consistorial dans Catalanus, 167 sq., cf. Eubel, i, 34, 49). Sa nomination comme cardinal-diacre de S. -Ange fut publiée le 8 nov. 1430 {Ann. pont, 1932, p. 130).
Durant les années 1426 à 1430, il séjourna principalement à Rome. Pour seconder Martin V dans l'élaboration de ses projets de réforme, il compléta, en se référant aux expériences faites au cours de ses légations, un projet plus ancien organisant la réforme de la Curie (Concilium Basiliense..., i, 109, 163 sq.; VIII, 18).
Depuis le 11 août 1428 (Baix, n. 686-87, p. 257; Leodium, ix, 1910, p. 131), il possédait un canonicat et une prébende à Liège ainsi que l'archidiaconé de Famenne. Il fut aussi archidiacre de Condroz (Leodium, ibid.). Le 13 mars 1431, Eugène IV lui commuta ces prébendes contre l'archidiaconé de Hesbaye et d'autres à Liège, d'un revenu deux fois supérieur (225 marks) et en le dispensant de devoir y résider (Repertorium Germanicum,... Eugens IV., n. 149, 284, 471, 702, 2111-15).
II. Au CONCILE DE Bale. — L'attitude de C. au concile de Bâle a été fort discutée. Comme il fut une des figures maîtresses de l'Église de son temps, beaucoup d'auteurs anciens ont essayé de l'édulcorer ou de glisser sur ce chapitre de sa vie. Raison de plus pour l'examiner en détail, à l'aide des trois principales séries de documents publiés : les Monumenta conciliorum generalium saeculi xvi, le Concilium Basiliense... et les Deutsche Reichslagsakten (sigles : M. C, C. B.,D. RA.).
1° La campagne hussite de 1431. — Martin V l'ayant désigné (1" janv. 1431) comme légat en Bohême et pays voisins (Theiner, op. infra cit., Hung., ii, 206) et lui ayant confié ses pouvoirs le 11 du même mois, C. se mit en route le 23 ou le 24 (M. C, i, 67; ii, 13). Son passage est signalé à Florence le 31 janv. (Arch. stor. ital., 1894-2, p. 282), à Bologne le 7 févr. {Cronica di Bologna, dans Muratori, anc. éd., xviii, 631).
Il était à peine parti qu'une nouvelle série de bulles à son adresse, en date du \" févr., lui octroyaient les pouvoirs de légat chargé de présider au nom du pape le concile de Bâle, dont l'ouverture théorique avait été fixée au 8 mars ; il pouvait prendre toutes dispositions utiles pour garantir la sécurité du concile et, s'il y avait lieu, le retarder, le déplacer ou le dissoudre {M. C, i, 67; II, 12, 53; Mansi, xxix, 8, 11, 53). Durant la quinzaine suivante, Martin V le chargea encore de prendre, dans le cadre de sa première légation, diverses mesures rendues nécessaires par l'avance des Turcs vers la plaine danubienne (Repertorium Germanicum..., Eugens IV., n. 2-3; Theiner, op. cit., Hung., II, 210). Quatre jours après son dernier acte, Martin V mourait frappé d'apoplexie (20 févr. 1431).
Parti pour sa première légation, C, accompagné de Jean de Raguse, son théologien, arriva à Nuremberg le 4 mars (Chron. der deutschen Stàdle, i, 380; Z). RA., ix, 608). Devant la diète réunie en cette ville il exposa, le 11 mars, ses projets de croisade antihussite pour l'été suivant. Sur ces entrefaites, l'évêque d'Olmutz lui apporta les bulles romaines contenant sa nomination comme président du concile de Bâle (M. C, ii, 14; I, 67).
Devant choisir entre deux missions, C. estima préférable de terminer d'abord la croisade, d'autant plus que la nouvelle de la mort de Martin V lui était parvenue au plus tard le 1" avr. (D. RA., x, 144). D'ailleurs, il était personnellement peu enclin à assumer la présidence du concile : il écrivit même au nouveau pape pour en être déchargé (M. C, ii, 14, 95; D.iîA.,x, 134).
Il partit pour une tournée de recrutement dans les pays rhénans et jusqu'en » Flandre », par Bamberg, Wurztbourg, Francfort, Mayence, le Palatinat, Cologne et Liège (M. C, i, 72-74). Au cours de ce voyage, il eut une entrevue personnelle avec Philippe le Bon, dont il obtint la promesse • — qui ne fut pas tenue — d'une aide militaire contre les hussites (lettres de C. à Jean de Raguse : Cologne, 16 juin, Wurtzbourg, 25 juin, dans M. C, i, 85; cf. Toussaint, 44 sq.). Il revint à Nuremberg le 27 juin (D. RA., ix, 611-12; M. C, i, 86).
