L. Van Hee
CHANIGAR, Hânigâr, Khànîgâr, évêchénestorien, localisé non loin de Daqûq, sur la route de Bagdad à Arbèles. Le Livre de la Tour a gardé le nom de deux évêques de ce siège : Cyriaque, qui fut présent au sacre du catholicos Josué bar Nûn (824-28), et Jean, qui fut ensuite métropolite de Mossoul et, en 893, catholicos de Perse. Ibn at-Tayyib nous apprend que, sous le catholicos Sergius (860-72), une partie de ce diocèse passa sous la juridiction de l'évêque de Sahrazûr.
J. S. Assemani, Bibliotheca orientalis, m-2, Rome, 1728, p. 737. — Le Quien, ii, 1133, 1243-46. — G. Hoffmann, Ausziige ans syrischen Akten persischer Martyrer, Leipzig, 1880, p. 308 (index). — J.-B. Abbeloos-T.-J. Lamy, Gregorii Bar Hebraei Chronicon ecclesiasticum, m, Louvain, 1877, col. 18, note 1. — H. Gismondi, Maris Amri et Slibae de patriarchis nestorianorum commentaria, i, Maris oersio latina, Rome, 1899, p. 74; ii, Amri et Slibae oersio lalina, Rome, 1897, p. 38, 46. — E. Sachau, Zur Ausbreitung des Christentums in Asien, dans Abh. der preuss. Akad. der Wiss., 1919, Phil.-hist. Klasse, i, Berlin, 1919, p. 25, 57.
Arn. Van Lantschoot.
CHANOINES (Des origines auxiii«s.). — Introduction. — Les laïcs, les moines et les clercs forment dans l'Église, dès le iv^ s., trois groupes hiérarchisés ayant leurs lois et leurs fonctions propres. Très tôt au Moyen Age, les clercs par excellence, ceux qui, par leur nombre et les services rendus, représentent l'ordre ne sont pas, comme aujourd'hui, les prêtres des paroisses, mais les communautés de chanoines qui, autour des évêques et plus tard dans les collégiales, se consacrent principalement au chant de l'ofiice divin.
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
L'histoire fort négligée de cet ordo canonicus ou canonialis devrait être envisagée aux divers points de vue économique, social, politique et intellectuel. Dans tous ces domaines, en effet, les chapitres ont joué, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, un rôle comparable à celui des monastères. Tout en tenant compte le plus possible de ces différents aspects, nous nous bornerons au ; domaine strictement religieux, allant d'ailleurs ainsi à : l'essentiel. Car, comme le dit M. Bloch, les services I rendus à la société par les chapitres et monastères n'étaient pas principalement d'ordre économique, charitable ou culturel, mais avant tout spirituel (cf. La so- I ciété féodale; la formation des liens de dépendance, dans i coll. Évolution de l'humanité, xxxi, Paris, 1940, p. 139).
Le développement de l'ordre soulève des problèmes ! multiples qui concernent ses origines, la formation I progressive de son idéal, de sa discipline, de la fonc- ! tion canoniale, enfin ses rapports avec les laïcs et surtout avec les moines. Des principes, qui relèvent de la spiritualité et du droit canon, on devrait descendre aux faits, apprécier les réalisations, dépister les influences, établir les périodes de décadence et de fer- \ veur. Dans l'état actuel des travaux, un tel programme I est difficilement réalisable. On dispose sans doute d'un ' bon nombre de monographies décrivant les origines et [ l'organisation des chapitres. Mais les ouvrages de syn- I thèse font défaut et l'on doit encore se reporter aux études des érudits des xvii« et xviii« s., tels que Thomassin, Amort, Lelarge, etc.
Cet article sera limité, dans l'espace, à l'Occident chrétien et, dans le temps, aux douze premiers siècles. Encore est-il surtout destiné à compléter les articles parus dans les diverses encyclopédies : H. Leclercq, art. Chanoines, dans D. A. C. L., ni-1, 247 sq.; A. Smith, art. Chanoines réguliers, dans D. Spir., ii, 463 sq. ; P. Torquebiau, art. Chanoines et Chapitres de chanoines, dans D. D. Can., ni, 471-88 et 530-66.
La matière ainsi déterminée se divise assez naturellement en quatre périodes : I. Les origines {i"v« s.). IL L'époque mérovingienne (500-750). III. L'époque carolingienne (750-1050). IV. La réforme grégorienne (1050-1200) (au cours de cette dernière période, il sera principalement question des chanoines réguliers).
Avant d'aborder le sujet, donnons encore quelques précisions de vocabulaire.
