US
ploie à la dissolution des sucres bruts, Le résidu du noir est vendu
comme engrais sous le nom de noir des raffineries.
Lorsque, dans la fabrication du raffinage du sucre, on a fait passer une certaine quantité du sirop plus ou moins coloré sur du noir, la propriété décolorante de ce charbon s'épuise , et si l'on n'avait trouvé un moyen économique de le lui rendre, les quantités de charbon d'os eussent été insuffisantes pour l'industrie. On parvient à rendre au noir en grains sa propriété décolorante en le débarrassant par un lavage des matières solubles ou délayables dans l'eau , puis le soumettant à une calcination qui carbonise les parties organiques adhérentes et met les surfaces charbonneuses à découvert. Le noir peut être revivifié de vingt à vingt-cinq fois, car la déperdition qu'il éprouve est évaluée à k ou 5 pour 100 dans chaque révivification. C'est cette propriété qui a permis d'utiliser un fonds permanent de noir que des fabricants donnent en location et par abonnement aux raffineurs.
La révivification n'est autre chose qu'une opération qui consiste à débarrasser le noir des matières mucilagineuses qu'il a enlevées au sucre, et qui, l'entourant comme un réseau, empêchent que sa puissance décolorante ne se reproduise. L'opération ordinaire que l'on pratique dans les raffineries sur le noir en grain, -est une simple calcination à l'air libre. Par ce procédé, on détruit peu à peu le carbone du noir et l'on brûle les corps étrangers qui l'enveloppent. Mais ces corps, en se calcinant , obstruent les pores du noir et annulent sa puissance absorbante. 11 faut donc, pour révivifier le noir, lui redonner le carbone qu'il a perdu par des ratissages successifs et lui rendre la porosité qu'il n'a plus, d'où dépend sa puissance absorbante et décolorante. Le procédé de MM. Tocchi et Puy atteint ce double but, et les moyens qu'ils emploient ne présentent aucun danger pour la santé publique.
Dans le courant des années 18^9 et 1850, deux demandes en autorisation pour établir, à Marseille, des ateliers de révivification de noir animal ont été adressées à M. le préfet de Marseille. En déférant la première de ces demandes au Conseil de salubrité, ce magistrat, après avoir fait remarquer que cette industrie n'était pas comprise parmi les établissements dangereux, insalubres ou incommodes, demandait au Conseil de vouloir bien en- opérer l'assimilation à l'une des industries comprises dans les trois grandes classes établies par le décret du 15 octobre 1810. Cette tâche fut confiée à une commission, composée de MM. Chaudoin, Camoin et Rousset. Au -nom de cette commission, M. Chaudoin présentait, dans la séance du 17 septembre 18^9, les conclusions suivantes :
« Attendu que la révivilication du noir animal qui a déjà servi à la
clarification des sirops consiste, dans l'espèce, à placer celte matière dans un four chauffé à 500 degrés, à l'humecter avec de l'eau froide au moment où on la sort du four, et cela dans une certaine proportion et à une certaine température, conditions desquelles paraît dépendre l'aptitude à clarifier que reprend le noir, et enfin à la sécher sur la partie horizontale de la cheminée intérieure à l'usine ;
» Que, par conséquent, il y a lieu, pour procéder au classement de cette industrie, de la considérer sous le double rapport du noir en lui-môme avant, pendant et après l'opération; et de l'usine, relativement à son emplacement, au four et au combustible ;
» Considérant, quant au noir, que cette substance séjourne en quantité minime dans l'établissement, au sortir des raffineries, celuici, par son étendue, ne pouvant en contenir de grands approvisionnements, et le four ne permettant que cinq cuites par jour, chacune de 400 kilogrammes ; qu'en conséquence, il n'y a pas à craindre que les matières organiques dont cette substance est imprégnée se corrompent et donnent lieu à des émanations fétides par leur entassement et leur séjour trop prolongé dans l'établissement, la grandeur de l'usine pouvant être à peu près en rapport avec la consommation journalière ;
» Considérant que, pendant la calcination, le four étant fermé, et communiquant avec une cheminée de 25 mètres environ de hauteur, il ne peut s'en dégager aucun miasme capable d'incommoder les ouvriers de l'usine et les voisins, ainsi que l'expérience nous l'a démontré ;
