CHALAIS
— CHALANT
premier supérieur. Les moines vécurent d'abord la vie ] érémitique et portaient l'habit blanc. Mais dès avant j 1125 ils devaient suivre la règle bénédictine sous j l'abbé Bernard, avec des constitutions inspirées sans : doute de Cîteaux. Une douzaine de monastères, situés dans le Dauphiné et le midi de la France, s'afTdièrent bientôt à Chalais. Ce nouvel ordre eut ses chapitres généraux, ses visites canoniques, et reçut en 1148 une Charta caritatis semblable à celle de Cîteaux. Le voisinage des chartreux, de Cîteaux et de prieurés cluni- [ siens nuisit à l'essor de la congrégation qui, en 1171, j s'incorpora à Cîteaux (décision qui fut cassée par [ Alexandre III dès 1172). En 1247 fut projetée l'union ! avec les chartreux. Elle ne se réalisa qu'en 1304, après \ la disparition de la plupart des maisons, ou leur afTi- ' liation à des monastères plus puissants. En 1580 Cha- ; lais fut supprimé comme maison religieuse et uni à la Grande-Chartreuse. Vendu comme bien national à la j Révolution française, il fut acquis par Lacordaire en \ 1844 pour y installer une maison d'études des do- ' minicains.
J. Albanès, dans Bull. hisl. des arch. de Valence, ii, 1881, p. 28. — U. Berlière, La congr. de Chalais, dans Rev. bénéd., XXXI, 1914-19, p. 402-19. — P. Chocarne, Le R. P. H. Lacordaire, Paris, 1866, p. 376-86. — Cottineau, i, 670-71. —
D. H. G. E., I, 1190. — J. de La Martinière, Les chartes de franchise de Ste-Aulaye et de Chalais (12 déc. 1288-9 oct. 1339), La Rochelle, 1910. — Gatl. christ., xvi, 263. —
E. Pilot de Thorey, Abbaye de N.-D. et S. -J. -Baptiste de Chalais, Grenoble, 1874. — .J.-C. Roman, L'ordre dauphinois et provençal de Chalais, Gap, 1920; Les chartes de l'ordre de Chalais (1101-liUO), Ligugé, 1923, 3 vol. — Ph. Schmitz, Hist. de l'ordre de S.-Benoît, m, 108.
R. Van Doren.
CHALANT (AiMON de). Voir Aimon de Chal- LANT, I, 1192.
1. CHALANT (Antoine de). Il était abbé de San Michèle délia Chiusa, en Italie (prov. de Cuneo), quand Benoît XIII le désigna comme cardinal-diacre du titre de Santa Maria in via Lata le 9 mai 1404, afin de s'assurer les bonnes grâces d'Amédée VIII de Savoie. Antoine lui fut longtemps dévoué; il l'accompagna à Gênes en mai 1405, puis à Savone : le 27 janv.
1406, il recevait les pouvoirs de légat en France. La mission à effectuer à Paris s'annonçait pleine de difficultés. Comment apaiser le mécontentement que suscitait la politique de tergiversation adoptée par Benoît XIII? On était fatigué des vagues promesses de cession ou d'ouverture de pourparlers qui remédieraient au schisme et qui jamais n'aboutissaient à quelque chose de concret. Parvenu à Paris avant le 11 avr., le légat subit des affronts et échoua entièrement. Il était de retour à Nice le 12 octobre.
Quand Benoît XIII décida de se rendre de nouveau en Italie, il partit seul avec lui de Marseille le 4 août
1407, séjourna jusqu'au 5 sept, dans l'île S. -Honorât, puis gagna Nice afin d'y attendre la venue des autres cardinaux, avant de se rendre à Savone où devait avoir lieu une rencontre avec Grégoire XII. Le 20 mai 1408, le pape aragonais crut ingénieux d'adresser quatre cardinaux — Antoine fut du nombre — aux membres du Sacré Collège qui s'étaient séparés de Grégoire XII et résidaient momentanément à Pise. L'unité pourrait, espérait-on, peut-être se conclure au détriment du pape romain. Un sauf-conduit était nécessaire pour assurer la sécurité de Pierre de Luna. Faute d'obtenir l'autorisation de gagner Florence, ses ambassadeurs se résignèrent à se réfugier à Livourne. Simon de Cramaud (voir ce nom) constata rapidement qu'A, de Chalant nourrissait des sentiments trop favorables pour Benoît XIII; il projeta de s'emparer de sa personne, puis de ménager le même sort au pape. Mis au courant de ses desseins, le caidinal quitta
furtivement Livourne de bon matin et vint prévenir, à Porto Venere, son maître de ce qui se tramait contre lui. Voilà comment s'imposèrent le départ pour la Catalogne et la réunion d'un concile à Perpignan.