L'adjectif latin canonicus, du grec kovovikos, signifie, comme ce dernier, « conforme à la règle » (Kavoûv) et sert de doublet à regularis. Dans son sens le plus large, il peut donc qualifier toute espèce de réalités et, de fait, dans le vocabulaire ecclésiastique, il est dit d'un livre, d'une élection, d'une décision, du droit lui-même qu'ils sont « canoniques ». Il apparaît accolé au mot clericus dès le vi» s. et est très tôt employé seul — comme substantif — p. ex. au concile de Tours de 567. Il n'est pas douteux que, dès cette époque, l'expression clerici canonici ait signifié, pour les contemporains, des clercs vivant selon la régula canonica. Telle est l'explication donnée par Ecbert d'York {P. L., Lxxxix, 379), par Alcuin et par Gautier de Maguelone au xii« s. Il importe donc peu de savoir si, du point de vue de l'étymologie stricte, le mot vient, comme le veulent certains, de Kavcov, signifiant soit la matricule ou liste des membres d'une église, soit la part des revenus ecclésiastiques, soit encore la psalmodie.
Comme synonymes on trouve les expressions clerici cardinales ou officiâtes, surtout en Italie, parfois aussi ' malricularii, bien que ce mot désigne plus généralement les fonctionnaires subalternes d'une église. De j nombreux documents emploient des formules plus vagues telles que fratres, servi Dei, pauperes Christi ou même coenobitae, termes qui désignent aussi bien des moines que des chanoines. Aussi voudrait-on trouver
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dans le vocabulaire qui désigne le genre de vie, les bâtiments ou les autorités canoniales, des critères permettant de distinguer les deux ordres. Malheureusement la plupart des expressions sont ambiguës. En eflet, le mot vita (ou ordo, institutio, disciplina, régula, congregatio) est accompagné indifféremment des adjectifs regularis, coenohialis, monasterialis, claustralis, aposlolica ou commuais, pour désigner tant les clercs que les moines. Notons pourtant l'effort tenté par les carolingiens pour distinguer l'ordo regularis (monastique) de l'ordo canonicus (canonial).
Si, à l'époque carolingienne, le terme basilica désigne le plus souvent une église occupée par des clercs, par contre abbalia, claustrum, coenobium et monaslerium ne peuvent servir de critère, pas plus que le vocabulaire emploj'é pour les charges supérieures, tel abbas ou praepositus. Cette confusion dans la terminologie est d'ailleurs, nous le verrons, l'indice du rapprochement opéré spécialement à l'époque mérovingienne entre les deux genres de vie.
Le vocabulaire utilisé pour définir le genre de vie mené par les chanoines n'offre pas moins de difficultés. Que signifient vivere secundum instituta Patrum, secundum vilam apostolicam, communiter, regulariier, canonice ou au contraire saeculariter, irregulariler, more laicorum, ut acephali, etc.? Le sens de ces formules a varié considérablement avec les âges. Disons seulement qu'avant la réforme grégorienne les mots marquant la régularité désignent la conformité à la règle canonique qui sera précisée au concile d'Aix de 816 et comporte généralement une vie commune mitigée. Les expressions exprimant un blâme marquent simplement un état de fait regrettable. A partir de 1050 au contraire, les formules marquant la régularité sont réservées pour ceux que l'on appelle alors les canonici regulares, qui renoncent à la propriété privée, tandis que les termes saeculares et équivalents désignent les chanoines propriétaires vivant selon les anciennes traditions. Les mots regulares et saeculares indiquent donc à partir de ce moment deux états juridiques distincts. L'emploi des adjectifs français correspondants, « séculiers » et « réguliers », devrait se modeler sur cet usage.
Outre les articles déjà cités, voir : A. Poeschl, Bisihofgut und « mensa episcopalis », i, Bonn, 1908, p. 48 sq. — .J. Wirges, Die Anjànge der Augustiner-Chorlierren..., Diss., Uetzdorf, 1928, p. 3.5 sq. — Pour le xi= s.. Ch. Dereine, Vie commune, règle de S. Augustin et chanoines réguliers (tu s., dans fteo. d'hisl. eccL, xi,i, 1946, p. ."ÎCi-lOe.
I. Les origines (i^-y- siècle). — Bien que le mot canonicus n'apparaisse qu'au vi« s. et que la première règle écrite date du viii«, on ne peut parler de l'ordre canonial sans remonter jusqu'aux origines du christianisme. Il n'est pas question de prétendre, comme l'ont fait certains, que l'institution fondée par les apôtres a reçu d'eux l'organisation qui la caractérise des siècles plus tard. Mais le lien idéologique qui rattache les chanoines aux premiers temps de l'Église est trop important pour qu'on n'en tienne pas compte. En outre, il semble exact de dire que tout le clergé primitif est canonial au sens large du mot. C'est l'apparition tardive d'un clergé disséminé dans les paroisses rurales et les villae qui a entraîné l'emploi d'un terme nouveau pour désigner l'institution ancienne.