Après avoir lancé un dernier rappel à plusieurs villes de l'Empire (\" juill., D. RA., ix, 558 ; Mansi, xxx, 53 ; M. C, 1, 90), il quitta Nuremberg le 7 juill. à la tête de 40 000 cavaliers, dont un contingent de troupes personnelles de 200 à 300 hommes, commandés par le comte de Blavo (D. RA., ix, 560). Le 1«'' août, l'armée entra en Bohême, mais subit, le 14 août, un désastre dans les défilés de Taus (Palacky, iii-2, p. 544 sq. ; M. C, II, 27). Au cours du sauve-qui-peut général, C. perdit sa croix, son chapeau de cardinal et jusqu'à la bulle qui le nommait légat. Ce désastre réduisait à néant tous les espoirs de voir résoudre la question hussite par la contrainte.
2° Ouverture du concile. — Le 25 avr. 1431, de passage à Germersheim, au cours de sa tournée de recru-
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tement pour la croisade, G. avait envoyé Jean de Raguse à Bâie, pour expliquer aux quelques Pères déjà présents les raisons de son retard et leur demander de prendre patience (M. C, i, 73). Au retour de sa tournée, pour répondre au désir exprimé par les Pères (missive du 4 mai; M. C, i, 76), il chargea Jean de Palomar et Jean de Raguse de le remplacer à Bâle (3 juilL; M. C, i, 86; Mansi, xxx, 48). Ceux-ci, ayant quitté Nuremberg le 9 juill., ouvrirent le concile le 23 devant une assistance minuscule.
Après sa défaite de Bohême, G. assista, à Nuremberg, à un conseil des princes, présidé par Sigismond, où il fut décidé que le légat se rendrait sans tarder à Bâle, pour y régler pacifiquement la question hussite, tandis que le Roi des Romains irait en Italie pour y recevoir la couronne impériale et y rétablir la paix (D. RA., IX, 632; x, 138). Renonçant donc à accompagner Sigismond, comme il l'avait espéré (Altmann, n. 12, p. 289), le légat, parti aussitôt, passant par Ulm et Laufenbourg, arriva à Bâle, le 9 sept. 1431, où il fut reçu avec grande pompe (description, dans C. B., ii, 13-14; Lazarus, 86); il prit logement d'abord dans la maison de l'ordre Teutonique, ensuite dans l'abbaye S. -Léonard. Le 11 sept., il inaugura ses fonctions. Puis il fit expédier aux quatre coins de l'Europe des invitations au concile (19, 24 sept., 7 oct.; M. C, i, 110, 115, 116; II, 32).
Le 14 déc, jour fixé pour l'ouverture définitive, G. déclara le concile firmalum et stabilitum et prit pour thème de son allocution le texte d'Isaïe, lu, 11 : Mundamini qui fertis vasa Domini (Mansi, xxix, 3; M. C, II, 46).
3° Premier conflit avec Eugène IV (1431-33). — Au cours du conclave d'où il devait sortir pape, le cardinal Condolmario avait souscrit, ainsi que tous ses confrères, à une capitulation stipulant qu'il s'en rapporterait à la majorité du Sacré Gollège du soin de régler les modalités du concile (Raynaldi, ann. 1431, n. 5-6).
Le premier acte d'Eugène IV, le jour même de son couronnement (12 mars 1431), fut d'écrire à G. : il le confirmait dans sa mission concernant « la cause de la foi » (c.-à-d. la question hussite), mais faisait des réserves et demandait conseils et plus amples informations quant au concile ( Mansi, xxix, 561 ; cf. Hefele- Leclercq, t. vu, 673, note). Ges premières directives furent confirmées par deux autres bulles (22 avr. et 30 mai). Cette dernière a été souvent interprétée comme une ratification des pouvoirs octroyés par Martin V. Son sens réel est bien plus réticent : le pape y fait savoir au cardinal Julien qu'après le règlement de la question hussite il sera toujours temps pour lui de se rendre à Bâle pour y prendre une décision conforme à la situation telle qu'elle se présentera alors (M. C, i, 106-07, avec date inexacte, 31 mai; Mansi, xxix, 13). Cette date tardive et ce texte réticent prouvent que le nouveau pape n'éprouvait à l'endroit du concile qu'un enthousiasme mitigé.
C. eut connaissance de ces deux bulles avant de partir pour son expédition de Bohême. A son retour, la situation quant au concile n'avait pas changé. Dès son arrivée à Bâle, il délégua à Rome son envoyé de confiance, Jean Beaupère, avec mission (C. B., ii, 549) d'amener le pape à encourager la participation au concile, à y venir lui-même si possible, et en tout cas à intervenir au plus tôt pour faire cesser les obstacles, avant tout les hostilités entre les ducs de Bourgogne et d'Autriche qui se déroulaient aux portes même de la ville.