Antoine suivit Pierre de Luna avec trois de ses collègues, Jean Flandrin, Louis Fieschi et Bérenger d'Anglesola (15 juin 1408). En oct. survint un messager des cardinaux demeurés à Pise : il dévoila qu'Antoine y avait précédemment encouragé les partisans de Grégoire XII à participer à un concile, avec l'assentiment de Benoît XIII; en conséquence, il requit le consentement explicite de celui-ci à la convocation d'une assemblée de l'épiscopat. Le cardinal protesta avec véhémence et prétendit que les dires de ses collègues étaient faux.
Le cardinal de Chalant prit une part importante au concile de Perpignan et y lut de longs rapports justifiant la conduite de Benoît XIII (F. Ehrle, Aus den Akten des Aftersconcils von Perpignan, dans Archiv fur Literatur-und Kirchengeschichle, v, 399, 463; VII, 580-666).
L'adhésion d'Amédée VIII de Savoie aux dernières assemblées à Pise l'engagea à répudier la cause de Benoît XIII. En avr. 1409 Antoine se trouvait en Savoie; le 7 juin, il arriva à Pise; le 10, il rentra en possession de tous ses droits cardinalices grâce à l'entremise du cardinal Nicolas Brancacci qui plaida chaleureusement en sa faveur. Quoiqu'il eût, suivant un contemporain, espéré la tiare pour lui-même, Antoine de Chalant vota pour Alexandre V. Dans la suite, Jean XXIII lui octroya le titre de Ste-Cécile (19 mars 1412) qu'il cumula avec l'administration de l'archevêché de Tarentaise, — Benoît XIII le lui avait concédé le 1=' juin 1404. A cette occasion, Jean XXIII lui conféra le sacerdoce.
Le 6 sept. 1413, Antoine partit de Florence avec François Zabarella, ayant mission de négocier avec l'empereur Sigismond au sujet du lieu où se réunirait un concile général qui terminerait le schisme.
A Constance, il soutint la thèse de la triple cession des trois pontifes qui prétendaient gouverner l'Église. De même qu'il avait abandonné Benoît XIII, il délaissa Jean XXIII et concourut à l'élection de Martin V. Des détracteurs, sans doute, l'ont accusé de mauvaises mœurs et d'insuffisance d'instruction. Martin V apprécia pourtant ses conseils et médita de lui conférer d'amples pouvoirs comme légat en France, d'après un partisan de Benoît XIII.
A. de Chalant mourut à Lausanne, le 4 sept. 1418. Ç'avait été, semble-t-il, sa vie durant, un opportuniste ne craignant pas de se déjuger. La lettre qu'il écrivit aux maîtres de l'université de Paris, au lendemain de l'élection d'Alexandre V, dénote chez lui une singulière inconscience (N. Valois, La France et le Grand Schisme d'Occident, iv, Paris, 1902, p. 104, n. 1).
Les éléments de la biographie d'A. de Chalant sont dispersés dans Martin de Alpartils, Çhronica actitatorum temporibus domini Benedicti XIII, éd. F. Ehrle, Paderborn, 1906, p. 150, 153, 163, 167, 169, 170, 177-84, et dans les actes des conciles de Perpignan, de Pise et de Constance (voir F. Ehrle, art. cité). — Mansi, xxvn-xxix. — iNIartène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, ii, Paris, 1717. — H. Finke, Acta concilii Constanciensis, Munster, 1896-1928, 4 t.; Forschungen und Quetlen zur Gescitichie des Konstanzer Konzils, Paderborn, 1889. — L'ou\Tage de Valois est utile à consulter et contient des inédits. — Voir aussi K. Zahringer, Das Kardinalkollegium auf dem Konstanzer Konzil bis znr Absetzung Papsl Johannes XXIII., Miinster, 1935.