)) Qu'au sortir du four, toute substance organique étant complètement détruite par le feu, ainsi qu'il est de l'intérêt du fabricant, ce noir ne laisse dégager aucune vapeur malfaisante, si ce n'est de la vapeur d'eau au moment où l'on en projette, soit pour en empêcher la combustion, soit pour le noircir ;
» Qu'il ne peut point se former de l'oxyde de carbone, ou de l'acide carbonique, à cette époque de l'opération; que le séchage de ce charbon ainsi humecté, et placé sur la paroi horizontale de la cheminée dans sa partie intérieure à l'usine, ne peut donner lieu qu'au dégagement de vapeur d'eau ;
» Considérant, quant au combustible, qui est du lignite, que la quantité employée pour chaque cuite peut rester dans les limites de 80 à 100 kilogrammes, soit de 400 à 500 kilogrammes par jour, ce qui ne peut nullement occasionner un énorme dégagement de fumée, la quantité employée restant au-dessous de celle qu'il faut pour une cuite de savon, qui, durant deux jours, consomme environ 1400 kilogrammes de charbon;
au os.
» Que l'établissement est convenablement disposé pour cette opération, quant à l'emplacement et au four;
» Considérant que la môme industrie avait été déjà autorisée, avec avis favorable du Conseil de salubrité, dans les raffineries de sucre, alors qu'elle consommait environ /iOOO kilogrammes de charbon par jour, et cela dans un lieu habité ;
» Que ledit Conseil avait été à même de constater, en 1845, dans cette même raffinerie, que la révivification pendant le travail ne donnait lieu, dans l'usine, à aucun dégagement de gaz ni à aucune odeur, et que le noir préparé était lui-même inodore ;
» Que les conclusions adoptées à cette époque par le Conseil établissaient que cette opération n'entraînait aucun inconvénient et différait essentiellement, par conséquent, de la fabrication 'du noir d'os, appartenant à la première classe ;
» Attendu donc que cette industrie n'offre aucun danger sous le rapport de la sûreté et de la salubrité ;
» Qu'elle ne demande aucune surveillance de la part de l'autorité pour que ce danger ne s'offre jamais ni pour l'ouvrier ni pour les voisins;
» Que dès lors il n'y a aucun péril à ce qu'elle soit placée auprès des lieux habités, « les précautions qu'on a droit d'exiger des exploi- » tants étant les mêmes que celles que tous les individus qui vivent » en société prennent ordinairement lorsqu'ils ne veulent pas se » nuire réciproquement, dit le rapport de l'Institut en 1809, à propos » des conditions que doivent remplir lés établissements de troisième » classe ; » le Conseil, par ces motifs, pense devoir y comprendre la révivification du noir d'os des raffineries de sucre par le procédé énoncé. »
Ces conclusions furent, dans la même séance, adoptées et converties en délibération.
Cependant le Conseil de salubrité du Nord a pensé qu'il y avait à se préoccuper de ce qui est relatif à la révivification du noir animal, qui ne comporte d'inconvénients plus ou moins réels qu'à raison des eaux de lavage. 11 a pensé que la précaution à imposer à cet égard est de recueillir les eaux dans des bassins de dépôt où elles puissent se débarrasser des matières solides qu'elles extraient. Cette mesure, qui est indiquée par le Conseil de Valenciennes, paraît suffisante, d'autant plus que le fossé où les eaux de lavage doivent être déversées ne doit jamais servir en aucune manière aux besoins domestiques non plus qu'à l'alimentation des animaux. Mais des inconvénients d'une nature plus grave se rattachent à V introduction des os neufs dans le travail de la révivification. Ces inconvénients sont, on le sait,
la production des gaz ammoniacaux dans l'opération de la combustion, les émanations fétides qui s'échappent des dépôts d'os, et enfin le fléau' des rats qu'attire l'accumulation des matières animales. Aussi le Conseil du Nord a-t-il exigé les conditions suivantes pour accorder une autorisation demandée dans le cours de l'année 1851 :
1° Que les gaz provenant de la distillation des os neufs seraient tous détruits, soit par l'action d'un fourneau fumivore pour ceux" qui pourraient être brûlés, soit par un moyen complémentaire et spécial pour ceux qui, par leur nature, échapperaient à la combustion, de manière à éviter les odeurs pénétrantes et incommodes qu'ils peuvent produire; 2° que les dépôts d'os neufs n'auraient pas lieu dans le local de l'usine, mais qu'ils seraient établis sur un point isolé et à une distance suffisante des centres d'agglomération pour les soustraire aux inconvénients que ces dépôts comportent.