Parti de Bâle le 17 sept. (C. B., ii, 15; M. C, i, 107; II, 32), Beaupère fit route à petites journées. Il n'arriva à Rome que le 2 nov. (D. RA., x, 146). Il y trouva un pape devenu infirme par suite d'une grave attaque d'apoplexie dont il ne se remit jamais entièrement. Les
renseignements qu'il apportait, en noircissant sans doute encore les traits du tableau, expliquent l'issue de sa mission : d'accord avec dix cardinaux, Eugène IV décréta la dissolution du concile de Bâle et la convocation d'un autre à Bologne, pour le printemps 1433 (Quoniam alto, première rédaction, 12 nov. 1431 ; M. C, II, 67). Une seconde bulle, datée du même jour, donnait pouvoir à C. de dissoudre le concile (cf. Raynaldi, ann. 1431, n. 21 ; M. C, ii, 70; Mansi, xxix, 561, date inexacte; D. RA., x, 146). Il se peut qu'un document non daté (Reperlorium Germanicum..., n. 2298), permettant à G. de convoquer un concile particulier en Allemagne pour la question de la réforme, date aussi de cette époque.
Les deux bulles du 12 nov. furent confiées à Daniel de Rampi, évêque de Parenzo, avec mission, si besoin en était, d'afficher la première aux portes de la cathédrale de Bâle. De Rampi eut en toute cette affaire une attitude qui ne fait pas honneur à son rang. Arrivé à Bâle, le 23 déc, il jugea plus prudent de ne pas dévoiler immédiatement son message. Après plusieurs jours d'atermoiements et quelques déclarations faussement lénifiantes, il remit à C. la seconde bulle, nia avoir rien reçu d'autre et quitta brusquement Bâle pour se rendre à Strasbourg (après le 6 janv.). M^gré les efforts de C, averti au dernier moment de ce qui se tramait, un clerc de la suite de Rampi, Jean Geparelli de Prato, tenta, le 13 janv. 1432, de donner lecture de la première bulle du 12 nov., au cours d'une réunion conciliaire. Il en fut empêché par les Pères assemblés qui ne voulurent rien entendre (M. C, ii, 64-66). Le conflit était ouvert.
A ce moment, G. se rendait fort bien compte de la situation délicate où le mettait sa qualité de président du concile. Peut-être l'idée lui vint-elle, au début, d'obtempérer au désir d'Eugène IV (Valois, i, 134). Il ne la retint pas, comprenant que la mesure prise par Eugène IV s'expliquait surtout par un manque d'informations récentes, suffisantes et exactes (voir sa réponse aux instructions données par le pape à l'évêque de Parenzo, Mansi, xxix, 279). Décrire au pape la situation sous son vrai jour et, en attendant que ses renseignements donnassent à celui-ci le temps de se raviser, éviter que le concile ne s'engage sur une pente irréparable, tel semble avoir été son objectif.
Il envoya trois messages à Rome : un premier, le jour même de l'incident Geparelli (13 janv. 1432 : au pape, M. C, II, 95; aux cardinaux, ibid., 109; voir aussi Pastor, i, 300); un second et un troisième, les 22- 23 janv., le 8 ou 9 févr. (M. C, ii, 107, 108; 111-17). C'est seulement lorsqu'il écrivit son troisième message que G. avait eu connaissance d'une nouvelle mesure, plus radicale encore, qui avait été prise à Rome le 18 déc. 1431. Par une deuxième rédaction de sa bulle Quoniam alto (M. C, ii, 72; Mansi, xxix, 564), Eugène IV prononçait d'autorité la dissolution immédiate du concile. Tandis que cette bulle était publiée aussitôt à Rome, et que sa teneur était communiquée aux puissances, elle fut adressée au légat avec un ordre personnel lui enjoignant in virtute sancte obediencie de quitter Bâle, aussitôt qu'elle y serait publiée, pour se rendre là où il pourrait reprendre ses activités concernant les hussites (C. B., i, 246). Entre temps, l'envoyé de G., Jean Beaupère, était lui aussi revenu de Rome, apportant au légat la confirmation du désir pontifical.
Toutefois un autre son de cloche se faisait entendre du côté du Roi des Romains. Sigismond, venu en Italie pour y recevoir la couronne impériale, poursuivait une politique conciliaire semblable à celle du légat et gardait avec ce dernier un contact épistolaire étroit. Dès qu'il eut reçu notification de la bulle du 18 déc, Sigismond fit manœuvrer à Rome pour en obtenir la révocation et il écrivit à G. de ne pas y donner suite.