1° Les bases scripturaires. — Toute la tradition canoniale repose sur quelques textes de l'Écriture qui ont inspiré les organisateurs de l'ordre. La législation des lévites de l'A. T. préfigure (/! ti/po celle du sacerdoce de la Loi Nouvelle. De là rim])ortance des passages de la Bible qui décrivent la chasteté temporaire et le mode de propriété pratiqués par les fils d'Aaron. De même, les textes des ])saumcs Dominus pars hereditalis meae (xv, 5) et Portio mea Dominus (cxviii, .57),
repris dans l'ancienne liturgie des ordinations, fournissent le point de déj)art de considérations sur le détachement des biens terrestres.
1 L'Évangile fournit l'exemple des apôtres aban- [ donnant tout pour suivre le Maître et les exhortations ' du Christ à la pauvreté évangélique (Luc, xiv, 33 et I Matth., XIX, 21). Très important aussi est le passage des Actes des apôtres (iv, 32) décrivant l'attitude d la première communauté de Jérusalem. Dans ses lettres pastorales, S. Paul donne une série de conseils I qui se résument dans le grand principe : Nemo militans ! Deo implicat se negotiis saecularibus (II Tim., ii, 4), ; Exploitant ces thèmes, les Pères esquissent les grandes i lignes de l'idéal du clerc. On en trouve un bon exposé dans les Commentaires de S. Hilaire (P. L., ix, 551) et de S. Ambroise {ibid., xv, 1294) sur le psaume cxvir et surtout dans les lettres de S. Jérôme à Héliodo (P. L., xxii, 352), à Népotien {ibid., 527), à Rusticu {ibid., 1072), qui exerceront dans la suite une grand influence.
2° Discipline. — Dans la ligne ainsi tracée, les auto rités ecclésiastiques élaborent progressivement la dis cipline propre au clergé. On sait que la loi du céliba' , ecclésiastique s'est imposée petit à petit en Occident, i Tertullien, S. Cyrille de Jérusalem et S. Jérôme té moignent de l'extension d'une coutume qui fut sancr tionnée aux divers conciles d'Elvire (vers 300), d" Carthage, de Tolède et de Turin (vers 400). .\u v s, S. Léon étendit aux sous-diacres l'obligation de! chasteté (cf. É. Jombart, art. Célibat des clercs, dan D. D. Can., ni, 132). j Signalons, sans y insister, les diverses mesures prisdurant les premiers siècles pour écarter le clerc du mi I lieu séculier. Sont interdits dans ce but : le commerce I les métiers incompatibles avec la dignité sacerdotale ] l'administration des affaires temporelles, les divertissements profanes, etc. Des deux symboles de ce état de séparation, l'habit et la tonsure, seule cett dernière apparaît à la fin du s. Rappelons aussi qu les divers degrés de la hiérarchie ecclésiastique s'or ganisent durant cette période (cf. F. Mugnier, art Cléricature, dans D. Spir., x, 964).
Il faudrait encore étudier l'évolution de la législa tion concernant la cohabitation des clercs avec le I femmes, qui aboutit au canon du concile de Nicée (325) j et de celle de la stabilité des clercs, déterminée à Chai ! cédoine (451). Notons seulement que c'est l'ensembl de ces prescriptions portées par les papes et les concile qui forment la canonica régula. Il nous reste à voi dans quelle mesure la vie commune fait partie d I l'idéal primitif du clerc.
j 3° Vie commune. — A toutes les époques, des auteu plus ou moins qualifiés ont affirmé que la pauvret avait été imposée au clergé de l'Église i)rimitive a" même titre que la chasteté. Grégoire le Grand e j Chrodegang, Hildebrand, Pierre Damien et Yves d j Chartres, plusieurs canonistes du xiv^ s. et plus tar encore les historiens des chanoines réguliers, Lelarge Zunggo, Pennotti, etc., ont partagé cette conviction e l'ont défendue en invoquant les textes scriptuaires e patristiques que nous avons cités et aussi l'exempl donné par bon nombre d'évêques, entre autres S. Au gustin. On leur répond actuellement qu'il ne faut pa confondre idéal et obligation stricte, initiatives pri vées et institution, et surtout qu'il faut distinguer le divers degrés de vie commune. Cette expressio recouvre en effet des genres de vie très variés, depui ! l'abandon de toute propriété jusqu'à la simple fré ; quentation plus ou moins continue d'un cloître, d'u j dortoir et d'un réfectoire communs (cf. F. Mugnie I op. cit., 970-71, et J. Wirges, op. cit.. 52-55). I L'existence de collèges presbytéraux, le fait qu dans l'exercice de leur ministère les clercs soient étroi