Dans la distillation des os comme dans celle de presque toutes les matières animales, il se forme une substance connue autrefois sous le nom d'huile animale de Dippel, et aujourd'hui sous celui d'huile pyrogénée. On ne l'obtenait anciennement qu'en petite quantité et pour les seuls besoins des pharmacies, mais depuis la grande extension des fabriques d'ammoniaque et de noir animal, il s'en produit aujourd'hui des masses considérables qui s'élèvent dans quelques établissements à près d'un tonneau dans les vingtquatre heures.
Payen père, chimiste distingué, qui le premier prépara en grand le sel ammoniac dans sa fabrique de Javelle, avait pris le parti de jeter dans la rivière cette huile pyrogénée ; mais comme il n'y a qu'une très faible portion de cette huile qui soit soluble dans l'eau, elle flottait à la surface, se déposait sur les bords et se propageait de cette manière jusqu'à une très grande distance, qui n'était pas moindre de quatre à cinq lieues.
Le plus grand inconvénient qui résulta de cette pratique ne fut pas seulement de rendre impraticable les abords de la rivière par la puanteur que cette huile ^répandait au loin, les porteurs d'eau n'y pouvaient plus puiser, le linge des blanchisseuses s'en pénétrait, et le filet de Saint-Gloud, en la saisissant au passage, s'en imbibait, ne pouvait plus servir par l'agglutination de ses mailles, et rendait de cette manière incomplet ou nul un service fort utile. Payen ne tarda pas à recevoir l'ordre de ne plus jeter dans la rivière les produits de sa fabrique, mais de les garder chez lui. Privé de la ressource que présente ordinairement un grand fleuve pour détruire ou neutraliser les résidus fournis par les fabriques et les habitations, cet habile chimiste imagina de brûler son huile empyreumatique dans une
chaudière de fonte de la plus grande dimension qu*il plaça au milieu de son établissement ; mais un inconvénient d'un nouveau genre se manifesta. Il y eut une production énorme de noir de fumée qui, tombant comme une neige noire, gâtait les récoltes et le linge des blanchisseuses qui séchait en plein air. Ce noir de fumée était poussé par certains vents jusqu'à une lieue de distance. Payen fit une tentative à l'aide de puisards profondément creusés dans le sol; mais l'huile, entraînée par l'eau, allait, en filtrant, altérer la pureté de la rivière. C'est dans ces circonstances pénibles et embarrassantes que le manufacturier, éclairé par la science, déploya ses ressources et se montra supérieur aux industriels ordinaires.
L'éclairage par le gaz hydrogène venait d'être importé en France, et de vastes établissements se formaient dans Paris pour sa distribution. M. Payen entrevoit qu'il pourra extraire ce gaz de son huile pyrogénée ; il tente quelques essais en petit qui réussissent à merveille. Une de ces expériences lui prouve qu'il obtiendra de son huile animale résultant de la. distillation des os autant de gaz que de l'huile de colza; que le gaz, contenant plus de carbone, sera d'une qualité supérieure, et que l'atome d'acide cyanhydrique qu'il contient, loin de nuire à la flamme, lui procurera une teinte bleuâtre qui ajoutera à son intensité et à l'éclat qu'elle doit répandre. Dès lors l'emploi de l'huile pyrogénée se trouve assuré. Un marché fut conclu entre l'usine royale et M. Payen pour la fourniture de cette huile, et depuis longtemps déjà toute celle qui provient des usines de Javelle et de Clichy n'a pas d'autre emploi.