G. MOLLAT.
2. CHALANT (Guillaume de). — Il fut successivement abbé de San Giusto à Suze, chancelier de Savoie et abbé de San Michèle délia Chiusa, au dioc. de Turin. C'est sans doute grâce à l'intervention de son
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frère Antoine qu'il reçut de Benoît XIII le siège de Lausanne, le 13 août 1406. Jean XXIII le transféra inutilement sur le siège de Narbonne, le 30 juin 1410. Pourvu le 3 janv. 1415 de l'évêché de Thérouanne, Guillaume pâtit de la situation religieuse que présentait la France à cette époque. Il lui advint de se heurter à Louis de Luxembourg, élu par le chapitre et confirmé dans sa dignité par le vicaire général de l'archevêque de Reims. Un conflit s'engagea devant la Chambre des comptes qui donna tort aux deux concurrents. Mais un mandement royal du 1" août ordonna la délivrance de la régale au profit de Louis de Luxembourg. Guillaume de Chalant n'eut d'autre ressource que d'obtenir sa réintégration sur le siège de Lausanne, le 20 déc. 1417. Cependant Martin V sauvegarda les droits du S. -Siège en relevant son concurrent des censures contractées à l'occasion de son élévation illicite à l'épiscopat et en le pourvoyant à nouveau de l'évêché de Thérouanne. Le 24 mars 1415, Jean XXIII députa Guillaume avec Regnault de Chartres, archevêque de Reims, près de l'empereur Sigismond. Il s'agissait de légitimer son départ subreptice de Constance et de transmettre des brefs notifiant la promesse conditionnelle d'abdiquer si Grégoire XII et Benoît XIII renonçaient à la tiare. Guillaume mourut le 20 mai 1431.
Eubel, I, 297. — N. Valois, La France et le Grand Schisme d'Occidenl, u, Paris, 1902, p. 289, 412, 413. — Duplan, Monnaie en or de Guillaume de Chalant, évêque de Lausanne, dans Mémoires et documents de l'acad. du Chablais, vi, 1892, p. iv-x. — A. Morel Fatio, dans Mémoires et documents de la Société d'hist. de la Suisse romande, xxxiv, 1879-1881, p. 381-405; xxxv, 107-119; Mémoires de la Société savoisienne, vi, 329 (approbation de la fondation de Ripaille le 1" mai 1411).
G. MOLLAT.
CHALARD (Notre-Dame du), Castalium, sur risle, non loin de Lavignac (Hte-Vienne), ancien dioc. de Limoges. L'existence d'une ancienne abbaye, fondée probablement au ix" s. en cet endroit désert et détruite par les Normands, n'est attestée que par des ruines dans lesquelles vint se fixer, le 6 janv. 1088, Geoffroy de Noth, prêtre limousin, désireux de mener la vie érémitique. Autour de l'ascète se forme spontanément un groupe de convertis qui, après quelque temps, adoptent la règle de S. Augustin et les coutumes de S.-Ruf connues par l'intermédiaire de Gaucher d'Aureil. Grâce à la protection de Rainaud, évêque de Périgueux, les chanoines réguliers surmontent les difficultés causées par l'opposition du clergé séculier, entre autres celles créées par l'archidiacre Pierre Bruchard qui, après avoir longtemps persécuté Geoffroy, deviendra son disciple.
Jusqu'en 1124, Geoffroy mène au Chalard une vie austère consacrée à la prière et au travail manuel. Il exerce sur les fidèles une grande influence et sa renommée s'étend grâce à l'accomplissement de miracles. Sous sa direction s'élèvent une petite église et des bâtiments conventuels encastrés dans les ruines de l'ancien monastère. Le culte du thaumaturge et de l'ascète se développe rapidement après sa mort et subsiste encore de nos jours.
Le manque de documents ne permet pas de retracer avec précision l'histoire ultérieure du prieuré. A Geoffroy succèdent Bernard, fondateur du prieuré voisin S. -Nicolas, puis Géraud sous le gouvernement duquel un chanoine rédige la Vie très intéressante du premier ascète. Un peu plus tard, une bulle du pape Eugène III confirme les biens du prieuré, entre autres la possession des églises de Rilhac-Lastours, Beynac, Courbefy, S. -Nicolas, Ladignac, Pleine- Maysse et Bussière-Galland. On ne sait si les chanoines desservaient eux-mêmes ces cures ou prieurés-cures. A cette époque la communauté établit des liens de
fraternité avec les monastères voisins de Grandmont et de l'Artige.