Le commerce des os, considéré en général, montre combien l'industrie a fait de rapides progrès dans certaines branches.
Ainsi il y a soixante ou quatre-vingts ans, les os étaient plutôt un objet d'embarras que des matériaux vraiment utiles, aussi les abandonnait-on à la décomposition lente dans le sol. Les plus gros seulement servaient parfois en guise de moellons pour les murs et clôture, et particulièrement pour ceux qui devaient défendre les marais et les jardins. 11 suffisait de les unir avec de la terre détrempée pour obtenir un mur solide et en même temps fort léger.
L'histoire de l'équarrissage nous a montré qu'anciennement les os étaient abandonnés avec leurs chairs sur la voie publique, et qu'il n'y a pas quarante ans, on n'avait pas d'autre moyen de se débarrasser de ces immondices qu'en les brûlant lorsqu'elles étaient en trop grande quantité, ce qui causait une telle infection' dans le voisinage et même quelquefois dans Paris, qu'on fut obligé de construire un four dans ce seul but. Les os, au contraire, sont tellement recherchés aujourd'hui, que le commerce trouve de l'avantage à les importer en
France de l'Espagne, de l'Italie, de la Turquie et même d'Amérique.
— Voy. Engrais, Équarrissage, Voiries.
Bibliographie. — Précis de chimie industrielle, par Payen, 4e édit. Paris, 1859. — Cours élémentaire de chimie, par Regnault. Paris, 1859-1860.— Rapport sur le travail du Conseil de salubrité du département du Nord. Lille, 1851. — Rapport du Conseil de salubrité de Bordeaux. Bordeaux, 1850. — Rapport général des travaux du Conseil de salubrité de Nantes. Nantes, 1846. — Rapport général sur les travaux du Conseil de salubrité de la Seine-Inférieure. Roue», 1850. — Traité de la salubrité dans les grandes villes, par Monfalcon, p. 243. — Dictionnaire de l'industrie, t. VIII, p. 126.
— Des inconvénients que peuvent avoir, dans quelques circonstances, les huiles pyrogénées et les goudrons, par Parent-Duchâtelet (Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. III p. 26). — Des chantiers a" équarrissage de la ville de Paris, par Parent-Duchâtelet {Ibid., t. VIII, p. 87).
OSTÉOCOLLE. — Voy. Colle forte.
OUTREMER. — ■ Les fabriques d'outremer sont rangées dans la première classe en raison de l'odeur fétide qu'elles développent.
PAIN. — Le pain occupe si manifestement la première place dans l'alimentation de notre pays, que l'on comprend les constantes préoccupations de l'administration et de la science dans tout ce qui touche à la fabrication et à la vente de cette précieuse denrée. Il faut bien le reconnaître, malgré de réels progrès, la boulangerie est loin d'être au niveau de beaucoup d'autres industries, et de satisfaire à toutes les exigences de perfection des produits et de bon marché que réclame une consommation aussi importante que celle du pain. Nous devons cependant signaler les louables efforts de quelques savants et la haute initiative de l'administration supérieure, qui a mis à l'étude et confié à des hommes pleins de savoir pratique et de généreuses intentions toutes les questions que soulève la production du pain.
Le pain est le résultat de la cuisson d'une pâte faite avec la farine de blé et une certaine quantité d'eau additionnée de levain qui y détermine une fermentation appelée autrefois fermentation panaire, mais qui n'est autre, en définitive, qu'une fermentation alcoolique, avec formation d'alcool et dégagement d'acide carbonique. La pâte, introduite dans des fours, est chauffée par rayonnement. La portion supérieure, la croûte, atteint une température de 210 degrés centigrades environ; elle est comme rissolée, et sa cohésion donne aux pains leurs formes diverses. L'intérieur, au contraire, n'atteint guère plus de 100 degrés centigrades, et s'appelle la mie. La température brusque que reçoit la pâte dilate les gaz, vaporise une partie de l'eau, arrête la fermentation, hydrate et fait gonfler la substance amy-