Au début du xv« s., le prieuré qui n'a jamais compté plus de douze chanoines est ruiné par les guerres. Les Anglais s'y retranchent en effet et soutiennent, en 1419, un siège d'un mois. Le projet d'annexion aux Jésuites formé en 1613 n'eut pas de suite mais, en 1633, il n'y avait que trois religieux. A la veille de la Révolution française, le Chalard n'était plus qu'un bénéfice régulier rapportant 507 livres.
Bibl. nat., Paris, coll. Moreau, t. ccui. — liibl. Sle-Cieiieviève, ms. 717, fol. 44 sq.; ms. 376, n. 20. — Beaunier- Besse, t. v, p. 23.3. — Bernard Guy, éd. Labbe, Noya bibliotheca, t. i, 637. — A. Bosvieux, Vie de S. Geoffroy du Chalard, Gueret, 1858. — G. Tenant de la Tour, Le Chulard, dans Bull, de la Soc. arc'iéol. et hisl- du Limousin, Lxxiv, 1932, p. 105-190.
Ch. Dereine.
CHALATA, AcMat, Ahlât, Clalh, Chalat, Ghelath, Hlath, Kelat, Khelalh, Khilât, ville d'Arménie, de la province de Bznouni, située sur la rive ouest du lac de "Van. Les nestoriens y établirent un évéché relevant de la métropole de Nisibe (supra, i, 317 sq.). Il y eut également à Hlath un évêché jacobite. Michel le Syrien rapporte que le patriarche d'Antioche Cyriaque (793- 817) consacra Jean évêque de Kelat à Calhnice. Hlath, qui fut jadis un centre florissant de l'hérésie paulicienne, passa par bien des vicissitudes au cours de l'histoire. La notice des églises, rédigée par l'évêque arménien Uskan dans la seconde moitié du xvii» s., nous apprend que cette ville était le siège d'un évêché arménien sufîragant de l'archevêché de Van (voir aussi AcHLAT, I, 317-18).
[Richard Simon], Hist. critique de la créance et des coutumes des Nations du Levant, publiée par le Sieur de Moni, Francfort, 1684, p. 228. — M.-J. Saint-Martin, Mémoires hist. et géogr. sur l'Arménie, Paris, 1818-19, t. i, 103 sq.; II, 396, 429. — G. Cappelletti, L'Arménie, i, Florence, 1841, p. 58. — P. Milller-Simonis, Du Caucase au golfe Persique à travers l'Arménie, le Kurdistan et lu Mésopotamie, Paris-Lyon, 1892, p. 303 sq. — F. C. Conybeare, Tlie Key of Truth, Oxford, 1893, p. 135. — F. Tournebize, Hist. polit, et relig. de l'Arménie, Paris, s. d., p. 847. — H. Gelzer, Ungedruckte und unqenûgend verôffentlichte Texte der Notitiae episcopatuum, Munich, 1901, p. 583, dans Abhand. der philos. -philol. Klasse der kgl. Bayerischen Akad. der Wiss., xxi, 3. — J.-B. Chabot, Chronique de Michel le Syrien, lu, Paris, 1905 sq., p. 451. — R. Dussaud, Topographie hist. de la Syrie antique et médiévale, Paris, 1927, p. 484-86, 521.
Arn. Van Lantschoot.
CHALCÉDOINE, évêché de la province de Bithynie dépendant de Nicomédie, puis métropole sans sufîragant.
I. La ville. — C'était une colonie fondée vers 685 av. J.-Ch. par des gens de Mégare sous la conduite d'un certain Archias. Telle était du moins la tradition. L'oracle de Delphes se moqua plus tard de l'aveuglement des colons qui n'avaient pas su choisir en face la colline sur laquelle devait s'élever quelque temps après la ville de Byzaiice. C'est pourquoi il surnomma Chalcédoine TuçÂôttoâis, « Ville des Aveugles ». Cependant, outre que la position choisie par les colons de Mégare était excellente, avec ses deux ports naturels, il est probable que les Thraces n'auraient peutêtre pas permis un établissement chez eux d'aussi bonne heure.
Le nom de Chalcédoine (XaAKtiScbv ou KaAxriSGbv, ce qui l'apparente à Carthage, KapxriScbv) n'est pas grec, comme on l'a prétendu pendant longtemps, mais phénicien, et signifie « La nouvelle Ville », Karichi Don, tout comme celui de Carthage. On a d'ailleurs découvert à la pointe de Moda des traces certaines d'une installation phénicienne. Les Mégariens ne firent donc que remplacer les gens de Tyr et de Sidon.